samedi 11 juillet 2026

Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček. 2026. 1h48. U.S.A.

                (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Dissection d'une famille dysfonctionnelle."

Ca y est, j'ai vu la bête en salles, j'ai pris mon ticket pour l'Enfer. 

Avis à chaud donc à la sortie de la projo d'Evil Dead Burn.

Réalisé par le Français Sébastien Vaniček, révélé par l'excellent Vermines, ce nouvel opus de la mythique saga m'a littéralement laissé exsangue (il fallait voir nos tronches sonnées - mais galvanisées - sur le parking du Pathé Liévin). 
Car je peux vous dire qu'on ressort d'Evil Dead Burn éreinté, tant cette expérience de cinéma relève d'un véritable "marathon" (terme idoine emprunté à mon frère) de l'horreur.


À mes yeux, il s'agit probablement de l'épisode le plus fidèle au chef-d'œuvre réalisé par Sam Raimi en 1981. Sébastien Vaniček en retrouve l'essence, l'état d'esprit, le ton sardonique, cette méchanceté radicale (n'importe qui peut trépasser) et cette brutalité décomplexée qui ont fait la légende du premier film, tout en y insufflant un réalisme d'une acuité chirurgicale. Ici, chaque impact, chaque coup porté, chaque lame qui pénètre la chair semble posséder un poids physique à la fois quasi insoutenable et extrêmement spectaculaire. Une kermesse de l'horreur en somme. 

Mais le véritable exploit de ce nouvel Evil Dead réside ailleurs. À partir d'un schéma narratif pourtant archi-connu - une poignée de survivants retranchés dans une demeure isolée face à des entités démoniaques - Vaniček parvient à réinventer la saga grâce à sa mise en scène d'une inventivité permanente (plan séquence compris à donner le tournis). Sa caméra, d'une mobilité impressionnante et d'une vélocité remarquable, nous entraîne dans une descente aux enfers ininterrompue durant près d'une heure quarante-cinq. Efficacité optimale j'vous dit. 


À l'image des personnages qui en prennent plein la gueule et leurs membres (j'vous préviens, euphémisme), on finit nous aussi à bout de souffle, rivés à l'écran, les yeux écarquillés, les genoux sur le plancher, assistant, impuissants à un règlement de comptes démoniaque d'une violence éprouvante, désespérée, pour ne pas dire inarrêtable. Cette version française constitue une magnifique déclaration d'amour à toute la saga, mais plus encore au film fondateur de Sam Raimi. Ca coule de source, sachant que Vanicek a bénéficié de la plus grande liberté artistique de la part de son ainé également producteur. 

On retrouve d'ailleurs chez lui cette même fougue, ce même plaisir sadique qui animait Raimi à seulement vingt et un ans : cette envie irrépressible d'en foutre plein la vue sans complexe, cette générosité débordante et cette sensation grisante de monter à bord de montagnes russes lancées à pleine vitesse, comme s'il n'y avait plus ni conducteur ni maître à bord, mais seulement un train fou s'enfonçant toujours plus profondément dans un enfer digne de Dante (qui se concrétise à terme !).


Cette sensation d'ivresse jouissive se prolonge jusque dans le parcours de son héroïne, Alice, brillamment interprétée par Souheila Yacoub. Son personnage, profondément meurtri, conjugue avec une rare justesse résignation, fragilité, détermination et courage de dernier ressort. À l'image d'Ash autrefois, elle lutte jusqu'à l'épuisement contre des forces qui semblent la condamner d'avance. Et nous avec, tant ces morceaux de bravoure finissent par nous laisser les larmes aux yeux... Comme le souligne cet agenouillement libérateur aussi bouleversant que cruellement amer. 

Car sous son déluge de gore et de possessions démoniaques profondément malsains, Evil Dead Burn dissimule également un drame psychologique d'une réelle intensité. En filigrane, le film développe une métaphore particulièrement forte autour des violences conjugales, faisant de cette invasion démoniaque le prolongement symbolique des traumatismes qu'Alice tente de surmonter. Cette lecture apporte une profondeur inattendue à un spectacle malade ultra épique sous l'impulsion d'une photo désaturée et cadavérique. De manière à mieux faire perdre nos repères et nous confiner dans l'appréhension la plus insécure. 


D'ailleurs, sachez qu'à partir de la seconde grande attaque dans l'habitacle d'un véhicule, le film relâche plus jamais la pression. Les assauts démoniaques furibards se succèdent avec une précision métronomique, transformant progressivement le récit en une sorte  d'apocalypse opératique (score emphatique qui va avec) où les carnages, d'un réalisme viscéral saisissant, s'enchaînent sans restriction aucune. 

L'autre immense réussite de Sébastien Vaniček consiste précisément à ne jamais se contenter de rendre hommage à Sam Raimi. Comme les meilleurs épisodes de la saga Alien, chaque réalisateur s'approprie ici un univers commun pour lui insuffler sa propre personnalité. Evil Dead Burn respecte alors profondément son héritage tout en affirmant une identité singulière, portée notamment par plusieurs chansons françaises issues de notre patrimoine musical, utilisées avec une intelligence remarquable pour accentuer la dimension dramatique de cette satire d'une rare virulence contre les violences conjugales. .


Cette héroïne, confrontée à ses propres blessures autant qu'aux démons qui l'assaillent, finit par devenir une véritable combattante d'un cauchemar sans fin, puisant dans ses dernières forces pour préserver sa dignité et arracher sa survie au cœur d'une véritable hallucination collective (tant pour les personnages que nous mêmes) d'une brutalité sensorielle.

Ainsi donc, Evil Dead Burn constitue évidemment une nouvelle claque. Une immense pochette-surprise à la fois sale, puante et putride, d'une efficacité maximale, qui prouve qu'il est encore possible de réinventer une franchise aussi mythique sans jamais trahir son ADN. Les admirateurs du premier Evil Dead auraient tort de passer à côté tant cette expérience irrationnelle avec le diable, viscérale, éprouvante et profondément immersive, mérite d'être vécue sur grand écran. Malgré ses nombreux clins d'œil au chef-d'œuvre de Sam Raimi, Sébastien Vaniček signe ici un film qui possède pleinement sa propre voix. Et c'est probablement là sa plus grande réussite tout en déclarant un amour immodéré à l'univers créé par Sam Raimi. Quasiment chaque séquence en témoigne, tant le cinéaste semble animé par un irrépressible désir de se surpasser.


Et on en sort autant lessivé que rasséréné 🙂

— Celui du cœur noir des images 🖤

Ci-joint la critique Jean-François Dupuis:

Evil Dead Burn, 2026, Sébastien Vaniček.
 Alice, une française expatriée par amour aux États-Unis, retrouve sa belle-famille pour les obsèques de son mari, mort dans ce qui semble être un accident de voiture. Alors que tous se réunissent dans la vieille maison familiale, une force surnaturelle, responsable de la mort  du mari et qui a un compte à régler avec cette famille, s'en prend à chacun de ses membres, qu'elle change en creatures démoniaque. Alice va avoir fort à faire pour survivre à ce week-end funèbre. 
  Il est amusant de voir que plus de 40 ans après la présentation du premier Evil Dead au Festival de Paris du Film Fantastique, par son réalisateur, Sam Raimi, celui-ci ait décidé de confier ce nouvel opus de la saga, à un jeune réalisateur français, Sébastien Vaniček, descendant direct du public du Rex qui avait fait un triomphe à l'œuvre du alors jeune Raimi. 
  Vaniček, auteur de Vermines, film qui a impressionné Raimi et l'a convaincu de l'engager, s'est emparé du projet et, avec son co-scenariste habituel, Florent Bernard, en a écrit le sujet. Et il s'en sort haut la main. Son film est non seulement un brillant hommage à la franchise, mais aussi à tout le cinéma fantastique et d'épouvante des années 80, de Lucio Fulci à John Carpenter, en passa par Stuart Gordon. Et ce, tout en gardant son ton propre, sans faire du film un défilé de références et de clins d'œil "à la manière de".
 Dès le prologue, on est pris dans l'histoire et Vaniček ne nous lâchera plus. D'ailleurs, un conseil: ne quittez pas la salle quand les lumières se rallument au générique, et restez bien jusqu'à la toute fin, au risque de rater 2 séquences surprises. 
  Dans sa note d'intention, le réalisateur déclare avoir voulu « ...créer une expérience viscérale et sensorielle qui prenne le spectateur aux tripes. Je veux que les gens se sentent physiquement épuisés en sortant de la salle, comme s'ils avaient vécu un voyage émotionnel intense... ». Objectif réussi. On souffre avec les protagonistes, on ressent presque les douleurs physiques qu'ils éprouvent, lors de leurs luttes contre les creatures possédées. Le mal sorti du Necromonicon, cher à Raimi et Lovecraft, suinte dans l'image et se transmet ici par le contact, le sang et la salive entre les personnages.
 Souheila Yacoub, repérée dans Dune 2,  Les Femmes Au Balcon et The Carpenter's Son (où elle etait Lilith, une possédée du Demon) est excellente en femme victime d'un époux violent, au cœur d'une relation amoureuse toxique, qui va devoir affronter bien pire que les humiliations et les violences domestiques qui étaient son lot quotidien, et devenir un équivalent féminin de Ash, le héros de la saga originelle, la maladresse en moins. (En même temps, un mari qui choisit pour thème musical du mariage, La Chanson Des Vieux Amants, de Brel, ça aurait du lui mettre la puce à l'oreille...)
  Il y'a d'ailleurs 2 clins d'œil à Bruce Campbell, l'interprete indissociable des Evil Dead, clins d œil similaires à ceux que lui fait Sam Raimi dans Send Help. Il y'a aussi un autre clin d'œil à un fan français pur et dur de la première heure, d'Evil Dead et Sam Raimi, Alain Chabat qui fait un cameo vocal. 
 Evil Dead Burn est une vraie réussite, qui donne envie de voir les autres opus récents de la saga, si ce n'est pas déjà fait, et de suivre la carrière à venir de Sébastien Vaniček.

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