jeudi 17 août 2017

ELLE S'APPELAIT SCORPION

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bĂ´ / Female Convict Scorpion Jailhouse 41" de Shunya Ito. 1972. Japon. 1h28. Meiko Kaji, Fumio Watanabe, Kayoko Shiraishi, Yukie Kagawa.

Sortie salles Japon: 30 Décembre 1972. France: 22 April 2011 (Lyon Festival Hallucinations Collectives)

FILMOGRAPHIEShun’ya ItĹŤ (伊藤 俊也, ItĹŤ Shun’ya?) est un rĂ©alisateur japonais nĂ© le 17 FĂ©vrier 1937. 1972 : La femme scorpion. 1972 : Elle s'appelait scorpion. 1973 : La tanière de la bĂŞte. 1982 : Piège pour un Kidnapper. 1985 : Gray Sunset. 1988 : Labyrinth of Flower Garden. 1995 : Adieu, Nostradamus ! 1998 : Pride: The Fateful Moment.


Second volet d'une saga légendaire de 6 films et considéré comme le plus réussi, Elle s'appelait Scorpion empreinte le schéma du WIP ("women in prison") avant de bifurquer fissa vers le rape and revenge et le survival lorsqu'une poignée de prisonnières parviennent à s'échapper de leur geôle grâce à la complicité de l'indomptable Matsu. Une détenue tête de turc passée maître dans l'art de l'évasion mais pour autant molestée par ses propres rivales jouant l'indépendance à travers leur haine, leur jalousie, leur rancoeur et leur vengeance. Durant un houleux périple, elles n'auront de cesse de s'opposer à la police et aux gardiens lancés à leur trousse quand bien même les touristes d'un car vont leur servir d'otages afin de déjouer un barrage.


Sous le moule d'une sĂ©rie B d'exploitation alternant Ă  rythme mĂ©tronomique, sĂ©vices corporels, viols, humiliations et règlements de compte sanglants entre dĂ©tenues et gynophobes (le terme est on ne peut mieux appropriĂ© !), Elle s'appelait Scorpion aurait pu sombrer dans le produit lambda si la mise en scène hyper stylisĂ©e n'avait su faire preuve d'autant de fulgurances visuelles, Ă  mi-chemin de la bande dessinĂ©e, du western et du conte moderne. VĂ©ritable trip expĂ©rimental baignant dans un onirisme baroque, notamment de par ses dĂ©cors gĂ©omĂ©triques, Elle s'appelait Scorpion se vit Ă  l'instar d'un rĂŞve Ă©veillĂ© sous la mainmise d'une anti-hĂ©roĂŻne mutique (elle prononce Ă  peine 3 phrases durant tout le mĂ©trage !) que campe avec pudeur la troublante Meiko Kaji. Sa prĂ©sence spectrale inscrite dans le non-dit et l'intensitĂ© de son regard impassible restant une Ă©nigme chez le spectateur incapable d'en dĂ©fricher sa vĂ©ritable identitĂ©. Cruel, cynique et ultra violent, le rĂ©cit suggère la mĂ©taphore sur l'Ă©mancipation fĂ©minine lorsque ces dernières sont traitĂ©es comme du bĂ©tail par des machistes sans vergogne. A cet Ă©gard, la ligue fĂ©ministe devrait s'en rĂ©jouir puisque tous les protagonistes mâles qu'on nous prĂ©sentent outrancièrement s'avèrent des ordures libidineuses n'hĂ©sitant pas d'autre part Ă  bafouer leur dĂ©ontologie pour mieux parvenir Ă  leurs fins. Tandis que les fugitives, assoiffĂ©es de haine et de libertĂ©, n'hĂ©siteront pas Ă  recourir Ă  la vendetta expĂ©ditive durant leur traque de survie.  


Prenant Ă  contre pied la norme du divertissement jouissif, Elle s'appelait Scorpion opte pour les ruptures de ton, l'expressionnisme baroque (photo contrastĂ©e Ă  l'appui) et les expĂ©rimentations alambiquĂ©es afin de perdre sens et repères du spectateur embarquĂ© dans une sĂ©rie B hybride quasi surnaturelle. A la lisière de la fĂ©erie macabre mais plutĂ´t difficile d'accès, cette perle culte au pouvoir de fascination subtilement trouble et capiteux porte la signature du talent personnel de Shun’ya ItĹŤ.

Bruno Dussart
2èx

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