mercredi 25 octobre 2017

TOOTSIE. Oscar de la Meilleure Actrice pour Jessica Lange.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Sydney Pollack. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Dustin Hoffman, Jessica Lange, Teri Garr, Dabney Coleman, Charles Durning, Bill Murray, Sydney Pollack.

Sortie salles France: 2 mars 1983. U.S: 17 DĂ©cembre 1982

FILMOGRAPHIE: Sydney Pollack est un acteur, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 1er juillet 1934 Ă  Lafayette, dans l'Indiana (États-Unis) et mort Ă  Los Angeles le 26 mai 2008. 1965: The Slender Thread. 1966 : PropriĂ©tĂ© interdite. 1968 : Les Chasseurs de scalps. 1968 : Le Plongeon de Frank Perry, terminĂ© par Pollack non crĂ©ditĂ©. 1969 : Un château en enfer. 1969 : On achève bien les chevaux. 1972 : Jeremiah Johnson. 1973 : Nos plus belles annĂ©es. 1975 : Yakuza. 1975 : Les Trois Jours du condor. 1977 : Bobby Deerfield. 1979 : Le Cavalier Ă©lectrique. 1981 : Absence de malice. 1982 : Tootsie. 1985 : Out of Africa. 1990 : Havana. 1993 : La Firme. 1995 : Sabrina. 1999 : L'Ombre d'un soupçon. 2005 : L'Interprète. 2005 : Esquisses de Frank Gehry.


Gros succès international des annĂ©es 80 (en France il engrange 3 840 083 entrĂ©es) si bien qu'aujourd'hui il est rĂ©pertoriĂ© comme un classique du genre, Tootsie est une comĂ©die pĂ©tillante comme on n'en voit plus (ou alors si peu) de nos jours. Acteur au chĂ´mage dĂ©bordant de talent et d'ambition, Michael Dorsey risque le tout pour le tout en se fondant dans le corps d'une sexagĂ©naire prĂ©nommĂ©e Dorothy afin de mieux convaincre les producteurs d'un soap. Et le succès inespĂ©rĂ© de se produire si bien que ce dernier, amoureux de sa partenaire Ă  l'Ă©cran, essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extraire de la cĂ©lĂ©britĂ© en osant dĂ©voiler en dernier ressort son vĂ©ritable visage ! DirigĂ© par l'Ă©minent Sydney Pollack se refusant Ă  vulgariser le thème du travestissement avec subtile Ă©motion et parmi l'humilitĂ© de ses acteurs, Tootsie est justement l'occasion de mettre en valeur une plĂ©iade de comĂ©diens aux tempĂ©raments sĂ©millants, et ce jusqu'aux seconds-rĂ´les. Tant auprès de Dabney Coleman en metteur en scène vaniteux, de Charles Durning en veuf subitement aimant de Dorothy, de Bill Murray en acolyte conciliant, de George Gaynes en acteur sclĂ©rosĂ© gagnĂ© par la galanterie (car lui aussi Ă©pris de Dorothy !) que de l'explosive Teri Garr dans un rĂ´le taillĂ© sur mesure de maĂ®tresse infortunĂ©e.


Outre l'intensitĂ© attachante de ces derniers issus de l'ancienne Ă©cole, Tootsie dĂ©cuple le pouvoir attractif de sa tendre fantaisie sous l'abattage de Dustin Hoffman partagĂ© entre l'impudence de son personnage fictif, ses rĂ©els sentiments auprès de sa tendre partenaire hors Ă©cran et ses remords Ă  oser duper son entourage dans celle d'une actrice autoritaire au tempĂ©rament autonome. A ses cĂ´tĂ©s, lui partageant sobrement la vedette du soap, la radieuse Jessica Lange (justement rĂ©compensĂ©e de l'oscar de la meilleure actrice dans un second-rĂ´le) illumine l'Ă©cran dans sa fonction d'aimable confidente sitĂ´t le tournage achevĂ© car peu Ă  peu enivrĂ©e par le magnĂ©tisme (masculin) de sa partenaire Dorothy. DĂ©bordante de charme et d'innocence, Jessica Lange insuffle une sensuelle affection, de par ses soupçons de sentiments vĂ©hiculĂ©s par son Ă©ventuelle homosexualitĂ© qu'elle se refuse Ă  accepter. Sa dĂ©licate relation entamĂ©e avec Dorothy prouvant par cette occasion frauduleuse que l'amour ne se commande pas lorsque les sentiments restent plus forts que la raison quelque soit notre orientation sexuelle.


A travers ce jeu de cache-cache romantique compromis au vaudeville rocambolesque (les gags arborant une cocasserie toujours rĂ©vĂ©rencieuse eu Ă©gard du tendre humanisme d'Hoffman), Tootsie traite des dĂ©licats problèmes du chĂ´mage, de la gestion de la starisation, de la quĂŞte identitaire, de l'affirmation de soi et de l'Ă©mancipation fĂ©minine avec une Ă©motion subtilement poignante. Le divertissement efficacement structurĂ© alternant mutuellement drĂ´lerie, charme et romance parmi la motricitĂ© d'un scĂ©nario retors et celle d'un casting en roue libre. Un excellent anxiolytique aussi frais et pĂ©tillant qu'une coupe de champagne ! 

Eric Binford
3èx

Récompenses: Oscars 1983 : meilleure actrice dans un second rôle pour Jessica Lange
Golden Globes 1983 : meilleur film musical ou de comédie, meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour Dustin Hoffman, meilleure actrice dans un second rôle pour Jessica Lange
British Academy Film Awards 1984 : meilleur acteur pour Dustin Hoffman, meilleurs maquillages

mardi 24 octobre 2017

WIND RIVER. Prix de la mise en scène, Cannes 2017.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site teaser-trailer.com

de Taylor Sheridan. 2017. U.S.A. 1h50. Avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Kelsey Chow, Jon Bernthal, Graham Greene, Julia Jones, Gil Birmingham.

Sortie salles France: 30 Août 2017. U.S: 4 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Taylor Sheridan est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 21 mai 1970 Ă  Cranfills Gap au Texas, . 2011: Vile. 2017: Wind River.


Thriller choc d'une intensitĂ© dramatique aussi bouleversante qu'impitoyable, Wind River n'a pas volĂ© son prix de la mise en scène Ă  Cannes alors qu'il s'agit de la seconde rĂ©alisation du nĂ©ophyte Taylor Sheridan. Ce dernier parvenant Ă  tailler un suspense anxiogène autour d'un sordide fait divers (la dĂ©couverte du cadavre d'une jeune indienne) qu'une agent du FBI et un chasseur vont tenter d'Ă©lucider en plein coeur de montagnes enneigĂ©es (magnifique paysages Ă©purĂ©s). Intense et poignant quant Ă  l'humanisme fragile que nos protagonistes vĂ©hiculent sans fard de par leur pudeur contenue et leur non-dit, Wind River nous immerge dans leur Ă©tat de dĂ©sagrĂ©ment et d'impuissance morale sitĂ´t les circonstances de la mort dĂ©voilĂ©es ainsi que le chemin de croix que cette dernière parcourut en lieu et place de survie durant 10 kms dans une nature rĂ©frigĂ©rante Ă  - 30° ! Un exploit hĂ©roĂŻque tenant du surpassement de soi auquel son ectoplasme va planer sur les Ă©paules de nos hĂ©ros durant leur investigation Ă©maillĂ©e de rencontres ombrageuses cĂ©dant parfois aux brutaux Ă©clairs de violence d'une vibrante intensitĂ© dramatique. Cet alliage d'Ă©motions fulgurantes suscitant le vertige au spectateur (le + sensible) impliquĂ© dans un règlement de compte d'une folie suicidaire !


Un peu comme l'avait d'ailleurs magnifiquement opĂ©rĂ© Stanley Kubrick avec Full Metal Jacket (ou Spielberg avec le soldat Ryan...) lorsque les impacts de balles perforaient les chairs des victimes en Ă©moi ou Ă  l'agonie. La encore j'insiste sur le caractère Ă©prouvant, voir rĂ©solument bouleversant de cette brutalitĂ© incisive que le rĂ©alisateur parvient Ă  mettre en exergue avec un rĂ©alisme aride, et ce sans parti-pris racoleur. Notamment en tenant compte du caractère sournois du (ou des) coupable(s) compromis Ă  la discrimination raciale et de rendre hommage avec vibrante humilitĂ© Ă  cette victime sacrifiĂ©e en tenant compte de son exploit surhumain. VĂ©ritable oraison funèbre auprès des familles de dĂ©funtes tentant rigoureusement de se reconstruire après une tragĂ©die aussi inique qu'impromptue, Wind River traite des thèmes douloureux du souvenir, de la survie, de la rĂ©silience, du dĂ©passement de la souffrance avec une pudeur Ă  fleur de peau et une ambiguĂŻtĂ© morale quant Ă  l'illĂ©galitĂ© de l'auto-justice. Car outre la subtilitĂ© de sa mise en scène Ă  sacraliser le "thriller" par le biais d'une caractĂ©risation psychologique fouillĂ©e (et limpide) engendrant une rĂ©flexion sur la perte de l'ĂŞtre aimĂ©e, la providence et la canalisation de la souffrance, Wind River est illuminĂ© par les prĂ©sences des comĂ©diens Jeremy Renner (un regard viril chargĂ© de cicatrices morales derrière sa carapace stoĂŻque) et Elizabeth Olsen (poignante d'empathie auprès de la victime et de son co-Ă©quipier puis de pugnacitĂ© durant son ascension professionnelle). Ces derniers formant de manière impromptue un duo commun de justiciers solidaires impliquĂ©s dans l'instinct de vengeance et l'initiation d'une survie propre Ă  l'hĂ©roĂŻsme.


Un coup de poignard en plein coeur, inextinguible. 
Hommage dĂ©chirant Ă  la communautĂ© amĂ©rindienne du point de vue d'une jeune martyr d'une endurance physique et morale symbolique, Wind River laisse en Ă©tat de mutisme sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©. Le film s'Ă©difiant en bouleversant requiem auprès des victimes sacrifiĂ©es au moment oĂą leur famille se rĂ©signe Ă  se reconstruire, entre fragilitĂ© dĂ©munie et regain de rĂ©silience. De mon point de vue personnel (puisque j'en sors traumatisĂ© et que rares sont les films oĂą leur saillie de brutalitĂ© me bouleverse aux larmes), Wind River constitue sans doute un chef-d'oeuvre intimiste sur la gestion de la souffrance et de la dĂ©veine, faute de la lâchetĂ© de l'homme incapable de rĂ©primer ses bas instincts. 

Bruno Dussart.

Récompenses: Prix Un certain regard, Prix de la mise en scène, Cannes 2017
Festival international du film de Karlovy Vary 2017 : prix du public pour Taylor Sheridan, prix du président pour Jeremy Renner

vendredi 20 octobre 2017

LES VIKINGS

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cover.box3.net

"The Vikings" de Richard Fleischer. 1958. U.S.A. 1h55. Avec Kirk Douglas, Tony Curtis, Janet Leigh, Ernest Borgnine, James Donald, Alexander Knox, Maxine Audley

Sortie salles France: 15 Décembre 1958. U.S: 28 Juin 1958

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Grand classique hollywoodien au pouvoir de fascination trouble, de par son rĂ©alisme historique surfant dans un contexte de spectacle flamboyant,  Les Vikings est bel et bien un chef-d'oeuvre du film d'aventures au souffle Ă©pique d'une Ă©tonnante envergure. A l'instar de sa spectaculaire bataille finale dĂ©ployant gros moyens techniques et moult figurants sous l'oeil avisĂ© de Richard Fleischer en pleine possession de ses ambitions. La vigueur des combats barbares se renouvelant sans cesse grâce au dynamisme du montage vĂ©loce exploitant aussi bien dĂ©cors naturels que ceux de la bastille avec un brio d'autant plus formel (sa photo sĂ©pia sublimant sans modĂ©ration des images picturales que l'on croirait extrait d'un bouquin d'histoire !).


Outre ce morceau d'anthologie Ă  la fois immersif et palpitant, le rĂ©cit se permet en prime de renchĂ©rir le goĂ»t du spectacle avec une diabolique efficacitĂ© lorsque Einar et Erik iront se combattre Ă©pĂ©es Ă  la main sur la tour de la chapelle. LĂ  encore, Fleischer chorĂ©graphie ce corps Ă  corps avec une inventivitĂ© constante car multipliant les angles de vues alambiquĂ©s au sein d'un cadre exigu Ă©difiĂ© sous haute altitude ! En prime de la qualitĂ© percutante d'un jeu d'acteurs expansifs (le toujours aussi fringant Kirk Douglas se dispute ardemment la vedette avec Tony Curtis inopinĂ©ment crĂ©dible dans sa posture bourrue d'esclave en quĂŞte d'affirmation et de rĂ©bellion hĂ©roĂŻque !), Les Vikings bĂ©nĂ©ficie d'un scĂ©nario solide autour de la rivalitĂ© de deux frères pour autant indulgents car (inconsciemment lucides de leur parentĂ© puis) communĂ©ment contraints de collaborer afin de soutirer la promise du roi anglais, Aella. Janet Leigh se glissant dans le corps tĂ©nu de la princesse Morgane avec douce fragilitĂ©, tourments et perplexitĂ© quant Ă  sa nouvelle condition de soumise en proie au chantage des vikings complaisamment machistes et belliqueux.


DĂ©crivant dans un premier temps avec rĂ©alisme et souci du dĂ©tail, fougue passionnelle et violence incisive (mĂŞme si le hors-champs est souvent prĂ©conisĂ©) les us et coutumes des vikings et leur goĂ»t pour la guĂ©rilla (notamment leur code d'honneur de pĂ©rir avec l'Ă©pĂ©e afin de gagner le repos dans l'au-delĂ ), Richard Fleischer parvient Ă  infiltrer un souffle Ă  la fois Ă©pique et romantique au fil d'un rĂ©cit fertile en dissension psychologique lorsque les liens du sang fraternel sont compromis par un terrible secret autour des sentiments d'une promise. EnvoĂ»tant, sauvage et d'une beautĂ© formelle capiteuse ! 

Bruno Dussart
2èx

jeudi 19 octobre 2017

MORT SUSPECTE D'UNE MINEURE

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au blog Lupanarsvisions

"Morte sospetta di una minorenne / Too young to die" de Sergio Martino. 1975. Italie. 1h40. Avec Claudio Casinelli, Mel Ferrer, Lia Tanzi, Massimo Girotti, Barbara Magnolfi.

Inédit en salles en France. Italie: 12 Août 1975

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1975: Morte sospetta di una minorenne. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


InĂ©dit en salles et sous support numĂ©rique sur notre territoire, Mort suspecte d'une mineure combine les composantes (en vogue) du polar (les puristes lui prĂ©fèreront le terme "poliziesco") et du giallo autour de l'efficacitĂ© d'un script assez bien structurĂ© dĂ©nonçant (comme son confrère La Lame Infernale) la corruption d'un notable particulièrement aguichĂ© par la coke et les jeunes adolescentes. En filature, un commissaire aux mĂ©thodes expĂ©ditives tente de dĂ©couvrir le ou les coupables du meurtre sordide d'une mystĂ©rieuse adolescente avec l'appui d'un chapardeur vĂ©loce. PlutĂ´t nerveux par son action policière entrebâillĂ©e d'une poursuite automobile Ă©tonnamment cocasse et assez violent auprès de quelques meurtres stylisĂ©s, Mort suspecte d'une mineure constitue un bon divertissement sous l'impulsion musicale du score percutant de Luciano Michelini n'ayant rien Ă  envier au groupe Goblin (une partition rock et entĂŞtante si bien que le chef-d'oeuvre d'Argento, Les Frissons de l'Angoisse s'y fait instinctivement Ă©cho !). Sans pour autant laisser de souvenir impĂ©rissable, cette sĂ©rie B correctement emballĂ©e par le spĂ©cialiste Sergio Martino doit notamment son capital sympathie grâce Ă  la soliditĂ© de son casting rĂ©unissant Claudio Casinelli (très Ă  l'aise en flic rĂ©actionnaire entĂŞtĂ©), le vĂ©tĂ©ran Mel Ferrer et la charmante Barbara Magnolfi dans un rĂ´le toutefois assez discret je dois avouer. Enfin, et Ă  moindre Ă©chelle, on ne reste pas insensible Ă  l'esthĂ©tisme raffinĂ© des dĂ©cors domestiques typiquement transalpins et parfois mĂŞme baroques. A dĂ©couvrir.


Eric Binford.

mercredi 18 octobre 2017

BETTER WATCH OUT

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Chris Peckover. 2016. 1h29. U.S.A/Australie. Avec Levi Miller, Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Patrick Warburton, Dacre Montgomery, Virginia Madsen.

Sortie salles France: Prochainement. U.S: 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIEChris Peckover est un réalisateur américain.
2010: Undocumented. 2016: Better Watch out.


Conte de noel horrifique d'une saveur vitriolée dans son jeu de cache-cache avec la peur et de manipulation morale auprès des victimes démunies, Better Watch Out demeure une heureuse surprise dans le paysage familièrement formaté du genre car si peu avare en originalité, impudence et créativité. D'une audace détonnante pour ses éclairs de violence tranchés, cette série B remarquablement menée et techniquement maîtrisée (notamment pour l'inventivité et la souplesse de certains plans vertigineux et pour la flamboyance de sa photo !) doit son salut à son scénario à tiroirs constamment surprenant, et aux portraits juvéniles que forment des ados dévergondés.


En pleine pĂ©riode de NoĂ«l, Ashley (incarnĂ©e par la sĂ©duisante et nĂ©ophyte Olivia DeJonge prĂ©alablement entrevue dans The Visit !) joue la babysitter auprès d'une famille respectable en gardant leur fils unique. Mais l'intrusion de mystĂ©rieux tueurs dans la demeure va inciter le duo Ă  faire preuve de ruse et courage pour rester en vie, notamment en s'efforçant de rĂ©cupĂ©rer l'arme du paternel planquĂ© sous son lit. VoilĂ  pour le pitch prĂ©sageant un huis-clos tendu et effrĂ©nĂ©, sorte de pastiche horrifique de Maman j'ai ratĂ© l'avion accouplĂ© d'un autre illustre mĂ©trage dont je tairais le nom afin de prĂ©server tout effet de surprise. Car cumulant sur un rythme soutenu pĂ©ripĂ©ties et soubresauts avec autant d'intelligence que d'efficacitĂ© (notamment au niveau des rĂ©actions censĂ©es des ados en porte-Ă -faux se mesurant Ă  leur vaillance et Ă  leur esprit de provocation), Better Watch out est une pochette-surprise jusqu'au-boutiste. Le spectateur s'interrogeant de prime abord Ă  savoir si dans la sĂ©quence redoutĂ©e le rĂ©alisateur osera aller jusqu'au bout de son concept criminogène par le biais d'idĂ©es putassières sachant qu'en l'occurrence tous les protagonistes (ou plutĂ´t la plupart) sont des ados prĂ©-pubères portĂ©s sur la sexualitĂ©, le machisme et le dĂ©sir du dĂ©passement de soi.


Progressivement malsain donc quant Ă  la tournure (radicale) des Ă©vènements, voir parfois mĂŞme choquant et dĂ©rangeant (sans dĂ©voiler les rĂ©sultantes des situations stressantes d'embrigadement !), Better Watch Out constitue une farce mĂ©chamment sardonique, pied de nez au politiquement correct en cette pĂ©riode sereine des fĂŞtes de NoĂ«l. Intense, inventif, subversif, assez captivant et d'un humour noir dĂ©capant, le divertissement convainc d'autant mieux sous l'impulsion de comĂ©diens juvĂ©niles Ă©patants de fourberie ou de sobre apprĂ©hension du cĂ´tĂ© des victimes. Spoil ! En tirant mon chapeau Ă  un des acteurs dont je tairais le nom car portant le film sur ses Ă©paules avec un charisme d'une vĂ©nĂ©neuse sĂ©duction ! Fin du Spoil. Pour l'anecdote, on est Ă©galement ravi de retrouver en second-plan l'une des stars des annĂ©es 80, Virginia Madsen (Electric Dreams, Dune, Hot Spot, Highlander, le retour, Candyman, etc...), presque mĂ©connaissable dans son visage tumĂ©fiĂ©. Très sympa. 

P.S: Je vous déconseille de visionner tous trailers ou éventuels extraits afin de préserver les nombreux retournements de situation !

En remerciant Pascal Frezzato pour la découverte !
Bruno Matéï

mardi 17 octobre 2017

LE CLAN DES SICILIENS

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Henri Verneuil. 1969. France/Italie. 2h05. Avec Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura, Irina Demick, Yves Lefebvre, Marc Porel, Elisa Cegani, Amedeo Nazzari, Danielle Volle, Philippe Baronnet.

Sortie salles France: 5 Décembre 1969

FILMOGRAPHIE: Henry Verneuil (de son vrai nom Achod Malakian) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste  français d'origine armĂ©nienne, nĂ© le 15 Octobre 1920 Ă  Rodosto, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Janvier 2002 Ă  Bagnolet. 1951: La Table aux crevĂ©s. 1952: Le Fruit DĂ©fendu. 1952: Brelan d'As. 1953: Le Boulanger de Valorgue. 1953: Carnaval. 1953: l'Ennemi public numĂ©ro 1. 1954: Le Mouton a 5 pattes. 1955: Les Amants du Tage. 1955: Des Gens sans importance. 1956: Paris, palace HĂ´tel. 1957: Une Manche et la belle. 1958: Maxime. 1959: Le Grand Chef. 1959: La Vache et le Prisonnier. 1960: l'Affaire d'une Nuit. 1961: Le PrĂ©sident. 1961: Les Lions sont lâchĂ©s. 1962: Un Singe en Hiver. 1963: MĂ©lodie en sous-sol. 1963: 100 000 Dollars au Soleil. 1964: Week-end Ă  Zuydcoote. 1966: La 25è Heure. 1967: La Bataille de San Sebastian. 1969: Le Clan des Siciliens. 1971: Le Casse. 1972: Le Serpent. 1975: Peur sur la ville. 1976: Le Corps de mon ennemi. 1979: I comme Icare. 1982: Mille Milliards de Dollars. 1984: Les Morfalous. 1991: Mayrig. 1992: 588, rue du Paradis.


Triomphe en salles Ă  sa sortie avec plus de 4 821 585 entrĂ©es, le Clan des Siciliens est la rĂ©union de talents hors-pair qu'Henri Verneuil s'est permis de recruter parmi lesquels Jean Gabin, Alain Delon et Lino Ventura, et ce afin de parfaire un polar de l'ancienne Ă©cole. Production franco-italienne, le cinĂ©aste s'entoure Ă©galement de la contribution d'Ennio Morricone pour transfigurer une mĂ©lodie Ă©lĂ©giaque restĂ©e dans toutes les mĂ©moires. Un thème mĂ©tronomique que l'on entend tout le long du rĂ©cit car collant si bien aux sobres dĂ©placements d'une mafia partagĂ©e entre son orgueil professionnel et la rancune d'un code d'honneur conjugal bafouĂ©. A peine Ă©vadĂ© de prison, Roger Sartet propose Ă  son ami sicilien de dĂ©valiser une bijouterie avec l'accord du patriarche Vittorio. RĂ©ticent de prime abord, ce dernier finit par cĂ©der au vu de son allĂ©chant casse notamment lorsque Roger lui annonce qu'il possède la topographie de la bijouterie. Mais une idĂ©e plus judicieuse amène Vittorio Ă  reconsidĂ©rer leur plan. 


Film policier d'une distinction impĂ©riale si je me rĂ©fère au jeu dĂ©pouillĂ© des 3 monstres sacrĂ©s citĂ©s plus haut, Le Clan des Siciliens constitue un grand moment de cinĂ©ma sous l'autoritĂ© infaillible d'Henri Verneuil Ă©rigeant, une fois n'est pas coutume (pointe d'ironie !), un modèle de mise en scène. Notamment auprès de l'Ă©picentre du suspense, un fameux dĂ©tournement d'avion qu'imposera la famille Manalese avec un flegme imperturbable si bien qu'aucune violence n'est imputĂ©e aux passagers (Ă  l'exception d'un seul un brin zĂ©lĂ© que Roger corrigera d'un coup de pied !). Une sĂ©quence d'anthologie d'une subtile intensitĂ© par sa coordination professionnelle rĂ©futant tout dĂ©rapage criminel sous le pilier d'un habile montage Ă  couper au rasoir. Outre la soliditĂ© de l'intrigue Ă  la structure symĂ©trique et un rebondissement aussi retors que dĂ©risoire quant Ă  la dĂ©route du clan mafieux (une simple trahison d'adultère), Henri Verneuil transcende sa mise en scène au cordeau avec l'appui de ses trois immenses acteurs d'un charisme viril qu'on ne retrouve plus dans le cinĂ©ma mainstream. Ventura/Delon/Gabin jouant le jeu du chat et de la souris pour la mise du pouvoir dans une posture Ă  la fois impassible, caractĂ©rielle et bourrue.


Chef-d'oeuvre du polar français emprunt d'une touche transalpine auprès de l'intense mĂ©lodie du maestro Morricone et chez ses seconds-rĂ´les photogĂ©niques (outre les frères de la famille Manalese au regard torve, on est aussi sensible Ă  l'implication vĂ©reuse et fragile de la soeur de Roger, et Ă  celle compromise dans une adultère alĂ©atoire !), Le Clan des Siciliens perdure son pouvoir de sĂ©duction et de fascination, de par sa narration plausible (on croit dur comme fer au casse du siècle !) et le romantisme (tragique) qu'insuffle le trio divergeant, Delon/Gabin/Ventura. Du grand art ! 

Bruno Dussart
3èx

lundi 16 octobre 2017

POUR 100 BRIQUES T'AS PLUS RIEN

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Edouard Molinaro. 1982. France. 1h22. Avec Daniel Auteuil, Gérard Jugnot, Anémone, Jean-Pierre Castaldi, François Perrot, Paul Barge, Georges Géret, Darry Cowl.

Sortie salles France: 12 Mai 1982

FILMOGRAPHIE: Edouard Molinaro est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Mai 1928 à Bordeaux, en Gironde, décédé le 7 Décembre 2013 à Paris.1958: Le Dos au mur. 1959: Des Femmes disparaissent. 1959: Un Temoin dans la ville. 1960: Une Fille pour l'été. 1961: La Mort de Belle. 1962: Les Ennemis. 1962: Les 7 Pêchers capitaux. 1962: Arsène Lupin contre Arsène Lupin. 1964: Une Ravissante Idiote. 1964: La Chasse à l'Homme. 1965: Quand passent les faisans. 1967: Peau d'Espion. 1967: Oscar. 1969: Hibernatus. 1969: Mon Oncle Benjamin. 1970: La Liberté en Croupe. 1971: Les Aveux les plus doux. 1972: La Mandarine. 1973: Le Gang des Otages. 1973: L'Emmerdeur. 1974: L'Ironie du sort. 1975: Le Téléphone Rose. 1976: Dracula, père et fils. 1977: L'Homme pressé. 1978: La Cage aux Folles. 1979: Cause toujours... tu m'intéresses ! 1980: Les Séducteurs. 1980: La Cage aux Folles 2. 1982: Pour 100 briques t'as plus rien... 1984: Just the way you are. 1985: Palace. 1985: L'Amour en douce. 1988: A gauche en sortant de l'ascenseur. 1992: Le Souper. 1996: Beaumarchais, l'insolent. 1996: Dirty Slapping (court-métrage).


ComĂ©die populaire des annĂ©es 80 dirigĂ©e par le spĂ©cialiste du genre, Edouard MolinaroPour 100 briques t'as plus rien s'avère irrĂ©sistible de drĂ´lerie sous l'impulsion du duo pĂ©tulant GĂ©rard Jugnot/Daniel Auteuil incarnant des braqueurs de banque Ă  la p'tite semaine avec une fringance saillante. LicenciĂ© de son emploi de serrurier, Sam propose avec son comparse Paul de braquer une banque en guise de survie. Après un entrainement intensif dans le logement de la petite amie de Sam, ces derniers dĂ©cident de passer Ă  l'action. Complètement improbable car multipliant les situations saugrenues (ah cette fameuse transaction avec le personnel bancaire !) autour d'une prise d'otages que 2 braqueurs endimanchĂ©s dirigent avec (une fantaisiste) dĂ©termination, Pour 100 braques t'as plus rien ne s'embarrasse nullement de crĂ©dibilitĂ© afin de privilĂ©gier les facĂ©ties dĂ©jantĂ©es de nos braqueurs redoublants de maladresses et d'utopie pour parfaire leur dessein.


TruffĂ© de gags dĂ©sopilants grâce Ă  l'inventivitĂ© d'idĂ©es politiquement incorrectes et de situations grotesques tournant autour de l'appât du gain sous l'autoritĂ© du duo survoltĂ© Jugnot/Auteuil, Pour 100 briques t'as plus rien transpire la sincĂ©ritĂ© (assortie d'une gĂ©nĂ©rositĂ©) pour amuser le spectateur immergĂ© dans une action fertile en rebondissements. Outre la fougue expansive de nos deux illustres acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les effronteries dĂ©linquantes et criminelles (notamment la fausse mort de Sam !), et des seconds-rĂ´les aussi convaincants dans leur fonction de victime en sursis, on peut notamment compter sur l'aplomb spontanĂ© d'AnĂ©mone se fondant dans le corps d'une otage avec un bagout dĂ©complexĂ© ! Plusieurs sĂ©quences dĂ©lirantes Ă©manant de son impertinence Ă  dĂ©briefer la situation de crise Ă  la police et aux mĂ©dias tout en se concertant avec les malfrats. Sam, dragueur invĂ©tĂ©rĂ©, n'hĂ©sitant pas Ă  l'accoster afin de mieux parvenir Ă  ses fins cupides. 


Divertissement mineur sans prétention mené à 100 à l'heure, Pour 100 briques t'as plus rien ne manque ni de drôlerie, ni d'audaces ni d'originalité pour pasticher une improbable prise d'otages sous l'impulsion de comédiens pétris de ferveur et de complicité amicale dans leur fonction vénale. Un antidépresseur d'une efficacité en roue libre !

Eric Binford.
3èx

vendredi 13 octobre 2017

Morts Suspectes / Coma

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Coma" de Michael Crichton. 1978. U.S.A. 1h53. Avec Geneviève Bujold, Michael Douglas,
Elizabeth Ashley, Rip Torn, Richard Widmark, Lois Chiles.

Sortie salles France: 28 Juin 1978. U.S: 6 Janvier 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Crichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles. 1972: Pursuit (télé-film inédit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'évadé du futur. 1989: Preuve à l'appui (Physical Evidence).

Thriller mĂ©dical diablement ficelĂ© sous l’autoritĂ© du maĂ®tre du genre - l’Ă©crivain et rĂ©alisateur Michael Crichton (Ă  qui l’on doit les formidables Runaway, l’Ă©vadĂ© du futurLa Grande Attaque du train d’or et les gĂ©nialement visionnaires Mondwest et Looker) - Morts suspectes (dont on prĂ©fère d’ailleurs le titre US, plus concis et pertinent) est une machine Ă  suspense aussi haletante que documentĂ©e, menĂ©e d’une main de fer par une Geneviève Bujold omniprĂ©sente dans sa fonction investigatrice redoutablement couillue et retorse.

Synopsis: MĂ©decin-chef dans un Ă©minent hĂ´pital, Susan Wheeler s’alarme d’une sĂ©rie de cas de coma inexpliquĂ©s survenus durant l’annĂ©e Ă©coulĂ©e. Toujours plus suspicieuse, surtout depuis la mort subite de son amie d’enfance, elle s’efforce de convaincre son compagnon que sa paranoĂŻa n’est pas qu’un dĂ©lire de l’imaginaire. 

Dans un premier temps - passionnant, Crichton retranscrit, avec un rĂ©alisme chirurgical, la lente dĂ©rive morale d’une femme en proie au doute, Ă  mesure que s’Ă©paissit le voile de mystère autour de ces morts cĂ©rĂ©brales. Le film joue d’abord la carte de la suggestion avec un souci documentaire impressionnant. C’est la grande force du rĂ©cit : cultiver l’angoisse sourde, l’inquiĂ©tude rampante, Ă  travers indices maigres et Ă©nigmes suspendues, sans sombrer dans les artifices Ă©culĂ©s du genre. 


L’amant de Susan (sobrement incarnĂ© par le jeune Michael Douglas), figure ambivalente, vacille entre tendresse distante et rĂ©sistance sceptique, ce qui densifie encore le rĂ©cit. On ne sait s’il la croit, ou s’il cache une part d’ombre dans cette affaire de trafics de cadavres. Subtilement anxiogène, peuplĂ© de figures troubles - collègues, supĂ©rieurs, hommes en blouse blanche au sourire trop poli - Morts suspectes distille un suspense progressif, Ă  mesure que Susan s’enfonce dans l’illĂ©galitĂ© pour toucher du doigt une vĂ©ritĂ© terrifiante. La seconde partie, autrement plus haletante et nerveuse dans sa mĂ©canique de survie, dĂ©ploie une tension suffocante lors d’une traque tentaculaire. Susan, proie lucide, brave chaque couloir, chaque sous-sol, chaque conduit glacial, pour dĂ©jouer l’ennemi et repĂ©rer le nid du poison : le monoxyde de carbone.
 
Michael Crichton orchestre un cauchemar clinique sans rĂ©pit, oĂą le dĂ©cor hospitalier devient prison, piège, labyrinthe. Si le deuxième acte flirte agrĂ©ablement avec le conventionnel, la maĂ®trise technique et le rythme implacable maintiennent l’adrĂ©naline jusqu'au gĂ©nĂ©rique libĂ©rateur. Le climax, Ă©prouvant, nous laisse suspendus au souffle fragile de Susan sur une table d’opĂ©ration, menacĂ©e Ă  son tour. Ultime suspense Hitchcockien d'une tension affolante, notamment auprès de l'appui d'un tĂ©moin capital. 


Formidable machine Ă  suspense, implacablement menĂ©e, agrĂ©mentĂ©e de pĂ©ripĂ©ties tendues et de pointes d’anticipation dĂ©rangeantes, Morts suspectes explore la corruption mĂ©dicale, les savants fous et la marchandisation de la vie au cĹ“ur d’un monde froidement moderne. Servi par une distribution solide - en tĂŞte, Geneviève Bujold, viscĂ©rale, Ă©motive, combative - ce classique des seventies conserve, cinq dĂ©cennies plus tard, toute sa force et son pouvoir de fascination.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.08.25. Vostf. 4èx

jeudi 12 octobre 2017

MAIS OU EST DONC PASSEE LA 7E COMPAGNIE ?

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Lamoureux. 1973. France. 1h29. Avec Jean Lefebvre, Pierre Mondy, Aldo Maccione,
Robert Lamoureux, Pierre Tornade, Jacques Marin, Marcelle Ranson-Hervé, Érik Colin.

Sortie salles France: 13 Décembre 1973

FILMOGRAPHIERobert Lamoureux est un acteur, humoriste, auteur dramatique, réalisateur, poète, parolier et scénariste français, né le 4 janvier 1920 à Paris et décédé le 29 octobre 2011 à Boulogne-Billancourt. 1960 : Ravissante. 1960 : La Brune que voilà. 1973 : Mais où est donc passée la septième compagnie ? 1974 : Impossible... pas français. 1975 : On a retrouvé la septième compagnie. 1975 : Opération Lady Marlène. 1977 : La Septième Compagnie au clair de lune.


Juin 1940. A la suite de la capture de la 7è compagnie par les allemands, trois soldats rĂ©fugiĂ©s dans une forĂŞt tentent d'Ă©chapper Ă  l'ennemi avec l'aide du lieutenant Duvauchel, rescapĂ© d'un crash d'avion. Au fil de leur escapade semĂ©e d'heureuses et mauvaises rencontres, puis dans un concours de circonstances alĂ©atoires, ils parviennent in extremis Ă  libĂ©rer leur compagnie. 


Comédie troupière d'une rare indigence et platitude par son cheminement routinier, Mais ou est donc passé la 7è compagnie ? est à mon sens l'une des plus racoleuses arnaques du cinéma français ! Faute d'une réalisation académique peu inspirée, d'un scénario linéaire exploitant fort maladroitement péripéties cocasses, gags adipeux et rebondissements ballots, et d'aimables têtes d'affiche batifolant dans leur accoutrement militaire avec une verve crédule. Seule la présence furtive de Jacques Marin dans le rôle d'un épicier collabo eut parvenu à m'arracher quelques sourires lors d'une séquence de racket alimentaire perpétrée par nos trois franchouillards déguisés en allemands.


Insipide, soporifique et déprimant alors que deux autres suites verront le jour avec plus (le 2è opus) ou moins (le 3è) de succès commercial.

Eric Binford.

mercredi 11 octobre 2017

37°2 LE MATIN

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de Jean Jacques Beinex. 1986. France. 1h56/3h01. Avec Jean-Hugues Anglade, Béatrice Dalle, Gérard Darmon, Consuelo de Haviland, Clémentine Célarié, Jacques Mathou, Claude Aufaure.

Sortie salles France: 9 Avril 1986 (Int - de 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean-Jacques Beineix, nĂ© le 8 octobre 1946 Ă  Paris est un rĂ©alisateur, dialoguiste, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma français. 1977 : Le Chien de M. Michel (court-mĂ©trage). 1980 : Diva. 1983 : La Lune dans le caniveau. 1986 : 37°2 le matin. 1989 : Roselyne et les Lions. 1992 : IP5 : L'Ă®le aux pachydermes. 2001 : Mortel transfert


Film culte de la gĂ©nĂ©ration 80 ayant rassemblĂ© plus de 3,6 millions de spectateurs en salles, 37°2 le Matin demeure aujourd'hui une lĂ©gende cinĂ©ma français sous l'impulsion d'un couple d'acteurs au diapason (alors qu'il s'agit de la toute première apparition de BĂ©atrice Dalle du haut de ses 22 ans !) et d'un rĂ©alisateur aussi bien ambitieux, qu'inventif et audacieux Ă  retranscrire sa fureur de vivre contemporaine. Ce dernier nous d'illustrant avec une fulgurance onirique et un parti-pris baroque la tragĂ©die romantique de Zorg et Betty communĂ©ment Ă©pris de passion dĂ©vorante dans une dĂ©sinvolture outrancière (et donc sans modĂ©ration !) au point d'y perdre la raison. Betty, trop jeune et instable, Ă©motive et si fragile sombrant peu Ă  peu Spoil ! dans une dĂ©mence irrĂ©cupĂ©rable Ă  la suite d'un tragique incident maternel Fin du Spoil. ComĂ©die bipolaire dans sa palette d'Ă©motions dichotomiques oscillant drĂ´leries dĂ©calĂ©es et dramaturgie impermanente, 37°2 le Matin distille un vent de fraĂ®cheur et de libertĂ© sĂ©millants au travers des escapades sentimentales de Zorg et Betty livrĂ©s Ă  nu (aussi bien d'un ordre corporel que moral) face Ă  une camĂ©ra elle-mĂŞme gagnĂ©e par l'ivresse de leurs dĂ©sirs !


D'un rĂ©alisme cru auprès des sautes d'humeur, caprices et crises d'hystĂ©rie que BĂ©atrice Dalle insuffle avec instinct viscĂ©ral et nĂ©vralgie troubles, le climat sensiblement ombrageux rĂ©gi autour du couple dĂ©range et fascine de manière sensitive si bien que l'actrice habitĂ©e par son rĂ´le anxiogène nous immerge en interne de ses intimes contrariĂ©tĂ©s avec une acuitĂ© Ă  la limite du supportable (du moins chez le public le plus fragile, son interdiction aux moins de 16 ans Ă©tant Ă  mon sens justifiĂ©e lors de sa sortie). Outre la prestance Ă©corchĂ©e vive des acteurs plus vrais que natures et souvent filmĂ©s dans leur plus simple appareil au sein de leur quotidiennetĂ© oisive et insouciante (et ce sans se livrer Ă  un voyeurisme complaisant !), 37°2 le Matin fait voler en Ă©clat les codes du genres avec un brio auteurisant adepte des ruptures de ton. Celui de la maĂ®trise de Jean Jacques Beinex extrĂŞmement scrupuleux et inspirĂ© Ă  contempler l'Ă©volution du couple fusionnel et de nous chavirer Ă  travers leurs Ă©bats aussi torrides que pĂ©tulants lors d'un maelstrom d'Ă©motions dont la mise en scène folingue et Ă©nergique semble animĂ©e par la mĂŞme fougue passionnelle de ces amants maudits.


La légende de Zorg et Betty
Furieusement Ă©rotique, drĂ´le et dĂ©calĂ©, voir par moments hilarant (notamment au niveau des personnages secondaires particulièrement exubĂ©rants - explosif boute-en-train GĂ©rard Darmon ! - ), dĂ©bridĂ© et truffĂ© d'insolence (noire), puis cĂ©dant en alternance et de manière progressive Ă  une dramaturgie susceptible sans se prĂŞter Ă  une caricature prĂ©visible, 37° 2 le Matin est touchĂ© par la grâce de Jean-Hugues Anglade (mĂŞme s'il s'avère un chouilla moins convaincant lors des passages les plus graves) et surtout de la divine BĂ©atrice Dalle littĂ©ralement ensorcelante de naturel, de puretĂ© et de beautĂ© fringante; et ce avant de nous anĂ©antir la raison lors de sa dĂ©liquescence mentale en perdition. Du grand cinĂ©ma fantasque et poĂ©tique aussi bien Ă©purĂ© que burnĂ© car nous transfigurant une romance vitriolĂ©e Ă  fleur de peau sous l'impulsion d'un des plus beaux couples du cinĂ©ma marginal ! Inoubliable et terriblement Ă©prouvant au point de le vivre comme un traumatisme personnel.    

A Aurélie.
Bruno Dussart.
4èx

Récompenses:
Festival des films du monde de Montréal 1986 : Grand Prix des Amériques et prix du film le plus populaire du festival
Césars 1987 : meilleure affiche pour Christian Blondel, avec un portrait de Béatrice Dalle, réalisé par le photographe Rémi Loca
Prix 1987 de la société des critiques de Boston : meilleur film en langue étrangère
Festival international du film de Seattle 1992 : prix Golden Space Needle du meilleur réalisateur (également décerné pour IP5)

mardi 10 octobre 2017

LA PLANETE DES SINGES: SUPREMATIE

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

"War for the Planet of the Apes" de Matt Reeves. 2017. U.S.A. 2h20. Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Judy Greer, Karin Konoval, Steve Zahn, Toby Kebbell.

Sortie salles France: 2 Août 2017. U.S: 14 Juillet 2017

FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 27 Avril 1966 à Rockville Centre (Etats-Unis). 1993: Future Shock (segment "Mr. Petrified Forrest"). 1996: Le Porteur. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement.


Dernier chapitre de la seconde franchise de la Planète des Singes, La Planète des singes: Suprématie relate, comme le laissait supposer la conclusion de sa 2è partie, l'épineux conflit que vont se disputer à nouveau un groupe d'humains et les singes repliés dans une immense forêt. A savoir César et ses fidèles acolytes rapidement pris à parti contre le despotisme du colonel McCullough à la tête d'une armée belliqueuse dénuée de vergogne. Toujours réalisé par Matt Reeves (responsable du second volet), celui-ci adopte aujourd'hui une mise en scène plus posée et autrement ambitieuse dans son souci circonspect de mettre en place l'intrigue et ses personnages sous le pilier d'une densité psychologique aussi intense que poignante. Tant auprès de la caractérisation fébrile mais aussi fragile de César en proie à la soumission et au venin de la haine (au point d'en faire une vengeance personnelle et de se résoudre à la solitude afin de préserver les siens !), que du colonel McCullough avide d'éradiquer les singes et donc d'asseoir sa réputation notable auprès de ses sbires impliqués dans un contexte (extrêmement précaire) de survie d'humanité.


Prenant son temps à planifier les bases de son intrigue à travers un cheminement d'errance que César et quelques comparses sillonnent de prime abord au coeur d'une nature réfrigérante (les images photogéniques distillent un dépaysement onirique parmi de vastes étendues enneigées et d'un panorama montagneux), Matt Reeves crédibilise son univers dystopique et ses héros de chair et de sang avec une émotion poignante d'une sobriété épurée (les singes numérisés sont encore plus criants d'expression humaine qu'autrefois et la fillette rescapée qu'ils entraînent avec eux ne manque pas de maturité à travers son regard enfantin découvrant compassion et différence de l'autre !). Le film adoptant par son aspect dépouillé et grave un réalisme blafard au sein du paysage formaté du blockbuster grand public. Car à travers cet inépuisable enjeu de survie que se compromettent singes et humains, La Planète des singes: suprématie surprend par son climat sombre et cafardeux d'où pointe un sentiment de désespoir sous-jacent (mais toujours plus perméable, notamment à travers l'ambiguïté de César luttant contre sa dichotomie de la haine et de l'indulgence !). Tant et si bien que le récit âpre et tendu (notamment sa seconde partie plus cruelle quant à l'asservissement des singes faisant naître ensuite une stratégie d'évasion) ne fait qu'énoncer l'éternelle déchéance morale des guerres mondiales entraînant inévitablement dans leur déchéance criminelle des instincts de suprématie, d'intolérance, de haine et de racisme (notamment sous couvert de la loi du plus fort).


"Tout pouvoir est violence"
Grand spectacle Ă©pique Ă  l'Ă©motion aussi bien contenue que fragile (son final mĂ©lancolique laisse extraire un afflux Ă©motionnel bouleversant !), La Planète des singes: SuprĂ©matie surprend par son parti-pris modeste et adulte (les scènes d'action impressionnantes ne se destinent pas Ă  renchĂ©rir bĂŞtement dans la gratuitĂ© car dĂ©pendantes des motivations des personnages) Ă  mettre en exergue une bataille aussi bien physique que morale entre un colonel couard (au final honteux de son statut de "perdant" et de dictateur !) et un primate fourbu par la violence (contagieuse) d'un monde d'inĂ©galitĂ© qu'il peine au final Ă  en saisir le sens. De ce message de tolĂ©rance dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă©mane donc une conclusion fragile emprunte de lyrisme si bien qu'elle  laisse derrière nous un sentiment d'amertume d'une vibrante Ă©motion quant Ă  l'avenir indĂ©cis (pour ne pas dire insoluble de l'homme). Reste enfin en mĂ©moire le visage meurtri (et flegme) de son porte-parole, une icone contemplative, un symbole humanitaire rongĂ© par la peine: CĂ©sar.

Eric Binford

La chronique des 2 précédents volets:
Planète des singes, les origines: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/la-planete-des-singes-les-origines-rise.html
Planète des Singes: l'affrontement (l'): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/08/la-planete-des-singes-laffrontement.html

lundi 9 octobre 2017

MA FEMME S'APPELLE REVIENS

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Patrice Leconte. 1982. 1h25. France. Avec Michel Blanc, Anémone, Xavier Saint-Macary, Christophe Malavoy, Catherine Gandois, Pascale Rocard, Michel Rivard.

Sortie salles France: 27 Janvier 1982

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


Très loin de rivaliser avec ses prĂ©cĂ©dentes rĂ©ussites que formaient fougueusement Les VĂ©cĂ©s Ă©taient fermĂ©s de l'intĂ©rieur, Les BronzĂ©s, Les bronzĂ©s font du ski et Viens chez moi, j'habite chez une copine; Ma femme s'appelle reviens est une comĂ©die terriblement plate, bâclĂ©e et sans surprise, faute d'un scĂ©nario indigent qui ne raconte rien (ou pas grand chose). Le pitch s'Ă©tirant sur seule ligne: Ă©pris d'amitiĂ©, un jeune mĂ©decin et une photographe s'Ă©paulent mutuellement Ă  la suite de leur rupture conjugale difficilement gĂ©rable. Se rapprochant amoureusement, le couple finit toutefois par renoncer depuis le retour de l'ex amant de cette dernière. Rarement, voir jamais drĂ´le (quelques scènes nous arrachent plutĂ´t les sourires) et privilĂ©giant un climat sentimental folichon, Ma Femme s'appelle reviens se repose essentiellement sur les Ă©paules de Michel Blanc et d'AnĂ©mone formant spontanĂ©ment un couple empotĂ© aussi charmant qu'attendrissant. Et donc chez les nostalgiques des annĂ©es 80, la comĂ©die amiteuse reste pour autant agrĂ©able Ă  suivre d'un oeil distrait.


Bruno Matéï

vendredi 6 octobre 2017

La Traversée de Paris

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Claude Autant Lara. 1956. France/Italie. 1h20. Avec Jean Gabin, Bourvil, Louis de Funès, Jeannette Batti, Jacques Marin, Robert Arnoux, Georgette Anys.

Sortie salles France: 26 Octobre 1956

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.

Grand classique de la comĂ©die française ayant cumulĂ© Ă  sa sortie plus de 4 893 174 entrĂ©es, La TraversĂ©e de Paris est l’occasion de rĂ©unir trois monstres sacrĂ©s du cinĂ©ma d’après-guerre : Louis de Funès (dans un rĂ´le Ă©loquent mais assez discret, il faut bien l’avouer), Bourvil et surtout Jean Gabin, formant tous deux un duo impromptu aux caractères bien trempĂ©s. TournĂ© dans un noir et blanc Ă©trangement expressionniste et envoĂ»tant — on se croirait parfois plongĂ© dans un vieux film d’Ă©pouvante de l’âge d’or —, le rĂ©cit se dĂ©roule durant l’Occupation allemande, en plein Paris, mĂŞme si la plupart des scènes furent tournĂ©es en studio.

Sous la houlette de l’Ă©picier Jambier, Martin exerce un travail clandestin : acheminer de la viande chez un revendeur, de la rue Poliveau Ă  la rue Lepic. Contraint de collaborer avec Grandgil, un inconnu abordĂ© dans un cafĂ© du coin, il va arpenter Paris la nuit avec, sous les bras, quatre valises contenant chacune de la viande de cochon. Entre prises de bec et Ă©changes plus amicaux, un pĂ©riple haletant s’ouvre Ă  eux, tandis que la police française et l’armĂ©e allemande effectuent par intermittence leurs rondes menaçantes.

ComĂ©die caustique traitant de l’illĂ©galitĂ© du marchĂ© noir dans le grave contexte de la Seconde Guerre mondiale, La TraversĂ©e de Paris emprunte le schĂ©ma d’un road movie… Ă  pied, sous l’impulsion galvanisante de deux personnages que tout oppose. Bourvil endosse le rĂ´le du faire-valoir, oscillant entre crainte, contrariĂ©tĂ©, accès d’orgueil et colères maladroites pour tenter d’intimider son complice. Face Ă  lui, l’impressionnant Jean Gabin impose un tempĂ©rament volcanique. De par sa voix Ă©raillĂ©e et sa corpulence Ă  la fois virile et râblĂ©e, il cumule brimades et jeux de manipulation envers son partenaire — et le fourbe Jambier — afin d’Ă©prouver leur courage et leur force morale.

Alternant sĂ©quences burlesques — nourries par les affrontements psychologiques exubĂ©rants que se livrent Martin et Grandgil — et moments plus sombres, notamment ce final soudainement alarmiste qui laisse planer le spectre d’exĂ©cutions sommaires, La TraversĂ©e de Paris affiche une tonalitĂ© atypique dans le paysage de la comĂ©die française des annĂ©es 50. Claude Autant-Lara parvient intelligemment Ă  orchestrer une structure narrative Ă©tonnante, d’autant plus subtile et finaude qu’elle n’y paraĂ®t — en particulier Ă  travers le personnage de Grandgil, aussi badin que manipulateur, mais non exempt d’une certaine empathie envers son compère.


DĂ©nonçant en filigrane l’hypocrisie, le profit et la lâchetĂ© de certains « pauvres » dans un contexte de survie sous l’Occupation - « ces salauds de pauvres », lâche ironiquement Grandgil Ă  deux reprises -, La TraversĂ©e de Paris utilise avec une audace presque insolente le ressort burlesque au cĹ“ur d’un climat de peur, d’inquiĂ©tude et de tension latente. Et c’est peut-ĂŞtre lĂ  toute sa force : nous faire traverser l’ombre avant de laisser surgir, presque malgrĂ© tout, l’Ă©bauche d’une amitiĂ© singulière.

Du grand cinĂ©ma aujourd’hui rĂ©volu.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
14.03.26. 3èx

jeudi 5 octobre 2017

TANDEM

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemapassions

de Patrice Leconte. 1987. France. 1h30. Avec Gérard Jugnot, Jean Rochefort, Sylvie Granotier, Julie Jézéquel, Jean-Claude Dreyfus, Ged Marlon, Marie Pillet, Albert Delpy.

Sortie salles France: 17 Juin 1987

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


Comédie dramatique sur fond de road movie à la fois caustique et insolite au sein d'une campagne grisonnante, Tandem relate le déclin d'un animateur radio, Michel Mortez, et de son ingénieur du son, Rivetot, après avoir été communément licenciés de leur émission populaire (celle-ci réunissant 3 millions de fidèles depuis plus de 20 ans !). Surpris par cette décision fortuite, Rivetot décide de cacher la vérité à Michel trop susceptible d'encaisser pareille défaite. Réunissant à l'écran deux talents hors pair sous la houlette de l'éminent Patrice Leconte, Tandem souffle le chaud et le froid dans sa palette d'émotions fougueuses et dépressives. De par la prestance empathique d'un Jean Rochefort prodigieusement fringant, altier et exubérant mais dévoilant peu à peu son désagrément au fil de son introspection morale que le réalisateur exacerbe avec pudeur contenue (notamment par le biais du jeu de miroir et de sa solitude). On est d'ailleurs dubitatif à son statut de célibat endurci au point que ce dernier aurait-il préconisé une orientation homosexuelle faute de sa grande timidité envers les femmes ? La question reste à mon sens posée car le réalisateur joue sur cette ambiguité sexuelle lors de plusieurs échanges intimes qu'il approche auprès d'une inconnue et d'une connaissance "gay" qu'il décide ce soir là de repousser. Alors qu'un peu plus tard, lors d'une conversation téléphonique fantôme, son ami Rivetot sera témoin de la supercherie d'une vie conjugale inexistante ! Dans celui de l'adjoint prévenant, faire-valoir inépuisable, Gérard Jugnot lui partage ses services et son amitié avec une tendresse introvertie si bien que celui-ci s'efforce de préserver la célébrité de son ascendant avec une attention émue.


La rage de vivre chez une France profonde en discrĂ©dit. 
Hommage aussi bien sensible que mĂ©lancolique aux losers et Ă  ces Ă©missions populaires qu'une France profonde idolâtre en lieu et place d'ennui et de divertissement, Tandem y dresse au final le douloureux portrait d'une star dĂ©chue consciente d'avoir occultĂ© une carrière autrement plus substantielle et mĂ©ritante (Rivetot stupĂ©fiĂ© d'apercevoir au domicile de Michel des centaines de livres ornant chaque pièce de l'appartement !). Sans jamais juger ce duo passionnel rĂ©putĂ© comme obsolète, Patrice Leconte en sublime leurs portraits avec une fragilitĂ© dĂ©munie, et ce avant que la dignitĂ© et la tendresse d'une vibrante amitiĂ© ne s'y consolide en guise d'au-revoir. Soutenu par l'inoubliable tube Il Mio Rifugio de Richard Cocciante (spĂ©cialement Ă©crit pour le film), Tandem dĂ©veloppe une Ă©motion bipolaire dĂ©routante et rigoureuse (notamment de par sa mise en scène auteurisante qu'on a un peu de mal au dĂ©part Ă  apprivoiser) au grĂ© du cheminement initiatique de ces deux paumĂ©s avides d'amour, de rĂ©ussite, de libertĂ© et surtout de reconnaissance.

Bruno Matéï