mercredi 13 décembre 2017

UNE EPOQUE FORMIDABLE

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmsbonheur.com

de Gérard Jugnot. 1991. France. 1h36. Avec Gérard Jugnot, Richard Bohringer, Victoria Abril, Ticky Holgado, Chick Ortega, Roland Blanche, Éric Prat.

Sortie salles France: 19 Juin 1991

FILMOGRAPHIEGĂ©rard Jugnot est un acteur, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur français, nĂ© le 4 mai 1951 Ă  Paris en France. 1984 : Pinot simple flic. 1985 : Scout toujours... 1988 : Sans peur et sans reproche. 1991: Une Ă©poque formidable. 1994 : 3000 scĂ©narios contre un virus : La Pharmacie. 1994 : Casque bleu. 1996 : Fallait pas !... 2000 : Meilleur Espoir fĂ©minin. 2002 : Monsieur Batignole. 2005 : Boudu. 2009 : Rose et Noir. 2017 : C'est beau la vie quand on y pense.


Première incursion dans la comĂ©die dramatique en tant qu'acteur et rĂ©alisateur après s'ĂŞtre prĂŞtĂ© Ă   trois comĂ©dies populaires, GĂ©rard Jugnot surprend Ă©tonnamment avec Une Epoque formidable. Prenant pour thèmes la crise du chĂ´mage (ciblant toutes les couches sociales), la dĂ©mission parentale et la misère humaine du point de vue des "sans domicile fixe", Une Epoque formidable (titre on ne peut mieux idoine par son esprit caustique !) ne sombre jamais dans le misĂ©rabilisme et la sinistrose pour susciter une poignante Ă©motion. A contrario, Jugnot, acteur spontanĂ© et rĂ©alisateur affĂ»tĂ©, gageant sur le ton cocasse des situations marginales afin d'y allĂ©ger sa dramaturgie politiquement incorrecte. Cadre dans une entreprise, Michel Berthier est mis Ă  la porte du jour au lendemain. Honteux de son limogeage, il l'occulte Ă  son Ă©pouse au moment mĂŞme oĂą une violente dispute Ă©clate entre eux. PĂ©tri d'orgueil et de colère impulsive, il finit par quitter son foyer. Au fil de ses errances urbaines, il tombe sur un quatuor d'attachants clochards pour autant peu recommandables. 


Evitant agrĂ©ablement les clichĂ©s du pathos, de la caricature et des situations convenues, GĂ©rard Jugnot opte pour l'anticonformisme dans sa peinture sociĂ©tale d'SDF sur la corde raide. Celle de leur refuge (presque inĂ©vitable) vers la dĂ©linquance Ă©tonnamment dĂ©crite dans un leste dosage de rĂ©alisme (quasi documentĂ©), de pincĂ©e de poĂ©sie et de dĂ©rision. Michel sombrant dans la spirale de la maraude, du mensonge, du subterfuge et du cambriolage sous l'autoritĂ© insolente et individualiste de ses compagnons orphelins. A l'instar du toubib contestataire que Richard Borhinger incarne avec une ferveur, une verve et une esprit finaud de par sa personnalitĂ© ambivalente (puisque pĂ©tri de rage et de haine pour l'injustice et l'inĂ©galitĂ© sociales !). Ce dernier trahissant son nouvel acolyte Michel au moment d'un gros coup, et ce sans pour autant susciter un soupçon de remord. Incessamment impliquĂ©s pour l'enjeu de survie, ce n'est qu'au fil de leurs pĂ©rĂ©grinations urbaines qu'entraide et fraternitĂ© vont pouvoir fusionner au coeur d'une jungle hĂ©tĂ©roclite. La classe bourgeoise, les mĂ©dias (avides de sensationnalisme), quelques flics et commerçants n'accordant que peu de crĂ©dit ou d'empathie Ă  ces recalĂ©s de la prospĂ©ritĂ©. Michel et ses comparses s'Ă©paulant pour rĂ©apprendre Ă  (sur)vivre dans une modeste (pour ne pas dire minimaliste) simplicitĂ© et avec un sens de la dĂ©brouille aventureux. 


MenĂ© sur un rythme trĂ©pidant au fil d'un cheminement narratif regorgeant de pĂ©ripĂ©ties et rebondissements parfois dramatiques (mais jamais surchargĂ©s), Une Epoque Formidable oscille brillamment cocasserie et tendresse sous l'impulsion d'une poignĂ©e d'Ă©minents comĂ©diens parvenant rĂ©solument Ă  faire oublier leur stature mĂ©diatique. Jugnot, rĂ©alisateur, parvenant Ă  nous attacher Ă  ces marginaux impudents avec une dimension humaine poignante (mais souvent sous-jacente), Ă  l'instar des retrouvailles inespĂ©rĂ©es entre un père dĂ©semparĂ© (car destituĂ© de son identitĂ©) et son fils d'une main secourable (Julien Harlay, formidable de juste mesure dans sa requĂŞte paternelle !). Et si le happy-end (en demi-teinte) peut paraĂ®tre un brin romantisĂ©, il reste crĂ©dible et constitue par cette unique occasion une belle leçon d'amour, de pardon et de tolĂ©rance du point de vue familial. 

@ Bruno

Info subsidiaire (source Wikipedia): Dans son enquĂŞte de septembre 2014 concernant les 20 films de cinĂ©ma les plus regardĂ©s par les Français entre 1989 et 2014 lors de leur diffusion Ă  la tĂ©lĂ©vision française, MĂ©diamĂ©trie indique que le film avait Ă©tĂ© vu par 13,27 millions de tĂ©lĂ©spectateurs le 23 novembre 1993 ; il arrivait donc en 17e position de la liste des films les plus vus. 

mardi 12 décembre 2017

Incubus

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Leslie Stevens. 1966. U.S.A. 1h14. Avec William Shatner, Milos Milos, Allyson Ames, Ann Atmar, Eloise Hardt, Robert Fortier

Sortie salles France: Novembre 1966. U.S: 26 Octobre 1966

FILMOGRAPHIE: Leslie Clark Stevens IV (Leslie Stevens) est un scĂ©nariste, dramaturge et producteur de tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine nĂ© le 3 FĂ©vrier 1924, dĂ©cĂ©dĂ© le 24 Avril 1998. 1960 : PropriĂ©tĂ© privĂ©e. 1962 : Hero's island. 1965 : Incubus. 1987 : Three kinds of heat.


ExhumĂ© de l'oubli en 1998 grâce Ă  la CinĂ©mathèque Française, Incubus est l'archĂ©type par excellence du film maudit qui plus est tournĂ© en espĂ©ranto (une langue internationale peu utilisĂ©e au cinĂ©ma). Une sortie salles extrĂŞmement discrète (11 430 entrĂ©es sur notre territoire), un incendie dĂ©vastateur causant la perte de la bande originale en dĂ©pit d'une seule copie que notre cinĂ©mathèque pu sauver, la sociĂ©tĂ© Davstar qui tomba en faillite et trois comĂ©diens retrouvĂ©s morts après le tournage ! Milos Milos s'Ă©tant suicidĂ© après avoir tuĂ© sa compagne, Ann Atmar en fit de mĂŞme pour sa personne, et la fille de l'actrice Eloise Hardt fut retrouvĂ©e Ă©galement assassinĂ©e après avoir Ă©tĂ© kidnappĂ©e ! Sorti en Dvd en 2001 sous l'Ă©gide du distributeur Jean-Pierre Dionnet qualifiant l'essai comme un chef-d'oeuvre (voir son digne monologue dans les Bonus), Incubus renaĂ®t enfin de ces cendres avec une intensitĂ© Ă©lectrisante. VĂ©ritable cauchemar Ă©veillĂ© truffĂ© de sĂ©quences mystiques d'un onirisme aussi bien baroque que macabre, l'intrigue nous relate la romance improvisĂ©e entre une succube pratiquant des sacrifices humains pour le prince des tĂ©nèbres, et un jeune soldat vouĂ© Ă  la cause de Dieu que sa soeur recueillit après la guerre.


Autour de ce duo sentimental, les forces du Bien et du Mal vont se combattre jusqu'Ă  ce que l'un emporte la mise. TournĂ© dans un magnifique noir et blanc rappelant par moments les fresques du Masque du DĂ©mon de Bava, Incubus est une pure invitation au rĂŞve sous l'alchimie du Mal. Comme si Satan en personne Ă©tait descendu sur terre pour s'approprier une camĂ©ra et filmer ses mĂ©faits mortifères afin de nous les faire partager. C'est dire la puissance de son atmosphère horrifique que Leslie Stevens transfigure entre sens du cadrage alambiquĂ© et stylisme sĂ©pulcral. On s'Ă©tonne Ă©galement du jeu expressif des acteurs mĂ©connus littĂ©ralement hantĂ©s, possĂ©dĂ©s par la cause de Satan, quand bien mĂŞme le nĂ©ophyte William Shatner parvient Ă  nous faire omettre son illustre rĂ´le de Capitaine Kirk dans celui d'un soldat dĂ©vouĂ©, partagĂ© entre la passion des sentiments et la raison de Dieu qu'il se rĂ©signe finalement Ă  sauvegarder en dernier ressort. Si l'intrigue simpliste (Ă©paulĂ©e d'une sublime rĂ©surrection assez latine) avait gagnĂ©e Ă  ĂŞtre plus dense, l'aspect captivant de sa romance Ă  la fois hĂ©sitante et Ă©quivoque, et sa fulgurance formelle tout droit sortie d'un authentique cauchemar (qu'on aurait donc gravĂ© sur pellicule) emportent tout sur son passage. D'autant plus que le jeu bougrement inquiĂ©tant des seconds-rĂ´les nous magnĂ©tise par leur capacitĂ© Ă  nous faire croire (sans effet de manche) Ă  leur foi surnaturelle (vision dĂ©rangeante oh combien crĂ©pusculaire d'un bouc Ă  l'appui).


VĂ©ritable ovni infortunĂ© condamnĂ© Ă  la solitude, Ă  l'isolement et Ă  la damnation si je me rĂ©fère aux circonstances tragiques des suites du tournage, Incubus demeure une perle rare, le prĂ©curseur du Folk horror dans son dĂ©sir d'y rationaliser une expĂ©rience sataniste imprĂ©gnĂ©e de mystère diffus et de visions occultes (notamment l'exhumation d'un incube) que l'on croirait extirpĂ©es de l'Enfer. A dĂ©couvrir d'urgence pour les vrais initiĂ©s d'ambiance funèbre, cas de figure autonome et (si) inspirĂ© de la divinitĂ© du Mal constamment aux aguets Ă  Ă©pier nos failles et faiblesses. 

 @ Bruno
11.01.24. 
20.04.25. 4èx. 

lundi 11 décembre 2017

SEULE DANS LA NUIT

                                       Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

"Wait Until Dark" de Terence Young. 1967. U.S.A. 1h47. Avec Audrey Hepburn, Alan Arkin, Richard Crenna, Efrem Zimbalist Jr., Jack Weston, Samantha Jones.

Sortie salle France: 11 Septembre 1968. U.S: 26 Octobre 1967.

FILMOGRAPHIETerence Young est un scénariste et réalisateur britannique, né le 20 juin 1915 à Shanghai, Chine, décédé le 7 septembre 1994 à Cannes d'une crise cardiaque.1946 : La gloire est à eux. 1948 : L'Étrange Rendez-vous. 1948 : One Night with You. 1949 : Les Ennemis amoureux. 1950 : Trois des chars d'assaut. 1951 : La Vallée des aigles. 1952 : The Tall Headlines. 1953 : Les Bérets rouges. 1955 : La Princesse d'Eboli. 1955 : Les Quatre Plumes blanches. 1956 : Safari. 1956 : Zarak le valeureux. 1957 : Au bord du volcan. 1958 : La Brigade des bérets noirs. 1959 : Serious Charge. 1960 : La Blonde et les nus de Soho. 1961 : 1-2-3-4 ou les Collants noirs. 1961 : Les Horaces et les Curiaces. 1962 : James Bond 007 contre Dr No. 1963 : Bons Baisers de Russie. 1965 : Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965 : Guerre secrète. 1965 : Opération Tonnerre. 1966 : Opération Opium. 1967 : Peyrol le boucanier. 1967 : La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967 : Seule dans la nuit. 1968 : Mayerling. 1969 : L'Arbre de Noël. 1970 : De la part des copains. 1971 : Soleil rouge. 1972 : Cosa Nostra. 1974 : Les Amazones. 1974 : L'Homme du clan. 1977 : Woo fook. 1979 : Liés par le sang. 1981 : Inchon. 1983 : La Taupe. 1988 : Marathon.


Classique des Seventies, Seule dans la nuit est un superbe thriller d'angoisse exploitant Ă  merveille le cadre exigu d'un appartement tamisĂ©. Celui d'une jeune aveugle contrainte de s'y cloisonner car constamment persĂ©cutĂ©e par un trio de trafiquants Ă  la recherche d'une poupĂ©e bourrĂ© d'hĂ©roĂŻne. Le rĂ©alisation parvenant facilement Ă  nous familiariser dans ce dĂ©corum par le biais de dĂ©tails domestiques qui auront pour la plupart une certaine importance dans le dĂ©roulement de l'action. Nanti d'une atmosphère d'insĂ©curitĂ© sous-jacente puis tangible au fil du cheminement de survie de Susy en proie Ă  une intimidation toujours plus agressive, Seule dans la nuit parvient efficacement Ă  captiver sous le pilier d'un scĂ©nario machiavĂ©lique semĂ© de rebondissements et d'idĂ©es retorses. Notamment l'intrusion de cette jeune ado impertinente (qu'endosse dans une Ă©tonnante spontanĂ©itĂ© Julie Herrod) qui va peu Ă  peu (et en guise de pardon pour son comportement indocile) prĂŞter main forte Ă  Susy avec un sens de bravoure assez couillu. L'empathie amicale Ă©prouvĂ©e pour celles-ci fonctionnant Ă  merveille dans leur esprit subitement commun de solidaritĂ©.


Un habile moyen de relancer l'action vers une direction plus alarmiste lorsque Susy s'apercevra du traquenard nĂ©gociĂ© dans son cadre domestique, et ce par la cause d'une poupĂ©e devenue introuvable que son mari absent aura Ă©garĂ©. Prenant pour cadre claustro cette unitĂ© de lieu et de temps, l'intrigue se focalise essentiellement sur ces rapports de force psychologiques entre nos 3 malfrats, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  s'approprier la poupĂ©e, et Susy, parvenant grâce Ă  sa cĂ©citĂ© puis Ă  Gloria (sa voisine de palier fureteuse) Ă  dĂ©couvrir leur stratĂ©gie perfide de communication avec un sens de l'intuition et de l'orientation clairvoyant. Outre le caractère haletant du suspense rondement menĂ© autour de cette victime singulière prise Ă  parti avec trois usurpateurs (Richard Crenna, Jack Weston et surtout l'inquiĂ©tant Alan Arkin se disputent la vedette avec un charisme viril patibulaire dans leur esprit insidieux d'autoritĂ©), Seule dans la Nuit parvient Ă  exacerber son angoisse ouatĂ©e auprès d'une dernière partie nocturne, jeu de cache-cache entre la victime et le tueur. Terence Young parvenant Ă  inverser les rĂ´les autour d'une confrontation physique se dĂ©roulant dans la pĂ©nombre puis le noir parmi l'inventivitĂ© de dĂ©tails domestiques (couteau de cuisine, bidon d'essence, lumière de frigo, foulard) compromis Ă  l'action horrifique. Quand bien mĂŞme, et sans que l'hĂ©roĂŻne ne s'en aperçoive un seul instant, un cadavre Ă©tait secrètement planquĂ© Ă  proximitĂ© d'elle afin de dramatiser l'atmosphère feutrĂ©e.


IlluminĂ© par la prĂ©sence aussi bien chĂ©tive que pugnace d'Audrey Hepburn parfaitement Ă  l'aise  dans son rĂ´le d'handicapĂ©e en initiation hĂ©roĂŻque (elle Ă©tait en faite Ă©quipĂ©e de lentilles pour mieux se prĂŞter au jeu de la cĂ©citĂ© !), Seule dans la Nuit redore le genre du thriller avec originalitĂ© et savoir-faire. Terence Young plutĂ´t avisĂ© Ă  charpenter son rĂ©cit gĂ©rant efficacement l'espace et l'action (si bien qu'on en oublie très vite sa facture théâtrale) autour d'une atmosphère opaque assez magnĂ©tique. A l'instar du score discret mais si inquiĂ©tant de Henry Mancini rappelant en intermittence le cĂ´tĂ© vĂ©nĂ©neux de la situation (atypique) de prise d'otage. 

@ Bruno
3èx

vendredi 8 décembre 2017

MOTHER !

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Darren Aronofsky. 2017. U.S.A. 2h01. Avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Domhnall Gleeson, Brian Gleeson.

Sortie salles France: 13 Septembre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 15 Septembre 2017 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Darren Aronofski est un réalisateur américain né le 12 février 1969 à Brooklyn (New York). Il travaille aussi en tant que scénariste et producteur. 1998 : π, 2000 : Requiem for a dream, 2006 : The Fountain, 2009 : The Wrestler, 2010 : Black Swan. 2014: Noé. 2017: Mother !


On n'est pas obligé de comprendre pour aimer, l'important c'est de rêver. David Lynch.
Abasourdi, sonnĂ©, troublĂ©, en perte de repères alors que le gĂ©nĂ©rique lĂ©nifiant continue de dĂ©filer sous mes yeux ! Je sors psychologiquement Ă©reintĂ© de la projo de Mother ! après avoir subi une expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique aussi rigoureuse que profondĂ©ment fascinante. Et ce en dĂ©pit de l'ultra violence de certaines scènes horrifiques que l'on croirait extraites d'un enfer de Dante, et de l'effluve de son climat oppressant littĂ©ralement vertigineux si bien que je n'avais pas Ă©prouvĂ© un malaise aussi bien viscĂ©ral que cĂ©rĂ©bral depuis le blasphĂ©matoire l'Exorciste (c'est peu de le dire et donc Ă  marquer d'une pierre blanche !). Le pitch: un couple, une jeune femme qu'on appellera "mère" (car on ignore son nom) et son compagnon, un Ă©crivain, vivent paisiblement dans une demeure bucolique jusqu'au jour oĂą un Ă©trange inconnu frappe Ă  leur porte. Accueilli avec hospitalitĂ© par l'Ă©crivain, la mère se demande quel est le sens de sa si grande gĂ©nĂ©rositĂ©. Quand bien mĂŞme on apprendra un peu plus tard que l'Ă©tranger possède dans sa poche une photo de l'Ă©crivain. Le lendemain, c'est l'Ă©pouse de l'inconnu qui s'invite Ă  son tour Ă  leur foyer. Peu Ă  peu, la mère Ă©prise de malaise et de crise sombre dans une paranoĂŻa en roue libre au fil de rencontres impromptues aussi bien impudentes qu'hostiles. A la croisĂ©e du cinĂ©ma de Lynch et surtout de Polanski (on peut clairement citer les rĂ©fĂ©rences Rosemary's Baby, le Locataire et RĂ©pulsion pour ces thèmes imputĂ©s Ă  la paranoĂŻa, la timiditĂ©, l'isolement, le repli sur soi, la peur de l'Ă©tranger - ou plus prĂ©cisĂ©ment celle du voisin - et la crainte de l'enfantement parmi l'iconographie d'un fanatisme occulte, voir religieux), Mother ! est une expĂ©rience cauchemardesque sans retenue ! (ou si peu).


Mother's Baby.
Darren Aronofski, en pleine possession de ses moyens, nous livrant une rĂ©alisation hyper maĂ®trisĂ©e lorsqu'il s'agit de nous immerger dans l'introspection morale d'une mère livrĂ©e Ă  la dĂ©pression et la paranoĂŻa, faute d'un mari Ă©goĂŻste et condescendant privilĂ©giant son addiction pour la cĂ©lĂ©britĂ© au mĂ©pris de l'amour. Purement mĂ©taphorique de la 1ère Ă  la dernière image, et donc multipliant Ă  l'infini les divers niveaux de lecture (certains y voient une interprĂ©tation biblique ou Ă©colo contre dame-nature, d'autres politique), Mother ! est avant tout une Ă©preuve Ă©motionnelle Ă  rude Ă©preuve dans son art de distiller une angoisse sensorielle permanente sous l'impulsion d'une bande-son stridente incroyablement limpide ! Le film parvenant littĂ©ralement Ă  provoquer un malaise dĂ©pressif dans la facultĂ© innĂ©e du rĂ©alisateur Ă  nous plonger dans l'esprit nĂ©vrosĂ© de l'hĂ©roĂŻne par le biais de plans larges oĂą chaque pore du visage de Jennifer Lawrence transpire l'anxiĂ©tĂ©, la peur, la colère et le semblant de folie contagieuse ! Fragile, dĂ©munie, timorĂ©e, car inscrite dans la pudeur et si intègre, Jennifer Lawrence donne du corps et du coeur Ă  son personnage fĂ©brile avec une vĂ©ritĂ© humaine terriblement Ă©prouvante ! Sa plongĂ©e vertigineuse dans l'incomprĂ©hension et la folie nous saisissant d'effroi au grĂ© des comportements dĂ©rangeants car indociles d'hĂ´tes dĂ©sinvoltes fanatisĂ©s par la luxure, l'effronterie et la cĂ©lĂ©britĂ© ! Au-delĂ  de sa facture visuelle Ă©tourdissante de brio Ă  donner vie Ă  un environnement d'insĂ©curitĂ© Ă©thĂ©rĂ© ou graphique (photo sepia Ă  l'appui afin de renforcer son climat claustro toujours plus irrespirable) et d'une direction d'acteurs hors pair (Javier Bardem est notamment effrayant d'ambiguĂŻtĂ© et d'hypocrisie Ă  daigner protĂ©ger sa bien aimĂ©e afin d'amorcer son nouveau roman, Michelle Pfeiffer est dĂ©testable d'arrogance et de dĂ©sinvolture !), Darren Aronofski aborde une rĂ©flexion sur l'addiction de la cĂ©lĂ©britĂ© lorsque l'Ă©crivain ne peut que poursuivre son talent en se nourrissant de l'amour des autres. Toujours plus Ă©goĂŻste et capricieux, ce dernier assujetti Ă  sa crĂ©ation artistique s'abreuvant de l'amour et du soutien de son Ă©pouse pour retrouver l'inspiration d'un nouveau best-seller.


Un film mutant au climat de folie et de terreur dĂ©pravĂ©es oĂą les esprits fonctionnent entre dĂ©mence et provocation. 
Cauchemar sur pellicule proprement hallucinogène (le film fait clairement l'effet d'un bad trip sous acide au point de perdre pied avec notre rĂ©alitĂ© !), Mother ! ne nous laisse aucun rĂ©pit pour nous entraĂ®ner dans la descente aux enfers "morale" d'une mère avide de grossesse mais discrĂ©ditĂ©e par un mari cannibale oĂą seul compte son Ă©gotisme. Eprouvant, traumatisant, sensoriel, ensorcelant, magnĂ©tique, rĂ©vulsif, voir limite expĂ©rimental (me souffle mon amie Nelly !) Mother ! laisse en Ă©tat de choc et d'Ă©puisement par le biais d'une allĂ©gorie sur une nature humaine avide d'amour et de reconnaissance mais destituĂ©e de son Ă©gocentrisme. Film monstre tentaculaire sur l'Ă©ternelle procrĂ©ation afin de prĂ©server le devenir de l'humanitĂ©, ce chef-d'oeuvre funèbre extĂ©riorise le vampirisme de nos civilisations modernes fanatisĂ©es par la religion, le goĂ»t de la violence, l'irrespect de l'autre (dont celle de la nature) et l'instinct pervers de la possessivitĂ©. Une oeuvre hybride maudite (puisque incomprise et inĂ©vitablement conçue pour diviser) qui fera date dans son genre inclassable. 
Pour public averti 

P.S: par pitié, un Oscar pour Jennifer Lawrence !

@ Bruno

jeudi 7 décembre 2017

THELMA. Prix du Jury et du Meilleur Scénario, Catalogne 2017.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Joachim Trier. 2017. Norvège/Suède/Danemark/France. 1h56. Avec Eili Harboe, Kaya Wilkins, Henrik Rafaelsen, Ellen Dorrit Petersen, Grethe Eltervåg

Sortie salles France: 22 Novembre 2017. Norvège: 15 Septembre 2017

FILMOGRAPHIE: Joachim Trier est un réalisateur et scénariste norvégien, né à Copenhague en 1974. 2006: Reprise. 2011: Oslo, 31 août. 2015: Back Home. 2017: Thelma.


Variation auteurisante de Carrie sans pour autant singer le chef-d'oeuvre de Brian De Palma, Thelma fait presque office d'ovni par son climat d'Ă©trangetĂ© ouatĂ© aussi bien baroque qu'onirique (notamment au grĂ© des Ă©treintes vĂ©nĂ©neuses que s'Ă©changent sensuellement les deux hĂ©roĂŻnes ou encore avec l'iconographie de sa nature vĂ©gĂ©tative superbement contrastĂ©e d'une photo limpide !). ExarcerbĂ© du jeu nuancĂ© de l'Ă©purĂ©e Eili Harboe (prix d'interprĂ©tation oh combien mĂ©ritĂ© au Festival de Mar del Plata !) portant littĂ©ralement le film sur ses Ă©paules tĂ©nues, et de la rĂ©alisation sans fard de Joachim Trier brossant avec retenue le portrait d'une jeune catholique en proie Ă  l'Ă©mancipation, Thelma envoĂ»te avec une intelligence peu commune pour le genre ludique. Car sous ses allures de film fantastique Ă  la fois trouble et inquiĂ©tant s'y extrait un drame psychologique vigoureux oĂą le puritanisme religieux pourrait ĂŞtre le catalyseur des pouvoirs tĂ©lĂ©kinĂ©siques de Thelma. Jeune solitaire partie Ă©tudier Ă  Oslo en toute autonomie, Thelma fait la rencontre de Anja avec qui elle finit par avoir une relation amoureuse. InfluencĂ©e par celle-ci et ses amies, elle cède aux plaisirs interdits (alcool, sexe, drogue) depuis l'absence parentale. Mais sans raison apparente, Thelma souffre de violents malaises semblables Ă  la crise Ă©pileptique. Elle dĂ©cide de consulter un spĂ©cialiste afin d'Ă©lucider son inexplicable pathologie. 


Epousant le parti-pris de conter son histoire avec refus du spectaculaire, et ce en dépit de certaines séquences impressionnantes par sa froideur réaliste (celles du nourrisson provoquant un malaise des plus malsains), Thelma fait preuve de dextérité et d'imagination pour renouveler son thème surnaturel par le biais de la métaphore. Le récit cultivant plusieurs niveaux de lectures, tel celui de l'extériorisation d'une catholique trop longtemps bercée dans un enseignement rigoriste mais aujourd'hui délibérée à accomplir son destin après s'être débarrassée de ses démons que ses parents lui auront inculqué depuis sa trouble enfance. Emaillé d'indices que Joachim Trier dévoile au compte-goutte au fil de flash-backs toujours plus obscurs, Thelma provoque une impression d'étrangeté indicible par son atmosphère éthérée, notamment grâce au magnétisme d'Eili Harboe endossant son personnage torturé avec profond humanisme car d'une fragile sensibilité. De par son caractère introverti hanté par la peur de commettre l'interdit, celle-ci semble vouée à l'autosuggestion dans sa psychologie aussi torturée que complexe (notamment sa jalousie - parfois inconsciente - éprouvée auprès de son frère durant son enfance dépressive). La caméra observant ses agissements et caressant son visage avec une pudeur réservée afin de mettre en exergue son désarroi moral, son malaise identitaire de se réduire à une victime potentiellement irrécupérable.


RĂ©cit fantastique inquiĂ©tant semĂ© d'interrogations quant Ă  la nature rĂ©elle des Ă©vènements parfois dĂ©crits avec un onirisme baroque, drame cĂ©rĂ©bral d'une intensitĂ© assez rigoureuse quant au portrait dĂ©muni d'une Ă©tudiante chrysalide en voie de rĂ©mission, Thelma laisse une marque tangible dans l'encĂ©phale grâce Ă  l'ambition de sa rĂ©alisation autonome et Ă  l'interprĂ©tation toute en finesse d'Eili Harboe crevant l'Ă©cran avec une trouble sobriĂ©tĂ© (il faut la voir pleurer face camĂ©ra dans sa nature prude, Ă©rudite et docile en Ă©ludant toute forme de sensiblerie). Pour les amateurs de Fantastique adulte et Ă©thĂ©rĂ©, l'oeuvre gracile du norvĂ©gien Joachim Trier ne doit pas ĂŞtre occultĂ©e ! 

@ Bruno

Récompenses: Festival international du film de Catalogne 2017 : Prix spécial du jury et Prix du meilleur scénario.
Festival international du film de Mar del Plata 2017 : Astor de la meilleure actrice pour Eili Harboe

mercredi 6 décembre 2017

DETROIT

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Kathryn Bigelow. 2017. U.S.A. 2h23. Avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore, Jason Mitchell, Hannah Murray, Kaitlyn Dever, Jack Reynor.

Sortie salles France: 11 Octobre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 4 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.


Une histoire amĂ©ricaine. 
BrĂ»lot anti-raciste d'un rĂ©alisme documentĂ© constamment impressionnant (camĂ©ra Ă  l'Ă©paule et images d'archives rĂ©currentes Ă  l'appui en nous tĂ©lescopant fiction et rĂ©alitĂ©), Detroit est une Ă©preuve cinĂ©matographique d'une intensitĂ© parfois insupportable. Tout du moins c'est ce que nous rĂ©vĂ©lera son Ă©prouvant (car interminable) second acte lors de stratĂ©gies de manipulation et de soumission que la police d'Ă©tat va employer avec une dictature fascisante (aussi improbable soit son contexte ubuesque si bien que le vĂ©ritable coupable recherchĂ© n'est qu'un usurpateur inconsĂ©quent !). VĂ©ritable descente aux enfers auprès d'une communautĂ© noire discrĂ©ditĂ©e par leur couleur de peau, Kathryn Bigelow nous immerge de plein fouet au sein d'un huis-clos "horrifique" (le terme n'est pas racoleur croyez moi !) entièrement bâti sur l'aspect Ă©hontĂ© du "fait-divers". Durant les Ă©meutes de Juillet 67 consistant Ă  protester contre la discrimination d'une police rĂ©actionnaire, une poignĂ©e d'afros-amĂ©ricains est prise en otage au sein d'un motel depuis l'Ă©ventuelle complicitĂ© d'un tireur parmi eux. Clamant dĂ©sespĂ©rĂ©ment leur innocence parmi le tĂ©moignage aussi dĂ©muni de deux blanches ayant prĂ©alablement sympathisĂ© avec eux, trois policiers vont finalement cĂ©der Ă  leurs pulsions meurtrières lors d'un interrogatoire psychorigide.  


Film choc s'il en est, de par son contexte de crise sociale au sein d'une AmĂ©rique aussi bien intolĂ©rante qu'inĂ©quitable auprès des migrants noirs (sa première partie retraçant avec souci historique les premières Ă©meutes de Juillet 67 avec son lot de violences policières imposĂ©es Ă  la matraque et Ă  l'arme Ă  feu) et l'Ă©volution dramatique qui s'ensuit lors d'une nuit urbaine explosive (l'Ă©tat d'urgence fut dĂ©crĂ©tĂ©e et l'armĂ©e en masse sillonne chaque quartier depuis les vols, effractions et incendies dans les commerces), Kathryn Bigelow n'y va pas avec le dos de la cuillère pour fustiger les mĂ©thodes putassières de certains policiers se vautrant dans l'intimidation et la tyrannie criminelles. S'efforçant studieusement de dĂ©crire le chemin de croix physique et morale d'otages juvĂ©niles assujettis Ă  leurs abus de pouvoir, Detroit dresse le portrait dĂ©risoire (pour ne pas dire scandaleux) d'une AmĂ©rique couarde et orgueilleuse incapable de reconnaĂ®tre ses torts car prĂ©fĂ©rant se voiler la face d'une vĂ©ritĂ© innommable. C'est ce que le troisième acte imputĂ© au procès judiciaire nous dĂ©voilera avec une amertume difficilement digĂ©rable notamment lorsque l'on apprend la destinĂ©e des survivants  littĂ©ralement traumatisĂ©s par leur Ă©preuve de force prĂ©alablement rĂ©duite Ă  l'Ă©tat d'esclave.


L'Amérique Interdite
De par son thème dĂ©rangeant du racisme que l'AmĂ©rique actuelle ne parvient toujours pas Ă  panser ni Ă  solutionner dans ses conflits ethniques oĂą certains policiers perdurent leur abus d'autoritĂ©, Detroit rĂ©capitule avec une glaçante vĂ©ritĂ© un fait historique aberrant risquant assurĂ©ment de crĂ©er aujourd'hui la polĂ©mique au sein de son Ă©tat toujours incriminĂ© par sa sĂ©grĂ©gation. S'il n'est Ă  mon sens pas le chef-d'oeuvre annoncĂ©, Detroit n'en demeure pas moins un grand film. Un tĂ©moignage alerte et essentiel, un Ă©lectrochoc Ă©motionnel d'une intensitĂ© si Ă©pineuse qu'on ne sort pas indemne du jeu de massacre sitĂ´t le sort des survivants rĂ©pertoriĂ©s. On reste Ă©galement impressionnĂ© par sa fulgurante rĂ©alisation et distribution (aussi sobre soit-elle !), Ă  l'instar du jeu criant de vĂ©ritĂ© de Will Poulter en flicard placide au relent de sociopathie.  

@ Bruno

mardi 5 décembre 2017

DUNKERQUE.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site breageeknews.fr

de Christopher Nolan. 2017. U.S.A/Angleterre/France/Hollande. 1h47. Avec Fionn Whitehead, Tom Glynn-Carney, Jack Lowden, Harry Styles, Aneurin Barnard, James D'Arcy, Barry Keoghan, Kenneth Branagh, Cillian Murphy, Mark Rylance, Tom Hardy.

Sortie salles France: 19 Juillet 2017. U.S: 21 Juillet 2017

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre. 1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008:The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises. 2014: Interstellar.


Un modèle de mise en scène (expérimentale), une bande-son sensorielle, des images sublimes (en sus d'une photo chromée) et quelques séquences grandioses au service d'une narration sporadique déconcertante qui peine à captiver pour me laisser un goût amer d'inachevé et de frustration.

@ Bruno

lundi 4 décembre 2017

LES ENVAHISSEURS DE LA PLANETE ROUGE

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.or

"Invaders from Mars" de William Cameron Menzies. 1953. U.S.A. 1h22. Avec Helena Carter, Pat
Arthur Franz, Jimmy Hunt, Leif Erickson, Hillary Brooke, Morris Ankrum.

Sortie salles France: 22 Avril 1953

FILMOGRAPHIEWilliam Cameron Menzies est un décorateur, réalisateur, producteur et scénariste de cinéma américain, né le 29 juillet 1896 à New Haven, mort le 5 mars 1957, à Los Angeles. 1931 : Always Goodbye. 1931 : The Spider. 1932: Almost Married. 1932 : Chandu le magicien. 1933 : I Loved You Wednesday. 1934 : Wharf Angel. 1936 : Les Mondes futurs ou La Vie future. 1937 : Nothing Sacred, réalisateur seconde équipe (non crédité), réalisation William A. Wellman. 1937 : The Green Cockatoo. 1944 : Address Unknown. 1946 : Duel au soleil, non crédité, réalisation King Vidor. 1951 : Le Rocher du diable. 1951 : The Whip Hand. 1953 : Les Envahisseurs de la planète rouge. 1953 : The Maze.


Inédit en salles en France (et on le comprends après visionnage), Invaders from Mars demeure une curiosité tout juste regardable même s'il s'avère le précurseur du chef-d'oeuvre de Don Siegel, l'Invasion des Profanateurs de Sépulture. De par sa réalisation académique, une direction d'acteurs timorée et un cheminement narratif prévisible, l'intensité des enjeux tombe souvent à plat si bien que le réalisateur privilégie lors de sa dernière partie une action redondante (la traque belliqueuse sous le sablier) afin de pallier son manque de surprises. On se console alors auprès des apparitions hilarantes (et donc très Z) des Extra-terrestres affublés d'un pijama vert et sur le soin apporté aux décors (naturels et caverneux) parfois teintés d'un onirisme envoûtant. Quant à l'épilogue (involontairement) pittoresque il rappellera aux fans du genre le génialement déjanté, l'Avion de l'Apocalypse !

@ Bruno

vendredi 1 décembre 2017

LA GUERRE DES MONDES. Oscar 1954 des meilleurs effets spéciaux, Gordon Jennings

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"The War of the Worlds" de Byron Haskin. 1953. 1h25. Avec Gene Barry, Ann Robinson, Les Tremayne, Robert O. Cornthwaite, Sandro Giglio, Ann Codee, Lewis Martin.

Sortie salles France: 5 Mars 1954. U.S: 26 Août 1953

FILMOGRAPHIEByron Haskin est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste  amĂ©ricain, nĂ© le 22 avril 1899 Ă  Portland, Oregon et mort le 16 avril 1984 Ă  Montecito, États-Unis. 1927 : Ginsberg the Great. 1927 : Matinee Ladies. 1927 : Irish Hearts. 1927 : The Siren. 1943: Convoi vers la Russie. 1948 : L'Homme aux abois. 1948 : Man-Eater of Kumaon. 1949 : Too Late for Tears. 1950 : L'ĂŽle au trĂ©sor. 1951 : Tarzan's Peril. 1951 : Le Sentier de l'enfer. 1951 : La Ville d'argent. 1952 : Denver and Rio Grande. 1953 : La Guerre des mondes. 1954 : Le Roi des Ă®les. 1954 : Quand la marabunta gronde. 1954 : Long John Silver. 1955 : La ConquĂŞte de l'espace. 1956 : The First Texan. 1956 : The Boss. 1958 : De la Terre Ă  la Lune. 1959 : Little Savage. 1959 : Bagarre au-dessus de l'Atlantique. 1960 : September Storm. 1961 : Armored Command. 1963 : Capitaine Sinbad. 1964 : Robinson CrusoĂ© sur Mars. 1968 : La Guerre des cerveaux.


Précurseur du film d'invasion extra-terrestre d'un point de vue belliqueux, La Guerre des Mondes fait aujourd'hui office de relique. Une curiosité datée faute d'un scénario sans surprise à l'enjeu dramatique dénué d'intensité et d'une caractérisation psychologique aseptique. Le réalisateur privilégiant le plus souvent la surenchère au grand dam d'une structure narrative poussive. On se console toutefois sur un ou deux moments spectaculaires à l'accent sardonique, sur la bonne volonté de certains comédiens charismatiques (notamment le héros principal), sur des FX perfectibles mais néanmoins soignés, sur la patine flamboyante de sa photo "technicolor" et sur l'apparition surprise d'une créature extra-terrestre auquel Spielberg s'est sans doute inspirée en 82 pour son chef-d'oeuvre E.T.


A rĂ©server en prioritĂ© aux nostalgiques avec une grosse dose d'indulgence selon moi mĂŞme si cette sĂ©rie B reste un modeste classique dans son genre novateur. 

@ Bruno

jeudi 30 novembre 2017

LE CHATEAU DE VERRE

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Glass Castle" de Destin Daniel Cretton. 2017. U.S.A. 2h07. Avec Brie Larson, Ella Anderson, Chandler Head, Woody Harrelson, Naomi Watts, Max Greenfield, Sarah Snook

Sortie salles France: 27 Septembre 2017. U.S: 11 Août 2017

FILMOGRAPHIEDestin Daniel Cretton est un réalisateur, producteur, monteur et scénariste américain né le 23 novembre 1978 à Haiku à Hawaï. 2002 : Longbranch: A Suburban Parable
2006 : Bartholomew's Song. 2006 : Drakmar: A Vassal's Journey. 2007 : Deacon's Mondays. 2008 : Short Term 12. 2012 : I Am Not a Hipster. 2013 : States of Grace. 2016 : Scenes for Minors. 2017 : Le Château de verre.


Abordant les thèmes de l'alcoolisme, de la marginalitĂ©, de l'Ă©ducation puis de la dĂ©mission parentale autour d'une famille dysfonctionnelle (co-existant en autarcie sauvage), Le Château de Verre pâti d'un manque Ă©vident de sincĂ©ritĂ© et de naturel, comme le soulignent les interprĂ©tations cabotines de Naomi Watts (en Ă©pouse paumĂ©e) et Woody Harrelson (en ivrogne marginal) s'efforçant de nous tirer les larmes avec un pathos trop dĂ©monstratif pour ĂŞtre honnĂŞte. Car si le rĂ©cit (inspirĂ© d'une histoire vraie) reste fort et digne d'intĂ©rĂŞt (notamment auprès de la reconstruction morale des enfants livrĂ©s Ă  eux mĂŞmes et de l'amour Ă©pineux que se dispute la fille aĂ®nĂ©e avec son père), les poncifs pullulent autour des situations conjugales et familiales en crise. Reste l'irrĂ©gularitĂ© d'une poignĂ©e de sĂ©quences touchantes inopinĂ©ment intenses, les prestances très convaincantes (car beaucoup plus sobres et rĂ©servĂ©es dans leur posture victimisĂ©e) de Brie Larson, Ella Anderson et Chandler Head endossant communĂ©ment le rĂ´le de Jeannette Walls (de l'enfance Ă  l'âge adulte) et une dernière image bouleversante, moment de dignitĂ© d'une pudeur Ă  fleur de peau (et pour le coup je me suis laissĂ© emportĂ© par un rideau de larmes).


Un mélo à l'émotion (souvent) programmée donc en manque de souffle et d'oxygène si bien que cette production typiquement hollywoodienne se contente trop facilement d'émouvoir un grand public couramment influençable.

@ Bruno

mercredi 29 novembre 2017

Rayon Laser / Laserblast

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 
 
de Michael Rae. 1978. U.S.A. 1h22. Avec Kim Milford, Cheryl Smith, Gianni Russo, Ron Masak

Sortie salles France: 27 Juin 1979. U.S: 1 Mars 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Rae est un réalisateur et producteur américain.
1978: Rayon Laser.

"Car rien ne résiste à la puissance terrifiante du RAYON LASER !
Engin diabolique qui peut tout dĂ©truire et le rend invincible…
Il peut enfin se venger de tous ceux qui l'ont humiliĂ©… et fait souffrir."

Hit vidĂ©o des annĂ©es 80, aurĂ©olĂ© par l’âge d’or d’Hollywood Video - quand bien mĂŞme sa sortie en salles US se solde par un joli succès inespĂ©rĂ© - Rayon Laser est une aberration filmique comme on en croise rarement dans le paysage chimĂ©rique.

Dans le dĂ©sert californien, après avoir Ă©liminĂ© un fugitif humanoĂŻde armĂ© d’un rayon laser, deux aliens Ă  tĂŞte de lĂ©zard retournent dans l’espace. Mais, ayant omis l’objet redoutable, ils dĂ©cident de faire demi-tour pour le rĂ©cupĂ©rer. Entre-temps, le jeune Billy, parti flâner dans le dĂ©sert, tombe sur le canon Ă  laser… et se l’encastre au bras. Dès lors, il sombre dans une emprise dĂ©moniaque, rĂ©duisant peu Ă  peu sa ville Ă  feu et Ă  cendres.

SĂ©rie Z ricaine produite par le spĂ©cialiste Charles Band, Rayon Laser est l’unique Ĺ“uvre du rĂ©alisateur Michael Rae. Et au vu du rĂ©sultat - aussi saugrenu qu’impayable - on comprend aisĂ©ment pourquoi il choisit ensuite de raccrocher les gants. 
L’intrigue, ubuesque et quasi nonsensique, se rĂ©sume souvent aux errances meurtrières d’un ado possĂ©dĂ© par son arme : un canon laser… Pendant que deux adjoints de police et un agent (gouvernemental ? mystère !) tentent tant bien que mal de l’intercepter. 

Mais grâce Ă  des situations involontairement cocasses, hilarantes, parfois mĂŞme dĂ©bridĂ©es - notamment les apparitions surprises des aliens reptiliens, habilement confectionnĂ©s en stop motion - Rayon Laser s’avère, Ă  mon humble jugement, aussi ludique que fascinant.

Du moins pour les fans indécrottables de nanars VHS, tournés avec une sincérité désarmante.
Car si la mise en scène approximative accumule les bĂ©vues, et que la direction d’acteurs laisse sĂ©rieusement Ă  dĂ©sirer, il Ă©mane de ce mĂ©trage sans prĂ©tention un charme, doublĂ© d’une anticipation horrifique presque prĂ©monitoire (un an plus tard dĂ©boulait sur les Ă©crans la matrice Alien de Scott…).

Ajoutez Ă  cela le cabotinage excentrique des comĂ©diens, tous plus attachants les uns que les autres dans leur vaine tentative de provoquer l’Ă©moi, la stupeur ou l’effroi - avec une bonhomie dĂ©licieusement ringarde.
Mention spĂ©ciale au duo de flics inconsĂ©quents, qu’on croirait tout droit sortis d’une comĂ©die de Bud Spencer et Terence Hill.
Et que dire du héros belliqueux, maudit par son arme de destruction ? Kim Milford, sosie officieux de Mark Hamill, grimace et gesticule à tout-va pour rehausser sa posture erratique, souvent jubilatoire.
Le soin accordĂ© Ă  son look - jean Ă  pattes d’eph, chemise bleue rutilante - et Ă  son canon laser (sorte de cigare Ă©lectronique improbable) en fait un archĂ©type inusitĂ©, Ă  la frontière de la BD et du trip hallucinĂ©.

Pour clore avec une touche de nostalgie, on saluera la belle ambiance Ă©lectro de la bande-son, composĂ©e par Richard Band et Joel Goldsmith (oui, le fils de Jerry !), ainsi que la photographie saturĂ©e, typiquement vintage, qui renforce encore ce goĂ»t de sĂ©rie B Ă  l’ancienne, gĂ©nĂ©reuse et dĂ©calĂ©e.
Et ce, en dĂ©pit d’un cheminement redondant, heureusement dynamisĂ© par les calembours du duo policier, l’investigation (suspicieuse) de l’agent, et les Ă©treintes romantiques de Billy et sa muse en camping sauvage… avant l’inĂ©vitable pyrotechnie du final explosif.


"Rayon Laser : brûlé vif par le nanar cosmique".
Perle culte de l’industrie de la sĂ©rie Z, Rayon Laser retrouve aujourd’hui son charme rĂ©tro et sa fonction ludique grâce Ă  la nostalgie d’une Ă©poque rĂ©volue.
Un petit mĂ©trage franchement mauvais… mais dix fois plus fun, intègre et attachant que la majoritĂ© des DTV contemporains, dĂ©nuĂ©s d’identitĂ©, d’ambition, et surtout… de grain de folie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
DĂ©but Juillet 2025. 3èx. 

mardi 28 novembre 2017

BRAWL IN CELL BLOCK 99

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site amctheatres.com

de S. Craig Zahler. 2017. U.S.A. 2h12. Avec Vince Vaughn, Jennifer Carpenter, Don Johnson, Udo Kier, Marc Blucas, Tom Guiry

Sortie salles France: prochainement. U.S: 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIE: S. Craig Zahler est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 23 Janvier 1973 Ă  Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk. 2017: Brawl in cell Block 99. 


Le pitch: A la suite d'un licenciement professionnel, Bradley, ancien malfrat, renoue avec l'illégalité afin de subsister aux besoins de sa famille. Mais lors d'une opération nocturne, un concours de circonstances meurtrières va le mener derrière les barreaux du Block 99.

2 ans après l'excellente surprise Bone Tomahawk, western horrifique justement rĂ©compensĂ© du Grand Prix Ă  GĂ©rardmer, S. Craig Zahler rend cette fois-ci hommage au film de prison par la lucarne du cinĂ©ma d'exploitation des annĂ©es 70, et ce tout en y imprimant sa propre personnalitĂ©. MĂ©ga trip Ă©motionnel conçu sur un rĂ©seau de châtiments inhumains qu'un prisonnier (rĂ©duit Ă  l'Ă©tat) primitif va endurer avant de parfaire son stratagème punitif, Brawl in cell Block 99 renouvelle les codes du drame carcĂ©ral sous l'impulsion d'une ultra violence Ă  la fois dĂ©complexĂ©e et caustique exprimĂ©e par un jeu d'acteurs aussi sobres qu'outranciers. Outre l'aspect fun des seconds-rĂ´les extravagants qu'on croirait issus d'un Nazisploitation (je songe Ă  la dĂ©froque Ă©bène des gardiens fascistes adeptes d'une torture survoltĂ©e), Vince Vaughn monopolise l'Ă©cran de sa carrure râblĂ©e et son regard impassible non dĂ©pourvu de noblesse lorsqu'il s'agit d'honorer ses codes de conduite bâtis sur la confiance, l'indulgence et le respect d'autrui. D'une rage contenue et donc d'un flegme impressionnant, l'acteur laisse ensuite exprimer un tsunami de violences d'une intensitĂ© jouissive lorsqu'il se voit contraint d'y cĂ©der faute d'un enjeu familial prĂ©caire. Et pour revenir Ă  son ultra violence gore toujours plus "second degrĂ©", le rĂ©alisateur opte pour un graphisme artisanal volontairement perfectible (exit donc tout effet numĂ©rique !), et ce afin aussi de dĂ©samorcer la brutalitĂ© d'une violence aussi bien insoutenable qu'ubuesque. On se rapproche donc au fil de l'action vers un cartoon live avec cependant une touche de rĂ©alisme inopinĂ©ment acĂ©rĂ©e ! 


Pour autant, au prĂ©alable, nous Ă©tions dĂ©jĂ  captivĂ©s par sa structure narrative finement dĂ©taillĂ©e avec un rĂ©alisme documentĂ©. S. Craig Zahler prenant son temps en premier temps Ă  planter l'intrigue et sa scĂ©nographie urbaine dans une banalitĂ© quotidienne pour y brosser le profil galvaudĂ© d'un licenciĂ© infortunĂ© renouant avec son passĂ© illĂ©gal mais nanti de principes et valeurs afin d'amadouer le spectateur. Tant auprès de sa clĂ©mence pour une question d'adultère que de son refus d'y sacrifier l'innocence lors d'une mission de routine. MaĂ®trisant scrupuleusement les faits et gestes de Bradley au sein du cocon conjugal et lors de ses transactions avec un ponte de la drogue (comptez 45 minutes avant qu'il ne pĂ©nètre dans l'enceinte du pĂ©nitencier), S. Craig Zahler parvient Ă  magnĂ©tiser l'espace grâce au jeu rigide de Vince Vaughn très impliquĂ© dans son rĂ´le de trafiquant loyal et d'une foule de seconds-rĂ´les contrairement extravagants par leur charisme patibulaire (notamment la prĂ©sence saillante de Don Johnson quasi mĂ©connaissable en directeur psycho-rigide et de l'ange diabolique Udo Kier en septuagĂ©naire pĂ©dant). Volontairement improbable quant au lieu de l'action (et revirements) se dĂ©roulant enfin dans une prison Ă  sĂ©curitĂ© maximale Ă  faire pâlir de jalousie les geĂ´liers de Midnight Express, Brawl in cell block 99 carbure ensuite Ă  l'adrĂ©naline Ă  renfort d'action dĂ©mesurĂ©e et effrontĂ©e (Bradley est littĂ©ralement increvable en n'accordant nul pitiĂ© Ă  ses ennemis !). Et ce pour le plus grand bonheur du spectateur impliquĂ© dans un cauchemar carcĂ©ral aux effluves rubigineuses, son dĂ©corum insalubre nous diluant parfois la nausĂ©e par son acuitĂ© de rĂ©alisme.


Grindhouse
Pur divertissement d'exploitation conjuguant avec intense efficacitĂ© drame carcĂ©ral, romance et action hyperbolique, Brawl in cell Block 99 laisse libre court au dĂ©fouloir d'une vendetta aussi bien sordide que jubilatoire (tous les coups sont permis jusqu'Ă  en perdre la tĂŞte !!!) tout en rendant un vibrant hommage Ă  une Ă©poque rĂ©volue (ses tubes de Soul music rappelleront bien des souvenirs aux spectateurs friands de Blaxploitation et consorts). Une bombe d'ultra violence vrillĂ©e notamment  influencĂ©e par la touche sardonique d'un Tarantino.

@ Bruno

vendredi 24 novembre 2017

Recherche Susan désespérément / Desperately Seeking Susan. Meilleure actrice: Rosanna Arquette, BAFTA Awards

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Susan Seidelman. 1985. U.S.A. 1h46. Avec Rosanna Arquette, Madonna, Aidan Quinn, Mark Blum, Laurie Metcalf, Robert Joy, Anna Levine.

Sortie salles France: 11 Septembre 1985. U.S: 29 Mars 1985

FILMOGRAPHIESusan Seidelman est une rĂ©alisatrice, productrice, scĂ©nariste, actrice et monteuse amĂ©ricaine nĂ©e le 11 dĂ©cembre 1952 Ă  Philadelphie, Pennsylvanie (États-Unis).1982 : Smithereens. 1985 : Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment. 1987 : Et la femme crĂ©a l'homme parfait. 1989 : Cookie. 1989 : She-Devil, la diable. 1992 : Confessions of a Suburban Girl. 1994 : The Dutch Master. 1995 : Pieds nus dans la jungle des studios (TV). 1996 : Tales of Erotica. 1999 : Destins de femmes (TV). 2001 : Gaudi Afternoon. 2002 : Power and Beauty (TV). 2004 : The Ranch (TV). 2005 : The Boynton Beach Bereavement Club. 2012 : Musical Chairs. 2013 : The Hot Flashes

 
"Susan Seidelman, princesse pop et fée du quiproquo".
Joli succès en salles sur notre territoire (1 904 309 entrĂ©es), mĂŞme si la prĂ©sence de la chanteuse Madonna, dans son tout premier rĂ´le, n’y est sans doute pas Ă©trangère, Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment exhale un parfum de comĂ©die policière, sous l’impulsion fringante de son duo de sĂ©ductrices : Rosanna Arquette et Madonna
 
Synopsis: Par ennui, Roberta Ă©pie un couple Ă  la faveur d’une annonce de rencontres, oĂą un prĂ©tendant s’Ă©vertue Ă  retrouver une certaine Susan. Mais un concours de circonstances malheureuses la place dans la ligne de mire d’un Ă©trange inconnu, persuadĂ© qu’elle est la chapardeuse Susan. Lors d’une violente altercation, elle chute, se cogne la tĂŞte, perd la mĂ©moire. SauvĂ©e in extremis par un jeune projectionniste, elle se fait appeler Susan, puisque c’est ainsi qu’il la nomme. Avec lui, elle s’efforce de recoller les morceaux de son identitĂ© — tout en traquant la vĂ©ritable Susan.
 

Vaudeville menĂ© tambour battant, tissĂ© de quiproquos en cascade, Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment s’Ă©panouit grâce Ă  la douce Roberta, que Rosanna Arquette incarne avec un naturel docile et timide, amnĂ©sique en quĂŞte d’elle-mĂŞme et d’Ă©mancipation, lasse d’une existence fade imposĂ©e par un mari bourgeois. Susan Seidelman, sans prĂ©tention, s’attache avant tout Ă  divertir, entre cocasserie et rebondissements impromptus, le tout sur fond de bijoux volĂ©s. Au-delĂ  du fun de cette aventure haute en couleurs, filmĂ©e dans un New Jersey bigarrĂ© (et magnifiĂ©e par les dĂ©froques excentriques de l’ère new-wave), le film doit sa fougue — et sa pĂ©tulance — Ă  l’abattage d’acteurs visiblement ravis de se laisser emporter par cette cavalcade insouciante. Le duo romantique Rosanna Arquette (sexy, candide, Ă©blouissante) et Aidan Quinn (philanthrope au regard clair) Ă©vite la caricature sucrĂ©e, prĂ©fĂ©rant la simplicitĂ© : une alchimie nĂ©e de l’incomprĂ©hension, de la suspicion, puis d’un amour fragile.

Autour d’eux, l’espiègle Susan, qu’endosse Madonna avec une dĂ©sinvolture faussement provocante, s’abandonne Ă  la flânerie et Ă  la complicitĂ© trouble de l’Ă©poux de Roberta (lui-mĂŞme en crise conjugale), tous deux s’Ă©chinant Ă  reconstituer le puzzle improbable de cette identitĂ© fuyante, aidĂ©s de commerçants et d’un policier lunatique.

 
"Quand Roberta devient Susan".
Miracle de tendresse, d’humour et de fantaisie, croisant le conte de fĂ©es et la comĂ©die policière, Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment conserve intacte sa fraĂ®cheur et son charme radieux : l’initiation d’une bourgeoise introvertie, en pleine crise identitaire, qui s’Ă©vade de sa coquille le temps d’un pĂ©riple imprudent. Ă€ revoir d’urgence : une des comĂ©dies les plus stimulantes et capiteuses des annĂ©es 80, dont la rĂ©ussite tient, subtilement, Ă  sa tonalitĂ© limpide et innocente.

@ Bruno

Récompense: BAFTA Awards, Royaume-Uni. Meilleure actrice: Rosanna Arquette

L'avis de Mathias Chaput:
Vigoureux et très dynamique, « Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment » est l’exemple typique de la comĂ©die amĂ©ricaine rĂ©ussie des annĂ©es quatre-vingts, mais, de surcroit, ce film se dote d’une histoire très originale partant d’un support pour le moins marginal : une petite annonce dans un journal !
C’est le point de dĂ©part de tout le scĂ©nario et Ă  aucun moment on ne s’ennuie, Seidelman donne un charme fou Ă  tous ses personnages et le spectateur est embarquĂ© dans un tourbillon de situations amusantes, le tout sans violence ni vulgaritĂ©…
On se plonge dans l’underground des boites de nuits branchĂ©es avec une Madonna Ă©lectrisante et sure d’elle (c’est son premier rĂ´le au cinĂ©ma, elle s’en sort parfaitement), Rosanna Arquette a une composition plus difficile Ă  jouer et elle arrive Ă  donner de la crĂ©dibilitĂ© au personnage de Roberta, sans paraĂ®tre nunuche ou ridicule…
« Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment » est un mĂ©trage vintage mais son aspect tonique permet de garder l’aura qu’il dĂ©gage et donc la qualitĂ© avec laquelle le film est perçu lui donne un intĂ©rĂŞt, Seidelman usant de techniques très bien rodĂ©es…
Le titre « Into the groove » renforce avec brio le cĂ´tĂ© hypnotique du film et le plaisir de cette plongĂ©e dans le microcosme des fĂŞtards new- yorkais apporte une jubilation au spectateur, avec l’imagerie dĂ©calĂ©e et le personnage de Gary, qui semble Ă©voluer comme un chien dans un jeu de quilles, pour qu’au final, il comprenne la dĂ©ception de sa femme et l’envie qu’elle avait de trouver plus de « pep’s », plus de folie dans son couple, chose que Gary, Ă©goĂŻste, ne pouvait lui apporter…
Il s’agit donc Ă©galement d’une chronique de mĹ“urs en plus qu’une comĂ©die et Seidelman fait preuve d’intelligence en dĂ©veloppant des thĂ©matiques comme la frustration ou la quĂŞte d’un amour revigorant mais dans une ambiance satirique et jamais prĂ©tentieuse…
On peut mĂŞme dire que « Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment » est une petite rĂ©volution pour la comĂ©die amĂ©ricaine, son style est unique et l’histoire c’est du jamais vu, Seidelman a vraiment fait preuve d’une originalitĂ© Ă©norme et sa direction d’acteurs a suivi derrière, tous les comĂ©diens Ă©tant impliquĂ©s et croyant Ă  fond dans l’ensemble…
C’est cette cohĂ©sion et cette synergie qui fait la rĂ©ussite incontestable de « Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment » un vrai plaisir cinĂ©matographique doublĂ© d’une galerie de personnages touchants et très en vogue dans les annĂ©es quatre-vingts, pĂ©riode d’insouciance et d’opulence…
Empreinte d’un fĂ©minisme appuyĂ© mais pas sectaire, cette comĂ©die romantique a plus d’un atout pour sĂ©duire les cinĂ©philes de tous horizons…
Un petit bijou Ă  la gloire de Madonna, qui allait exploser pour devenir la star planĂ©taire que l’on sait, « Recherche Susan dĂ©sespĂ©rĂ©ment » se suit avec dĂ©lectation et il est Ă©vident qu’il marqua d’une pierre blanche le milieu des annĂ©es quatre-vingts, Ă  la fois par sa prestance et son charisme…

Note : 8/10

L'avis de Nelly Ruuffet.
Une comédie pleine de punch dynamisée par l'atmosphère très 80's qui en émane ! C'est une comédie qui fait du bien et que l'on se plaît à regarder, elle permet de renouer avec une innocence et une candeur perdue. Madonna incarne avec brio tous les stéréotypes de la bad girl 80's (crucifix, mitaines, jupes flottantes, blousons avec motifs etc), tandis que Rosanna Arquette incarne à merveille la petite bourgeoise découvrant ce milieu dont elle ignore tous les codes mais qu'elle se met à emprunter avec joie presque malgré elle. Le métrage aurait pu virer dans la comédie de moeurs typique voire caricaturale, mais il n'en est rien. L'élément perturbateur initial provient d'un élément assez inédit parmi les comédies dites "classiques": les petites annonces. Celles-ci conduisent Roberta Glass à se prendre de fascination pour une certaine Susan dont elle ignore tout mais dont elle va bientôt prendre l'identité malgré elle. La confrontation entre les 2 personnages n'est pas frontale, ce qui est très habile de la part de Susan Seidelman. Elles ne se rencontreront vraiment que dans les toutes dernières minutes du film, ce qui maintient le spectateur en haleine jusqu'au bout. Le spectateur est transporté dans des situations de + en + rocambolesques (Roberta est notamment arrêtée pour prostitution, alors que Susan en vient à rencontrer le mari de Roberta, qu'elle entraîne dans une séance chips / joints !). La rencontre entre les 2 milieux sociaux se fait par l'intermédiaire des deux hommes (le mari de Roberta et l'ami du copain de Susan), ce qui est vraiment bien vu ! . De plus, l'amnésie de Roberta est vraiment bien jouée par Rosanna Arquette, qui ne perd jamais de sa crédibilité: elle est insouciante sans être nunuche et son coup de foudre pour Dez coulera presque de source. On ne tombe jamais dans le sentimentalisme dégoulinant, et ça fait du bien ! Les personnages sont tous attachants, les situations sont insolites (le spectacle de magie auquel finit par participer Roberta par exemple), les répliques font mouche le + souvent (notamment celles du mari, qui témoignent d'un sentiment de décalage entre les envies de sa femme et l'univers dans lequel ils évoluaient). Madonna vient dépoussiérer cette relation bourgeoise et révèle ainsi indirectement le manque de mordant de la vie de Roberta, qui ressort de ce quiproquo enrichie !
Le hit “into the groove”, qui ponctue le mĂ©trage Ă  plusieurs reprises, ne fait que vitaminer davantage cette comĂ©die dĂ©poussiĂ©rĂ©e des codes traditionnels de la comĂ©die amĂ©ricaine en lui apportant un + incontestable.

En bref, une comédie pleine d'énergie et d'intelligence comme on n'en fait plus !