mercredi 21 décembre 2011

GONE BABY GONE


de Ben Affleck. 2009. U.S.A. 1h54. Avec Morgan Freeman, Casey Affleck, Michelle Monaghan, Ed Harris, Robert Wahlberg, Amy Madigan, Amy Ryan, Michael K. Williams, Edi Cathegi, John Ashton.

Sortie en salles en France le 26 Décembre 2007. U.S: 19 Octobre 2007

FILMOGRAPHIE: Benjamin Geza Affleck, dit Ben Affleck est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 15 Août 1972 à Berkeley en Californie.
2007: Gone Baby Gone
2010: The Town
2012: Argo

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Dieu s'adressant Ă  ses disciples: "Je vous envoie comme des agneaux au milieux des loups. Soyez rusĂ© comme un serpent et pur comme une colombe."
Acteur peu confirmĂ© souvent superficiel, Ben Affleck s'attelle toutefois Ă  la rĂ©alisation en 2007 avec un premier long-mĂ©trage, Gone Baby Gone, d'après un roman de Dennis Lehane. Clint Eastwood avait d'ailleurs empruntĂ© 5 ans au prĂ©alable l'un des rĂ©cits du romancier pour concrĂ©tiser son bouleversant Mystic River. MalgrĂ© un succès mitigĂ© au box-office, ce polar glauque enrichi sa densitĂ© au fil d'un scĂ©nario machiavĂ©lique traitant de l'enfance galvaudĂ©e.

Dans une petite ville de Boston, une fillette de 4 ans disparaĂ®t sans laisser de traces. La mère engage deux dĂ©tectives privĂ©s pour tenter de la retrouver saine et sauve. Après 3 jours d'investigation, les chances s'amenuisent tandis qu'un peu plus tard un autre enfant, un garçonnet de banlieue, est Ă  son tour portĂ© disparu. 


Conçu comme une enquĂŞte policière de prime abord tristement banale mais particulièrement vĂ©nale pour dissĂ©quer la vĂ©ritĂ© d'une disparition infantile inexpliquĂ©e, Gone Baby Gone attise l'inquiĂ©tude dĂ©concertĂ©e au fil de son canevas tortueux. Il nous confine dans une contrĂ©e bucolique de Boston oĂą les quidams marginaux, droguĂ©s et flicards corrompus s'entrecroisent dans un univers insidieux alors qu'une mère de famille junkie semble dĂ©sintĂ©ressĂ©e de l'absence de sa fillette kidnappĂ©e.
Avec la verve perspicace d'un duo de jeunes détectives, leur cheminement nous entraîne dans une succession d'évènements délétères particulièrement glauques et sordides. En effet, rien de plus dérangeant et intolérable que de se confronter à la mort d'un enfant et de ses responsables tortionnaires capables de commettre le pire des crimes en guise de cupidité.
Mais l'improbabilité est encore à encourir pour nos protagonistes avides de justice quand le fantôme d'Amanda refait finalement surface. Un exutoire impondérable qui va nous permettre de réévaluer les consciences perverties, les âmes endeuillées ou les esprits torturés par la déchéance de l'enfance assujettie.

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Ben Affleck brosse ici un tableau licencieux sur la responsabilitĂ© parentale quand les gĂ©niteurs sont incapables d'assumer leur devoir d'inculcation et d'affection pour l'Ă©quilibre d'un bambin. Il nous questionne sur la dĂ©ontologie professionnelle quand des hommes sans vergogne dĂ©cident de bafouer les règles pour sauver la postĂ©ritĂ© d'un enfant innocent. Quel avenir prĂ©caire est envisagĂ© quand un gamin livrĂ© Ă  lui mĂŞme depuis sa naissance dans un climat sordide est destinĂ© Ă  survivre et rĂ©itĂ©rer les mĂŞmes erreurs que ces gĂ©niteurs ?
Mais à travers le comportement drastique d'un détective convaincu de son code d'honneur et d'une justice équitable, le réalisateur cherche à nous interroger sur les conséquences potentiellement dramatiques qu'un enfant maltraité pourrait encourir pour sa future destinée.
Il remet en question notre doctrine morale et souveraine de protéger et éduquer l'enfant candide inscrit dans la pureté de l'ignorance avec une légitime décence.
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DominĂ© par la sobre prestance de Casey Affleck, Ă©tonnant dans un rĂ´le austère d'homme engagĂ© dans l'honneur et d'une brochette d'illustres acteurs (Morgan Freeman en retraitĂ© dĂ©pitĂ© et Ed Harris en flic frondeur), Gone Bay Gone doit sa puissance Ă©motionnelle grâce Ă  la densitĂ© de ses personnages fĂ©briles et d'un suspense machiavĂ©lique. StructurĂ© avec parcimonie pour accentuer son intrigue implacable et baignant dans une ambiance glauque parfois malsaine, il culmine son point d'orgue dans un Ă©pilogue renversant littĂ©ralement bouleversant. Cette rĂ©vĂ©lation inopinĂ©e nous permet de reconsidĂ©rer une justice Ă©quitable et nous dresse un constat Ă©quivoque, une ambivalence sur notre idĂ©ologie Ă  expertiser la notion morale du bien et du mal.
Une oeuvre puissante et cérébrale qui donne à réfléchir sur notre revendication d'élever et discipliner un enfant.

21.12.11
Bruno Matéï

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