mercredi 31 juillet 2013

UN APRES-MIDI DE CHIEN (Dog Day Afternoon). Oscar du Meilleur Scénario, 1975.

                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Moviecovers

de Sidney Lumet. 1975. U.S.A. 2h04. Avec Al Pacino, John Cazale, Penelope Allen, Charles Durning, Chris Sarandon, James Broderick.

Sortie salles France: 30 Janvier 1976. U.S: 21 Septembre 1975

Récompenses: Oscar du Meilleur Scénario Original, 1975
LAFCA du Meilleur film, 1975
National Film Preservation Board en 2009 (pour conservation à la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis).

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York.
1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.


D'après un fait divers risible survenu le 22 Août 1972 à Brooklyn, Un après-midi de chien nous relate les bévues de deux braqueurs de banque ayant pris en otage 9 fonctionnaires durant 12 heures car rapidement encerclés par les forces de l'ordre du fait de leur incompétence. Rapidement, médias, journalistes et badauds s'en mêlent pour se réunir autour de l'établissement afin d'assister à la mascarade la plus saugrenue de l'histoire de la criminalité ! Car la prise d'otage vire ici à une véritable farce quand la population déchaînée s'autorise à aduler la renommée de son leader épris d'un élan contestataire envers sa société.


Avec un réalisateur aussi confirmé que Sidney Lumet et la présence indéfectible deux acteurs au sommet de leur talent (Al Pacino et John Cazale forment un duo atypique dans leur complicité pataude à la contrariété continuelle), Un Après-midi de chien dresse un tableau peu reluisant d'une société répressive dont la mutinerie d'Attica résonne comme un écho. Pour mémoire, au sein de cette célèbre prison, un soulèvement de prisonniers de nationalité majoritairement noire avait causé la mort de 29 d'entre eux contre 10 gardiens. C'est ce que clame à la foule excitée Al Pacino, alias Sonny Wortzik, père de famille de deux enfants en pleine crise conjugale du fait de son idylle homosexuelle avec un homme. La raison invoquée de son braquage ? Pouvoir s'approprier une somme conséquente afin de permettre une opération chirurgicale (un changement de sexe) à son amant !
Avec un souci de vérité documenté, Sidney Lumet pose donc ici la question d'éthique quand les services d'ordre (ici le FBI) envisagent de supprimer sans sommation un malfrat potentiellement parano et imprévisible afin de sauvegarder la survie des otages. Sur ce point, le point d'orgue dramatique s'avère d'une cruauté particulièrement amère quand à la méthode expéditive empruntée au FBI afin de neutraliser le malfrat le plus instable.
A la misère sociale scrupuleusement analysée (nous saurons tout de l'existence miséricorde que mène Sonny avec sa femme intarissable, son amant dépressif et sa mère obtus puisque les forces de l'ordre les feront intervenir devant l'établissement ou en interview face aux médias), le réalisateur y introduit une bonne dose de dérision corrosive pour caricaturer un microcosme sociétal et mettre en exergue la situation alerte de marginaux au bout du rouleau. Cette dimension humaine impartie à l'utopie de deux paumés écervelés et ce degré d'authenticité alloué au cinéma vérité nous immergent de plein fouet dans leur prise de conscience en affliction (prioritairement l'intimité névralgique de Sonny). Ou comment deux chômeurs sans repères en étaient-ils venus à accomplir un acte aussi suicidaire et audacieux !


Avec sa mise en scène virtuose d'une belle rigueur et le jeu criant de vérité de pieds nickelés à l'humanisme torturé, Un après midi de chien nous confronte à un grand moment de cinéma pour relater la dérision d'un fait-divers impayable. Et pour parachever, le film se paye le luxe de clore sa dernière partie dans une science du suspense tendu face à l'escapade d'un bus où l'issue fatale de nos comparses finit par nous achever dans une moralité glaçante. 
Enfin, pour l'anecdote historique, après avoir purgé une peine de 20 ans de réclusion, le leader de ce braquage (de son vrai nom, John Wojtowicz), a reçu 7 500 dollars et 1 % des bénéfices du film afin d'accorder des droits de son histoire. 

31.07.13. 3èx
Bruno Matéï


mardi 30 juillet 2013

GENERATION PERDUE (The Lost Boys)

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site hollywoodgothique.com

de Joel Schumacher. 1987. U.S.A. 1h37. Avec Jason Patric, Corey Haim, Kiefer Sutherland, Corey Feldman, Jamison Newlander, Jami Gertz, Edward Herrmann.

Sortie salles France: 13 Janvier 1988. U.S: 31 Juillet 1987

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 29 Août 1939 à New-York.
1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St Elmo's Fire. 1987: Génération Perdue. 1989: Cousins. 1990: l'Expérience Interdite. 1991: Le Choix d'Aimer. 1993: Chute Libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de Tuer ? 1997: Batman et Robin. 1999: 8 mm. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000: Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le Fantôme de l'Opéra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction. 2013: House of Cards. Prochainement: Breaking News.


Conçu à la base comme un divertissement pour ados, Génération Perdue va réussir à dépasser son simple statut de commande grâce à la modernité de sa variation rock allouée au mythe vampirique. Puisqu'en l'occurrence, nos vampires sont caractérisés par de jeunes marginaux au look rebelle, profitant de leur éternelle jeunesse dans une insouciance libertaire. Phénomène culte pour les générations 80 et 90 rehaussé d'un succès d'estime en salles, Génération Perdue semble défier les aléas du temps tant il préserve encore aujourd'hui la même fraîcheur dans son ambiance crépusculaire de fête foraine. Lucy Emmerson et ses deux jeunes fils débarquent dans la demeure familiale de son père en Californie. Durant une soirée estivale, l'aîné fait la rencontre de la ravissante Star, une jeune fille faisant partie d'un groupe de rebelles de sinistre renommée. Littéralement sous le charme, cette rencontre inopinée va totalement bouleverser la vie de Michael quand celui-ci va devoir se mesurer aux défis délétères que lui propose David, leader du clan. De retour chez lui, Michael semble souffrir du syndrome du vampire. 


Soutenu par une bande son rock endiablée et le fameux thème planétaire "Cry Little Sister", Génération Perdue condense une foule de qualité esthétiques et techniques pour séduire le spectateur avec un ton original pour l'époque. Pour redorer du sang neuf au thème vampirique et ainsi convaincre la nouvelle génération, Joel Schumacher s'emploie à détourner certains codes et décors archaïques (comme la manière dont les vampires sont contraints de sommeiller, leur façon de se déplacer dans les airs et de s'agripper sur leurs victimes, mais aussi leur tanière confinée sous une grotte au décorum de flibustier) et les exploitent dans un contexte moderne de festivités où la jeunesse en villégiature s'épanouie chaque nuit d'été. Soin formel d'une photographie flamboyante, réalisation alerte fourmillant de trouvailles visuelles, action trépidante influencée par la bande dessinée (trois de nos fervents lecteurs vont reproduire les armes de combat et s'inspirer de certaines règles de conduite entrevues dans leur revue afin de démasquer le chef des vampires !), point d'orgue très spectaculaire (on se surprend aussi de la qualité des fx explosifs !) et surtout étude caractérielle d'adolescents débrouillards, redoublant de pugnacité pour contrecarrer l'hostilité des vampires. L'étonnante réussite du film est notamment impartie au caractère crédible des enjeux de l'histoire. Sans jamais sombrer dans le ridicule, les péripéties que nos héros juvéniles perpétuent avec bravoure et audace sont établies dans une éthique de respect pour les valeurs familiales et la sauvegarde d'un amour en perdition (la relation romanesque de Michael et Star est compromise par leur statut de demi-vampire !). Le jeu naturel de chacun des comédiens (Kiefer Sutherland, absolument délectable dans le rôle insidieux du vampire intraitable, Jami Gertz se révèle devant nos yeux avec une beauté sensuelle ensorcelante et Jason Patric insuffle une présence charismatique quasi animale !) renforce inévitablement son capital attachant. Qui plus est, les seconds rôles attribués aux ados dégourdis ne font jamais preuve d'outrance et de trivialité dans leurs agissements utopiques car ils témoignent d'une naïveté humaine spontanée.


Sous l'égide d'un réalisateur aussi inégal et impersonnel, Génération Perdue avait de quoi sombrer dans le produit aseptique pour s'étager au rayon relique au fil des décennies. Par miracle, c'est tout l'inverse qui s'est produit ! Puisque la probité de Schumacher était entièrement façonnée dans une éthique de divertissement artisanal alloué à la générosité et la sincérité. Le pouvoir de séduction et de fraîcheur qui en émanent aujourd'hui continuent d'épanouir la plupart des nostalgiques préalablement bercés par le tube immuable de Gerard McMann, "Cry Little Sister" !

30.07.13. 4èx
Bruno Matéï

lundi 29 juillet 2013

CONTAMINATION (Alien Contamination)


de Luigi Cozzi (Lewis Coates). 1980. Italie/Allemagne. 1h35. Avec Ian McCulloch, Louise Marleau, Marino Masé, Siegfried Rauch, Gisela Hahn, Carlo De Mejo, Carlo Monni.

Sortie salles France: 15 Juillet 1981. Italie: 2 Août 1980

FILMOGRAPHIE: Luigi Cozzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 7 Septembre 1947 à Busto Arsizio (Italie).
1969: Le Tunnel sous le monde. 1973: Il Vicino di casa. 1975: L'Assassino è costretto ad uccidere ancora. 1976: Dedicato a una stella. 1976: La Portiera nuda. 1979: Starcrash. 1980: Contamination. 1983: Hercule. 1985: Les Aventures d'Hercula. 1988: Turno di notte (série tv). 1988: Nosferatu à Venise. 1989: Sinbad of the seven seas. 1989: Le Chat Noir. 1989: Paganino Horror. 1991: Dario Argento: Master of Horror. 1997: Il Mondo di Dario Argento 3: Il museo degli orrori di Dario Argento (video).


Gros hit des vidéos-club exploité sous la bannière étoilée d'Hollywood Video, Contamination est l'un des classiques bisseux des années 80 que tous les fans de gore se sont empressés de louer grâce à l'aspect morbide de sa jaquette ouvertement explicite. Surfant sur le succès d'Alien réalisé un an au préalable, Luigi Cozzi réalise un ersatz typiquement transalpin dans sa manière ostentatoire de provoquer l'horreur avec complaisance. Puisqu'ici, dans un joli ralenti, les estomacs des victimes explosent leur tripaille au contact d'un fluide acide provenu d'un oeuf étranger. A partir d'un argument classique d'invasion extra-terrestre, le réalisateur va réexploiter l'une des séquences anthologiques de Alien (le xenomorphe s'extirpant de la cage thoracique de John hurt !) pour en extraire un film d'horreur beaucoup plus gore en réitérant cette mise à mort en intermittence.


Sous l'entremise sympathique d'une poignée de seconds couteaux du cinéma Bis (le trio gagnant Ian McCulloch, Louise Marleau, Marino Masé), Contamination conjugue aventure exotique (l'expédition entamée en Colombie par nos héros), suspense modeste (la séquence de claustration en interne de la salle de bain auquel Stella se retrouve emprisonnée parmi l'intrusion d'un cocon) et horreur cinglante (les corps déchiquetés volent en éclat sous l'insistance du zoom au ralenti !). Si le récit s'avère linéaire, éculé et sans surprise, il est toutefois parfaitement contrebalancé par l'efficacité d'une réalisation alerte, un sens du rythme sans faille et l'affabilité de ces protagonistes investigateurs. En prime, l'aspect sommaire des dialogues et l'humour lourdingue prononcé en priorité par l'acteur Marino Masé peuvent prêter à sourire n'importe quel spectateur lambda insensible aux productions Z. Pourtant, c'est justement cet aspect fantaisiste et obsolète qui permettent d'insuffler un charme irrésistible durant son cheminement narratif.
Enfin, les scènes gores spectaculaires font leur petit effet dans leur aspect artisanal et ne lésinent pas sur les boyaux fraîchement fumés des victimes agonies, alors que l'apparition finale de la fameuse créature impressionne par son aspect éminemment visqueux ! Face à cette icone monstrueuse et grâce à un habile montage, Luiggi Gozzi réussit même à provoquer une once de fascination auprès d'fx sommaires efficacement gérés lui évitant ainsi de l'estampiller "costume de caoutchouc" .


Bon vieux classique bisseux des années 80, Contamination n'a aujourd'hui rien perdu de son capital sympathique en jouant surtout sur l'effet "répulsion/fascination" d'un oeuf extraterrestre. L'aspect repoussant de sa physionomie étant exacerbé d'un tempo de respiration guttural. Et les Goblin de parachever ces intonations macabres avec l'impact entêtant de leur score électro !

29.07.13. 6èx
Bruno Matéï


vendredi 26 juillet 2013

L'ASCENSEUR (De Lift). Grand Prix à Avoriaz 1984.


                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Dick Maas. 1983. Hollande. 1h35. Avec Huub Stapel, Willeke van Ammelrooy, Josine van Dalsum, Liz Snoyink, Wiske, Sterringa, Huib Broos, Pieter Lutz, Paul Gieske.

Récompense: Grand Prix au Festival du Film Fantastique d'Avoriaz en 1984

Sortie salles France: 22 Février 1984. U.S: 4 Juillet 1985

FILMOGRAPHIE: Dick Maas est un scénariste, réalisateur, producteur et compositeur hollandais né le 15 Avril 1951 à Heemstede (Pays-Bas).
1977: Picknick. 1977: Adelbert. 1981: Rigor Mortis. 1983: L'Ascenseur. 1986: Les Gravos. 1988: Amsterdamned. 1992: Flodder in Amerikia ! 1995: Les Lavigueur 3: le retour. 1999: Issue de secours. 2001: L'Ascenseur, niveau 2. 2003: Long Distance. 2004: Zien (video). 2010: Saints.


En 1984, une petite production hollandaise d'un jeune réalisateur méconnu décroche le prestigieux Grand Prix au Festival d'Avoriaz. Bien que décrié par la plupart des cinéphiles qui auraient plutôt privilégié des oeuvres plus probantes comme Christine, Dead Zone (même s'il se voit décerner 3 prix secondaires !) ou encore le Dernier Testament, l'Ascenseur trouve quand même son public dans les salles obscures puisqu'il remporte un joli succès commercial. Cet engouement inattendu pour cette série B modeste est surtout favorisé par l'originalité de son concept dans lequel l'ascenseur d'un immeuble résidentiel commet des actes meurtriers envers les quidams infortunés. Cette idée saugrenue, voire ridicule, est sauvée par l'ironie macabre d'un cinéaste multipliant incidents meurtriers dans un sens de l'efficacité allié à son thème alarmiste (la technologie organique !). A l'image de cet aveugle trébuchant maladroitement dans le vide après avoir appuyé sur le bouton pour se rendre à l'étage désiré. Ou encore ce gardien infaillible retrouvé la tête coincée entre deux volets d'ascenseur alors que la cage commence subitement à descendre pour là lui arracher ! Il y a aussi une autre séquence anxiogène dans le rendu de son climat claustrophobe lorsque deux couples éméchés vont se retrouver piégées dans l'enceinte de l'ascenseur pour y être asphyxiés.


Le scénario délirant (il y est question de micro puces douées de vie organique, se régénérant par la machine d'un ordinateur !) s'attache à nous décrire l'investigation d'un dépanneur et d'une journaliste, déterminés à résoudre la mystérieuse faille technique empêchant la fonctionnalité ordinaire d'un ascenseur. Outre l'inanité des rapports conjugaux entre le héros et sa femme (leur mésentente s'avère peu crédible lorsque le mari impassible tente de se justifier qu'il n'y a pas eu d'adultère avec sa collègue journaliste), le film véhicule un intérêt constant pour escompter la résolution d'une énigme débridée pointant du doigts les dangers de nouvelles technologies toujours plus innovantes. Sur ce point, on peut d'ailleurs souligner l'aspect avant-gardiste de son thème d'anticipation puisqu'il préfigure l'introduction des puces électroniques à l'intérieur d'un être vivant (aujourd'hui l'identification d'un animal domestique peut-être inscrit sous la peau). On peut aussi évoquer dans un avenir proche les nouvelles lois envisageables auquel les puces seraient imposées cette fois-ci dans le corps humain pour déjouer la progression d'une maladie (ce que évoque l'un des protagonistes du film dans son analogie avec les puces organiques !).


Avec son concept insensé et le caractère attachant de ces protagonistes, l'Ascenseur constitue une série B ludique dont le savoir-faire technique du réalisateur (les séquences chocs inventives, intenses et sardoniques se succèdent brillamment avec un sens du cadrage) renforce son capital irrésistiblement sympathique. 

26.07.13. 6èx



jeudi 25 juillet 2013

LITAN, LA CITE DES SPECTRES VERTS. Prix de la Critique à Avoriaz, 1982.

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site kebekmac.blogspot.com

de Jean Pierre Mocky. 1981. France. 1h28. Avec Jean-Pierre Mocky, Marie José Nat, Nino Ferrer, Marysa Mocky, Bill Dunn, Georges Wod, Dominique Zardi.

Récompense: Prix de la Critique au Festival International du film fantastique d'Avoriaz en 1982.

Sortie salles France: 24 Février 1982

FILMOGRAPHIE: Jean Pierre Mocky (Jean-Paul Adam Mokiejewski) est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français, né le 6 Juillet 1933 à Nice.
1959: Les Dragueurs. 1960: Un Couple. 1961: Snobs ! 1962: Les Vierges. 1963: Un Drôle de Paroissien. 1964: La Cité de l'indicible peur. 1965: La Bourse et la Vie. 1967: Les Compagnons de la Marguerite. 1969: La Grande Lessive. 1970: l'Etalon. 1970: Solo. 1971: l'Albatros. 1972: Chut ! 1973: l'Ombre d'une Chance. 1974: Un Linceul n'a pas de poche. 1975: l'Ibis Rouge. 1976: Le Roi des Bricoleurs. 1978: Le Témoin. 1979: Le Piège à Cons. 1981: Litan. 1982: Y'a t'il un français dans la salle ? 1983: A mort l'Arbitre. 1985: Le Pactole. 1986: La Machine à découdre. 1987: Le Miraculé. 1987: Agent Trouble. 1987: Les Saisons du plaisir. 1988: Une Nuit à l'assemblée nationale. 1988: Divine Enfant. 1990: Il gèle en enfer. 1991: Mocky Story. 1991: Ville à Vendre. 1992: Le Mari de Léon. 1992: Bonsoir. 1995: Noir comme le souvenir. 1997: Robin des Mers. 1997: Alliance cherche doigt. 1998: Vidange. 1999: Tout est calme. 1999: La Candide. 2000: Le Glandeur. 2001: La Bête de Miséricorde. 2002: Les Araignées de la nuit. 2003: Le Furet. 2004: Touristes, oh yes ! 2004: Les Ballets Ecarlates. 2005: Grabuge ! 2006: Le Deal. 2007: Le Bénévole. 2007: 13 French Street. 2011: Les Insomniaques. 2011: Crédit pour tous. 2011: Le Dossier Toroto. 2012: Le Mentor. 2012: A votre bon coeur, mesdames. 2013: Dors mon lapin. 2013: Le Renard Jaune.


Des masques, de la musique et des danses : dans la ville de LITAN chaque année, on fête ainsi les morts.
Mais cette année là...

Récompensé du Prix de la Critique à Avoriaz en 1982 (mais de l'aveu du réalisateur sifflé par Brian De Palma et John Boorman durant une représentation  !), Litan est l'un des rares films de Jean Pierre Mocky à avoir su traiter le genre fantastique avec une ambition toute spirituelle. Durant la fête de la saint Litan, un couple se retrouve impliqué dans une série d'évènements mystérieux et meurtriers. Plongés dans une folie incontrôlée, les habitants de cette cité montagneuse semblent être les victimes d'une machination scientifique révolutionnaire. Athée mais persuadé que l'âme perdure au delà de la mort, Jean Pierre Mocky nous illustre ici un rêve fantasmatique aux allures de carnaval macabre. Baignant dans l'atmosphère irréelle d'un cadre naturel montagneux nappé de brouillard, le réalisateur accorde un soin formel à peaufiner ses décors diaphanes de cimetière gothique, de grotte humectée ou d'hôpital délabré, tandis que des villageois accoutrés de masques morbides sèment la zizanie parmi la foule hagarde.


Le mystère de Litan semble émané d'une rivière jalonnée de feux-follets depuis qu'un séisme aurait peut-être libéré un minerais inconnu dissout dans l'eau. Au sein de cette fête des morts, il y a aussi les sinistres expérimentations d'un scientifique mystique capable de démystifier les secrets inavoués de l'après-mort. Avec un désir prégnant de nous immerger dans un rêve insolite de bal costumé, Jean Pierre Mocky s'interroge sur le mystère insondable de la mort. Alors qu'un couple est témoin d'étranges phénomènes comme ces disparitions et meurtres inexpliqués et l'avènement de cadavres hébétés, le secret de Litan semble s'éclaircir après les déclarations d'un revenant récalcitrant ! Pour l'idéologie du réalisateur, pas d'enfer ni de dieu après la mort mais une âme errante assoupie dans un rêve attendant le moment propice pour s'y libérer. Nous rêvons votre vie et quand notre rêve s'arrête alors vous mourrez, dira l'un des sujets expérimenté sous hypnose ! La réflexion métaphysique d'une mise en abyme (un rêve dans un rêve) est donc évoquée, la lutte de deux ombres dans un même corps, à moins que nous ne sommes que le songe d'une âme assoupie se donnant libre choix d'endiguer notre rêve à tous moments ! C'est d'ailleurs par un rêve prémonitoire vécu par l'héroïne que le film débute son fantasme pour se matérialiser face à notre témoignage ! Nous sommes peut-être le fruit d'une expérience d'un alchimiste créateur !


Le carnaval des âmes
Délire baroque à l'imagerie païenne saisissante, farce macabre où les morts sont détroussés de leur âme par une eau rocheuse ou disséquées par un médecin mystificateur, Litan intrigue et fascine pour nous plonger dans le mystère le plus abyssal de notre existence: l'au-delà de la mort. Avec son pouvoir d'envoûtement prédominant et sa mélodie orchestrale entêtante, on peut aisément concéder que cette perle rare reste l'une des plus belles réussites fantastiques pour un genre si boudé et peu exploré dans l'hexagone

25.07.13. 3èx
Bruno Matéï

Dormir et rêver...
C'est comme si on flottait, on sent la présence des autres morts autour de soi... Pas de ciel, pas d'enfer, rien... Rien, vous êtes là et vous attendez, quelque fois vous rêvez mais ensuite le rêve s'arrête.. Vous attendez que les vivants meurent et il nous rejoignent dans notre rêve... Nous rêvons votre vie et quand notre rêve s'arrête alors vous mourrez... Nous sommes comme deux ombres luttant pour un même corps, bientôt nous ne serons plus qu'une âme... Eric ne sera plus que le souvenir de quelqu'un que j'ai été il y a très longtemps... Quelqu'un qui était en vous, j'ai été plus fort que lui alors je me souviendrais de sa vie  comme si ça avait été la mienne...
                                          LITAN, LA CITE DES SPECTRES VERTS

mercredi 24 juillet 2013

ONLY GOD FORGIVES. Grand Prix au Festival du film de Sydney, 2013.

                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site flicksandbits.com

de Nicolas Winding Refn. 2013. France/Danemark. 1h30. Avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Tom Burke, Ratha Pohngam, Byron Gibson.

Récompense: Grand Prix au Festival du film de Sydney, 2013.

Sortie salles France: 22 Mai 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIE: Nicolas Winding Refn est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur danois, né le 29 septembre 1970 à Coppenhague (Danemark).
1996: Pusher. 1999: Bleeder. 2003: Inside Job. 2004: Pusher 2. 2005: Pusher 3. 2008: Marple - Nemesis (télé-film). 2009: Bronson. 2010: Valhalla Rising. 2011: Drive. 2012: Only God Forgives.


Après le succès inattendu Drive et la révélation Ryan GoslingNicolas Winding Refn enchaîne avec Only God Forgives, récompensé du Grand Prix à Sydney. Trip métaphysique quasi expérimental, le réalisateur prend ici le contre-pied de son polar antécédent pour nous livrer un ovni beaucoup moins accessible pour le spectateur lambda peu habitué aux ambiances hermétiques. Car ici, le réalisateur utilise le thème de la vengeance pour fignoler avant tout une mise en scène hyper travaillée dans des décors stylisés et picturaux. A la suite de la mort de son frère, Julian voit débarquer l'arrivée de sa mère lui suppliant d'assassiner le responsable. Cette doléance intransigeante d'une mégère castratrice va être le théâtre d'un règlement de compte sanglant entre Chang, officier de police véreux et Julian, célibataire introverti en quête existentielle. 


Pari audacieux que ce polar obscur noyé dans un rythme languissant mais transcendé par une ambiance envoûtante et des éclairs de violence soudains. Concerto emphatique sur la vengeance expéditive, Only God Forgives bouscule les habitudes du spectateur dans un spectacle onirique de sons et lumières. A l'intonation d'une partition musicale électrisante, les antagonistes ressemblent ici à des fantômes errants se provoquant communément par des regards mutiques puisque les bavardages laconiques laissent souvent place aux coups de sabres pourfendeurs et gunfights assourdissants ! Balade nocturne dans un Bangkok crépusculaire illuminé de néons polychromes où les prostituées ferment les yeux face à la barbarie, Only God Forgives chorégraphie la besogne de meurtriers renfrognés, ne cessant de se provoquer par des exactions vindicatives inutiles. La filiation, la paternité déchue sont ici abordés du point de vue de protagonistes meurtris d'un deuil infantile. En justiciers redresseurs de torts, ils souhaitent établir eux mêmes la sentence meurtrière afin d'apaiser leur rancoeur. Au milieu de cette confrontation sanglante, notre anti-héros Julian va devoir se mesurer à un ange de la vengeance indestructible. Compromis par la dictature tyrannique de sa mère (Kristin Scott Thomas est littéralement transie d'agressivité impassible !) et ayant vécu une enfance douloureuse (il avait préalablement assassiné son propre géniteur dans son pays natal !), Julian va devoir combattre la figure divine d'un ange exterminateur dans une éthique indécise en perte de repères. Car ici, notre gangster est un boxeur novice brisé par la solitude et la démission parentale mais néanmoins épris d'empathie auprès de la candeur des enfants martyrs. 


Sauvage et cruel, monotone et concis mais d'une beauté contemplative ensorcelante, Only God forgives privilégie l'expérience atmosphérique et le lyrisme envoûtant au sein d'une intrigue tortueuse impliquée sur la quête impossible d'une plénitude et la repentance. 
On adhère et on se laisse bercer par la mélodie baroque ou on rejette en bloc cette ambition auteurisante de prôner avant tout une mise en scène prodige. Pour ma perception sensorielle, la balade funeste m'a laissé une trace indélébile dans l'esprit !
24.07.13
Bruno Matéï

mardi 23 juillet 2013

OBLIVION

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site nowhereelse.fr

de Joseph Kosinski. 2013. U.S.A. 2h04. Avec Tom cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko, Nikolaj Coster-Waldau, Melissa Leo, Andrea Riseborough.

Sorties salles France: 10 Avril 2013. U.S: 12 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Joseph Kosinski est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 Mai 1974
2010: Tron: l'héritage
2013: Oblivion


Film d'anticipation grand public à la portée mystique universelle (renouer avec l'autonomie du souvenir dans une doctrine d'altruisme et de sentiment), Oblivion est un nouveau spectacle d'une opulence visuelle inédite au sein d'un univers terrestre clairsemé.

Envahie par une espèce extra-terrestre surnommée les "Scavs", la moitié de la terre avait été décimée après une guerre nucléaire entre les humains et ces envahisseurs. Depuis, les survivants se sont réfugiés sur la planète Titan sous le contrôle d'un mystérieux ordinateur. 
2077. A cause d'une loi interdisant de prémunir les souvenirs, Jack et son alliée Julia ont perdu la mémoire pour être installés dans une station afin de pouvoir surveiller la fiabilité des drones. Des engins volants capables d'extraire de l'eau de mer pour la transformer en énergie chez les humains expatriés sur Titan. Un jour, Jack est témoin du crash d'un vaisseau spatial. A proximité, il découvre parmi des caissons une jeune femme en hibernation au visage familier. Il décide de la ramener dans sa station sans savoir que son destin est subordonné à l'avenir de l'humanité. 


Avec une ambition esthétique singulière, le réalisateur Joseph Kosinski se rattache au soin formel pour authentifier les décors décharnées d'une terre dévastée par une guerre extra-terrestre. Un couple de geôliers se contentent de surveiller du haut de leur station la surface aride de la terre évacuée de toute présence humaine. Cet univers criant de réalisme blafard donne lieu à des décors de désolation de toute beauté, renforcés par les teintes désaturées d'une photographie argentée. En ce qui concerne l'aspect technologique d'une civilisation extra-terrestre, là aussi un soin scrupuleux est préconisé pour façonner des vaisseaux spatiaux circulaires au design immaculé ou encore des drones de combat aussi furtifs que précis dans leur cible ajustée.
Avec l'illustre présence de Tom Cruise aux commandes, l'acteur livre avec conviction une présence héroïque pugnace accentuée par une prise de conscience humaniste en quête identitaire. Si le scénario étroitement lié au clonage (thème emprunté à une métaphore sur la réincarnation) et à la réminiscence (notamment notre rapport affectif au souvenir) aurait gagné à être perfectible, il ne manque pas de nous captiver par sa structure ciselée privilégiant la densité romantique d'un couple en rédemption ainsi que leur responsabilité majeure d'un enjeu imparti à la survie de la Terre. Déployant par intermittence des séquences de combats aériens à couper le souffle, Joseph Kosinski allie aussi une action belliqueuse vers son point d'orgue crucial avant de renouer avec un lyrisme prude militant pour une réflexion spirituelle. Notamment le sens de la bravoure et du sacrifice afin de rendre honneur aux défunts, mais aussi notre dignité à prémunir la vie des futures générations (comment un homme peut-il mieux mourir qu'en affrontant les dangers ! Pour les cendres de ces ancêtres et les temples de ses dieux, déclarait le romain Orathius !).


Vivre et laisser mourir
Avec maîtrise technique et souci formel prégnant, Oblivion privilégie une belle place pour l'émotion lyrique (accord musical au souffle romanesque à l'appui !) avant de s'engager dans la virtuosité de quelques séquences homériques. L'intensité humaine qui émane des personnages conquérants et sa réflexion formulée à la dévotion des sentiments transcendent aisément l'aspect conformiste de son scénario. 

23.07.13
Bruno Matéï

lundi 22 juillet 2013

LA PEUR AU VENTRE (Running Scared)

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Wayne Kramer. 2006. U.S.A. 2h02. Avec Paul Walker, Cameron Bright, Vera Farmiga, Chazz Palminteri, Karel Roden, Johnny Messner, Ivana Milicevic.

Sortie salles France: 1er Mars 2006. 24 Février 2006

FILMOGRAPHIE: Wayne Kramer est un réalisateur, scénariste et monteur sud-africain, né en 1965 en Afrique du Sud.
1992: Blazeland. 2003: Lady Chance. 2006: La Peur au Ventre. 2009: Droit de passage.


Polar hard-boiled mené à un train d'enfer, La Peur au Ventre est un pur divertissement stimulé par une intrigue fertile en rebondissements (un peu trop parfois même) mais qui ne s'embarrasse pas de certaines ficelles grossières durant son cheminement trépidant. Durant un deal de came, une rixe sanglante éclate entre des gangsters et des flics ripoux provoquant la mort d'un des membres de la police. Afin d'éviter la prison et celle de ses alliés, Joey décide de planquer l'arme dans sa cave. Seulement, le camarade de son rejeton réussit à s'en emparer pour tenter de tuer son beau-père tyrannique. Par l'autorité de son leader, Joey ne possède que quelques heures de sursis afin de de retrouver l'arme du crime. 


Avec son prologue pétaradant déployant une chorégraphie d'échanges de tirs sanglants, La Peur au Ventre n'hésite pas à façonner une réalisation stylisée pour mettre en valeur l'esbroufe d'une ultra violence spectaculaire. Méchamment cinglant, ce polar brutal et palpitant véhicule une indéniable efficacité dans sa narration linéaire multipliant des revirements fortuits au creux d'une urbanisation lunaire livrée à la corruption. Si en cours de route, certaines invraisemblances se compromettent dans la facilité (les nombreuses mésaventures que Oleg doit traverser durant sa fugue, la facilité à laquelle Joey réussit à enfiler la blouse et récupérer la balle au sein du service hospitalier) et que son épilogue abuse d'une dramaturgie aussi inutile que simulée, le film n'en demeure pas moins captivant par sa vigueur effrénée . D'autant plus que le rôle principal imparti au bellâtre Paul Walker est un choix concluant puisque l'acteur véhicule une prestance plutôt viscérale dans sa stoïcité à provoquer ces adversaires. Anti-héros érigé sous la bannière du bad boy aux yeux bleux, notre comédien dégage une véritable intensité émotionnelle par son tempérament impétueux déclenchant parfois un héroïsme suicidaire. Dans le rôle de l'épouse maternelle, la charmante Vera Farmiga lui partage la vedette avec sincérité et nous surprend également par son tempérament réactionnaire d'une pulsion expéditive lorsqu'elle décide d'endiguer un couple de pédophiles. Enfin, dans la peau d'un ado maltraité en quête paternelle, le petit Cameron Bright grossit parfois le trait dans ses expressions de stupeur mais s'en tire tout de même honorablement par sa présence photogénique aussi flegme que taciturne.


Revolver
Polar brutal rondement mené par l'adrénaline d'actions intempestives, La Peur au ventre s'impose en excellent divertissement pour mettre en vedette une foule d'antagonistes à l'immoralité sardonique. Sa réalisation inventive (montage assidu et clippesque) et moderne (couleurs saturées, slow motion chorégraphié, séquence inscrite sur pause ou en déchronologie accélérée) ainsi que l'interprétation persuasive de Paul Walker (peut-être son meilleur rôle à l'écran !) nous permettent aussi de faire l'impasse sur quelques facilités fantaisistes. Enfin, à travers l'obsession passionnelle d'un des antagonistes pour son archétype chimérique, on appréciera l'hommage sincère adressé à une légende du western cher à Ford, John Wayne

22.07.13. 2èx
Bruno Matéï

vendredi 19 juillet 2013

7 JOURS A VIVRE (Seven days to live)

                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site schyzo-dead-house.purforum.com

de Sebastian Nemman. 2000. Allemagne/Tchecoslovaquie/U.S.A. 1h37. Avec Amanda Plummer, Sean Pertwee, Nick Brimble, Gina Bellmman, Sean Chapman, Eddie Cooper, Amanda Walker.

Sortie salles France: 9 Mai 2001

FILMOGRAPHIE: Sebastian Nemman est un réalisateur et scénariste allemand, né le 21 Juin 1968 à Lüneburg.
2000: 7 Jours à Vivres
2002: Das Jesus Video (télé-film)
2006: Hui Buh - Le Fantôme du château


Série B d'épouvante blindée de références aux classiques du genre (Amityville, Shining, la Maison près du cimetière, l'Au-dela), 7 Jours à Vivre nous refait le coup du couple maudit (ils viennent de perdre leur enfant à la suite d'un incident domestique) parti s'exiler dans une bâtisse bucolique en guise de deuil infantile. Au préalable, un inquiétant prologue nous avait établi la découverte macabre d'une femme ventripotente, retrouvée tuméfiée sur une chaise par ses voisins, alors qu'à proximité, son mari en état de choc s'est avachi sur le coin du salon.
Ca commence fort avec la mort d'un bambin étouffé par une guêpe qui s'était dissimulée dans son petit déjeuner. La séquence éprouvante et réaliste s'exacerbe un peu plus quand le paternel décide d'infliger à son rejeton une trachéotomie en désespoir de cause. C'est après ce décès brutal que le couple décide d'emménager dans une vieille demeure isolée, située à proximité d'un marais. Rapidement, d'étranges évènements ébranlent le quotidien d'Ellen. Sujette à des hallucinations, de mystérieux indices lui révèlent de manière chronologique qu'il ne lui reste que 7 jours à vivre. De son côté, son mari Martin devient de plus en plus irascible et démystifie la paranoïa de son épouse sur la disparition de leur fils. Elle décide alors de consulter un psychologue...


Modestement réalisé, 7 Jours à Vivre n'invente rien avec son pitch éculé lorgnant surtout du côté de Shining (Martin, écrivain en manque d'inspiration, est gagné par une folie incontrôlée !) et des atmosphères chères de Lucio Fulci. Sur ce dernier point, il faut saluer le soin esthétique imparti à sa photo sépia et surtout à son climat gothique imprégné de brume. Avec un évident souci formel, Sebastian Nemman fignole des images macabres d'une beauté picturale afin de renforcer l'aspect inquiétant d'une demeure isolée. L'architecture externe et son cadre naturel nous évoquent instinctivement celle de la Maison près du Cimetière, tandis que la cave nous rappelle l'Au-dela pour son épilogue voué aux fantômes putrides revenus ici d'un marais maudit ! En prime, les interprétations convaincantes d'Amanda Plummer et de Sean Pertwee renforcent une certaine densité psychologique dans leur déveine récursive et leur espoir de solidarité en perdition. Si l'intrigue balisée, non exempt de clichés, nous laisse un sérieux goût de déjà vu, sa structure narrative laisse tout de même planer un certain suspense. Et cela, jusqu'à la frustration de ces 20 dernières minutes plutôt prévisibles nous laissant sur notre faim par la faute d'un dénouement aseptique.


Indubitablement, 7 Jours à vivre ne laissera pas un souvenir impérissable auprès de l'amateur d'horreur à sensations fortes. Néanmoins, et à condition d'être indulgent, le soin accordé à son atmosphère palpable, la qualité de l'interprétation et la beauté de certaines images nous permettent de passer un moment ludique.  

19.07.13. 3èx
Bruno Matéï 

    PACIFIC RIM

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

    de Guillermo Del Toro. 2013. U.S.A. 2h12. Avec Charlie Hunnam, Ron Perlman, Idris Elba, Charlie Day, Burn Gorman, Clifton Collins Jr, Rinko Kikuchi.

    Sortie salles France: 17 Juillet 2013. U.S: 12 Juillet 2013

    FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
    1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.


    Kaiju vs Jaegers
    Oubliez les baudruches clinquantes Transformers et leurs playmobil, Guillermo Del Toro cristalise avec Pacific Rim un rêve de gosse pour des millions de spectateurs. Pur hommage aux Kaijus (films de monstres japonais apparus au cinéma dans les années 50) mais également au mecha (sous genre animé des mangas célébré par Goldorak dans les années 70 !), Pacific Rim transcende avec une virtuosité inédite tout ce qui avait été conçu au préalable dans le gigantisme monstrueux.
    Blockbuster familial conçu pour émerveiller toutes les tranches d'âge, cet affrontement colossal entre
    Jaegers (robot ultra perfectionné que deux homme réussissent à télécommander par leur pensée commune !) et Kaijus nous plonge dans des rixes de destruction massive étourdissantes. Et pour mieux contempler ses altercations titanesques, Guillermo Del Toro filme toutes les séquences de nuit afin de mieux mettre en valeur les armures métalliques de nos robots guerriers et les écailles argentées de monstres protéiformes ! A titre d'exemple prégnant, leur combat survenant dans un Tokyo illuminé de néons flashy nous déploie des séquences démentielles de bastons homériques avec un sens du détail inouï. Car ici l'action fluide nous permet de nous immerger en interne des combats sans l'utilisation d'une caméra erratique (que ce soit au milieu de l'océan ou à l'intérieur de la ville !). Un privilège donc qui va permettre d'exacerber l'action avec une rare intensité émotionnelle .


    Outre la simplicité d'un scénario naïf prétexte aux confrontations pharaoniques (au fond du Pacifique, l'ouverture d'une brèche permet aux Kaijus d'envahir la terre pendant que des robots humanoïdes se préparent à la guerre !), Pacific Rim n'en n'est pas pour autant un épuisant pop-corn movie puisque la première heure prend le temps de nous décrire un univers technologique criant de vérité et de nous établir une complicité avec la caractérisation de nos héros. Que ce soit Raleigh Becket, jeune briscard pugnace mais affaibli par la disparition de son frère durant un combat de labeur, Stacker Pentecost, un colonel drastique au passé glorieux mais souffrant d'une certaine pathologie, et enfin Mako Mori, jeune japonaise pleine de bravoure mais ayant vécu un choc traumatique durant son enfance. En prime, son obscure relation paternelle avec le colonel la contraint de remettre en question sa collaboration avec Raleigh afin de pouvoir partir au front. D'autres seconds protagonistes fort en gueule sont également de la partie pour se mesurer aux Kaijus, tandis qu'un duo de scientifiques fébriles viennent égayer l'aventure de leurs extravagances cérébrales !


    Le choc des Titans
    Festival de pyrotechnie à vous faire décoller la mâchoire, Pacific Rim équivaut à la quintessence de l'actionner bourrin dans sa volonté studieuse de faire rêver son public avec humilité. Vouant son amour immodéré pour ces robots d'acier et ces reptiles hostiles, Guillermo Del Toro concède un gigantesque spectacle populaire prônant les valeurs nobles du courage, de la pugnacité, de la fraternité et du sens du sacrifice, tout en glorifiant l'égalité des sexes et l'unification des peuples.

    19.07.13.
    Bruno Matéï




                                          

    jeudi 18 juillet 2013

    LE JOUR DES MORTS-VIVANTS (Day of the Dead)

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site whatculture.com

    de Georges A. Romero. 1985. U.S.A. 1h43. Avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joseph Pilato, Jarlath Conroy, Richard Liberty, Sherman Howard.

    Sortie salles France: 10 Décembre 1986. U.S: 19 Juillet 1985

    Récompenses: Prix d'Interprétation Féminine, Prix des Effets-Spéciaux au Festival du Rex de Paris en 1986.
    Prix Spécial Gore

    FILMOGRAPHIE: Georges Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York.
    1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


    Huit ans après le phénomène planétaire Zombie, Georges A. Romero entreprend de boucler sa trilogie avec le Jour des Morts-vivants. Entouré d'une équipe d'acteurs méconnus et pour mettre en évidence sa touche féministe, il invoque cette fois-ci le rôle principal à une jeune femme stoïque ! Avec l'entremise du spécialiste des effets de maquillage, Tom Savini, et la musique cadencée de John Harrison, Georges Romero nous établi une fois de plus sa vision de l'apocalypse avec une ambition toute aussi spontanée. 

    Dans la grotte d'une base militaire, une poignée de scientifiques et de soldats se chamaillent pour l'avenir de leur survie depuis que les morts ont envahi la terre. 


    C'est en interne d'un huis-clos que le réalisateur s'entreprend de nous embrigader parmi la tyrannie de militaires écervelés et la résignation de scientifiques plus érudits. En abordant à nouveau les thèmes de l'incommunicabilité et de l'individualité, Georges Romero ironise tous azimuts sur la nature humaine quand l'homme égocentrique doit se mesurer à une menace qu'il ne maîtrise pas. Afin de renforcer la densité des enjeux, le Jour des Morts-vivants accorde un peu plus de place à l'étude caractérielle de ses personnages (c'est d'ailleurs ce que certaines critiques de l'époque lui avaient reproché !) que son précédent opus. En adressant notamment un joli portrait de femme, c'est la comédienne novice Lori Cardille (sa 1ère apparition au cinéma !) qui prête son talent pour endosser la dirigeante d'un groupe de scientifiques avec une ténacité virile. Sa tolérance humaniste et sa quête de solidarité pour mieux déjouer la menace des zombies sont loin de contenter le Capitaine Rhodes (plaisamment cabotiné par Joseph Pilato), leader obtus assoiffé de mégalomanie et n'hésitant pas supprimer ses concurrents trop arrogants. En jouant la carte de la dramaturgie et du réalisme, George Romeo met notamment en exergue le portrait fébrile d'un des comparses de Sarah, un latino dépressif incapable de canaliser ses affres et rempli de rancoeur pour la stoïcité de cette dernière. Alors que les zombies sont retenus derrière les grilles du camp militaire, nos deux groupes n'auront de cesse de se chamailler par la faute des exactions scientifiques d'un Dr Frankenstein sur le point d'amadouer le zombie Bub (Sherman Howard livre une prestance apathique inoubliable !). Bien entendu, ce microcosme en perpétuelle divergence va finir par s'entretuer jusqu'à ce que les zombies viennent investir la base après s'être libérés de leur grille. Autant la première heure accordait beaucoup de place aux conflits humains en perdition, son dernier acte va redoubler d'action cinglante et de gore festif quand les zombies auront réussi à se confondre parmi les vivants. 
    Avec une dérision beaucoup plus prononcée que dans Zombie, Le jour des Morts-vivants joue la carte de la satire pour fustiger un pamphlet antimilitariste (tous les bidasses sont d'impayables crétins au QI dérisoire !) contre une science arriviste concurrente de Dieu. Tandis que dehors, les morts-vivants assoiffés de tripailles se préparent à assiéger le terrain ! Sur ce dernier point, on peut dire qu'une fois encore Tom Savini a accompli des miracles pour façonner des effets gores aussi inventifs et spectaculaires que sanglants et jusqu'au-boutiste (un corps est déchiré en deux, une tête se détache de son buste sans implication du hors-champs !). 


    Si le Jour des Morts-Vivants s'avère le plus faible de la trilogie (notamment par la faute d'un budget trop modeste et d'un scénario perfectible), il possède suffisamment d'atouts probants (densité psychologique de personnages attachants, narration captivante émaillée d'idées sardoniques, action cinglante compromise au gore jouissif et score exotique en parfaite harmonie) pour l'assigner au classique du genre. 

    18.07.13. 5èx
    Bruno Matéï 

    mercredi 17 juillet 2013

    QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT (Who Framed Roger Rabbit)

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site movie-bar.com

    de Robert Zemeckis. 1988. U.S.A. 1h43. Avec Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Joanna Cassidy, Stubby Kaye, Alan Tilvern, Richard LeParmentier, Joel Silver.

    Sortie salles France: 18 Octobre 1988. U.S: 22 Juin 1988

    FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
    1978: Crazy Day. 1980: La Grosse Magouille. 1984: A la poursuite du diamant vert. 1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Scrooge. 2013: Flight.

    Oscars 1989: meilleurs effets visuels (Ken Ralston, Richard Williams, Edward Jones, George Gibbs), meilleur montage sonore (Charles L. Campbell, Louis L. Edemann), meilleur montage (Arthur Schmidt) et Oscar pour une contribution spéciale (Richard Williams).
    BAFTA Awards 1989: meilleurs effets visuels (Ken Ralston, Richard Williams, Edward Jones, George Gibbs)


    Couronné de 4 oscars un an après sa sortie, Qui veut la peau de Roger Rabbit n'a pas volé ses prestigieuses récompenses tant il continue de nous bluffer par son exploit technique à avoir su allier personnages de chair et d'os et héros d'animation. Avec la nouvelle recrue Roger Rabitt, ce divertissement roublard nous présente un nouveau toon à la spontanéité virevoltante, entouré d'une femme fatale à la sensualité ardente ! Avec sa trame policière située dans l'après guerre des années 40, Robert Zemeckis rend autant hommage au film noir qu'aux dessins animés de notre enfance érigés sous le label de Warner Bros (les fameux Looney Tunes !) et de Walt Disney (on y côtoie Dumbo, Blanche Neige et consorts). En redécouvrant aujourd'hui ce blockbuster familial, nous nous surprenons encore du soin circonspect intenté à la perfection des effets-spéciaux où des protagonistes humains cohabitent parmi la familiarité de personnages d'animation ! Qui veut la peau de Roger Rabbit s'avère d'autant plus bluffant de réalisme dans ses moult péripéties endiablées qu'il réussit à émerveiller le spectateur lambda âgé de 7 à 77 ans.


    Son intrigue charpentée bourrée de revirements fortuits nous propose une véritable énigme policière que doit mener le détective Eddy Valiant (Bob Hoskins, étonnamment flegme et gentiment bougon!) épaulé d'un comparse peu commun, Roger Rabbit. A eux deux, ils forment un duo explosif dans leur tentative de débusquer le meurtrier d'un producteur mais aussi mettre la main sur un mystérieux testament. Durant leur investigation, ils vont devoir se confronter à l'autorité drastique de l'étrange Juge DeMort (Christopher Lloyd, diabolique de mégalomanie hautaine !) accompagné de ses sbires, les Fouines (des toons railleurs particulièrement sardoniques !), communément délibérés à retrouver la trace de Roger Rabbit. En effet, ce dernier se retrouve suspecté de l'assassinat de Marvin Acme, producteur de films d'animation et inventeur ayant eu la veille de sa mort une éventuelle liaison avec Jessica Rabbit !
    Ce pitch hérité d'un roman de Gary K. Wolf (Who censored Roger Rabbit ?) et publié en 1981 est une occasion singulière d'opposer des personnages humains avec une foule de toons novices et notoires ! Avec un sens inventif sans cesse renouvelé (comme cette soudaine plongée dans l'univers urbain des Toons ou l'invention mortelle de la Trempette afin de pouvoir les dissoudre !), Qui veut la peau de Roger Rabit déploie sans modération une prolifération de gags échevelés dans une action ininterrompue (course poursuite en plein centre-ville à bord d'une voiture d'animation, rixes en tous genres entre toons et humains et point d'orgue explosif pourvu d'une révélation inopinée !).


    Parfaitement équilibré par sa drôlerie insolente (mais jamais erratique !) et la tendresse impartie à tous ces protagonistes hybrides (la séquence mélancolique décrivant une Betty Boop passéiste est touchée par la grâce !), Qui veut la peau de Roger Rabbit est un bijou de féerie fantaisiste. 
    Sans jamais surenchérir dans une esbroufe gratuite car au service d'un scénario retors, cet exploit technique insuffle son pouvoir séducteur pour le respect accordé à ses icônes d'animation, alors que Roger Rabbit va imposer son statut d'étoile montante de "Toon Reality" !  

    17.07.13. 3èx
    Bruno Matéï