jeudi 11 août 2016

Predator 2

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Hopkins. 1990. U.S.A. 1h48. Avec Danny Glover, Gary Busey, Rubén Blades, María Conchita Alonso, Bill Paxton, Kevin Peter Hall, Adam Baldwin, Robert Davi.

Sortie salles France: 30 Avril 1991. U.S: 21 Novembre 1990.

FILMOGRAPHIE: Stephen Hopkins est un réalisateur américain né en 1958 en Jamaïque.
1987: Dangerous Game. 1989: Freddy 5. 1990: Predator 2. 1993: La Nuit du Jugement. 1994: Blown Away. 1996: L'Ombre et la Proie. 1998: Perdus dans l'Espace. 2000: Suspicion. 2004: Moi, Peter Sellers. 2007: Les Châtiments. 2016: La Couleur de la Victoire.


RĂ©alisateur prometteur ayant fait ses preuves avec Dangerous Game et surtout Freddy 5, Stephen Hopkins succède Ă  John Mc Tiernan pour donner suite au chef-d'oeuvre Predator. DĂ©localisant l'action des confrontations en pleine jungle urbaine, le cinĂ©aste joue Ă  fond la carte de la sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e si bien que Predator 2 est Ă  juger au second degrĂ© pour en apprĂ©cier sa pleine saveur. A l'instar des touches de cocasserie insĂ©rĂ©es entre deux actions pĂ©taradantes et de la cool attitude de flics rĂ©actionnaires sĂ©vèrement contrariĂ©s ! Mais faute du dĂ©sistement de la montagne de muscle Schwarzy, Stephen Hopkins recrute donc l'Ă©toile montante Danny Glover rĂ©cemment cĂ©lĂ©brĂ© dans les 2 premiers opus de l'Arme Fatale. Bien que l'acteur black fait preuve d'un jeu expressif plutĂ´t timorĂ© dans sa fonction pugnace de redresseur de tort, il parvient tout de mĂŞme Ă  nous attacher par sa volontĂ© teigneuse Ă  pourchasser fĂ©brilement le predator.


Autour de lui, Bill Paxton et Maria Conchita Alonso lui prêtent main forte avec une spontanéité plus convaincante, notamment sous l'impulsion de réparties salaces que se disputent le couple. En dépit d'un schéma narratif malingre digne d'une série B lambda, Stephen Hopkins imprime sur pellicule une énergie insolente pour laisser libre court à des séquences d'actions aussi spectaculaires que violentes (effusions de sang à l'appui par l'entremise de règlements de compte primitifs !). Le predator se réjouissant d'y perdurer sa chasse à l'homme au sein d'un Los Angeles laminé par la criminalité de trafiquants basanés (colombiens et jamaïcains s'exterminant pour un enjeu de pouvoir dans une confusion totale !). D'ailleurs, sa séquence d'ouverture fait office de morceau de bravoure jouissif lorsque, sous un soleil écrasant, une guerre de gangs éclate en plein centre urbain face au témoignage d'une police stérile (du moins avant que n'intervienne stoïquement le lieutenant Harrigan !). Epaulé d'un montage aussi nerveux que maîtrisé, les échanges de fusillades se succèdent sans répit jusqu'au bain de sang que le predator renchérit avec sa traditionnelle lâcheté (son fameux camouflage invisible établi en vision thermique). Exploitant efficacement la diversité de ses décors urbains (métro, toits d'immeuble, abattoir, grotte souterraine), le cinéaste relance l'action des enjeux par le biais d'une traque inlassable entre Harrigan et le predator, quand bien même des agents spéciaux sont sur le point de démasquer la créature avec l'appui d'un stratagème technologique.


Pure sĂ©rie B aux allures de bande-dessinĂ©e sensiblement baroque (notamment l'intervention du vaudou que les jamaĂŻcains pratiquent afin de terroriser l'ennemi), Predator 2 parvient miraculeusement Ă  s'extraire de la routine dans un esprit bis de divertissement très musclĂ©. Stephen Hopkins culminant la traque sanglante vers une ultime demi-heure gĂ©nĂ©reusement Ă©pique ! Bougrement sympa donc mĂŞme si on est Ă  100 lieux du chef-d'oeuvre initial estampillĂ© Tiernan.

La Chronique de Prédator: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/predator.html

B-M. 4èx

mercredi 10 août 2016

Des Monstres attaquent la ville / Them !

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreur-web.com

de Gordon Douglas. 1954. U.S.A. 1h34. Avec James Whitmore, Edmund Gwenn, Joan Weldon, James Arness, Onslow Stevens, Sean McClory.

Sortie salles France: 3 Juin 1955. U.S: 19 Juin 1954

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Gordon Douglas est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain né le 15 décembre 1907 à New York (États-Unis), et décédé le 29 septembre 1993 à Los Angeles (Californie) d'un cancer. 1935 : Lucky Beginners. 1935: The Infernal Triangle. 1950 : Les Nouvelles Aventures du capitaine Blood (Fortunes of Captain Blood). 1953 : La Charge sur la rivière rouge (The Charge at Feather River). 1954: Des monstres attaquent la ville (Them!). 1959 : Quand la terre brûle (The Miracle) coréalisé avec Irving Rapper. 1967 : Tony Rome est dangereux. 1968 : Le Détective. 1968 : La Femme en ciment. 1975 : Nevada Smith (TV). 1977 : Le Casse-cou (Viva Knievel !).


Classique du Monster Movie des fifties, Des monstres attaquent la ville explore la thĂ©matique de l'insecte mutant depuis les effets radioactifs d'essais nuclĂ©aires causĂ©s par l'homme en 1945. Manifeste contre le pĂ©ril atomique (comme l'avait dĂ©jĂ  traitĂ© la mĂŞme annĂ©e Hinoshiro Honda avec le bouleversant Godzilla ou encore un an au prĂ©alable Eugène Lourie avec Le Monstre des temps perdus), Gordon Douglas cultive sa mĂ©taphore avec rĂ©alisme documentĂ© si bien que l'intrigue rigoureusement efficace parvient Ă  nous convaincre de sa menace improbable.


Celle de fourmis géantes retranchées dans des nids du désert du Nouveau-Mexique quand bien même une fillette rescapée parvient à se blottir dans sa maison en attendant les secours d'un duo de policiers. Inévitablement, les effets mécaniques des fourmis grossièrement articulées par des câbles suscitent aujourd'hui le sourire lorsque ces dernières tentent de nous terroriser par le biais d'une démarche trop hachée pour impressionner. Sur ce point, des trucages en Stop Motion auraient été une plus-value pour rendre un peu plus agiles la maniabilité de ces fourmis atteintes de gigantisme. Pourtant, en nous documentant avec souci du détail sur les us et coutumes de leur coexistence coloniale, Gordon Douglas parvient à nous convaincre de leur prochaine invasion lorsque deux reines sont parvenues à se délocaliser vers les canalisations souterraines de la ville adjacente. Mais bien avant ce suspense haletant présageant une invasion d'un genre singulier, le cinéaste aura pris soin de nous caractériser une foule d'investigateurs s'efforçant de géolocaliser les dernières reines (scientifiques, médecins et militaires se concertant avec un sérieux imperturbable !).


Grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation imprimant un rĂ©alisme documentaire (Ă  l'instar du gĂ©nial La Chose d'un autre monde !) et Ă  l'aplomb des comĂ©diens, Des monstres attaquent la ville renforce l'authenticitĂ© de cette invasion animale en dĂ©pit de ses trucages obsolètes. Pour parachever de la manière la plus haletante et spectaculaire, il clĂ´ture sa dernière partie avec la montĂ©e en puissance d'un suspense quant Ă  la survie de deux bambins que l'armĂ©e tente d'extraire des Ă©gouts !  

*Bruno
20.06.24. Vostf. 4èx

mardi 9 août 2016

Psychose 3

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

"Psycho 3" de Anthony Perkins. 1986. U.S.A. 1h30. Avec Anthony Perkins, Diana Scarwid, Jeff Fahey, Roberta Maxwell, Hugh Gillin, Lee Garlington, Robert Alan Browne, Gary Bayer, Patience Cleveland, Juliette Cummins.

Sortie salles France: 6 Aout 1986. U.S: 2 Juillet 1986.

FILMOGRAPHIE: Anthony Perkins est un acteur et réalisateur américain né le 4 avril 1932 à New-York, mort le 12 Septembre 1992, à Hollywood, Californie.
1985: Psychose 3. 1988: Le Dindon de la Farce.


Echec critique et public en salles, mĂŞme si en France il engrange tout de mĂŞme 1 294 469 entrĂ©es, Psychose 3 constitue un nouveau cas de film maudit depuis sa rĂ©putation timorĂ©e. Car si Richard Franklin su brillamment rendre hommage au maĂ®tre du suspense avec l'excellent Psychose 2, Anthony Perkins, acteur et rĂ©alisateur, nous offre ici une amusante relecture du cas Norman Bates avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision macabre (tant par l'inventivitĂ© des meurtres rĂ©fĂ©rentiels que de son final tragique paradoxalement sarcastique). Après avoir assassinĂ© Mme Spool dans le prĂ©cĂ©dent volet (sa vĂ©ritable mère prĂ©conisera Richard Franklin), Norman continue d'exercer au sein de son motel en l'attente d'une nouvelle clientèle. Mais depuis l'arrivĂ©e d'une jeune religieuse mĂ©crĂ©ante, le fantĂ´me de Mme Spool refait surface afin d'influencer son rejeton au châtiment criminel. Dans son format clinquant de sĂ©rie B formellement stylisĂ©e (photo flamboyante Ă  l'appui) et maĂ®trisĂ© (cadrages alambiquĂ©s, montage retors truffĂ© de clins d'oeil Ă  Psycho), Psychose 3 fignole le cadre gothique du Motel sous l'impulsion schizo d'un Norman sur la corde raide.


EpaulĂ© d'un scĂ©nario aussi efficace que surprenant (bien qu'inachevĂ© et expĂ©diĂ© pour son final un tantinet frustrant), l'intrigue alterne les ruptures de ton (slasher ludique / drame psychologique / rĂ©flexion spirituelle) face au tĂ©moignage aigri d'une religieuse en quĂŞte de rĂ©demption. Si bien qu'après deux tentatives ratĂ©s de suicide, Maureen Coyle croit voir en Norman Bates son sauveur spirituel depuis que ce dernier est venu Ă  son secours. Pied de nez Ă  la religion (rien que le hors-champ sonore introductif - "il n'y a pas de Dieu !" - annonce immĂ©diatement la couleur), Anthony Perkins malmène sĂ©vèrement son hĂ©roĂŻne depuis son nouvel espoir de se rattacher Ă  la cause divine. FragilisĂ©e par sa culpabilitĂ© et ses remords (celle d'avoir incidemment causĂ© la mort d'une bonne soeur) et aveuglĂ©e par son idĂ©ologie christique, Maureen Coyle croit trouver refuge dans les bras de Norman en espĂ©rant aussi dĂ©florer sa virginitĂ© (ils ont comme point commun ce mĂŞme refoulement sexuel). Cette douce romance impossible entre elle et Norman est contrebalancĂ©e d'une ambiance trouble et suspicieuse depuis la reconversion criminelle de ce dernier. Sous le tĂ©moignage trivial de seconds-rĂ´les dĂ©pravĂ©s (formidable Jeff Fahey dans celui du dragueur sans vergogne !), Anthony Perkins se raille d'un des prĂ©ceptes religieux fondĂ©s sur le pĂŞcher capital de la luxure. Paradoxalement, et pour aviver une aura vĂ©nĂ©neuse hybride, Anthony Perkins amorce efficacement des sĂ©quences-chocs davantage rĂ©alistes si bien que le climat pesant de sa dernière partie adopte une tournure dramatique aussi (Ă©tonnamment) cruelle qu'escarpĂ©e.


Flirtant subtilement avec la semi-parodie auprès de la caractĂ©risation versatile d'un Norman toujours aussi perturbĂ© dans sa sexualitĂ© refoulĂ©e, Psychose 3 oscille brillamment les genres (romance, drame, horreur) avec une dĂ©rision goguenarde (le corps religieux complexĂ© par l'Ă©mancipation sexuelle). ScandĂ© du magnifique score Ă©lĂ©giaque de Carter Burwell planant sur le rĂ©cit Ă  l'instar d'une tragĂ©die humaine, Psychose 3 constitue un savoureux cocktail de farce macabre au vitriol ! (rĂ©parties ciselĂ©es Ă  l'appui).

Psychose: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/06/psychose.html
Psychose 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/05/psychose-2-psycho-2.html

B.M.  (02.09.11)
01.09.24. 6èx. Vostfr

lundi 8 août 2016

L'ARME FATALE

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fanforum.com   

de Richard Donner. 1987. U.S.A. 1h50. Avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey, Mitch Ryan, Tom Atkins, Darlene Love, Traci Wolfe.

Sortie salles France: 5 Août 1987. U.S: 6 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


Gros succès commercial Ă  travers le monde mĂŞme si en France on aurait pu espĂ©rer quelques millions d'entrĂ©es en sus (on en comptabilise 1 857 521), l'Arme Fatale est le premier volet d'une sĂ©rie de films d'actions ludiques reposant sur la complĂ©mentaritĂ© (très) attachante d'un duo lĂ©gendaire, Mel Gibson / Danny Glover. Et sur ce point, le film s'avère Ă©minemment jouissif de par leur initiation amicale tant ces derniers se disputent leur contradiction avec une verve bonnard. Mel Gibson endossant la carrure d'un jeune flic stoĂŻque et suicidaire depuis la mort accidentelle de sa femme, et donc constamment sur le fil du rasoir Ă  se laisser gagner par le dĂ©sespoir. Mais sa nouvelle relation professionnelle entamĂ©e avec Roger lui permettra de reprendre goĂ»t Ă  la vie depuis leur sens fraternel et leur concertation Ă  dĂ©masquer pugnacement les coupables d'une enquĂŞte rigoureuse ! En père de famille et sergent Ă©mĂ©rite beaucoup plus cĂ©rĂ©bral et prudent, Danny Glover lui prĂŞte la vedette en posture paternelle depuis que son partenaire multiplie les bravoures avec un hĂ©roĂŻsme finalement payant. Si l'intrigue canonique reposant sur l'Ă©minent rĂ©seau d'un trafic de drogue nous offre le minimum syndical, le rĂ©alisateur possède suffisamment de mĂ©tier pour insuffler une incroyable efficacitĂ© au fil conducteur, notamment Ă  travers sa construction narrative et son lot d'action et de poursuites en règle sobrement dosĂ©es. Parmi la vigueur de ses scènes les plus homĂ©riques (le point d'orgue explosif et le combat au corps Ă  corps qui s'ensuit entre Riggs et Joshua !) et les tempĂ©raments irrĂ©sistibles des deux acteurs, l'Arme Fatale s'accompagne d'une orchestration musicale d'Eric Clapton, Michael Kamen et David Sanborn ! Des sonoritĂ©s Ă©piques ou jazzy exacerbant un dynamisme acerbe Ă  l'ensemble du rĂ©cit.
 

En tant que film d'action moderne tributaire du Buddy Movie, l'Arme Fatale constitue sans doute l'un des meilleurs archĂ©types du divertissement commercial de par son efficacitĂ© haletante et l'extrĂŞme sympathie que sacralisent communĂ©ment Mel Gibson / Danny Glover. AssurĂ©ment l'un des tandems les plus amiteux et expansifs du genre !

B-M. 3èx

vendredi 5 août 2016

LES SOUS DOUES (passent le bac).

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site watch.i-fix.co

de Claude Zidi. 1980. France. 1h32. Avec Daniel Auteuil, Philippe Taccini, Françoise Michaud, Gaëtan Bloom, Patrick Laurent, Maria Pacome, Michel Galabru, Tonie Marshall, Richard Bohringer

Sortie salles France: 30 Avril 1980

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


ComĂ©die culte des annĂ©es 80 aurĂ©olĂ©e d'un Ă©norme succès, tant en salles (3 985 214 en 13 semaines d'exploitation) qu'Ă  la TV (plus de 13,46 millions de tĂ©lĂ©spectateurs le 10 Avril 1990 !), les Sous-douĂ©s a mĂŞme engendrĂ© 2 ans plus tard une suite beaucoup moins rĂ©ussie: Les Sous-douĂ©s en Vacances. RĂ©alisĂ© par Claude Zidi, un des maĂ®tres de la comĂ©die Ă  la filmographie florissante (Les Bidasses en folie, Les Fous du stade, Le Grand Bazar, La moutarde me monte au nez, Les Bidasses s'en vont en guerre, La Course Ă  l'Ă©chalote, L'Aile ou la Cuisse, L'Animal, Inspecteur la Bavure, BanzaĂŻ, Les Ripoux), les Sous-douĂ©s fait office de Teen Movie gĂ©nialement franchouillard. 
 
Rappel des faits: Une classe de cancres mène la vie dure auprès de leur professeur en rivalisant de farces et brimades avec une insolence impudente. Mais depuis la rĂ©putation risible de l'Ă©tablissement scolaire, la directrice s'est investie cette annĂ©e d'une mission ardue ! Parvenir Ă  les faire Ă©tudier pour qu'Ă  la fin de l'annĂ©e ils puissent empocher leur bac et que le cours Louis XIV remonte dans les sondages. Mais ces derniers indisciplinĂ©s n'ont comme seule ambition de provoquer le chaos en s'autorisant tous les excès.  


Dans un climat de douce folie quasi surrĂ©aliste (Ă  l'instar des innombrables tricheries du bac littĂ©ralement anthologiques), Claude Zidi compile une succession ininterrompue de gags potaches avec une gĂ©nĂ©rositĂ© insatiable ! Ce dernier ne se souciant d'aucune cohĂ©rence et de vraisemblance pour provoquer l'hilaritĂ© au grĂ© de blagues aussi grotesques que dĂ©mesurĂ©es. Tant du point de vue stratège des Ă©tudiants que de leurs professeurs dĂ©libĂ©rĂ©s eux aussi Ă  les dĂ©fier dans un inĂ©puisable concours de règlements de compte ! (qui peut oublier la trouvaille improbable de la "machine Ă  apprendre" !). Cette ambiance survoltĂ©e de ripostes entre Ă©lèves et professeurs est Ă©galement rehaussĂ©e de la complicitĂ© de comĂ©diens fringants s'en donnant Ă  coeur joie dans la bonne humeur et l'exubĂ©rance dĂ©loyale (le dealer de mobylette arnaquant son propre camarade de classe !). Outre la vitalitĂ© en roue libre de chacun d'eux (Daniel Auteuil en tĂŞte car menant la bande avec une dĂ©contraction naturellement goguenarde !), on peut autant prĂ´ner les seconds rĂ´les pĂ©dagogues que forment communĂ©ment Maria Pacome en directrice castratrice (sans doute le personnage le plus drĂ´le par son "sĂ©rieux" imperturbable !), Tonie Marshall en prof d'Histoire coquette, Hubert Deschamps en enseignant de science atteint de surditĂ© (un personnage sclĂ©rosĂ© franchement irrĂ©sistible !) et Dominique Hulin en professeur de gym d'une corpulence gargantuesque. Pour parachever, comment occulter les humeurs tempĂ©tueuses du regrettĂ© Michel Galabru en commissaire de police acariâtre rĂ©gulièrement brimĂ© par notre cohorte lycĂ©enne. 


Sous l'impulsion Ă©nergivore d'une avalanche de gags souvent dĂ©sopilants, Claude Zidi a engendrĂ© avec une gĂ©nĂ©rositĂ© immodĂ©rĂ©e une hallucinante comĂ©die potache aussi dĂ©complexĂ©e que dĂ©bridĂ©e. En dĂ©pit de la facilitĂ© de certains gags grossiers et de situations gĂ©nialement incohĂ©rentes, les Sous-douĂ©s ne cesse de nous arracher les Ă©clats de rire avec une sincĂ©ritĂ© qu'on ne retrouve plus aujourd'hui (Ă  quelques exceptions, telle la bande Ă  Fifi).  

B.M. 4èx

jeudi 4 août 2016

Flashdance

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Adryan Line. 1983. U.S.A. 1h34. Avec Jennifer Beals, Michael Nouri, Lilia Skala, Sunny Johnson,
Kyle T. Heffner, Lee Ving, Ron Karabatsos, Belinda Bauer.

Sortie salles France: 14 Septembre 1983. U.S: 15 Avril 1983

FILMOGRAPHIE: Adrian Lyne est un réalisateur et producteur britannique, né le 4 Mars 1941 à Peterborough (Grande Bretagne). 1980: Ca plane les filles. 1983: Flashdance. 1986: 9 semaines et demi. 1987: Liaison Fatale. 1990: L'Echelle de Jacob. 1993: Proposition Indécente. 1997: Lolita. 2002: Infidèle. Prochainement: Back Roads.

 
Flashdance : le rêve, la sueur et les larmes du cœur
Classique de la comĂ©die musicale aurĂ©olĂ© par la gĂ©nĂ©ration 80, Flashdance fut un succès commercial retentissant (plus de 4 137 000 entrĂ©es en France !), Ă  l’image de sa bande originale Ă©coulĂ©e Ă  plus de 20 millions d’exemplaires - un record absolu. Outre ses nombreux numĂ©ros musicaux toujours aussi (Ă©tonnamment) entĂŞtants, on retiendra surtout les tubes planĂ©taires What a Feeling chantĂ© par Irene Cara et Maniac de Michael Sembello, que Jennifer Beals sublime en danses fiĂ©vreuses lors du prologue et de l’ultime audition - sĂ©quence anthologique d’une Ă©motion lyrique, bien que doublĂ©e, hĂ©las.
Trois ans avant 9 semaines ½, Adrian Lyne se fit connaĂ®tre du grand public avec cette success story aux airs de conte de fĂ©e urbain. Un rĂŞve amĂ©ricain au fĂ©minin, que Rocky lui-mĂŞme n’aurait pas reniĂ©.
 
Synopsis: Ă€ Pittsburgh, Alex Owens tente de survivre comme soudeuse le jour, danseuse de cabaret la nuit. Quand l’amour surgit avec son contremaĂ®tre, elle rĂŞve enfin d’autre chose : intĂ©grer le conservatoire de danse pour devenir Ă©toile.

Comédie romantique rythmée par des chorégraphies électriques, Flashdance cultive par miracle un charme irrésistible, incarné par son archétype féminin : Jennifer Beals.
PrĂ©sence filiforme et magnĂ©tique, elle insuffle un Ă©rotisme torride mais pudique, flattant avec grâce et candeur la gente masculine. Ses numĂ©ros de danse, Ă©clairĂ©s par des jeux de lumières stylisĂ©s et des couleurs baroques, s’avèrent spectaculaires - bien que tous doublĂ©s par trois professionnelles (dont une danseuse française).

Issu d’un scĂ©nario de Tom Hedley et Joe Eszterhas (futur auteur de Basic Instinct), Flashdance ne brille pas par sa subtilitĂ© : clichĂ©s, bons sentiments, romance sirupeuse... Et pourtant, par une Ă©trange alchimie et la modestie du regard que porte Lyne sur cette success story, le charme opère.
Au fil de sĂ©quences tantĂ´t lĂ©gères ou pittoresques (Richie, l’humoriste ratĂ© ; son idylle douce-amère avec une danseuse ; son amitiĂ© fidèle avec Alex), tantĂ´t romantiques, le film distille une tendresse prĂ©gnante, symptomatique des Eighties.

Grâce Ă  la caractĂ©risation touchante de personnages modestes et intègres, Ă  la douceur fragile de l’hĂ©roĂŻne, on partage ses espoirs, ses peurs, ses doutes, son dĂ©sir de grandeur.
Les rĂ©fractaires aux romances Ă  l’eau de rose continueront sans doute de s’en moquer - mais Adrian Lyne, avec une efficacitĂ© redoutable, magnifie cette quĂŞte sentimentale. Et Alex, grâce Ă  l’amour, retrouve confiance et courage, en dĂ©pit de sa terreur de l’Ă©chec : « Si tu n’accomplis pas ton rĂŞve, tu seras morte », lui lance son amant.

Tendre et sentimental, propulsé par des chorégraphies vertigineuses savamment assemblées, Flashdance doit énormément à ses seconds rôles bienveillants - et surtout à Jennifer Beals, icône gracile, littéralement envoûtante dans la peau de cette danseuse en herbe, tourmentée par la gagne.
Un joli conte de fĂ©e Ă©tonnamment Ă©mouvant, capiteux mĂŞme, malgrĂ© la naĂŻvetĂ© des dialogues - exaltants, presque irrĂ©sistibles, tant la complĂ©mentaritĂ© du couple Ă©meut, et tant on s’identifie Ă  eux sans rougir.


Ă€ Sunny Johnson (Jeanie Szabo, sĹ“ur d’Alex), disparue Ă  30 ans d’une rupture d’anĂ©vrisme, un an après la sortie du film.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

07.01.23. 3èx (4k)


Ci-joint le p'tit mot de Jérome André Tranchant:

Il y a un temps où au États-Unis, une ouvrière pouvait être l'héroïne d'un film hollywoodien. Produit par une grosse major, par deux gros producteurs dans le vent, Flashdance a rencontré son public. Pourquoi Hollywood ne produit plus ce genre de film ???
Flashdance est un morceau de rêve américain. L'histoire d'une femme qui veut accéder à son rêve par ses propres moyens. On peut voir ce film comme un manifeste féministe. Car Alexandra est une femme libre. Elle choisit ses mecs. Elle n'a pas sa langue dans sa poches. Elle n'a besoin de personne. Jennifer Beals restera toute sa vie l'actrice de ce rôle. Elle est à la fois naturelle et terriblement volontaire.
La musique fait partie intégrante de l'univers du long métrage. Évidemment, elle a contribué au succès du film. La bande originale est signée par Giorgio Moroder.
Flashdance est réalisé par Adrian Lyne, réalisateur anglais connu pour son esthétique particulier. Avec ses lumières très années 80, son visuel va influencé toute la décennies.
À notre époque, ce genre de long métrage manque cruellement.

mercredi 3 août 2016

L'INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

"Invasion of the Body Snatchers" de Don Siegel. 1956. U.S.A. 1h20. Avec Kevin McCarthy, Dana Wynter, Larry Gates, King Donovan, Carolyn Jones, Jean Willes, Ralph Dumke.

Sortie salles France: 8 Novembre 1967. U.S: 5 Février 1956

FILMOGRAPHIE: Don Siegel (Donald Siegel) est un réalisateur et producteur américain, né le 26 Octobre 1912 à Chicago en Illinois, décédé le 20 Avril 1991 à Nipoma, en Californie.
1956: l'Invasion des Profanateurs de Sépultures. 1962: l'Enfer est pour les Héros. 1964: A bout portant. 1968: Police sur la ville. 1968: Un Shérif à New-York. 1970: Sierra Torride. 1971: Les Proies. 1971: l'Inspecteur Harry. 1973: Tuez Charley Varrick ! 1974: Contre une poignée de diamants. 1976: Le Dernier des Géants. 1977: Un Espion de trop. 1979: l'Evadé d'Alcatraz. 1980: Le Lion sort ses griffes. 1982: Jinxed.


Classique sĂ©minal des annĂ©es 50 si bien qu'il engendre au fil des dĂ©cennies 3 autres remakes (et qu'il a peut-ĂŞtre inspirĂ© Wes Craven avec les Griffes de la Nuit - les victimes refusant de dormir pour Ă©viter de mourir - !), l'Invasion des Profanateurs de sĂ©pultures puise son pouvoir de fascination grâce Ă  la singularitĂ© de son scĂ©nario inspirĂ© du roman de Jack Finney (The Body Snatchers publiĂ© en 1955). A partir du thème classique d'une invasion extra-terrestre, Don Siegel en extirpe un modèle d'efficacitĂ© par son contexte paranoĂŻde d'une course pour la survie qu'un couple doit endurer afin de prĂ©server leur propre identitĂ©. Venues de l'espace, des semences extraterrestres parviennent Ă  germer Ă  l'intĂ©rieur de cosses pour enfanter des ĂŞtres d'apparence humaine. Reproduisant Ă  l'identique notre enveloppe corporelle durant notre sommeil, ces derniers tentent d'envahir notre planète de la manière la plus sournoise. DestituĂ©s de personnalitĂ©, d'amour, de sentiments, de joie et de passion, ces envahisseurs ressemblent Ă  s'y mĂ©prendre Ă  des zombies apathiques prĂ´nant une idĂ©ologie pacifiste dans leur sociĂ©tĂ© aseptique. 


MĂ©taphorique Ă  plus d'un titre (son analogie avec la Guerre Froide, les effets impassibles de la toxicomanie, le despotisme ou encore l'emprise des sectes comme le symbolise aujourd'hui Daesh), cette sĂ©rie B percutante sous-tend les vertus bĂ©nĂ©fiques et salvatrices de l'empathie confĂ©rĂ©e Ă  notre nature humaine. Nanti d'un montage nerveux et du jeu viscĂ©ral de comĂ©diens habitĂ©s par la paranoĂŻa (Kevin McCarthy dominant la distribution avec un charisme neurotique !), l'Invasion des profanateurs de sĂ©pultures conjugue science-fiction et Ă©pouvante avec dextĂ©ritĂ© si bien que la menace se fond derrière notre apparence humaine ! Don Siegel misant sur une terreur psychologique plutĂ´t qu'un racolage horrifique lorsque les habitants d'une bourgade rurale se retrouvent possĂ©dĂ©s un Ă  un par l'entitĂ© d'une dictature extra-terrestre. Chacune des victimes adoptant une posture de fantĂ´me dĂ©shumanisĂ©e dont l'unique ambition sera de contaminer son voisin. Insufflant au compte goutte un climat d'inquiĂ©tude de plus en plus Ă©touffant, le cinĂ©aste privilĂ©gie la caractĂ©risation angoissĂ©e de nos deux couples d'amants en investigation. La première partie prodiguant des trouvailles horrifiques dĂ©rangeantes lorsque ces derniers dĂ©couvrent avec stupeur le premier cadavre en phase d'incubation avant de dĂ©masquer l'implication vĂ©gĂ©tale des cocons. Epousant ensuite la carte du survival sous l'impulsion d'un duo d'amants Ă  bout de souffle, l'Invasion des profanateurs... avive son sentiment d'insĂ©curitĂ© en dressant notamment un tableau effrayant sur une population de masse destituĂ©e d'expression Ă©motive.


Les envahisseurs sont parmi nous !
Si Ă  mon sens le remake colorisĂ© de Philip Kaufman façonnĂ© en 1978 s'avère encore plus trouble et glaçant que ce modèle monochrome, Don Siegel est toutefois parvenu avec beaucoup d'efficacitĂ©, d'originalitĂ© et de brio Ă  iconiser une angoisse paranoĂŻaque subtilement malsaine, comme le souligne sa vĂ©nĂ©neuse première partie. 

La chronique de l'Invasion des profanateurs (l'): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/linvasion-des-profanateurs-invasion-of.html

B.M. 4èx

mardi 2 août 2016

KEEPER. Grand prix du Jury au Festival Premiers Plans d'Angers.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Guillaume Senez. 2015. France/Belgique. 1h34. Avec Kacey Mottet Klein, GalatĂ©a Bellugi, Catherine SalĂ©e, Sam Louwyck, Laetitia Dosch.

Sortie salles France: 16 Mars 2016. Belgique: 9 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Guillaume Senez est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste de double nationalitĂ© belge et française, nĂ© Ă  Uccle (Belgique) en 1978. 2015: Keeper.


Drame social abordant le thème de la maternitĂ© pubère sans effet de pathos, Keeper fait l'effet d'un Ă©lectrochoc si bien que son rĂ©alisateur en herbe (d'origine franco-belge) capte les Ă©motions de ses jeunes acteurs avec une vĂ©ritĂ© humaine proche du cinĂ©ma de Cassavetes et de Pialat ! Multi rĂ©compensĂ© dans divers festivals, Keeper nous immerge de plein fouet dans l'univers adolescent d'un couple en perdition morale vis Ă  vis de leur prochaine responsabilitĂ© parentale. Maxime et MĂ©lanie filent le grand amour du haut de leurs 15 ans, au moment mĂŞme oĂą cette dernière lui annonce qu'elle est enceinte. Perplexe mais attirĂ© Ă  l'idĂ©e de devenir père, Maxime lui propose de garder l'enfant malgrĂ© la tare de leur situation scolaire et la crainte d'affronter l'autoritĂ© parentale. Constamment tiraillĂ©s entre l'envie d'abandonner et de prĂ©mĂ©diter leur destin conjugal, ils s'efforcent maladroitement de s'Ă©pauler jusqu'au moment propice de l'accouchement.


A la manière d'un docu-vĂ©ritĂ©, Guillaume Senez inscrit sur pellicule un drame psychologique d'une rare justesse de ton, de par sa direction d'acteurs plus vrais que nature insufflant une pudeur bouleversante et la maĂ®trise sidĂ©rante d'une rĂ©alisation au plus près des tourments intrinsèques des personnages. Kacey Mottet Klein endossant avec une spontanĂ©itĂ© naĂŻve un ado dubitatif rapidement influencĂ© par l'espoir d'un avenir professionnel payant (celui de devenir gardien de foot) et l'optimisme d'une paternitĂ© en apprentissage. Epoustouflante de naturel vertueux et pĂ©tillante de fraĂ®cheur, GalatĂ©a Bellugi crève l'Ă©cran pour s'imposer une toute première fois devant la camĂ©ra de Guillaume Senez ! Celle d'instaurer la fragilitĂ© d'une adolescente timorĂ©e extrĂŞmement lunatique quant Ă  son futur statut maternel et ses dĂ©cisions de dernier ressort. Outre la posture rĂ©aliste de ses acteurs juvĂ©niles se disputant la mise de leur futur bambin avec une Ă©motivitĂ© malingre, les seconds-rĂ´les pĂ©dagogues et ceux exerçant l'autoritĂ© parentale suscitent avec autant de rigueur leur fonction de mentor parmi l'influence d'une mĂ©gère habitĂ©e par l'Ă©chec conjugal (la maman dĂ©faitiste de MĂ©lanie !).


Sans jamais juger ses ados immatures hantĂ©s par le doute et la crainte de l'Ă©chec, le remord, la colère puis la tristesse de la fĂ©lonie, Guillaume Senez saisit leurs expressions intimistes sans cĂ©der aux clichĂ©s du misĂ©rabilisme. Abordant les thèmes de la maternitĂ© et de l'avortement de leur point de vue irresponsable, Keeper extĂ©riorise une palette d'Ă©motions Ă©corchĂ©es vives comme le souligne les dĂ©chirantes confrontations humaines (celle du couple mais aussi des parents) oĂą les nerfs sont mis Ă  rude Ă©preuve. Spoiler ! A l'instar de l'amertume de sa conclusion pessimiste littĂ©ralement inconsolable Fin du Spoiler engendrant au final une leçon de vie que bien des ados devraient sagement mĂ©diter... 

B.M

Récompenses:
    Grand prix du Jury au Festival Premiers Plans d'Angers
    Prix d'interprĂ©tation fĂ©minine et prix du Jury au Festival international du film de Marrakech
    Label Europa Cinemas au Festival international du film de Locarno
    Prix du Jury Jeunes au Festival du film français d'HelvĂ©tie
    Prix de la critique au Festival international du film francophone de Namur
    Mention spĂ©ciale du Jury au Festival du film de Varsovie
    Young Talent Award au FilmFest Hamburg
    Prix spĂ©cial du jury au Festival international du premier film d'Annonay

lundi 1 août 2016

Mimic

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Guillermo Del Toro. 1997. U.S.A. 1h45. Avec Mira Sorvino, Jeremy Northam, Alexander Goodwin, Giancarlo Giannini, Charles S. Dutton, Josh Brolin, Alix Koromzay.

Sortie salles France: 24 Septembre 1997. U.S: 22 Août 1997.

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, romancier et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Octobre 1964 Ă  Guadalajara (Jalisco, Mexique). 1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim. 2015: Crimson Peak.


SYNOPSIS (Wikipedia): Une terrible Ă©pidĂ©mie transmise par des cafards ravage Manhattan, plusieurs milliers d'enfants sont contaminĂ©s et condamnĂ©s. Une action chimique Ă©tant impossible Ă  cause de la rĂ©sistance de ces insectes, le seul moyen est alors de trouver une arme biologique. Le seul espoir pour New York est de faire appel Ă  une brillante entomologiste et gĂ©nĂ©ticienne : le Docteur Susan Tyler. Grâce Ă  ses « judas » (insectes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s), elle va pouvoir combattre et Ă©radiquer ces cafards porteurs de la maladie. Trois ans passent et plus de maladie. Mais quelque chose de bien pire attend New-York. Un remède bien plus dĂ©vastateur que le mal.


Une excellente sĂ©rie B de film de monstre dont on reconnait bien lĂ  la pate gothique de Guillermo Del Toro auprès de savoir-faire technique, narratif, formel. On est surpris du jeu convaincant de Mira Sorvino avec sa bouille gentiment timorĂ©e, surtout lorsque celle-ci joue Ă  contre-emploi une posture autrement hĂ©roĂŻque lors de la seconde partie "survival". Photo et dĂ©cors caverneux splendides, suspense bien gĂ©rĂ©, action homĂ©rique matinĂ©e de frissons, violence escarpĂ©e (n'importe qui peut trĂ©passer, mĂŞme auprès de bambins) et surtout des crĂ©atures cafardeuses absolument fascinantes dans leur condition gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e. 

Les +: Son thème écolo fustigeant les mutations génétiques.
           L'implication spontanĂ©e des comĂ©diens soutenue par le minois candide de Mira Sorvino.
           La physionomie humaine des cafards mutants.
           Le sort dramatique de certains protagonistes
           Un rythme soutenu au grĂ© d'une action horrifique Ă©maillĂ©e d'agressions animales.

Les -: Des FX numĂ©riques parfois ratĂ©s mais dans l'ensemble rien de franchement rĂ©prĂ©hensible. 
           
*Bruno
23.10.23. 4èx

vendredi 29 juillet 2016

La Grande Vadrouille

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Gérard Oury. 1966. France/Angleterre. 2h05. Avec Louis de Funes, Bourvil, Terry-Thomas, Claudio Brook, Mike Marshall, Marie Dubois, Pierre Bertin, Andréa Parisy, Mary Marquet, Benno Sterzenbach, Paul Préboist, Henri Génès, Colette Brosset.

Sortie salles France: 8 Décembre 1966

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Multi-diffusĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision depuis sa sortie triomphale en salles — si bien qu’il engrangea plus de 17 millions de spectateurs — La Grande Vadrouille conserve intact, 50 ans plus tard, son pouvoir de sĂ©duction. RĂ©alisĂ© par le maĂ®tre du genre, GĂ©rard Oury, qui continue ici de se surpasser après nous avoir rĂ©galĂ©s avec Le Corniaud, rĂ©alisĂ© un an plus tĂ´t. Recrutant Ă  nouveau ses deux acteurs fĂ©tiches, De Funès et Bourvil, La Grande Vadrouille mĂŞle avec une gĂ©nĂ©rositĂ© rare aventures et comĂ©die, sous un ciel assombri par l’Occupation de 1942. On perçoit d’ailleurs une forme d’audace dans le choix de l’auteur : user de la dĂ©rision pour dĂ©samorcer la violence d’un conflit meurtrier, comme une bouffĂ©e de lĂ©gèretĂ© dans un monde Ă  feu et Ă  sang.

Le pitch : Ă  Paris, trois aviateurs anglais, rescapĂ©s d’un bombardement allemand, tentent de rallier la zone libre, aidĂ©s par un peintre en bâtiment (Bourvil) et un chef d’orchestre tyrannique (De Funès). Inlassablement traquĂ©s par les troupes allemandes et le major Achbach, leur cavale, semĂ©e d’imprĂ©vus, devient une Ă©popĂ©e de subterfuges et d’hĂ©roĂŻsme discret.

Nanti d’un scĂ©nario charpentĂ©, aussi inventif que dĂ©bridĂ©, La Grande Vadrouille enchaĂ®ne Ă  un rythme effrĂ©nĂ© les gags, les rebondissements, les pĂ©ripĂ©ties et les quiproquos, portĂ©s par un duo antinomique aussi empotĂ© que tĂ©mĂ©raire. Louis De Funès, en chef d’orchestre colĂ©rique, incarne un hĂ©ros vaniteux, Ă©gotique jusqu’Ă  l’absurde, mais capable d’un courage inespĂ©rĂ© lorsqu’il s’agit d’agir. Plus sobre et lunaire, Bourvil, dans sa fonction de faire-valoir au grand cĹ“ur, insuffle une bonhomie vacillante, touchante jusque dans ses maladresses, comme en tĂ©moignent ses Ă©lans vers Juliette. Son cheminement avec Stanislas est ponctuĂ© de dĂ©couragements et de rĂ©voltes contre l’orgueil incorrigible de son acolyte.

Autour de leurs tribulations farfelues, les seconds rĂ´les fĂ©minins (Juliette, sĹ“ur Marie-Odile, Germaine) leur prĂŞtent main forte avec une malice complice, tandis que les antagonistes — du soldat loucheur au ventripotent major Achbach — dĂ©ambulent avec une autoritĂ© tournant systĂ©matiquement Ă  vide. Les trois aviateurs britanniques, quant Ă  eux, participent avec entrain Ă  cette vaste partie de cache-cache, non sans se moquer des lubies de leurs sauveurs franchouillards.


Bruno. 3èx

NOTE WIKIPEDIA:
Avec plus de 17 millions de spectateurs lors de son exploitation en salles, le film a été pendant plus de trente ans le plus grand succès cinématographique sur le territoire français, toutes nationalités confondues (avant d'être dépassé par Titanic en 1998), et pendant plus de quarante ans le plus grand succès d'un film français sur le territoire français, avant d'être dépassé par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon en avril 2008. Cependant, en proportion de la population française de l'époque, La Grande Vadrouille reste devant tous les autres films français avec 34 % des Français qui sont allés voir ce film, contre 31 % pour Bienvenue chez les Ch'tis.

Récompenses: Italie
        1966 : Prix du meilleur film Ă©tranger au festival du film de Taormina
        1967 : David di Donatello du meilleur producteur Ă©tranger pour Robert Dorfmann, dĂ©cernĂ© par                      l'AcadĂ©mie du cinĂ©ma italien
         Allemagne de l'Ouest:
        1977 : Golden Screen du meilleur film Ă©tranger

jeudi 28 juillet 2016

LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kebekmac.blogspot.com

de Julien Duvivier. 1952. France/Italie. 1h45. Fernandel, Jean Debucourt, Gino Cervi, Sylvie, Vera Talchi, Franco Interlenghi.

Sortie salles France: 4 Juin 1952. Italie: 28 Mars 1952


                    "Il y a des personnes qui marquent nos vies, mĂŞme si cela ne dure qu'un moment.
                     Et nous ne sommes plus les mĂŞmes.
                     Le temps n'a pas d'importance mais certains moments en ont pour toujours."

Gros succès commercial en France si bien que Julien Duvivier envisagea la même année d'y tourner une suite, Le Petit monde de Don Camillo oppose la réunion fulminante de deux acteurs en acmé: Fernandel et le comédien italien Gino cervi. D'après un roman de Giovanni Guareschi, l'intrigue puise son ressort burlesque dans l'inimitié intarissable que se disputent un curé de campagne, Don Camillo, et un maire en herbe, Peppone, au sein de leur village Brescello. Communément obtus, arrogants, provocateurs et insolents au point d'en venir parfois aux mains, ces derniers se chamaillent quotidiennement au mépris de leur divergence politique. Peppone symbolisant un communiste martial ayant comme ambition l'inauguration d'une "maison du peuple" (une bibliothèque, une salle des fêtes, une salle de cinéma, une salle de repos, etc...) quand bien même Don Camillo tente de lui négocier une transaction afin de se partager un "jardin d'enfants". Au coeur de leur discorde, un couple d'amoureux versatiles finit par leur conjurer de les marier depuis l'opposition de leur famille (faute de leur statut social incompatible).


ComĂ©die pittoresque menĂ©e tambour battant sous l'impulsion de deux tempĂ©raments vantards, le Petit monde de Don Camillo constitue de prime abord un fabuleux numĂ©ro de "grandes gueules". Sans dĂ©sir de provoquer un rire hilarant traditionnellement fondĂ© sur les gags Ă  rĂ©pĂ©tition, Julien Duvivier compte plutĂ´t sur la scrupuleuse description d'un village en Ă©bullition sociale et sur la verve fantaisiste de Don Camillo aussi Ă©troitement fidèle Ă  la parole du Christ qu'Ă  l'adversitĂ© amicale de son acolyte Peppone pour susciter l'amusement. Si Gino Cervi se prĂŞte spontanĂ©ment au jeu machiste du maire communiste avec un bagout goguenard, Fernandel lui dispute la vedette avec un peu plus d'exubĂ©rance dans sa fonction ecclĂ©siastique de prĂŞtre caractĂ©riel. Incapable de rĂ©primer ses nerfs et ses Ă©motions face Ă  un rival redoublant de sournoiserie et subterfuge pour emporter la mise, Don Camillo brave sa dĂ©ontologie chrĂ©tienne avec un aimable anticonformisme ! (JĂ©sus se rĂ©sout d'ailleurs Ă  lui pardonner chacune de ses impertinences !). Outre cette complicitĂ© d'acteurs impayables fondĂ©s sur un rapport de force orgueilleux, le Petit monde de Don Camillo n'est pas qu'une simple lutte des classes et un pied de nez au conservatisme. Il est Ă©galement l'occasion pour son rĂ©alisateur de crĂ©er un univers champĂŞtre digne de la Province de Pagnol ! Ce climat ensoleillĂ© inscrit dans un noir et blanc limpide nous remĂ©more nos vacances estivales sous l'impulsion pĂ©tulante de seconds-rĂ´les aussi chaleureux qu'acariâtres (comme le souligne le couple orageux Gina/Mariolino). Si certains gags insufflent tout de mĂŞme une drĂ´lerie expansive, c'est l'omniprĂ©sence d'un "sourire convivial" qui domine nos Ă©motions avant de se laisser chavirer par l'instant de tendresse particulièrement Ă©mouvant d'un "au-revoir" amiteux !


Une fable sur le sens de l'amitiĂ© et le progressisme. 
Bijou de cocasserie, d'Ă©motions et de tendresse fondĂ©s sur l'espièglerie d'un duo de brimeurs susceptibles, le Petit monde de Don Camillo renoue Ă©galement avec nos Ă©motions d'enfance lorsque Julien Duvivier s'attarde avisamment Ă  dĂ©crire la cohĂ©sion cordiale d'une dĂ©mographie rurale en mutation sociale.  

B.M

FILMOGRAPHIE: Julien Duvivier est un réalisateur français, né le 8 octobre 1896 à Lille et mort le 29 octobre 1967 à Paris.
1967: Diaboliquement vĂ´tre.  1963 Chair de poule. 1962 Le diable et les 10 commandements. 1962 La chambre ardente. 1960 Boulevard. 1960 La grande vie. 1959 Marie-Octobre. 1959 La femme et le pantin. 1957 Pot Bouille. 1957 L'homme Ă  l'impermĂ©able. 1956 Voici le temps des assassins... 1955 Marianne de ma jeunesse. 1954 L'affaire Maurizius. 1953 Le retour de Don Camillo. 1952 La fĂŞte Ă  Henriette. 1952 Le petit monde de Don Camillo. 1951 Sous le ciel de Paris. 1950 Dernier tĂ©moin. 1949 Au royaume des cieux. 1948 Anna KarĂ©nine. 1946 Panique. 1944 Destiny (uncredited). 1944 L'imposteur. 1943 Untel père et fils. 1943 Obsessions. 1942 Six destins. 1941 Lydia. 1939 La charrette fantĂ´me. 1939 La fin du jour. 1938 Toute la ville danse. 1938 Marie-Antoinette (uncredited)
1937 Un carnet de bal. 1937 Pépé le Moko (a film by). 1937 L'homme du jour. 1936 La belle équipe
1936 Le golem. 1935 La bandera. 1935 Golgotha. 1934 Maria Chapdelaine. 1934 Le paquebot Tenacity. 1933 La machine à refaire la vie. 1933 Le petit roi. 1933 La tête d'un homme. 1932 La Vénus du collège. 1932 Poil de carotte. 1932 Die fünf verfluchten Gentlemen. 1932 Allo Berlin? Ici Paris ! 1931 Les cinq gentlemen maudits. 1931 David Golder. 1930 Au bonheur des dames. 1930 La vie miraculeuse de Thérèse Martin. 1929 Maman Colibri. 1929 Le miracle de la mer. 1928 Le tourbillon de Paris. 1927 L'homme à l'Hispano. 1927 Le mystère de la tour Eiffel. 1927 Le mariage de Mademoiselle Beulemans. 1927 Révélation. 1925 Poil de carotte. 1925 L'abbé Constantin. 1924 L'oeuvre immortelle. 1924 Coeurs farouches. 1924 Credo ou la tragédie de Lourdes. 1924 La machine à refaire la vie. 1923 Le reflet de Claude Mercoeur. 1922 Der unheimliche Gast. 1922 L'ouragan sur la montagne. 1922 Les Roquevillard. 1922 L'agonie des aigles (co-director). 1921 Le logis de l'horreur. 1920 La reincarnation de Serge Renaudier. 1919: Le Prix du sang

mardi 26 juillet 2016

COLONIA. Prix du Public, Valenciennes 2016.

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Florian Gallenberger. 2015. Allemagne. 1h50. Avec Emma Watson, Daniel BrĂĽhl, Michael Nyqvist, Julian Ovenden.

Sortie salles France: 20 Juillet 2016. Allemagne: 18 FĂ©vrier 2016. 

FILMOGRAPHIEFlorian Gallenberger est un rĂ©alisateur allemand nĂ© le 23 FĂ©vrier 1972 Ă  Munich. 2001: Honolulu. 2004: Schatten der Zeit. 2009: John Rabe, le juste de Nankin (John Rabe). 2015: Colonia.


Prenant pour contexte historique les conditions de vie inhumaines d'un camp de prisonnier sous le rĂ©gime de Pinochet, Colonia emprunte le schĂ©ma du thriller pour mieux contourner les clichĂ©s usuels du film de prison. 1973. Lena, hĂ´tesse de l'air, vit le grand amour avec Daniel, un activiste politique allemand engagĂ© contre la dictature de Pinochet. Au moment d'un coup d'Ă©tat perpĂ©trĂ© par les sbires chiliens du gĂ©nĂ©ral, Daniel est embrigadĂ© dans la Colonia Dignidad pour cause d'espionnage. Ce camp de prisonniers tenu secret par la police locale est dirigĂ© par Paul Schäfer, un prĂ©dicateur pervers adepte des tortures et sĂ©vices sexuels. Depuis que les comparses de Daniel refusent de lui porter assistance, et pour tenter de le sauver, Lena s'engage Ă  infiltrer la colonie en se faisant passer pour une religieuse. 


Sous le pilier de la force des sentiments, Florian Gallenberger exploite assez efficacement une romance passionnelle afin de justifier l'Ă©preuve de force d'une hĂ©roĂŻne juvĂ©nile confinĂ©e dans une secte religieuse. En Ă©vitant judicieusement la violence racoleuse de scènes de torture souvent tributaires du drame carcĂ©ral, le rĂ©alisateur prĂ©conise la mise en place d'un suspense latent quant aux tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es des amants de se reconnaĂ®tre (hommes et femmes sont dĂ©partagĂ©s en deux camps) avant leur espoir d'Ă©vasion. Baignant dans une ambiance malsaine mĂ©phitique sous l'autoritĂ© d'une doctrine religieuse sans vergogne, Colonia traduit un climat d'insĂ©curitĂ© Ă  la lisière de la folie comme le souligne le comportement laxiste des prisonniers lobotomisĂ©s par leur gourou. Par le biais du jeu machiavĂ©lique de ce dernier, l'acteur Michael Nyqvist se glisse dans la peau du tortionnaire avec sa trogne vĂ©rolĂ©e. Au jeu de regard viciĂ© se dispute une animositĂ© bestiale lorsqu'il exerce de lui mĂŞme une violence punitive sur femmes et enfants, ou lorsqu'il ordonne Ă  ses disciples de leur perpĂ©trer humiliations verbales et châtiments corporels en guise d'expiation. Ce personnage vil, couard et sournois parvient Ă  provoquer le malaise par son autoritĂ© castratrice et la mesquinerie de ses pulsions dĂ©viantes. Quant Ă  nos amants en perdition s'efforçant de se retrouver et de dĂ©passer leur peur par un jeu de stratège perfide, ils se partagent la vedette avec une sobriĂ©tĂ© assez poignante. Emma Watson provoquant sans complaisance Ă©motion empathique et force morale dans sa condition soumise quand bien mĂŞme Daniel brĂĽhl insuffle un autoritaire jeu de simulacre en se fondant dans la peau d'un benĂŞt dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©. 


Sans laisser de souvenir impĂ©rissable, Colonia structure par le principe du survival un efficace suspense qui ira crescendo jusqu'au final d'une intensitĂ© haletante. Parvenant Ă  s'extraire de la redite du drame carcĂ©ral sous l'appui d'une mise en scène et d'une distribution solides, Florian Gallenberger exploite certaines facilitĂ©s et clichĂ©s en s'appuyant sur le mode ludique du thriller et la vĂ©racitĂ© du fait-divers. Un parti-pris Ă  rĂ©sonance universelle lorsqu'il s'agit de dĂ©noncer inlassablement barbarie et corruption politique sous l'autocratie d'un gĂ©nĂ©ral chilien tristement cĂ©lèbre. 

A la mémoire des victimes de Colonia Dignidad.

Dédicace à Frederic Serbource

B.M

LA REALITE HISTORIQUE
Spoiler ! Colonia Dignidad Ă©tait un camp de torture de la police secrète chilienne. Des centaines de dĂ©tenus y furent interrogĂ©s, tuĂ©s et enterrĂ©s. En presque 40 ans, seulement 5 personnes de cette secte ont rĂ©ussi Ă  s'Ă©chapper. Les photos sorties clandestinement de Colonia Dignidad ont Ă©tĂ© publiĂ©es mondialement crĂ©ant un Ă©norme scandale. Cependant, rien ne changea au Chili. Paul Schäfer ne fut mis en accusation qu'Ă  la fin du rĂ©gime de Pinochet pour ĂŞtre finalement arrĂŞtĂ© en Argentine en 2004. Ni le gĂ©nĂ©ral Pinochet, ni les employĂ©s de l'ambassade d'Allemagne ne furent tenu responsables de leur collaboration avec Paul Schäfer. Paul Schäfer fut condamnĂ© Ă  33 ans de prison pour des milliers d'actes d'abus sexuels sur enfants ainsi que pour d'autres crimes. Il est mort en prison Ă  Santiago en 2010. Fin du Spoiler.

lundi 25 juillet 2016

LA CHOSE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site diaryofamoviemaniac.wordpress.com

"Something Evil", téléfilm de Steven Spielberg. 1972. U.S.A. 1h19. Avec Sandy Dennis, Darren McGavin, Ralph Bellamy, Jeff Corey, Johnny Whitaker, John Rubinstein.

Diffusion TV U.S: 21 janvier 1972. France: 1987 sur la chaîne La Cinq.

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions. 2016: Le bon gros géant.


DiffusĂ© chez nous sur la Cinq en 1987, La Chose est le second tĂ©lĂ©film de Steven Spielberg alors qu'un an au prĂ©alable fut tournĂ© son premier essai, Duel, qui allait remporter le Grand Prix Ă  Avoriaz en 73. Prenant pour thèmes la hantise et la possession, La Chose privilĂ©gie dès le dĂ©part une certaine suggestion quant aux effets diaboliques d'une entitĂ© persĂ©cutant une mère et ses deux enfants au sein de leur foyer bucolique. Le mari souvent absent Ă©tant occupĂ© Ă  gĂ©rer le tournage d'un film. ChargĂ© d'un climat d'inquiĂ©tude permanent, l'intrigue se concentre sur la caractĂ©risation dĂ©munie de cette dernière tĂ©moin malgrĂ© elle de phĂ©nomènes paranormaux toujours plus brutaux. Pleurs d'enfant durant la nuit Ă  proximitĂ© de la grange, morts accidentelles d'un couple d'amis, cauchemar nocturne de son rejeton sont les principaux vecteurs qui vont engendrer chez Marjorie une paranoĂŻa en chute libre malgrĂ© l'Ă©gide d'un pentacle accrochĂ© au seuil de la maison.


Grâce à la sobriété des comédiens particulièrement cohérents dans leur posture perplexe, démuni ou erratique (les crises de violence de Marjorie), La Chose parvient à créer un climat d'insécurité feutré qui ira crescendo jusqu'à une révélation des plus dérangeantes. D'ailleurs, quelques minutes au préalable, une séquence effrayante nous eut déjà ébranlé avec une découverte singulière confinée dans la cuisine. Mis en scène avec maîtrise et sans esbroufe, Steven Spielberg renoue donc avec une horreur éthérée pour provoquer l'angoisse en insistant sur la psychologie torturée de son héroïne en perdition morale. Prônant l'existence du diable si on est un fervent catholique, Spielberg oppose sa victime vulnérable à la rationalité de son époux difficilement influençable lorsqu'il s'agit de prouver l'existence occulte. Grâce à ce personnage terre à terre néanmoins empathique auprès de sa femme, La Chose parvient d'autant mieux à crédibiliser les moments surnaturels, notamment lorsqu'il doit faire face à ses interrogations comme le souligne l'apparition de la tache lumineuse relevée sur un négatif.


Efficacement mené et servi par une distribution sans fard (mention spécial pour le charisme dépressif de Sandy Dennis !), La Chose parvient à susciter une angoisse palpable parfois dérangeante au fil d'une énigme dramatique dédiée à l'existence du diable. Un excellent téléfilm à redécouvrir avec intérêt chez les amateurs de Fantastique épuré si bien que Spielberg privilégie à tous prix l'intelligence du non-dit par le pouvoir de suggestion.