lundi 16 novembre 2015

L'ETRANGE NOEL DE MR JACK

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site maddysouris.com

"The Nightmare Before Christmas" de Henry Selick. 1993. U.S.A. 1h16. BasĂ© sur une histoire et des personnages créés par Tim Burton

Sortie salles France: 7 Décembre 1994. États-Unis : 29 octobre 1993

FILMOGRAPHIEHenry Selick est un scĂ©nariste nĂ© le 30 novembre 1952, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain de cinĂ©ma, spĂ©cialisĂ© dans l'animation image par image (dite aussi  animation en volume).
1993 : L'Étrange Noël de Monsieur Jack. 1996 : James et la Pêche géante. 2001 : Monkeybone. 2009 : Coraline. 2015 : The Shadow King.


InspirĂ© d’un poème et de personnages imaginĂ©s par Tim Burton dans les annĂ©es 80, L’Étrange NoĂ«l de Mr Jack retrace l’utopie mĂ©lancolique de Jack Skellington, roi des citrouilles rĂ©gnant sur la ville d’Halloween. LassĂ© de sa fĂŞte macabre, il dĂ©couvre la ville de NoĂ«l et dĂ©cide d’en offrir les traditions aux enfants, allant jusqu’Ă  kidnapper le vĂ©ritable Père NoĂ«l. Mais les jouets morbides glissĂ©s dans les cheminĂ©es sèment davantage l’effroi que l’Ă©merveillement chez les tĂŞtes blondes.

Hymne Ă  l’anticonformisme, portĂ© par une fĂ©erie macabre d’une inventivitĂ© fastueuse, L’Étrange NoĂ«l de Mr Jack est un enchantement esthĂ©tique permanent. Chaque plan respire le souci du dĂ©tail, depuis l’expressionnisme de dĂ©cors tantĂ´t gothiques, tantĂ´t fĂ©eriques, jusqu’Ă  la mobilitĂ© gracile de personnages excentriques façonnĂ©s en stop-motion. La puissance Ă©motionnelle du film jaillit de cette flamboyance funèbre, perpĂ©tuellement ensorcelante, et de la rigiditĂ© assumĂ©e de pantins auxquels l’animation image par image confère une chair fantasque et vibrante. Ce tour de force technique nĂ©cessita d’ailleurs trois annĂ©es de prĂ©paration afin de servir l’ambition picturale d’un cinĂ©aste perfectionniste.

Ă€ travers la cĂ©lĂ©bration de la fĂŞte des morts, Henry Selick dĂ©samorce le macabre par un humour noir caustique, tandis que la vision de NoĂ«l rĂ©vèle un conservatisme anxieux : les enfants dociles, terrorisĂ©s par l’altĂ©ritĂ©, redoutent l’idĂ©e mĂŞme du changement. En bousculant les habitudes du spectateur, le film l’invite Ă  explorer un onirisme sombre, aussi subversif que rĂ©dempteur - effrayer avec ironie pour mieux exorciser la peur de la mort. Une mission accomplie avec panache, sous l’impulsion complice d’un Tim Burton viscĂ©ralement amoureux de ses monstres, qui prĂ©fĂ©ra d’ailleurs confier la rĂ©alisation Ă  Selick pour se consacrer Ă  Batman, le DĂ©fi.

Plaidoyer vibrant pour le droit Ă  la diffĂ©rence et Ă  la tolĂ©rance, portĂ© par des crĂ©atures morbides mais irrĂ©sistiblement attachantes, ode Ă  la romance et Ă  l’initiation sentimentale de ses hĂ©ros, cĂ©lĂ©bration sarcastique d’Halloween conçue pour apprivoiser l’idĂ©e de la mort, L’Étrange NoĂ«l de Mr Jack dĂ©tourne avec une insolence jubilatoire le conte de NoĂ«l, au rythme de numĂ©ros musicaux harmonieusement chorĂ©graphiĂ©s.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤3èx

vendredi 13 novembre 2015

ERASERHEAD / LABYRINTH MAN

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mindpirates.org

de David Lynch. 1971-1976. U.S.A. 1h29. Avec Jack Nance, Charlotte Stewart, Allen Joseph,
Jeanne Bates, Judith Anna Roberts.

Sortie salles France: 17 décembre 1980. U.S: 28 septembre 1977.

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A.
1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).


PrĂ©cĂ©dĂ© d'un bouche Ă  oreille sulfureux lors des sĂ©ances des fameux Midgnight Movies, Eraserhead est un premier long-mĂ©trage d'une ambition singulière dans la motivation expĂ©rimentale du rĂ©alisateur Ă  nous confiner dans l'antre de son univers cauchemardesque littĂ©ralement anxiogène. Etudiant en arts plastiques, le nĂ©ophyte David Lynch aura mis plus de 5 ans Ă  façonner cet essai en noir et blanc après l'avoir autoproduit. Ce n'est qu'au fil des ans et des dĂ©cennies que le film accède Ă  la renommĂ©e après avoir essuyĂ© Ă©chec public et critique. DĂ©rangeant, malsain, perturbant, mais surtout terriblement anxiogène et dĂ©pressif, Eraserhead transpire l'aigreur Ă  travers l'errance de son hĂ©ros sentencieux littĂ©ralement tourmentĂ© par sa condition parentale. L'intrigue s'attachant Ă  dĂ©crire par le biais de ses fantasmes et/ou celui du rĂŞve sa situation dĂ©munie face au statut paternel puis conjugal. Son amie insomniaque ayant quitter prĂ©cipitamment le foyer Ă  la suite des braillements de leur bambin, Henry Spencer tente maladroitement de poursuivre sa morne existence en la prĂ©sence de ce rejeton moribond.


Avec son dĂ©cor blafard de banlieue industrielle et la sonoritĂ© infernale impartie aux bruit des machines et du vent tempĂ©tueux, Eraserhead Ă©branle nos sens, dĂ©stabilise nos habitudes sereines pour mettre en exergue le dĂ©paysement d'une glauque scĂ©nographie auquel chaque membre d'une famille est servile au mal-ĂŞtre existentiel. Renforçant le malaise parmi la prĂ©sence fĂ©tide d'un foetus difforme (FX bluffants de rĂ©alisme !) que Mary a enfantĂ©e de manière prĂ©maturĂ©e, l'intrigue multiplie les Ă©vènements nonsensiques au fil de l'introspection mentale du hĂ©ros en lĂ©thargie. Outre le caractère baroque et surrĂ©aliste du design d'ameublement auquel cohabitent les personnages excentriques (notamment la dame du radiateur et les parents nĂ©vrosĂ©s de Mary), Eraserhead planifie avec une inventivitĂ© schizophrène une descente aux enfers oĂą l'illogisme des situations et l'incomprĂ©hension de certains Ă©vènements renforcent le malaise d'un bad-trip plus vrai que nature. Par l'acuitĂ© visuelle de son imagerie opaque extraite d'un esprit immature en perte de repère avec sa rĂ©alitĂ©, le film distille un sentiment de mal-ĂŞtre Ă©pidermique aussi rigoureux que Massacre Ă  la Tronçonneuse, Martyrs ou encore La Dernière maison sur la gauche. Autant dire que l'expĂ©rience successivement Ă©prouvante, oppressante et malsaine n'accorde aucune dĂ©livrance au spectateur privĂ© d'Ă©motions ludiques pour l'extraire de ce climat de sinistrose en chute libre.


ExpĂ©rience horrifique capiteuse parmi l'intensitĂ© de sa bande-son dissonante et son florilège de sĂ©quences cauchemardesques engendrĂ©es par un esprit dĂ©pressif incapable de s'assumer, Eraserhead aborde les thèmes de l'adultère, l'infanticide, la dĂ©mission parentale et conjugale avec une originalitĂ© machiavĂ©lique. Tour Ă  tour angoissant et Ă©touffant au point de perdre tous nos repères, le film dĂ©cuple le malaise parmi la prĂ©sences iconique du bambin alitĂ© et celle de l'acteur Jack Nance traĂ®nant sa lourde dĂ©gaine Ă  la manière d'un somnambule impassible. 
P.S: En raison de l'intensité scrupuleuse de son climat perturbant, les âmes sensibles sont priées d'être averties (le film étant interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie)

Bruno Matéï
2èx

jeudi 12 novembre 2015

The Devil's Rejects

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site jeknight.deviantart.com 

de Rob Zombie. 2005. U.S.A. 1h50 (Director's Cut). Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon Zombie, William Forsythe, Ken Foree, Matthew McGrory, Leslie Easterbrook, Geoffrey Lewis.

Sortie salles France: 19 Juillet 2006 (Interdit aux - de 16 ans). U.S: 22 Juillet 2005

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et réalisateur américain, né le 12 Janvier 1965 à Haverhill, dans le Massachusetts.
2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem. 2016: 31.


"Famille de dĂ©mons sur bitume brĂ»lant : The Devil’s Rejects".
Faisant suite Ă  La Maison des 1000 morts, The Devil’s Rejects en modifie la topographie horrifique pour Ă©pouser l’ultra-violence d’un road movie poisseux, oĂą le shĂ©rif Wydell traque trois psychopathes : le Capitaine Spaulding, Otis Driftwood et Baby Firefly. Fou de haine depuis que son frère a succombĂ© sous leurs coups, John Quincy Wydell foule aux pieds la loi pour mieux les piĂ©ger, quitte Ă  y perdre son âme dans une vendetta suintant la lâchetĂ© et la soif de sang. Road movie fiĂ©vreux et dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, hommage fangeux aux bandes des Seventies — Massacre Ă  la tronçonneuse en Ă©tendard — Rob Zombie transcende le portrait d’anti-hĂ©ros habitĂ©s par une pulsion de mort dĂ©guisĂ©e en soif de libertĂ©. Avec un jusqu’au-boutisme cru, il Ă©tale sans fard leurs exactions gratuites, secouant le spectateur entre rire nerveux, malaise moral et fascination morbide. Certaines scènes extrĂŞmes imposent un rĂ©alisme poisseux, Ă  la lisière du soutenable, quand des victimes en charpie implorent qu’on abrĂ©ge leur agonie.

Si le scĂ©nario dĂ©roule une linĂ©aritĂ© presque scolaire, le brio de la mise en scène engendre une succession de sĂ©quences anthologiques. D’un rĂ©alisme documentaire et d’une audace crue, Zombie provoque sans relâche, Ă©talant humiliations et tortures avec une immoralitĂ© ricanante. Qu’il scrute ses sociopathes fraternels ou la dĂ©rive furieuse d’un shĂ©rif en roue libre, The Devil’s Rejects croque un jeu du chat et de la souris dans une AmĂ©rique rurale peuplĂ©e de rednecks ignares. Les seconds rĂ´les, trognes grotesques et verve de caniveau (jusqu’Ă  une transaction de poulets hilarante), injectent une cocasserie malsaine au cĹ“ur du carnage. Entre ces faces vulgaires et notre trio qui pue la sueur et la crasse, Zombie tire une parodie sarcastique, limite cartoonesque, de malfrats dĂ©pravĂ©s, ivres de sexe, de drogue, d’alcool et surtout de sang.

Et pourtant, miracle noir : dans la dernière ligne droite, les bourreaux basculent victimes, quand un shĂ©rif ricanant fraude les règles pour les humilier Ă  son tour. Surgit alors, contre toute attente, un soupçon d’empathie pour ces dĂ©chets humains, frères soudĂ©s par l’amour du vice et un dĂ©sir de libertĂ© absolue. Zombie cueille l’Ă©motion sur le bitume : clichĂ©s solaires, sourires exaltĂ©s, un instant volĂ© au cauchemar, comme si ces rebuts de l’humanitĂ© frĂ´laient, eux aussi, l’idĂ©e du bonheur.


"Les Nouveaux Sauvages".
Aussi dĂ©rangeant qu’hilarant dans son festin d’ultra-violence cartoonesque (pour les amateurs de bandes dĂ©viantes et sardoniques), The Devil’s Rejects transcende le portrait au vitriol de psychopathes en une « horde sauvage » moderne, cherchant l’enfer le plus paisible possible. Un moment de cinĂ©ma inoubliable, incarnĂ© par des comĂ©diens viscĂ©raux, un chef-d’Ĺ“uvre d’immoralitĂ© oĂą palpite, malgrĂ© tout, l’illusion d’un humanisme dĂ©sespĂ©rĂ©.

— Bruno Matéï
3èx 

La Critique de Mathias Chaput:
Véritable bombe pondue par un Rob Zombie en état de grâce, "Devil's rejects" est un film qui devance tous ces prédécesseurs au niveau de la violence !

Outrancier dans son fond et dans sa forme mais passionnant à suivre car parfaitement rythmé et bien joué, ce métrage tient largement ses promesses et se distingue des autres par une originalité peu commune ou très peu exploité, à savoir qu'on a plus de compassion pour les tueurs que pour la police...

"The devil's rejects" est un mastodonte, une machine de guerre qui annihile tout sur son passage, recelant de moments d'anthologie et ponctué de dialogues cultes même si faisant la part belle aux invectives...

Faisant référence non sans un humour décalé et jubilatoire à plusieurs événements d'outre Atlantique ou à des figures emblématiques comme Groucho Marx ou même Elvis Presley, Rob Zombie se fait plaisir et NOUS fait plaisir et ne plagie à aucun moment les autres (même si le tout début peut faire légèrement penser à "Massacre à la tronçonneuse")...

Un montage ultra serré se servant de plans fixes et un final prodigieux tout en nuances permet au spectateur de garder un recul approprié face à ce déchaînement de brutalité (Rob Zombie n'y allant vraiment pas de main morte) et fait accéder l'oeuvre au sommet du genre, sorte de mélange entre "La dernière maison sur la gauche", "Tueurs nés" et "Dirty Harry"...

Toute une culture vintage se retrouve dans un film qui mettra tout le monde d'accord, transcendé par une folie pure et ambiante que l'on n'avait pas vue depuis longtemps !

Déjà huit ans et pas une seule ride !

Un pur must à déguster sans modération !
Note : 10/10


mardi 10 novembre 2015

NO ESCAPE

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

de John Erick Dowdle. 2015. U.S.A/ThaĂŻlande. 1h43. Avec Pierce Brosnan, Owen Wilson, Lake Bell, Sterling Jerins, Spencer Garrett, John Goldney

Sortie salles France : 2 septembre 2015. U.S : 26 août 2015

FILMOGRAPHIE: John Erick Dowdle est un réalisateur américain né en Décmbre 1973.
1996 : Full Moon Rising. 2005 : The Dry Spell. 2007 : The Poughkeepsie Tapes. 2008 : En quarantaine (Quarantine). 2011 : Devil. 2014 : Catacombes (également coscénariste). 2015 : No Escape.


Si John Erick Dowdle a accumulĂ© depuis le dĂ©but de sa carrière les nanars opportunistes, force est de constater qu'avec No Escape le rĂ©alisateur modifie la donne pour nous imposer avec une maestria inespĂ©rĂ©e (Ă  l'instar d'une 1ère poursuite en mode subjectif entre les ruelles ThaĂŻlandaises !) un survival brut de dĂ©coffrage dans sa tension Ă  couper au rasoir ! Issus de souche amĂ©ricaine, Jack et sa famille ont dĂ©cidĂ© de s'expatrier en Asie du Sud-est pour son cadre idyllique. Mais Ă  la suite d'un coup d'Ă©tat meurtrier, ils se retrouvent pris Ă  parti avec une armĂ©e de rebelles assoiffĂ©s de sang Ă  la vue de toute prĂ©sence occidentale. C'est le dĂ©but d'une Ă©preuve de force que va endurer la famille Dwyer la peur au ventreThriller d'action Ă  couper le souffle dans son lot de pĂ©ripĂ©ties aussi dĂ©lĂ©tères que bellicistes, rebondissements imprĂ©visibles et planques de dernier ressort, No Escape nous plonge tĂŞte baissĂ©e dans le chaos d'une guĂ©rilla urbaine bâtie sur la dĂ©chĂ©ance barbare. Les sĂ©quences gratuites d'exĂ©cutions sommaires sur les victimes innocentes se multipliant devant le tĂ©moignage rĂ©vulsĂ© d'une famille en perdition. Cette vertigineuse descente aux enfers inscrite dans le dĂ©sespoir de survie, le cinĂ©aste nous la dĂ©peint avec un rĂ©alisme documentĂ© au point d'en oublier sa facture ludique de sĂ©rie B effrĂ©nĂ©e (Ă  une accalmie près pour une retrouvaille amicale !).


Ce sentiment d'insécurité permanent régi au tour d'une ville en état de siège, cette peur de trépasser l'instant d'après pour nos survivants à court d'oxygène, sont transfigurés par le talent des interprètes insufflant une angoisse viscérale contagieuse auprès de notre témoignage. En particulier Owen Wilson utilisé ici à contre-emploi pour se tailler la carrure d'un paternel plein d'humanisme mais redoutablement vaillant dans ses prises de risques inconsidérées à daigner prémunir sa famille. Dans un second-rôle plus affirmé, Pierce Brosnan lui partage la vedette avec une spontanéité impavide dans sa fonction de mercenaire émérite à déjouer les traques criminelles de l'ennemi rebelle. Transis d'anxiété et d'empathie pour leur situation précaire, nous nous immergeons de plein fouet dans leur parcours du combattant avec une acuité émotionnelle rigoureuse. Sachant notamment que le cinéaste se délecte à leur structurer un cheminement aléatoire d'enjeux de survie où les poursuites endiablées ne cessent de les compromettre à l'issue de secours. Quand bien même les parents vont être amenés à transgresser leur morale pour abuser parfois de violence afin de sauver leur peau et celle de leurs filles (les comédiennes imposant une fragilité dépouillée). Face à cet amoncellement de situations alertes où la mort omniprésente tente à chaque fois de les agripper, nos nerfs sont sévèrement mis à rude épreuve sous l'impulsion de séquences d'action aussi épiques (voires même parfois dantesques !) que réalistes.


Spectacle haletant de survival escarpĂ© et de guĂ©rilla urbaine d'un rĂ©alisme parfois Ă©prouvant (notamment la duretĂ© de certaines scènes de violence faisant Ă©cho Ă  l'actualitĂ© du terrorisme islamiste), No escape puise d'autant plus sa puissance Ă©motionnelle dans l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation et la caractĂ©risation humaniste de ses personnages vibrant de dĂ©sespoir et de vigueur de vaincre.  

Bruno Matéï 

    lundi 9 novembre 2015

    QUI L'A VUE MOURIR ?


    "Chi l'ha vista morire ?" d'Aldo Lado. 1972. Italie. 1h30. Avec George Lazenby, Anita Strindberg, Dominique Boeschero, Peter Chatel, Adolfo Celi.

    FILMOGRAPHIE: Aldo Lado est un réalisateur italien, né le 5 décembre 1934 à Fiume (Croatie).
    1971: Je suis Vivant (La corta notte delle bambole di vetro). 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La DrĂ´le d'affaire. 1973 : Sepolta viva. 1974 : La cugina. 1975: La BĂŞte tue de sang Froid. 1976 : L'ultima volta. 1978 : Il prigioniero (TV). 1979 : L'humanoĂŻde. 1979 : Il Ă©tait un musicien – Monsieur Mascagni. 1981 : La dĂ©sobĂ©issance. 1982 : La pietra di Marco Polo (TV). 1983 : La cittĂ  di Miriam (TV). 1986 : I figli dell'ispettore (TV). 1987 : Sahara Heat ou Scirocco. 1990 : Rito d'amore. 1991 : La stella del parco (TV). 1992 : Alibi perfetto. 1993 : Venerdì nero. 1994 : La chance.


    Surtout connu chez nous grâce au sulfureux la BĂŞte tue de sang froid, dĂ©clinaison transalpine de la Dernière Maison sur la Gauche, Aldo Lado s'Ă©tait auparavant prĂŞtĂ© au giallo avec Je suis vivant et le film qui nous intĂ©resse ici, Qui l'a vue mourir ? InĂ©dit en salles en France et exhumĂ© de l'oubli grâce au Dvd Ă©ditĂ© par Ecstasy of Films, le film relate les exactions d'un assassin d'enfants au sein de la ville portuaire de Venise. Après la dĂ©couverte de sa fille noyĂ©e, Franco Serpieri tente de mener lui mĂŞme l'enquĂŞte quand bien mĂŞme son Ă©pouse rĂ©apparaĂ®t après leur sĂ©paration afin d'assister aux funĂ©railles. Au fil d'indices rĂ©pertoriĂ©s au compte goutte, les morts commencent Ă  se multiplier. Giallo mĂ©connu chez nous, Qui l'a vue mourir ? anticipe avec deux ans d'avance le chef-d'oeuvre de Nicolas RoegNe vous retournez pas. De par sa scĂ©nographie d'une capitale vĂ©nitienne Ă©trangement similaire, de la mort de l'innocence et la tragĂ©die familiale du père investigateur avide de rĂ©solution. 


    Ca commence fort avec un prologue particulièrement crapuleux lorsqu'un mystĂ©rieux rĂ´deur dĂ©cide de s'en prendre Ă  une gamine pour lui fracasser le crane Ă  coups de pierre. Le cadre de l'action confinĂ© autour d'une forĂŞt enneigĂ©e renforçant une angoisse diffuse autour des va-et-vient ludiques d'une mère et de sa fille. Une sĂ©quence explicite assez choquante mĂŞme si l'aspect concis de la mise Ă  mort en dĂ©samorce un peu sa brutalitĂ©. C'est sans doute en partie pour cette raison que le film Ă©copa d'une interdiction aux - de 18 ans dans certains pays. Une seconde sĂ©quence, cette fois-ci Ă©tablie hors-champs, va Ă©galement provoquer le malaise lors de la dĂ©couverte macabre d'une autre victime infantile dans la berge de Venise. C'est Ă  partir de cette nouvelle tragĂ©die sordide que l'intrigue va pouvoir s'affranchir sous l'impulsion du père endeuillĂ© avide de questionnement. Ce qui l'entraĂ®ne Ă  frĂ©quenter quelques notables dĂ©viants pour leurs penchants pĂ©dophiles, jeux SM et party pornos organisĂ©s en soirĂ©es privĂ©es. Si l'enquĂŞte policière que mène Franco Serpieri s'avère un brin langoureuse dans son cheminement routinier, l'ambiance inquiĂ©tante rĂ©gie autour de la ville vaporeuse et le portrait imparti aux seconds rĂ´les vĂ©reux distillent une aura malsaine assez Ă©touffante. Quant aux meurtres stylisĂ©s et parfois angoissants, ils se succèdent efficacement en intermittence en dĂ©pit du caractère prĂ©visible de l'un d'entre eux, alors que l'assassin fait preuve de photogĂ©nie dĂ©lĂ©tère par son accoutrement sĂ©pulcrale semblable Ă  la veuve noire.  


    Sans révolutionner le genre, Aldo Lado parvient à esthétiser un sympathique giallo assez vénéneux et malsain parmi l'appui musical d'Ennio Morricone (sa comptine imposant un leitmotiv aussi entêtant que fascinant). Si la direction d'acteurs perfectible (en particulier le personnage principal endossé par le moustachu George Lazenby) et la monotonie de l'intrigue auraient gagnés à faire preuve de plus d'entrain, l'audace sordide du scénario conféré autour de meurtres d'enfants distille une aura sulfureuse plutôt inédite pour le genre. A découvrir.

    Remerciement Ă  The Ecstasy of Films
    Bruno Matéï
    2èx 


    vendredi 6 novembre 2015

    Elephant Man / "The Elephant Man". Grand Prix, Avoriaz 80.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de David Lynch. 1980. Angleterre/U.S.A. 2h04. Avec John Hurt, Anthony Hopkins, Anne Bancroft, John Gielgud, Wendy Hiller, Freddie Jones.

    Sortie salles France: 8 Avril 1981. U.S: 10 Octobre 1980 (Interdit aux - de 13 ans)

    FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A. 1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).


    "Jamais, non, jamais... rien ne meurt jamais. Le courant coule, le vent souffle, le nuage flotte, le coeur bat. Rien ne mourra".

    Grand Prix Ă  Avoriaz en 1981, CĂ©sar du Meilleur Film Étranger en 1982, Elephant Man bouleversa critiques et spectateurs du monde entier par la rigueur de son intensitĂ© dramatique consacrĂ©e au portrait de Joseph Merrick. Un homme de 21 ans, atteint du syndrome de ProtĂ©e — maladie gĂ©nĂ©tique extrĂŞmement rare — ayant vĂ©cu une existence misĂ©reuse avant d’ĂŞtre recueilli par un service hospitalier londonien. 
     
    Monstre de foire, dĂ©figurĂ© au point d’ĂŞtre comparĂ© Ă  un Ă©lĂ©phant, John Merrick (David Lynch en modifia le prĂ©nom) est exhibĂ© dans un cirque par un directeur alcoolique, vĂ©nal et brutal. Un jour, le chirurgien Frederick Treves, après avoir assistĂ© Ă  l’une de ses reprĂ©sentations, parvient Ă  le faire sortir de cet enfer sous prĂ©texte d’un examen mĂ©dical. Recueilli avec Ă©gards dans un hĂ´pital, John va rĂ©apprendre Ă  vivre, dĂ©couvrant peu Ă  peu le sens des mots amitiĂ©, amour, reconnaissance, noblesse, Ă  travers les soins, les rencontres aristocratiques et une comĂ©dienne de théâtre, Madge Kendal.

    Maelstrom d’Ă©motions bouleversantes autour des vicissitudes de John Merrick, Elephant Man relate avec une acuitĂ© pudique son destin maudit, portĂ© par des comĂ©diens Ă  la sobriĂ©tĂ© humaine sans fard. L’Ă©motion nue, surgissant de leur regard face Ă  cette difformitĂ©, avant qu’ils ne canalisent leurs Ă©lans pour lui offrir une rĂ©plique aussi simple que sincère. Il en naĂ®t des sĂ©quences intimistes d’une vigueur dramatique rare, tissĂ©es dans les silences, la bienveillance, l’Ă©coute. Outre la posture pleine de dignitĂ© d’Anthony Hopkins en chirurgien altruiste, Hannah Gordon (l’Ă©pouse de Treves) et Anne Bancroft (Madge Kendal) partagent l’Ă©cran avec une tendre humilitĂ©, prouvant Ă  Merrick qu’il peut, enfin, croire en la sĂ©curitĂ© d’un monde qui ne le rejette plus.

    Mais si Elephant Man bouleverse si profondĂ©ment, c’est par la fragilitĂ© Ă©perdue de John Merrick, que John Hurt incarne avec une sensibilitĂ© bouleversante. Sa voix douce, son regard noyĂ© de sagesse, de mĂ©lancolie, d’angoisse et d’amour... tout en lui parle d’un monde intĂ©rieur d’une noblesse inouĂŻe. Baignant dans l’Ă©trangetĂ© d’une Ă©poque victorienne rongĂ©e par l’industrialisation, le film s’Ă©lève dans un noir et blanc Ă©purĂ© que Freddie Francis magnifie d’un onirisme baroque — chimères ou rĂ©alitĂ©s, visions de mutation sociale. Le visage monstrueux de Merrick, tumĂ©fiĂ©, grotesque, plonge l’ensemble dans un climat d’hostilitĂ© sourde. La foule le rejette, les marginaux s’en repaissent, et l’humanitĂ© chancelle dans l’ombre de son ignorance putassière.


    PortĂ© par la partition feutrĂ©e de John Morris et le thème dĂ©chirant de Samuel Barber, Elephant Man transfigure avec une pudeur infinie le douloureux destin d’un "monstre humain", en puisant dans la candeur des sentiments et la grandeur de l’amour. Car Ă  travers ce plaidoyer symbolique pour le droit Ă  la diffĂ©rence, David Lynch livre une leçon d’humanitĂ©, un poème baroque sur la beautĂ© cachĂ©e des infortunĂ©s, portĂ© par une mise en scène d’une Ă©lĂ©gance presque sacrĂ©e. De ce vortex d’Ă©motions capiteuses naĂ®t l’un des mĂ©lodrames les plus poignants de l’histoire du cinĂ©ma — que tout cinĂ©phile se doit d’avoir contemplĂ©.

    Bruno 
    3èx

    Grand Prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz, 1981.
    César du meilleur film étranger 1982
    British Academy Film Award du meilleur film
    British Academy Film Award du meilleur acteur pour John Hurt
    British Academy Film Award des meilleurs décors

    jeudi 5 novembre 2015

    La Sorcière Sanglante / I Lunghi capelli della morte

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site subscene.com

    de Antonio Margheriti. 1964. Italie. 1h40. Avec Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska, Umberto Raho, Laura Nucci.

    Sortie salles France: 5 Août 1970. Italie: 30 Décembre 1964

    FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.

     
    "Les Flammes de l’Injustice : Ă©lĂ©gie pour une sorcière"
    TournĂ© entre La Vierge de Nuremberg et Danse Macabre, La Sorcière Sanglante vient clore magistralement la trilogie gothique du maĂ®tre italien, sous l’impulsion de la reine des tĂ©nèbres : Barbara Steele.
     
    Synopsis: AccusĂ©e Ă  tort de sorcellerie après la dĂ©couverte du corps du comte Franz, Adèle est condamnĂ©e Ă  pĂ©rir sur le bĂ»cher, sous les yeux de sa fille, la jeune Elisabeth. Mais dans les flammes, elle jure vengeance contre ses bourreaux. Tandis que sa sĹ“ur aĂ®nĂ©e, Helen, tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de la sauver en plaidant sa cause auprès du comte Humboldt, elle se voit contrainte de cĂ©der Ă  ses avances pour gagner sa clĂ©mence. En vain. Helen assiste, impuissante, Ă  l’exĂ©cution d’Adèle. Puis, craignant d’ĂŞtre accusĂ© d’adultère, Humboldt fait basculer Helen du haut d’un pont. Des annĂ©es plus tard, Elisabeth est forcĂ©e d’Ă©pouser Kurt, le fils du comte. Mais bientĂ´t, les secrets remontent Ă  la surface : Kurt avoue Ă  son père ĂŞtre le vĂ©ritable responsable de la mort de Franz. Au mĂŞme moment, le sosie troublant d’Helen rĂ©apparaĂ®t sous les traits de Mary Karnstein...

    Ce pitch ombrageux, transcendĂ© par une reconstitution mĂ©diĂ©vale du XVIe siècle, Antonio Margheriti l’illustre avec une ambition formelle et un sens diffus du suspense, alors que le bourreau de cette tragĂ©die familiale se voit pris au piège d’une conjuration machiavĂ©lique. « Plus rĂ©ussi est le mĂ©chant, meilleur est le film », dixit Hitchcock — et Margheriti respecte Ă  la lettre ce prĂ©cepte. Le personnage de Kurt, cupide et fallacieux, interprĂ©tĂ© avec une sobriĂ©tĂ© cynique par George Ardisson, excelle dans l’art de supprimer chaque tĂ©moin gĂŞnant. Amant de l’Ă©nigmatique Mary, Kurt va pourtant sombrer dans l’irrĂ©el, minĂ© par sa propre paranoĂŻa, dès lors qu’il ourdit un nouveau stratagème : empoisonner son Ă©pouse. Toute la tension du rĂ©cit naĂ®t de cette spirale de suspicion dĂ©lirante, oĂą les figures d’Elisabeth et de Mary semblent tirer les ficelles d’une machination spectrale. Margheriti s’amuse Ă  inverser les rĂ´les de victime et bourreau, Ă  travers le regard fiĂ©vreux d’un anti-hĂ©ros rongĂ© par l’effroi.

    Avec ses manoirs lugubres, ses cryptes dĂ©crĂ©pites et ses souterrains oppressants, La Sorcière Sanglante insuffle une Ă©trangetĂ© prĂ©gnante, presque dĂ©lirante, autour des dĂ©placements d’ombres humaines, en proie Ă  d’Ă©ventuelles puissances occultes — alors mĂŞme que la peste ravage les villageois, hĂ©bĂ©tĂ©s de superstition. 


    "Le Sang des sĹ“urs, l’Étreinte des morts".
    Par la limpiditĂ© de sa photo monochrome, la soliditĂ© de son intrigue au suspense insoutenable, la stylisation morbide de ses dĂ©cors gothiques, et bien sĂ»r, la prĂ©sence magnĂ©tique de Barbara Steele, La Sorcière Sanglante ravive la flamme de l’Ă©pouvante transalpine. Sans Ă©galer Danse Macabre, rĂ©alisĂ© la mĂŞme annĂ©e, ce bijou d’angoisse baroque et de tension Ă©rotique dĂ©ploie un pouvoir de sĂ©duction tĂ©nĂ©breux Ă  travers ses personnages ambigus, merveilleusement dessinĂ©s. Et ce, dès son prologue anthologique baignĂ© de cruautĂ©, jusqu’Ă  son Ă©pilogue rĂ©dempteur, d’une ironie sardonique saisissante — oĂą victime et bourreau s’opposent une dernière fois, face au brasier purificateur. Gratitude Artus Films đź’–.
     
    *Bruno
    06.06.25
    3èx. Vost

    Pour les intéressés, les 2 autres volets sont chroniqués ci-dessous:
    La Vierge de Nuremberg: http://brunomatei.blogspot.fr/…/la-vierge-de-nuremberg-la-v…
    Danse Macabre: http://brunomatei.blogspot.fr/…/danse-macabre-danza-macabra…



    mercredi 4 novembre 2015

    LA MOUCHE. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 87.

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    "The Fly" de David Cronenberg. 1986. U.S.A. 1h35. Avec Jeff Goldblum, Geena Davis, John Getz, Joy Boushel, Leslie Carlson, George Chuvalo.

    Sortie salles France: 21 Janvier 1987. U.S: 15 Août 1986

    FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014:Maps to the Stars.


    DĂ©clinaison du classique de Kurt Neumann rĂ©alisĂ© en 1958, La Mouche version 86 transcende la dĂ©finition du terme "remake" dans le sens oĂą Cronenberg rĂ©interprète avec une rare intelligence l'histoire de l'Ă©crivain George Langelaan Ă  la manière d'un drame psychologique d'une intensitĂ© bouleversante. MĂ©taphore sur le cancer illustrĂ©e de manière horrifique, La Mouche dĂ©peint la dĂ©gĂ©nĂ©rescence irrĂ©versible d'un physicien Ă  l'origine d'une invention rĂ©volutionnaire, la tĂ©lĂ©portation. Après avoir rĂ©ussi l'expĂ©rience avec un babouin, Seth Brundle dĂ©cide de se porter volontaire pour se tĂ©lĂ©porter d'une machine Ă  une autre. Mais durant l'Ă©preuve, une mouche s'est incidemment introduite dans la machine si bien que l'ordinateur dĂ©cide de les fusionner. Pourvu d'une force surhumaine et d'une Ă©nergie pĂ©tulante, Seth Brundle finit par se dĂ©grader physiquement pour se mĂ©tamorphoser peu Ă  peu en insecte humain. 


    Ce concept original aussi dĂ©bridĂ© que cauchemardesque, David Cronenberg le traite avec un sĂ©rieux imperturbable, lĂ  ou n'importe quel tâcheron se serait facilement vautrĂ© dans la gaudriole de sĂ©rie Z. Une trame improbable, voire mĂŞme ridicule, que le cinĂ©aste parvient haut la main Ă  rationaliser par le biais d'une mise en scène maĂ®trisĂ©e, le souci du dĂ©tail de l'Ă©tude scientifique et le brio de comĂ©diens taillĂ©s sur mesure. Entièrement allouĂ© Ă  la dimension humaine des personnages, l'intrigue nous plonge avec force et dĂ©tails (FX renversants Ă  l'appui !) dans le dĂ©sarroi d'un scientifique Ă©mĂ©rite sur le point de rĂ©volutionner nos moyens de transport avant de voir ses travaux bafouĂ©s par la cause d'un insecte. Par le biais d'une rĂ©flexion sur les progrès inquiĂ©tants de la recherche scientifique, David Cronenberg en extrait une magnifique tragĂ©die humaine sur la dĂ©route d'un physicien sombrant peu Ă  peu dans le dĂ©sespoir et la folie depuis que son corps et son mental sont amenĂ©s Ă  adopter les rĂ©flexes d'une mouche. EpaulĂ© du score fragile de Howard Shore et des maquillages saisissants de Chris Wallas, le film cultive un rĂ©alisme scrupuleux quant Ă  la mĂ©tamorphose du hĂ©ros succombant Ă©galement dans une Ă©thique dĂ©nuĂ©e de politique comme le souligne l'existence frigide des insectes. En prime de nous Ă©branler la vue avec les visions cauchemardesques de la victime atteinte d'une difformitĂ© toujours plus dĂ©charnĂ©e, Cronenberg nous Ă©meut par l'entremise d'une douloureuse histoire d'amour que le hĂ©ros entretient avec une journaliste philanthrope. Impuissante face Ă  sa dĂ©chĂ©ance corporelle et psychologique, son tĂ©moignage donne lieu Ă  des sĂ©quences toujours plus poignantes lorsque le duo s'efforce vainement de trouver une solution de dernier ressort face Ă  une situation aberrante oĂą la malchance aura dĂ©cidĂ© d'en châtier le responsable. 


    Sommet d'Ă©motion et d'angoisse dĂ©pressive que Jeff Goldblum et Geena Davis transcende avec un humanisme aussi fĂ©brile que bouleversant, la Mouche exploite l'alibi de l'argument horrifique pour en extraire un drame psychologique d'une Ă©motion viscĂ©rale. Notamment parce que le thème de la maladie incurable nous concerne tous lorsque la mutation du cancer s'efforce de nous anĂ©antir avec une partialitĂ© intolĂ©rable. De cette nouvelle chair hybride, Cronenberg en extirpe un chef-d'oeuvre aussi fragile qu'intelligent pour sa rĂ©actualisation d'une cĂ©lèbre nouvelle. Ou lorsque l'Ă©lève dĂ©passe le maĂ®tre. 

    La Chronique de la Mouche 2 (la): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/la-mouche-2-fly-2.html

    Bruno Matéï
    5èx

    Récompenses:
    Oscar du Meilleur Maquillage pour Chris Walas et Stephan Dupuis en 1987.
    Prix du meilleur film d'horreur, meilleur acteur (Jeff Goldblum) et meilleurs maquillages lors des Saturn Awards, 1987.
    Prix spécial du jury au Festival International du film fantastique d'Avoriaz, 1987

    mardi 3 novembre 2015

    BATMAN LE DEFI

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

    "Batman Returns" de Tim Burton. 1992. U.S.A. 2h06. Avec Michael Keaton, Michelle Pfeiffer, Danny DeVito, Christopher Walken, Michael Gough, Michael Murphy, Cristi Conaway, Andrew Bryniarski.

    Sortie salles France: 15 Juillet 1992. U.S: 19 Juin 1992

    FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
    1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


    VĂ©ritable dĂ©claration d'amour aux monstres, carnaval grotesque de deux infortunĂ©s gagnĂ©s par la vengeance, Batman le DĂ©fi fait office de vilain petit canard dans son ambition dĂ©calĂ©e de proposer un divertissement adulte prioritairement caustique. Alors que Tim Burton refusa dans un premier temps de rĂ©aliser une suite Ă  Batman, les producteurs parviennent Ă  le contredire en lui laissant la totale libertĂ© de supprimer le personnage de Robin et d'y poursuivre Ă  sa guise son entreprise. Ce qui donne lieu Ă  une fantaisie flamboyante constamment inventive dans son lot de coups d'Ă©tat, poursuites, règlements de compte et subterfuges que les ennemis de Batman et funambules imposteurs emploient avec une exubĂ©rance mal Ă©levĂ©e. D'une fulgurance formelle ensorcelante, Tim Burton transcende l'univers gothique du comics par le biais de dĂ©cors tantĂ´t fĂ©eriques (climat enneigĂ© des festivitĂ©s de noĂ«l Ă  l'appui !) tantĂ´t baroques (sculptures grandioses parfois influencĂ©es par l'expressionnisme allemand !), quand bien mĂŞme les antagonistes schizophrènes volent la vedette Ă  l'homme chauve-souris, tĂ©moin empathique de leur condition nĂ©vrosĂ©e. 


    Deux monstres opprimĂ©s noyĂ©s par leur chagrin et leurs pulsions de haine depuis leur profonde solitude d'avoir Ă©tĂ© lâchement sacrifiĂ©s. Soit par la dĂ©mission de parents intolĂ©rants, soit par la prĂ©tention cupide d'un patron sans vergogne. Derrière leur masque se cache donc une aigreur inconsolable que Tim Burton transfigure avec malingre Ă©motion sous l'impulsion de comĂ©diens en roue libre ! Outre la prestance infaillible de Christopher Walken en magnat mĂ©galo particulièrement sournois, Batman le dĂ©fi tire parti de sa fascination grâce Ă  l'alliance des deux antagonistes au passĂ© torturĂ©. Quasi mĂ©connaissable, Danny DeVito endossant le personnage du Pingouin avec l'ambition sardonique de martyriser la population de Gotham avant d'y manoeuvrer Batman. Avec son rictus grimaçant et son regard fielleux hĂ©ritier de sa peine morale, l'acteur se surpasse Ă  exprimer des sentiments de rĂ©bellion facilement influencĂ©s par l'immoralitĂ© d'une vendetta escarpĂ©e. Reflet de sa solitude, sa soif d'amour et sa douleur insurmontable d'avoir Ă©tĂ© considĂ©rĂ© depuis son enfance comme un rebut de la sociĂ©tĂ©. Pleine de sensualitĂ© et de provocations lubriques, Michelle Pfeiffer lui partage la vedette avec une mĂŞme rancoeur erratique depuis la condescendance criminelle de son patron, quand bien mĂŞme ce dernier est impliquĂ© dans les travaux d'une centrale Ă©lectrique Ă©manant des dĂ©chet toxiques. Avec autant de charisme dans son expressivitĂ© impĂ©rieuse, l'actrice se fond dans sa combinaison de latex avec autant d'intensitĂ© que de fragilitĂ© humaine depuis son identitĂ© introvertie de se soumettre Ă  la peur de l'autoritĂ©. 


    La Monstrueuse Parade
    Plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence Ă  travers les portraits dĂ©senchantĂ©s de freaks psychotiques, Batman le dĂ©fi s'iconise en poème d'amour tragique pour l'impossible reconnaissance de ces laissĂ©s pour compte. Un chef-d'oeuvre absolu du fantastique baroque que Tim Burton parvient en toute autonomie Ă  dĂ©tourner du produit standard sous le pilier d'un esthĂ©tisme crĂ©pusculaire pĂ©tulant ! Un conte de NoĂ«l frelatĂ© d'une tristesse sous-jacente prĂ©pondĂ©rante... 

    Bruno 
    3èx 


    lundi 2 novembre 2015

    Oeil pour Oeil / I spit on your grave / Day of the Woman. Prix de la Meilleure Actrice (Camille Keaton), Catalogne 78.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thefastpictureshow.com 

    de Meir Zarchi. 1978. U.S.A. 1h41. Avec Camille Keaton, Eron Tabor, Richard Pace, Anthony Nichols, Gunter Kleemann, Alexis Magnotti.

    Sortie salles U.S: 22 Novembre 1978

    FILMOGRAPHIE: Meir Zarchi est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né en 1937.
    1978: Oeil pour Oeil. 1985: Don't Mess with My Sister ! Prochainement: I spit on your grave: déjà vu.

     
    "Plus rien d'humain, juste elle". 
    Surfant dans le sillage scandaleux de La Dernière maison sur la gauche et Crime Ă  froid, Meir Zarchi signe, six ans après le choc de Craven, un rape and revenge violemment ancrĂ© dans son Ă©poque. Son credo : un rĂ©alisme frontal hĂ©ritĂ© du documentaire, une violence nue, tranchĂ©e, sèche, collĂ©e au plus près du rĂ©el. Dans cette optique, la première partie - scrutation clinique du calvaire de la victime humiliĂ©e, torturĂ©e, violĂ©e - sidère par son rĂ©alisme poisseux, parfois insoutenable. RĂ©pĂ©tition des sĂ©vices, cris d’Ă©puisement souffreteux, implorations brisĂ©es : tout y suinte la douleur, sans artifice, sans dĂ©tour.

    PortĂ© par une superbe photographie qui contraste cruellement la quiĂ©tude vĂ©gĂ©tale d’un lac forestier avec l’horreur absolue, Ĺ’il pour Ĺ“il expose, sans concession ni bande-son apaisante, la chute et la rĂ©surrection vengeresse d’une femme brisĂ©e. Sans fioritures ni complaisance, Zarchi prend son temps. Il montre. Il insiste. Il laisse parler les gestes, les silences, les regards. Camille Keaton irradie alors l’Ă©cran d’une prĂ©sence Ă©trange, presque spectrale, Ă  la lisière du surnaturel.

    RĂ©compensĂ©e Ă  Sitges, Keaton magnĂ©tise. Par son flegme, son regard vide, sa dĂ©marche absente. Une hĂ©roĂŻne comme en Ă©tat second, adoptant des stratĂ©gies si ambiguĂ«s qu’elles confinent au dĂ©rangement : jeter un revolver Ă  portĂ©e de main d’un agresseur, sĂ©duire nue un bourreau armĂ© d’un poignard. Ce comportement limite suicidaire instille dans le film un trouble profond, une Ă©trangetĂ© diffuse, comme si le rĂ©el se disloquait.

    Grâce Ă  cette mise en scène documentaire mais habitĂ©e, Ĺ’il pour Ĺ“il Ă©chappe miraculeusement Ă  la redite, pour offrir au genre ses lettres de noblesse, trop souvent enterrĂ©es sous l’accusation de racolage. Si la vengeance paraĂ®t moins percutante de prime abord, c’est un leurre. L’alchimie discrète de Keaton, son sang-froid impassible, ses motivations Ă©quivoques, nous entraĂ®nent dans une odyssĂ©e punitive Ă  la fois dĂ©routante, singulière, indicible — presque fantastique.

    Richard Pace, en attardé mental, malgré un stéréotype un peu pesant, convainc par la spontanéité de ses expressions. Quant aux autres tortionnaires, menés par Eron Tabor, ils incarnent une virilité crasse avec un naturel glaçant, livrés à leurs pulsions en roue libre.


    D’une rare cruautĂ©, d’une sauvagerie brute, Ĺ’il pour Ĺ“il transcende son sous-genre par la rigueur de son approche, en authentifiant le viol comme expĂ©rience-limite, charriĂ©e par une mante religieuse vengeresse habitĂ©e de fureur muette. Un chef-d’Ĺ“uvre du genre, aussi ravageur que La Dernière maison sur la gauche, voire supĂ©rieur au glacial Thriller. Le film n’a rien perdu de sa puissance visuelle ni de son aura vĂ©nĂ©neuse. Unique.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

    4èx. 11.04.2025. Vost. 4K

    Récompense: Prix de la meilleure actrice pour Camille Keaton lors du Festival international du film de Catalogne en 1978.


    vendredi 30 octobre 2015

    Les Aventuriers

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

    de Robert Enrico. 1967. France. 1h52. Avec Lino Ventura, Alain Delon, Joanna Shimkus, Serge
    Reggiani, Paul Crauchet, Odile Poisson, Thérèse Quentin.

    Sortie salles France: 12 Avril 1967

    FILMOGRAPHIE: Robert Enrico est un réalisateur et scénariste Français, né le 14 Avril 1931 à Liévin (Pas de Calais), décédé le 23 Février 2001 à Paris.
    1956: Jehanne. 1962: Au coeur de la vie. 1962: La Belle vie. 1964: Contre point. 1965: Les Grandes Gueules. 1967: Les Aventuriers. 1967: Tante Zita. 1968: Ho ! 1971: Boulevard du Rhum. 1971: Un peu, beaucoup, passionnément... 1972: Les Caïds. 1974: Le Secret. 1975: Le Vieux Fusil. 1976: Un Neveu silencieux. 1977: Coup de Foudre. 1979: L'Empreinte des Géants. 1983: Au nom de tous les miens. 1985: Zone Rouge. 1987: De guerre lasse. 1989: La Révolution Française (1ère partie). 1991: Vent d'Est. 1999: Fait d'Hiver.


    Grand classique du cinĂ©ma français qu'une gĂ©nĂ©ration de jeunes tĂ©lĂ©spectateurs (moi compris) ont Ă©galement pu dĂ©couvrir via leur tube cathodique Ă  la fin des annĂ©es 70, Les Aventuriers relate la tendre histoire d'un trio amical peu commun. 

    SynopsisAprès avoir fait connaissance avec la jeune artiste Laetitia, Manu, pilote de course, et Roland, mĂ©canicien, embarquent Ă  bord d'un navire pour se lancer dans une chasse au trĂ©sor en Afrique. Mais dans un concours de circonstances malchanceuses, un Ă©vènement aussi inopinĂ© que tragique va bouleverser leur destinĂ©e. 

    A partir de ce pitch simpliste conjuguant l'aventure, la comĂ©die et le drame, Robert Enrico (cinĂ©aste notoire Ă  qui l'on doit l'inoubliable Le Vieux Fusil) y structure une magnifique histoire d'amitiĂ© entre deux acolytes et une jeune Ă©trangère en quĂŞte d'Ă©vasion. AgrĂ©mentĂ© de situations aussi lĂ©gères que cocasses que nos hĂ©ros partagent parmi leurs visites touristiques du Congo et leur expĂ©dition en mer, les Aventuriers insuffle un vent de libertĂ© exaltant sous l'impulsion de comĂ©diens dĂ©bordant de tendresse.  Lino Ventura et Alain Delon formant un duo indĂ©fectible dans leur fraternitĂ© amicale fondĂ©e sur la fidĂ©litĂ©, la loyautĂ©, le respect d'autrui. 


    Pleine de fraĂ®cheur, de gĂ©nĂ©rositĂ© et d'innocence naturelles, Joanna Shimkus leur partage la vedette avec une Ă©motion aussi prude que fragile Ă  travers ses tourments d'amour, de dĂ©pit professionnel et de projet utopiste. Leur relation philanthrope Ă©tant communĂ©ment conçue sur le principe d'une amitiĂ© altruiste avant de se laisser influencer vers des sentiments amoureux. Si la première partie sĂ©millante fait preuve d'optimisme perpĂ©tuel, le second acte varie brutalement la donne pour embrayer vers une tournure dramatique en chute libre. Car Ă  partir du moment oĂą le drame impromptu interfère dans la relation de nos trois complices, l'intrigue adopte une tournure tragique qui pèsera sur les Ă©paules de Manu et Roland. C'est dans ce deuxième segment fondĂ© sur l'hommage et la rĂ©vĂ©rence que les Aventuriers dĂ©cuple son pouvoir Ă©motionnel entre une leçon d'apprentissage infantile et deux, trois Ă©clairs de violence. 


    Chef d'oeuvre du film d'aventure lyrique inscrit dans la simplicitĂ© des valeurs humaines, les Aventuriers alterne avec le drame passionnel pour y prĂ´ner les mĂ©rites d'amitiĂ© et de fidĂ©litĂ©. Outre l'Ă©lĂ©gie de sa mĂ©lodie composĂ©e par François de Roubaix, ce grand moment d'Ă©motion est transcendĂ© de la complicitĂ© du trio de comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ© de par leur esprit incorrigible de cohĂ©sion, et ce jusqu'au vertige d'une dramaturgie escarpĂ©e. 

    *Bruno 
    2èx

      jeudi 29 octobre 2015

      DE L'AUTRE COTE DU MIROIR (Le Miroir Obscène). Version Espagnole.

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hkmania.com

      "Al Otro Lado del Espejo" de Jess Franco. 1973. France/Espagne. 1h35. Avec Emma Cohen, Philippe Lemaire, Alice Arno, Françoise Brion, Howard Vernon, Robert Woods.

      Sortie salles France: 3 Septembre 1975

      FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un réalisateur espagnol, né le 12 Mai 1930 à Madrid, décédé le 2 Avril 2013.
      1962: L'Horrible Dr orlof. 1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les Maîtresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le Trône de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les Expériences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1973: Le Miroir Obscène. 1974: La Comtesse Noire. 1974: Eugénie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-réal). 1982: L'Abîme des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les Prédateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


      Oeuvre atypique au sein de la carrière de l'Ă©minent Jess Franco (n'en dĂ©plaise Ă  ses dĂ©tracteurs !), Le Miroir Obscène dĂ©gage un pouvoir de sĂ©duction subtilement vĂ©nĂ©neux pour le cheminement indĂ©cis d'une jeune femme hantĂ©e par le suicide de son père. Cumulant les conquĂŞtes masculines dans les cabarets de Jazz avant d'entamer un voyage touristique, Anna est rapidement compromise par les visions criminelles de ces amants au travers d'un miroir (mĂ©taphore sur la peur de l'engagement). 


      Abordant les thèmes de l'inceste et de l'amour possessif, l'intrigue fantasmagorique distille un climat envoĂ»tant du point de vue psychotique d'une femme en berne sombrant peu Ă  peu dans la paranoĂŻa. LĂ  oĂą le film fait preuve d'hermĂ©tisme, c'est Ă©galement dans sa manière d'aborder l'irrationnel de manière spirituelle tout en dĂ©veloppant scrupuleusement l'identitĂ© affirmĂ©e de son hĂ©roĂŻne. De manière introspective, Jess Franco nous Ă©tablissant un superbe portrait de femme tourmentĂ©e au fil de ses pĂ©rĂ©grinations et nouvelles rencontres, quand bien mĂŞme le fantĂ´me du paternel s'efforce de façon impromptue de la persĂ©cuter, ou plutĂ´t de la possĂ©der. Si le Miroir Obscène s'avère linĂ©aire et sans surprise sur le papier, Jess Franco en extrait nĂ©anmoins Ă  l'image un magnifique conte d'amour et de mort oĂą la mise en scène formelle ne cesse de nous chatouiller les sens dans son souci stylisĂ© d'harmoniser les prĂ©sences fĂ©minines avec la nature environnante. Notamment le fait d'accorder autant d'intĂ©rĂŞt au design des vastes demeures d'un blanc immaculĂ© alors qu'Ă  l'extĂ©rieur les jardins exaltent les parfums de fleurs. Outre le soin avisĂ© de la rĂ©alisation, l'intrigue tire-parti de son magnĂ©tisme psychologique en la prĂ©sence charnelle d'Emma Cohen (la Femme aux bottes rouges, Cannibal Man). L'actrice insufflant une aura Ă©rotique subtilement suave, de par son apparence sensuelle assumĂ©e, son regard reptilien aux yeux verts et sa posture autoritaire favorisĂ©e par la dĂ©fĂ©rence. 


      RaffinĂ© et Ă©trange Ă  la fois, onirique et Ă©lĂ©giaque, singulier par son atmosphère diaphane insidieusement indicible, De l'autre cĂ´tĂ© du miroir structure avec une ambition toute personnelle une histoire d'amour parentale inscrite dans la tragĂ©die d'une jalousie obsessionnelle. TranscendĂ© par la prĂ©sence fantasmatique d'Emma Cohen, Jess franco a sans doute accompli ici l'une de ses oeuvres les plus abouties en terme de fulgurance poĂ©tique et d'Ă©rotisme sĂ©pulcral. 

      Dédicace à Mathias Chaput et Cid Orlandu
      Bruno Matéï

      La critique de Mathias Chaput
      CinĂ©aste Ă  la carrière extrĂŞmement prolifique pas toujours heureuse, capable du meilleur comme du pire, Jess Franco trouve avec « Le miroir obscène » un terrain d’entente propice Ă  appliquer son style de la meilleure manière qui soit, aux confins du film Ă©rotique, du mĂ©trage de possession et du caractère Ă©trange qui caractĂ©rise la majoritĂ© de sa filmographie…
      L’actrice Emma Cohen irradie complètement la pellicule par son charme juvĂ©nile qui fait mouche auprès de tous les hommes qu’elle rencontre, mais elle semble dĂ©sabusĂ©e et comme subissant les assauts sexuels de ses partenaires, ce cĂ´tĂ© ambivalent amplifie ainsi son mal ĂŞtre et sa bipolaritĂ©, rongĂ©e par le souvenir omniprĂ©sent de son père, qui revient lors de flashs atroces et incessants…
      C’est ce levier de la vision du gĂ©niteur pendu qui alimente les crimes d’Ana, un peu comme si son père lui « ordonnait » par son autoritĂ© fantĂ´me d’annihiler tous les hommes susceptibles de charmer la belle…
      La mise en scène est parfaite, notamment sur des plans zoomĂ©s de toute beautĂ© sur les paysages qui apparaissent Ă  l’extĂ©rieur des fenĂŞtres pour s’imbriquer sur les personnages lors de dialogues (technique souvent employĂ©e Ă  cette Ă©poque), la vision d’Howard Vernon pendu est rĂ©ellement terrifiante et sert de point d’orgue Ă  l’intrigue, autant psychĂ©dĂ©lique qu’impliquant des protagonistes obsĂ©dĂ©s et dĂ©pravĂ©s…
      L’idĂ©e du théâtre avec le personnage de MĂ©dĂ©e peut rappeler un peu le concept de « L’important c’est d’aimer » de Zulawski, tournĂ© l’annĂ©e suivante, la folie ambiante qui y règne fait rĂ©fĂ©rence au cinĂ©ma latin dont Jess Franco fait bel et bien partie…
      NB : sur les conseils d’amis cinĂ©philes facebookiens, j’ai visionnĂ© la version espagnole, qui diffère totalement de l’histoire de la version française avec Lina Romay, qui supprimait des parties du scĂ©nario original (ce n’est pas le père mais la sĹ“ur d’Ana qui se suicide ! et le miroir, quant Ă  lui, est bien le vecteur des poussĂ©es meurtrières d’Ana)…
      Quoiqu’il en soit, « Le miroir obscène » est une excellente Ĺ“uvre, qui doit beaucoup Ă  son atmosphère poisseuse et bien ancrĂ©e dans l’opulence et l’insouciance des annĂ©es 70 (un cĂ´tĂ© « peace and love » mĂŞme avec les artistes et leur musique groovy et psychĂ©dĂ©lique) tout en conservant l’aspect dĂ©viant propre aux films de Franco…
      Dans l’ensemble, une grande rĂ©ussite et un sans faute de la part d’Artus films pour l’Ă©dition double DVD…

      Note : 8/10