lundi 14 août 2017

Hurlements / The Howling. Prix de la Critique, Avoriaz 81.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemovies.fr
 
de Joe Dante. 1980. U.S.A. 1h30. Avec Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens, Elisabeth Brooks, Robert Picardo.

Sortie salles France: 21 Janvier 1981. U.S: 10 Avril 1980

FILMOGRAPHIEJoe Dante (nĂ© le 28 novembre 1946 Ă  Middletown, New Jersey) est un critique, scĂ©nariste, monteur, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. Son plus grand succès populaire est, Ă  ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-rĂ©alisĂ© avec Allan Arkush 1978 : Piranhas (Piranha),1981: Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième Ă©pisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure IntĂ©rieure. 989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle gĂ©nĂ©ration (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent Ă  l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound 2010 : The Hole. 2014: Burying the ex

 
"Le loup selon Joe Dante". 
Trois ans après Piranhas, dĂ©marquage semi-parodique des Dents de la mer, Joe Dante livre avec Hurlements sa dĂ©claration d’amour au mythe du loup-garou, dĂ©poussiĂ©rĂ© ici dans un contexte contemporain. SaupoudrĂ©e d’humour noir et de clins d’Ĺ“il, cette rĂ©fĂ©rence du fantastique moderne doit aussi son salut au talent respectif des maquilleurs Rob Bottin et Rick Baker. Plus de quarante ans après sa sortie et son trophĂ©e Ă  Avoriaz (Prix de la critique !), Hurlements resplendit encore par sa capacitĂ© Ă  nous faire croire Ă  l’existence du lycanthrope — sans effets de manche.

Le pitch : une Ă©minente journaliste, Karen White, doit rencontrer le mystĂ©rieux Eddie Quist, soupçonnĂ© de meurtre. La rencontre a lieu dans un sex-shop ; confinĂ©e dans une cabine, Karen se retrouve face Ă  lui. Vision d’horreur. Panique. Elle appelle Ă  l’aide. Un vĂ©hicule de police patrouillait non loin ; un agent intervient, tire, et abat froidement l’assaillant. TraumatisĂ©e, amnĂ©sique, Karen est envoyĂ©e avec son Ă©poux dans un centre de thĂ©rapie sous l’autoritĂ© du Dr George Waggner.

Sorti la mĂŞme annĂ©e que Le Loup-Garou de Londres, Hurlements partage avec son jumeau une certaine paritĂ© d’intentions : esprit sarcastique, humour noir (satire de l’addiction carnivore, reflet de l’instinct sauvage enfoui en chaque homme), contexte moderne pour ressusciter une figure mythique, et effets spĂ©ciaux rĂ©volutionnaires aussi bluffants que percutants.

Si ce joyau de sĂ©rie B demeure aussi envoĂ»tant, c’est autant pour sa maĂ®trise formelle que pour ses scènes chocs, parfois cruelles (les morts inopinĂ©es de deux personnages marquants), et pour la caractĂ©risation ironique d’antagonistes retors — Ă  l’image du Dr Waggner, campĂ© avec aplomb par Patrick Macnee, psychologue bienveillant en apparence, qui aide ses patients Ă  canaliser leurs pulsions… meurtrières. Car nos loups-garous, depuis l’avènement de la civilisation moderne, sont contraints de rĂ©primer leur instinct de chasseurs pour se contenter de consommer du bĂ©tail. Mais les plus anarchistes d’entre eux bafouent ces règles pour cĂ©der Ă  leur besoin primal de chair humaine.

Visuellement, les dĂ©cors champĂŞtres d’une forĂŞt embrumĂ©e, la photographie saturĂ©e d’azur et d’oranges transfigurent l’ensemble en un crĂ©puscule fantastique, Ă  la lisière du rĂŞve.

Aussi simple que solidement construite, la narration diffuse une angoisse envoĂ»tante, surtout durant les sĂ©quences nocturnes, portĂ©e par une partition intense de Pino Donaggio. Les FX artisanaux — jamais gratuits — Ă©mergent du parcours des personnages en quĂŞte de vĂ©ritĂ©. La transformation d’Eddie en lycanthrope, lente, progressive, reste un moment d’anthologie : un modèle de rĂ©alisme, une scène saisissante, contemplĂ©e par une victime catatonique, fascinĂ©e, terrorisĂ©e.

Le climat d’Ă©pouvante, renforcĂ© par le dĂ©sarroi des hĂ©roĂŻnes en investigation, s’intensifie au fil des hurlements surgis du fond de la forĂŞt — autant d’Ă©chos d’une prĂ©sence invisible mais tapie. Outre cette ambiance ouatĂ©e, capiteuse, presque sensuelle, surgit une scène restĂ©e cĂ©lèbre : l’Ă©treinte torride des amants infidèles sous une pleine lune.

Les comĂ©diens, principaux et seconds couteaux (les briscards John Carradine, Dick Miller, Kevin McCarthy, l’envoĂ»tante et provocante Belinda Balaski, ou encore le placide Patrick Macnee) offrent une belle alchimie dans cette galerie de personnages tantĂ´t rassurants, tantĂ´t cyniques, notamment au sein de la colonie. Quant Ă  Dee Wallace — que je n’ai jamais trouvĂ©e aussi charmante et glamour — elle vole presque la vedette, incarnant avec justesse la fragilitĂ© d’une amnĂ©sique en proie au surnaturel avant son ultime hurlement poignant, rĂ©sonnant comme un cri du cĹ“ur inoubliable. 

 
"Hurlements, ou l’art du frisson artisanal".
DirigĂ© avec soin par un cinĂ©aste transi d’amour pour son bestiaire lycanthrope, Hurlements s’impose comme une rĂ©fĂ©rence incontournable du cinĂ©ma de genre. Un conte horrifique d’une modernitĂ© fascinante, portĂ© par une dynamique de groupe Ă©tonnamment attachante. Reste Ă  savoir qui, un jour, parviendra Ă  transcender — sinon Ă©galer — cet artisanat fĂ©roce (aussi bien du cĂ´tĂ© du rĂ©alisateur que de ses techniciens). Car les chefs-d’Ĺ“uvre sont inoxydables, et Hurlements, Ă  l’instar du Loup-Garou de Londres ou de La Nuit du Loup-Garou, n’a nul besoin de rougir face Ă  ses congĂ©nères.

Pour la petite anecdote personnelle : Hurlements fut mon tout premier film d’horreur vu en salle, un mardi après-midi de congĂ© scolaire, en compagnie de ma tante. Un traumatisme fascinatoire inĂ©galĂ© — Ă  l’exception peut-ĂŞtre de Frayeurs et L’Exorciste.

*Bruno
 
25.04.12 (273 V)
14/08/17
31.07.23. 10èx

Récompense: Prix de la Critique à Avoriaz 1981

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