mercredi 6 mai 2015

L'AME DES GUERRIERS. Meilleur Premier Film, Mostra de Venise, 1994

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site soundtrackcollector.com

"Once Were Warriors" de Lee Thamahori. 1994. Nouvelle-Zélande. 1h42. Avec Rena Owen, Temuera Morrison, Mamaengaroa Kerr-Bell, Julian Arahanga, Taungaroa Emile, Rachael Morris Jr, Joseph Kairau.

Récompense: Meilleur premier film, Mostra de Venise, 1994

Sortie salles France: 10 Janvier 1994

FILMOGRAPHIE: Lee Tamahori est un rĂ©alisateur nĂ©o-zĂ©landais, nĂ© le 17 Juin 1950 Ă  Wellington. 
1994: L'âme des Guerriers. 1996: Les Hommes de l'Ombre. 1997: A couteaux tirés. 2001: Le Masque de l'Araignée. 2002: Meurs un autre jour. 2004: XXX 2. 2007: Next. 2011: The Devil's Double. 2015: Emperor.


Uppercut Ă©motionnel comme on en voit rarement Ă  l'Ă©cran, l'Ame des Guerriers dĂ©peint avec rĂ©alisme Ă  couper au rasoir la descente aux enfers d'une famille de Maoris, faute de l'autoritĂ© castratrice d'un père de couleur noir rongĂ© par l'alcool et blasĂ© par l'esclavage de ces ancĂŞtres. EpaulĂ© d'une photo ocre afin d'accentuer le climat irrespirable d'un environnement insalubre, ce premier film laisse une cicatrice indĂ©lĂ©bile dans l'esprit du spectateur peu habituĂ© Ă  s'incliner devant une expĂ©rience aussi brutale ! 


Prenant pour cadre la banlieue dĂ©shĂ©ritĂ©e d'Auckland en Nouvelle-ZĂ©lande, Lee Tamahori aborde les thèmes du chĂ´mage, de la dĂ©linquance, de la violence conjugale et de la dĂ©mission parentale, la cellule familiale volant ici en Ă©clat, du point de vue d'une misère sociale sans repères. Les enfants livrĂ©s Ă  eux-mĂŞme, car tĂ©moins de la dĂ©liquescence parentale, trinquant inĂ©vitablement pour se rĂ©fugier vers la drogue et la marginalitĂ©. Notamment parmi le repère influent d'une bande de guerriers juvĂ©niles grimĂ©s de tatouages tribaux Ă  l'instar de leurs ancĂŞtres Maoris. Par le biais de la figure paternelle en dĂ©chĂ©ance morale, faute de son alcoolisme et de son refus d'assumer son rĂ´le paternel, Lee Tamahori nous assène de plein fouet des discordes conjugales d'une brutalitĂ© Ă  la limite du soutenable. Si l'Ă©preuve de force de l'âme des Guerriers s'avère si oppressante par son intensitĂ© nĂ©vralgique, c'est qu'il parvient Ă  distiller un malaise proche du marasme pour la condition dĂ©plorable impartie Ă  la femme battue. HumiliĂ©e, menacĂ©e de mort et molestĂ©e sous les coups d'un phallocrate dĂ©pendant de sa musculature, de sa lâchetĂ© et de sa mĂ©diocritĂ©, cette dernière persĂ©vère nĂ©anmoins Ă  lui tenir tĂŞte avec une dignitĂ© fĂ©minine. Observant leur condition misĂ©reuse oĂą les orgies d'alcool sont monnaie courante lors de soirĂ©es entre amis peu frĂ©quentables, l'âme des guerriers transcende le portrait de cette mère de famille gagnĂ©e par la rage de vaincre la tyrannie machiste après avoir assumĂ© son inadvertance maternelle, passĂ©e une tragĂ©die inconsolable.   


D'une rigueur émotionnelle parfois insupportable mais d'une dignité bouleversante pour la stature vaillante allouée à la femme battue, l'âme des Guerriers transcende ses clichés de sinistrose grâce à son réalisme tranché et à la dimension fragile de ses laissés-pour-compte reconvertis en guerriers conquérants. Un très grand film aussi furieusement épique que bouleversant dans sa dramaturgie opiniâtre, et un vibrant hommage à la communauté spirituelle des Maoris !
Pour public averti

Dédicace à Peter Hooper
Bruno Matéï
3èx

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