mercredi 30 novembre 2011

THE THING

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Matthijs van Heijningen. 2011. U.S.A. 1h43. Avec Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Ulrich Thomsen, Eric Christian Olsen, Adewale Akinnuoye-Agbaje. 

Sortie salles France: 12 Octobre 2011. U.S: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Matthijs van Heijningen est un réalisateur et scénariste néerlandais, né en 1965. 
2011: The Thing


S'attaquer au remake/préquelle afin d'émuler un monument du cinéma horrifique n'était pas une mince gageure. Et pourtant, Matthijs van Heijningen s'en sort honnêtement avec son premier long-métrage même s'il n'apporte rien au chef-d'oeuvre de Carpenter. Esthétiquement soigné (joli cadre scope, photo épurée pour transfigurer son décor hivernal) et pourvu d'effets-spéciaux parfois impressionnants (si l'on évacue certains CGI perfectibles et trop grossiers), The Thing nouvelle version prend l'alibi de la préquelle pour tenter de se différencier de son modèle. Pourtant, à l'exception de son prologue et du final en porte-à-faux, la narration n'apporte pas vraiment d'idées nouvelles (en dépit du plombage dentaire que la chose ne peut répliquer et de recruter le rôle principal à un personnage féminin) en continuant de surfer sur la peur paranoïde des survivants. Si bien évidemment le film n'atteint jamais le degré d'intensité anxiogène magnifiquement suggéré avec son modèle, une certaine tension est néanmoins savamment distillée durant le cheminement narratif, et avant que les conventions ne viennent un peu désamorcer sa poursuite finale. Enfin, et pour contenter le public de la nouvelle génération, le film insiste plus sur le caractère palpitant des attaques cinglantes commises par la chose. Et à ce niveau, il faut admettre que l'on reste captivé par ses interventions hostiles où le côté spectaculaire et violent des affrontements nous saisisse parfois de stupeur (les FX laissent exprimer visions d'effrois du monstre tentaculaire dans une imagerie gore assez réaliste !). Dans son concept éculé du survival en vase clos, on reste donc facilement impliqué par les attitudes désoeuvrées de nos nouveaux occupants combattant maladroitement la menace insidieuse d'un métamorphe !


Correctement réalisé, interprété par des gueules d'acteur au charisme mature (sans compter la sobriété circonspecte de Mary Elizabeth Winstead !) et mené sans temps morts, The Thing 2011 s'érige en série B du samedi soir où l'action importe plus que la suggestion. Si on déplore donc sa facilité à s'incliner vers le pur divertissement, Matthijs van Heijningen livre un solide spectacle à l'ancienne où l'efficacité des altercations communie avec l'insolence de la chose.  

Dédicace à Pascal Frezzato

27.01.14. 2èx
Bruno Matéï


FRIGHT NIGHT


de Graig Gillespie. 2011. U.S.A. 1h46. Avec Anton Yelchin, Colin Farrell, David Tennant, Christopher Mintz-Plasse, Toni Collette, Imogen Poots, Dave Franco, Reid Ewing, Emily Montague, Chelsea Tavares.

Sortie en salles en France le 14 Septembre 2011. U.S: 19 Août 2011.

FILMOGRAPHIE: Graig Gillespie (né le 1er Septembre 1967) est un réalisateur et producteur australien de séries T.V et longs-métrages.
2007: Une fiancée pas comme les autres
2007: Mr Woodcock
2009-2010: United States of Tara (série TV)
2010: My Generation (série TV, pilote)
2011: Fright Night
2011: Film Fiend (série TV)


Charlie Brewster voit sa vie prendre une bonne tournure : il est apprécié dans son lycée et sort avec la fille la plus convoitée. Il est tellement cool qu'il se permet de se foutre de la gueule de son meilleur ami. Cependant les ennuis arrivent lorsque Jerry emménage près de chez lui. Il à l'air super cool mais en réalité quelque chose cloche chez lui. Le problème c'est que personne ne semble s'en rendre compte, surtout pas la maman de Charlie. Après avoir observé les étranges activités de Jerry, Charlie réalise que Jerry est un vampire. Comme personne ne le croit, Charlie décide de se débarrasser du monstre par lui-même..


Un remake qui a la bonne idée de ne pas copier-coller et se démarquer de l'original en privilégiant une violence plus acérée ainsi qu'une action échevelée à contrario d'un humour incisif qui faisait tout le sel du film original. Malheureusement, la sauce ne prend pas, faute à des personnages ternes déployant le minimum syndical, des situations archi rebattues, une abondance vaine d'effets chocs grand-guignolesques en CGI et un scénario aussi plat qu'une andouillette déprimée de sa condition.
En prime, le traitement émis sur les personnages, particulièrement celui de Peter Vincent, a de quoi faire pleurer les puristes qui vouaient une affection toute particulière à Roddy Mc Dowell dans le film d'origine. Son modèle étant toujours en l'occurrence une véritable merveille du teen movie horrifique aussi pittoresque que trépidant.

Un produit de consommation routinier vite oublié qui pourra peut-être séduire les moins de 15 ans.



Critique personnelle du film d'origine:
http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/vampires-vous-avez-dit-vampire-fright.html



mardi 29 novembre 2011

WATERWORLD


de Kevin Reynolds. 1995. 2h15. U.S.A. Avec Kevin Costner, Jeanne Tripplehorn, Dennis Hooper, Tina Majorino, Gérard Murphy, Chaim Girafi, Rick Aviles, Zitto Kazann, Leonardo Cimino, Zakes Mokae.

Sortie en salles en France le 25 Octobre 1995. U.S: 28 Juillet 1995

FILMOGRAPHIE: Kevin Reynolds est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 17 Janvier 1952 à San Antonion, Texas.
1985: Une Bringue d'enfer. Histoires Fantastiques (Epis, vous avez intérêt à me croire). 1988: La Bête de Guerre. 1991: Robin des Bois, prince des voleurs. 1993: Rapa Nui. 1995: Waterworld. 1998: 187 Code Meurtre. 2002: La Vengeance de Monte Cristo. 2006: Tristan et Yseult.


Avec un budget faramineux de 175 millions de dollars, Waterworld était prédisposé à remporter un succès considérable dans son alliage de cascades et d'action post-nuke hérités de l'entreprise Mad-Max. A l'arrivée, le film se solde par un échec public et critique des plus cinglants qu'Hollywood ait jamais enregistré ! Avec le recul, ce blockbuster trépidant est loin d'avoir mérité son statut de purge défraîchie car il se révèle en l'occurrence beaucoup plus abordable et jouissif qu'à l'époque de sa sortie. En l'an 2500, la terre a été engloutie par les océans. Seul une poignée de survivants tentent de résister contre les hordes de barbares enrôlés par le pirate Deacon. Un baroudeur solitaire va se retrouver mêler à cette guérilla pour tenter de protéger la vie d'une mère et sa fille accoutrée d'un tatouage inscrit sur le dos. Ce dessin révélant en vérité un itinéraire codé pour rejoindre la contrée de Dryland.
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Revoir aujourd'hui Waterworld prouve à quel point le temps peut parfois permettre de restaurer des injustices et remettre les pendules à l'heure. Ce qui frappe de prime abord avec cette aventure futuriste lorgnant sans complexe du côté de Mad-Max, c'est son pitch astucieux fondé sur le dépaysement azur d'un univers aquatique. En suggérant que la terre est devenue un vaste océan déserté d'urbanisation et de présence humaine, Kevin Reynolds nous agrémente d'une nature maritime photogénique accentuée par une superbe photographie aux nuances bleutées. Sans répit, l'action échevelée embraye avec une première séquence d'anthologie particulièrement dantesque ! Alors qu'une petite communauté de survivants est installée sur un village flottant appelé "atoll", des mercenaires motorisés, armés jusqu'au dents, décident de forcer les barrages de la ville pour extirper une fillette accoutrée d'un tatouage dorsal en guise de carte au trésor.  Auparavant, un homme nommé Mariner s'était rendu dans l'atoll le temps d'une tractation de troc. Capturé et emprisonné par les résidents après qu'ils aient pu découvert sa véritable identité mutante, celui-ci va profiter de la rixe pour pouvoir se défaire de ses chaînes avec l'aide d'Hélen et de sa fille convoitée, Enola. S'ensuit un florilège d'affrontements trépidants, véritables morceaux de bravoure virtuoses gérés dans un amoncellement de cascades et péripéties haletantes ou l'action lisible rivalise d'inventivité pour épurer au maximum le caractère épique des affrontements. Ce moment d'adrénaline pure est apte à figurer dans les plus belles séquences d'action des années 90 et peut rivaliser sans rougir avec les séquences inégalées de Mad Max 2 de Georges Miller.


La suite du récit simplifie la donne avec la traversée en voilier de Mariner, accompagné de ces deux survivantes. Pour dédramatiser la violence émanant de la barbarie d'un climat belliqueux mais aussi rameuter tous les publics, Kevin Reynolds introduit l'humour avec certaines répliques cocasses exprimées par une fillette désinvolte, s'évertuant à provoquer l'impassible Mariner. Un machiste à l'autorité drastique bafouant sans restriction la gente féminine parmi la présence de ces deux sauvageonnes. De manière intermittente, notre trio va devoir user de courage et subterfuge pour se mesurer à la rencontre impromptue de quidams perfides naviguant aveuglement sur les mers à bord de chalutiers customisés. Et cela jusqu'à ce que Deacon, épaulé par ses comparses, ne vienne refaire surface pour s'empresser de kidnapper la gamine afin de pouvoir décoder le fameux tatouage occultant une contrée inexplorée. Dans celui du héros iconique, Kevin Costner se tire honorablement d'un rôle austère de guerrier aguerri plutôt antipathique mais finalement valeureux et clément. Tandis que l'impayable Dennis Hopper rivalise de cabotinage mesquin dans sa caricature ironique de corsaire mégalo. Le point d'orgue renouant avec l'action bondissante d'un affrontement avec Mariner, seul contre tous, ayant réussi à pénétrer au sein du gigantesque navire afin de sauver la vie d'Enola. Si l'action parfois improbable et expéditive se révèle moins intense que prévue pour braver nos hordes de pirates excentriques, la séquence explosive s'avère assez démesurée dans les moyens déployés !


Scandé par le score épique de James Newton Howard, Waterworld puise sa force dans son efficacité d'un récit adroitement mené rehaussé d'un savoir faire technique irréprochable. Que ce soit l'armada des incroyables décors déployés avec créativité, les costumes excentriques, les accessoires primitifs et l'affluence de moult figurants sortis tout droit d'une bande dessinée. Kevin Reynolds cultivant sa simplicité narrative au service d'une série B de luxe nantie d'un dépaysement exotique fulgurant. En l'occurrence, on peut enfin adouber la sincérité du réalisateur d'avoir su porter à l'écran un divertissement post-apo n'ayant pas à rougir avec la franchise Mad-Max

29.11.11.  4
Bruno matéï

lundi 28 novembre 2011

LA GUERRE EST DECLAREE. Grand Prix à Cabourg, Prix du Jury au festival Paris cinema.


de Valérie Donzelli. 2011. France. 1h40. Avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, César Desseix, Gabriel Elkaïm, Brigitte Sy, Elina Lowensohn, Michèle Moretti, Philippe Laudenbach, Bastien Bouillon.

Sortie en salles en France le 31 Août 2011

Récompenses: Grand Prix au Festival de Cabourg.
Prix du Jury, Prix du Public et Prix des Blogueurs au Festival Paris Cinéma.
Nominé aux Césars et Oscars 2011.

Box-Office: 507 615 entrées en trois semaines d'exploitation.

FILMOGRAPHIE: Valérie Donzelli est une actrice, scénariste et réalisatrice française, née le 2 Mars 1973 à Epinal.
2008: Il fait beau dans la plus belle ville du monde (court)
2009: La Reine des Pommes
2010: Madeleine et le facteur (court)
2011: La Guerre est déclarée
2012: Main dans la main


Un hymne à la vie, à l'amour, à l'espoir
Deux ans après sa comédie romantique, la Reine des Pommes, l'actrice et réalisatrice Valérie Donzelli s'empare d'un sujet grave avec son deuxième long-métrage en abordant la pathologie chez un enfant juvénile. Les parents du film interprétés par Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont la particularité d'avoir réellement vécu cette situation avec leur propre enfant âgé de 18 mois.

Durant une soirée festive, Juliette tombe follement amoureux de Romeo. Rapidement, le couple en plein émoi décide d'entreprendre la naissance d'un enfant, Adam. Durant ses premiers mois, les parents lui remarquent un comportement équivoque. Après diagnostic médical, celui-ci est subitement atteint d'une tumeur du cerveau. Un long combat pour la vie est entamé par Romeo et Juliette pour la sauvegarde de leur chérubin.
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Double succès public et critique à l'époque de sa sortie, primé de diverses récompenses dans l'hexagone et nominé aux Césars et Oscars 2012, La Guerre est déclarée est une oeuvre miraculeuse touchée par la grâce. Le genre de petit film modeste dénué d'illustres acteurs et porteur d'un thème délicat à deux doigts de faire sombrer le navire dans le mélo lacrymal et pompeux.
Valérie Donzelli, actrice, scénariste et réalisatrice, nous dépeint avec fougue son parcours du combattant communément entrepris avec son amant pour se mesurer au malheur imposé à leur bambin de 18 mois. Atteint d'une grave tumeur encéphale, le petit Adam est contraint avec le soutien de ses géniteurs d'entamer divers examens médicaux, chimiothérapie puis opération de la dernière chance pour tenter d'annihiler la maladie.


Avec une vitalité cuisante et une poésie naturaliste, la réalisatrice nous entraîne sans complaisance au coeur même de la douleur, en interne de ce combat inespéré fustigeant deux amants préalablement épanouis mais aujourd'hui engagés à inhiber la maladie de leur descendance. Alors que les grands-parents ou amis de la famille s'embourbent facilement dans un ton alarmiste, faute d'une contrariété difficilement gérable quand il s'agit d'attendre l'interminable diagnostic opté à une innocence infantile.
Dans une mise en scène créative et flamboyante transcendant la fragilité de l'existence et le prestige du temps présent, la Guerre est déclarée est un chant d'amour dédié à la verve des sentiments. Un tourbillon vertigineux des moments troubles de nos égarements frappé par un malheur injustifié. Avec l'entremise d'une intelligente lucidité pour contrecarrer son sujet de l'apitoiement larmoyant et un réalisme incisif oscillant certaines envolées lyriques ou musicales. De cette vitalité florissante, l'aventure de romeo et juliette nous ait traité dans un florilège d'émotions écorchées vives.
Ce qui ressort de cette aventure hors normes et cruciale, c'est la manière optimiste dont est illustrée le cheminement tortueux de nos héros souhaitant par leur complicité amoureuse se battre jusqu'à la fin du marathon pour pouvoir vaincre la mort. La caractérisation psychologique de ces deux protagonistes force inévitablement l'admiration dans leur bataille imposée grâce à cette hargne immodérée de vouloir coûte que coûte transcender le défaitisme par l'optimisme salvateur.

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La musique de mon coeur.
Hymne à la vie contre l'insolence perfide de la pathologie illustrée à la manière d'un feu d'artifice sublimant les sentiments mis à nu, La Guerre est déclarée est un spectacle coloré d'optimisme radical. La fraîcheur naturelle et la spontanéité de ses jeunes interprètes frappés de plein fouet par l'infortune exacerbent la structure prolifique d'un récit incertain nous menant vers une comédie dramatique aussi bouleversante et déchirante, qu'enivrante et exaltante. 
Il ressort de cette oeuvre radieuse et ténue un sentiment persistant de nous convaincre que notre propre existence est une divinité miraculeuse qu'il faut savoir pleinement savourer, même dans nos les instants les plus nébuleux. En résulte un film dur dans son acuité humaine administrée avec fébrilité mais précieux et universel, à l'image du battement récursif de nos coeurs scindés entre la souffrance et l'allégresse. Pour parachever avec tempérance, l'un des plus beaux films du monde. 

Dédicace à ceux qui ont perdu l'espoir.

28.11.11
Bruno Matéï


samedi 26 novembre 2011

DERRIERE LES MURS


Tout ça pour ça !

Epoque vétuste de l'entre-deux-guerres soigneusement retranscrite sous une superbe photographie aux teintes voluptueuses, comédiens sobres dont une Laetitia Casta surprenant de naturel blême, suspense diffus, mystère entretenu avec parcimonie pour au bout du compte se retrouver face à une intrigue futile. Bourré de bonnes intentions dans sa tentative de renouver avec l'habile suggestion afin de susciter l'angoisse et l'incertitude, Derrière les Murs est un joli raté finalement rébarbatif, longuet et sans intérêt. Quand au niveau de l'angoisse présagée, elle se révèle franchement inexistante.
C'est fort dommage car les motivations ombrageuses de notre protagoniste ne manquait pas d'attrait dans ses états d'âme torturés. Juste avant une rémission cathartique engagée dans une chute risible conçue sur un simulacre de vacuité.

Néanmoins, pour les plus patients d'entre vous, le film peut se suivre avec un intérêt constant malgré son début laborieux et un rythme lent parfois décourageant. Mais attention à la révélation finale qui en calmera plus d'un !

Encore un essai franchouillard entretenu sur du vide.



jeudi 24 novembre 2011

OUTSIDERS (The Outsiders)


de Francis Ford Coppola. 1983. U.S.A. 1h40. Avec C. Thomas Howell, Matt Dillon, Ralph Macchio, Patrick Swayze, Rob Lowe, Emilio Estevez, Tom Cruise, Glenn Withrow, Diane Lane, Leif Garret, Darren Dalton.

Sortie en salles en France le 7 Septembre 1983. U.S: 29 Mars 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Francis Ford Coppola est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 7 Avril 1939.
1963: Dementia 13. 1966: Big Boy. 1968: La Vallée du Bonheur. 1969: Les Gens de la pluie. 1972: Le Parrain. 1974: Conversation Secrète. Le parrain 2. 1979: Apocalypse Now. 1982: Coup de coeur. 1983: Outsiders. Rusty James. 1984: Cotton Club. 1986: Peggy Sue s'est mariée. 1987: Jardins de Pierre. 1988: Tucker. 1989: New-York Stories. 1990: Le Parrain 3. 1992: Dracula. 1996: Jack. 1997: L'Idéaliste. 2007: l'Homme sans âge. 2009: Tetro. 2011: Twixt.


La même année que Rusty James, Francis Ford Coppola rend hommage à toute une génération des années 50, adaptant coup sur coup deux romans de Susan Hilton. Portrait chétif d'une jeunesse en pleine dérive, Outsiders nous dévoile en prime le talent de jeunes interprètes devenus depuis des stars notoires. En témoignent Tom Cruise, Ralph Macchio, Rob Lowe, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Diane Lane ou encore Matt DillonA la fin des années 50, Ponnyboy et Johnny sont deux jeunes marginaux issus de la bande des Greasers. A la suite d'une bagarre avec la bande rivale des Soc, Johnny blesse mortellement l'un d'eux. Contraints de fuir la police au plus vite, ils se réfugient dans une église abandonnée avec la complicité de leur leader Dallas. Mais un gigantesque incendie mettant en péril de jeunes enfants va bouleverser leur destin dans leur héroïsme imposé. 
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Francis Ford Coppola nous livre ici sa "fureur de Vivre" à travers le portrait fébrile de deux jeunes délinquants livrés à eux mêmes, faute de parents décédés ou démissionnés de leur rôle pédagogique. Avec l'image paternelle du leader inflexible représenté par Dallas, Ponnyboy et Johnny n'ont que l'appui de cet acolyte pour pouvoir survivre dans un univers régi par la violence du phénomène de bandes rivales. Issus des quartiers défavorisés, les Greasers sont amenés à défier la bande des Socs, de jeunes bourgeois orgueilleux tout aussi arrogants mais desservis par leur tempérament hautain.
Après le meurtre tragique d'un des membres des Soc, Johnny et  Ponyboy vont devoir quitter leur commune pour se confiner vers une contrée bucolique en interne d'une église désaffectée. Recherchés par la police, ils vont réussir malgré tout à bluffer la population en portant secours à de jeunes enfants emprisonnés dans un gigantesque incendie. Néanmoins, à cause de son courage exemplaire de leur avoir sauvé la vie, Johnny va être sévèrement brûlé au 3è degré pour se retrouver en soin intensif à la suite de graves blessures. Quand bien même Ponnyboy et Dallas, plus motivés que jamais dans la rancune, se préparent à la prochaine rixe engagée avec ceux des Soc.


Avec une poésie mélancolique transcendant le crépuscule d'une nature flamboyante, le réalisateur témoigne d'une profonde tendresse pour ces deux protagonistes fustigés, totalement démotivés de leur condition de délinquant notoire. Des gamins au bord du marasme car en perte de repères, songeant à une vie plus paisible et harmonieuse où la gangrène de la violence serait totalement exclue de leur quotidien. Mais dans cette époque rebelle où la loi du plus fort est sans cesse embrasée par le phénomène de rivalités sociales et des bastons de rue, difficile de trouver un semblant de rémission pour pouvoir retrouver un équilibre social. Ces gamins épris de romance chimérique à travers les écrits de Autant en emporte le vent sont endossés par C. Thomas Howell et surtout Ralph Macchio. Deux acteurs néophytes dotés d'un charme  enfantin et d'une sensibilité naïve dans leurs vicissitudes alternant désespoir aigri et aspiration salvatrice. Tandis que le novice Matt Dillon crève l'écran dans celui du leader dur à cuire. Ancien taulard avide de reconnaissance mais finalement tout aussi vulnérable que ses comparses car désorienté d'une existence ébranlée par une société intolérante.


Hormis des passages un peu mièvres et désuets et d'un final trop vite expédié, Outsiders décrit avec une frêle sensibilité le portrait d'une jeunesse esseulée éclipsant leur innocence par un machisme viril. Si le film a aujourd'hui quelque peu vieilli dans sa simplicité narrative et sa musique vertueuse, il reste un témoignage touchant d'une génération en pleine effervescence, en quête perpétuelle d'un héros paternel. 

Dédicace à Karine Philippi
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Bruno Matéï
24.11.11



COWBOYS ET ENVAHISSEURS



Quelle déception ! Et c'est bien dommage, partant d'un concept aussi génial (affilier le western classique et la science-fiction belliqueuse). La faute à un scénario fourre-tout, inintéressant auquel évolue une pleïade de personnages creux engagés dans des scènes d'action mollassones dénuées d'intensité épique. Ca démarrait plutôt bien et réunir sur un plateau Daniel Craig et Harrison Ford avait de quoi rassurer le spectateur. Mais le soufflet retombe rapidement !
Bref, on s'ennuie pas mal devant ce blockbuster faisant office de pétard mouillé.
Stoppé au bout d'1h40 (sur 2H15 pour l'extented version)


Par contre, l'actrice aux yeux verts (Olivier Wilde en m'étant renseigné), bon dieu, quelle canon !



mardi 22 novembre 2011

BLACKTHORN


de Mateo Gil. 2011. Espagne/France/Bolivie/U.S.A. 1h45. Avec Sam Shepard, Luis Bredow, Nikolaj Coster-Waldau, Padraic Delaney, Fernando Gamarra, Maria Luque, Dominique McElligott.

Sortie en salles en France le 31 Août 2011. U.S: 7 octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Mateo Gil est un réalisateur et scénariste espagnol né le 23 septembre 1972 à Las Palmas de Gran Canaria.
1994: Antes del beso (court). Sone que te mataba (court). 1996: Como se hizo 'tesis' (doc). 1998: Allanamiento de morada (court). 1999: Jeu de rôles. 2006: Scary Stories (épisode Spectre). 2008: Dime que yo (court). 2011: Blackthorn.


Pour son second long-métrage, le réalisateur espagnol s'engage dans la voie du western vintage, à situer quelque part entre le cinéma flamboyant de John Ford pour son lyrisme des grands espaces et celui de Sam Peckinpah pour mettre en valeur le mythe du cow-boy vieillissant dépassé par une époque en mutation.
Pour rappeler l'achèvement d'un duo marginal entré dans la légende, le leader Butch Cassidy aurait été tué en 1908 selon certains historiens, alors que d'autres évoquent qu'il serait mort de vieillesse vers 1945 aux Etats-Unis.

Considéré comme mort, le célèbre Butch Cassidy vit des jours paisibles dans une ferme en Bolivie, en compagnie d'une jeune indienne. Prénommé James Blackthorn, il décide de quitter ce pays étranger pour rejoindre sa terre natale et tenter de retrouver un fils qu'il n'a jamais vu. Sur sa route, il rencontre un jeune ingénieur pourchassé par une horde d'espagnols auquel il vient de leur soutirer une forte somme d'argent. Les deux hommes décident de faire équipe pour tenter d'échapper à leurs oppresseurs. 
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En remaniant la conclusion tragique invoquée dans la version de George Roy Hill, Mateo Gil suggère en l'occurrence que Butch Cassidy a réussi à prendre la fuite contre les autorités après avoir mis fin à la vie de son acolyte, le Kid, mortellement blessé par balle. Alors que son amie Etta Place a décidé de le quitter d'un commun accord pour protéger la vie de leur futur bambin, Butch Cassidy décide de se retirer en Bolivie durant 20 ans. Mais son âge vieillissant rattrapé par la nostalgie d'un passé révolu, la quête de retrouver un fils qu'il n'a jamais connu et le désir intrinsèque de retrouver sa contrée natale vont le pousser à revenir vers ses propres racines. Durant son trajet amorcé, les démons du passé vont toutefois le forcer à entamer une dernière chevauchée quand il décide de s'affilier avec un jeune ingénieur. Ce fuyard sournois est en faite pourchassé par des boliviens après leur avoir dérobé l'argent d'une mine pour laquelle il travaillait.


Mateo Gil évoque à travers l'incroyable destin d'un hors la loi notoire, la fin de vie de ce fantôme esseulé, réfugié au fin fond d'une ferme de Bolivie. Dans ses vastes étendues arides et désertées de présence humaine, Butch Cassidy s'interroge sur son passé meurtrier et sa vie de fuyard arrogant.
Après avoir appris la mort de son ancienne compagne atteinte de tuberculose, il décide de partir à la recherche d'un fils qu'il n'a jamais eu l'aubaine de rencontrer. Humanisé par la maturité d'un âge avancé et teinté de remord sur un passé épique confronté à la tragédie, le cow-boy autrefois téméraire et aujourd'hui devenu un quidam fatigué. Un homme solitaire profondément ennuyé d'une existence terne et désanchantée, malgré la compagnie futile d'une jeune indienne compatissante. Sa dernière chevauchée avec un bandit maladroit va finalement le convaincre que la vie qu'il avait mené préalablement ne peut plus renouer avec les prises de risques intrépides et bondissantes perpétrées contre l'ordre et la loi. Après avoir subi cette dernière chevauchée sanglante et déloyale, blackthorn se débarrasse une ultime fois de ses influences meurtrières pour partir vers une contrée paisible mais indécise.

Dans un rôle magnifique d'anti-héros dépassé par une époque fluctuante, Sam Shepard illumine de sa frêle présence un personnage aigri, davantage fragilisé par son humanisme empathique. Sa mélancolie sous-jacente émanant d'un amour éperdu mais renoué avec la grâce présagée d'un enfant va l'entraîner vers une forme de repentance lénifiante.


Dans de superbes décors naturels clairsemés (la poursuite du désert de sel est d'une splendeur immaculée !) et la clarté d'une photographie limpide, Blackthorn est un splendide western intimiste  scrutant sensiblement le profil d'un bandit rongé par la culpabilité. Le talent singulier de Sam Shepard et l'ambiance élégiaque ancrée dans un style documentaire nous confinent vers un western crépusculaire d'une époque obsolète et aux horizons incertaines. 
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Bruno Matéï
22.11.11 

lundi 21 novembre 2011

L'EMPRISE (The Entity). Antenne d'Or à Avoriaz 1983.


de Sidney J. Furie. 1981. U.S.A. 2h05. Avec Barbara Hershey, Ron Silver, David Labiosa, George Coe, Margaret Blye, Jacqueline Brookes, Richard Brestoff, Michael Alldredge, Raymond Singer, Allan Rich.

Sortie en salles en France le 23 Février 1983. U.S: 4 Février 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sidney J. Furie est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 28 Février 1933 à Toronto, en Ontario (Canada). 1959: A Dangerous Age. 1961: Le Cadavre qui tue. The Snake Woman. 1964: La Poupée Sanglante. 1965: Icpress, danger immédiat. 1966: L'Homme de la Sierra. 1970: L'Ultime Randonnée. 1978: Les Boys de la compagnie C. 1981: l'Emprise. 1986: Aigle de Fer. 1987: Superman 4. 1988: Aigle de Fer 2.  1991: La Prise de Beverly Hills. 1995: Aigle de Fer 4. 1997: Les Rapaces. 1997: Les Enragés. 2000: Jeu Mortel. Nuit Infernale. 2003: Détention. 2004: Direct Action. 2005: American Soldiers. 2006: The Veteran (télé-film).


Ce film est l'histoire romancée d'un incident réel qui a eu lieu à Los Angeles, en Californie, en Octobre 1976. Pour les chercheurs, c'est l'un des cas les plus extraordinaires de l'histoire de la parapsychologie. 
La vraie Carla Moran vit aujourd'hui au Texas avec ses enfants. 
Les attaques, moins fréquentes et moins intenses... continuent.

Adapté du roman éponyme de Frank De Felitta (Audrey Rose), Sidney J. Furie nous élabore en 1981 un troublant cas de hantise inspiré d'un fait-divers. Récompensé à Avoriaz de l'Antenne d'or, l'Emprise peut se targuer de figurer dans les meilleurs films traitant de la hantise et des poltergeists. Il doit beaucoup de son attrait effrayant grâce à la mise en scène studieuse de Furie optant pour un réalisme tranché et à la prestance crédible de Barbara Hershey justement couronnée du prix d'interprétation féminine au festival susmentionné.  Une nuit, une mère de famille se fait sexuellement agresser par une présence invisible dans sa chambre. Après cet incident inexplicable, une seconde agression toute aussi violente auprès des sévices sexuels se produit le lendemain. Quelques jours plus tard, en se rendant à son travail, elle perd le contrôle de son véhicule sans pouvoir le maîtriser. Démunie et terrifiée à l'idée de retourner chez elle, elle consulte un éminent psychiatre pour tenter de comprendre les raisons de ses multiples agressions. Avec un argument aussi ridicule et grotesque, l'Emprise aurait pu facilement sombrer dans la gaudriole zédifiante si un réalisateur estimable et une actrice remarquable ne s'étaient pas réunis pour tenter de nous convaincre de la cause inexpliquée d'un phénomène surnaturel. Si 30 ans plus tard, l'Emprise se révèle toujours aussi terrifiant, inquiétant et oppressant, c'est dans sa sobre conviction à illustrer sans esbroufe le destin improbable d'une mère de famille harcelée par une entité invisible.


La première partie, habilement entrecoupée de scènes-chocs jamais racoleuses, nous décrit avec dimension psychologique le calvaire de Carla, victime de viols réguliers commis dans sa demeure familiale. Le sentiment d'angoisse sous-jacent émanant de l'anxiété de Carla, car redoutant une nouvelle attaque cinglante, est parfaitement insufflé à l'esprit du spectateur, communément témoin de l'intrusion du surnaturel. Quand au caractère incisif des séquences d'agression perpétrées contre la victime, elles se révèlent rigoureuses de réalisme malsain. L'efficacité des effets-spéciaux est exploitée à bon escient, à contrario d'une surenchère grand-guignolesque pour essayer d'authentifier les exactions d'une entité fantomatique. Cette menace insidieuse est d'autant plus frénétique que cette fois-ci le surnaturel se permet d'agresser physiquement la même victime réduite ici à l'objet sexuel ! Sidney J. Furie privilégie ensuite la psychologie de son héroïne lors de séances de psychothérapie entamées avec le psychiatre Sneiderman (Ron Silver, épatant de sobriété dans son esprit studieux et cartésien). L'esprit rationnel de l'univers de la psychiatrie va évidemment tenter de convaincre Carla que ses agressions sexuelles ne sont que le fruit d'un refoulement. Car en remuant dans son passé d'un père incestueux et d'un échec sentimental avec un amant juvénile, Sneiderman souhaite vainement ramener à la raison la névrose de Carla. Ces moments intimistes inscrits dans un cadre thérapeutique vont accentuer la poignante détresse d'une femme fragile, d'autant plus démunie de ne pouvoir convaincre son entourage.

                                      

Spoiler !!! La seconde partie va ensuite alimenter son potentiel surnaturel en se focalisant du point de vue des parapsychologues. En effet, une équipe de scientifiques spécialisés dans l'occultisme vont apporter leur soutien afin d'épauler Carla. Afin de prouver que cette abstraction n'est pas une projection psychique de sa part, une expérience jamais pratiquée dans le domaine ésotérique va nous conduire dans un vaste hangar afin de reconstituer grandeur nature la demeure de Carla. Leur but est de daigner emprisonner l'entité grâce à de l'Hélium liquide pour tenter de la geler si cette chose possédait une masse solide. L'armada technologique imputé renforce ainsi son aspect disproportionné dans sa tentative exceptionnelle d'appréhender une présence paranormale. Sidney J. Furie ne souhaite pas pour autant nous convaincre que le surnaturel existe. Il laisse libre choix au spectateur de distiller le doute et l'interrogation face aux vicissitudes d'une femme éventuellement saine d'esprit. De son côté, le psychiatre Sneiderman épris de compassion pour elle tente d'endiguer cette folle entreprise paranormale pour la protéger d'un éventuel incident mortel. Fin du SpoilerOn peut d'ailleurs saluer l'interprétation fébrile de Barbara Herschey particulièrement émouvante dans un rôle épineux de femme martyrisée par un bourreau sans visage. Celle-ci insufflant avec humanité chétive et force de caractère sa quête rédemptrice de se débarrasser d'un cauchemar imbitable.


Proprement effrayant lors de ces attaques cinglantes d'une cause surnaturelle, l'Emprise demeure un modèle d'effroi transcendé par la densité psychologique de ces protagonistes et d'une ambiance anxiogène irrésistiblement inquiétante. Par le biais de l'option "fait-divers" mis en exergue au terme du métrage (hormis sa brève conclusion paradoxalement grotesque et maladroite), ce grand moment de trouille réussit finalement à nous questionner sur la spiritualité d'une entité immatérielle.  Passionnant et hypnotique, notamment sous l'impulsion d'une bande son tonitruante, ce modèle d'appréhension peut sans rougir rejoindre ses homologues notoires, La Maison du Diable, Trauma, La Maison des Damnés, l'Enfant du Diable et les Innocents.

Bruno Matéï
Dédicace à Aurore Drossart
21.11.11.   5èx

Récompense: Antenne d'or au festival d'Avoriaz en 1983 et Prix d'interprétation Féminine à Barbara Hershey..

samedi 19 novembre 2011

HATCHI (Hachi, A Dog's Story)


de Lasse Haelstrom. 2009. U.S.A. 1h32. Avec Richard Gere, Sarah Roemer, Joan Allen, Cary-Hiroyuki Tagawa, Jason Alexander, Erick Avari, Robert Capron, Daviana McFadden, Kevin DeCoste.

Sortie en salles en France le 9 Juin 2010. U.S: 18 Décembre 2009

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lasse Haekstrom est un réalisateur et scénariste suédois, né le 2 Juin 1946 à Stockholm (Suède).
1975: A Guy and A gal. 1985: Ma vie de chien. 1991: Ce cher Intrus. 1993: Gilbert Grape. 1995: Amours et mensonges. 1996: Lumièe et compagnie. 1999: l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable. 2000: Le Chocolat. 2001: Terre Neuve. 2005: Une vie inachevée. 2005: Casanova. 2006: Faussaire. 2009: Hatchi. 2010: Dear John. 2012: The Danish Girl.


D'après une histoire vraie. 
Le véritable Hachico est né à Odate, au Japon, en 1923. Il est mort en Mars 1934.
Une statue de bronze trône aujourd'hui à sa place habituelle, en face de la gare de Shibuya.

J'en vois déjà du fond de la salle ricaner à la vue de cette affiche puérile mettant en vedette un illustre acteur glamour, ancienne gloire d'hollywood et le regard attendrissant d'un toutou à peluche. Pourtant, dans sa forme canonique à vouloir cibler un public familial, le réalisateur de Gilbert Grape évite admirablement le pathos lacrymal souvent redoutée dans ce type de produit. D'autant plus qu'il s'agit ici du traditionnel remake d'un film japonais Hachiko monogatari de Seijiro Koyama, réalisé en 1987. En revenant du travail, un professeur de musique universitaire trouve sur son chemin un petit chiot errant. En guise d'empathie, il décide de le ramener chez lui contre l'avis de son épouse. Au fil des jours, une amitié se noue entre les deux compagnons. Surnommé Hatchi du fait de ses origines japonaises, le chien accompagne chaque matin son maître jusqu'au quai de la gare et revient l'attendre le soir après sa journée de boulot. Les mois passent, leur relation amicale perdure jusqu'au jour ou le destin décide de les séparer.


Une histoire simple de prime abord, banale diront les indécis, focalisée sur les sentiments intenses que peuvent lier la fidélité d'un chien de compagnie et de son maître. Avec intelligence du refus de complaisance, le réalisateur suédois Lasse Haekstrom nous invite à découvrir cette étonnante rencontre que chacun de nous connaît ou a déjà vécu avec son propre animal de compagnie. Ce rapport tendre si affectueux que l'on peut établir avec un chien entièrement voué à vous rester fidèle jusqu'à la fin de son existence. C'est ce que raconte Hatchi dans cette relation transcendant l'amitié, l'amour et la reconnaissance au nom de la commune allégeance. La première partie du film nous illustre donc dans une succession de séquences touchantes mais jamais mièvres l'union amicale d'un sexagénaire davantage attendri par le comportement humain de son compagnon canin. Chaque matinée de la semaine, Parker doit se rendre à la gare pour prendre le train et rejoindre son université afin d'y faire enseigner la musique auprès de ses étudiants. Et chaque matin, Hatchi l'accompagne au quai jusqu'à ce que son maître embarque dans le train et revienne le soir même de la journée. Fidèlement, en début de soirée, Hatchi se poste sur la place pour l'attendre à nouveau patiemment, devant la curiosité de commerçants surpris par son dévouement vaillant et loyal.

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Spoiler !!! Mais un jour, alors qu'il attend paisiblement son retour, Hatchi ne reverra plus jamais celui qui s'était engagé à adopter un animal en reconnaissance commune d'amour et d'amitié. C'est cette seconde partie abrupte et inopinée, bifurquant irrémédiablement vers un drame déchirant qui nous est illustrée sans excès mais avec une sensibilité écorchée. A ce titre, la séquence concise du fameux accident cérébral dont sera victime l'un des protagonistes est d'une sobriété exemplaire car elle refuse de s'attarder sur la douleur affectée des principaux membres de la famille endeuillée. Quotidiennement, nous allons continuer de suivre le destin insensé de Hatchi, déterminé à attendre son maître durant neuf longues années. Chaque jour, le chien solitaire se destine à imposer cette règle ancrée sur les valeurs de loyauté pour escompter revoir Parker descendant fatalement du train. Fin du Spoiler. Dans un rôle inhabituel, Richard Gere interprète avec un naturel flegme un professeur de musique aussi épanoui dans sa vie professionnelle que conjugale. Les rapports chaleureux et fougueux qu'il entretient communément avec Hatchi permettent de nous toucher dans des séquences futiles aux sentiments nobles. Alors que le chien endossé par trois Akita Inus (selon l'âge évolutif d'Hatchi) est sobrement exploité dans les moments aussi graves que joyeux. Son regard empli d'innocence et sa bonhomie instinctive ne peuvent laisser insensible un spectateur contemplatif envers sa patience immodérée pour la fidélité.
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Une fidélité légendaire
Récit authentique prônant les valeurs d'amour et d'amitié que peuvent respectivement alimenter un chien et son maître, Hatchi nous désarme le coeur en tolérant une destinée inéquitable. Un portrait alloué à la complicité altruiste de l'homme et son chien, brutalement dissociés par la mort mais à nouveau unifiés vers un seuil spirituel. Un drame bouleversant d'une acuité émotionnelle rare car évitant avec intelligence de tomber dans le produit standardisé conçu pour faire pleurer dans les chaumières. Pour transcender cet amour inoxydable, la douceur timorée de sa partition au piano agrémente l'ambiance en demi teinte du récit. Avec l'impact d'une histoire aussi insensée, Hatchi risque naturellement de vous faire chavirer dans un déluge d'émotions aussi incontrôlées que rigoureuses. 
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A Hatchi, Barney et Harvey, mes héros...

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Dédicace à Gilles Roland, Selena de Sade et Isabelle Rocton.
19.11.11
Bruno Matéï
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Ci-dessous, la critique de mes amis Luke Mars et Gilles Roland
http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/11/hachi-dogs-tale-aka-hachiko-dogs-story.html?showComment=1322205834540#c3807275587435140473
http://www.shunrize.com/wordpress/critique-hatchi

L'avis de mon ami Mathias Chaput:

Il est des films intemporels que l’on n’oublie jamais, des films si bouleversants qu’ils hantent notre mémoire à jamais, des films d’une force émotionnelle qui balayent tout et qui nous bloquent en quelques minutes où nous avons l’impossibilité de retenir nos larmes : « Hatchi » fait partie de cette race très fermée de métrages…
« Philadelphia », « Le cercle des poètes disparus » sont du même calibre mais « Hatchi » dégage un pouvoir émotionnel encore plus intense que ces deux films…
D’une intensité mélodramatique et d’un jeu d’acteurs bien rôdé (on s’attache très vite aux personnages, le chef de gare, le vendeur de hot dogs, la libraire), on s’habitue à une routine très touchante et de voir ce chien au beau milieu de tout ce petit monde qui parait gentillet et émouvant (le cadre, les habitudes, les saisons qui défilent, filmés intelligemment et sans la moindre redondance)…
Et lorsque tout s’écroule (après la première heure) un sentiment indicible comme une brise glaciale qui nous balayerait littéralement, la c’est le DRAME qui prend place !
Et c’est terrible…
« Hatchi » a une force instantanée de faire virer à 360 degrés la quiétude qui s’était immiscée, la complicité absolue entre un homme et son chien pour aboutir au film le plus lacrymal de tous les temps, à la sensibilité impénétrable et au cœur gros comme ça, nous collapsant de pleurs sans discontinu…
Niveau technique, la mise en scène est très correcte et les décors sont parfaitement adaptés au film…
Richard Gere est bouleversant et prouve une énième fois qu’il est un grand acteur…
Le chien Hatchi est adorable, bref ce film est sublime, superbe et fascinant, mais très difficile en même temps : il en ressort une impression terrible, comme rarement vue au cinéma…
En un mot : DECHIRANT.
on est RETOURNéS !

Note : 10/10
Paix éternelle à Lady, Labelle, Ursa et Barney
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vendredi 18 novembre 2011

BODY SNATCHERS


d'Abel Ferrara. 1993. U.S.A. 1h26. Avec Terry Kinney, Meg Tilly, Gabrielle Anwar, Reilly Murphy, Billy Wirth, Christine Elise, R. Lee Ermey, Kathleen Doyle, Forest Whitaker, G. Elvis Phillips.

Sortie en salles en France le 9 Juin 1993. U.S: 28 Janvier 1994

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth.


Un an après nous avoir dépeint la descente aux enfers (au vitriol svp !)  du Bad Lieutenant, Abel Ferrara réalise en 1993 une troisième adaptation du fameux roman de Jack Finney, l'Invasion des profanateurs, paru en 1955. Après les brillantes versions de Don Siegel et Philip Kaufman, le maître du polar urbain s'autorise un écart pour se convertir à la science fiction horrifique en remakant une insolite offensive extra-terrestre. Cette fois-ci, le cadre de l'intrigue est érigé autour d'une base militaire afin de souligner sa propagande inculquée auprès de la génération 90. Dans une base militaire de l'Alabama, un chimiste s'installe avec sa famille pour assainir un dépôt de produits toxiques. Alors que son petit frère remarque l'attitude étrange de sa maîtresse et de ces camarades de classe, sa soeur aînée se lie d'amitié avec un jeune soldat durant une soirée arrosée. Un soir, dans la chambre des parents, le garçon est témoin d'une macabre découverte avec l'apparition d'une créature humaine ayant dupliquer l'enveloppe corporelle de sa mère assoupie. Une invasion extra-terrestre à grande échelle vient de s'amorcer !


Co-scénarisé par Stuart Gordon, la narration de Body Snatchers réussit une troisième fois à renouveler l'intérêt d'une invasion extra-terrestre préalablement créée par un illustre auteur de science-fiction et de thriller. En adoptant le décor austère d'une base militaire, Abel Ferrara emprisonne ses protagonistes dans un lieu clos crépusculaire éclairé d'un hale oranger. Nos principaux héros sont caractérisés par une famille de parents divorcés auquel l'adolescente Marti Malone a beaucoup de mal à respecter les consignes du paternel préventif. En classe, son petit frère Tim remarque que tous les enfants amorphes ont illustré le même dessin morbide. Alors qu'en rentrant des cours, il va être témoin de la vision effroyable de sa mère reconvertie dans le corps d'une créature d'apparence uniforme. La menace extra-terrestre est donc de prime abord perçue par le témoignage fragile des enfants de la famille Malone impuissants à convaincre leur paternel autoritaire. Dans une ambiance sombre subtilement diffuse, la tension découlant de ces perfides voleurs de corps va s'accroître au fil d'un cheminement dramatique en crescendo. Comme nos protagonistes, nous nous sentons pris au piège en interne de cette base militaire nocturne si bien qu'un sentiment d'insécurité nous est exacerbé par cette menace extra-terrestre éludée d'émotion humaine alors qu'au premier stade d'incubation elles se caractérisaient sous la forme de cocons. Sournoisement, ils s'insinuent durant notre sommeil en absorbant notre âme, notre énergie et notre sang à l'aide de branches végétales. Passé le stade de la métamorphose, et pour mieux y dénoncer sa prochaine victime, la créature profère un hurlement strident avec l'appui accusateur de son index (photo ci-dessous).


En éludant miraculeusement le sentiment de déjà vu des deux premières versions, Abel Ferrara réussit modestement à captiver et maintenir notre intérêt avec un sens efficace de situations perfides. Son caractère haletant et surtout l'ambiance d'étrangeté émanant du climat machiste voué à la dictature militaire nous confinant dans un véritable cauchemar paranoïaque. Ce sentiment prégnant d'insécurité grandissante et le comportement monolithique de ces créatures humainement impassibles nous envoûtent d'autant mieux de leur dessein subversif. Au fil du cheminement alarmiste en perdition morale, nous nous interrogeons sur l'identité potentiellement frauduleuse de chacun de nos protagonistes confondus parmi une foule indolente, à moins de jouer le jeu du simulacre en guise de subterfuge. Spoiler !!! En prime, pour aviver l'ambiguité, le point d'orgue en demi-teinte clôt son épilogue vers une note (éventuellement) pessimiste lorsque nos deux héros réfugiés à bord d'un hélicoptère décident d'atterrir à Atlanta sous l'obscurité d'un contre-jour solaire. Fin du Spoiler. 
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Sobrement interprété (Meg Tilly, magnétique de sensualité diaphane), mis en scène avec dextérité sans recourir à l'esbroufe, Body Snatchers parvient à inquiéter par son angoisse sous-jacente avant de nous piéger dans un cauchemar moral véreux. Sa réflexion sur la paranoïa collective établie du point de vue de la hiérarchie militaire enrichissant la redite du scénario. Dans un genre inhabituel, le maître du polar noir n'a donc une nouvelle fois rien perdu de son mordant à transcender les univers mortifères autour de personnages en perdition morale.

18.11.11.  3
B-M

mercredi 16 novembre 2011

UN MONDE SANS PITIE. César de la meilleure première oeuvre, Prix Louis-Delluc.


d'Eric Rochant. 1989. France. 1h24. Avec Hippolite Girardot, Mireille Perrier, Yvan Attal, Jean-Marie Rollin, Cécile Mazan, Aline Still, Paul Pavel, Anne Kessler, Patrick Blondel.

Sortie en salles en France le 22 Novembre 1989. U.S: 31 Mai 1991

Récompenses: César de la meilleure première oeuvre.
César du Meilleur Espoir Masculin pour Yvan Attal
Prix Louis-Delluc en 1989.

FILMOGRAPHIE: Erich Rochant est un réalisateur et scénariste français né le 24 Février 1961.
1989: Un Monde sans Pitié
1990: Aux Yeux du monde
1994: Les Patriotes
1996: Anna Oz
1997: Vive la République !
2000: Total Western
2006: l'Ecole pour tous


"On n'a plus qu'à être amoureux, comme des cons; et ça, c'est pire que tout.."
Récompensé de deux césars et du Prix Louis-Delluc, le premier film d'Eric Rochant est le porte parole d'une génération désabusée. Celle de la fin des idéologies des années 80 auquel une certaine jeunesse désorientée se morfondait dans les idylles naissantes alors que d'autres s'improvisaient dealer de shit pour compenser la maigreur du RMI.

Hippo est un trentenaire sans illusion, vivant en collocation d'un appartement précaire avec son jeune frère vendeur de drogue. Un jour, il rencontre Nathalie, une ambitieuse étudiante et tombe facilement sous son attrait naturel. Ensemble, ils vont tenter d'envisager une liaison romantique malgré leur personnalité divergente et un regard antinomique sur le monde contemporain. 
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Pour un premier essai derrière la caméra, Eric Rochant aura marqué toute une génération de cinéphiles avec ce portrait aigri d'un jeune chômeur avide de liberté épanouie mais incapable de s'insérer dans une société individualiste et drastique. Régulièrement appréhendé par la police, faute de l'état délabré d'un véhicule volé et vivant sous le toit de son jeune frère, dealer de shit, Hippo sacrifie son temps dans les soirées festives entre amis ou les parties de poker illégalement financières. Avec la rencontre impromptue d'une jeune fille optimiste pleine de vigueur, il va à nouveau se laisser attendrir par l'amour pour mieux supporter la tare d'une vie miséricorde sans espoir de réussite sociale. Au fil de leur relation en demi-teinte d'un caractère distinct et du pessimisme nihiliste d'Hippo, leur liaison amoureuse va peu à peu s'étioler dans une déception inéquitable.


Dans une ambiance morose et nonchalante scandée par la mélodie fragile de Gérard Torikian, Eric Rochant dresse un douloureux portrait sur un quidam déboussolé de ses angoisses existentielles. Où ses parents puritains et austères ne comprennent plus leur rejeton fuyant instinctivement sa responsabilité pour se réfugier dans une solitude apathique. Ou les amants faussement amoureux fuient leur banalité pour renouer avec un semblant de tendresse éphémère. Ne reste alors pour Hippo que l'amitié fraternelle d'un acolyte bienveillant tout aussi défaitiste pour s'allier contre une misère sociale intransigeante.
Si le cheminement hasardeux de notre protagoniste réussit sincèrement à nous toucher et interpeller, c'est en partie grâce à la prestance du novice comédien Hippolite Girardot, livrant peut-être son rôle le plus intense. D'un naturel révolté dans son idéologie misanthrope, il parvient admirablement à retranscrire sa détresse sous-jacente et son lourd désarroi face à un monde sans pitié tributaire de l'égotisme et du chômage expansif.


Hormis un début parfois emphatique dans les rapports humains contradictoires, Un monde sans pitié réussit souvent à provoquer une fébrile émotion face à tant de désillusion engendrée par un jeune glandeur inhibé par sa rage d'exister. Sa conclusion d'une acerbe ironie illustre fatalement le déclin d'une love story insoluble. 

16.11.11. 3èx
Bruno Matéï