Première découverte hier soir de Millennium de Michael Anderson, réalisé en 1989, avec Kris Kristofferson et Cheryl Ladd.
Et je reconnais qu’il s’agit là d’une belle petite découverte, une curiosité de science-fiction particulièrement étrange dans sa conception, sa narration et son traitement.
Car Millennium est typiquement le genre de film dont le charme réside autant dans ses qualités que dans ses maladresses. On comprend d’ailleurs sans difficulté pourquoi une partie de la critique de l’époque lui reprochait une certaine confusion scénaristique. Durant une bonne heure, le film entretient volontairement le flou autour de ses paradoxes temporels, de ses mystères et de ses incohérences apparentes, au point que le spectateur peine parfois à saisir tous les tenants et aboutissants de l’intrigue. Mais peu à peu, le voile se lève progressivement sur ces interrogations en suspens et sur certaines ambiguïtés psychologiques, donnant finalement au récit une cohérence inattendue.
Et c’est précisément cette étrangeté qui rend le film aussi attachant aujourd’hui.
Visuellement, certaines séquences prêtent à sourire. Quelques costumes futuristes paraissent désormais désuets, certains maquillages ringards et le doublage français de quelques personnages accentuent encore davantage ce charme involontairement kitsch. Or, loin de desservir le film, ces imperfections renforcent aujourd’hui son identité vintage si particulière. Millennium possède donc ce parfum spécifique des séries B de science-fiction de la fin des années 80 : ambitieuses, imparfaites, mais profondément sincères dans leurs intentions.
Le point de départ demeure d’ailleurs particulièrement fascinant. Après le crash d’un avion, des enquêteurs découvrent des éléments totalement inexplicables : des corps brûlés qui ne semblent pas correspondre aux véritables victimes, des traces technologiques impossibles à identifier et plusieurs incohérences temporelles troublantes. À travers cette enquête aux allures de thriller paranoïaque, avant -gardiste d'X Files, le personnage incarné par Kris Kristofferson tente peu à peu de comprendre ce qui se cache derrière ces anomalies, tandis qu’il se rapproche d’une mystérieuse hôtesse de l’air incarnée par Cheryl Ladd, inoubliable déesse de la série Drôles de dames.
Le duo fonctionne plutôt bien à l’écran. Kristofferson apporte son charisme viril naturel à ce personnage d’enquêteur dépassé par des événements, tandis que Cheryl Ladd insuffle à son rôle une douceur étrange, quasi irréelle, renforçant le mystère entourant son personnage.Mais ce qui rend Millennium finalement singulier, c’est sa manière de traiter le voyage temporel avec une approche étonnamment sombre et crépusculaire. Derrière son apparence de série B se cache en réalité une réflexion assez pessimiste sur le futur de l’humanité : un monde ravagé par la famine, la stérilité, l’isolement et la dégénérescence progressive de l’espèce humaine. Cette vision d’un futur mourant donne au film une tonalité sombre en filigrane.
Et même si le récit multiplie les allers-retours entre passé, présent et futur avec parfois/souvent une certaine complexité, Michael Anderson parvient malgré tout à maintenir curiosité et attention autour de cette mécanique temporelle. Le film donne constamment l’impression de découvrir quelque chose d’unique, une petite Å“uvre étrange ne ressemblant à aucune autre production de science-fiction de son époque.
La conclusion, à la fois honnête, légèrement optimiste et teintée de sacrifice, parachève finalement cette aventure atypique avec une certaine émotion discrète.
Ainsi, Millennium demeure une surprenante curiosité de science-fiction, imparfaite et peut-être mineure mais intègre et attachante, dont l’étrangeté, la rareté et son charme rétro participent à son pouvoir de fascination renouvelé aujourd’hui.
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
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