lundi 15 décembre 2014

REVEIL DANS LA TERREUR (Wake in Fright/Outback)

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allstarvideo.blogspot.com

de Ted Kotcheff. 1971. Australie. 1h54. Avec Donald Pleasance, Gary Bond, Chips Rafferty, Sylvia Kay, Jack Thompson, Peter Whittle, Al Thomas, John Meillon, John Armstrong.

FILMOGRAPHIE: Ted Kotcheff est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste canadien d'origine bulgare, né le 7 avril 1931 à Toronto (Canada).
1971: Réveil dans la Terreur. 1974: l'Apprentissage de Duddy Kravitz, 1978: La Grande Cuisine, 1982: Rambo, 1983: Retour vers l'Enfer, 1988: Scoop, 1989: Winter People, Week-end at Bernie's, 1992: Folks !


Film mĂ©connu restĂ© invisible pendant des dĂ©cennies mais nĂ©anmoins sorti chez nous en Vhs sous le titre Savane et plus rĂ©cemment dans nos salles, RĂ©veil dans la Terreur retrace le pĂ©riple impossible d'un instituteur pour rejoindre Sydney lorsqu'il dĂ©cide de faire escale dans une petite bourgade australienne. Au fil de ses rencontres amicales dans divers bars miteux, il finit par se laisser entraĂ®ner dans moult beuveries et une Ă©treinte sentimentale jusqu'Ă  l'improvisation d'une chasse aux kangourous. 


Road movie au vitriol sous le soleil Ă©crasant d'une citĂ© minière australienne, RĂ©veil dans la Terreur est une invitation au bout des tĂ©nèbres, l'introspection de la dĂ©pravation humaine sous l'oeil complice d'un touriste respectable. A la manière d'After Hours de Scorsese, Ted Kotcheff utilisant la bonhomie de son hĂ©ros afin de le confronter Ă  un concours de circonstances dĂ©sastreuses pour sa propre morale ! Celles de l'influence sympathique d'une bande d'alcoolos noyĂ©s dans leur mĂ©diocritĂ©. Ce qui frappe dans la dĂ©liquescence humaine de ce solitaire en perdition, c'est la manière sensitive dont son auteur s'y emploie pour infiltrer le malaise par le biais d'une rĂ©alisation documentĂ©e, d'un climat presque surrĂ©aliste et de la spontanĂ©itĂ© de comĂ©diens en roue libre (Donald Plesance et Gary Bond insufflant un jeu viscĂ©ral dans leur complicitĂ© faussement affable !). L'omniprĂ©sence de la bière coulant Ă  flot, le tableau mesquin imparti Ă  ces trognes mal rasĂ©es et la place inconsidĂ©rĂ©e de la femme rĂ©duite Ă  l'isolement laissent distiller une atmosphère suffocante et oppressante devant le tĂ©moignage impuissant de l'instituteur. Tour Ă  tour confrontĂ©s Ă  leurs beuveries quotidiennes car n'ayant pas la virilitĂ© pour refuser un verre, il finira par cĂ©der Ă  l'euphorie de l'Ă©briĂ©tĂ© après avoir Ă©tĂ© endoctrinĂ© par leurs bas instincts. Outre son constat social sur la rĂ©gression, la prĂ©caritĂ©, l'avilissement de l'alcoolisme et l'influence de l'effet de groupe, RĂ©veil dans la Terreur se porte notamment en dĂ©fenseur de la cause animale lorsqu'il s'attarde Ă  souligner les effets pervers (le plaisir de tuer dans une ferveur communicative !) d'une chasse aux kangourous ! 


Bad-trip insolite faisant office d'ovni quasi expĂ©rimental, RĂ©veil dans la Terreur improvise la journĂ©e en enfer d'un aimable citoyen perdant peu Ă  peu ses facultĂ©s intellectuelles et humaines face Ă  l'influence de mauvaises rencontres. DĂ©stabilisant, malsain, hyper rĂ©aliste et parfois Ă©prouvant, nous sortons de la sĂ©ance avec le sentiment aigri d'avoir Ă©tĂ© Ă©branlĂ© par une mĂ©chante gueule de bois.  

Dédicace à Adrien Pennequin
Bruno Matéï

vendredi 12 décembre 2014

Maniac Cop

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de William Lustig. 1988. U.S.A. 1h25. Avec Tom Atkins, Bruce Campbell, Laurene Landon, Richard Roundtree, William Smith, Robert Z'dar, Sheree North.

Sortie salles France: 22 Juin 1988

FILMOGRAPHIE: William Lustig est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 1er fĂ©vrier 1955 dans Le Bronx Ă  New York. Il est le neveu du boxeur Jake La Motta. 1980: Maniac. 1983: Vigilante. 1988: Maniac Cop. 1990: Maniac Cop 2. 1993: Maniac Cop 3. 1997: Uncle Sam.


Habile franc-tireur signataire du mythique Maniac et du classique de l'autodéfense Vigilante, William Lustig continue de verser dans la série B horrifique avec Maniac Cop, d'après un scénario du célèbre Larry Cohen. Justement, c'est bien là la qualité première de cet efficace psycho-killer dont l'intrigue habilement construite enchaîne avec fluidité poursuites, cascades, rebondissements en pagaille et crimes en série autour de l'itinéraire meurtrier d'un flic psychopathe. Qui plus est, pour intensifier l'enjeu dramatique, un faux coupable est sévèrement malmené par la police et le tueur afin que ce dernier puisse librement poursuivre ses exactions dans une unité de temps resserrée. En empruntant le thème du zombie inscrit dans notre réalité quotidienne, Larry Cohen réussit à crédibiliser son intrigue bâtie sur la vengeance meurtrière de l'officier Matt Cordell, préalablement condamné à tort pour abus de pouvoir puis enfermé dans une cellule parmi les assassins qu'il avait autrefois alpagués.

 
Avec une dose d'ironie macabre, l'intrigue illustre un véritable pied de nez au corps policier lorsque ce flic déchu de ses fonctions se dissimule derrière son insigne pour mieux endosser le rôle d'un psychopathe et semer la zizanie urbaine. Les quidams, gagnés par une paranoïa collective, n'osent alors plus approcher les représentants de l'ordre de peur de se faire égorger, quand bien même certains d'entre eux finissent par se laisser gagner par une forme de justice individuelle. Car c'est affublé d'une arme blanche que le maniaque accomplit ses méfaits en sillonnant les ruelles crépusculaires de New York. Sur ce point, l'atmosphère d'insécurité qui émane de ses quartiers les plus sombres renvoie au climat envoûtant magnifiquement dépeint dans le premier chef-d'œuvre de Lustig, Maniac, ou encore au cinéma de Friedkin et Ferrara
Bien avant que les violences policières ne deviennent un sujet central du débat public américain, Maniac Cop interroge déjà la confiance aveugle accordée à l'autorité et la possibilité qu'un représentant de l'ordre puisse devenir une menace. Lorsqu'un policier zélé n'hésite plus à sortir son arme pour abattre un quidam désarmé, le film semble ainsi esquisser une réflexion sur les dérives d'un pouvoir devenu incontrôlable.

Épaulé par une poignée de comédiens familiers du genre, Tom Atkins et Bruce Campbell en tête, le film affiche une patine bis irrésistible dans la manière rustre, machiste et parfois naïve dont ses personnages s'expriment. Du point de vue extradiégétique, William Lustig fait de nouveau appel à son compositeur fétiche, Jay Chattaway, pour soutenir une partition tantôt percutante, tantôt entêtante dans sa mélodie lancinante, laquelle se prête admirablement à l'onirisme macabre reflétant les états d'âme du justicier d'outre-tombe rongé par la haine et l'injustice. Une icône horrifique d'autant plus fascinante car le mystère demeure entier, tant on ignore encore les raisons exactes de son retour parmi les vivants.

Efficace et carré, nerveux et haletant, inventif et surtout atmosphérique grâce à sa géniale ambiance urbaine crépusculaire, Maniac Cop remplit haut la main le cahier des charges du psycho-killer de série B tout en se distinguant par l'originalité de son script affûté et la sympathie de ses seconds couteaux issus du ciné bis. Fun et percutant, on en redemande. Ça tombe bien : sa suite est peut-être même supérieure au modèle.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

01.06.26. 4èx

jeudi 11 décembre 2014

Mad-Max 2 / Mad-Max 2: The Road Warrior. Grand Prix, Avoriaz 82.

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

de George Miller. 1981. Australie. 1h35. Avec Mel Gibson, Bruce Spence, Mike Preston, Max Phipps, Vernon Wells, Kjell Nilsson, Emil Minty, Virginia Hey.

Récompense: Grand Prix au Festival du Film Fantastique d'Avoriaz, 1982

Sortie salles France: 11 Août 1982. U.S: 21 Mai 1982. Australie: 24 Décembre 1981

FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland).
1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max 4; Fury Road.


"Ma vie s’Ă©teint, la vue se brouille, il ne reste plus que le souvenir. Je m’souviens d’un temps ou rĂ©gnait le chaos, un temps de rĂŞves brisĂ©s, de terres dĂ©vastĂ©es... Mais par-dessus tout, je me souviens du guerrier de la route. L’homme que nous appelions Max. Pour comprendre qui Ă©tait cet homme, il faut revenir Ă  une autre Ă©poque. Quand le monde tournait au carburant noir et que florissaient dans les dĂ©serts de grandes citĂ©s de tubes et d’acier... Disparues, maintenant, balayĂ©es... Pour des raisons aujourd’hui oubliĂ©es, deux puissantes tribus entrèrent en guerre allumant un brasier qui les dĂ©vora toutes les deux. Sans carburant, elles n’Ă©taient rien. Leur empire Ă©tait de paille. Le grondement des machines hoqueta et s’Ă©teignit. Les chefs parlèrent, et parlèrent... Et parlèrent encore. Mais rien ne pouvait endiguer le dĂ©sastre. Leur monde s’Ă©croula... Les villes explosèrent provoquant une tornade de pillages. Un vent brĂ»lant de terreur ; L’homme commença Ă  se nourrir de l’homme. Sur les routes rĂ©gnait le cauchemar de la ligne blanche. Seuls les flibustiers les plus mobiles, les pillards les plus impitoyables survivaient... Les bandes prirent le contrĂ´le des routes prĂŞtes Ă  se faire la guerre pour un bidon de carburant. Dans ce maelström de pourriture, le commun des mortels Ă©tait brisĂ©, Ă©crasĂ©. Des hommes comme Max, Max le guerrier. Dans le rugissement d’un moteur, il avait tout perdu... Et il devint un homme vidĂ©, consumĂ©, ravagĂ©, un homme hantĂ© par les dĂ©mons de son passĂ©, un homme qui errait sans but par les terres dĂ©solĂ©es. Ce fut ici, dans ce lieu maudit, qu’il rĂ©apprit Ă  vivre..."
 

PhĂ©nomène planĂ©taire, alors que le premier volet avait Ă©tĂ© boudĂ© par les AmĂ©ricains, Mad Max 2 s’est taillĂ©, au fil des annĂ©es, la rĂ©putation d’archĂ©type du film d’action, ses poursuites et cascades inĂ©dites s’enchaĂ®nant Ă  un rythme effrĂ©nĂ©. Revoir Mad Max 2 pour la seconde ou la dixième fois sans Ă©prouver le moindre soupçon de lassitude prouve Ă  quel point le gĂ©nie de la mise en scène de George Miller reste insurpassable, et que son dosage d’humour, d’action et de violence renvoie au spectacle populaire, malgrĂ© ses Ă©clairs de brutalitĂ© !

L’impression de vitesse vertigineuse que nous procurent ces bolides Ă©chevelĂ©s nous laisse les mains moites, dans leurs affrontements routiers Ă  la manière jouissive d’un roller coaster. Sans le recours aux effets numĂ©riques, les cascades insensĂ©es, jamais vues jusqu’alors, sont transcendĂ©es par la vigueur d’un montage Ă  couper au rasoir et le professionnalisme de cascadeurs infaillibles. Les vĂ©hicules se pourchassent sans relâche jusqu’au crash improvisĂ©, entre ferrailles et tĂ´les froissĂ©es, tandis que certains passagers s’extraient de leur bolide pour bondir sur l’ennemi avec une hargne incontrĂ´lable ! Dans cette offensive sur bitume, les corps calcinĂ©s ou dĂ©chiquetĂ©s sont projetĂ©s dans les airs, parfois mĂŞme piĂ©tinĂ©s sous les roues !

L’hyperrĂ©alisme de ces morceaux de bravoure s’avère d’autant plus incisif que l’orchestration Ă©pique de Brian May en marque la cadence, scandant les poussĂ©es d’adrĂ©naline ! L’extravagance vestimentaire de la tribu des gladiateurs — cuir noir, fusils, armes mĂ©diĂ©vales — illustre de façon dĂ©bridĂ©e leur Ă©thique primitive, plongĂ©e dans la dĂ©shumanisation.

Mais ce lot d’affrontements barbares et de courses automobiles ne verse jamais dans la surenchère : tout est subordonnĂ© Ă  un script efficace, oĂą se croisent stratĂ©gies d’attaque et de dĂ©fense, enjeux pĂ©troliers, communication de crise et cohĂ©sion humaine au sein d’une communautĂ© pacifiste prise Ă  partie par le clan d’Humungus. Alors que ces derniers cherchent par tous les moyens Ă  s’emparer de l’essence confinĂ©e dans la raffinerie, Max, guerrier solitaire, s’improvise sauveur : il propose un marchĂ©, Ă©choue dans une bravoure esseulĂ©e, puis revient prĂŞter main-forte — en dernier recours.

DominĂ© par la prĂ©sence iconique de Mel Gibson, dans la peau de l’ancien flicard meurtri, Max s’impose en hĂ©ros dĂ©chu, hantĂ© par ses dĂ©mons, avant de retrouver l’humanisme d’un regain d’empathie pour cette communautĂ© loyale.


Fury Gladiators
Western dystopique filmĂ© en plein dĂ©sert australien, Mad Max 2 renouvelle le cinĂ©ma d’action dans sa scĂ©nographie post-apo, oĂą les derniers survivants tentent, sous l’autoritĂ© d’un guerrier sans foi, de rejoindre un nouvel horizon, Ă  travers une terre dĂ©vastĂ©e. Furieusement excitant, menĂ© Ă  un rythme frĂ©nĂ©tique, mais aussi diablement attachant, dans la mythologie du hĂ©ros comme dans la fantaisie altruiste de certains seconds rĂ´les (le pilote de l’autogire mangeur de serpent, l’enfant sauvage en quĂŞte paternelle), ce modèle d’efficacitĂ© insuffle un souffle Ă©pique proprement inĂ©dit.

CondensĂ© en une interminable course-poursuite, Mad Max 2 iconise, sans prĂ©tention, l’actionner post-nuke le plus intense et jouissif de l’histoire du cinĂ©ma.

P.S: Hommage rédigé avant la sortie de Mad-Max: Fury Road !

La critique de (l'incompris) Mad Max 3http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/mad-max-au-dela-du-dome-du-tonnerre-mad.html

Bruno Matéï
6èx

mercredi 10 décembre 2014

MIRACLE EN ALABAMA (The Miracle Worker). Oscar de la Meilleure Actrice, Anne Bancroft, 1963.

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

d'Arthur Penn. 1962. U.S.A. 1h37. Avec Anne Bancroft, Patty Duke, Victor Jory, Inga Swenson, Andrew Prine.

Sortie salles U.S: 23 Mai 1962

Récompenses: Oscar de la Meilleure Actrice, Anne Bancroft, 1963
Oscar du Meilleur Second Rôle Féminin, Patty Duke, 1963
Festival de San Sebastian: Meilleur Actrice, Anne Bancroft

FILMOGRAPHIE: Arthur Penn est un réalisateur américain, né le 27 Septembre 1922 à Philadelphie, décédé le 28 Septembre 2010 à Manhattan, New-York.
1958: Le Gaucher. 1962: Miracle en Alabama. 1965: Mickey One. 1966: La Poursuite Impitoyable. 1967: Bonnie and Clyde. 1969: Alice's Restaurant. 1970: Litlle Big Man. 1975: La Fugue. 1976: Missouri Breaks. 1981: Georgia. 1985: Target. 1987: Froid comme la Mort. 1989: Penn and Teller get killed. 1995: Lumière et Compagnie (segment).


D'après l'histoire vraie d'Helen Adams Keller (27 Juin 1880 - 1er Juin 1968), Miracle en Alabama dĂ©peint avec souci documentĂ© la leçon d'apprentissage d'une fillette sourde, muette et aveugle sous l'enseigne d'une Ă©ducatrice prĂ©alablement atteinte de cĂ©citĂ©. Vivant comme un animal sauvage et profitant de la charitĂ© de ces parents de manière capricieuse, Anne Sullivan va tenter de l'instruire et la sortir de sa condition erratique en emmĂ©nageant quelques temps au sein de son cocon familial. Après diverses expĂ©riences infructueuses, fautes de l'omniprĂ©sence de parents trop envahissants et impatients du rĂ©sultat, elle dĂ©cide de s'isoler avec Helen dans une grange durant deux semaines. Devant l'autoritĂ© castratrice du père de famille, Anne sera renvoyĂ© illico si l'expĂ©rience se solde par une dĂ©faite. DĂ©bute alors pour les deux alliĂ©es l'Ă©preuve de force de la dernière chance.


C'est une vĂ©ritable leçon de tolĂ©rance et de pĂ©dagogie (persĂ©vĂ©rante !) que nous initie Arthur Penn en adaptant l'Ă©tonnant rĂ©cit d'une jeune infirme rĂ©duite Ă  l'Ă©tat animal avant de se transfigurer en diplĂ´mĂ©e universitaire devenue romancière ! Elle deviendra d'ailleurs la première qualifiĂ©e handicapĂ©e Ă  obtenir cette prestigieuse rĂ©compense ! La puissance de l'histoire Ă©mane de la relation impĂ©rieuse liĂ©e entre l'Ă©lève et l'enseignante, leurs rapports de force (domination/soumission) s'avĂ©rant au dĂ©part d'une grande violence pour leur conflit de divergence oĂą crises d'hystĂ©ries, provocations et caprices s'accumulent du point de vue du disciple. L'intensitĂ© psychologique qui s'y dĂ©gage, la manière chirurgicale dont Arthur Penn ausculte leur relation orageuse avant l'accalmie d'une prise de confiance nous sont d'autant mieux exprimĂ©es par le brio de comĂ©diennes en roue libre. Anne Bancroft et Patty Duke s'avĂ©rant transies d'Ă©moi et de vĂ©hĂ©mence dans leur tempĂ©rament volcanique conçu sur la prise de conscience d'un nouveau mode de vie. Ce qui donne lieu Ă  des moments d'Ă©motion parfois bouleversants lorsqu'elles rĂ©ussissent Ă  trouver un terrain d'entente par la signification des mots bâtis sur le principe d'obĂ©issance, de respect et enfin de comprĂ©hension. Sur ce dernier point, la sĂ©quence Ă©loquente illustrant Ă  haute voix la prononciation du mot E.A.U risque d'en Ă©branler plus d'un dans sa puissance d'Ă©motion libĂ©ratrice ! Au niveau du portrait parental n'ayant aucune notion d'Ă©ducation, Arthur Penn met en exergue l'orgueil d'un paternel conservateur dans ses thĂ©ories de jugement et d'intolĂ©rance, quand bien mĂŞme la mère protectrice s'apitoie sur la compassion pour la prĂ©caritĂ© de sa fille handicapĂ©e. 


Eloge Ă  l'Ă©tymologie des mots (ici, par le langage des signes !) afin d'apprendre et de comprendre leur vĂ©ritable sens, ode Ă  l'Ă©ducation parentale, au respect d'autrui et Ă  la rĂ©demption de l'amour, Miracle en Alabama exploite intelligemment les expĂ©riences de la jalousie, de la provocation, de la correction et de la punition afin d'enseigner auprès de l'Ă©lève inculte une leçon de connaissance (s'ouvrir au monde pour accĂ©der Ă  la rĂ©ussite). ProfondĂ©ment passionnant, immersif et souvent Ă©prouvant, de par le cheminement initiatique d'Helen et par l'Ă©nergie viscĂ©rale dĂ©ployĂ©e avec la complicitĂ© de la gouvernante, Miracle en Alabama libère une explosion d'Ă©motions afin de parfaire le miracle de l'existence. Un chef-d'oeuvre sensitif d'une rare puissance de suggestion. 

Remerciement Ă  Gilles Vannier
Bruno Matéï 

mardi 9 décembre 2014

FURY

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ropeofsilicon.com

de David Ayer. 2014. Chine/U.S.A. 2h14. Avec Brad Pitt, Shia LaBeouf, Logan Lerman, Michael Pena, Jon Bernthal, Jim Parrack, Brad William He.

Sortie salles France: 22 Octobre 2014. U.S: 17 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: David Ayer est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Janvier 1968 Ă  Champaign, Etats-Unis. 
2005: Bad Times. 2008: Au bout de la nuit. 2012: End of Watch. 2014: Sabotage. 2014: Fury


Pendant la seconde guerre mondiale, les tanks amĂ©ricains Ă©taient moins bien armĂ©s et blindĂ©s que les tanks allemands. Les tanks amĂ©ricains ont subi des pertes dĂ©vastatrices face Ă  des vĂ©hicules bien supĂ©rieurs. 
Nous sommes en Avril 1945. Les alliĂ©s se battent au coeur de l'Allemagne nazie et rencontrent la rĂ©sistance la plus fanatique. DĂ©sespĂ©rĂ©, Hitler dĂ©clare la guerre totale et mobilise chaque homme, femme et enfant... 

RĂ©quisitoire contre l'absurditĂ© et la barbarie de la guerre, Fury nous narre l'Ă©quipĂ©e hĂ©roĂŻque d'une escouade de soldats amĂ©ricains combattant l'ennemi sur le sol allemand Ă  bord d'un char d'assaut. DirigĂ© par le sergent Don Collier, ils vont devoir user de bravoure, constance et subterfuge pour remporter des missions Ă  haut risque jusqu'Ă  l'ultime point de non retour. Sous couvert de ses actions homĂ©riques illustrĂ©es de manière poisseuse dans le surrĂ©alisme d'une atmosphère mortifère (chant religieux Ă  l'appui intonĂ© de manière gutturale !), David Ayer retransmet avec une rare puissance psychologique l'anxiĂ©tĂ© de la mort lorsque des soldats US sont incessamment confrontĂ©s Ă  bombarder les nazis ou de riposter sans sommation avant leur ultime baroud d'honneur. 


Parmi cette division amĂ©ricaine, une jeune recrue n'ayant jamais participĂ© au front observe avec impuissance et rĂ©pulsion les charniers de cadavres dĂ©chiquetĂ©s ou putrĂ©fiĂ©s avant d'apprendre Ă  tuer sous l'allĂ©geance de son mentor, Don Collier. Ce qui donne lieu Ă  des sĂ©quences Ă©prouvantes lorsque ce dernier va par exemple lui ordonner d'exĂ©cuter lâchement un prisonnier allemand d'une balle dans le dos. Outre l'impact funeste de sa scĂ©nographie belliqueuse Ă  la reconstitution historique criante de vĂ©ritĂ©, David Ayer ne sombre pas dans la complaisance pour dĂ©noncer la barbarie de l'homme endoctrinĂ© Ă  tuer au nom de sa survie ! En dĂ©pit de son ultra violence parfois rigoureuse mais nĂ©anmoins concise, Fury dĂ©gage surtout une atmosphère dĂ©sespĂ©rĂ©e de dĂ©crĂ©pitude au travers de sa nature crĂ©pusculaire proprement cauchemardesque, et par le biais du comportement frigide de tirailleurs assoiffĂ©s de haine et de rancoeur. De manière subtile et sans effet de racolage, nous nous portons tĂ©moins de leur dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale oĂą la part du bien et du mal n'a plus lieu de signification et avant de mesurer l'Ă©tendue de leur Ă©puisement après avoir Ă  nouveau massacrĂ© l'ennemi lors d'une stratĂ©gie de dĂ©fense suicidaire. Afin de mettre en relief l'absurditĂ© de leur guerre et leur crainte innĂ©e de trĂ©passer au moment le plus impromptu, la dernière partie nous dĂ©ploie un morceau de bravoure d'une Ă©prouvante intensitĂ© dramatique quand Ă  la destinĂ©e prĂ©caire de ces 5 hĂ©ros gagnĂ©s par l'honneur du sacrifice ! Avec leur gueule burinĂ©e suintant la sueur, les larmes et la poussière, les comĂ©diens s'avèrent communĂ©ment Ă©patants de vĂ©ritĂ© dĂ©shumanisĂ©e dans leur condition meurtrie de machines Ă  tuer. Outre la performance viscĂ©rale d'un Brad Pitt hantĂ© par la dĂ©sillusion et la corruption, ainsi que la prestance austère d'un Shia LaBeouf encore plus affligĂ© dans sa conscience commotionnĂ©e, on saluera notamment l'interprĂ©tation du jeune Logan Lerman (le Monde de Charlie), Ă©tonnant dans la peau d'un bleu couard en pleine propagande meurtrière ! 


Cauchemardesque et tĂ©nĂ©breux par l'aura de son onirisme macabre, brutal, dĂ©sespĂ©rĂ© et sans compromis (la sĂ©quence du repas s'avère subtilement tendue lors du comportement machiste de soldats brimant l'hospitalitĂ© de deux otages allemandes !), Fury est une Ă©preuve de force jusqu'au-boutiste, le requiem d'une croisade mĂ©prisable parmi le portrait vĂ©ritĂ© de cinq (anti)hĂ©ros condamnĂ©s Ă  se racheter dans une idĂ©ologie sacrificielle ! Un gros morceau de cinĂ©ma encore plus tragique et Ă©vocateur qu'un certain soldat Ryan. 

Bruno Matéï

    lundi 8 décembre 2014

    LA MERDITUDE DES CHOSES (De helaasheid der dingen)

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Felix van Groeningen. 2009. Belgique/Hollande. 1h48. Avec Kenneth Vanbaeden, Koen de Graeve, Johan Heldenbergh, Valentijn Dhaenens, Wouter Hendrickx, Gilda De Bal, Bert Haelvoet.

    Sortie salles France: 30 Décembre 2009. Belgique: 7 Octobre 2009

    RĂ©compensesAmphore d'or au Festival de Quend du film grolandais, 2009. 
    Prix Art et Essai de la CICAE, Festival de Cannes, 2009. 
    Meilleur Film, Meilleur ScĂ©nario, Meilleur Acteur, Meilleur Acteur de second rĂ´le, Meilleur Espoir, Prix du Public au Prix du CinĂ©ma Flamand, 2010. 
    Coup de coeur du Jury LycĂ©en, Festival Les Enfants du CinĂ©ma (Ardennes), 2011. 

    FILMOGRAPHIE: Felix van Groeningen est un réalisateur belge flamand, né à Gand en 1977.
    2000: 50CC. 2004: Steve + Sky. 2007: Dagen zonder lief (des jours sans amour). 2009: La Merditude des Choses. 2012: The Broken Circle Breakdown


    DĂ©jĂ  responsable de l'Ă©lectro-choc Alabama Monroe, rĂ©compensĂ© en 2014 de l'Oscar du Meilleur Film EtrangerFelix van Groeningen avait dĂ©jĂ  montrĂ© ses preuves de cinĂ©aste talentueux trois ans au prĂ©alable avec La Merditude des choses. Un drame social plutĂ´t glauque dans la peinture marginale adressĂ©e Ă  une famille de chĂ´meurs engluĂ©s dans l'ennui et l'alcool. Le jeune Gunther Strobbe tente de se faire une place au sein de sa famille, entre les beuveries de son père et de ses oncles quotidiennement fourrĂ©s dans les bars, et parmi le tĂ©moignage impuissant de sa grand-mère. Comment cristalliser alors une adolescence Ă©quilibrĂ©e et cultivĂ©e dans un environnement aussi malsain oĂą les hystĂ©ries collectives, les violences verbales et physiques, les grossièretĂ©s et les Ă©tats d'Ă©briĂ©tĂ© font partie de son morne quotidien ? 


    Alternant tranches de vie du passĂ© et du prĂ©sent, La Merditude des Choses Ă©voque avec un rĂ©alisme cru, pour ne pas dire jusqu'au-boutiste, l'itinĂ©raire incertain d'un adolescent paumĂ© co-existant dans une cellule familiale en dĂ©liquescence sociale. Outre la structure avisĂ©e du rĂ©cit prenant soin de dĂ©crire les Ă©tats d'âme fragilisĂ©s du jeune Gunther et de brosser le caractère besogneux de chacun des parents, l'intensitĂ© qui s'y dĂ©gage Ă©mane de leurs comportements erratiques Ă  s'y brĂ»ler les ailes. Époustouflants de naturel avec leur trogne tumĂ©fiĂ©e et leur dĂ©gaine ventripotente, les comĂ©diens s'avèrent incroyablement expressifs pour insuffler un humanisme en perdition, entre sentiments de rĂ©volte et d'impuissance. Car victimes de leur condition rĂ©trograde et d'une sĂ©vère accoutumance Ă  l'alcool, c'est avec la fiertĂ© de leur patronyme qu'ils dĂ©cident de survivre dans une solidaritĂ© inconsciente de dĂ©bauche. Au milieu de ces machistes incultes se vautrant dans la mĂ©diocritĂ©, Gunther (Kenneth Vanbaeden s'avère touchant d'innocence et de naĂŻvetĂ© dans sa condition infantile) observe leurs effronteries grossières, entre rire amusĂ©, sourire gĂŞnĂ© et lassitude grandissante. Victime de dĂ©saffection et de dĂ©considĂ©ration, notamment envers le corps scolaire, mais Ă©pris d'un regain de conscience, c'est avec le soutien de sa grand-mère et d'une assistante sociale qu'il va tenter de modifier son parcours pĂ©dagogique afin de concrĂ©tiser une destinĂ©e plus optimiste. Advenu Ă  son tour adulte quelques annĂ©es plus tard pour devenir un potentiel Ă©crivain et papa d'un enfant, aura-t'il la maturitĂ© responsable de faire face au statut paternel et aura t-il la constance professionnelle de parvenir Ă  son rĂŞve ? En brassant les thèmes de l'exclusion, de l'immaturitĂ©, du chĂ´mage, des ravages de l'alcool, de l'influence de l'entourage et de la dĂ©mission parentale, Felix van Groeningen nous ausculte un drame social d'une incroyable verdeur dans la peinture de ces laissĂ©s-pour-compte auquel l'Ă©motion poignante et rigoureuse vient nous alpaguer de manière alĂ©atoire. 


    Dur, cruel, poignant, bouleversant, La Merditude des Choses s'avère aussi dĂ©rangeant qu'Ă©prouvant lorsqu'il nous retranscrit avec gravitĂ© et tendresse la quotidiennetĂ© d'une famille dĂ©shĂ©ritĂ©e dans les bas-fonds d'un village flamand. Sans misĂ©rabilisme et avec souci de vĂ©ritĂ©, Felix van Groeningen pose la question essentielle de la responsabilitĂ© parentale tout en Ă©voquant les consĂ©quences de la postĂ©ritĂ© d'un enfant ayant Ă©voluĂ© dans un milieu familial aussi dĂ©pravĂ©. Ode Ă  l'espoir, au courage Ă  l'amour et Ă  la persĂ©vĂ©rance, un film coup de poing d'une intensitĂ© Ă©motionnelle nĂ©vralgique !

    La critique d'Alabama Monroe: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/alabama-monroe-broken-circle-breakdown.html

    Remerciement Ă  Dany Dumont et Jennifer Winter
    Bruno Matéï

    vendredi 5 décembre 2014

    Massacre à la Tronçonneuse / The Texas Chainsaw Massacre. Prix de la Critique, Avoriaz 76

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Silverferox.

    de Tobe Hooper. 1974. U.S.A. 1h23. Avec Marilyn Burns, Paul A. Partain, Allen Danziger, William Vail, Teri McMinn, Edwin Neal, Jim Siedow, Gunnar Hansen.

    Sortie salles France: 5 Mai 1982. VHS: 1979.

    FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 25 Janvier 1943 Ă  Austin (Texas). 1969: Eggshells, 1974: Massacre Ă  la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crĂ©ditĂ©), 1981: Massacre dans le Train FantĂ´me, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre Ă  la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


    "Totem de chair et folie texane".
    Mastodonte de l’horreur poisseuse, Ă©preuve de force traumatique discrĂ©ditĂ©e par la critique bien-pensante dès sa sortie, Massacre Ă  la Tronçonneuse subit les foudres de la censure internationale — en raison de l’intensitĂ© de sa violence extrĂŞme, de son rĂ©alisme aride, et de son caractère faussement sanglant. Hormis son Prix de la Critique Ă  Avoriaz, le film fut marginalisĂ©. Et pourtant, aujourd’hui, tout le monde s’est rĂ©conciliĂ© avec l’Ă©vidence : la virtuositĂ© de son auteur, l’influence majeure exercĂ©e sur des gĂ©nĂ©rations de cinĂ©astes, et l’impact Ă©motionnel sidĂ©rant infligĂ© aux spectateurs. Tobe Hooper, jadis paria, foule dĂ©sormais le tapis rouge de Cannes.

    Ă€ partir d’un pitch trivial — cinq jeunes amis sillonnent la campagne texane pour rejoindre la maison familiale de l’un d’eux, avant d’ĂŞtre mĂ©thodiquement exterminĂ©s par une famille de rednecks psychopathes —, le jeune Hooper tire un modèle d’efficacitĂ© brutale, oĂą les nerfs du spectateur sont mis Ă  rude Ă©preuve durant 1h23 ! Et ce, dès le gĂ©nĂ©rique rubigineux, oĂą les flashs d’un appareil photo impriment en gros plan des membres de cadavres putrĂ©fiĂ©s. Le plan suivant, dĂ©voilant deux corps en position de totem, nous propulse dans un univers oĂą le viol de sĂ©pulture est un rite inaugural. Puis vient l’inoubliable sĂ©quence de l’auto-stoppeur : l’homme dĂ©taille ses anciennes mĂ©thodes d’abattage bovin, se tranche la main au canif, puis entaille le bras de Franklyn, l’impotent. La "dĂ©mence humaine" est plantĂ©e.


    Avec un souci du dĂ©tail crapoteux — la camĂ©ra s’attardant sur une nuĂ©e d’insectes lovĂ©s au plafond, ou sur une dent humaine ramassĂ©e au sol —, la première partie installe un suspense latent, une montĂ©e d’angoisse implacable. Deux maisons insalubres deviennent les portes d’un cauchemar, oĂą surgit le monstre le plus aberrant de l’histoire criminelle : Leatherface. Dès que les protagonistes s’Ă©garent dans cette campagne claquemurĂ©e, un sentiment d’insĂ©curitĂ© les assiège, amplifiĂ© par une bande-son dissonante, hybride, inventĂ©e pour l’effroi. Hooper joue avec une atmosphère solaire irrespirable, soulignĂ©e par une photo granuleuse et criarde, et un dĂ©cor insalubre : odeur de charogne, ossements animaux, sang sĂ©chĂ©… Le spectateur est pris Ă  la gorge.

    La seconde partie, la plus cauchemardesque, est une traversĂ©e de la folie — un chemin de croix de torture morale, une Ă©tude de la dĂ©mence paroxystique (gros plans sur les yeux rĂ©vulsĂ©s d’une martyre), un crescendo vers l’effroi absolu. Sally Hardesty devient combattante, survivante d’un enfer domestique peuplĂ© de bouchers cannibales. La bande-son, stridente, scande l’hystĂ©rie. La course-poursuite dĂ©bouche sur un repas familial dĂ©lirant, Ă  la fois cartoonesque et insoutenable. Notamment lors du rituel du marteau, oĂą l’on invoque la main sĂ©nile du grand-père pour frapper la victime. L’horreur culmine — et avec elle, un sentiment d’impuissance viscĂ©ral, jusqu’au malaise sensoriel.


    "Sous le soleil, la charogne".
    Tableau schizo de l’AmĂ©rique profonde, mĂ©taphore de l’exclusion, du chaos et de la dĂ©sillusion, Massacre Ă  la Tronçonneuse est une plongĂ©e sans retour dans la dĂ©chĂ©ance. Une diatribe sociale sur la prĂ©caritĂ©, l’ignorance, la marginalisation — et sur ce que la misère engendre de plus monstrueux.
    Le film se dĂ©cline en acmĂ© d’horreur inhumaine, par sa terreur viscĂ©rale et son rĂ©alisme brutal hĂ©ritĂ© du reportage. Un bad trip expĂ©rimental, Ă  la frontière d’un cartoon vitriolĂ©, oĂą Tex Avery aurait glissĂ© par erreur. Outre sa puissance visuelle et auditive, alternant suggestion oppressante et Ă©clairs de brutalitĂ© malsaine, il faut saluer le jeu viscĂ©ral d’une scream queen transie de dĂ©mence : la regrettĂ©e Marilyn Burns.

    *Bruno
    26.04.26. 6èx

    Récompense: Prix de la Critique au Festival d'Avoriaz, 1976

    Ci-joint la Chronique de Massacre Ă  la Tronçonneuse 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/massacre-la-tronconneuse-2.…
    La Chronique du remake Massacre Ă  la Tronçonneuse: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/massacre-la-tronconneuse-2003-texas.html


    jeudi 4 décembre 2014

    TERMINATOR RENAISSANCE (Terminator Salvation)

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lunkiandsika.wordpress.com

    de McG. 2009. U.S.A. 1h57 (Director's Cut). Avec Christian Bale, Sam Worthington, Bryce Dallas Howard, Roland Kickinger, Common, Anton Yelchin, Moon Bloodgood, Helena Bonham Carter.

    Sortie salles France: 3 Juin 2009. U.S: 21 Mai 2009

    FILMOGRAPHIE: McG (Joseph McGinty Nichol) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 2000: Charlie et ses drĂ´les de dames. 2003: Charlie's Angels 2: les anges se dĂ©chaĂ®nent. 2005: We are Marshall. 2009: Terminator Renaissance. 2012: Target. 2014: 3 Days to Kill.


    RepĂ©rĂ© avec deux adaptations d'une sĂ©rie TV culte des annĂ©es 70 (DrĂ´les de Dames), McG est enrĂ´lĂ© en 2007 pour relancer la nouvelle franchise de Terminator dont l'action se situera cette fois-ci dans le futur d'un Los-Angeles post-apo. C'est donc un film de guerre destroy que nous façonne le cinĂ©aste avec l'esthĂ©tisme crĂ©pusculaire d'une photo dĂ©saturĂ©e et un sens Ă©pique souvent impressionnant dans son lot de bravoures explosives. Que ce soit au niveau des poursuites motorisĂ©s, en hĂ©licoptère, en vaisseaux high-tech ou en camion, ou encore celles des offensives belliqueuses manoeuvrĂ©es secrètement entre l'homme et la machine, Terminator Renaissance privilĂ©gie l'actionner bourrin avec l'efficacitĂ© d'un script haletant Ă©maillĂ© d'idĂ©es intĂ©ressantes. A l'instar de l'identitĂ© suspicieuse de Marcus Wright, ancien condamnĂ© Ă  mort vouĂ© Ă  une rĂ©surrection hybride dans le futur de 2018, Ă  l'exemple de la stratĂ©gie de dĂ©fense employĂ©e avec une arme capable de paralyser les machines, ou encore au niveau de la dĂ©mesure des diffĂ©rents prototypes de robots se dĂ©plaçant sur moto, sous l'eau ou en vaisseau afin de mieux riposter. 


    En dĂ©pit d'un manque d'intensitĂ© dans les enjeux humains accordĂ©s entre John Connor, Kyle Resse et Marcus Wright, le trio rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  insuffler une certaine densitĂ© dans leur conflit de divergence et leur cohĂ©sion hĂ©roĂŻque avant de suspecter la condition de l'un d'eux rĂ©duit Ă  l'Ă©tat d'homme-machine. C'est lĂ  l'Ă©lĂ©ment le plus intĂ©ressant de cette rĂ©actualisation du mythe de Frankenstein lorsque le monstre se rĂ©voltait contre son crĂ©ateur de lui avoir violĂ© sa propre identitĂ©. Le rĂ©alisateur insistant sur la prise de conscience humaine d'un homme d'acier dĂ©libĂ©rĂ© Ă  dĂ©jouer les ambitions immorales de ces crĂ©ateurs. Une diatribe contre la dictature militaire est Ă©galement survolĂ©e lorsque le gĂ©nĂ©ral Ashdon s'Ă©vertue Ă  donner l'assaut de ces troupes au sein de l'entreprise de Skynet malgrĂ© l'enjeu humanitaire de rĂ©sistants retenus prisonniers Ă  l'intĂ©rieur. Afin de retenir l'intĂ©rĂŞt, et en dĂ©pit de ces sĂ©quences homĂ©riques dĂ©capantes qui empiètent rĂ©gulièrement le rĂ©cit, deux facteurs majeurs sont donc allouĂ©s Ă  la rĂ©sistance de nos hĂ©ros et Ă  la survie de l'humanitĂ© ! Retrouver en vie Kyle Reese (le futur père de John Connor !) retenu prisonnier chez Skynet, et dĂ©truire ce gigantesque ordinateur responsable de la hiĂ©rarchie des machines Ă  tuer. 


    En dépit d'un final assez prévisible au sentiment de déjà vu, du manque d'intensité dramatique (exit l'univers dystopique sombre et désespéré entraperçu dans les 2 premiers volets !) et du défaut d'aplomb dans la réalisation, Terminator renaissance ne manque pas de trouvailles, de souffle épique et d'esthétisme cendré (décors décharnés à l'appui !) pour crédibiliser un univers post-apo régi par les robots. S'il est loin de rivaliser avec la réussite des 2 premiers opus, il n'en demeure pas moins un spectacle ultra spectaculaire épaulé des prestances viriles de Christian Bale et Sam Worthington

    Bruno Matéï
    2èx

    mercredi 3 décembre 2014

    LE DERNIER DES MOHICANS (The Last of the Mohicans)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lecritiqueurfou.blogspot.com

    de Michael Mann. 1992. U.S.A. 1h52. Avec Daniel Day-Lewis, Madeleine Stowe, Russell Means, Eric Schweig, Jodhi May, Steven Waddington, Wesley Studi, Maurice Roëves, Patrice Chéreau.

    Sortie salles France: 26 Août 1992. U.S: 25 Septembre 1992

    FILMOGRAPHIE
    : Michael Kenneth Mann est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 5 Février 1943 à Chicago.
    1979: Comme un Homme Libre, 1981: Le Solitaire, 1983: La Forteresse Noire, 1986: Le Sixième Sens, 1989: LA Takedown, 1992: Le Dernier des Mohicans, 1995: Heat, 1999: Révélations, 2001: Ali, 2004: Collatéral, 2006: Miami Vice, 2009: Public Enemies. 2015: Hacker.


    Les colonies amĂ©ricaines. Troisième annĂ©e de guerre entre l'Angleterre et la France pour la possession du continent. Trois hommes, les derniers d'un peuple en extinction, sont sur la frontière ouest de la rivière Hudson. 

    Neuvième adaptation du roman de James Fenimore Cooper, le Dernier des Mohicans relate la guerre de la conquĂŞte française sur le sol amĂ©ricain en 1757. EpaulĂ© des Hurons, ils s'engagèrent dans une bataille sans merci contre l'armĂ©e britannique, eux mĂŞme soutenus par les Mohicans. Le rĂ©cit se concentre ensuite sur l'hĂ©roĂŻsme de trois Mohawks venus sauver d'une embuscade l'officier anglais Duncan Heyward et les soeurs, Cora et Alice Munro. ImpliquĂ©s indirectement dans leur conflit, ils vont tenter d'influencer le colonel britannique Munro de plier bagage d'un fort avant l'offensive attendue des français. 


    C'est donc une lutte sans merci pour le pouvoir que nous illustre Michael Mann avec un souffle Ă©pique impressionnant. Que ce soit pour la beautĂ© des vallĂ©es montagneuses ornĂ©es de cascades ou des batailles rangĂ©es coordonnĂ©es de jour comme de nuit par des armĂ©es orgueilleuses, le Dernier des Mohicans transpire la fureur belliqueuse avant de faire appel au romantisme lorsque Nathanael finit par succomber au charme de Cora. Avec une pudeur inscrite dans la noblesse des sentiments, Michael Mann dresse en parallèle le portrait de ce couple en Ă©treinte impliquĂ© au milieu d'un conflit historique qui les dĂ©passent. Par l'aspect sanglant des diverses batailles homĂ©riques, on est aussi frappĂ© par la brutalitĂ© des affrontements physiques, les Hurons s'acharnant sauvagement sur leurs victimes Ă  coups de hache pour les Ă©ventrer, leur arracher le coeur ou les scalper. Par son rĂ©alisme acĂ©rĂ©, cette barbarie reflète sans complaisance l'inhumanitĂ© de la guerre au sein d'une Ă©poque colonialiste ancrĂ©e dans le conservatisme oĂą le plus couard n'hĂ©sitait pas Ă  feindre et trahir son alliĂ© pour parvenir Ă  la victoire. Mais le Dernier des Mohicans, c'est aussi une leçon de sagesse, de pacifisme et de tolĂ©rance, un sens de l'honneur, de la justice et du sacrifice Ă©tablis par trois Mohawks afin d'apaiser les tensions. A l'instar de leur compromis partagĂ© avec l'armĂ©e anglaise ou de leur stratĂ©gie de dĂ©fense invoquĂ©e en dernier ressort pour Ă©pargner de la mort trois otages. Ce qui nous converge Ă  un final anthologique d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante et d'un lyrisme bouleversant pour la destinĂ©e de ces survivants sĂ©parĂ©s par la partialitĂ© ! 


    Dominé par le charisme viril de comédiens insufflant sentiments de bravoure, de loyauté et de dignité, et scandé par l'exaltante partition de Trevor Jones et Randy Edelman, Le Dernier des Mohicans réanime le souffle épique, la candeur romanesque des plus grands récits d'aventures inscrits dans le lyrisme et la fougue des sentiments. Grâce à la virtuosité de la mise en scène, son réalisme historique nous immerge dans ces rivalités étrangères avec fureur et passion pour dénoncer l'orgueil du colonialisme et l'inanité de la guerre dans sa barbarie, son injustice et ses trahisons. Un grand moment de cinéma émaillé de séquences vertigineuses, à l'instar du duo incandescent Daniel Day-Lewis/Madeleine Stowe.

    Bruno Matéï
    3èx

    mardi 2 décembre 2014

    MISERY. Oscar de la Meilleure Actrice, Kathy Bates, 1991.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flickfacts.com

    de Rob Reiner. 1990. U.S.A. 1h47. Avec James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Frances Sternhagen, Richard Farnsworth, Graham Jarvis.

    Sortie salles France: 13 Février 1991. U.S: 30 Novembre 1990

    Récompenses: Oscar de la meilleur Actrice pour Kathy Bates, 1991
    Golden Globe de la meilleure Actrice pour Kathy Bates, 1991

    FILMOGRAPHIE: Rob Reiner est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 6 Mars 1947 dans le Bronx à New-York.
    1984: Spinal Tap. 1985: Garçon choc pour nana chic. 1986: Stand by me. 1987: Princess Bride. 1989: Quand Harry rencontre Sally. 1990: Misery. 1992: Des Hommes d'honneur. 1994: L'Irrésistible North. 1995: Le Président et Miss Wade. 1996: Les Fantômes du passé. 1999: Une vie à deux. 2003: Alex et Emma. 2005: La Rumeur court... 2007: Sans plus attendre. 2010: Flipped. 2012: Un Eté magique. 2014: And so it goes.


    DĂ©marche inopinĂ©e que celle du rĂ©alisateur de Stand by me, Princess bride et Quand Harry rencontre Sally de porter Ă  l'Ă©cran un suspense horrifique initiĂ© par le maĂ®tre Stephen King. C'est d'ailleurs la seconde fois que Rob Reiner adapte l'un de ses Ă©crits avec le mĂŞme succès commercial et critique. RĂ©gi en mode huis-clos rĂ©frigĂ©rant, Misery nous confine Ă  l'intĂ©rieur d'un chalet isolĂ© pour nous scander la confrontation au sommet d'un Ă©minent Ă©crivain rĂ©duit Ă  la paralysie et d'une fan hystĂ©rique avide d'Ă©vasion romantique. A travers le portrait de cette quadra solitaire fĂ©rue de passion pour les histoires de Paul Sheldon, l'intrigue met en exergue le revers de mĂ©daille de la cĂ©lĂ©britĂ© du point de vue de son auteur et surtout le rapport fanatique d'une frange de lecteurs incapables de distinguer la part de fiction et de rĂ©alitĂ© lorsqu'ils sont obnubilĂ©s par l'intensitĂ© d'un rĂ©cit plus vrai que nature. Jusqu'oĂą peut donc mener l'emprise de la passion, l'influence du bouquin, l'addiction des suites Ă  succès chez les ĂŞtres susceptibles rĂ©duits au spleen de leur solitude ?


    Si Misery se prend un finaud plaisir Ă  Ă©laborer un suspense psychologique aussi haletant que sardonique dans ces instants d'humour nerveux, il le doit beaucoup au tandem formĂ© par le couple maudit, James Caan et Kathy Bates. ParalysĂ© depuis son accident de voiture dans un ravin enneigĂ© et toujours plus molestĂ© par sa tortionnaire exigeante, l'acteur exprime avec retenue ses sentiments d'impuissance dans une hypocrisie affable afin d'amadouer sa dominatrice et avant une dĂ©marche progressive de stratagèmes de dĂ©fense. Rob Reiner nous infligeant des moments de suspense tendu lorsqu'il essaie Ă  plusieurs reprises de s'Ă©chapper de sa chambre, ou des instants horrifiques d'un rĂ©alisme rigoureux lorsqu'il en est sĂ©vèrement châtiĂ© (personne ne peut oublier l'Ă©pisode brutal des pieds broyĂ©s par une massue !). Quand Ă  l'ultime confrontation paroxystique, nos nerfs sont mis Ă  rude Ă©preuve lorsque Paul essaie dans une posture prĂ©caire de se dĂ©battre contre la violence dĂ©mentielle de sa tortionnaire  ! Pourvue d'une stature corpulente et douĂ©e d'un charme attendrissant dans son regard pĂ©tillant, Kathy Bates insuffle une prĂ©sence subtilement perfide dans sa perversitĂ© goguenarde Ă  vouloir dompter son otage pour le caprice d'un roman Ă  suites Ă  l'Ă©pilogue inconsolable ! Ses crises d'hystĂ©rie inattendues et ses Ă©clairs de violence laissant Ă©galement transparaĂ®tre la nĂ©vrose d'une dangereuse sociopathe dĂ©jĂ  responsable d'un sordide passĂ© ! La densitĂ© cruelle de Misery rĂ©sulte donc dans ce rapport dysfonctionnel Ă©tabli entre la victime et le bourreau contraints de cohabiter ensemble pour satisfaire le contentement de cette lectrice irrationnelle avide de romance et de reconnaissance !


    Jouissif dans le mĂ©canisme infaillible de son suspense charpentĂ© et Ă©prouvant dans le calvaire cruel imposĂ© Ă  l'Ă©crivain dĂ©muni, Misery distille une angoisse sous-jacente et redouble l'efficacitĂ© des affrontements psychologiques autour d'un survival subtilement affolant.  

    Bruno Matéï
    3èx

    lundi 1 décembre 2014

    Sunshine

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Danny Boyle. 2007. Angleterre. 1h47. Avec Cillian Murphy, Chris Evans, Rose Byrne, Michelle Yeoh, Cliff Curtis, Troy Garity, Hiroyuki Sanada.

    Sortie salles France: 11 Avril 2007. Angleterre: 6 Avril 2007

    FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester.
    1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance.


    Echec commercial lors de sa sortie, Sunshine bĂ©nĂ©ficie pourtant d'un spectacle vertigineux rĂ©gi autour du système solaire lorsque huit astronautes vont tenter de ranimer le soleil Ă  l'aide d'une bombe nuclĂ©aire. Or, leur mission va ĂŞtre compromise par un concours de circonstances infortunĂ©es. Qu'en sera t-il du devenir de l'humanitĂ© ? Si le pitch peut prĂŞter Ă  sourire de par l'aspect fantaisiste d'une telle mission comparable Ă  celle du blockbuster (indigeste) Armageddon, Sunshine Ă©lude toute forme de racolage, aussi spectaculaire qu'il soit, pour se focaliser sur l'attitude dĂ©munie de ses astronautes en quĂŞte existentielle. Et pour une première incursion dans la science-fiction, Danny Boyle s'en sort donc avec les honneurs de nous avoir conçu cette splendide sĂ©rie B (de luxe) riche en rebondissements et rehaussĂ©e d'un esthĂ©tisme fulgurant au sein de sa scĂ©nographie spatiale plus vraie que nature. J'ose mĂŞme avouer que le rĂ©alisme imparti aux dĂ©cors industriels ou Ă  ceux des vaisseaux spatiaux voguant Ă  proximitĂ© de l'immense soleil anticipe le tour de force technique dĂ©montrĂ© dans le novateur Gravity ! OdyssĂ©e de l'espace Ă  la dimension humaine rude quand une poignĂ©e de hĂ©ros vont mesurer leur sens du courage, de loyautĂ© et du sacrifice, Sunshine nous conte leur Ă©preuve de force dans un univers stellaire d'oĂą plane l'ombre d'une divinitĂ© malfaisante. 


    ConfrontĂ©s aux dilemmes moraux, aux incidents techniques, aux conflits de virilitĂ© puis Ă  la dĂ©couverte surprise d'un saboteur inconnu, leur espoir de sauver l'humanitĂ© s'avère toujours compromise par un concours d'Ă©vènements impondĂ©rables. RĂ©alisĂ© avec souci de rĂ©alisme (euphĂ©msime), Ă  l'instar de l'incroyable beautĂ© de ces effets-spĂ©ciaux numĂ©riques, Sunshine possède l'atout de filmer l'espace comme si vous y Ă©tiez ! Qui plus est, Ă  l'aide d'une intrigue pessimiste oĂą l'avenir de notre humanitĂ© est Ă  deux doigts de se volatiliser, les sĂ©quences d'action qui s'y interposent sont tributaires du cheminement aussi hĂ©roĂŻque que suicidaire des protagonistes Ă  bout de course. Il s'avère donc que, outre sa dramaturgie imposĂ©e durant ce cheminement pĂ©rilleux oĂą les pertes humaines affluent, le film distille une intensitĂ© haletante quant Ă  la survie de ces astronautes confrontĂ©s Ă  leur curiositĂ© de percer les origines de la vie et Ă  affronter les risques inconsidĂ©rĂ©s. Quand au final onirique scandĂ© du thème Ă©lĂ©giaque de John Murphy et Underworld, il laisse percer l'Ă©motion Spoil ! parmi le tĂ©moignage de ces ultimes survivants et d'une famille contemplant de la terre la rĂ©sultante de leur mission de dernier ressort Fin du Spoil


    Hymne Ă  l'immensitĂ© de l'espace et Ă  ses secrets impĂ©nĂ©trables, ode Ă  la bravoure de ces astronautes suicidaires pourvus d'une digne humanitĂ©, Sunshine renouvelle l'expĂ©dition spatiale avec l'indĂ©niable efficacitĂ© d'un script imprĂ©visible Ă©paulĂ© d'une rĂ©alisation littĂ©ralement formelle (on en prend plein la vue sans interruption possible). Du grand space opera naturaliste qui fera date. 

    * Bruno
    29.07.22. 
    25.03.24. 4èx. Vostfr