jeudi 18 août 2016

POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site actionmovie.kronosline.com 

"Per un pugno di dollari" de Sergio Leone. 1964. Italie. 1h36. Avec Clint Eastwood, Gian Maria Volontè, Sieghardt Rupp, Wolfgang Lukschy, Marianne Koch, José Calvo, Joseph Egger, Antonio Prieto.

Sortie salles France: 16 Mars 1966. Italie: 12 Septembre 1964.

FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 3 Janvier 1929 à Rome, décédé le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).


Succès international cĂ©lĂ©brant l'avènement du Western Spaghetti,  Pour une poignĂ©e de dollars fut sifflĂ© par les critiques françaises de l'Ă©poque lui reprochant sans doute sa violence et son sadisme au sein d'un climat poisseux de dĂ©gĂ©nĂ©rescence immorale. A l'instar du massacre lâchement perpĂ©trĂ© par Ramon et ses sbires contre les Baxter ou lors de leur passage Ă  tabac infligĂ© sur l'homme sans nom. S'inspirant d'un classique d'Akira Kurosawa, Yojimbo, Pour une poignĂ©e de dollars dĂ©peint avec stylisme singulier (entendez par lĂ , pour le genre !) la confrontation ardue entre deux clans de contrebandiers quand bien mĂŞme un Ă©tranger amĂ©ricain viendra s'immiscer entre eux pour y semer la zizanie et rĂ©parer justice auprès de la population et du gouvernement.


Dans un rĂ´le taillĂ© sur mesure, Clint Eastwood crève l'Ă©cran dans sa carrure placide de redresseur de tort inscrit dans la loyautĂ© et la bravoure. Nanti d'un charisme viril Ă  travers l'intensitĂ© d'un regard reptilien, il magnĂ©tise ses rivaux lors de duels dĂ©jĂ  emphatiques (zooms sur les regards en sueur, plans larges et iconiques de tronches insalubres aux yeux perçants) que Sergio Leone peaufinera avec d'autres westerns plus emblĂ©matiques (Et pour quelques dollars de plus, Il Ă©tait une fois la RĂ©volution, Le Bon, la Brute et le Truand et surtout le lĂ©gendaire et inoxydable Il Etait une fois dans l'Ouest). Dosant efficacement humour noir, drame et action sous l'impulsion de subterfuges qu'exĂ©cute en catimini l'Etranger, Pour une poignĂ©e de dollars enchaĂ®ne les attaques et contre-attaques entre clans avant que ces derniers ne cernent la cause de leur discorde. Fort d'une violence rĂ©aliste inhabituelle pour le genre, et outre sa galerie de trognes burinĂ©es que les seconds-rĂ´les se partagent de façon viciĂ©e, la prĂ©sence cynique de Gian Maria Volontè renforce Ă  merveille le climat putassier du cadre assĂ©chĂ© de l'action ! LittĂ©ralement habitĂ© par sa prestance impudente, l'acteur se prĂŞte au jeu du leader sans vergogne avec une expressivitĂ© sadique. Outre le soin imparti Ă  la structure narrative et Ă  l'esthĂ©tisme vĂ©tuste du climat de dĂ©solation (photo sĂ©pia Ă  l'appui), Sergio Leone convoque Ă©galement le maestrio Ennio Morricone pour parfaire l'Ă©motion des enjeux humains. Ce dernier composant avec une ambition sans retenue diverses mĂ©lodies par l'entremise d'un lyrisme tantĂ´t solennel, tantĂ´t enjouĂ©.


Bien que Pour une poignĂ©e de dollars s'avère le western spaghetti le moins rĂ©ussi de sa filmographie, Sergio Leone est tout de mĂŞme parvenu avec ce premier essai Ă  crĂ©er et imposer son style si bien que les duels archĂ©typaux qui empiètent parfois l'intrigue font dĂ©jĂ  preuve d'une vibrante intensitĂ© Ă©motionnelle ! Un classique du genre avant-gardiste dont les effluves du temps ne semblent avoir aucune emprise.  

B-M

mercredi 17 août 2016

IN THE DEEP / 47 METERS DOWN

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Johannes Roberts. 2016. U.S.A. 1h29. Avec Matthew Modine, Mandy Moore, Claire Holt, Santiago Segura, Yani Gellman, Chris J. Johnson, Axel Mansilla.

Inédit en salles en France. Sortie Dtv France: 28 Septembre 2017

FILMOGRAPHIE: Johanne Roberts est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 24 Mai 1976 Ă  Cambridge. 2016: In the Deep. 2016 The Door. 2012 Storage 24. 2011 Roadkill (TV Movie). 2010: F.  2005 Forest of the Damned. 2004 Darkhunters. 2004: Hellbreeder. 2002/II Alice. 2001: Sanitarium (Video).


Uniquement disponible en Dtv sur notre territoire, In the Deep emprunte la dĂ©marche modeste d'une sĂ©rie B pour exploiter Ă  nouveau la peur du requin. En villĂ©giature au Mexique, deux soeurs dĂ©cident de partir en croisière avec des inconnus rencontrĂ©s la veille d'une soirĂ©e festive. Pour contempler d'un peu plus près les requins, ces derniers les sollicitent Ă  descendre au fond de l'ocĂ©an Ă  l'aide d'une cage d'observation. Mais un incident technique contraint les plongeuses Ă  y rester embrigadĂ©es en attendant les secours. Alors que les requins sont Ă  l'affĂ»t, leur masque de plongĂ©e commence Ă  manquer d'oxygène. Sous le principe du survival tendu et oppressant, Johanne roberts surprend habilement dans sa capacitĂ© Ă  dĂ©cupler les situations de danger sans faire preuve d'esbroufe. Si les dix premières minutes prĂ©sagent le pire dans ses clichĂ©s Ă©culĂ©s (le dĂ©pit amoureux que l'une des hĂ©roĂŻnes Ă©prouve, la fiesta arrosĂ©e qui s'ensuit pour opĂ©rer le deuil), la suite embraye rapidement vers des enjeux de survie Ă  couper le souffle (au sens littĂ©ral du terme !).


Fort d'une idĂ©e aussi ingĂ©nieuse que singulière (embrigader deux plongeuses dans une cage d'acier Ă  plus de 50 mètres de profondeur alors que des requins accourent !), le rĂ©alisateur s'avère redoutablement inspirĂ© pour faire monter la pression anxiogène d'une menace binaire (celle des requins et de l'oxygène en instance de ravitaillement). Qui plus est, l'utilisation d'authentiques requins Ă  l'Ă©cran nous immerge dans l'action avec un rĂ©alisme cauchemardesque ! Nos deux hĂ©roĂŻnes dĂ©munies s'efforçant de se triturer les mĂ©ninges afin de solutionner leur espoir d'Ă©vasion tout en redoublant de vigilance pour l'hostilitĂ© des squales. VĂ©ritable descente aux enfers marins, In the Deep dĂ©payse en diable afin d'extĂ©rioriser une angoisse viscĂ©rale permanente lorsque nos survivantes s'efforcent de s'Ă©pauler et de relever les dĂ©fis avec une stoĂŻcitĂ© teintĂ©e de dĂ©sespoir. En instaurant une perpĂ©tuelle pression durant leur Ă©preuve de force (notamment ce risque d'azote contractĂ© dans le sang causant ainsi des hallucinations), Johanne Roberts pousse le vice jusqu'au bout pour culminer vers un final couillu aussi palpitant qu'escarpĂ© (au risque de dĂ©concerter une partie du public).


Filmant l'immensitĂ© de l'ocĂ©an comme un enfer aquatique privĂ© de tous repères, In the Deep immerge de plein fouet le spectateur dans une Ă©preuve de survie aussi haletante que suffocante. Exploitant intelligemment son concept original d'embrigadement restreint Ă  l'intĂ©rieur mĂŞme d'un grand bleu sans Ă©chappatoire, Johanne Roberts recourt Ă  un rĂ©alisme acerbe pour osciller angoisse et terreur sous l'impulsion solidaire d'hĂ©roĂŻnes en perdition (sobre talent des comĂ©diennes fondĂ© sur une expression viscĂ©rale ). Une excellente pĂ©pite donc que les amateurs de requins-tueurs auraient tort de zapper !

B-M

mardi 16 août 2016

JACK L'EVENTREUR

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alchetron.com

"Jack the Ripper" de Robert S. Baker et Monty Berman. 1959. Angleterre. 1h24. Avec Lee Patterson, Eddie Byrne, Betty McDowall, Ewen Solon, John Le Mesurier, Garard Green.

Sortie salles France: 10 Août 1960

FILMOGRAPHIE:  Robert S. Baker est un producteur, rĂ©alisateur et directeur photo britannique nĂ© le 17 octobre 1916 et mort le 30 septembre 2009.
1949 : Melody Club co-réalisé avec Monty Berman. 1950 : Blackout. 1952 : 13 East Street. 1953 : The Steel Key. 1956 : L'ennemi invisible. 1959 : Jack l'Éventeur co-réalisé avec Monty Berman. 1960 : The Siege of Sidney Street co-réalisé avec Monty Berman. 1961 : Les Chevaliers du démon co-réalisé avec Monty Berman. 1961 : Le Secret de Monte Cristo co-réalisé avec Monty Berman.
Monty Berman est un producteur, réalisateur et directeur photo britannique né le 26 mars 1905 et mort le 14 juin 2006. 1959 : Jack l'Éventeur coréalisé avec Robert S. Baker. 1961 : Les Chevaliers du démon (The Hellfire Club) coréalisé avec Robert S. Baker. 1961: Le Secret de Monte Cristo.


Alors qu'ils venaient de produire la mĂŞme annĂ©e le chef-d'oeuvre de John Gilling, l'Impasse aux Violences, Robert S. Baker et Monty Berman repassent derrière la camĂ©ra pour mettre en scène les exactions d'un des plus illustres serial-killers de l'histoire criminelle, Jack l'Eventreur ! FilmĂ© dans un noir et blanc sĂ©pulcrale, cette rĂ©actualisation surprend de prime abord par sa violence rĂ©aliste (son prĂ©lude aussi angoissant que percutant !) mĂŞme si le contre-champ est de rigueur. De par les expressions de terreur que les victimes laissent en exergue sur leur visage et la manière âpre, cinglante, impassible dont le tueur fait preuve pour les trucider ! En se replaçant dans le contexte de l'Ă©poque, on se surprend encore aujourd'hui de l'aspect cru des mises Ă  mort quand bien mĂŞme les auteurs parviennent Ă  Ă©carter le racolage parmi l'effet de suggestion ! Le stylisme imparti aux cadrages obliques lorsque le tueur passe Ă  l'action insufflant en outre une Ă©tonnante modernitĂ© Ă  la rĂ©alisation.  On se surprend aussi du brio d'une direction d'acteurs très expressifs dans leur posture autoritaire (le personnel policier, le gĂ©rant de l'hĂ´pital, le directeur du cabaret) ou lubrique (les prostituĂ©es ainsi qu'une novice fragile aussi influençable que vulnĂ©rable).



Jack l'Eventreur, tueur misogyne adepte du scalpel s'en prend donc aux prostituées du quartier populaire de Whitechapel en cette époque victorienne. Mais juste avant de perpétrer son rituel morbide, une question est proférée à chacune des victimes ! Etes-vous Mary Clarke ? Répondant par la négation, elles finissent étranglées, égorgées ou éventrées dans les rues les plus malfamées du quartier. Alors que la populace sombre rapidement dans une paranoïa collective depuis l'incompétence de la police, l'inspecteur O'Neill tente d'élucider l'affaire avec l'appui de sa compagne Anne Ford. A partir d'une trame convenue, le duo Baker/Berman parvient à renouveler l'intérêt des exactions de Jack l'Eventreur grâce à l'audace de sa résolution criminelle (que seul le spectateur connaîtra !) et à l'identité de l'assassin divulguée en toute dernière partie. Outre son effet de surprise imparti aux tenants et aboutissants de ce dernier, Jack l'Eventreur fascine irrémédiablement grâce à la maîtrise d'une réalisation s'efforçant de rendre le plus réaliste possible une situation de crise rendue ingérable parmi les mentalités archaïques. A l'instar de la posture irascible d'un magistrat trop imbu de sa personne pour se juger de son incompétence ou celle décervelée des habitants de Whitechapel proclamant la loi du talion de la manière la plus expéditive. Ce climat de paranoïa populaire, cette décadence humaine (la clientèle dépravée du cabaret) et cette appréhension permanente du danger sont rehaussés d'une atmosphère diaphane d'un Whitechapel enveloppé de brouillard.


Affichant modernitĂ© technique, audace conceptuelle et efficacitĂ© narrative afin de dĂ©poussiĂ©rer les exactions sordides du tueur sous le ressort d'un rĂ©alisme Ă©tonnamment malsain (en tenant compte Ă©galement du contexte de l'Ă©poque), Jack l'Eventreur fascine par son climat vĂ©nĂ©neusement pervers ! Un authentique classique d'une horreur rĂ©tro dĂ©licieusement sulfureuse alors que le hors-champ est toujours de mise ! 

B-M. 4èx

lundi 15 août 2016

THE WAVE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com 

"Bølgen" de Roar Uthaug. 2015. 1h44. Norvège. Avec Kristoffer Joner, Thomas Bo Larsen, Fridtjov Såheim, Ane Dahl Torp, Jonas Hoff Oftebro, Edith Haagenrud-Sande, Arthur Berning

Sortie salles France: 27 Juillet 2016. Norvège: 28 Août 2015.

FILMOGRAPHIERoar Uthaug est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur norvĂ©gien, nĂ© le 25 aoĂ»t 1973 Ă  Lørenskog dans le comtĂ© d'Akershus. 2006: Cold Prey. 2008: Cold Prey 2. 2009: Le Secret de la montagne bleue. 2012: Dagmar : L'Ă‚me des vikings. 2012: The Wave. 2018: Tomb Raider.


S'Ă©tant fait connaĂ®tre auprès du public français grâce Ă  de sympathiques sĂ©ries B plutĂ´t bien torchĂ©es (Cold Prey 1 et 2, Dagmar), le rĂ©alisateur norvĂ©gien Roar Uthaug semble s'essayer Ă  tous les genres si on en juge son dernier-nĂ©, The Wave. Surfant sur le genre catastrophe sans faire preuve d'esbroufe et encore moins de surenchère, Roar Uthaug exploite la menace d'un Tsunami en plein coeur d'une vallĂ©e norvĂ©gienne. Après l'Ă©boulement d'une montagne dans un lac, un père de famille tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de retrouver les siens au milieu des dĂ©combres. SituĂ©s Ă  l'autre bout du hameau, sa femme et son fils sont parvenus Ă  s'isoler avec un survivant dans le sous-sol d'un hĂ´tel en dĂ©pit de la montĂ©e des eaux. Un pitch simpliste, Ă©culĂ©, sans surprise que le cinĂ©aste exploite nĂ©anmoins avec une Ă©vidente efficacitĂ©. De par les situations de survie que nos protagonistes sont contraints de surpasser en se disputant leurs sentiments de vaillance et de dĂ©sespoir, et les tentatives de sauvetage de dernier ressort.


Focalisant l'essentiel de l'intrigue sur la cohĂ©sion familiale du gĂ©ologue Kristian Eikjord, Roar Uthaug parvient Ă  nous attacher Ă  leur caractĂ©risation dĂ©munie sous l'impulsion de comĂ©diens modestement expansifs. Sa facture sĂ©rie B de souche norvĂ©gienne ajoutant au charme de l'entreprise si bien que les interprètes s'avèrent inconnus du public français. Suspense, tension, asphyxie (la claustration en apnĂ©e de la mère et du fils) se chevauchent donc avec assez de succès pour nous impliquer Ă©motionnellement Ă  la prĂ©caritĂ© des protagonistes en porte-Ă -faux. Quand Ă  la sĂ©quence catastrophe aussi escomptĂ©e que redoutĂ©e, le cinĂ©aste mise sur la qualitĂ© d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques et l'habiletĂ© du dĂ©coupage pour provoquer l'effroi, notamment en insistant sur l'affolement d'une foule de masse après leur dĂ©part furtif en vĂ©hicule ! Sous le pilier de quelques sĂ©quences spectaculaires très convaincantes, The Wave s'inscrit donc dans une logique de rĂ©alisme plutĂ´t que d'exploiter tous azimuts des sĂ©quences racoleuses aussi vaines que gratuites (remembre 2012 !). Au-delĂ  de la fulgurance graphique impactĂ©e par le Tsunami, Roar Uthaux met Ă©galement en lumière (crĂ©pusculaire) des images de cauchemars sitĂ´t la rĂ©sultante du chaos ! A l'instar des dĂ©ambulations nocturnes de notre hĂ©ros serpentant les chemins de traverse au sein de carcasses de voitures et de cadavres.


Sans aucune prĂ©tention puisque refusant de cĂ©der Ă  la facilitĂ© d'une action redondante, Roar Uthaux respecte le cahier des charges du genre en n'oubliant jamais de faire vivre ses personnages d'un humanisme fĂ©brile. Un sympathique divertissement un peu plus convaincant que les produits standards du Blockbuster ricain.    

B-M

Récompenses: Kosmorama, Festival du film international de Trondheim 2016 :
Meilleur montage pour Christian Siebenherz
Meilleure production pour Martin Sundland et Are Heidenstrom
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Kristoffer Joner

vendredi 12 août 2016

La Louve Sanguinaire / la louve se déchaîne / La Lupa Mannara

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de  Rino Di Silvestro. 1976. Italie. 1h39. Avec Annick Borel, Frederick Stafford, Howard Ross, Tino Carraro, Andrea Scotti, Elio Zamuto, Dagmar Lassander, Ollie Reynolds, Karen Carter.

Sortie salles France: 1982 (Int - 18 ans). Italie: 18 Mars 1976

FILMOGRAPHIE: Rino Di Silvestro (1932-2009) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien. 1985: Les nuits chaudes de ClĂ©opâtre. 1984 Ă€ seize ans dans l'enfer d'Amsterdam. 1980 Bello di mamma. 1979 Baby Love. 1976 Les dĂ©portĂ©es de la section spĂ©ciale SS. 1976 La louve sanguinaire. 1974 Prostituzione. 1973 La vie sexuelle dans une prison de femmes.

Plus connue des fantasticophiles lors de son exploitation VHS sous la bannière Super Video Production, La Louve Sanguinaire fait figure d’ovni, hybride malsain mĂŞlant horreur gothique, Ă©rotisme racoleur et rape and revenge. Typiquement transalpine dans son goĂ»t pour les meurtres graphiques, l’Ĺ“uvre baigne dans une atmosphère macabre, trouble et poisseuse, malgrĂ© un scĂ©nario itĂ©ratif, certes prĂ©visible, mais assez vĂ©nĂ©neux et captivant pour les aficionados de bisserie faisandĂ©e. 

Le Pitch: hantĂ©e par des cauchemars nocturnes d’une rare violence, Daniella s’imagine lycanthrope les soirs de pleine lune - Ă  moins qu’elle ne soit la vĂ©ritable rĂ©incarnation d’une ancĂŞtre sacrifiĂ©e sur le bĂ»cher deux siècles plus tĂ´t. Depuis l’arrivĂ©e de sa sĹ“ur et de son nouvel amant au domicile paternel, Daniella Ă©pie jalousement leurs Ă©bats nocturnes. Sexophobe depuis une agression brutale subie Ă  l’âge de quinze ans, elle se laisse peu Ă  peu submerger par des pulsions meurtrières incontrĂ´lables.

En abordant la figure du loup-garou par un prisme fĂ©minin - parti pris identitaire encore rare dans le genre - La Louve Sanguinaire s’imprègne d’un climat onirico-macabre singulier. Le rĂ©alisateur, issu de l’Ă©curie bis, accumule sans relâche les sĂ©quences d’Ă©rotisme polisson et de gore outrancier, zooms grossiers Ă  l’appui, façon Fulci. L’Ă©trangetĂ© qui s’en dĂ©gage - du climat blafard et feutrĂ© de l’hĂ´pital aux confessions d’une patiente nymphomane -, la partition musicale lĂ©gèrement envoĂ»tĂ©e, et surtout le jeu inquiĂ©tant d’Annick Borel, gesticulant et vocifĂ©rant des insanitĂ©s telle une possĂ©dĂ©e, instaurent une aura quasi ineffable. La narration, ouvertement misandre, fustige une gent masculine rĂ©duite Ă  des phallocrates lubriques, avides de chair, que Daniella sĂ©duit dans son plus simple appareil.

Physiquement molestĂ©e après s’ĂŞtre laissĂ©e aguicher, Daniella s’abandonne alors Ă  une riposte primitive, nourrie par le trauma de son agression infantile et ses visions de sorcière lycanthrope. Seul un cascadeur philanthrope lui offrira amour et dĂ©fĂ©rence dans un dernier acte encore plus baroque et dĂ©routant que tout ce qui prĂ©cède. Car en adoptant pleinement les codes du rape and revenge dans un cadre fictif de cinĂ©ma - un village western -, La Louve Sanguinaire renchĂ©rit dans une violence crue (la sĂ©quence scabreuse du viol et le meurtre qui s’ensuit), après nous avoir trompĂ©s par la promesse des sentiments, pour mieux nous dĂ©sorienter avec un Ă©pilogue aussi banal qu’Ă©trangement insolite.

SĂ©rie B d’exploitation soulignant sans retenue la dĂ©rive schizophrène d’une fĂ©ministe sexuellement rĂ©primĂ©e par un traumatisme archaĂŻque, La Louve Sanguinaire cultive un art de la provocation putassière dont seuls les Italiens semblent dĂ©tenir la clĂ©. Ă€ mi-chemin entre Ă©rotisme ostentatoire et Ă©pouvante crasseuse, cette curiositĂ© Ă©maillĂ©e de dĂ©tails saugrenus se destine aux inconditionnels. Son ambiance baroque parvient nĂ©anmoins Ă  ensorceler, portĂ©e par l’Ă©nergie nĂ©vralgique d’une Annick Borel Ă©tonnamment habitĂ©e, corps et âme, par ses pulsions dĂ©saxĂ©es.
À découvrir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx
03.11.23. Version Italienne stfr

jeudi 11 août 2016

Predator 2

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Hopkins. 1990. U.S.A. 1h48. Avec Danny Glover, Gary Busey, Rubén Blades, María Conchita Alonso, Bill Paxton, Kevin Peter Hall, Adam Baldwin, Robert Davi.

Sortie salles France: 30 Avril 1991. U.S: 21 Novembre 1990.

FILMOGRAPHIE: Stephen Hopkins est un réalisateur américain né en 1958 en Jamaïque.
1987: Dangerous Game. 1989: Freddy 5. 1990: Predator 2. 1993: La Nuit du Jugement. 1994: Blown Away. 1996: L'Ombre et la Proie. 1998: Perdus dans l'Espace. 2000: Suspicion. 2004: Moi, Peter Sellers. 2007: Les Châtiments. 2016: La Couleur de la Victoire.


RĂ©alisateur prometteur ayant fait ses preuves avec Dangerous Game et surtout Freddy 5, Stephen Hopkins succède Ă  John Mc Tiernan pour donner suite au chef-d'oeuvre Predator. DĂ©localisant l'action des confrontations en pleine jungle urbaine, le cinĂ©aste joue Ă  fond la carte de la sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e si bien que Predator 2 est Ă  juger au second degrĂ© pour en apprĂ©cier sa pleine saveur. A l'instar des touches de cocasserie insĂ©rĂ©es entre deux actions pĂ©taradantes et de la cool attitude de flics rĂ©actionnaires sĂ©vèrement contrariĂ©s ! Mais faute du dĂ©sistement de la montagne de muscle Schwarzy, Stephen Hopkins recrute donc l'Ă©toile montante Danny Glover rĂ©cemment cĂ©lĂ©brĂ© dans les 2 premiers opus de l'Arme Fatale. Bien que l'acteur black fait preuve d'un jeu expressif plutĂ´t timorĂ© dans sa fonction pugnace de redresseur de tort, il parvient tout de mĂŞme Ă  nous attacher par sa volontĂ© teigneuse Ă  pourchasser fĂ©brilement le predator.


Autour de lui, Bill Paxton et Maria Conchita Alonso lui prêtent main forte avec une spontanéité plus convaincante, notamment sous l'impulsion de réparties salaces que se disputent le couple. En dépit d'un schéma narratif malingre digne d'une série B lambda, Stephen Hopkins imprime sur pellicule une énergie insolente pour laisser libre court à des séquences d'actions aussi spectaculaires que violentes (effusions de sang à l'appui par l'entremise de règlements de compte primitifs !). Le predator se réjouissant d'y perdurer sa chasse à l'homme au sein d'un Los Angeles laminé par la criminalité de trafiquants basanés (colombiens et jamaïcains s'exterminant pour un enjeu de pouvoir dans une confusion totale !). D'ailleurs, sa séquence d'ouverture fait office de morceau de bravoure jouissif lorsque, sous un soleil écrasant, une guerre de gangs éclate en plein centre urbain face au témoignage d'une police stérile (du moins avant que n'intervienne stoïquement le lieutenant Harrigan !). Epaulé d'un montage aussi nerveux que maîtrisé, les échanges de fusillades se succèdent sans répit jusqu'au bain de sang que le predator renchérit avec sa traditionnelle lâcheté (son fameux camouflage invisible établi en vision thermique). Exploitant efficacement la diversité de ses décors urbains (métro, toits d'immeuble, abattoir, grotte souterraine), le cinéaste relance l'action des enjeux par le biais d'une traque inlassable entre Harrigan et le predator, quand bien même des agents spéciaux sont sur le point de démasquer la créature avec l'appui d'un stratagème technologique.


Pure sĂ©rie B aux allures de bande-dessinĂ©e sensiblement baroque (notamment l'intervention du vaudou que les jamaĂŻcains pratiquent afin de terroriser l'ennemi), Predator 2 parvient miraculeusement Ă  s'extraire de la routine dans un esprit bis de divertissement très musclĂ©. Stephen Hopkins culminant la traque sanglante vers une ultime demi-heure gĂ©nĂ©reusement Ă©pique ! Bougrement sympa donc mĂŞme si on est Ă  100 lieux du chef-d'oeuvre initial estampillĂ© Tiernan.

La Chronique de Prédator: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/predator.html

B-M. 4èx

mercredi 10 août 2016

Des Monstres attaquent la ville / Them !

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreur-web.com

de Gordon Douglas. 1954. U.S.A. 1h34. Avec James Whitmore, Edmund Gwenn, Joan Weldon, James Arness, Onslow Stevens, Sean McClory.

Sortie salles France: 3 Juin 1955. U.S: 19 Juin 1954

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Gordon Douglas est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain né le 15 décembre 1907 à New York (États-Unis), et décédé le 29 septembre 1993 à Los Angeles (Californie) d'un cancer. 1935 : Lucky Beginners. 1935: The Infernal Triangle. 1950 : Les Nouvelles Aventures du capitaine Blood (Fortunes of Captain Blood). 1953 : La Charge sur la rivière rouge (The Charge at Feather River). 1954: Des monstres attaquent la ville (Them!). 1959 : Quand la terre brûle (The Miracle) coréalisé avec Irving Rapper. 1967 : Tony Rome est dangereux. 1968 : Le Détective. 1968 : La Femme en ciment. 1975 : Nevada Smith (TV). 1977 : Le Casse-cou (Viva Knievel !).


Classique du Monster Movie des fifties, Des monstres attaquent la ville explore la thĂ©matique de l'insecte mutant depuis les effets radioactifs d'essais nuclĂ©aires causĂ©s par l'homme en 1945. Manifeste contre le pĂ©ril atomique (comme l'avait dĂ©jĂ  traitĂ© la mĂŞme annĂ©e Hinoshiro Honda avec le bouleversant Godzilla ou encore un an au prĂ©alable Eugène Lourie avec Le Monstre des temps perdus), Gordon Douglas cultive sa mĂ©taphore avec rĂ©alisme documentĂ© si bien que l'intrigue rigoureusement efficace parvient Ă  nous convaincre de sa menace improbable.


Celle de fourmis géantes retranchées dans des nids du désert du Nouveau-Mexique quand bien même une fillette rescapée parvient à se blottir dans sa maison en attendant les secours d'un duo de policiers. Inévitablement, les effets mécaniques des fourmis grossièrement articulées par des câbles suscitent aujourd'hui le sourire lorsque ces dernières tentent de nous terroriser par le biais d'une démarche trop hachée pour impressionner. Sur ce point, des trucages en Stop Motion auraient été une plus-value pour rendre un peu plus agiles la maniabilité de ces fourmis atteintes de gigantisme. Pourtant, en nous documentant avec souci du détail sur les us et coutumes de leur coexistence coloniale, Gordon Douglas parvient à nous convaincre de leur prochaine invasion lorsque deux reines sont parvenues à se délocaliser vers les canalisations souterraines de la ville adjacente. Mais bien avant ce suspense haletant présageant une invasion d'un genre singulier, le cinéaste aura pris soin de nous caractériser une foule d'investigateurs s'efforçant de géolocaliser les dernières reines (scientifiques, médecins et militaires se concertant avec un sérieux imperturbable !).


Grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation imprimant un rĂ©alisme documentaire (Ă  l'instar du gĂ©nial La Chose d'un autre monde !) et Ă  l'aplomb des comĂ©diens, Des monstres attaquent la ville renforce l'authenticitĂ© de cette invasion animale en dĂ©pit de ses trucages obsolètes. Pour parachever de la manière la plus haletante et spectaculaire, il clĂ´ture sa dernière partie avec la montĂ©e en puissance d'un suspense quant Ă  la survie de deux bambins que l'armĂ©e tente d'extraire des Ă©gouts !  

*Bruno
20.06.24. Vostf. 4èx

mardi 9 août 2016

Psychose 3

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

"Psycho 3" de Anthony Perkins. 1986. U.S.A. 1h30. Avec Anthony Perkins, Diana Scarwid, Jeff Fahey, Roberta Maxwell, Hugh Gillin, Lee Garlington, Robert Alan Browne, Gary Bayer, Patience Cleveland, Juliette Cummins.

Sortie salles France: 6 Aout 1986. U.S: 2 Juillet 1986.

FILMOGRAPHIE: Anthony Perkins est un acteur et réalisateur américain né le 4 avril 1932 à New-York, mort le 12 Septembre 1992, à Hollywood, Californie.
1985: Psychose 3. 1988: Le Dindon de la Farce.


Echec critique et public en salles, mĂŞme si en France il engrange tout de mĂŞme 1 294 469 entrĂ©es, Psychose 3 constitue un nouveau cas de film maudit depuis sa rĂ©putation timorĂ©e. Car si Richard Franklin su brillamment rendre hommage au maĂ®tre du suspense avec l'excellent Psychose 2, Anthony Perkins, acteur et rĂ©alisateur, nous offre ici une amusante relecture du cas Norman Bates avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision macabre (tant par l'inventivitĂ© des meurtres rĂ©fĂ©rentiels que de son final tragique paradoxalement sarcastique). Après avoir assassinĂ© Mme Spool dans le prĂ©cĂ©dent volet (sa vĂ©ritable mère prĂ©conisera Richard Franklin), Norman continue d'exercer au sein de son motel en l'attente d'une nouvelle clientèle. Mais depuis l'arrivĂ©e d'une jeune religieuse mĂ©crĂ©ante, le fantĂ´me de Mme Spool refait surface afin d'influencer son rejeton au châtiment criminel. Dans son format clinquant de sĂ©rie B formellement stylisĂ©e (photo flamboyante Ă  l'appui) et maĂ®trisĂ© (cadrages alambiquĂ©s, montage retors truffĂ© de clins d'oeil Ă  Psycho), Psychose 3 fignole le cadre gothique du Motel sous l'impulsion schizo d'un Norman sur la corde raide.


EpaulĂ© d'un scĂ©nario aussi efficace que surprenant (bien qu'inachevĂ© et expĂ©diĂ© pour son final un tantinet frustrant), l'intrigue alterne les ruptures de ton (slasher ludique / drame psychologique / rĂ©flexion spirituelle) face au tĂ©moignage aigri d'une religieuse en quĂŞte de rĂ©demption. Si bien qu'après deux tentatives ratĂ©s de suicide, Maureen Coyle croit voir en Norman Bates son sauveur spirituel depuis que ce dernier est venu Ă  son secours. Pied de nez Ă  la religion (rien que le hors-champ sonore introductif - "il n'y a pas de Dieu !" - annonce immĂ©diatement la couleur), Anthony Perkins malmène sĂ©vèrement son hĂ©roĂŻne depuis son nouvel espoir de se rattacher Ă  la cause divine. FragilisĂ©e par sa culpabilitĂ© et ses remords (celle d'avoir incidemment causĂ© la mort d'une bonne soeur) et aveuglĂ©e par son idĂ©ologie christique, Maureen Coyle croit trouver refuge dans les bras de Norman en espĂ©rant aussi dĂ©florer sa virginitĂ© (ils ont comme point commun ce mĂŞme refoulement sexuel). Cette douce romance impossible entre elle et Norman est contrebalancĂ©e d'une ambiance trouble et suspicieuse depuis la reconversion criminelle de ce dernier. Sous le tĂ©moignage trivial de seconds-rĂ´les dĂ©pravĂ©s (formidable Jeff Fahey dans celui du dragueur sans vergogne !), Anthony Perkins se raille d'un des prĂ©ceptes religieux fondĂ©s sur le pĂŞcher capital de la luxure. Paradoxalement, et pour aviver une aura vĂ©nĂ©neuse hybride, Anthony Perkins amorce efficacement des sĂ©quences-chocs davantage rĂ©alistes si bien que le climat pesant de sa dernière partie adopte une tournure dramatique aussi (Ă©tonnamment) cruelle qu'escarpĂ©e.


Flirtant subtilement avec la semi-parodie auprès de la caractĂ©risation versatile d'un Norman toujours aussi perturbĂ© dans sa sexualitĂ© refoulĂ©e, Psychose 3 oscille brillamment les genres (romance, drame, horreur) avec une dĂ©rision goguenarde (le corps religieux complexĂ© par l'Ă©mancipation sexuelle). ScandĂ© du magnifique score Ă©lĂ©giaque de Carter Burwell planant sur le rĂ©cit Ă  l'instar d'une tragĂ©die humaine, Psychose 3 constitue un savoureux cocktail de farce macabre au vitriol ! (rĂ©parties ciselĂ©es Ă  l'appui).

Psychose: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/06/psychose.html
Psychose 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/05/psychose-2-psycho-2.html

B.M.  (02.09.11)
01.09.24. 6èx. Vostfr

lundi 8 août 2016

L'ARME FATALE

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fanforum.com   

de Richard Donner. 1987. U.S.A. 1h50. Avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey, Mitch Ryan, Tom Atkins, Darlene Love, Traci Wolfe.

Sortie salles France: 5 Août 1987. U.S: 6 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


Gros succès commercial Ă  travers le monde mĂŞme si en France on aurait pu espĂ©rer quelques millions d'entrĂ©es en sus (on en comptabilise 1 857 521), l'Arme Fatale est le premier volet d'une sĂ©rie de films d'actions ludiques reposant sur la complĂ©mentaritĂ© (très) attachante d'un duo lĂ©gendaire, Mel Gibson / Danny Glover. Et sur ce point, le film s'avère Ă©minemment jouissif de par leur initiation amicale tant ces derniers se disputent leur contradiction avec une verve bonnard. Mel Gibson endossant la carrure d'un jeune flic stoĂŻque et suicidaire depuis la mort accidentelle de sa femme, et donc constamment sur le fil du rasoir Ă  se laisser gagner par le dĂ©sespoir. Mais sa nouvelle relation professionnelle entamĂ©e avec Roger lui permettra de reprendre goĂ»t Ă  la vie depuis leur sens fraternel et leur concertation Ă  dĂ©masquer pugnacement les coupables d'une enquĂŞte rigoureuse ! En père de famille et sergent Ă©mĂ©rite beaucoup plus cĂ©rĂ©bral et prudent, Danny Glover lui prĂŞte la vedette en posture paternelle depuis que son partenaire multiplie les bravoures avec un hĂ©roĂŻsme finalement payant. Si l'intrigue canonique reposant sur l'Ă©minent rĂ©seau d'un trafic de drogue nous offre le minimum syndical, le rĂ©alisateur possède suffisamment de mĂ©tier pour insuffler une incroyable efficacitĂ© au fil conducteur, notamment Ă  travers sa construction narrative et son lot d'action et de poursuites en règle sobrement dosĂ©es. Parmi la vigueur de ses scènes les plus homĂ©riques (le point d'orgue explosif et le combat au corps Ă  corps qui s'ensuit entre Riggs et Joshua !) et les tempĂ©raments irrĂ©sistibles des deux acteurs, l'Arme Fatale s'accompagne d'une orchestration musicale d'Eric Clapton, Michael Kamen et David Sanborn ! Des sonoritĂ©s Ă©piques ou jazzy exacerbant un dynamisme acerbe Ă  l'ensemble du rĂ©cit.
 

En tant que film d'action moderne tributaire du Buddy Movie, l'Arme Fatale constitue sans doute l'un des meilleurs archĂ©types du divertissement commercial de par son efficacitĂ© haletante et l'extrĂŞme sympathie que sacralisent communĂ©ment Mel Gibson / Danny Glover. AssurĂ©ment l'un des tandems les plus amiteux et expansifs du genre !

B-M. 3èx

vendredi 5 août 2016

LES SOUS DOUES (passent le bac).

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site watch.i-fix.co

de Claude Zidi. 1980. France. 1h32. Avec Daniel Auteuil, Philippe Taccini, Françoise Michaud, Gaëtan Bloom, Patrick Laurent, Maria Pacome, Michel Galabru, Tonie Marshall, Richard Bohringer

Sortie salles France: 30 Avril 1980

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


ComĂ©die culte des annĂ©es 80 aurĂ©olĂ©e d'un Ă©norme succès, tant en salles (3 985 214 en 13 semaines d'exploitation) qu'Ă  la TV (plus de 13,46 millions de tĂ©lĂ©spectateurs le 10 Avril 1990 !), les Sous-douĂ©s a mĂŞme engendrĂ© 2 ans plus tard une suite beaucoup moins rĂ©ussie: Les Sous-douĂ©s en Vacances. RĂ©alisĂ© par Claude Zidi, un des maĂ®tres de la comĂ©die Ă  la filmographie florissante (Les Bidasses en folie, Les Fous du stade, Le Grand Bazar, La moutarde me monte au nez, Les Bidasses s'en vont en guerre, La Course Ă  l'Ă©chalote, L'Aile ou la Cuisse, L'Animal, Inspecteur la Bavure, BanzaĂŻ, Les Ripoux), les Sous-douĂ©s fait office de Teen Movie gĂ©nialement franchouillard. 
 
Rappel des faits: Une classe de cancres mène la vie dure auprès de leur professeur en rivalisant de farces et brimades avec une insolence impudente. Mais depuis la rĂ©putation risible de l'Ă©tablissement scolaire, la directrice s'est investie cette annĂ©e d'une mission ardue ! Parvenir Ă  les faire Ă©tudier pour qu'Ă  la fin de l'annĂ©e ils puissent empocher leur bac et que le cours Louis XIV remonte dans les sondages. Mais ces derniers indisciplinĂ©s n'ont comme seule ambition de provoquer le chaos en s'autorisant tous les excès.  


Dans un climat de douce folie quasi surrĂ©aliste (Ă  l'instar des innombrables tricheries du bac littĂ©ralement anthologiques), Claude Zidi compile une succession ininterrompue de gags potaches avec une gĂ©nĂ©rositĂ© insatiable ! Ce dernier ne se souciant d'aucune cohĂ©rence et de vraisemblance pour provoquer l'hilaritĂ© au grĂ© de blagues aussi grotesques que dĂ©mesurĂ©es. Tant du point de vue stratège des Ă©tudiants que de leurs professeurs dĂ©libĂ©rĂ©s eux aussi Ă  les dĂ©fier dans un inĂ©puisable concours de règlements de compte ! (qui peut oublier la trouvaille improbable de la "machine Ă  apprendre" !). Cette ambiance survoltĂ©e de ripostes entre Ă©lèves et professeurs est Ă©galement rehaussĂ©e de la complicitĂ© de comĂ©diens fringants s'en donnant Ă  coeur joie dans la bonne humeur et l'exubĂ©rance dĂ©loyale (le dealer de mobylette arnaquant son propre camarade de classe !). Outre la vitalitĂ© en roue libre de chacun d'eux (Daniel Auteuil en tĂŞte car menant la bande avec une dĂ©contraction naturellement goguenarde !), on peut autant prĂ´ner les seconds rĂ´les pĂ©dagogues que forment communĂ©ment Maria Pacome en directrice castratrice (sans doute le personnage le plus drĂ´le par son "sĂ©rieux" imperturbable !), Tonie Marshall en prof d'Histoire coquette, Hubert Deschamps en enseignant de science atteint de surditĂ© (un personnage sclĂ©rosĂ© franchement irrĂ©sistible !) et Dominique Hulin en professeur de gym d'une corpulence gargantuesque. Pour parachever, comment occulter les humeurs tempĂ©tueuses du regrettĂ© Michel Galabru en commissaire de police acariâtre rĂ©gulièrement brimĂ© par notre cohorte lycĂ©enne. 


Sous l'impulsion Ă©nergivore d'une avalanche de gags souvent dĂ©sopilants, Claude Zidi a engendrĂ© avec une gĂ©nĂ©rositĂ© immodĂ©rĂ©e une hallucinante comĂ©die potache aussi dĂ©complexĂ©e que dĂ©bridĂ©e. En dĂ©pit de la facilitĂ© de certains gags grossiers et de situations gĂ©nialement incohĂ©rentes, les Sous-douĂ©s ne cesse de nous arracher les Ă©clats de rire avec une sincĂ©ritĂ© qu'on ne retrouve plus aujourd'hui (Ă  quelques exceptions, telle la bande Ă  Fifi).  

B.M. 4èx

jeudi 4 août 2016

Flashdance

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Adryan Line. 1983. U.S.A. 1h34. Avec Jennifer Beals, Michael Nouri, Lilia Skala, Sunny Johnson,
Kyle T. Heffner, Lee Ving, Ron Karabatsos, Belinda Bauer.

Sortie salles France: 14 Septembre 1983. U.S: 15 Avril 1983

FILMOGRAPHIE: Adrian Lyne est un réalisateur et producteur britannique, né le 4 Mars 1941 à Peterborough (Grande Bretagne). 1980: Ca plane les filles. 1983: Flashdance. 1986: 9 semaines et demi. 1987: Liaison Fatale. 1990: L'Echelle de Jacob. 1993: Proposition Indécente. 1997: Lolita. 2002: Infidèle. Prochainement: Back Roads.

 
Flashdance : le rêve, la sueur et les larmes du cœur
Classique de la comĂ©die musicale aurĂ©olĂ© par la gĂ©nĂ©ration 80, Flashdance fut un succès commercial retentissant (plus de 4 137 000 entrĂ©es en France !), Ă  l’image de sa bande originale Ă©coulĂ©e Ă  plus de 20 millions d’exemplaires - un record absolu. Outre ses nombreux numĂ©ros musicaux toujours aussi (Ă©tonnamment) entĂŞtants, on retiendra surtout les tubes planĂ©taires What a Feeling chantĂ© par Irene Cara et Maniac de Michael Sembello, que Jennifer Beals sublime en danses fiĂ©vreuses lors du prologue et de l’ultime audition - sĂ©quence anthologique d’une Ă©motion lyrique, bien que doublĂ©e, hĂ©las.
Trois ans avant 9 semaines ½, Adrian Lyne se fit connaĂ®tre du grand public avec cette success story aux airs de conte de fĂ©e urbain. Un rĂŞve amĂ©ricain au fĂ©minin, que Rocky lui-mĂŞme n’aurait pas reniĂ©.
 
Synopsis: Ă€ Pittsburgh, Alex Owens tente de survivre comme soudeuse le jour, danseuse de cabaret la nuit. Quand l’amour surgit avec son contremaĂ®tre, elle rĂŞve enfin d’autre chose : intĂ©grer le conservatoire de danse pour devenir Ă©toile.

Comédie romantique rythmée par des chorégraphies électriques, Flashdance cultive par miracle un charme irrésistible, incarné par son archétype féminin : Jennifer Beals.
PrĂ©sence filiforme et magnĂ©tique, elle insuffle un Ă©rotisme torride mais pudique, flattant avec grâce et candeur la gente masculine. Ses numĂ©ros de danse, Ă©clairĂ©s par des jeux de lumières stylisĂ©s et des couleurs baroques, s’avèrent spectaculaires - bien que tous doublĂ©s par trois professionnelles (dont une danseuse française).

Issu d’un scĂ©nario de Tom Hedley et Joe Eszterhas (futur auteur de Basic Instinct), Flashdance ne brille pas par sa subtilitĂ© : clichĂ©s, bons sentiments, romance sirupeuse... Et pourtant, par une Ă©trange alchimie et la modestie du regard que porte Lyne sur cette success story, le charme opère.
Au fil de sĂ©quences tantĂ´t lĂ©gères ou pittoresques (Richie, l’humoriste ratĂ© ; son idylle douce-amère avec une danseuse ; son amitiĂ© fidèle avec Alex), tantĂ´t romantiques, le film distille une tendresse prĂ©gnante, symptomatique des Eighties.

Grâce Ă  la caractĂ©risation touchante de personnages modestes et intègres, Ă  la douceur fragile de l’hĂ©roĂŻne, on partage ses espoirs, ses peurs, ses doutes, son dĂ©sir de grandeur.
Les rĂ©fractaires aux romances Ă  l’eau de rose continueront sans doute de s’en moquer - mais Adrian Lyne, avec une efficacitĂ© redoutable, magnifie cette quĂŞte sentimentale. Et Alex, grâce Ă  l’amour, retrouve confiance et courage, en dĂ©pit de sa terreur de l’Ă©chec : « Si tu n’accomplis pas ton rĂŞve, tu seras morte », lui lance son amant.

Tendre et sentimental, propulsé par des chorégraphies vertigineuses savamment assemblées, Flashdance doit énormément à ses seconds rôles bienveillants - et surtout à Jennifer Beals, icône gracile, littéralement envoûtante dans la peau de cette danseuse en herbe, tourmentée par la gagne.
Un joli conte de fĂ©e Ă©tonnamment Ă©mouvant, capiteux mĂŞme, malgrĂ© la naĂŻvetĂ© des dialogues - exaltants, presque irrĂ©sistibles, tant la complĂ©mentaritĂ© du couple Ă©meut, et tant on s’identifie Ă  eux sans rougir.


Ă€ Sunny Johnson (Jeanie Szabo, sĹ“ur d’Alex), disparue Ă  30 ans d’une rupture d’anĂ©vrisme, un an après la sortie du film.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

07.01.23. 3èx (4k)


Ci-joint le p'tit mot de Jérome André Tranchant:

Il y a un temps où au États-Unis, une ouvrière pouvait être l'héroïne d'un film hollywoodien. Produit par une grosse major, par deux gros producteurs dans le vent, Flashdance a rencontré son public. Pourquoi Hollywood ne produit plus ce genre de film ???
Flashdance est un morceau de rêve américain. L'histoire d'une femme qui veut accéder à son rêve par ses propres moyens. On peut voir ce film comme un manifeste féministe. Car Alexandra est une femme libre. Elle choisit ses mecs. Elle n'a pas sa langue dans sa poches. Elle n'a besoin de personne. Jennifer Beals restera toute sa vie l'actrice de ce rôle. Elle est à la fois naturelle et terriblement volontaire.
La musique fait partie intégrante de l'univers du long métrage. Évidemment, elle a contribué au succès du film. La bande originale est signée par Giorgio Moroder.
Flashdance est réalisé par Adrian Lyne, réalisateur anglais connu pour son esthétique particulier. Avec ses lumières très années 80, son visuel va influencé toute la décennies.
À notre époque, ce genre de long métrage manque cruellement.

mercredi 3 août 2016

L'INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

"Invasion of the Body Snatchers" de Don Siegel. 1956. U.S.A. 1h20. Avec Kevin McCarthy, Dana Wynter, Larry Gates, King Donovan, Carolyn Jones, Jean Willes, Ralph Dumke.

Sortie salles France: 8 Novembre 1967. U.S: 5 Février 1956

FILMOGRAPHIE: Don Siegel (Donald Siegel) est un réalisateur et producteur américain, né le 26 Octobre 1912 à Chicago en Illinois, décédé le 20 Avril 1991 à Nipoma, en Californie.
1956: l'Invasion des Profanateurs de Sépultures. 1962: l'Enfer est pour les Héros. 1964: A bout portant. 1968: Police sur la ville. 1968: Un Shérif à New-York. 1970: Sierra Torride. 1971: Les Proies. 1971: l'Inspecteur Harry. 1973: Tuez Charley Varrick ! 1974: Contre une poignée de diamants. 1976: Le Dernier des Géants. 1977: Un Espion de trop. 1979: l'Evadé d'Alcatraz. 1980: Le Lion sort ses griffes. 1982: Jinxed.


Classique sĂ©minal des annĂ©es 50 si bien qu'il engendre au fil des dĂ©cennies 3 autres remakes (et qu'il a peut-ĂŞtre inspirĂ© Wes Craven avec les Griffes de la Nuit - les victimes refusant de dormir pour Ă©viter de mourir - !), l'Invasion des Profanateurs de sĂ©pultures puise son pouvoir de fascination grâce Ă  la singularitĂ© de son scĂ©nario inspirĂ© du roman de Jack Finney (The Body Snatchers publiĂ© en 1955). A partir du thème classique d'une invasion extra-terrestre, Don Siegel en extirpe un modèle d'efficacitĂ© par son contexte paranoĂŻde d'une course pour la survie qu'un couple doit endurer afin de prĂ©server leur propre identitĂ©. Venues de l'espace, des semences extraterrestres parviennent Ă  germer Ă  l'intĂ©rieur de cosses pour enfanter des ĂŞtres d'apparence humaine. Reproduisant Ă  l'identique notre enveloppe corporelle durant notre sommeil, ces derniers tentent d'envahir notre planète de la manière la plus sournoise. DestituĂ©s de personnalitĂ©, d'amour, de sentiments, de joie et de passion, ces envahisseurs ressemblent Ă  s'y mĂ©prendre Ă  des zombies apathiques prĂ´nant une idĂ©ologie pacifiste dans leur sociĂ©tĂ© aseptique. 


MĂ©taphorique Ă  plus d'un titre (son analogie avec la Guerre Froide, les effets impassibles de la toxicomanie, le despotisme ou encore l'emprise des sectes comme le symbolise aujourd'hui Daesh), cette sĂ©rie B percutante sous-tend les vertus bĂ©nĂ©fiques et salvatrices de l'empathie confĂ©rĂ©e Ă  notre nature humaine. Nanti d'un montage nerveux et du jeu viscĂ©ral de comĂ©diens habitĂ©s par la paranoĂŻa (Kevin McCarthy dominant la distribution avec un charisme neurotique !), l'Invasion des profanateurs de sĂ©pultures conjugue science-fiction et Ă©pouvante avec dextĂ©ritĂ© si bien que la menace se fond derrière notre apparence humaine ! Don Siegel misant sur une terreur psychologique plutĂ´t qu'un racolage horrifique lorsque les habitants d'une bourgade rurale se retrouvent possĂ©dĂ©s un Ă  un par l'entitĂ© d'une dictature extra-terrestre. Chacune des victimes adoptant une posture de fantĂ´me dĂ©shumanisĂ©e dont l'unique ambition sera de contaminer son voisin. Insufflant au compte goutte un climat d'inquiĂ©tude de plus en plus Ă©touffant, le cinĂ©aste privilĂ©gie la caractĂ©risation angoissĂ©e de nos deux couples d'amants en investigation. La première partie prodiguant des trouvailles horrifiques dĂ©rangeantes lorsque ces derniers dĂ©couvrent avec stupeur le premier cadavre en phase d'incubation avant de dĂ©masquer l'implication vĂ©gĂ©tale des cocons. Epousant ensuite la carte du survival sous l'impulsion d'un duo d'amants Ă  bout de souffle, l'Invasion des profanateurs... avive son sentiment d'insĂ©curitĂ© en dressant notamment un tableau effrayant sur une population de masse destituĂ©e d'expression Ă©motive.


Les envahisseurs sont parmi nous !
Si Ă  mon sens le remake colorisĂ© de Philip Kaufman façonnĂ© en 1978 s'avère encore plus trouble et glaçant que ce modèle monochrome, Don Siegel est toutefois parvenu avec beaucoup d'efficacitĂ©, d'originalitĂ© et de brio Ă  iconiser une angoisse paranoĂŻaque subtilement malsaine, comme le souligne sa vĂ©nĂ©neuse première partie. 

La chronique de l'Invasion des profanateurs (l'): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/linvasion-des-profanateurs-invasion-of.html

B.M. 4èx

mardi 2 août 2016

KEEPER. Grand prix du Jury au Festival Premiers Plans d'Angers.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Guillaume Senez. 2015. France/Belgique. 1h34. Avec Kacey Mottet Klein, GalatĂ©a Bellugi, Catherine SalĂ©e, Sam Louwyck, Laetitia Dosch.

Sortie salles France: 16 Mars 2016. Belgique: 9 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Guillaume Senez est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste de double nationalitĂ© belge et française, nĂ© Ă  Uccle (Belgique) en 1978. 2015: Keeper.


Drame social abordant le thème de la maternitĂ© pubère sans effet de pathos, Keeper fait l'effet d'un Ă©lectrochoc si bien que son rĂ©alisateur en herbe (d'origine franco-belge) capte les Ă©motions de ses jeunes acteurs avec une vĂ©ritĂ© humaine proche du cinĂ©ma de Cassavetes et de Pialat ! Multi rĂ©compensĂ© dans divers festivals, Keeper nous immerge de plein fouet dans l'univers adolescent d'un couple en perdition morale vis Ă  vis de leur prochaine responsabilitĂ© parentale. Maxime et MĂ©lanie filent le grand amour du haut de leurs 15 ans, au moment mĂŞme oĂą cette dernière lui annonce qu'elle est enceinte. Perplexe mais attirĂ© Ă  l'idĂ©e de devenir père, Maxime lui propose de garder l'enfant malgrĂ© la tare de leur situation scolaire et la crainte d'affronter l'autoritĂ© parentale. Constamment tiraillĂ©s entre l'envie d'abandonner et de prĂ©mĂ©diter leur destin conjugal, ils s'efforcent maladroitement de s'Ă©pauler jusqu'au moment propice de l'accouchement.


A la manière d'un docu-vĂ©ritĂ©, Guillaume Senez inscrit sur pellicule un drame psychologique d'une rare justesse de ton, de par sa direction d'acteurs plus vrais que nature insufflant une pudeur bouleversante et la maĂ®trise sidĂ©rante d'une rĂ©alisation au plus près des tourments intrinsèques des personnages. Kacey Mottet Klein endossant avec une spontanĂ©itĂ© naĂŻve un ado dubitatif rapidement influencĂ© par l'espoir d'un avenir professionnel payant (celui de devenir gardien de foot) et l'optimisme d'une paternitĂ© en apprentissage. Epoustouflante de naturel vertueux et pĂ©tillante de fraĂ®cheur, GalatĂ©a Bellugi crève l'Ă©cran pour s'imposer une toute première fois devant la camĂ©ra de Guillaume Senez ! Celle d'instaurer la fragilitĂ© d'une adolescente timorĂ©e extrĂŞmement lunatique quant Ă  son futur statut maternel et ses dĂ©cisions de dernier ressort. Outre la posture rĂ©aliste de ses acteurs juvĂ©niles se disputant la mise de leur futur bambin avec une Ă©motivitĂ© malingre, les seconds-rĂ´les pĂ©dagogues et ceux exerçant l'autoritĂ© parentale suscitent avec autant de rigueur leur fonction de mentor parmi l'influence d'une mĂ©gère habitĂ©e par l'Ă©chec conjugal (la maman dĂ©faitiste de MĂ©lanie !).


Sans jamais juger ses ados immatures hantĂ©s par le doute et la crainte de l'Ă©chec, le remord, la colère puis la tristesse de la fĂ©lonie, Guillaume Senez saisit leurs expressions intimistes sans cĂ©der aux clichĂ©s du misĂ©rabilisme. Abordant les thèmes de la maternitĂ© et de l'avortement de leur point de vue irresponsable, Keeper extĂ©riorise une palette d'Ă©motions Ă©corchĂ©es vives comme le souligne les dĂ©chirantes confrontations humaines (celle du couple mais aussi des parents) oĂą les nerfs sont mis Ă  rude Ă©preuve. Spoiler ! A l'instar de l'amertume de sa conclusion pessimiste littĂ©ralement inconsolable Fin du Spoiler engendrant au final une leçon de vie que bien des ados devraient sagement mĂ©diter... 

B.M

Récompenses:
    Grand prix du Jury au Festival Premiers Plans d'Angers
    Prix d'interprĂ©tation fĂ©minine et prix du Jury au Festival international du film de Marrakech
    Label Europa Cinemas au Festival international du film de Locarno
    Prix du Jury Jeunes au Festival du film français d'HelvĂ©tie
    Prix de la critique au Festival international du film francophone de Namur
    Mention spĂ©ciale du Jury au Festival du film de Varsovie
    Young Talent Award au FilmFest Hamburg
    Prix spĂ©cial du jury au Festival international du premier film d'Annonay