samedi 20 avril 2013

HIERRO

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site identi.li

de Gabe Ibanez. 2009. Espagne. 1h29. Avec Elena Anaya, Bea Segura, Mar Sodupe, Andrés Herrera, Miriam Correa, Kaiet Rodriguez.

Sortie Dvd France: 24 Novembre 2010. Sortie salles Espagne: 15 Janvier 2010

FILMOGRAPHIE: Gabe Ibanez est un réalisateur espagnol, né le 7 Juin 1971 à Madrid.
2009: Hierro


A la suite de la disparition inexpliquée de son fils sur un ferry, une mère décide de partir à sa recherche mais se retrouve plongée dans un désarroi paranoïaque.

Pour un premier film, le réalisateur Gabe Ibanez opte pour un fantastique éthéré sous couvert d'un drame psychologique intimiste. Au suspense lattent avare en péripéties, Hierro privilégie surtout un climat d'étrangeté prégnant sous l'égide d'une mère démunie, persuadée que son fils est resté en vie à la suite de sa disparition. S'agit-il d'un enlèvement ou d'un accident mortel ? Le rythme lancinant découlant des va-et-vient successifs d'une héroïne perdue au milieu d'un archipel et le manque d'aplomb de la réalisation risquent toutefois de rebuter certains spectateurs. Qui plus est, sa structure narrative indécise manque de conviction pour nous convaincre pleinement de son dénouement prévisible. Les quidams suspicieux étant mal exploités dans leur autorité hostile et leur potentielle culpabilité. Toute en fragilité humaine, l'actrice Elena Aneya véhicule une inévitable empathie dans le combat d'une mère désespérée à daigner retrouver son fils. Elle réussit avec sobriété à provoquer une émotion candide dans son instinct maternel subordonné à l'amour d'un enfant.


La mer des larmes
Si Hierro ne convainc pas pleinement, faute d'un scénario mal ficelé et d'un rythme un peu trop languissant, il réussit tout de même à provoquer une certaine émotion et un intérêt périodique au fil de séquences oniriques imprégnées d'une ambiance feutrée. En outre, son épilogue salvateur renoue avec une poésie diaphane lors d'une séquence fantasmagorique absolument bouleversante. En résulte un drame intimiste bancal qui manque de persuasion mais insuffle tout de même quelques bonnes idées et une certaine émotion au fil du cheminement hasardeux d'une héroïne déchue.

Dédicace à Cid Orlandu
20.04.13
Bruno Matéï

mercredi 17 avril 2013

Jack Reacher

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site collider.com

de Christopher McQuarrie. 2012. U.S.A. 2h10. Avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall, Jai Courtney, Richard Jenkins, Werner Herzog.

Sortie salles France: 26 Décembre 2012. U.S: 21 Décembre 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un rĂ©alisateur, producteur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1968 Ă  Princeton dans le New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher

Un mystérieux tueur abat froidement 5 citadins dans un jardin public. Une avocate et un ancien baroudeur vont faire équipe pour déjouer une mystérieuse conspiration.

Un bon polar d'espionnage dĂ©guisĂ© en actionner contemporain. Un hĂ©ros vindicatif pas comme les autres. Une intrigue tortueuse plutĂ´t prenante qui converge vers le complot judiciaire. Tom Cruise est assez Ă©tonnant dans le rĂ´le anti-conformiste d'un vagabond justicier particulièrement retors. Flegmatique mais vĂ©loce, il incarne son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ©, mĂŞme si ces dĂ©tracteurs pourraient lui reprocher sa rudesse d'esprit. Attention tout de mĂŞme aux amateurs d'action qui risqueraient d'ĂŞtre déçus, le film se focalisant surtout sur un suspense lattent au sein d'une intrigue Ă  tiroirs quelque peu alambiquĂ©e. La rĂ©alisation appliquĂ©e, l'efficacitĂ© de son rĂ©cit, les dialogues ciselĂ©s et le climat austère nous changent des sempiternels blockbusters conçus uniquement pour nous en mettre plein la vue. Ici, c'est tout l'inverse qui se produit, les deux seules scènes explosives Ă©tant uniquement au service d'une longue investigation policière. Tout cela manque quand mĂŞme un peu de vigueur et d'intensitĂ© mais le polar dĂ©routant s'avère nĂ©anmoins captivant pour ne pas ennuyer et fait presque figure d'ovni dans la caractĂ©risation insolite de ce justicier infaillible.

18.04.13
Bruno 


Basic Instinct

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site affiches-et-posters.com

de Paul Verhoeven. 1992. 2h08. Avec Michael Douglas, Sharon Stone, George Dzundza, Jeanne Tripplehorn, Denis Arndt, Leilani Sarelle, Dorothy Malone, Bruce A. Young

Sortie salles France: 8 mai 1992. U.S: 20 Mars 1992

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.

Thriller Ă©rotique au succès international fulgurant (352 millions de dollars de recettes), Basic Instinct suscita un tel engouement qu’il engendra une horde d’ersatz aussi rustres qu’inutiles. Au-delĂ  du portrait psychologique absolument passionnant de ses amants interlopes, sa vĂ©ritable rĂ©ussite rĂ©side Ă©galement dans un scĂ©nario dĂ©lĂ©tère, tendu d’ambiguĂŻtĂ©s subtiles. 

Synopsis: Lors d’un rapport sexuel avec une blonde mystĂ©rieuse, une ancienne rock star est retrouvĂ©e sauvagement assassinĂ©e Ă  coups de pic Ă  glace. L’inspecteur Nick Curran mène l’enquĂŞte auprès de l’Ă©crivaine et psychologue Catherine Tramell, maĂ®tresse de la victime la veille du crime. La rencontre incendiaire avec cette femme retorse l’entraĂ®ne dans une relation vĂ©nĂ©neuse, jusqu’au point de non-retour.


Suspense acĂ©rĂ©, Ă©rotisme torride et violence chirurgicale composent un thriller vertigineux au rĂ©cit impeccablement charpentĂ©. L’efficacitĂ© extrĂŞme tient surtout dans la danse trouble entre un flic indĂ©cis, si moralement vulnĂ©rable, et une mante religieuse insaisissable. Ambivalence charnelle et suspicion convergent en un jeu de manipulation oĂą la coupable prĂ©sumĂ©e tisse sa toile pour mieux dĂ©vorer ses proies. Avec une virtuositĂ© gĂ©omĂ©trique (deux courses-poursuites renversantes, des meurtres d’une sauvagerie explicite, une stylisation Ă©rotique d’une audace glaciale), Paul Verhoeven manie sexe et violence avec une intelligence roublarde. En aiguisant le suspense et en semant une suspicion rampante, il orchestre une enquĂŞte jubilatoire, saturĂ©e de fausses pistes, de rebondissements et de revirements sanglants. En prĂ©datrice carnassière et lesbienne assumĂ©e, Sharon Stone embrase l’Ă©cran, irradie d’une sensualitĂ© vĂ©nĂ©neuse et impose une Ă©lĂ©gance charnelle inĂ©dite. La densitĂ© du film s’enracine dans la caractĂ©risation trouble de son personnage, Ă  la fois clairvoyant et manipulateur. En victime galvaudĂ©e, prisonnier de l’amour d’une maĂ®tresse bicĂ©phale, Michael Douglas impose le portrait Ă©quivoque d’un inspecteur en perdition, minĂ© par ses sentiments. Flic nĂ©vrosĂ© au passĂ© torturĂ©, il s’acharne pourtant Ă  coincer sa prĂ©sumĂ©e coupable pour conjurer ses doutes. Ensemble, ils forment un duo indocile, consumĂ© par des pulsions sexuelles incontrĂ´lĂ©es. Leur affrontement est une guerre cĂ©rĂ©brale sans merci, oĂą manipulation et sĂ©duction s’entrelacent jusqu’Ă  l’abĂ®me.

"Pulsions."
Thriller Ă©rotique transgressif, entièrement bâti sur la nĂ©vrose de ses personnages, Basic Instinct s’impose comme un jeu de perversitĂ©, transcendant le portrait d’amants dĂ©chus par l’Ă©chec amoureux. RĂ©vĂ©lation vĂ©nĂ©neuse, Sharon Stone ensorcelle de son aura sulfureuse et propulse l’Ĺ“uvre novatrice de Verhoeven au rang de jalon des annĂ©es 90.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.09.25. 4èx. 4K VOST 
17.04.13. 3èx

mardi 16 avril 2013

King-Kong (1976)

                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lescritiquesducritique.blogspot.com

de John Guillermin. 1976. U.S.A. 2h14. Avec Jeff Bridges, Jessica Lange, Charles Grodin, John Randolph, Rene Auberjonois, Julius W. Harris.

Sortie salles France: 8 Septembre 1976. U.S: 17 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: John Guillermin est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 11 Novembre 1925 Ă  Londres (Royaume-Uni). 1950: Torment. 1959: La plus grand aventure de Tarzan. 1964: Les Canons de Batasi. 1965: La Fleur de l'âge. 1966: Le CrĂ©puscule des aigles. 1968: Syndicat du meurtre. 1968: Un cri dans l'ombre. 1969: Le Pont de Remagen. 1970: El Condor. 1972: Alerte Ă  la bombe. 1973: Shaft contre les trafiquants d'hommes. 1974: La Tour Infernale. 1976: King-Kong. 1978: Mort sur le Nil. 1980: Mr Patman. 1984: Sheena, reine de la jungle. 1986: King Kong 2. 1988: Poursuite en Arizona.

 
"Le rugissement oublié".
Alors qu’Ă  l’heure oĂą j’Ă©cris ces lignes, le pudding faisandĂ© Kong vs Godzilla tente de se libĂ©rer de ses entraves sur les plateformes de tĂ©lĂ©chargement - faute de salles chez nous - retour sur un classique mal-aimĂ© des annĂ©es 70, si j’en crois la critique snobinarde, incapable de se dĂ©faire du mythe Cooper/Schoedsack. Un blockbuster de l’ancienne Ă©cole, aussi naĂŻf et candide que profondĂ©ment Ă©mouvant, haletant, spectaculaire.
King Kong, version 76, dĂ©coule d’une Ă©poque rĂ©volue (ou presque), oĂą l’on savait encore rĂ©veiller l’enfant en nous.

Gros succès Ă  sa sortie (90 millions de dollars de recettes pour un budget estimĂ© Ă  23 millions) et plĂ©biscitĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision au milieu des annĂ©es 80, King Kong inspira mĂŞme une suite après une diffusion record sur une chaĂ®ne amĂ©ricaine. Ce remake audacieux, ambitieux, ose rivaliser avec l’Ĺ“uvre matricielle de Schoedsack. Surfing sur la vague des films catastrophes lancĂ©e par La Tour Infernale et Les Dents de la Mer, le producteur Dino De Laurentiis confie la mise en scène au solide John Guillermin, Ă©paulĂ© par les talentueux artisans des FX Carlo Rambaldi et Rick Baker. Offrant Ă  une Jessica Lange nĂ©ophyte son premier rĂ´le, King Kong version contemporaine choisit la dĂ©mesure d’un spectacle exotique menĂ© tambour battant durant 2h14, sans jamais faillir en aplomb, en brio, en fulgurance.

Le redĂ©couvrir aujourd’hui prouve Ă  quel point cette superproduction s’Ă©tait donnĂ©e les moyens de crĂ©dibiliser les vicissitudes du plus cĂ©lèbre gorille du 7ᵉ art. Et on marche Ă  fond, les yeux Ă©carquillĂ©s, le cĹ“ur serrĂ©, les larmes au bord des cils, si je pense Ă  son final splendide, Ă©lĂ©giaque.


Grâce Ă  des trucages habiles - animatronique ou simple costume de primate - la plupart des apparitions du gorille restent incroyablement convaincantes, nimbĂ©es d’une Ă©motion prude dans la complicitĂ© charnelle qu’il partage avec la Belle. C’est d’ailleurs la version la plus Ă©rotisĂ©e du mythe, illustrant avec fĂ©brilitĂ© des moments de tendresse - jusqu’Ă  cette sĂ©quence sulfureuse, audacieuse, du viol implicite de Dwan par la bĂŞte.

Parmi les dĂ©cors sauvages et flamboyants (l’Ă®le du Crâne est d’une beautĂ© picturale), King Kong offre un spectacle ludique, fertile en pĂ©ripĂ©ties : la traque effrĂ©nĂ©e Ă  travers la jungle pour retrouver Dwan prisonnière de Kong, ou le combat contre un serpent gĂ©ant (seule sĂ©quence ratĂ©e, disons-le, avec des trucages risibles dignes d’une production Toho).

La spontanĂ©itĂ© des comĂ©diens - Jeff Bridges en pèlerin Ă©colo, Charles Grodin en magnat cupide - et surtout le charme incandescent de Jessica Lange, littĂ©ralement lumineuse, accentuent l’empathie que l’on Ă©prouve pour la BĂŞte. Et pour satisfaire les amateurs d’action, la seconde partie enchaĂ®ne plusieurs sĂ©quences homĂ©riques : le crash ferroviaire, Kong brisant ses chaĂ®nes sous les hurlements d’une foule mĂ©dusĂ©e, puis sa traque Ă©perdue au sommet des Twin Towers.
Avant que ne vienne le coup de grâce, si attendu… mais qui parvient, contre toute attente, Ă  nous chavirer.


"King Kong 76 : Larmes de bronze et cris d’ivoire".
Sans atteindre la magie brute, l’Ă©motion primaire et le souffle Ă©pique du chef-d’Ĺ“uvre de 1933, ce remake demeure un film profondĂ©ment intègre, soignĂ©, gĂ©nĂ©reux, distrayant et attachant. Un spectacle haut en couleurs, au cachet rĂ©tro empli de charme.
Jessica Lange, avec sa candeur innocente, ses Ă©lans enfantins et ses regards bouleversĂ©s d’amour simiesque, offre une palette de jeux aussi dĂ©licate que touchante. Et le choc Ă©motionnel de la mort de la BĂŞte - moment d’anthologie inscrit dans la mĂ©moire collective, jusqu’au traumatisme pour les plus sensibles - continue de nous hanter bien après le gĂ©nĂ©rique.
Ă€ titre personnel, et après une quatrième vision en 4K, je l’admire autant que la version 33. Et je resterai, Ă  jamais, dans l’incomprĂ©hension face Ă  l’ostracisme d’une critique sourde, mĂ©prisante, lui refusant la moindre lĂ©gitimitĂ© artistique.

Ă€ rĂ©habiliter d’urgence. D’autant que la copie 4K, elle, est Ă  couper le souffle.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir


16.04.14.
23.12.22. 4èx


lundi 15 avril 2013

L'Exorcisme d'Emilie Rose / The Exorcism of Emily Rose

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Scott Derrickson. 2005. U.S.A. 2h02. Avec Laura Linney, Tom Wilkinson, Campbell Scott, Jennifer Carpenter, Colm Feore, Joshua Close, Kenneth Welsh, Scott Derrickson.

Sortie salles France: 7 Décembre 2005

FILMOGRAPHIE:  Scott Derrickson est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
1995: Love in the Ruins. 2000: Hellraiser 5: Inferno. 2005: l'Exorcisme d'Emilie Rose. 2008: Le Jour oĂą la terre s'ArrĂŞta. 2012: Sinister. 2013: Goliath. Prochainement: Deus Ex.


Avant-propos:
 Comme Emily l'avait prĂ©dit, son histoire a affectĂ© de nombreuses personnes. Sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage non officiel qui continue d'attirer des visiteurs du monde entier. Après le procès, le père Moore s'est mis Ă  vivre en reclus, refusant de faire appel, et dĂ©clarant: "cette question concerne Dieu: les tribunaux de ce monde ne peuvent rendre de jugement sur elle". 
Erin Brune a communiquĂ© son dossier a un expert mĂ©dical et anthropologue dont les recherches et les travaux publiĂ©s sur la vie et la mort d'Emily Rose ont inspirĂ© le film. 

Influencé par l'histoire d'Anneliese Michel, une jeune allemande décédée après une séance d'exorcisme dans les années 70, le film de Scott derrickson relate le calvaire d'Emily Rose, étudiante universitaire asservie par des forces démoniaques. Loin d'être un ersatz grossier de l'Exorciste de Friedkin ou d'un pseudo documenteur éculé, l'Exorcisme d'Emilie Rose s'en démarque lestement en opposant l'aspect médical d'un cas de possession (Emilie souffrirait potentiellement de trouble épileptique psychotique) avec son attrait surnaturel lié à la spiritualité.


Avec l'efficacitĂ© d'un suspense lattent, le rĂ©alisateur alterne sĂ©ances de procès pour la culpabilitĂ© du père Richard Moore (il est accusĂ© d'homicide par imprudence) avec quelques moments horrifiques parfois rĂ©ellement terrifiants (les flash-back illustrant les premières manifestations surnaturelles infligĂ©es sur Emilie) ou impressionnants (la sĂ©ance d'exorcisme confinĂ©e dans la grange). On sent bien que Scott Derrickson souhaite avant tout renforcer l'aspect crĂ©dible de son rĂ©cit inspirĂ© d'une authentique affaire de possession en juxtaposant les discours contradictoires des deux avocats. L'un prĂ©conisant une cause scientifique par le biais de la mĂ©decine, l'autre une foi divine. Ainsi donc, durant cette captivante session, le spectateur se pose donc en tĂ©moin, partagĂ© entre l'explication rationnelle d'une grave pathologie, ou celle, irrationnelle, d'une existence dĂ©moniaque. Avec intelligence, le rĂ©alisateur ne prend pas parti sur ses thĂ©ories antinomiques et nous laisse donc au final dans la suspicion, dans l'interrogation de notre propre foi et/ou morale. A savoir si une prescription mĂ©dicale aurait pu influencer le dĂ©cès d'Emilie ou s'il s'agissait d'un authentique cas de possession. Le dĂ©bat argumentĂ© accordant autant d'intĂ©rĂŞt Ă  la rĂ©flexion scientifique que mystique. En ce qui concerne la caractĂ©risation interlope d'Emily, l'actrice Jennifer Carpenter rĂ©ussit avec fĂ©brilitĂ© Ă  insuffler une dimension humaine dans son dĂ©sespoir expressif et ses crises de folie natifs d'une dĂ©mence satanique. Son dĂ©sarroi nous est retransmis avec rĂ©alisme rigoureux quand celle-ci se retrouve sujette Ă  des visions hallucinatoires, ou quand elle doit endurer (ou s'infliger) diverses agressions corporelles d'une entitĂ© invisible. Qui plus est, sa silhouette longiligne et son faciès Ă©trange renforcent le malaise Ă©prouvĂ© Ă  la vue de ces contractions difformes. Des sĂ©quences d'effroi incroyablement persuasives si bien que l'on perd pied avec notre rĂ©alitĂ© en y redoutant une quelconque entitĂ© dĂ©moniale au sein de notre cocon douillet. 


Avec intelligence et efficacitĂ©, l'Exorcisme d'Emilie Rose allie de manière fort originale le film de procès et l'Ă©pouvante pour mieux s'Ă©carter des ficelles balisĂ©es du thème satanique. Sa rĂ©flexion spirituelle sur la foi catholique nous donnant Ă  rĂ©flĂ©chir sur nos croyances intrinsèques (que l'on soit athĂ©e, pratiquant ou agnostique, comme le souligne la morale indĂ©cise de l'avocate), sur nos doutes existentiels et surtout sur l'emprise chimĂ©rique du diable. Si bien que 20 ans après sa sortie, on peut enfin considĂ©rer  l'Exorcisme d'Emilie Rose comme un classique du genre proprement effrayant.

*Bruno
25.11.24. 4èx. Vost
15.04.13. 


La vĂ©ritable Anneliese Michel  (source wikipedia)
Anneliese Michel (1951 - 1976) est une jeune Allemande célèbre pour avoir été prétendument possédée par des démons. Sa vie a servi de modèle pour les films L'Exorcisme d'Emily Rose (film de Scott Derrickson sorti en2005) et Requiem (film de Hans-Christian Schmid sorti en 2006).

BIOGRAPHIE:
Depuis sa naissance le 21 septembre 1952 à Leiblfing (Bavière), Anneliese Michel mena d'abord une vie normale, caractérisée seulement par une grande piété. Du jour au lendemain, sa vie bascula.

Un jour de 1968, elle commença à trembler violemment et à ne plus savoir contrôler son corps. Lors de ses crises, elle perdait sa voix, ne pouvait plus appeler à ses parents pour leur demander de l'aide. Un neurologue diagnostiqua qu'elle souffrait d'épilepsie et fut admise à l'hôpital pour un traitement.

Après ses premières attaques, elle crut voir des visages démoniaques en train de grimacer lors de sa prière quotidienne, elle avait aussi l'impression d'entendre des voix. Anneliese en parla aux médecins qui ne savaient plus comment l'aider.

Au début de l'année 1973, les parents d'Anneliese demandèrent à plusieurs prêtres d'exorciser leur fille, mais ils pensaient qu'il lui suffisait de continuer de prendre ses médicaments. De plus, pour pratiquer un exorcisme, il fallait que la personne possédée répondît à des caractéristiques bien spécifiques : parler une langue qu'elle n'avait jamais apprise, avoir des pouvoirs surnaturels et se sentir gênée par des objets religieux.

En 1974, un prêtre l'examina et accepta qu'on pratiquât un exorcisme, mais sa hiérarchie le lui interdit. Son état alors empira et les crises devinrent de plus en plus violentes. Elle insultait les membres de sa famille, les battait et les mordait.

Elle refusait de manger, prétendant que les démons ne lui permettaient pas de le faire. Elle dormait à même le sol. On pouvait l'entendre toute la journée en train de hurler, de briser les crucifix et de détruire des peintures représentant Jésus.

En 1975, après avoir vĂ©rifiĂ© l'Ă©tat de sa possession, l'archevĂŞchĂ© autorisa un exorcisme fondĂ© sur le rituel romain. Le curĂ© de sa paroisse considĂ©rait qu'Anneliese Ă©tait possĂ©dĂ©e par plusieurs dĂ©mons dont il fallait la libĂ©rer. Ă€ partir de 1975, on pratiqua un ou deux exorcismes sur elle chaque semaine. Parfois, les crises Ă©taient tellement fortes qu'il fallait trois hommes pour la maĂ®triser si on ne l'enchaĂ®nait pas. MalgrĂ© cela, elle put reprendre un semblant de vie normale : retourner Ă  l'Ă©cole, participer Ă  un concours….

Cependant, les crises ne cessèrent pas. De plus en plus souvent, elle se trouvait paralysĂ©e et inconsciente. Elle refusait complètement de manger. Ses nombreuses gĂ©nuflexions (plus de 600 de suite), provoquèrent une rupture au niveau des genoux. Quarante cassettes audio furent enregistrĂ©es lors des exorcismes afin d'en conserver des dĂ©tails.

Le dernier exorcisme eut lieu le 30 juin 1976. À ce stade, Anneliese souffrait d'une pneumonie. Elle avait le visage émacié et souffrait d'une grande fièvre. Elle était exténuée physiquement. Mais elle restait consciente de sa situation. Sa mère enregistra sa mort.

Un procureur fit alors une enquête à la suite de laquelle les deux prêtres exorcistes et les parents d'Anneliese furent inculpés de négligence ayant entraîné la mort, car les médecins affirmaient qu'elle était épileptique et psychotique.

Les prêtres exorcistes firent écouter des enregistrements des différents exorcismes qu'ils avaient pratiqués, au cours desquels ils affirmaient pouvoir distinguer la voix de deux démons en train de se disputer, se demandant lequel des deux quitterait le premier le corps d'Anneliese.

Les parents et les deux prêtres furent condamnés à 6 mois de prison.

Anneliese Michel est aujourd'hui enterrée au cimetière de Klingenberg am Main, sa mère va lui rendre visite chaque jour. C'est un lieu de pèlerinage sur lequel se rendent des personnes de différentes nationalités. Elle est considérée comme la femme qui a bravement combattu Lucifer et ses Démons.

samedi 13 avril 2013

THE DIVIDE

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zoom.lk

de Xavier Gens. 2012. U.S.A. 1h57. Avec Lauren German, Michael Biehn, Milo Ventimiglia, Courtney B. Vance, Mickael Eklund, Ashton Holmes, Rosanna Arquette.

Sortie Dvd en France: 1er Juin 2012

FILMOGRAPHIE: Xavier Gens est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif et acteur français, nĂ© le 27 Avril 1975 Ă  Dunkerque. 2007: Hitman. 2008: Frontières. 2012: The Divide. 2012: The ABCs of death (un segment)


Pour son troisième long-mĂ©trage, Xavier Gens nous assène un vĂ©ritable coup de poing Ă  l'estomac avec ce huis-clos post-apo d'une intensitĂ© toujours plus Ă©prouvante. A la suite d'une explosion nuclĂ©aire, une poignĂ©e de survivants se rĂ©fugie sous l'abri d'un bunker en attendant les retombĂ©es radioactives. Davantage reclus dans le dĂ©sespoir et l'individualisme, ils vont devoir faire face Ă  leurs pires nĂ©vroses meurtrières. Film choc s'il en est, The Divide est une vĂ©ritable descente aux enfers auquel une poignĂ©e de rescapĂ©s vont se retrouver confrontĂ©s Ă  leur pire ennemi: l'homme ! Dans un climat irrespirable de claustration suintant l'insalubritĂ© et la puanteur des excrĂ©ments, nos antagonistes vont peu Ă  peu cĂ©der Ă  la panique du dĂ©sespoir dans leur conflit de rivalitĂ©. AffamĂ©s et Ă©puisĂ©s par la fatigue, les plus tĂ©mĂ©raires opposĂ©s Ă  la hiĂ©rarchie d'un leader vont peu Ă  peu se laisser motiver par la rancune dans une folie meurtrière irrĂ©versible. D'une violence abrupte jusqu'au-boutiste, Xavier Gens livre ici un constat implacable sur la nature primitive de l'homme quand celui-ci se retrouve privĂ© de sa libertĂ© et de son environnement familier.


En l'occurrence, lorsqu'il est contraint de co-habiter en rĂ©clusion parmi l'intrusion de quidams dĂ©soeuvrĂ©s. Avec une radicalitĂ© impassible inscrite sur la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale, le rĂ©alisateur traite de notre instinct meurtrier, de la contagion du mal et de l'esprit d'individualitĂ© oĂą orgueil et rancoeur vont laisser libre court Ă   une haine incontrĂ´lĂ©e. Notamment notre incapacitĂ© Ă  pouvoir vivre en communautĂ© lorsque la prĂ©caritĂ©, la peur de trĂ©passer et la phobie de l'isolement nous Ă©cartent de la cohĂ©sion fraternelle. Durant plus de deux heures, nous nous sentons piĂ©gĂ©s en vase clos parmi l'incivisme de ses huit occupants dont chaque membre ne pourra compter que sur sa propre indĂ©pendance. Dans un dĂ©chaĂ®nement de violence Ă©manant de leur dĂ©chĂ©ance autodestructrice, The Divide nous plonge au coeur d'un cauchemar claustrophobique oĂą la notion de dĂ©sespoir nous laisse en Ă©tat de collapse. Quand au final nihiliste, il converge vers la folie paroxystique et enfonce encore le clou pour la destinĂ©e prĂ©caire de certains survivants, quand bien mĂŞme dehors, la fin de la civilisation a dĂ©jĂ  sonnĂ© le glas !

The End
Soutenu par la partition dĂ©senchantĂ©e de Jean-Pierre TaĂŻeb, The Divide s'Ă©rige en tragĂ©die humaine sous l'entremise d'antagonistes transis de haine (Milo Ventimiglia et Mickael Eklund vampirisent communĂ©ment l'Ă©cran en tyrans sociopathes) ou de dĂ©soeuvrement (Rosanna Arquette se livre corps et âme dans la dĂ©bauche sexuelle !). Une Ă©preuve de force immorale, un cauchemar du nĂ©ant laissant au final un sĂ©rieux goĂ»t de souffre dans la bouche par son aura malsaine. Le film est d'autant plus maĂ®trisĂ© dans sa rĂ©alisation appliquĂ©e, parfaitement interprĂ©tĂ© et immersif en diable qu'il fut injustement banni de nos salles obscures.

Dédicace à Xavier Gens
13.04.13. 2èx
Bruno Matéï

vendredi 12 avril 2013

La Septième Prophétie / The Seventh Sign

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

de Carl Schultz. 1988. U.S.A. 1h37. Avec Demi Moore, Michael Biehn, JĂĽrgen Prochnow, Peter Friedman, Manny Jacobs.

Sortie salles France: 28 Novembre 1988

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Carl Schultz est un réalisateur américain, né le 19 Septembre 1939 à Budapest (Hongrie). 1977: The Tichborne Affair (télé-film). 1978: Blue Fin. 1987: Bullseye. 1987: Travelling North. 1988: La Septième Prophétie. 1989: Cassidy (télé-film). 1991: La Traversée de l'enfer. 1992: Les Aventures du jeune Indiana Jones (série TV). 1993: Curacao (télé-film). 1997: l'Amour en embuscade (télé-film). 1999: l'Homme qui parlait aux lions.

"Ce film est une mĂ©tamorphose, un message sur la nĂ©cessitĂ© d’avoir confiance en l’homme, sur notre fragilitĂ© Ă©galement. Notre planète pourrait disparaĂ®tre, nous devrions aujourd’hui sĂ©rieusement nous en soucier. Selon moi, ce message est important."
Paul R. Gurian, producteur exécutif

Dans l’univers ludique du cinĂ©ma de genre, il arrive que certaines sĂ©ries B sombrent injustement dans l’oubli, alors mĂŞme que tout fut soigneusement mis en Ĺ“uvre pour interpeller les cinĂ©philes les plus aguerris. La Septième ProphĂ©tie appartient indĂ©niablement Ă  cette catĂ©gorie de films qui respectent le genre - et donc son public - avec une foi inĂ©branlable. Conçu par un rĂ©alisateur encore mĂ©connu et portĂ© par des comĂ©diens alors en pleine ascension (Demi Moore, Michael Biehn, JĂĽrgen Prochnow), ce rejeton inspirĂ© de La MalĂ©diction surprend par sa sincĂ©ritĂ© Ă  vouloir nous convaincre que l’apocalypse est, une fois encore, imminente.

Le pitch. Abby et Russel forment un couple harmonieux, bientĂ´t bouleversĂ© par l’arrivĂ©e d’un Ă©trange locataire qui remet en cause la naissance de leur futur enfant. Selon une sombre prophĂ©tie biblique, le bĂ©bĂ© d’Abby serait un enfant sans âme, destinĂ© Ă  provoquer la fin du monde. Dans la lignĂ©e des films satanistes inspirĂ©s des Écritures, La 7e ProphĂ©tie rejoue la mĂ©canique de la malĂ©diction Ă  travers une sĂ©rie de prĂ©dictions catastrophistes, annonçant dĂ©règlements climatiques et chaos Ă©cologique avant l’inĂ©luctable Jugement dernier.

Si sa première demi-heure, inquiĂ©tante et soigneusement stylisĂ©e, inspire un sentiment de dĂ©jĂ -vu, la maĂ®trise de la mise en scène et la rigueur de la structure narrative finissent par imposer leur efficacitĂ©. Le spectateur Ă©pouse progressivement le dĂ©sarroi d’une future mère, de plus en plus troublĂ©e par les rĂ©vĂ©lations d’un messager divin clandestin. Il faut saluer la sobre prestance de Demi Moore, juvĂ©nile, nĂ©ophyte et fragile, incarnant avec une candeur meurtrie une Ă©pouse au bord de la rupture. Sa profonde humanitĂ© suscite une empathie immĂ©diate, au point de faire reposer l’intrigue entière sur ses Ă©paules, tant son dilemme moral rĂ©sonne de manière universelle et poignante.

Dans le rĂ´le du messager de Dieu, JĂĽrgen Prochnow (La Forteresse noire) dĂ©gage une aura troublante, nourrie d’un fanatisme empreint de la colère divine, interrogeant sans cesse ses vĂ©ritables motivations. Plus en retrait mais irrĂ©prochable, Michael Biehn campe un Ă©poux contenu, animĂ© de convictions profondes, dont la profession d’avocat jouera un rĂ´le dĂ©cisif dans le sort d’un condamnĂ© Ă  mort Ă©troitement liĂ© au destin de l’humanitĂ©. DotĂ© d’une mise en scène inspirĂ©e, d’un scĂ©nario solide et d’une interprĂ©tation homogène - jusque dans les seconds rĂ´les, Ă  l’image de cet Ă©tudiant juif venant en aide Ă  Abby - le film dĂ©ploie un suspense progressif, toujours plus vertigineux, jusqu’Ă  un Ă©pilogue bouleversant.


Sans esbroufe ni violence racoleuse, Carl Schultz signe avec La 7e ProphĂ©tie une Ĺ“uvre fantastique Ă©thĂ©rĂ©e, imprĂ©gnĂ©e de mysticisme, d’Ă©motion fragile et d’Ă©trangetĂ© diffuse. Et ce, malgrĂ© l’ampleur spectaculaire de son point d’orgue, soutenu par des effets spĂ©ciaux impressionnants (le cataclysme au cĹ“ur de l’hĂ´pital). Ă€ l’instar de La MalĂ©diction de Richard Donner, ce divertissement aussi retors qu’intelligent puise sa force dans sa capacitĂ© Ă  nous convaincre que l’apocalypse peut Ă©clore sous la main tremblante d’une mère dĂ©chue. Une perle maudite des annĂ©es 80, Ă  redĂ©couvrir absolument, tant elle parvient Ă  surprendre jusqu’Ă  sa dernière minute, alarmiste et funèbre.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

10.02.22. 4èx
12.04.13 

mercredi 10 avril 2013

Driver / The Driver

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.plan-sequence.com

de Walter Hill. 1978. U.S.A. 1h31. Avec Ryan O'Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern, Ronee Blakley, Matt Clark, Felice Orlandi.

Sortie salles France: 23 Août 1978. U.S: 28 Juillet 1978

FILMOGRAPHIE: Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis). 1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV).


Bien avant le succès inattendu de Drive et la rĂ©vĂ©lation Ryan Gosling, Walter Hill rĂ©alisa en 1978 un western urbain insolite avec comme antagoniste principal, un chauffeur aussi taiseux, conducteur infaillible de braqueurs de casino (et de banque !). Honteusement occultĂ© mais enfin commercialisĂ© en BR et 4K en ce DĂ©cembre 2022, ce polar dense magnifiquement interprĂ©tĂ© par le bellâtre Ryan O'Neal (Ă  contre emploi de sa docile physionomie !) est une vĂ©ritable perle noire d'une intensitĂ© acĂ©rĂ©e. Pour l'anecdote singulière, aucun protagoniste du film ne possède un quelconque patronyme ! Les personnages Ă©volutifs se prĂ©nommant le "chauffeur", la "joueuse", le "dĂ©tective" et le "contact" ! Quant Ă  sa trame, limpide mais redoutablement solide et truffĂ©e de rebondissements retors, elle se rĂ©sume Ă  une traque incessante entre un chauffeur inĂ©branlable et un flic bourru au sein d'une mĂ©tropole crĂ©pusculaire magnifiquement Ă©clairĂ©e de nĂ©ons verts/bleus. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  mettre en cabane ce mastard de la conduite, le dĂ©tective nĂ©gocie la manigance d'un Ă©nième braquage de banque avec la complicitĂ© d'un gangster minable. Au prĂ©alable, une mystĂ©rieuse femme adepte des jeux de casino sauva la mise du conducteur pour feindre un alibi après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin du braquage. Pendant que le dĂ©tective reste sur le qui-vive, une Ă©trange relation Ă©quivoque se noue entre le couple.


Driver dĂ©marre sur les chapeaux de roue avec une sĂ©quence vertigineuse de poursuite automobile remarquablement coordonnĂ©e par un rĂ©alisateur extrĂŞmement tatillon. Dans les rues nocturnes de New-York, une armada de vĂ©hicules de police est lancĂ©e Ă  vive allure afin d'apprĂ©hender le fameux conducteur. Ce prologue incisif au montage incroyablement fluide est l'entrĂ©e en matière d'un western urbain transcendant le portrait d'un anti-hĂ©ros taciturne (Ryan O'Neal est littĂ©ralement habitĂ© par sa prestance austère), pourchassĂ© par un flicard rancunier. Walter Hill organisant leur confrontation Ă  l'instar d'un jeu de compĂ©tition auquel le scĂ©nario charpentĂ© multipliera trafalgars et revirements. Ainsi donc, dans une ambiance de film noir Ă  la fois moderne et typiquement Seventie, Driver exploite Ă  merveille le cadre tentaculaire d'un New-York tĂ©nĂ©breux dont flics et gangsters semblent dominer la ville pour l'enjeu cupide d'une mallette. D'une efficacitĂ© redoutable de par son cheminement narratif jalonnĂ© de deux poursuites automobiles que l'on peut qualifier sans rougir d'anthologiques, le rĂ©alisateur en profite d'y esquisser le portrait subversif de trois antagonistes Ă  la fois teigneux et rĂ©flĂ©chis. Celui d'un dĂ©tective cynique auquel Bruce Dern endosse son rĂ´le perfide avec une hargne opiniâtre (non exempt de dĂ©rision). Celle d'une joueuse (gĂ©nialement) mutique qu'Isabelle Adjani entretient avec un charme trouble, pour ne pas dire Ă©trangement fĂ©lin. Et enfin celui du fameux chauffeur de voiture, casse-cou stoĂŻque que Ryan O'Neal transcende avec une stature hautaine impassible ! Georges Miller s'en est d'ailleurs peut-ĂŞtre inspirĂ© pour mettre en exergue la pugnacitĂ© suicidaire du personnage de Max !


SaturĂ© du charisme viril d'un trio d'antagonistes retors Ă©clatant l'Ă©cran Ă  chacune de leurs apparitions et mis en scène avec rigueur technique et formelle sous l'impulsion d'une bande-son ombrageuse, Driver s'impose sans ambages en modèle du film d'action, western urbain Ă  la photogĂ©nie crĂ©pusculaire Ă©lectrisante. En d'autres termes, un divertissement adulte (notamment auprès de ses âpres Ă©clairs de violence que l'on ne voit jamais venir) d'une classe royale. Et c'est Ă  revoir de toute urgence, qui plus est du fait de son extrĂŞme raretĂ© inexplicablement injustifiĂ©e (j'insiste). 

En France, il atteint la 33e place du box-office annuel 1 102 183 entrées

*Bruno

Pour rappel, chronique de sa dĂ©clinaison: http://brunomatei.blogspot.fr/2011/12/drive-prix-de-la-mise-en-scene-cannes.html

10.04.13. 
08.12.22. 4èx. Vost


 

mardi 9 avril 2013

HIGHLANDER


                   
                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Russel Mulcahy. 1986. U.S.A/Angleterre. 1h55 (version européenne). Avec Christophe Lambert, Sean Connery, Roxanne Hart, Clancy Brown, Beatie Edney, Alan North, Jon Polito.

Sortie salles France: 26 Mars 1986. U.S: 7 mars 1986. Angleterre: 29 Août 1986.

FILMOGRAPHIE: Russel Mulcahy est un réalisateur australien, né le 23 Juin 1953 à Melbourne, dans l'état de Victoria. 1979: Derek and clive get the horn. 1984: Razorback. 1985: Arena. 1986: Highlander. 1991: Highlander 2. 1991: Ricochet. 1992: Blue Ice. 1993: l'Affaire Karen McCoy. 1994: The Shadow. 1996: Tireur en péril. 1998: La malédiction de la Momie. 1999: Resurrection. 2003: Swimming Upstream. 2007: Resident Evil: Extinction. 2008: Le Rois Scorpion 2. 2009: Fais leur vivre l'enfer, Malone !


Flop commercial aux States alors qu'en France il cumule pas moins de 4 141 203 entrĂ©es, Highlander aura tout de mĂŞme engendrĂ© des suites mercantiles rĂ©gressives (sĂ©ries TV en sus !) comparĂ©es Ă  l'oeuvre charnière de Russel Mulcahy. Avec le talent virtuose d'un jeune rĂ©alisateur novateur, cette grande fresque furibonde combine le genre fantastique puis l'action trĂ©pidante avec une singularitĂ© extravagante. ErigĂ© sur la thĂ©matique de l'immortalitĂ©, Highlander nous illustre non sans lyrisme la destinĂ©e d'un guerrier Ă©cossais, Connor Mc Leod. CondamnĂ© Ă  vivre Ă©ternellement, il doit cependant faire face Ă  son plus terrible rival, le chevalier noir Kurgan. Dans leur tradition, seul le dernier immortel victorieux peut remporter le "prix" Ă  la fin du combat. Seulement, la dĂ©capitation est le seul moyen d'annihiler l'adversaire. TraquĂ©s depuis des siècles, les deux hommes s'engagent dans une lutte sans merci en plein New-York contemporain. Dans un habile montage soucieux de crĂ©ativitĂ©, Russel Mulcahy nous confronte Ă  deux univers parallèles au sein de deux Ă©poques distinctes. L'Ecosse mĂ©diĂ©vale de 1536 et le New-York urbain de 1985. Grâce Ă  cette transition narrative exploitant ses ruptures de ton par entremise du flash-back, le rĂ©alisateur alterne le souffle Ă©pique d'une fresque guerrière et l'action dĂ©bridĂ©e d'une traque urbaine. Avec la spontanĂ©itĂ© de deux comĂ©diens habitĂ©s par une verve exaltante (le jeune Christophe Lambert secondĂ© du monstre sacrĂ© Sean Connery), Highlander nous relate leur incroyable odyssĂ©e avec un sens de bravoure et de loyautĂ© digne des lĂ©gendes sĂ©culaires.


Outre le ton dĂ©calĂ© de certaines situations dĂ©bridĂ©es (le gymkhana de Kurgan avec une septuagĂ©naire dans les ruelles nocturnes, la seconde course automobile avec l'experte mĂ©dicale ou encore sa rencontre blasphĂ©matoire avec Mc Leod en interne d'une Ă©glise), Russel Mulcahy allie notamment le souffle romanesque d'une Ă©motion prude pour la romance impartie entre Mc Leod et sa dulcinĂ©e. Sur ce dernier point, l'un des moments les plus bouleversants aborde avec acuitĂ© le thème douloureux de la perte de l'ĂŞtre cher quand un homme immortel tĂ©moigne de la vieillesse dĂ©gĂ©nĂ©rative de son Ă©pouse sclĂ©rosĂ©e. Cette dimension romantique que Christophe Lambert retransmet avec sensibilitĂ© doit beaucoup au caractère lyrique du film, en abordant notamment une rĂ©flexion existentielle sur le sens de la mortalitĂ© et le refus d'aimer (pour Ă©viter de souffrir, Mc Leod doit s'engager Ă  ne plus tomber amoureux). Sans compter l'ingĂ©rence de son mentor, Sean Connery, expert en apprentissage du maniement de l'Ă©pĂ©e (leurs sĂ©ances d'entraĂ®nement exĂ©cutĂ©s sur les montagnes Ă©cossaises s'avèrent d'une puissance Ă©motionnelle enivrante) et philosophe dans l'art d'exprimer la dĂ©ontologie de la pĂ©rennitĂ©. Avec une belle efficacitĂ© et une originalitĂ© audacieuse (les combats physiques s'y mĂŞlent au fracas des lames du katana, la puissance Ă©nergĂ©tique du "Quickening" qu'extĂ©riorise le vainqueur après chaque duel), Russel Mulcahy ne cesse d'alterner envolĂ©es lyriques, souffle Ă©pique et romantisme mĂ©lancolique.


De par son scĂ©nario singulier transcendant des profils belliqueux d'une fragile dimension humaine, Highlander s'Ă©rige en fresque ambitieuse oĂą l'action Ă©chevelĂ©e redouble d'audaces formellesAu rythme d'une BO survitaminĂ©e imposĂ©e par Michael Kamen et le cĂ©lèbre groupe Queen, le film culte de Mulcahy perdure les Ă©preuves du temps sous l'impulsion capiteuse de son emprise Ă©motionnelle, Ă©lĂ©gie occulte sur l'achèvement de la mortalitĂ©. 

09.04.13. 5èx
Bruno Matéï

lundi 8 avril 2013

WILLOW

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Ron Howard. 1988. U.S.A. 2h06. Avec Val Kilmer, Warwick Davis, Joanne Whalley, Jean Marsh, Patricia Hayes, Billy Barty.

Sortie salles France: 14 Décembre 1988. U.S: 20 Mai 1988

FILMOGRAPHIE: Ron Howard est un réalisateur et acteur américain, né le 1er Mars 1954 à Duncan, Oklahoma.
1977: Lâchez les bolides. 1982: Les Croque-morts en folie. 1984: Splash. 1985: Cocoon. 1985: Gung Ho. 1988: Willow. 1989: Portrait craché d'une famille modèle. 1990: Backdraft. 1992: Horizons Lointains. 1994: Le Journal. 1995: Apollo 13. 1996: La Rançon. 1999: En direct sur Ed TV. 2000: Le Grinch. 2001: Un Homme d'Exception. 2003: Les Disparus. 2005: De l'ombre à la lumière. 2006: Da Vinci Code. 2008: Frost/Nixon. 2009: Anges et Démons. 2011: Le Dilemme. 2013: Rush


Produit et co-Ă©crit par Georges Lucas (l'idĂ©e de son projet remontant Ă  1972, bien avant Star Wars !), Willow est une aventure d'hĂ©roĂŻc-fantasy qui ne rencontra pas le succès escomptĂ© Ă  sa sortie. Puisque Lucas souhaitait que son accueil honorable soit aussi cuisant qu'une production notoire de la trempe d' E.T. Pour desservir l'entreprise, les critiques de l'Ă©poque s'avĂ©raient Ă©galement mitigĂ©es. Pourtant, dans l'hexagone, il totalise quand mĂŞme 2 176 569 entrĂ©s et son marchĂ© vidĂ©o Ă  l'Ă©tranger contribue notamment Ă  favoriser certains bĂ©nĂ©fices. Le choix risquĂ© de Lucas d'allouer la rĂ©alisation Ă  un cinĂ©aste mercantile habituĂ© des productions balisĂ©es pouvait laisser craindre un divertissement populaire dĂ©nuĂ© de personnalitĂ©. En dĂ©pit de sa faiblesse narrative Ă©ludĂ©e de toute surprise, Willow s'avère un formidable divertissement conçu avec panache dans son florilège d'action et d'effets-spĂ©ciaux estampillĂ©s "Morphing". C'est d'ailleurs la première fois que cette technologie rĂ©volutionnaire est utilisĂ©e dans un long-mĂ©trage. Pour rappel, le Morphing consiste Ă  modifier, devant nos yeux de spectateur, une animation en cours (sans l'effet suggĂ©rĂ© du fondu au noir) jusqu'Ă  la transformer vers son stade final. A titre d'exemple, un visage peut se subtiliser Ă  un autre sans l'effet traditionnel d'une coupe technique !


Avec la bonhomie attachante de l'acteur nain Warwick Davies et la mesquinerie irrĂ©sistible de Val Kilmer, cette aventure d'hĂ©roic fantasy nous enthousiasme par leur complicitĂ© impromptue. D'autant plus que le charme indocile de la rarissime Joanne Whalley est un atout supplĂ©mentaire pour rendre attractive leur mission dangereuse (prĂ©server la vie d'un bambin contre l'autoritĂ© d'une sorcière malĂ©fique) jalonnĂ©e d'altercations entre clans rivaux. Si la prĂ©sence insupportable des deux lutins viennent un peu entacher l'ambiance pittoresque par leurs inepties infantiles, la succession quasi ininterrompue d'action et de cascades homĂ©riques rendent l'aventure facilement stimulante. La beautĂ© naturelle de ces vastes paysages nĂ©o-zĂ©landais et le florilège de crĂ©atures fantastiques qui Ă©maillent le rĂ©cit imposent une fĂ©erie naĂŻve renforcĂ©e par l'innovation de ces effets-spĂ©ciaux. Et Ă  ce niveau, la bataille finale compromise au sein du château oĂą deux sorcières utilisent communĂ©ment leurs  pouvoirs magiques pour se confronter ne lĂ©sinent pas sur l'imagerie surnaturelle. Le charisme ensorcelant de ces deux alchimistes Ă  l'Ă©thique contradictoire exacerbe notamment une vraie persuasion dans leur dimension fanatisĂ©e.


OrchestrĂ© par le superbe score aĂ©rien de James Horner, Willow est un excellent spectacle alliant avec probitĂ© humour, action, romance et fĂ©erie. Hormis la pauvretĂ© de son scĂ©nario, Ron Howard rĂ©ussit avec l'efficacitĂ© d'une mise en scène vĂ©loce Ă  nous attendrir (notamment l'empathie que l'on accorde au peuple nain des Nelwyn) parmi l'insolence du duo Madmartigan (Val Kilmer)/Sorsha (Joanne Whalley) et la persĂ©vĂ©rance du candide Willow

Pour parachever, la critique de mon ami Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/star-video-club/6796
08.04.13. 3èx
Bruno Matéï



vendredi 5 avril 2013

Les Guerriers de la Nuit / The Warriors. Director's Cut.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Walter Hill. 1979. U.S.A. 1h34. Avec Michael Beck, James Remar, Dorsey Wright, Thomas G. Waites, Brian Tyler, David Harris, Tom McKitterick.

Sortie salles France: 27 Août 1980. Interdit durant quelques mois en France, puis interdit au - de 18 ans lors de sa sortie en salles, et très vite réévalué en interdiction aux moins de 13 ans.
Sortie U.S: 9 Février 1979. Interdit au moins de 17 ans.

FILMOGRAPHIEWalter Hill est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 10 janvier 1942 Ă  Long Beach, en Californie (États-Unis). 1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : ExtrĂŞme prĂ©judice, 1988 : Double DĂ©tente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 Ă©pisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo, 1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (sĂ©rie TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (sĂ©rie TV).

 
"Dieux déchus du métro"
Film culte pour toute une gĂ©nĂ©ration, tandis qu’en France le comitĂ© de censure s’empressa d’en expurger dix minutes jugĂ©es trop violentes, Les Guerriers de la nuit demeure une flamboyante bande dessinĂ©e aux accents surrĂ©alistes. Alors que toutes les bandes de New York sont rĂ©unies pour entendre l’allocution de leur leader rĂ©volutionnaire, ce dernier est lâchement assassinĂ© par l’un des siens. AccusĂ© Ă  tort du meurtre, le clan des Warriors devient la cible d’une traque inlassable par une populace marginale. Pour regagner leur quartier, ils devront faire preuve d’une vaillance inĂ©branlable, affrontant sans relâche des gangs rivaux pour sauver leur peau, et laver leur honneur.

Film d’action incisif menĂ© tambour battant au rythme de rixes urbaines, Les Guerriers de la nuit transcende l’Ă©preuve de force d’une poignĂ©e de marginaux pugnaces, opposĂ©s Ă  une rivalitĂ© de clans aux visages multiples. Leur course effrĂ©nĂ©e, entièrement filmĂ©e de nuit (Ă  l’exception d’un Ă©pilogue solaire), est scandĂ©e par une bande-son pop-rock sĂ©lectionnĂ©e par une mystĂ©rieuse opĂ©ratrice radiophonique. Walter Hill, avec une ambition singulière, convoque des idĂ©es insolites pour narrer, Ă  la manière d’une BD futuriste (ponctuĂ©e de planches dessinĂ©es), une odyssĂ©e fantasmatique portĂ©e par l’apparat flamboyant des gangs de rue.

Ces dĂ©linquants cosmopolites se distinguent autant par leur diversitĂ© ethnique que par leur accoutrement extravagant : vestes criardes, visages peints, patins Ă  roulettes... ArmĂ©s de battes, chaĂ®nes, couteaux et barres de fer, ils pullulent dans un New York aphone, dispersĂ©s dans chaque recoin du mĂ©tro, pour interdire aux Warriors l’accès Ă  leur sanctuaire. MĂŞme les femmes d’un gang fĂ©ministe s’en mĂŞlent, usant de leur charme vĂ©nĂ©neux pour mieux tromper. Ce mĂ©lange d’action violente, d’aventure et de romance dĂ©senchantĂ©e (l’idylle ambiguĂ« entre Swan et Mercy) est habilement orchestrĂ© par un cinĂ©aste novateur, bien dĂ©cidĂ© Ă  dĂ©poussiĂ©rer le film de bande — un peu Ă  la manière transgressive d’un George Miller avec Mad Max, sorti la mĂŞme annĂ©e.

Les nombreuses rencontres impromptues qui jalonnent cette nuit infernale s’avèrent redoutablement efficaces, nourries par le dynamisme de bastons impeccablement chorĂ©graphiĂ©es et l’aura surrĂ©aliste d’une ville-fantĂ´me vidĂ©e de ses citadins — Ă  l’exception de quelques figures spectrales, comme ces deux couples bourgeois affalĂ©s sur une banquette de mĂ©tro.

 
"Les HĂ©ritiers de l’Olympe en jean et cuir"
PortĂ© par la partition Ă©lectrisante de Barry De Vorzon, Les Guerriers de la nuit s’impose comme une Ă©popĂ©e belliqueuse d’un genre Ă  part, moderne, dĂ©calĂ©e, peuplĂ©e de personnages d’une densitĂ© rare. Des guerriers dĂ©sĹ“uvrĂ©s, en marge d’un monde chaotique, mais animĂ©s d’un courage et d’une dignitĂ© dignes des dieux antiques — Ă  l’image de son introduction animĂ©e Ă  la manière d’un mythe. Ce Director’s Cut rarissime s’impose Ă  mes yeux comme un chef-d’Ĺ“uvre du survival initiatique, aussi probant que la version cinĂ©ma, d’autant plus fidèle Ă  l’intention première de son auteur.

*Bruno
05.04.13. 6èx

mardi 2 avril 2013

SUEURS FROIDES (Vertigo)

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lepasseurcritique.com

d'Alfred Hitchcock. 1958. U.S.A. 2h09. Avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes, Tom Helmore, Henry Jones, Raymond Bailey, Ellen Corby, Konstantin Shayne.

Sortie salles France: 28 Janvier 1959. U.S: 9 Mai 1958

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980.
1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


"En août 2012, le magazine de cinéma britannique Sight and Sound le classe Meilleur Film de tous les temps, détrônant ainsi Citizen Kane, qui occupait ce titre depuis 1962."

ConsidĂ©rĂ© comme l'un de ses films les plus accomplis au sein de sa riche filmographie, Sueurs Froides est destinĂ© Ă  transcender les alĂ©as du temps par la densitĂ© d'une folle histoire d'amour aux lisières du fantastique. InspirĂ© du roman D'entre les morts de Boileau-Narcejac, le chef-d'oeuvre Ă©lĂ©giaque de Sir Alfred est avant tout une rĂ©ussite narrative d'une intensitĂ© psychologique Ă©prouvante. A travers le cheminement tortueux d'un ancien dĂ©tective souffrant d'acrophobie, Alfred Hitchcock nous plonge dans une romance vertigineuse d'oĂą plane l'esprit de la rĂ©incarnation. Contraint de suivre l'Ă©trange errance d'une jeune femme obsĂ©dĂ©e par la dĂ©veine d'une cĂ©lèbre dĂ©funte, l'inspecteur Scottie va succomber Ă  ses charmes avant qu'un horrible drame ne le plonge dans une solitude inconsolable. Mais un Ă©vènement inopinĂ© va Ă  nouveau rĂ©veiller sa conscience avec la nouvelle rencontre d'une  femme physiquement similaire Ă  celle qu'il venait de chĂ©rir.
En affiliant l'amour déchu, le suspense lattent et le thriller machiavélique, le maître de l'angoisse compose une oeuvre romanesque au parfum mélancolique imprégné de gothisme. Que ce soit à travers la décoration d'une salle de restaurant tapissée d'un rouge rutilant, au sommet vertigineux du clocher d'un oratoire ou dans l'environnement forestier d'une promenade automnale.
Avec la perfection d'un scĂ©nario tortueux tributaire des thèmes de l'amour, la mort et l'obsession, Sueurs Froides nous illustre l'introspection douloureuse d'un homme emmĂŞlĂ© dans le faux-semblant. RongĂ© de culpabilitĂ© d'avoir laissĂ© mourir sa maĂ®tresse, faute de son handicap psychologique, Scottie va se retrouver Ă  nouveau hantĂ© par son passĂ© traumatique et rĂ©itĂ©rer le mĂŞme procĂ©dĂ© narratif afin de dĂ©mystifier le mensonge.


Transi d'émoi dans son désespoir amoureux, James Stewart livre une intense empathie pour camper un personnage meurtri littéralement ensorcelé par l'esprit d'une femme bicéphale. Dans un double rôle, Kim Novak incarne avec volupté charnelle le rôle d'une renégate finalement compromise par la passion de ses sentiments. A la manière d'un fantôme versatile, l'actrice dégage une aura surnaturelle envoûtante par sa devise sournoise avant de nous chavirer le coeur ATTENTION SPOILER ! dans une chute létale, ultime délivrance accidentelle. FIN DU SPOILER


Avec le lyrisme d'un scĂ©nario impeccablement charpentĂ© et sa puissance psychologique qui en rĂ©sulte, Sueurs Froides transcende une romance insoluble au sein d'un couple avili par l'ampleur d'une sordide machination. Puissamment orchestrĂ© par le score tragique de Bernard Hermann, Alfred Hitchcock a accompli un travail exhaustif dans sa rĂ©alisation formelle, vĂ©ritable poème d'amour et de mort illuminĂ© par le duo maudit James Stewart/Kim Nowak !

02.04.13. 3èx
Bruno Matéï