lundi 3 août 2026

A silent voice de Naoko Yamada. Japon 2h09. 2016.

                    (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives) 

Découverte cet après-midi de A Silent Voice, magnifique film d'animation japonais réalisé par Naoko Yamada en 2016, alors que j'ignorai son existence. Or, il n'y a pas de hasard, que des rendez-vous ^^

Chef-d'œuvre d'une sensibilité à fleur de peau et d'un humanisme aussi profond que déchirant, A Silent Voice nous relate la relation conflictuelle entre Shoya Ishida, un collégien dissipé qui s'en prend avec cruauté à une nouvelle élève sourde, Shoko Nishimiya, avant que les années ne passent et que les remords ne viennent le rattraper. Devenu lycéen, Shoya retrouve la jeune fille et tente, avec une sincérité très émouvante, de renouer avec elle afin de lui témoigner combien il regrette les souffrances qu'il lui a infligées.


À travers les thématiques du harcèlement scolaire, du handicap, de la différence et de la communication, ce drame psychologique surprend par une pudeur exemplaire qui ne sombre jamais dans le sentimentalisme. Bien au contraire, c'est précisément cette retenue qui rend son émotion si profonde et laisse couler les larmes. Il ne s'agit d'ailleurs pas vraiment d'une romance (pas une seule étreinte à l'horizon !), mais d'une douloureuse tentative de reconstruction, d'acceptation de soi et de rédemption.
Si Shoya cherche à expier ses fautes, Shoko, bien qu'elle n'ait objectivement rien à se reprocher, porte elle aussi une culpabilité injustifiée, persuadée d'être un poids pour ceux qui l'entourent (comme c'est souvent le cas pour les victimes traumatisées par le harcèlement moral). Tous deux devront donc apprendre à se libérer de leurs blessures pour enfin se réconcilier avec eux-mêmes.


A Silent Voice dégage une émotion d'une rare acuité à travers le cheminement moral de ses deux protagonistes. La communication, qu'elle soit coupée par un handicap ou par les blessures invisibles de l'âme, devient ici le véritable cœur du récit. Le film traite ces thèmes avec une délicatesse et une sensibilité parfois déchirantes, tant il transpire l'humanité écorchée vive de personnages profondément meurtris par leur mutuelle solitude.

Mais ce qui rend cette œuvre si bouleversante et mémorable, c'est sa manière de montrer - avec beaucoup de patience - les terribles conséquences du harcèlement scolaire, aussi bien sur la victime que sur l'ancien harceleur rongé par le remords au point de se murer dans l'isolement et la tentative de suicide. Sans jamais excuser les actes commis, le film rappelle que chacun peut tenter de devenir une meilleure version de lui-même, à condition d'avoir le courage d'affronter son passé, de se remettre en cause, de changer de regard sur les autres et les choses qui nous entourant et d'oser avoir la courage de tendre la main à l'autre.


Enfin, j'ai tellement admiré la manière dont Naoko Yamada s'écarte des conventions du mélodrame. Alors que l'on redoute constamment une issue insupportablement tragique, la réalisatrice choisit une voie infiniment plus subtile et lumineuse avec une rare force de suggestion (les silences, les regards, la gestuelle comptent plus que les mots ou les étreintes). Sa conclusion concise, magistrale, célèbre la capacité de changer de regard au bénéfice d'une seconde chance, en s'acceptant soi-même pour enfin s'ouvrir aux autres.

Une magnifique leçon de vie, d'humilité, de respect envers son prochain et d'humanité - à fleur de peau - dont on ressort chamboulé.

Dédicace à Valentin Dussart 

— Celui du cœur noir des images 🖤