mardi 19 février 2019

L'Internat

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Boarding School" de Boaz Yakin. 2018. U.S.A. 1h52. Avec Luke Prael, Sterling Jerins, Will Patton, Samantha Mathis, David Aaron Baker, Michael Wikes, Barbara Kingsley.

Sortie Dvd France: 18 Février 2019. Salles U.S: 31 Août 2018

FILMOGRAPHIEBoaz Yakin est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 20 juin 1966 Ă  New York. 1994 : Fresh. 1998 : Sonia Horowitz, l'insoumise. 2000: Le Plus Beau des combats. 2003: Filles de bonne famille. 2008: Death in Love. 2012: Safe. 2015: Max. 2018: L'Internat.


Honteusement inĂ©dit en salles chez nous si j'ose dire, mĂŞme si je peux toutefois comprendre la frilositĂ© des distributeurs face Ă  une oeuvre indĂ©pendante aussi diaphane que perverse, L'Internat est une pĂ©pite horrifique comme on en produit si peu dans le cinĂ©ma mainstream. Sujet Ă  de terrifiants cauchemars nocturnes depuis la mort de sa grand-mère, et dĂ©couvert un soir par son beau-père dans une tenue fĂ©minine, Jacob est aussitĂ´t envoyĂ© dans un internat. Peu rassurĂ© Ă  l'idĂ©e d'apprivoiser sa nouvelle Ă©cole, il tente nĂ©anmoins de se rĂ©conforter auprès de ses nouveaux camarades ayant comme point commun des troubles pathologiques. Mais au fil des cours dictĂ©s par un enseignant psycho-rigide, Jacob et sa nouvelle amie Christine suspectent l'effigie de l'internat au moment mĂŞme d'y opĂ©rer une surprenante dĂ©couverte identitaire. Formellement sublime (je pèse mes mots !) si bien que l'ombre d'Argento et de Bava se tĂ©lescopent Ă  travers un stylisme baroque, l'Internat enivre les mirettes dans un gothisme gracile Ă  damner un saint ! Tant et si bien que l'on serait tentĂ© Ă  moult reprises de cliquer sur la touche "retour rapide" afin de mieux en savourer ses cadres les plus flamboyants (le jeu harmonieux des lumières est juste mĂ©morable au point d'y faire pâlir de jalousie les maestro susnommĂ©s !). Mais au-delĂ  de sa fulgurance picturale d'une beautĂ© aussi tĂ©nue que tĂ©nĂ©breuse, l'Internat dĂ©route notre façon d'aborder le genre lorsque le rĂ©alisateur prend malin plaisir Ă  jouer avec les codes pour mieux Ă©garer nos repères.


Car efficacement intriguant, ombrageux, psychanalytique et inquiĂ©tant Ă  la fois, la narration volontairement dĂ©manchĂ©e dĂ©gage un irrĂ©sistible pouvoir de fascination. Dans la mesure oĂą le spectateur scrupuleux d'y dĂ©nicher le moindre indice suit cette trame avec un intĂ©rĂŞt mĂŞlĂ© de curiositĂ©, d'incomprĂ©hension et d'apprĂ©hension. Le rĂ©alisateur se rĂ©servant notamment de distiller lors de son premier acte la moindre effusion de sang en privilĂ©giant le suspense latent intensifiĂ© de la caractĂ©risation Ă©quivoque des jeunes internes. Particulièrement l'introverti Jacob souffrant d'un complexe identitaire (interprĂ©tation habitĂ©e de Luke Prael dans sa pâleur magnĂ©tique) mais peu Ă  peu timidement Ă©pris d'amitiĂ© avec l'Ă©trange et provocatrice Christine littĂ©ralement dĂ©complexĂ©e dans son franc-parler (Sterling Jerins s'avĂ©rant Ă©tonnamment spontanĂ©e Ă  travers la maturitĂ© de ses sentiments !). A partir du moment ou ceux-ci se livrent Ă  un vĂ©nĂ©neux jeu de sĂ©duction tantĂ´t morbide en jouant les investigateurs insolents, L'Internat adopte une tournure autrement dĂ©lĂ©tère que le spectateur ne peut anticiper Ă  travers sa narration sinueuse Ă©maillĂ©e de visions cauchemardesques (l'ombre du nazisme planant sur les Ă©paules de Jacob Ă  travers le fantĂ´me de sa grand-mère traumatisĂ©e par la Shoa). Et donc autour des thèmes de la diffĂ©rence, de l'identitĂ© et surtout de l'eugĂ©nisme, Boaz Yakin finit par nous broder en second acte un dĂ©lire giallesque complètement vrillĂ© en y opposant brutalement l'innocence des enfants (d'une Ă©tonnante capacitĂ© de rĂ©flexion pour nos 2 hĂ©ros mentionnĂ©s plus haut) avec le monde beaucoup plus sournois et perfide des adultes impĂ©rieux.


Nanti d'un climat d'Ă©trangetĂ© et de mystère toujours plus palpable avant de cĂ©der Ă  l'explosion de violences criminelles, l'Internat aborde le cinĂ©ma d'horreur sous le pilier d'un Ă©pineux drame psychologique du point de vue initiatique d'un ado complexĂ© confrontĂ© Ă  la perversitĂ© humaine. Tant auprès d'une trouble innocence galvaudĂ©e que du cĂ´tĂ© du nazisme ayant laissĂ© comme hĂ©ritage l'eugĂ©nisme le plus immoral. Onirique dans ses allures de conte oĂą mĂŞme la fĂ©erie s'y instille par moments (les fameux collages d'Ă©toiles de Phil sur le mur), intense, dur et trouble, principalement auprès de son schĂ©ma narratif reptilien que l'on peut potentiellement considĂ©rer parfois dĂ©cousu, l'Internat resplendit d'originalitĂ© couillue sous la lumière une formalitĂ© baroque infiniment ensorcelante. Autant avouer que les fans d'Argento et de Bava y seront Ă©tonnamment comblĂ©s Ă  travers sa gangue inusitĂ© d'horreur adulte ! 

*Bruno

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