mardi 24 mai 2016

ZOOTOPIE

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site AllocinĂ©.fr

"Zootopia" de Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush. 2015. U.S.A. 1h48.

Sortie salles France: 17 Février 2016. U.S: 4 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Byron Howard est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et animateur amĂ©ricain nĂ© le 26 dĂ©cembre 1968 Ă  Misawa. 2008 : Volt, star malgrĂ© lui. 2009 : Let It Begin. 2010 : Raiponce. 2012 : Le Mariage de Raiponce. 2016 : Zootopie.
Rich Moore est un directeur d'animation amĂ©ricain et un partenaire de la compagnie Rough Draft Studios, Inc., nĂ© le 10 mai 1963 Ă  Oxnard, Californie. 2004 : Hare and Loathing in Las Vegas
2005 : Dancing Pepé. 2005 : Daffy Contractor. 2005 : What's Hip, Doc?. 2005 : Beach Bunny. 2005 : Baseball Taz. 2005 : Badda Bugs. 2005 : Scheme Park. 2005 : Reaper Madness. 2005 : Guess Who's Coming to Meet the Parents. 2005 : Executive Tweet. 2005 : Duck Suped. 2005 : Deep Sea Bugs
2005 : Slacker Quacker. 2012 : Les Mondes de Ralph. 2016 : Zootopie.


"Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde !" Gandhi. 

Nouvelle production Disney supervisĂ©e par trois rĂ©alisateurs dont le reconnu Byron Howard (Raiponce), Zootopia retrace la coopĂ©ration et l'investigation de longue haleine d'une lapine, agent de police en herbe, et d'un renard vĂ©nal Ă  la recherche d'une loutre rĂ©cemment disparue. Contraints de parfaire leur mission en seulement 48 heures, ils vont devoir redoubler de perspicacitĂ© et bravoures Ă  dĂ©masquer une mystĂ©rieuse organisation. Manifeste anti raciste pour le le respect des ethnies et le droit Ă  la diffĂ©rence (tel ce bĂ©nĂ©fice de porter l'insigne chez une lapine pleine d'ambition), Zootopia allie avec vigueur humour, action et fantastique sous l'impulsion fougueuse de hĂ©ros en initiation amicale.


Parmi le caractère attachant de ces derniers et des seconds rôles extravagants (la posture hilarante des fameux paresseux !), l'intrigue met en appui l'équilibre de cette faune animalière vivant en harmonie sur Zootopia parmi la communauté de prédateurs autrefois sauvages. Par le biais d'une conspiration totalitaire délibérée à évincer cette communauté primitive, les réalisateurs abordent sans fard les thèmes du préjugé et des apparences lorsque la peur de l'autre est engendrée par le sentiment d'insécurité. Emaillé de rebondissements homériques subordonnés au fil narratif, Zootopia n'en fait jamais trop pour nous plonger dans son aventure flamboyante (design stylisé d'une animation pleine d'inventivité !), quand bien même la caractérisation humaine des héros en contradiction nous émeut sobrement, notamment avec leur point commun d'un passé torturé (leur manque de confiance, la peur de l'autre et l'humiliation cultivés par l'intimidation d'un ennemi fourbe). L'investigation commune de Judy et Nick les amenant ensuite à reconsidérer l'étranger au-delà de sa simple expression et de sa réputation surfaite. Leur confiance commune engendrant au final une réflexion sur la compréhension et l'estime de soi avant de l'inculquer chez son prochain et ce, afin de changer les mentalités.


Aussi drĂ´le que passionnant et ponctuĂ© d'instants de tendresse Ă  suivre les pĂ©rĂ©grinations solidaires de hĂ©ros en ascension hĂ©roĂŻque, Zootopia constitue une leçon de vie universelle, un hymne Ă  la fĂ©dĂ©ration cosmopolite afin de pouvoir cohabiter dans un monde meilleur.  

lundi 23 mai 2016

THIS IS NOT A LOVE STORY. Grand Prix du Jury, Prix du public, Sundance 2015.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

Me and Earl and the Dying Girl de Alfonso Gomez-Rejon. 2015. U.S.A. 1h46. Avec Thomas Mann, Olivia Cooke, RJ Cyler, Jon Bernthal, Nick Offerman, Connie Britton, Molly Shannon.

Sortie salles France: 18 Novembre 2015. U.S: 3 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Alfonso Gomez-Rejon est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né au Texas. 2014: The Town That Dreaded Sundown. 2015: This is not a love story.


Un jeune étudiant, discret et détaché, s'efforce de se lier d'amitié avec l'une de ses élèves atteinte de leucémie.

Un sujet lacrymal facilement complaisant mais traité ici sans pathos (à contre-emploi des "Etoiles contraires"), le réalisateur alliant réalisme et poésie pour contrecarrer les traditionnels clichés du Teen movie et du mélo. De par l'originalité de sa mise en scène inventive (multipliant les références aux classiques du cinéma) et les moments d'intimité pleins de fantaisies que se partagent sobrement le couple, This is not a love story parvient à nous séduire sous l'impulsion de comédiens inscrits dans le naturel.


En dépit du rythme défaillant d'un cheminement narratif peu captivant car dénué de surprises, la dernière demi-heure, terrassante d'émotion, vous mettra KO pour sa réflexion existentielle sur le sens de l'amitié et de la mort. Rien que pour son intensité dramatique improvisée et ses éclairs de féerie rédemptrice, This is not a love story mérite franchement que l'on s'y attarde.

Merci à Mylène et Frederic ^^

Récompenses: Grand Prix du Jury
Prix du Public, Sundance 2015



vendredi 20 mai 2016

GOMORRA. Grand Prix, Cannes 2008

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, dĂ©pendante du site Cineclap.free

de Matteo Garrone. 2008. Italie. 2h17. Avec Toni Servillo, Salvatore Abruzzese, Salvatore Ruocco,
Gianfelice Imparato, Maria Nazionale, Carmine Paternoster.

Sortie salles France: 13 Août 2008

FILMOGRAPHIE: Matteo Garrone, né le 15 octobre 1968 à Rome, est un réalisateur de cinéma italien. 1997: Terra di mezzo. 1998: Ospiti. 2000: Estate romana. 2002: L'Étrange monsieur Peppino. 2004: Primo amore. 2008: Gomorra. 2012: Reality. 2015: Tale of Tales.


En Europe, la Camorra a tuĂ© plus que tout autre organisation criminelle. 4000 morts en 30 ans. 1 tous les 3 jours. 
Scampia est l'endroit au monde oĂą l'on vend le plus de drogue. Le chiffre d'affaires par clan est d'environ 500 000 euros par jour. 
En empilant les dĂ©chets toxiques traitĂ©s par la Camorra, on atteint 14 600 mètres de haut. L'Everest fait 8850 mètres. Il y a 20% de cancers en plus dans les zones contaminĂ©es. 
Les bĂ©nĂ©fices des activitĂ©s illĂ©gales financent des activitĂ©s lĂ©gales partout dans le monde. 
La Camorra a investi dans la reconstruction des Tours jumelles Ă  New-York. 


Pour rappel, la Camorra est une mafia italienne urbaine d'origine napolitaine Ă  contrario de Cosa Nostra, mafia issue d'un milieu rural. Le film entrecroise les tranches de vie de 6 personnages en collaboration avec cette organisation criminelle. Leur destin prĂ©caire les plongeant dans une dĂ©rive de règlements de compte sanglants depuis les fĂ©lonies et la concurrence mĂ©galo du camp adverse. Avec souci d'ultra rĂ©alisme documentĂ©, Matteo Garrone nous plonge dans l'enfer du crime sous l'impulsion de gueules burinĂ©es criantes de vĂ©ritĂ©. Les acteurs, pour la plupart non professionnels (3 d'entre eux ont d'ailleurs rĂ©ellement Ă©copĂ©s des dĂ©mĂŞlĂ©s avec la police), dĂ©gageant une intensitĂ© viscĂ©rale dans leur faciès impĂ©rieux sous le pilier d'une mise en scène hyper travaillĂ©e. VĂ©ritable reportage pris sur le vif Ă  contre-courant de toute forme de romantisme (on est Ă  l'antipode du Parrain de Coppola), Gomorra dĂ©voile l'envers du dĂ©cor sordide d'un ghetto misĂ©reux oĂą des familles mafieuses s'y sont implantĂ©es. De la nouvelle gĂ©nĂ©ration dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e (les destins dĂ©risoires de Marco et Piselli et l'insertion du petit Toto) en passant par l'autoritĂ© des patriarches et des retraitĂ©s sclĂ©rosĂ©s, Gomorra inscrit sur pellicule (et de façon mĂ©ticuleuse) leur portrait viciĂ© avec une puissance dramatique terrifiante. A l'instar de leurs exactions intimes nĂ©gociĂ©es en groupe pour dĂ©cider du sort d'une femme ou de deux ados en ascension dĂ©linquante. Car en dĂ©pit de tractations infructueuses, les plus fourbes et sournois emprunteront la trahison, la vengeance et la riposte le plus brutale afin de remporter la mise.


Crapuleux et terrifiant pour son ultra rĂ©alisme fĂ©tide et la nĂ©vralgie d'une dramaturgie impromptue, Gomorra constitue sans doute le tĂ©moignage le plus tangible jamais dĂ©crit sur la mafia italienne. La mise en scène documentĂ©e (et personnelle) de Matteo Garrone optant le climat blafard d'un enfer urbain oĂą corruption et criminalitĂ© de grande envergure se chevauchent pour des enjeux de cupiditĂ© et d'autoritĂ©. 

Info subsidiaire Wikipedia:
Certains acteurs sont des gens de la région napolitaine sans aucune référence professionnelle. Le 11 octobre 2008, Bernardino Terracciano, interprète de Zi Bernardino dans le film, a été arrêté dans le cadre d'une opération policière contre le clan des Casalesi. Le 5 janvier 2009, Giovanni Venosa, autre acteur de Gomorra, est lui aussi arrêté dans le cadre d'une enquête sur la collecte du pizzo. Salvatore Fabbricino, interprétant un des camorristes, est lui aussi arrêté pour avoir fait partie d'un commando qui a fait six morts auprès de ressortissants africains.

Récompenses: Grand Prix du jury au Festival de Cannes 2008
European Film Awards 2008 :
Meilleur film européen
Meilleur réalisateur (Matteo Garrone)
Meilleur acteur (Toni Servillo)
Meilleur scénario (Roberto Saviano et Matteo Garrone)
Meilleure photographie (Marco Onorato)

mercredi 18 mai 2016

GODS OF EGYPT

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Alex Proyas. 2016. U.S.A/Australie. 2h07. Avec Nikolaj Coster-Waldau, Gerard Butler, Courtney Eaton, Geoffrey Rush, Emma Booth.

Sortie salles France: 6 Avril 2016. U.S: 26 Février 2016

FILMOGRAPHIE: Alex Proyas est un réalisateur, producteur et scénariste australien, né le 23 Septembre 1963 en Egypte. 1994: The Crow. 1998: Dark City. 2002: Garage Days. 2004: I, Robot. 2009: Prédictions. 2012: Paradise Lost. 2016: Gods of Egypt.


IncendiĂ© par les critiques du monde entier (Ă  2/3 exceptions) sermonnant sans rĂ©serve cette luxueuse production de "navet", Gods of Egypt fait office d'ovni de la dĂ©mesure dans son melting pot de situations homĂ©riques toutes plus improbables les unes que les autres. Piquant Ă  tous les râteliers des idĂ©es et situations Ă©culĂ©es aux classiques du serial (Indiana Jones en tĂŞte), de l'heroic fantasy (le Choc des Titans, Jason et les Argonautes), du Space Opera (Star Wars, Flash Gordon, Dune) et du peplum (principalement les B movies des annĂ©es 60), Alex Proyas nous Ă©labore un blockbuster au surrĂ©alisme enchanteur. Fort d'un casting cabotin dĂ©versant avec sĂ©rieux et ironie des dialogues rĂ©gulièrement impayables, ce spectacle flamboyant (dĂ©cors grandioses et photo rutilante !) parvient Ă  extĂ©rioriser un sentiment de sympathie chez le spectateur tant Proyas nous Ă©vade avec une gĂ©nĂ©rositĂ© opulente. 


L'histoire d'une simplicitĂ© enfantine se condense Ă  la confrontation des dieux Egyptiens, Horuth et Seth. Deux frères au pouvoirs surhumains se disputent le trĂ´ne depuis que l'un d'eux s'est engagĂ© dans une rancune orgueilleuse. Après avoir Ă©tĂ© banni de son temple et rendu aveugle par Seth, Horuth se morfond dans le silence loin de son peuple. Mais un jeune hĂ©ros fringant du nom de Bek parvient Ă  retrouver sa trace dans le dĂ©sert pour le solliciter Ă  combattre le nouveau roi et ainsi rĂ©cupĂ©rer son trĂ´ne. Dès lors, entre deux romances Ă©perdues et le chaos escomptĂ© des tĂ©nèbres, une grande aventure semĂ©e d'embĂ»ches s'engage vers eux avec la complicitĂ© d'un dĂ©funt Dieu. D'un pitch rebattu, Proyas en extirpe un spectacle Ă©pique hallucinant de naĂŻvetĂ© cocasse (souvent involontaire) tant les morceaux de bravoures dĂ©ployĂ©s font preuve d'une fantaisie dĂ©bridĂ©e sous l'impulsion de personnages aussi grotesques qu'attachants (notamment la taille robuste des Dieux, leur mutation mĂ©tallique et leurs dĂ©placements aĂ©riens !). Clairement estampillĂ© pour un public familial, Alex Proyas se permet d'Ă©chauder des sĂ©quences monstrueuses de destruction massive avec l'appui de crĂ©atures en effets numĂ©risĂ©s. Et de manière dĂ©sordonnĂ©e (trois actions distinctes nous sont mĂŞme dĂ©crites en temps rĂ©el !) de nous livrer un rĂ©cit hĂ©roĂŻco-mystique oĂą les forces de l'au-delĂ  (les fameuses portes de la mort) vont Ă©galement servir de vecteur Ă©motionnel pour le sort d'une princesse. Cette action quasi omniprĂ©sente alternant de façon pĂ©tulante l'Ă©pique, la fĂ©erie et l'anticipation parvient miraculeusement Ă  nous distraire par le biais d'un esprit Bis irrĂ©sistiblement effrontĂ©. L'ère numĂ©rique dĂ©ployĂ©e ici sans modĂ©ration se substituant aux moyens dĂ©risoires de la sĂ©rie Z artisanale.


Con comme la lune mais implacablement fun, hilarant et attachant, et esthĂ©tiquement aussi fulgurant que boursouflĂ©, Gods of Egypt constitue le divertissement de tous les excès auquel l'extrĂŞme gĂ©nĂ©rositĂ© du cinĂ©aste et la dĂ©rision affable des comĂ©diens parviennent Ă  dĂ©passer toutes ses scories. A condition de le savourer au second degrĂ©, ce nanar clinquant risque fort dans les dĂ©cennies prochaines de se faire une place singulière dans l'Ă©crin de la Bisserie post-moderne. 

mardi 17 mai 2016

Triple 9

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site traileraddict.com 

de John Hillcoat. 2015. U.S.A. 1h55. Avec Casey Affleck, Chiwetel Ejiofor, Anthony Mackie, Aaron Paul, Clifton Collins Jr., Norman Reedus, Gal Gadot, Woody Harrelson, Kate Winslet, Teresa Palmer

Sortie salles France: 16 mars 2016. Ă‰tats-Unis: 26 fĂ©vrier 2016

FILMOGRAPHIE: John Hillcoat est un cinĂ©aste australien nĂ© en 1961 au Queensland. 1988: Ghosts… of the Civil Dead. 1996: To Have and to Hold. 2005: The Proposition. 2009: La Route. 2012: Des hommes sans loi. 2016: Triple 9


RĂ©vĂ©lĂ© par La Route et, Ă  moindre Ă©chelle, par Des Hommes sans loi, après nous avoir estomaquĂ©s avec son western sauvage The Proposition, John Hillcoat rĂ©invente aujourd’hui le polar hard-boiled avec Triple 9. « 999 » dĂ©signe le code d’alerte des services de police lorsqu’un agent est grièvement blessĂ©. Tous accourent alors pour sauver leur comparse. Entre le cartel mexicain et la mafia russe, un jeune flic dur Ă  cuire se retrouve pris dans une conspiration odieuse : devenir la cible sacrificielle de flics ripoux contraints d’exĂ©cuter un dernier cambriolage pour le compte d’Irina Vlaslov, Ă©pouse d’un mafieux sous les verrous. Mais rien ne se dĂ©roulera comme prĂ©vu…

Fort d’un casting prestigieux opposant des vĂ©tĂ©rans (Woody Harrelson, Kate Winslet) Ă  la nouvelle gĂ©nĂ©ration (Casey Affleck, Aaron Paul, Clifton Collins Jr., Norman Reedus), Triple 9 offre Ă  ses figures viriles un superbe numĂ©ro d’acteurs. Leur prestance brute incarne un jeu viciĂ© de corruption policière, autour de l’hĂ©roĂŻsme d’une jeune recrue venue s’interposer avec loyautĂ©. Exploitant un scĂ©nario Ă©culĂ© de trahison policière en collusion avec la pègre, John Hillcoat rĂ©ussit pourtant Ă  le transcender par la virtuositĂ© de sa mise en scène, qui nous propulse de plein fouet dans une urgence constante. Braquages, courses-poursuites et règlements de comptes s’enchaĂ®nent avec une redoutable efficacitĂ©, portĂ©s par un fil narratif vĂ©nĂ©neux. Les fusillades, magnifiquement chorĂ©graphiĂ©es, nous clouent au siège par leur intensitĂ© effrĂ©nĂ©e, amplifiĂ©e par un score aux rĂ©sonances presque horrifiques.

Ă€ travers cette intrigue structurĂ©e oĂą se dressent les portraits d’individus vĂ©reux (jusqu’au chef de la police, qui noie sa solitude dans l’alcool et la drogue), Hillcoat met en exergue la dĂ©liquescence d’une citĂ© en perdition. La police y peine Ă  imposer son autoritĂ© face aux pouvoirs conjoints du cartel mexicain et de la mafia russe. L’ultra-rĂ©alisme de cette urbanitĂ© marginale s’accompagne d’Ă©clairs de violence sèche, marquant l’agonie des victimes. Cette cruditĂ© poisseuse, fruit des exactions criminelles, nourrit l’intensitĂ© dramatique de l’enquĂŞte fĂ©brile de Chris Allen, tandis que les ripoux ploient sous le chantage des Russes. Le jeune flic redouble de risques pour tenter de les apprĂ©hender, sans se douter que la menace s’Ă©tend jusque dans sa propre hiĂ©rarchie.


Passionnant et menĂ© tambour battant par une mise en scène vertigineuse, Triple 9 distille une ambiance opaque, envoĂ»tante, au cĹ“ur d’une citĂ© au bord du marasme. Outre ses Ă©clairs d’action incisifs et sa violence Ă  vif, le film est transcendĂ© par ses tĂŞtes d’affiche martiales — Kate Winslet, mĂ©connaissable en baronne soviĂ©tique, en tĂŞte.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

    lundi 16 mai 2016

    LANDMINE GOES CLICK

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com 

    de Levan Bakhia. 2015. GĂ©orgie. 1h50. Avec Sterling Knight , Spencer Locke , Dean Geyer , Kote Tolordava, Giorgi Tsaava

    Sortie salles GĂ©orgie: 1er Juin 2015

    FILMOGRAPHIE: Levan Bakhia est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur georgien.
    2011: 247°F. 2015: Landmine Goes Click


    Rape and Revenge originaire de la GĂ©orgie, Landmine goes click dĂ©peint la descente aux enfers d'un couple de touristes, Chris et Alicia, pris Ă  parti avec les humiliations d'un mĂ©tayer après le dĂ©part prĂ©cipitĂ© de l'amant de celle-ci. Chris ayant avouĂ© Ă  son meilleur ami une liaison avec sa compagne, Daniel avait dĂ©jĂ  prĂ©mĂ©ditĂ© une terrible vengeance. Le pied posĂ© sur une mine, Chris est contraint de restĂ© immobile en attendant les Ă©ventuels secours du garde-chasse. Impuissante, Alicia tente en dernier ressort de creuser une tranchĂ©e au moment mĂŞme oĂą un chasseur et son chien viennent s'immiscer Ă  l'improviste. Dès lors, un danger bien plus dĂ©lĂ©tère se profile Ă  l'horizon ! SĂ©rie B d'un rĂ©alisme horrifique par son concept de survival brutal si bien que la première partie oscille humiliations et sĂ©vices sexuels, Landmine goes click part d'une idĂ©e insolite lorsque qu'un jeune touriste est contraint de tĂ©moigner impuissant au calvaire de son amie. Le pied postĂ© sur une mine, Chris va entamer une Ă©preuve de force avec une patience surdouĂ©e. Contraint d'espĂ©rer l'arrivĂ©e des secours sur une durĂ©e de 4 heures, il doit en prime affronter l'hostilitĂ© d'un redneck sadique cumulant les brimades auprès de ses proies.


    Plutôt bien soutenu, et avec l'appui d'un jeu d'acteurs assez convaincant, le suspense distille une tension toujours plus ardue pour le sort fragile des touristes. Par leurs comportements de stress et de malaise et parmi le jeu de provocations putassières imposé par leur tyran, on songe inévitablement à la Dernière maison sur la Gauche jusqu'à sa dérive primitive du viol (une séquence démonstrative s'attardant d'ailleurs un peu trop sur l'expression des visages). La seconde partie dérangeante continuera d'ailleurs d'explorer le schéma narratif de Craven du point de vue d'un justicier déterminé à se venger. Par son climat oppressant émanant du huis-clos domestique où des otages innocents vont à leur tour subir les bizutages, Landmine goes click éprouve un peu plus par sa violence gratuite engendrée par un bourreau sans vergogne. Jusqu'au-boutiste, l'issue de l'intrigue détonne pour nous laisser sur une impression amère de déchéance morale. Sa réflexion sur la vengeance s'avérant ici habilement exposée du point de vue de la remise en question finale du vindicateur. Une image forte qui en dit long sur le caractère vénéneux de la haine et l'incapacité d'y refréner ses pulsions perverses.


    Haletant, efficace et tendu, Landmine goes click repose beaucoup sur la dimension humaine des personnages exprimant une palette d'Ă©motions de rĂ©volte et de dĂ©sespoir par leur situation d'otages en survie. Psychologiquement Ă©prouvant pour le chemin de croix de la victime et davantage malsain chez le cheminement immoral du justicier, sa conclusion glaçante fait mouche pour dĂ©noncer l'avilissement d'une haine rendue ingĂ©rable.  

    vendredi 13 mai 2016

    LA FALAISE MYSTERIEUSE

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site retro-hd.com

    The Uninvited de Lewis Allen. 1944. U.S.A. 1h39. Avec Ray Milland, Ruth Hussey, Donald Crisp,
    Cornelia Otis Skinner, Dorothy Stickney.

    Sortie salles : 10 février 1944

    FILMOGRAPHIE: Lewis Allen est un réalisateur britannique, né le 25 décembre 1905 à Oakengates, Telford, décédé le 3 mai 2000 à Santa Monica (Californie).
    1943 : Freedom Comes High. 1944 : La Falaise mystérieuse. 1944 : Our Hearts Were Young and Gay
    1945 : Those Endearing Young Charms. 1945 : L'Invisible meurtrier. 1947 : The Perfect Marriage
    1947 : Suprême aveu (en). 1947 : La Furie du désert. 1948 : Une âme perdue. 1948 : Verdict secret.
    1949 : Enquête à Chicago. 1951 : Rudolph Valentino, le grand séducteur. 1951 : Échec au hold-up.
    1952 : Les Fils des mousquetaires. 1954 : Je dois tuer. 1955 : Un pruneau pour Joe. 1955 : Témoin à abattre. 1958 : Je pleure mon amour. 1959 : La Lorelei brune ou La Fugitive du Rhin. 1963 : Decision at Midnight.


    EditĂ© en Blu-ray et Dvd sous l'effigie de Wild Side Video et vendu comme l'un des films les plus effrayants selon Martin Scorcese, La Falaise MystĂ©rieuse peut enfin aujourd'hui s'exhumer de sa torpeur. SĂ©rie B modeste tournĂ©e en noir et blanc et prĂ©figurant les futurs sommets d'effroi que seront La Maison du Diable et Les Innocents, la Falaise MystĂ©rieuse joue la carte de suggestion pour tenter d'impressionner le spectateur. Car il faut bien l'avouer, cette curiositĂ© oubliĂ©e suscite plus la sympathie amusĂ©e que la terreur escomptĂ©e. L'allĂ©gation du maĂ®tre Scorcese s'avère donc Ă  mon sens disproportionnĂ©e (ou pire mensongère) et ressemble plus Ă  un alibi commercial, Ă  l'instar de son confrère James Cameron ayant prodiguĂ© avec constance ses Ă©loges Ă  Terminator Genesys.



    SĂ©duits par la scĂ©nographie cĂ´tière d'une bâtisse situĂ©e Ă  proximitĂ© d'une falaise, un frère et une soeur dĂ©cident de l'acheter pour une modique somme. Mais rapidement, des voix inquiĂ©tants perçues dans la nuit vont importuner nos propriĂ©taires. Dès lors, Roderick et Pamela vont enquĂŞter sur l'ancienne rĂ©sidente, Mary Meredith, mystĂ©rieusement dĂ©cĂ©dĂ©e des annĂ©es au prĂ©alable. Cette intrigue futile, Lewis Allen l'exploite avec efficacitĂ© d'un rythme soutenu par le biais d'une investigation de longue haleine que concertent le couple de hĂ©ros, la fille de la dĂ©funte disparue et un praticien. EmaillĂ© de quelques traits d'humour afin de dĂ©samorcer les situations trop anxiogènes, La Falaise MystĂ©rieuse parvient Ă  divertir et instaurer un climat d'inquiĂ©tude avec l'intelligence du hors-champ sonore. Les sĂ©quences les plus rĂ©ussies Ă©manant des voix d'outre tombe oscillant pleurs, rires et râles pour distiller un (timide) malaise. Par l'entremise Ă©thĂ©rĂ©e de spectres en fâcheuse contradiction, le rĂ©alisateur prend plaisir Ă  dĂ©tourner les rĂ´les pour mieux nous Ă©garer tout en nous rĂ©vĂ©lant des indices au compte-goutte autour d'une relation filiale en quĂŞte identitaire et de rĂ©demption. Enfin, en parallèle du rĂ©cit en suspens, il cultive un goĂ»t pour la romance que partagent fougueusement Roderick et Stella, la fille persĂ©cutĂ©e de Mary.


    Reposant sur l'autoritĂ© d'une mise en scène inspirĂ©e et servi par des comĂ©diens attachants dans leur motivation impromptue de dĂ©tectives, La Falaise MystĂ©rieuse parvient Ă  divertir sous le principe modeste de la sĂ©rie B. Attention toutefois au slogan dithyrambique rĂ©vĂ©lĂ© par Martin Scorcese, vous risqueriez d'ĂŞtre sĂ©vèrement déçus !  

    jeudi 12 mai 2016

    MUSTANG. Meilleur premier film, César 2016.

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Deniz Gamze ErgĂĽven. 2015. Germano-franco-turco-qatari. 1h37. Avec GĂĽneĹź Nezihe Ĺžensoy,
    İlayda Akdoğan, Tuğba Sunguroğlu, Elit İşcan, Doğa Zeynep Doğuşlu.

    Sortie salles France: 17 Juin 2015. Turquie: 23 Octobre 2015.

    FILMOGRAPHIE: Deniz Gamze Ergüven est une réalisatrice, scénariste et actrice franco-turque, née le 4 juin 1978 à Ankara en Turquie.
    2004: Libérables (court). 2006: Mon trajet préféré (court). 2006: Une goutte d'eau (court). 2015: Mustang


    Drame social d'une rigueur toujours plus grave, Mustang traite du patriarcat au sein de la société Turque, alors que paradoxalement, en 1934, le droit de vote pour les femmes fut autorisé chez eux bien avant l'hexagone (1945). A travers le terrible destin de 5 orphelines livrées à la dictature de leur grand-mère et d'un oncle, la réalisatrice franco-turque met en exergue l'idéologie obscurantiste de son pays depuis l'arrivée au pouvoir d'un nouveau parti patriarcal (l'AKP) instauré depuis 2003.


    Cette rĂ©gression morale, Deniz Gamze ErgĂĽven l'illustre Ă  travers le calvaire de ces soeurs avides de libertĂ© et de dĂ©sir d'aimer mais toujours plus contraintes de se confiner dans le mutisme depuis les nouvelles normes drastiques exigĂ©es par des parents rĂ©trogrades. C'est bien connu, plus on interdit les choses, plus on est tentĂ© de les braver ! Et ces adolescentes recluses dans leur cocon familial (l'oncle Ă  installer des barreaux derrière chaque fenĂŞtre et leur a interdit de retourner Ă  l'Ă©cole) vont donc user de stratagèmes d'Ă©vasion et de rĂ©bellion afin de s'accorder un semblant d'Ă©panouissement. Parmi la subtilitĂ© d'une mise en scène jamais dĂ©monstrative (la rĂ©alisatrice use d'ellipses pour aller droit Ă  l'essentiel et ainsi Ă©viter les conventions) et le talent sĂ©millant d'une distribution juvĂ©nile dĂ©bordante de naturel, Mustang provoque une Ă©motion prude rĂ©futant le misĂ©rabilisme. Car ces portraits fragiles d'ados en quĂŞte d'amour et de dĂ©sir sexuel nous Ă©meut sobrement par leur situation dĂ©soeuvrĂ©e Ă  subir le machisme d'un patriarche aussi insidieux qu'immoral (Spoil ! ses abus sexuels perpĂ©trĂ©s sur une des filles ! Fin du Spoil).


    Illustrant avec vitalitĂ© la crise adolescente de cinq soeurs en quĂŞte de fantaisies et d'amour (tant du point de vue des frĂ©quentations que de leurs parents dĂ©missionnaires) puis cĂ©dant ensuite au dĂ©sespoir de leur situation de claustration, Mustang dĂ©range, Ă©meut, prend aux tripes le spectateur, tĂ©moin impuissant des traditions archaĂŻques d'une sociĂ©tĂ© patriarcale imposant les mariages forcĂ©s afin de taire leurs effronteries. Hymne Ă  l'Ă©mancipation de la cause fĂ©minine, cette oeuvre magnifique aborde sans fard la dĂ©sillusion existentielle avant de ranimer l'espoir d'une rĂ©volte fĂ©minine au bord du suicide. Bouleversant. 

    Récompenses:
    Festival de Cannes 2015 : Label Europa Cinema21 (sélection Quinzaine des réalisateurs3,22)
    Festival international du film d'Odessa 2015 : Duc d'or du meilleur film
    Festival international du film de Stockholm 2015 : prix du meilleur scénario23
    Prix LUX du Parlement européen 201524
    Festival international du film de femmes de Salé 2015 : Prix du scénario
    21e cérémonie des prix Lumières 2016 :
    Prix Lumières du meilleur film
    Prix Heike Hurst du meilleur premier film
    Prix Lumières du meilleur espoir féminin pour Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit Işcan, Tuğba Sunguroğlu et Ilayda Akdoğan
    Prix de la meilleure photographie pour David Chizallet
    Goya du meilleur film européen 2016
    Festival de Valladolid 2015 : Espiga de plata Largometraje, Premio "Pilar Miro" al mejor nuevo director.
    Prix du cinéma européen 2015 : Prix découverte - prix FIPRESCI
    41e cérémonie des César 2016 : Meilleur scénario original. Meilleur montage. Meilleure musique
    Meilleur premier film.

    mercredi 11 mai 2016

    APPEL INCONNU

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site goldposter.com

    El Desconocido de Dani de la Torre. 2015. Espagne. 1h40. Avec Dani De La Torre, Luis Tosar, Javier GutiĂ©rrez, Goya Toledo.

    Sortie salles Espagne: 25 Septembre 2015.

    FILMOGRAPHIE: Dani de la Torre est un réalisateur espagnol né en 1975 à Galicia.
    2013: Gala premios Mestre Mateo 2012 (télé-film). 2015: Appel Inconnu


    Suspense oppressant prenant pour cadre restreint l'habitacle d'une voiture auquel un père et ses deux enfants y sont embrigadés de force depuis l'amorce d'une bombe confinée sous les sièges, Appel Inconnu parvient à nous tenir en haleine dans sa succession de revirements alertes ! Grâce à la maîtrise de sa mise en scène et à la géométrie du montage, Dani de la Torre insuffle une belle vigueur au cheminement narratif sous l'impulsion de protagonistes démunis contraints de céder au racket d'un étranger cupide. Sans céder à la facilité de l'esbroufe pour sa situation hostile sur le qui-vive, le réalisateur préconise un réalisme percutant pour nous convaincre de la véracité du fait singulier. A savoir, une prise d'otage échelonnée à distance par l'entremise de téléphones portables !


    Ce concept insolite va imposer au fil de son huis-clos routier une sĂ©vère Ă©preuve de force pour le père de famille. Si bien que son entourage familial et professionnel, ainsi que la police en alerte n'auront de cesse de le suspecter d'ĂŞtre l'instigateur de la prise d'otages. Fustigeant en sous texte social la corruption financière du management, Appel Inconnu insuffle une intensitĂ© dramatique du point de vue moral du criminel et de la victime, au moment mĂŞme de la dĂ©convenue d'une cellule familiale en crise. Au-delĂ  de l'aspect effrĂ©nĂ© de quelques courses-poursuites sur bitume et de la solide gestion du suspense, Appel Inconnu met en exergue le portrait galvaudĂ© d'un père de famille Spoil ! peu Ă  peu rongĂ© par le remord d'une lâchetĂ© et en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de rĂ©demption afin de prĂ©server la vie de ses enfants fin du Spoil. Par l'entremise des rapports intimes entretenus avec sa fille aĂ®nĂ©e, Dani de la Torre accentue l'empathie d'une vibrante relation paternelle davantage gagnĂ©e par la fraternitĂ©.


    Thriller Ă  suspense menĂ© avec savoir-faire et impeccablement servi par une distribution sans fard, Appel Inconnu oscille rĂ©alisme et vigueur dramatique face Ă  un contexte de survie sur le fil du rasoir. On pardonne donc la facilitĂ© d'une bravoure finale futilement improbable et quelques clichĂ©s usuels au genre que l'intrigue exploite (efficacement) dans sa dernière partie (son principe Ă©culĂ© de la vengeance criminelle et l'identitĂ© du coupable). Un excellent divertissement taillĂ© sur mesure.  

    Dédicace à Seb Lake.

    mardi 10 mai 2016

    CALIGULA, LA VERITABLE HISTOIRE

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmplakater.wordpress.com

    Caligula II: The Untold Story/Emperor Caligula: The Garden of Taboo de David Hills (Joe D'Amato). 1982. Italie. 1h32 (version cut) / 1h50 (version Uncut X) / 2H05 (version longue Uncut X). Avec Laura Gemser , Oliver Finch , David Brandon , Gabriele Tinti , Michele Soavi.

    Sortie salles U.S le 6 Janvier 1983 en version censurée.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (né Aristide Massaccesi le 15 décembre 1936 à Rome, mort le 23 janvier 1999) est un réalisateur et scénariste italien.
    1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la véritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


    Avertissement ! La version Uncut comprend diverses sĂ©quences pornographiques dont une sĂ©ance de zoophilie risquant d'offenser certaines âmes trop prudes ! 

    « Qu'ils me haĂŻssent, pourvu qu'ils me craignent ! »
    Epigone bisseux du film scandale de Tinto Brass tourné 2 ans au préalable, Caligula porte inévitablement la signature de son auteur transalpin, spécialiste du gore vomitif comme l'avaient si bien transfigurées ses illustres zèderies Anthropophagous, Horrible et surtout son chef-d'oeuvre nécrophile, Blue Holocaust. Joe d'Amato ne reculant une fois encore devant rien pour provoquer le dégoût et ébranler le spectateur, témoin d'une débauche aussi meurtrière qu'érotomane. Peplum horrifico-porno tourné avec des bouts de ficelles et des acteurs de seconde zone (dont une figuration issue du milieu porno), Caligula retrace le destin putassier du plus célèbre empereur de Rome. Obnubilé à l'idée de gouverner le monde par le chantage et une violence expéditive car rivalisant de provocations à châtier ses nombreux ennemis, il s'efforce d'asseoir sa triste réputation afin d'émuler l'immortalité des dieux. Son goût insatiable pour l'autocratie le mène donc à une déchéance immorale aux confins de la folie comme le souligne la récurrence de ses cauchemars nocturnes. Mais une esclave, Miriam, s'empresse de venger la mort d'une de ses comparses par un stratagème de séduction.


    « PlĂ»t aux Dieux que le peuple n'eut qu'une seule tĂŞte. »
    Ce scĂ©nario linĂ©aire bourrĂ© d'ellipses (montage approximatif) et d'incohĂ©rences (principalement le comportement Ă©quivoque de Miriam Ă©prise de fougue amoureuse pour l'empereur avant de se culpabiliser in extremis), Joe d'Amato l'exploite avec autant de maladresses (notamment le profil parano de Caligula) que de savoir-faire dans son parti-pris de cristalliser un climat poisseux littĂ©ralement obsĂ©dant. Tant par l'aspect onirique des cauchemars inquiĂ©tants que Caligula intĂ©riorise avec prĂ©monition, que les banquets fĂ©tides oĂą orgies sanglantes et sexuelles s'agencent pour plonger le spectateur dans un dĂ©lire baroque. En dĂ©pit de sa faiblesse narrative prĂ©texte Ă  une mosaĂŻque de provocations visuelles assez rĂ©alistes et choquantes (la fameuse sĂ©quence de zoophilie, l'empalement par l'anus !), Caligula insuffle au fil de la dĂ©rive schizo de son antagoniste un climat d'Ă©trangetĂ© vĂ©nĂ©neux, comme le souligne parfois la partition hypnotique de mĂ©lodies lancinantes. Hormis une direction d'acteurs assez inexpressifs, l'objet de dĂ©cadence est Ă©galement renforcĂ© du jeu dĂ©lĂ©tère de David Brandon endossant par son charisme trouble et l'intensitĂ© d'un regard frigide un pervers sanguinaire hantĂ© par des exactions toujours plus irraisonnĂ©es (Spoil ! le sort rĂ©servĂ© Ă  Miriam fin du Spoiler). On peut Ă©galement mettre en valeur la prĂ©sence secondaire de Laura Gemser incarnant avec une Ă©motion parfois poignante une esclave introvertie partagĂ©e entre la colère, les sentiments (ses rapports inopinĂ©ment charnels avec Caligula) et une rancoeur punitive teintĂ©e de dĂ©sespoir.


    « Le pouvoir donne ses chances Ă  l'impossible. »
    DĂ©lire scabreux profondĂ©ment malsain, opaque et Ă©trangement fascinant, Caligula ose inscrire de manière insalubre la dĂ©cadence putassière d'un empereur rongĂ© par sa mĂ©galomanie et sa paranoĂŻa morbide. Dans une facture bisseuse de sĂ©rie B au rabais, Joe d'Amato parvient tout de mĂŞme Ă  transcender la maigreur de son budget par son rĂ©alisme historique (on y croit, aussi minimaliste que soit la topographie des dĂ©cors cheap et sa timide figuration) et surtout l'aura tangible d'un climat trouble de sĂ©duction. Une expĂ©rience licencieuse Ă  l'aura de souffre indĂ©crottable, Ă  prescrire inĂ©vitablement auprès d'un public averti.

    lundi 9 mai 2016

    10 Cloverfield Lane

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site offi.fr 

    de Dan Trachtenberg. 2016. U.S.A. 1h43. Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher, Jr., Maya Erskine, Mat Vairo

    Sortie salles France: 16 Mars 2016. U.S: 11 Mars 2016

    FILMOGRAPHIE: Dan Trachtenberg est un réalisateur et scénariste américain.
    2016: 10 Colverfield Lane



    Prenant pour cadre le huis-clos intimiste d'un bunker auquel trois survivants s'y sont confinĂ©s depuis une Ă©ventuelle attaque chimique, 10 Cloverfield Lane n'est pas la suite du documenteur catastrophiste de Matt Reeves. Le titre du film se rĂ©fĂ©rant ici exclusivement Ă  l'adresse du lieu unique de l'action. Mais en dĂ©pit de son absence de pyrotechnie visuelle, nous restons tout de mĂŞme un peu dans l'esprit de Cloverfield pour son aspect "fin du monde" ainsi que la rĂ©vĂ©lation dantesque de son intrigue. SĂ©rie B modeste privilĂ©giant sans retenue la suggestion afin de cultiver un suspense tendu autour de trois personnages en discorde, 10 Cloverfield Lane parvient Ă  retenir l'attention grâce Ă  l'Ă©tude des caractères contradictoires. RenforcĂ© du jeu Ă©quivoque de l'impressionnant John Goodman et des prestances aussi convaincantes de John Gallagher et surtout de Mary Elizabeth Winstead en hĂ©roĂŻne de dernier ressort, l'intrigue laisse planer assez habilement le doute quant aux agissements Ă©quivoques du propriĂ©taire du bunker.


    Car sujet aux excès de colère et de violence lorsque l'un d'eux tente de s'Ă©chapper par la sortie au risque de contaminer les membres du bunker, Howard Stambler y extĂ©riorise un caractère castrateur conçu sur la bienveillance d'autrui. Mais s'agit-il d'un kidnappeur (comme le laisse sous-entendre son ancienne relation avec Megan) ou d'un aimable secouriste ? (comme le souligne le prologue lorsque Michelle opère une embardĂ©e sur l'autoroute). La rĂ©ponse finira par Ă©clore au fil des stratĂ©gies d'Ă©vasion que nos deux rescapĂ©s vont solidairement tenter de commettre en cataminie. Quant Ă  la menace externe qui plane sur les Ă©paules de nos survivants, nous restons constamment dans une perpĂ©tuelle perplexitĂ© Ă  savoir si Howard Stambler aurait tout inventĂ© pour mieux contenir l'interrogation de ses otages Spoil ! malgrĂ© la preuve oculaire d'une victime moribonde laissĂ©e Ă  l'extĂ©rieur de la bâtisse fin du Spoil. La seconde partie autrement explicite nous dĂ©voile enfin l'envers du dĂ©cor de cette Ă©ventuel pĂ©ril atomique par le biais de sĂ©quences inquiĂ©tantes rĂ©ussies par leur rĂ©alisme fascinatoire, qui plus est superbement Ă©clairĂ© lors d'un climat opaque. 


    SĂ©rie B solide, intense, retorse et intelligente misant sur l'expectative d'une rĂ©vĂ©lation potentiellement dystopique, 10 Colverfield Lane y transcende en prime un superbe portrait de femme pugnace que Mary Elizabeth Winstead endosse avec un sang-froid perpĂ©tuellement impressionnant. Superbement photographiĂ© et immersif dans son cadre exigu de tous les dangers, 10 Cloverfield Lane inquiète puis fascine lors de son dernier acte sous tension impeccablement Ă©paulĂ© d'FX renversants de rĂ©alisme. 

    *Bruno
    20.05.23. 2èx. vf

    vendredi 6 mai 2016

    NIKITA. César de la Meilleure Actrice, Anne Parillaud, 1991.

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com 

    de Luc Besson. 1990. France/Italie. 1h57. Avec Anne Parillaud, Marc Duret, Patrick Fontana, Alain Lathière, Laura Chéron, Roland Blanche.

    Sortie salles France: 21 Février 1990

    FILMOGRAPHIE: Luc Besson est un réalisateur, producteur, et scénariste français né le 18 mars 1959 à Paris.
    1983: Le Dernier combat, 1985: Subway, 1988: Le Grand Bleu, 1990: Nikita, 1991: Atlantis, 1994: Léon, 1997: Le 5è élément, 1999: Jeanne d'Arc, 2005: Angel-A, 2006: Arthur et les Minimoys, 2009: Arthur et la vengeance de Maltazard, 2010: les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Arthur 3, la guerre des 2 mondes, 2011: The Lady. 2013 : Malavita. 2014 : Lucy. 2017: Valérian et la Ville aux mille planètes.


    Enorme succès Ă  sa sortie dans l'hexagone (3 546 077 entrĂ©es) et outre-atlantique (5 millions de dollars de recettes), Nikita est une première incursion dans le cinĂ©ma d'action pour Luc Besson. JugĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© après le meurtre d'un policier, une jeune toxicomane se voit proposer une seconde chance par le gouvernement. Accepter le rĂ´le d'Ă©missaire afin d'exĂ©cuter de dangereuses missions pour le compte d'une organisation secrète. Après un entrainement intensif et ĂŞtre parvenue Ă  achever sa première tâche, Nikita retourne dans la vie sociale et tombe amoureuse d'un caissier de supĂ©rette. Mais 6 mois plus tard, ses supĂ©rieurs la rappellent pour un second objectif. 


    A partir d'un scĂ©nario original combinant avec efficacitĂ© gunfight chorĂ©graphiques et moments intimismes d'Ă©treinte conjugale, Nikita est Ă©galement l'occasion de nous dĂ©voiler un talent de comĂ©dienne hors pair en la prĂ©sence d'Anne Parillaud, transcendant ici un magnifique portrait de femme-enfant. Aussi fragile que volcanique par son tempĂ©rament d'Ă©corchĂ©e vive puis soumise Ă  exercer son devoir professionnel afin de payer sa dette Ă  l'Ă©tat, son initiation au meurtre l'incite Ă  adopter une posture de tueuse opiniâtre avant d'amorcer des signes de faiblesses morales au fil de missions toujours plus ardues. RĂ©compensĂ©e du CĂ©sar de la meilleure actrice, l'actrice crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  se glisser dans la peau de cet agent secret constamment sur la corde raide et dĂ©bordante d'Ă©mancipation. Sous l'impulsion de ses Ă©mois amoureux, Luc Besson souligne le caractère dĂ©munie de cette marginale abandonnĂ©e de tous Ă  l'exception de son amant Marco (Jean Hugue Anglade, Ă©patant de fringance naturelle !). Alternant les moments de tension lorsqu'elle est contrainte de prĂ©mĂ©diter sa mission en feignant ses activitĂ©s devant le tĂ©moignage de ce dernier, et les instants de tendresse lorsque le couple se laisser voguer par leur amour fusionnel, Nikita brasse ses Ă©motions contradictoires avec une dramaturgie davantage anxiogène. A l'instar de l'apparition fortuite du "Nettoyeur" (Jean Reno, magnĂ©tique par son charisme impassible !) insufflant au cheminement narratif une montĂ©e en puissance du suspense et d'ultra-violence incontrĂ´lĂ©e !


    Mis en scène avec virtuositĂ© sous l'autoritĂ© personnelle de Luc Besson, Nikita rĂ©actulise le cinĂ©ma d'action moderne sous le pilier d'une Ă©tude caractĂ©rielle des personnages (TchĂ©ky Karyo se dĂ©lectant Ă©galement Ă  entretenir l'ambiguĂŻtĂ© dans sa fonction cynique de mentor empathique). Outre l'impact jouissif de ses scènes d'actions scandĂ©es d'une partition entĂŞtante, le film repose surtout sur les frĂŞles Ă©paules d'Anne Parillaud oscillant avec une Ă©nergie viscĂ©rale la tendresse des sentiments et le courage d'un hĂ©roĂŻsme en perdition. Un des meilleurs films d'action français des annĂ©es 90.

    Récompenses: MystFest 1990: meilleur acteur pour Tchéky Karyo (également pour son rôle dans Corps perdus)
    César 1991: meilleure actrice pour Anne Parillaud
    Prix David di Donatello 1991: meilleure actrice étrangère pour Anne Parillaud
    Rubans d'argent 1991: meilleur réalisateur étranger pour Luc Besson

    jeudi 5 mai 2016

    THE MIDNIGHT MEAT TRAIN. Prix du Jury, Prix du Public, Gerardmer 2009.

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Ryuhei Kitamura. 2008. U.S.A. 1h43. Avec Bradley Cooper, Leslie Bibb, Brooke Shields, Vinnie Jones, Roger Bart, Tony Curran, Barbara Eve Harris, Peter Jacobson.

    Sortie salles France: 29 Juillet 2009. U.S: 1er Août 2008.

    FILMOGRAPHIE: Ryuhei Kitamura (北村 龍平) est un réalisateur, producteur et scénariste japonais né le 30 mai 1969 à Ōsaka (Japon). 1996: Heat After Dark. 1997: Down to Hell. 2000: Versus, l'ultime guerrier. 2002: Jam Films (segment The Messenger - Requiem for the Dead)
    2002 : Alive. 2003 : Aragami. 2003 : Azumi.  200: Sky High. 2004: Longinus. 2004: Godzilla: Final Wars. 2006 : LoveDeath. 2008: The Midnight Meat Train. 2012: No One Lives. 2014: Lupin III.


    CĂ©lĂ©brĂ© Ă  GĂ©rardmer avec deux prix mĂ©ritĂ©s, The Midnight meat train emprunte une nouvelle de Clive Barker pour mettre en exergue une narration aussi solide qu'insolite. Alors qu'un boucher sĂ©vit dans les mĂ©tros de New-York en trucidant sauvagement les voyageurs du dernier train, un photographe en quĂŞte de notoriĂ©tĂ© s'efforce de suivre ses agissements quitte Ă  en perdre sa morale. SĂ©rie B horrifique Ă  l'ambiance hermĂ©tique plutĂ´t vĂ©nĂ©neuse, The Midnight meat train oscille l'esbroufe de sĂ©quences gores assez corsĂ©es (en dĂ©pit de l'extrĂŞme maladresse de certains effets CGI entachĂ©s d'un sang oranger !) et l'investigation de longue haleine d'un photographe obsĂ©dĂ© Ă  dĂ©masquer les obscurs agissements d'un tueur en sĂ©rie. Pour corser la situation hostile, sa compagne toujours plus inquiète de son comportement instable et de ses virĂ©es nocturnes s'efforce en parallèle d'enquĂŞter avec l'appui d'un ami.


    Outre la structure ciselĂ©e d'une narration pleine de rebondissements et d'idĂ©es inquiĂ©tantes (les pustules sur le torse du tueur, son journal intime datant de plus de 100 ans !), l'intrigue repose notamment sur la densitĂ© caractĂ©rielle de ces personnages plongĂ©s dans un aventure licencieuse en chute libre. Particulièrement le dĂ©sarroi progressif du couple lorsque Maya tĂ©moigne de l'avilissement moral de son compagnon, LĂ©on. Ce dernier exerçant le mĂ©tier de photographe avec une trouble ambiguĂŻtĂ© (prendre les clichĂ©s d'une violente altercation avant de porter assistance Ă  la victime !) depuis son dĂ©sir de combler les exigences d'une directrice en galerie d'arts. Avec sobriĂ©tĂ© et la subtilitĂ© d'une humeur versatile, Bradley Cooper se glisse dans la peau du voyeur avec une fascination morbide si bien que son cheminement vers la vĂ©ritĂ© le mènera droit en enfer. Cette initiation Ă  la dĂ©liquescence meurtrière, Ryuhei Kitamura la traduit autour de l'efficacitĂ© d'un suspense haletant ne lĂ©sinant par sur les affrontements barbares lorsque les survivants et notre anti-hĂ©ros tentent de se dĂ©pĂŞtrer de la mort. Quant Ă  la dernière partie rivalisant d'audaces et de surprises car levant le voile sur les mobiles du boucher tueur, le cinĂ©aste transcende un univers sĂ©pulcrale avec un pessimisme Ă©tonnamment dĂ©routant.


    Slasher atypique au scénario charpenté, The Midnight meat train parvient à fasciner le spectateur pour témoigner de l'errance morale d'un photographe fasciné par le Mal car plongé malgré lui dans un voyeurisme dangereusement fétide. Un solide divertissement à l'odeur de souffre aussi éthérée que capiteuse.