vendredi 30 novembre 2012

Blow Out

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Brian De Palma. 1981. U.S.A. 1h48. Avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz, Peter Boyden, Curt May.

Sortie salles France: 17 Février 1982. U.S: 24 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


Un an après son chef-d'oeuvre sulfureux Pulsions, Brian De Palma enchaĂ®ne avec un second thriller, une mĂ©ticuleuse investigation afin d'y dĂ©manteler un attentat politique au coeur d'une AmĂ©rique paranoĂŻaque. Au moment de ces expĂ©rimentations dans un parc rĂ©gional, un preneur de son se retrouve tĂ©moin d'un meurtre fardĂ© en accident. Or, suite Ă  l'Ă©clatement du pneu d'une voiture, un gouverneur et sa passagère sont projetĂ©s au fond d'une rivière. Après avoir sauvĂ© in extremis la jeune fille, Jack tente de dĂ©voiler au grand jour le meurtre du gouverneur Ă  l'aide de sa bande-son mais aussi le film qu'un photographe est parvenu Ă  enregistrer le soir mĂŞme de la tragĂ©die. Afin d'Ă©touffer l'affaire au plus vite, un dangereux maniaque complice de cette conjuration s'entreprend de rĂ©cupĂ©rer la bobine et supprimer les tĂ©moins gĂŞnants. Hommage au 7è art dans ce rapport inhĂ©rent que l'image et le son entretiennent communĂ©ment afin d'Ă©purer la chimère cinĂ©matographique, Blow Out est un jeu de manipulation roublard oĂą le simulacre dĂ©voile peu Ă  peu ses failles par l'entremise d'un technicien de cinĂ©ma. Avec la complicitĂ© attachante de John Travolta (Ă©tonnant de sobriĂ©tĂ© dans un rĂ´le Ă  contre-emploi) et de l'aguicheuse Nancy Allen (irrĂ©sistible de naĂŻvetĂ© candide dans sa fonction antinomique d'escort girl), Brian De Palma nous Ă©labore une enquĂŞte passionnante oĂą la mise en scène virtuose tient une fois de plus du prodige (utilisation harmonieuse du split screen, du travelling circulaire, du plan-sĂ©quence et de la louma).


Ainsi, Ă  travers la reconstitution d'une scène de crime entreprise par un preneur de son obnubilĂ© Ă  rĂ©tablir la vĂ©ritĂ©, Brian De Palma nous manifeste son amour pour le cinĂ©ma sous toutes ses variantes. Si bien qu'ici, mĂŞme les navets horrifiques mâtinĂ©s d'Ă©rotisme ont droit Ă  la reconnaissance face Ă  l'expressivitĂ© d'un hurlement salvateur. Une fois de plus, le rĂ©alisateur utilise avec masochisme la dextĂ©ritĂ© d'un scĂ©nario charpentĂ© oĂą les apparences trompeuses vont ĂŞtre dĂ©voilĂ©es sous l'allĂ©geance d'un cinĂ©aste soucieux de conviction rĂ©aliste. Puisqu'en sous-intrigue, la quĂŞte du fameux cri escomptĂ© dès le prĂ©lude est finalement dĂ©gotĂ© par le hĂ©ros Ă  travers Spoil ! l'agonie de sa compagne sacrifiĂ©e fin du Spoil. Et on peut dire qu'en terme de point d'orgue nihiliste, l'inoubliable dĂ©nouement de Blow-Out s'avère sacrĂ©ment couillu pour laisser le spectateur dans un pessimisme Ă©lĂ©giaque. Ce qui justifie d'ailleurs son relatif Ă©chec commercial lors de sa sortie en salles (13 747 234 dollars de recettes pour un budget de 18 millions) et la faillite qui s'ensuit pour sa sociĂ©tĂ© de production. Qu'importe la dĂ©faite, De Palma nous eut transcendĂ© avec une maestria infaillible une course contre la montre fertile en pĂ©ripĂ©ties dĂ©lĂ©tères que nos hĂ©ros ont parcouru pour y contrecarrer l'antagoniste, et ce afin de sauvegarder la preuve irrĂ©futable d'un complot politique.


Un cri dans la nuit
ScandĂ© de la partition raffinĂ©e de Pino Donaggio, Blow-out rĂ©exploite le mode opĂ©ratoire du suspense et de l'enquĂŞte policière avec une roublardise jubilatoire. DominĂ© par un casting sans fard, cet hommage au cinĂ©ma "perfectible" transcende l'outil artistique au grĂ© d'une Ă©nigme irrĂ©solue. De par l'audace de sa conclusion bouleversante, Blow out prouve avec cruelle dĂ©rision (l'utilisation d'un vrai cri au profit d'une oeuvre de commande) qu'au cinĂ©ma rien n'est gagnĂ© d'avance, surtout lorsqu'un cinĂ©aste s'efforce d'y cultiver sa patte personnelle. Quitte Ă  l'arrivĂ©e d'essuyer un cuisant Ă©chec commercial... 

* Bruno
10.06.24. 5èx. Vostf
30.11.12.



jeudi 29 novembre 2012

Le jour d'Après / The Day After

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site encyclocine.com

de Nicholas Meyer. 1983. U.S.A. 2h06. Avec Jason Robards, JoBeth Williams, Steve Guttenberg, John Cullum, John Lithgow, Bibi Besch, Lori Lethin, Amy Madigan.

Diffusion TV U.S: 20 Novembre 1983. Sortie salles France: 25 Janvier 1984

FILMOGRAPHIENicholas Meyer est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 24 Décembre 1945 à New-York.
1979: C'Ă©tait demain. 1982: Star Trek 2. 1983: Le Jour d'Après. 1985: Volunteers. 1988: Les Imposteurs. 1991: Company Business. Star Trek 6. 1999: Vendetta.


"Le Jour d’Après : autopsie d’un monde effondrĂ©".
PhĂ©nomène tĂ©lĂ©visuel lors de sa diffusion amĂ©ricaine, Le Jour d’Après fit naĂ®tre un vent de panique tel qu’une ligne tĂ©lĂ©phonique fut mise en place dès le soir mĂŞme pour calmer les esprits. Son impact Ă©motionnel fut si retentissant que la France s’empressa de l’exploiter en salles. Ĺ’uvre de fiction post-apocalyptique, le film illustre les consĂ©quences d’une Troisième Guerre mondiale embrasĂ©e par le pĂ©ril nuclĂ©aire, dĂ©crivant avec un rĂ©alisme abrupt la survie dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une centaine d’ĂŞtres contaminĂ©s par la radioactivitĂ©. StructurĂ© en trois actes, Le Jour d’Après s’attarde d’abord sur le quotidien paisible de familles ordinaires, lentement gagnĂ©es par l’angoisse face Ă  l'escalade d’un conflit politique opposant URSS, Allemagne de l’Est et États-Unis. La caractĂ©risation reste classique, fondĂ©e sur les principes d’un certain idĂ©al familial, jusqu’Ă  ce que les mĂ©dias, saturĂ©s d’alertes, fassent basculer l’anxiĂ©tĂ© dans la frĂ©nĂ©sie : on investit les supermarchĂ©s, on remplit les caddies, on cherche des caves oĂą se terrer — pendant que d’autres, Ă  des kilomètres de leurs proches, entament une course contre la montre, le cĹ“ur nouĂ©, pour les rejoindre.


Puis vient le cataclysme. Lorsque les missiles amĂ©ricains sont lancĂ©s, la riposte soviĂ©tique s’abat dans une dĂ©flagration totale. Le Jour d’Après plonge alors dans l’horreur nue : une apocalypse nuclĂ©aire d’une brutalitĂ© hallucinĂ©e. Les effets spĂ©ciaux, parfois bricolĂ©s, parfois frappants — soutenus par des stock-shots tirĂ©s de Meteor ou Un Tueur dans la foule — parviennent malgrĂ© tout Ă  gĂ©nĂ©rer une terreur profonde. Champignons atomiques, incandescences meurtrières, brasiers industriels, citĂ©s dĂ©sossĂ©es : la vision d’un pays qui s’effondre est martelĂ©e sans relâche, Ă  coups d’images cauchemardesques. Pour une production tĂ©lĂ©visuelle, Nicholas Meyer signe un coup de poing sans fard, une secousse Ă©motionnelle d’une efficacitĂ© implacable. Cette seconde partie, fulgurante, vous cueille au plexus sans le moindre rĂ©pit.


La dernière partie, plus sobre, plus cruelle aussi, s’attarde sur l’après. L’après-lumière, l’après-vie. Le rĂ©alisateur suit quelques survivants, ces visages croisĂ©s plus tĂ´t, dĂ©sormais hantĂ©s par le chaos. Ă€ travers eux, il brosse le tableau d’un monde Ă  l’agonie : champs calcinĂ©s, forĂŞts dĂ©nudĂ©es, arbres exsangues, animaux foudroyĂ©s, charniers d’humains pourrissants ou dĂ©jĂ  momifiĂ©s. Une odeur de mort sature l’air, le cholĂ©ra rĂ´de, les vautours humains dictent leur loi. Le Jour d’Après devient alors une fresque dantesque, un opĂ©ra funèbre oĂą chaque silhouette erre, spectrale, comme un zombie vidĂ© d’avenir.


"Après le souffle, la poussière".
Cri d’alarme contre le vertige nuclĂ©aire, le film demeure une charge inflexible contre l’aveuglement de gouvernements vouĂ©s Ă  la destruction mutuelle. Les visions morbides de Nicholas Meyer, imprĂ©gnĂ©es de cendre et de ruine, laissent l’empreinte d’un gĂ©nocide froid, implacable. Terrifiant jusqu’au dĂ©goĂ»t, jusqu’au silence nausĂ©eux. Et l’on espère, viscĂ©ralement, ne jamais connaĂ®tre pareille extinction.

Note : plus de 100 millions d’AmĂ©ricains ont regardĂ© ce tĂ©lĂ©film lors de sa première diffusion.

*Bruno
29.11.12. 4èx



mercredi 28 novembre 2012

L' Autre / The Other. Prix du Meilleur Réalisateur à Catalogne, 1972

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinepesadelo.blogspot.com

de Robert Mulligan. 1972. U.S.A. 1h40. Avec Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvanoky, Martin Udvanoky, Norma Connolly, Victor French, Loretta Leversee, Lou Frizzell.

Sortie salles U.S: 23 Mai 1972. France: 20 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Robert Mulligan est un réalisateur américain, né le 23 Août 1925 à New-York, décédé le 20 Décembre 2008 à Lyme, Connecticut. 1957: Prisonnier de la peur. 1960: Les pièges de Broadway. 1961: Le Rendez-vous de Septembre. 1961: Le Roi des Imposteurs. 1962: l'Homme de Bornéo. 1962: Du Silence et des Ombres. 1963: Une Certaine Rencontre. 1964: Le Sillage de la Violence. 1965: Daisy Clover. 1967: Escalier Interdit. 1969: l'Homme Sauvage. 1971: Un Eté 42. 1971: The Pursuit of Happiness. 1972: l'Autre. 1974: Nickel Ride. 1978: Les Chaines du sang. 1978: Même heure l'année prochaine. 1982: Kiss me Goodbye. 1988: Le Secret de Clara. 1991: Un Eté en Louisiane.

 
⚠️ AVERTISSEMENT : IL EST PRÉFÉRABLE D'AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SUIT ⚠️

L’Innocence DĂ©composĂ©e.
Pierre angulaire d’un fantastique Ă©thĂ©rĂ© autant qu’Ĺ“uvre maudite — longtemps invisible, dĂ©sormais exhumĂ©e en Blu-ray L’Autre est une vertigineuse descente dans la psychĂ© d’une innocence fracturĂ©e. AdaptĂ© du roman de Tom Tryon, le film Ă©pouse la sensibilitĂ© douloureuse de l’enfance pour y injecter, tout en finesse, les thèmes du dĂ©doublement, de la hantise, de la possession. Une odyssĂ©e psychologique d’une intensitĂ© dramatique dĂ©chirante.

Car derrière cette lumière d'Ă©tĂ© faussement sereine, c’est un drame familial en dĂ©composition que nous explorons. Une dynastie ravagĂ©e par une sĂ©rie de morts tragiques, et au cĹ“ur du chaos : Niles, enfant candide broyĂ© par le deuil de son père et de son jumeau. TerrifiĂ© Ă  l’idĂ©e de mourir, effrayĂ© par sa solitude, il s’accroche Ă  l’illusion qu’Holand est toujours lĂ . L’esprit malicieux — ou malĂ©fique ? — du frère dĂ©funt finit par contaminer Niles, l’entraĂ®nant dans une spirale schizophrène oĂą les frontières entre rĂ©el et imaginaire se dĂ©sagrègent.
 

L’intrigue prend racine dans une relation clĂ© : celle qu’il entretient avec sa grand-mère, Ada. Pour l’aider Ă  traverser l’Ă©preuve du deuil, elle lui enseigne un Ă©trange jeu mental — une projection sensorielle dans l’esprit d’un autre. Mais ce jeu d’apparence inoffensive devient un piège. En se fondant dans l’illusion, Niles ouvre une brèche d’oĂą surgit la chair spectrale de son double. Et, peu Ă  peu, bascule.

Le drame devient alors insoutenable. Parce qu’il touche Ă  ce que l’enfance a de plus vulnĂ©rable. Sous sa pudeur narrative, le film insuffle une horreur feutrĂ©e, presque indicible, rythmĂ©e par les tourments d’un enfant en dĂ©rive et les silences d’une grand-mère impuissante. Ajoutez Ă  cela une mère veuve, murĂ©e dans une mĂ©lancolie mutique, incapable d’absorber la disparition de ses fils. Et l’atmosphère s’Ă©paissit jusqu’Ă  l’Ă©touffement.


Jusqu’Ă  ce point d’orgue, cette rĂ©vĂ©lation atroce, innommable, qui scelle le destin de tous. Cette image terminale, aussi glaciale que dĂ©finitive, nous laisse exsangue. Deux questions alors, suspendues dans le nĂ©ant : Niles Ă©tait-il rĂ©ellement possĂ©dĂ© par l’âme d’Holand ? Ou bien le "jeu" d’Ada, combinĂ© Ă  la cruautĂ© du monde, n’a-t-il fait que rĂ©veiller une folie latente ?

 
Le Double et l’AbĂ®me.
Clef de voĂ»te du fantastique moderne, L’Autre nous Ă©prouve sans anesthĂ©sie. Son crescendo malsain, son climat de deuil poisseux, sa mise en scène Ă©conome mais implacable... Et surtout, les performances saisissantes de Chris et Martin Udvarnoky, d’une dualitĂ© troublante : tendres et glaçants, angĂ©liques et dĂ©moniaux. Ils incarnent la tragĂ©die de l’enfance perdue avec une vĂ©ritĂ© presque insoutenable.

L’Autre, film inoxydable, continue de hanter — et d’ensorceler — ceux qui osent y plonger.

*Bruno
28.11.12

RĂ©compense: Prix du Meilleur RĂ©alisateur au Festival de Catalogne en 1972

L'avis de Mathias Chaput: http://horrordetox.blogspot.fr/2012/11/the-other-de-robert-mulligan-1972.html
Très peu prolixe dans le cinéma d'outre Atlantique, Robert Mulligan signe avec "The Other" un véritable chef d'oeuvre du cinéma fantastique contemporain...
Un scénario d'une originalité totale, sans redondances ni esbroufes...
Aucun effet gore n'est à déplorer dans le métrage !
Un climat malsain s'intègre parfaitement prenant le contre-pied de l'environnement et de l'innocence des protagonistes qui y végètent, en l'occurrence de simples et frêles pré adolescents qui ne demandent qu'à vivre et aimer la vie !
L'astuce de Mulligan consiste à faire virer crescendo son intrigue avec une révélation imparable et glaçante au bout d'une heure de projection !
Puis il fait tout partir en live pendant la dernière demie heure !
Dans la lignée de "Psychose" réalisé douze ans avant, voire même un petit côté "Carnival of souls" mais se démarquant par une mise en scène affûtée aux limites de l'onirisme, matinée de la plus grande schizophrénie pour le personnage principal !
"The other" est un film culotté et carrément révolutionnaire qui fera date dans le genre !
Avec des séquences sorties de nulle part, notamment cette virée dans une fête foraine avec les "monstres", ou ce plan aérien où Nels s'imagine être un corbeau survolant le village !
Mulligan ne recule devant aucun stratagème pour augmenter la terreur chez le spectateur, jusqu'à un final apocalyptique à la fois immoral et sans "happy end" !
Très bien joué et excellemment mis en scène, "The other" est à marquer d'une pierre blanche, film rare et précieux, il se doit d'être vu par tout cinéphile fantasticophile !
Note : 10/10 (pour l'originalité du scénario et l'intelligence du traitement de ce dernier)

                                        

mardi 27 novembre 2012

LES REVOLTES DE L'ILE DU DIABLE (Kongen av Bastøy). Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Marius Holst. 2010. Norvège/Pologne/Suède/France. 1h55. Avec Benjamin Hesltad, Trond Nilssen, Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Trond Nilssen.

Récompense: Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

Sortie salles France: 23 Novembre 2011. Norvège: 17 Décembre 2010

FILMOGRAPHIE: Marius Holst est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste norvĂ©gien, nĂ© en 1965 Ă  Oslo.
1990: Besokstid. 1994: Croix de bois, croix de fer. 1996: Lukten av mann. 1997: 1996: Pust pa meg !
2001: Oyenstikker. 2003: Tito ar dod. 2006: Kjoter (télé-film). 2007: Blodsband. 2010: Les Révoltés de l'île du diable.


InspirĂ© d'une histoire vraie, Les RĂ©voltĂ©s de l'Ă®le du Diable retrace les conditions de vie drastiques d'une poignĂ©e de dĂ©linquants au sein d'un centre de redressement norvĂ©gien. Les Ă©vènements se dĂ©roulent sous un hiver rĂ©frigĂ©rant de 1915. Le centre situĂ© Ă  Bastoy est implantĂ© sur une Ă®le sous le commandement d'un directeur insidieux et d'un surveillant sadique. Mais l'arrivĂ©e d'une forte tĂŞte va peu Ă  peu perturber leur hiĂ©rarchie et finalement dĂ©clencher une insurrection de grande ampleur.
Photo limpide contrastant avec son climat hivernal rigoureux, Les RĂ©voltĂ©s de l'Ă®le du Diable est un puissant tĂ©moignage sur l'endurance de survie autant qu'un rĂ©quisitoire contre le despotisme d'une hiĂ©rarchie disciplinaire. Le sentiment d'isolement Ă©prouvĂ© au sein de cette Ă®le maudite laisse planer une solitude blafarde parmi le sĂ©minaire de jeunes dĂ©soeuvrĂ©s livrĂ©s aux pires corvĂ©es. Soumis Ă  l'esclavage d'une discipline de fer et desservis par une alimentation prĂ©caire, les adolescents les plus arrogants sont notamment livrĂ©s Ă  divers sĂ©vices corporels et humiliations par l'impassibilitĂ© d'un surveillant licencieux. Pour les plus opiniâtres d'entres eux avides d'Ă©vasion, l'isolement du cachot ou les travaux forcĂ©s pratiquĂ©s Ă  proximitĂ© d'une forĂŞt pluvieuse sont les punitions exemplaires afin de les dissuader d'une prochaine tentative.


Auscultant les conditions de vie tyranniques que vont subir ces jeunes dĂ©linquants durant plusieurs annĂ©es d'emprisonnement, Marius Holst nous dĂ©crit avec un rĂ©alisme blafard cette descente aux enfers particulièrement abrupte. Majoritairement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens dĂ©butants criants de vĂ©ritĂ©, la densitĂ© humaine qui Ă©mane de ses souffres douleurs nous Ă©meut d'une manière terriblement empathique, d'autant plus qu'un ultime baroud d'honneur va laisser place Ă  une rĂ©bellion belliqueuse. C'est en prioritĂ© vers la caractĂ©risation de deux adolescents de prime abord contradictoires dans leur personnalitĂ© distinct qu'il s'attache Ă  nous dĂ©crire leur calvaire mais aussi leur sens de camaraderie avec une affliction rude. En outre, Ă  travers le discours moralisateur du directeur de prison (superbement incarnĂ© par un Stellan Skarsgârd castrateur), le rĂ©alisateur Ă©voque sa lâchetĂ© et son hypocrisie Ă  oser tolĂ©rer un abus sexuel sur mineur sous couvert de bonne conscience. Vibrant tĂ©moignage de bravoure, de vaillance et d'honneur, ce portrait d'une adolescence souillĂ©e se rĂ©vèle d'autant plus implacable par son impact effrayant qu'il est rĂ©ellement inspirĂ© d'Ă©vènements rĂ©els (comme le tĂ©moigne son gĂ©nĂ©rique de fin faisant dĂ©filer quelques photos d'archives oĂą de vrais prisonniers juvĂ©niles exerçaient des travaux de plantation !).


Elégie d'une fraternité inconsolable entre deux héros déchus, pamphlet contre le totalitarisme et témoignage édifiant sur la cruauté tolérée à de jeunes délinquants, Les Révoltés de l'île du Diable est une épreuve de survie d'une acuité émotionnelle cafardeuse. Son inévitable point d'orgue dramatique alloué au surpassement de soi et à la dignité humaine laisse en mémoire une conclusion amère sur l'intransigeance d'une société impitoyable.

Note subsidiaire: Le centre de dĂ©tention de Bastøy, créé en 1900, est restĂ© dans une discipline très stricte jusqu'en 1953, puis il est transformĂ© en prison en 1970. Cette prison est maintenant un lieu d'expĂ©rimentation pour devenir la « première prison Ă©cologique au monde ».

27.11.12
Bruno Matéï 

lundi 26 novembre 2012

L'Etrange Créature du Lac noir / The Creature from the Black Lagoon

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Jack Arnold. 1954. U.S.A. 1h19. Avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Nestor Paiva, Whit Bissell, Sydney Mason, Bernie Gozier.

Sortie salles France: 13 Avril 1955. U.S: 5 Mars 1954

FILMOGRAPHIE: Jack Arnold est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Octobre 1916, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 Mars 1992. 1950: With These Hands. 1953: Le Crime de la semaine. 1953: Filles dans la nuit. 1953: Le MĂ©tĂ©ore de la nuit. 1954: l'Etrange CrĂ©ature du lac noir. 1955: La Revanche de la crĂ©ature. 1955: Tornade sur la ville. 1955: Tarantula. 1955: CrĂ©puscule Sanglant. 1956: Faux Monnayeurs. 1957: l'Homme qui RĂ©trĂ©cit. 1957: Le Salaire du Diable. 1958: Le Monstre des abĂ®mes. 1958: Madame et son pilote. 1959: Une Balle signĂ© X. 1960: La Souris qui rugissait. 1961: l'AmĂ©ricaine et l'amour. 1964: Pleins phares. 1969: Hello Down There. 1975: The Swiss Conspiracy.


Classique du monster movie des annĂ©es 50 , l'Etrange CrĂ©ature du lac noir marqua notamment une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©phile quand il fut autrefois projetĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision dans le cadre de l'Ă©mission d'Eddie Mitchel, la Dernière SĂ©ance. Tous les spectateurs s'Ă©taient alors empressĂ©s d'acheter une paire de lunette vendue avec le magazine TĂ©lĂ© 7 Jours afin de pouvoir bĂ©nĂ©ficier de l'effet 3D escomptĂ©. Ce 19 Octobre 1982 fut donc une première en France pour l'exploitation du relief sur petit Ă©cran. Mais en dĂ©pit de son succès d'audience inĂ©vitable, l'expĂ©rience n'a pu ĂŞtre renouvelĂ©e faute de l'inefficacitĂ© visuelle des lunettes assujetties aux filtres bleues et rouges. Dans la mouvance de King KongJack Arnold nous concocte ici un film d'aventures riche en pĂ©ripĂ©ties lorsqu'une crĂ©ature amphibie sème la terreur auprès de scientifiques partis en expĂ©dition amazonienne. En effet, après avoir dĂ©couvert une main fossilisĂ©e, des chercheurs embarquent Ă  bord d'un bateau pour rejoindre le lagon noir. C'est dans cette mystĂ©rieuse lagune qu'ils devront se mesurer Ă  l'hostilitĂ© d'un monstre aquatique.


Suspense lattent, exotisme et frissons ludiques sont les ingrĂ©dients inhĂ©rents d'un succès si mondialement cĂ©lĂ©brĂ© Ă  travers le monde que deux autres suites furent rapidement mises en chantier. Bien entendu, si l'aspect effrayant de la crĂ©ature peut aujourd'hui prĂŞter Ă  sourire, son pouvoir de fascination qu'il vĂ©hicule Ă  travers son apparence mi-humaine, mi-amphibie, ainsi que la qualitĂ© des effets-spĂ©ciaux confectionnĂ©es Ă  l'aide d'un costume en mousse de caoutchouc, n'ont rien perdu de sa poĂ©sie formelle. Car Ă  l'instar de King-Kong, Jack Arnold accorde notamment une certaine empathie pour l'amertume esseulĂ©e du monstre subitement Ă©pris d'affection pour Kay Lawrence, la jeune femme du Dr Reed. En outre, Ă  travers le profil arrogant d'un rival mĂ©galo (le Dr Mark Williams), il met en exergue l'aviditĂ© de l'homme dĂ©libĂ©rĂ© Ă  capturer une espèce inconnue pour son ego et sa quĂŞte mĂ©taphysique sur l'origine de l'univers. Il confronte par ailleurs l'intrusion dĂ©sinvolte de chercheurs notables au sein d'un environnement sauvage oĂą la nature Ă©tait Ă  l'unisson.  Au fil des nombreuses estocades improvisĂ©es par la crĂ©ature toujours plus coriace, la vigueur de la mise en scène s'impartie d'un rythme davantage haletant lorsque nos hĂ©ros bloquĂ©s en interne de la lagune sont contraints de se dĂ©faire d'un barrage pour retrouver la libertĂ©.


De par sa jolie photo monochrome, la dextĂ©ritĂ© d'une rĂ©alisation efficace, le talent de ses interprètes et surtout le magnĂ©tisme inquiĂ©tant du monstre amphibien, l'Etrange crĂ©ature du Lac noir perdure son pouvoir attractif avec un charme naĂŻf irrĂ©pressible. 

*Bruno
26.11.12
22.11.24. Vostfr

vendredi 23 novembre 2012

Trois noisettes pour Cendrillon / Tri orĂ­sky pro Popelku

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site homepopcorn.fr

de Vaclav Vorlicek. 1973. Tchécoslovaquie/RDA. 1h27. Avec Libuse Safrankova, Pavel Travnicek, Carola Braunbock, Rolf Hoppe, Karin Lesch, Dana Hlavacova, Jan Libicek, Vitezslav Jandak, Jaroslav Drbohlav, Vladimir Mensik.

Sortie salles France: 5 Septembre 1974. TchĂ©coslovaquie: 26 Octobres 1973.

FILMOGRAPHIE SELECTIVEVaclav Vorlicek est un rĂ©alisateur tchèque, nĂ© le 3 Juin 1930 Ă  Prague. Il joue un rĂ´le important dans le succès de l'industrie cinĂ©matographique tchèque dans les domaines de conte de fĂ©es et la comĂ©die. Après une formation Ă  la FacultĂ© du film de l'acadĂ©mie tchèque des arts musicaux entre 1951 et 1956, il a travaillĂ© pour les Studios Barrandov comme rĂ©alisateur et scĂ©nariste. Surtout dans les annĂ©es 1980, il produit de nombreux films pour enfants. VorlĂ­ÄŤek Ă  travaillĂ© ensemble avec le scĂ©nariste et Ă©crivain Milos Macourek pendant de nombreuses annĂ©es.1973: Trois Noisettes pour Cendrillon


Enième adaptation du conte de Charles Perrault mais aussi des Frères Grimm, Trois Noisettes pour Cendrillon est la version tchèque d'un spĂ©cialiste de films pour enfants. Classique tĂ©lĂ©visuel des soirĂ©es d'hiver en Europe Centrale au point d'ĂŞtre diffusĂ© chaque Noel, cette sublime fantaisie fĂ©erique reprend l'histoire de Cendrillon sous une forme autrement plus espiègle de par l'impertinence de son Ă©gĂ©rie plus affirmĂ©e et de ses personnages secondaires plus authentiques dans leur caractĂ©risation dĂ©complexĂ©e. 

Le Pitch: Fille de ferme, Cendrillon est la bonne à tout faire sous l'allégeance d'une mégère opiniâtre et de sa soeur moqueuse. Un jour, en se promenant dans les bois avec son cheval blanc, elle fait la rencontre d'un prince escorté de deux comparses. Après avoir entamé un jeu de brimade, le couple se sépare mais se retrouve un peu plus tard lors d'une chasse à l'épervier.


Au sein de vaste Ă©tendues enneigĂ©es d'une nature Ă©purĂ©e touchĂ©e par la grâce du rĂ©alisateur formaliste, Trois Noisettes pour Cendrillon est d'abord un enchantement visuel pour l'aura gracile d'une forĂŞt florissante pour autant naturaliste. Avec le charme et la voluptĂ© d'une jeune fille assujettie Ă  la mĂ©chancetĂ© de sa belle-mère et de sa soeur, ce conte idyllique nous retrace son destin singulier par la grâce d'une lĂ©gende mĂ©taphorique sur l'alchimie amoureuse. Romance enchanteresse, comĂ©die pittoresque lĂ©gère, fantaisie fĂ©erique auprès des prestiges de certains animaux (pigeons, hibou, chien et cheval blanc) demeurant les savoureux ingrĂ©dients d'un chef-d'oeuvre modeste principalement focalisĂ© sur le charme de ses interprètes irrĂ©sistibles. La beautĂ© candide de cette nouvelle Cendrillon inspirant promptement l'attachement auprès du public tant son aisance naturelle rĂ©ussit Ă  nous vĂ©hiculer une gentille impertinence, un charme Ă©moustillant auprès de sa soif de libertĂ© en dĂ©pit de sa condition frĂ©quemment soumise. Tandis que la naĂŻvetĂ© d'un prince quelque peu rebelle et oisif (ses parties de chasses avec ses comparses) et la mĂ©chancetĂ© d'une mĂ©gère dĂ©daigneuse seront au centre d'une requĂŞte pour un enjeu sentimental. Ce destin inespĂ©rĂ© octroyĂ© Ă  deux amants amoureux nous transcende donc, entre lyrisme, anticonformisme et fĂ©erie somme toute naturelle le sacre du mariage, le dĂ©sir de dĂ©vorer l'instant prĂ©sent, l'Ă©panouissement amoureux en dĂ©pit de leur distinction sociale qu'ils occultent au profit de leur mutuel bonheur. 


Pittoresque, frivole, tendre et constamment enchanteur auprès de son dĂ©paysement visuel dĂ©nuĂ© de fioriture, Trois Noisettes pour Cendrillon renoue avec le charme et la fraĂ®cheur de sa lĂ©gende inoxydable avec un art consommĂ© de la modestie. De par le tempĂ©rament fougueux de ses interprètes complices, sa comptine musicale (oh combien) entĂŞtante et son magnifique esthĂ©tisme naturel originaire d'Europe Centrale, cette raretĂ© (chez nous !) saura convaincre sans peine tous les amoureux de contes et lĂ©gendes. Si bien qu'Ă  mes yeux il s'agit de la meilleure version de Cendrillon portĂ©e Ă  l'Ă©cran, loin devant la version de Disney autrement imberbe, conventionnelle et naĂŻve. Un cadeau de noĂ«l inestimable que l'Ă©diteur Artus Films a exhumĂ© de l'oubli grâce Ă  son splendide Blu-ray entièrement restaurĂ©. 

*Bruno

P.S: L'actrice Libuše Ĺ afránková (07/06/53) qui interprète Cendrillon est dĂ©cĂ©dĂ©e le 9 juin 2021 Ă  Prague.

Merci Ă©galement Ă  l'Univers Fantastique de la Science-Fiction (2012)
23.11.12
25.11.24. VOST


                                          


jeudi 22 novembre 2012

Killer Joe

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de William Friedkin. 2012. U.S.A. 1h42. Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Thomas Haden Church, Gina Gershon, Juno Temple, Marc Macaulay.

Sortie salles France: 2 Septembre 2012. U.S: 27 Juillet 2012

FILMOGRAPHIEWilliam Friedkin est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de film amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1935 Ă  Chicago (Illinois, États-Unis). Il dĂ©bute sa carrière en 1967 avec une comĂ©die musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaĂ®tra la consĂ©cration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux rĂ©compensĂ©s Ă  la cĂ©rĂ©monie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: TĂŞtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police FĂ©dĂ©rale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: TraquĂ©. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Depuis Traqué et Bug, William Friedkin semble retrouver son insolence et sa verve subversive pour nous replonger avec masochisme dans l'univers insondable d'antagonistes névrosés. Et son p'tit dernier, Killer Joe, ne déroge pas à la règle. Il enfonce même le clou dans la putasserie crapuleuse pour mieux parfaire une intrigue criminelle au vitriol. Le pitch: Une famille de péquenots décide de se débarrasser de l'ex mégère maternelle afin de toucher la prime d'assurance vie qu'ils se partageront entre eux. Pour ce faire, il demandent l'aide de Joe, un flic tellement véreux qu'il accomplit parfois de sales besognes meurtrières en guise de gain. Mais rien ne se déroulera comme prévu...


Farce macabre fustigeant une famille de pieds nickelés sous l'allégeance d'un flicard psychopathe, Killer Joe constitue un chemin de croix que l'on ne voit pas venir de prime abord par son classicisme éprouvé. Illustrant avec une dérision caustique une galerie de personnages tous plus méprisables, lâches et ridicules, William Friedkin nous entraîne dans une drôle de sarabande autour d'une conjuration sordide. Un amant flâneur, un fiston dealer de drogue à la petite semaine, une belle mère infidèle et une soeur rétrograde caractérisent la famille dysfonctionnelle dans toute son ignominie pour le compte de leur cupidité. Ainsi, avec l'entraide d'un flic malhonnête, flegmatique et adroit, William Friedkin se prend un malin plaisir à nous décrire cet antagoniste d'une façon ordinaire de prime abord. Jusqu'au moment où cet individu zélé décide de courtiser la soeur potiche en guise de caution si bien que la famille fauchée ne peut se résoudre à lui payer d'avance la somme de 25 000 dollars. S'ensuit une séquence de drague aménagée sous l'influence tranquille de Joe totalement fasciné par la beauté pastel de la jeune vierge étourdie. L'étrange malaise sous-jacent entretenu lors du strip nous est pourtant décrite d'une manière presque sereine à travers les échanges fascinés de regards timorés. Mais la prestance hermétique de Joe semble nous suggérer que cet homme sans scrupule est capable de se complaire dans la perversité, d'autant plus que la jeune fille s'avère ramolli du ciboulot.


Faisons place ensuite aux dĂ©convenues avec une bande de dealers revanchards. Chris, dĂ©muni du moindre gain, semble sombrer dans une impasse et envisage peut-ĂŞtre de faire marche arrière pour le sort inĂ©vitable de sa mère. C'est Ă  ce moment irrĂ©versible que les revirements saugrenus vont fulminer au sein de la famille lorsqu'un subterfuge dĂ©risoire remettra tout en question. Cette dernière partie intempestive culmine sa dĂ©chĂ©ance morale vers un bain de sang grotesque Ă  la folie paroxystique contagieuse. Les sĂ©quences de violence et d'humiliations atteignant ici des sommets d'intensitĂ© dramatique insupportables. D'autant plus que l'ambiance nausĂ©euse est dĂ©cuplĂ©e par un rĂ©alisme poisseux dĂ©coulant des exactions castratrices d'un Joe Ă©trangement peinard. Et on peut dire qu'Ă  ce niveau, l'interprĂ©tation incisive de Matthew McConaughey atteint des sommets de perversitĂ© tacite/ explicite tant le comĂ©dien insuffle Ă  son personnage dĂ©saxĂ© une aura hermĂ©tique glaciale. 


Les Charognards
Caustique, Ă©trangement dĂ©stabilisant et nihiliste de par sa description dĂ©shumanisĂ©e d'une famille de nigauds couards, Killer Joe est un bad trip venimeux. Un film noir tentaculaire compromis Ă  la provocation d'un Friedkin plus indocile que jamais dans son Ă©tat d'esprit forcenĂ©. Le climat hermĂ©tique trouble et sournois nous entraĂ®nant dans une descente aux enfers, un jeu de massacre oĂą la bassesse humaine atteint des sommets de cynisme. 

*Bruno Matéï
25.04.22
22.11.12

RĂ©compenseSouris d'or Ă  la Mostra de Venise, 2011

mercredi 21 novembre 2012

LES BETES DU SUD SAUVAGE (Beasts of the Southern Wild). Grand Prix Ă  Sundance 2012.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thethirdray.com

de Benh Zeitlin. 2012. U.S.A. 1h32. Avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Levy Easterly, Lowell Landes, Pamela Harper, Gina Montana.

Sortie salles France: 12 Décembre 2012. U.S: 20 Janvier 2012 (à Sundance). 27 Juin 2012 (nationale)

FILMOGRAPHIE: Benh Zeitlin est un réalisateur, scénariste, compositeur américain, né à New-York.
2012: Les bĂŞtes du Sud Sauvage


Comment entamer une critique concrète après avoir vĂ©cu un tel moment de grâce ! Ou plutĂ´t comment se remettre d'un feu d'artifice aussi flamboyant, vortex d'Ă©motions oĂą la notion de rĂ©alitĂ© se transcende par la chimère d'un conte existentiel ! Sortir de la projo des BĂŞtes du sud sauvage est une houleuse gageure tant le rĂ©alisateur est parvenu Ă  nous immerger de façon sensitive dans l'introspection utopique d'une fillette de 6 ans. Car d'une imagination sans Ă©gale, son vocabulaire crĂ©atif et visionnaire nous extĂ©riorise des instants Ă©piques sur le destin des aurochs, ou autrement prodigieux de par la prĂ©sence fantasmatique de sa reine mère. Originaire du Bayou de Louisiane, Hushpuppy vit en prĂ©caritĂ© avec son père autoritaire dans une cabane dĂ©charnĂ©e. Un jour, un dĂ©sastre Ă©cologique les contraint de fuir leur contrĂ©e reculĂ©e. Sur leur chemin d'une morne rivière, des aides humanitaires leur prĂŞtent main forte au moment mĂŞme oĂą le paternel semble souffrir d'une grave pathologie. DĂ©munie mais dĂ©bordante de foi et de bravoure que son père lui inculqua sĂ©vèrement, Hushpuppy part Ă  la recherche de sa mère disparue mais aussi Ă  la reconquĂŞte d'une terre nouvelle.


AdaptĂ© d'une pièce de théâtre Ă©crite par Lucy Alibar et incarnĂ© par des comĂ©diens non professionnels Ă©poustouflants de candeur humaniste, la première oeuvre de Benh Zeitlin demeure un hymne universel, un tĂ©moignage vibrant sur l'exclusion des dĂ©favorisĂ©s. Ainsi, Ă  travers sa rĂ©alisation vertigineuse auscultant la beautĂ© (dĂ©taillĂ©e) de la nature et sa faune primitive, le rĂ©alisateur illusionniste improvise des instants de grâce, de moments fastes de poĂ©sie candide Ă  travers les yeux d'une fillette en quĂŞte identitaire. Observant avec minutie le monde sauvage qui l'entoure de par sa mentalitĂ© florissante, le pĂ©riple de Hushpuppy constitue un rĂ©cit initiatique jalonnĂ© d'aventures humaines parmi son ethnie revenue Ă  l'Ă©tat primitif. Faute d'une sociĂ©tĂ© Ă©gocentrique Ă©voluant dans une technologie avancĂ©e, Ben Zeitlin nous retrace donc l'existence de ces pèlerins du Sud sauvage livrĂ©s Ă  leur propre autonomie car Ă©cartĂ©s de la pollution des urbanisations. ParquĂ©s dans des taudis insalubres oĂą l'alcool coule Ă  flot, ces hommes et ces femmes dĂ©soeuvrĂ©s n'ont pourtant rien perdu de leur dignitĂ© et de leur bravoure afin de survivre dans un milieu hostile oĂą les mammifères, poissons et crustacĂ©s s'avèrent une offrande en guise de nutrition. Avec duretĂ© mais aussi une infinie tendresse, les BĂŞtes du sud sauvage nous transfigure Ă  terme l'histoire d'amour entre une oracle infantile et son père castrateur, destinĂ©s Ă  s'affronter pour mieux s'accepter et s'y chĂ©rir.


Le berceau de la vie
Conte mĂ©taphysique, cantique Ă  l'Ă©cologie, initiation Ă  l'apprentissage, rĂ©flexion mystique sur l'instinct primitif entre l'homme et l'animal, histoire d'amour paternelle, Les BĂŞtes du sud sauvages est une Ă©lĂ©gie existentielle dĂ©ployant une fĂ©erie formelle touchĂ©e par la virginitĂ©. D'une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau donc auprès d'une pudeur viscĂ©rale, le parcours lyrique de Hushpuppy se dĂ©cline en souffle romanesque. Le poème existentiel d'une sauvageonne hurlant sa foi afin d'y prĂ´ner la puretĂ© de la nature. Plus qu'un chef-d'oeuvre, une leçon d'humanisme, une commĂ©moration Ă  notre instinct de survie, une rage de vivre inĂ©branlable, un crève coeur scandĂ© d'une mĂ©lodie prude oĂą l'illusion du 7è art n'eut jamais Ă©tĂ© aussi fastueuse qu'au sein de son parti-pris Ă©motionnel (filmĂ© Ă  hauteur d'hommes une plĂ©thore de thèmes universels oĂą amour, faune et flore y sont en harmonie). Un retour au source en somme, vers nos propres origines ancestrales...

La critique de mon ami Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-les-betes-du-sud-sauvage

Dédicace à Alexandra Louvet et Sylvain Blanchard
21.11.12
Bruno 

RĂ©compensesGrand Prix du Jury au Festival de Deauville, 2012
Prix de la rĂ©vĂ©lation Cartier au Festival de Deauville, 2012
Grand Prix du Jury Ă  Benh Zeitlin au Festival du film de Sundance
CamĂ©ra d'Or au Festival de Cannes, 2012
Prix FIPRESCI dĂ©cernĂ© par le jury d'Un certain regard au Festival de Cannes, 2012
Prix du Jury oecumĂ©nique (mention spĂ©ciale) au Festival de Cannes, 2012
Prix Regard Jeune au Festival de Cannes, 2012
Prix du Meilleur Premier Film au Festival International du film de Stockholm


mardi 20 novembre 2012

DES HOMMES SANS LOI (Lawless)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bd-sanctuary.com

de John Hillcoat. 2012. U.S.A. 1h55. Avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jason Clarke, Jessica Chastain, Gary Oldman, Guy Pearce, Mia Wasikowska, Dane DeHaan, Noah Taylor.

Sortie salles France: 19 Mai 2012 (festival de Cannes). 12 Septembre 2012. U.S: 29 Août 2012

FILMOGRAPHIEJohn Hillcoat est un cinéaste australien, né en 1961 au Queensland
1988: Ghosts... of the Civil Dead
1996: To have and to Hold
2005: The Proposition
2009: La Route
2012: Des Hommes sans loi


En 2009, John Hillcoat s'Ă©tait fait connaĂ®tre avec un road movie post-apo d'une grande intensitĂ© dramatique. Trois ans plus tard, il change de cadre et de registre pour nous remonter Ă  une lointaine Ă©poque. Celle de l'AmĂ©rique des annĂ©es 30 pour l'Ă©vocation familiale de gangsters ayant rĂ©ellement (sur)vĂ©cu durant la prohibition. EpaulĂ© par une plĂ©iade de stars notoires livrant des numĂ©ros d'acteurs indĂ©fectibles (mentions spĂ©ciales pour Guy Pierce, proprement abjecte dans le rĂ´le gouailleur d'un agent vĂ©nal, et la prĂ©sence flegmatique de Tom Hardy dans celui d'un gangster robuste mais loyal), Des Hommes sans Loi est malencontreusement desservi par un scĂ©nario sans surprise et prĂ©visible.

En 1931, en Virginie, la famille Bondurant exerce des activitĂ©s illicites de contrebande pour la revente d'alcool librement interdite. Un nouvel agent spĂ©cial du nom de Charly Rakes dĂ©cide de leur dĂ©clarer la guerre après que ceux-ci aient refusĂ©s une offre inĂ©quitable de partage des gains. Mais les frères Bondurant, que l'on surnomme les indestructibles, sont prĂŞt Ă  tenir tĂŞte Ă  l'entreprise de ce maĂ®tre chanteur et se battre jusqu'Ă  la mort pour leur orgueil. 


Superbement photographiĂ© dans ses nuances solaires et parfois mĂŞme Ă©maillĂ© d'Ă©clairs de poĂ©sie limpide au sein de sa nature bucolique, Des Hommes sans Loi nous retrace la lutte sans merci de trois frères baroudeurs particulièrement obtus pour se mesurer contre l'autoritĂ© d'une police vĂ©reuse en affiliation avec des gangsters sans vergogne. Avec le talent Ă©pidermique d'interprètes Ă  la gueule burinĂ©e ou au minois timorĂ©, cette nouvelle chronique d'une famille de paysans en ascension rĂ©ussit facilement Ă  crĂ©er l'attachement face Ă  leur relation fraternelle Ă©prise d'ambition Ă©litiste. Si on se prend immĂ©diatement de sympathie pour le jeune Jack Bondurant (Shia LaBeouf) dans sa bonhomie naĂŻve Ă  daigner devenir un trafiquant aussi notoire qu'Al Capone, la redondance des faibles enjeux allouĂ©s Ă  cette inlassable guĂ©rilla manque inĂ©vitablement de densitĂ© dramatique et de sens Ă©pique. Et cela en dĂ©pit des innocents sacrifiĂ©s ! Pour accorder une certaine dimension humaine Ă  l'intrigue Ă©culĂ©e, on Ă©prouve tout de mĂŞme un intĂ©rĂŞt progressif Ă  suivre le cheminement hasardeux du jeune Jack, engagĂ© contre son grĂ© dans une vengeance erratique pour prouver sa bravoure. Face Ă  l'autoritĂ© du frère aĂ®nĂ© Forrest (Tom Hardy), vĂ©ritable leader pugnace Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© quasi imputrescible, le spectateur Ă©prouve Ă©galement une fascination virile prĂ©dominante. Ajoutez aussi le charme naturel de Maggie (Jessica Chastain) en compagne fĂ©rue d'affection pour l'aĂ®nĂ©, et surtout la prĂ©sence outrĂ©e de l'agent Charlie Rakes (Guy Pearce Ă  contre-emploi !), dans celui d'un agent Ă©pouvantablement couard, et vous obtenez l'Ă©vocation sanglante d'une fratrie quasi invincible. Par contre, on regrettera la discrète apparition incisive de Gary Oldman en gangster notable intraitable, digne successeur d'Al Capone !


JalonnĂ© de sĂ©quences d'action homĂ©riques plutĂ´t attractives, John Hillcoat rĂ©ussit in extremis Ă  insuffler une certaine efficacitĂ© dans la narration conventionnelle allouĂ©e Ă  l'honneur fraternelle. D'autant plus que la violence extrĂŞme Ă©manant des nombreux règlements de compte est exacerbĂ©e par une verdeur dĂ©rangeante. Correctement menĂ©, Des Hommes sans loi se regarde donc avec un plaisir (coupable ?) perfectible et sa brutalitĂ© parfois insupportable renforce la vĂ©racitĂ© des faits Ă©noncĂ©s. Celle d'une Ă©poque oĂą la prohibition avait dĂ©clenchĂ© un vent de terreur et de corruption chez des arrivistes sans dĂ©ontologie. 

20.11.12
Bruno Matéï


vendredi 16 novembre 2012

A perdre la raison. Prix d'interprétation Féminine, Cannes 2012

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Joachim Lafosse. 2012. Belgique. 1h51. Avec Emilie Dequenne, Niels Arestrup, Tahar Rahim, Stéphane Bissot, Mounia Raoui, Redouane Behache, Baya Belal.

Sortie salles France: 22 Août 2012

Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Emilie Dequenne, dans la catégorie: Un Certain Regard.

FILMOGRAPHIE: Joachim Lafosse est un cinĂ©aste, scĂ©nariste, dramaturge et metteur en scène de théâtre belge, nĂ© le 18 Janvier 1975 Ă  Uccle. 2004: Folie PrivĂ©e2006: Ca rend heureux. 2006: Nue PropriĂ©tĂ©. 2008: Elève Libre. 2012: A perdre la Raison


InspirĂ© d'une sordide affaire d'infanticide survenue en FĂ©vrier 2007, A perdre la raison dĂ©crit la lente descente dans la folie d'une mère de famille, Ă©pouse de quatre enfants. Dans un climat austère, pesant et dĂ©pressif, le rĂ©alisateur belge Joachim Lafosse nous convie donc Ă  une dĂ©rive psychotique vis Ă  vis d'une femme dĂ©munie car trop esseulĂ©e pour se raccrocher Ă  un soutien psychologique. Epouse d'un marocain impassible subjuguĂ© par son travail, Muriel est contrainte de partager sa vie conjugale parmi la prĂ©sence du père adoptif de Mounir, le mĂ©decin Pinget. Au fil des mois, après quelques accrochages intempestifs vis Ă  vis de leur autonomie et de la postĂ©ritĂ© des enfants, le couple dĂ©cide de s'exiler au Maroc avec l'accord de Pinget. Pour tenter de soigner sa dĂ©pression et sous la recommandation du paternel de Mounir, Murielle part consulter une psychologue. Mais une sĂ©vère discorde d'ordre relationnelle contraint la jeune femme Ă  endiguer ses futures sĂ©ances de thĂ©rapie. En perte de repères, Ă©touffĂ©e par la prĂ©sence envahissante de Pinget et ses quatre enfants et dĂ©laissĂ©e par un mari inexistant, Murielle perd pied et sombre dans la folie. 


Photographie clinique, atmosphère anxiogène suffocante et hyper rĂ©alisme d'une mise en scène acĂ©rĂ©e impliquent le spectateur de manière sensitive vers une introspection mentale d'une jeune mère de famille nĂ©vralgique. Le climat tendu entretenu au sein du couple et la relation en demi-teinte qu'ils doivent consentir avec le Dr Pinget rendent leur labeur pĂ©niblement inconfortable. Ce sentiment de claustration est d'autant plus lourd Ă  supporter que les interprètes du film, exceptionnels de vĂ©racitĂ©, exacerbent cette dĂ©chĂ©ance conjugale en chute libre. Outre les prestances probantes de Niels Arestrup (impressionnant d'ambiguĂŻtĂ© dans sa spontanĂ©itĂ© affable) et du surdouĂ© Tahar Rahim (rĂ©vĂ©lĂ© dans le multi-cĂ©sarisĂ© Un Prophète), une mention particulière est indubitablement impartie Ă  la performance criante de vĂ©ritĂ© d'Emilie Dequenne (louablement rĂ©compensĂ©e Ă  Cannes). Dans une froideur dĂ©sespĂ©rĂ©e, elle retransmet avec une acuitĂ© neurotique le rĂ´le chĂ©tif d'une mère de famille totalement dĂ©semparĂ©e par son environnement cafardeux dont personne ne semble Ă©prouver une moindre empathie.


Remarquablement mis en scène avec un souci de rĂ©alisme proche du docu vĂ©ritĂ© et dominĂ© par la prestance de trois comĂ©diens Ă©poustouflants de conviction, A perdre la raison est un drame familial d'une noirceur et d'un dĂ©sespoir pĂ©niblement supportable. Le climat dĂ©rangeant et le malaise diffus que le rĂ©alisateur vĂ©hicule avec application rendent le film finalement antipathique et (trop ?) austère. A conseiller avec rĂ©serve et prudence donc.

16.11.12
Bruno 

La polĂ©mique des intĂ©ressĂ©s (Source Wikipedia): Bien qu'il n'ait pas vu le film, BouchaĂŻb Moqadem, le père des enfants de Geneviève Lhermittte, l'a critiquĂ© en le dĂ©crivant comme "insulte Ă  la mĂ©moire de mes enfants." Il a ajoutĂ©, "J'ai le droit Ă  l'oubli. Cet assassinat et ce massacre gratuit sont inexplicables. Comment peut-on alors l'expliquer avec un artiste ?". Le Dr. Schaar qui a inspirĂ© le personnage jouĂ© par Niels Arestrup s'est Ă©galement indignĂ© par rapport au film, "C'est faire du fric sur cinq cadavres d'enfants". Il estime que Joachim Lafosse "a fait preuve d’un manque d’empathie vis-Ă -vis des enfants morts et se fout complètement des protagonistes vivants."En mai 2010, les deux intĂ©ressĂ©s s'Ă©taient dĂ©jĂ  vivement opposĂ©s Ă  la rĂ©alisation du projet et avaient par la suite rĂ©clamĂ© un droit de regard sur l'Ĺ“uvre qui leur a Ă©tĂ© refusĂ©.


jeudi 15 novembre 2012

L'Arbre de Noel (The Christmas Tree / When Wolves Cry)

                                                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site femme-de-sable.skyrock.com

de Terence Young. 1969. Italie/France. 1h48. Avec William Holden, Brook Fuller, Bourvil, Virna Lisi, Madeleine Damien, Friedrich von Ledebur, Mario Féliciani, Michel Thomass, Georges Douking.

Sortie salles France: 15 Octobre 1969

FILMOGRAPHIE: Terence Young est un réalisateur et scénariste britannique, né le 20 Juin 1915 à Shangaï (Chine), décédé le 7 Septembre 1994 à Cannes (France) d'une crise cardiaque.
1946: La Gloire est à eux. 1948: l'Etrange Rendez-vous. 1948: One night with you. 1949: Les Ennemis Amoureux. 1950: Trois des Chars d'Assaut. 1951: La Vallée des Aigles. 1952: The Tall Headlines. 1953: Les Bérets Rouges. 1955: La Princesse d'Eboli. 1955: Les Quatre Plumes Blanches. 1956: Safari. 1956: Zarak le valeureux. 1957: Au bord du Volcan. 1958: La Brigade des Bérets noirs. 1959: Serious Charge. 1960: Les Collants Noirs. 1960: La Blonde et les nus de Soho. 1961: Les Horaces et les Curiaces. 1962: James Bond contre Dr No. 1963: Bons baisers de Russie. 1965: Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965: Guerre Secrète. 1965: Opération Tonnerre. 1966: Opération Opium. 1967: Peyrol le boucanier. 1967: La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967: Seule dans la nuit. 1968: Mayerling. 1969: l'Arbre de Noel. 1970: De la Part des Copains. 1971: Soleil Rouge. 1972: Cosa Nostra. 1974: Les Amazones. 1974: The Klansman. 1977: Woo fook. 1979: Liés par le sang. 1981: Inchon. 1983: La Taupe. 1988: Run for your Life.


Classique tĂ©lĂ©visuel des fĂŞtes de fin d’annĂ©e, ce mĂ©lodrame signĂ© par un vĂ©tĂ©ran du cinĂ©ma populaire conserve intact son impact Ă©motionnel lorsqu’il s’agit de partager les derniers instants d’un enfant atteint de leucĂ©mie. TirĂ© du roman de Michel Bataille, ce rĂ©quisitoire contre le pĂ©ril nuclĂ©aire ne laisse personne indiffĂ©rent face Ă  l’iniquitĂ© d’une maladie incurable, surtout quand elle s’acharne sur la plus tendre jeunesse. Certains spectateurs, rĂ©fractaires au mĂ©lodrame, trouveront peut-ĂŞtre Ă  redire Ă  sa dramaturgie emphatique. Pourtant, c’est une Ĺ“uvre intègre et sensible, qui refuse le pathos racoleur, tandis que la brutalitĂ© de son Ă©pilogue surprend par sa radicalitĂ©. Avec les compositions poignantes de William Holden, Virna Lisi, le jeune Brook Fuller, et l’aisance naturelle de Bourvil, Ă  contre-emploi, Terence Young offre un conte de NoĂ«l bouleversant et dĂ©senchantĂ©. Si le discours moralisateur sur le nuclĂ©aire flirte parfois avec la caricature, la leçon de dignitĂ© portĂ©e par le rĂ©alisateur emporte tout sur son passage, Ă©voquant avec pudeur le quotidien d’une famille unie, dĂ©terminĂ©e Ă  combler les attentes d’un enfant conscient de sa dĂ©veine. Pour apprivoiser cette injustice insoutenable, les protagonistes se rĂ©fugient dans l’instant prĂ©sent, prodiguant sans retenue l’amour qu’un enfant fustigĂ© doit rĂ©colter. Profiter pleinement de l’Ă©panouissement commun avant d’affronter la perte inĂ©vitable. Latente, l’angoisse se lit aussi du cĂ´tĂ© de la famille, redoutant la fin prochaine, tandis que l’enfant, conscient de son dĂ©clin, est pris d’une anxiĂ©tĂ© viscĂ©rale.


Sous un hiver rigoureux, en cette veille de NoĂ«l, Terence Young glisse une nuance poĂ©tique, teintĂ©e de mĂ©lancolie, dans la relation fraternelle que Pascal entretient avec un couple de loups. Ces mammifères sauvages, dĂ©robĂ©s dans un zoo par son père Laurent et Verdun, incarnent un voeu utopique. Au-delĂ  du thème grave de la maladie incurable et du pĂ©ril atomique, L’Arbre de NoĂ«l doit son intensitĂ© Ă©motionnelle Ă  l’harmonie de ses interprètes. Dans le rĂ´le de Pascal, le jeune Brook Fuller Ă©meut en enfant martyr promis Ă  la mort, trouvant le juste Ă©quilibre entre gentillesse spontanĂ©e et maturitĂ© responsable, sans appuyer sur la corde sensible. Bourvil, complice au naturel bonhomme, surprend par sa sobriĂ©tĂ©, traduisant indignation et peine face aux consĂ©quences du danger nuclĂ©aire. Virna Lisi, maĂ®tresse Ă©prise d’amour pour Laurent, cultive une prĂ©sence discrète, s’isolant volontairement pour prĂ©server l’Ă©quilibre fragile de Pascal, avant de se montrer maternelle auprès du couple rĂ©fugiĂ© Ă  la maison de campagne pour la veillĂ©e. Enfin, William Holden incarne avec poignante conviction un homme d’affaires rongĂ© par la rancĹ“ur de la bĂŞtise humaine mais dĂ©vouĂ© Ă  son enfant, prĂŞt Ă  le combler de cadeaux tout en lui offrant la tendre compagnie des loups sauvages.

 
"Le Noël des Loups et des Étoiles"
L’Arbre de NoĂ«l demeure un mĂ©lodrame humble et bouleversant, dont l’issue tragique et irrĂ©versible nous frappe de plein fouet, jusqu’au trauma. PortĂ© par l’illustre mĂ©lodie de Narciso Yepes, ce conte de NoĂ«l vulnĂ©rable nous offre une leçon de dignitĂ© humaine pour protĂ©ger l’ĂŞtre aimĂ©… jusqu’au dernier souffle.

15.11.12. 4èx
* Bruno