de Douglas Buck. 2006. U.S.A. 1h32. Avec Lou Doillon, Stephen Rea, Chloe Sevigny, William B. Davis, Gabrielle Rose, Whittni Wright, Talia Williams, Rachel Williams, Erica Van Briel.
Sortie Dvd: 2 Octobre 2008
FILMOGRAPHIE: Douglas Buck est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 Septembre 1966. 2003: Prologue. 2003: Family portraits. 2006: Sisters. 2011: The Theatre Bizarre (The Accident).
En 2006 paraît dans une indifférence quasi générale - et en catimini chez nous, directement relégué au DVD - Sisters, remake du classique éponyme de Brian De Palma. Loin du copié-collé, l’intérêt de cette déclinaison "moderne" réside dans une ambiance terriblement malsaine et oppressante, ainsi que dans des thématiques bien plus fouillées sous la houlette de Douglas Buck. Réalisateur iconoclaste déjà responsable du dérangeant Family Portrait - anthologie de trois courts métrages auscultant la frustration existentielle de familles américaines - et du segment bouleversant The Accident, aperçu dans The Theatre Bizarre, Buck provoque le spectateur par un réalisme acéré. Dérive cauchemardesque aux confins de la folie schizophrène, Sisters relate l’épreuve psychologique de deux sœurs siamoises confrontées aux ravages d’un traitement médicamenteux illégal, prescrit par l’inquiétant docteur Lacan.
Le pitch : éprise d’affection pour un jeune médecin lors de sa visite en clinique, Angélique l’entraîne quelques heures plus tard dans l’intimité de sa demeure. Le lendemain, après avoir passé la nuit ensemble et commandé un gâteau d’anniversaire, l’amant est sauvagement assassiné par la probable sœur jumelle d’Angélique. Témoin du meurtre, une journaliste méticuleuse, Grace Collier, entame une investigation de longue haleine avec l’aide d’un collègue proche.
Film d’horreur clinique entièrement dévoué à son austérité, Sisters instille un malaise dès son prologue : un spectacle pour enfants placé sous l’autorité d’adultes, dans le jardin d’un établissement psychiatrique. En filmant avec minutie les jeux de regards équivoques entre Angélique, le jeune médecin et le docteur Lacan, Douglas Buck diffuse une anxiété rampante qui ne cessera de croître au fil du cheminement psychologique des sœurs.
La première partie installe avec une maîtrise feutrée un climat éthéré de tension autour de la relation naissante entre Angélique et le médecin, ce dernier soupçonnant peu à peu son comportement versatile. La caméra s’attarde sur les corps avec une sensualité troublante, mais aussi une fascination viscérale teintée de répulsion lorsque ses doigts effleurent l’étrange cicatrice d’Angélique - Cronenberg n’est jamais loin. Pour accentuer cette dimension voyeuriste, des caméras de vidéosurveillance sont disséminées dans l’appartement afin que le docteur Lacan espionne les faits et gestes d’Angélique et d’Annabelle.
La séquence du meurtre qui s’ensuit orchestre un suspense suffocant autour de Grace Collier, prise dans un triple étau : la fouille illégale du bureau du docteur Lacan, l’agonie du médecin observée depuis la fenêtre d’en face, et l’impuissance face à deux policiers incrédules. L’interrogatoire qu’elle tente ensuite auprès d’Angélique se révèle particulièrement trouble, la jeune femme hésitant à livrer une vérité qui la condamnerait. La suite exploite les profils psychologiques des sœurs siamoises, dissociées entre le Bien (Angélique) et le Mal (Annabelle), tandis que l’enquête s’enfonce dans les méandres de l’institution psychiatrique. Dans un climat de malaise exponentiel, Buck nous entraîne dans un cauchemar schizophrène où illusion et réalité s’entrelacent. En exhumant un secret familial, le film assène l’horreur d’une liaison compromise, convoquant les thèmes du double, de la hantise, de la pédophilie, du traumatisme, de la toxicomanie et de la schizophrénie, interrogeant la responsabilité morale d’Angélique et son rapport intime à la chair - Cronenberg, encore et toujours, en embuscade.
La chair et le sang
Porté par la densité d’une intrigue dérangeante entièrement vouée à la relation siamoise et à ses âmes torturées, Douglas Buck entretient le mystère avant de laisser éclater la vérité d’une idylle pervertie par la chair et le sang. Magnifiquement incarné par un trio au charisme contrarié - Lou Doillon, Stephen Rea et Chloë Sevigny -, Sisters distille un malaise proche de l’asphyxie, nourri par des liaisons imposées et toxiques. De leur dérive meurtrière à l’amertume d’une conclusion quasi surnaturelle, le film esquisse une réflexion sur l’influence des sentiments, le pouvoir de persuasion, l’exploitation médicale et la coexistence indissociable du Bien et du Mal au sein d’un même corps. Cauchemar baroque, relique maudite défendue bec et ongles par Mad Movies lors de sa sortie DVD, Sisters s’adresse à un public averti, notamment pour son imagerie sanglante de dernier recours, frontalement malaisante.
— le cinéphile du cœur noir 🖤23/12/23. Vostfr
22/12/11




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