dimanche 27 mars 2011

MOTHER AND CHILD. Grand Prix au Festival de Deauville 2010.

 

de Rodrigo Garcia. 2010. U.S.A. 2H06. Avec Naomi Watts, Samuel L. Jackson, David Morse, Annette Bening, Carla Gallo, Brittany Robertson, Kerry Washington, Amy Brenneman, Tatyana Ali, Marc Blucas...

Date de Sortie: France: 17 novembre 2010, U.S.A: 07 mai 2010.

FILMOGRAPHIE:  Rodrigo Garcia est un rĂ©alisateur colombien nĂ© le 24 Aout 1959. Après diverses sĂ©ries TV, il entreprend de passer au long-mĂ©trage en 2008 avec Les Passagers.
2008: Les Passagers. 2010: Mother and Child. 2011: Albert Nobbs.

                                        

Grand vainqueur du Festival de Deauville en 2010, Mother and Child Ă©tablit sans niaiserie un drame intimiste et pudique dĂ©crivant avec une sobre sensibilitĂ© le tĂ©moignage tourmentĂ© de trois femmes lamentĂ©es. Une frustration commune de ne pouvoir accĂ©der Ă  leur rĂŞve d'une union familiale et maternelle inscrite dans la sĂ©rĂ©nitĂ© et l'Ă©panouissement. Karen est une quinquagĂ©naire caractĂ©rielle, solitaire et introvertie, contrariĂ©e par l'Ă©tat de santĂ© fĂ©brile de sa mère gravement malade. Sa fille Elisabeth a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  sa naissance alors que Karen n'avait que 14 ans au moment de l'accouchement. Elle est aujourd'hui une avocate cumulant les conquĂŞtes masculines jusqu'au jour oĂą elle envisage la naissance d'un enfant avec son patron. Lucy est une jeune fille infĂ©conde mais qui dĂ©cide en ultime recours d'adopter un enfant avec le soutien de son compagnon. Par le fruit du hasard, ces trois femmes inassouvies plongĂ©es dans l'amertume et les incertitudes vont finalement fusionner et s'Ă©pauler grâce Ă  l'alchimie de l'amour cathartique.

                                     

DominĂ© par la prĂ©sence chĂ©tive et gracieuse de trois actrices formidables de justesse et de frugalitĂ©, Mother and Child est comme son titre le suggère l'union universelle des relations parentales bafouĂ©es. Une description introspective sur les rapports difficiles et conflictuels de trois femmes confrontĂ©es Ă  la lâchetĂ©, l'Ă©goĂŻsme et l'immaturitĂ© de parents complexĂ©s car eux mĂŞmes fustigĂ©s par leur enfance dĂ©loyale soumise Ă  la souffrance morale. C'est ce manque d'amour, de communication et de dignitĂ© qui aura Ă  jamais changer leur destinĂ©e et leur manière prĂ©caire de prendre en main un avenir austère pour la naissance Ă©ventuelle d'une progĂ©niture infantile. Le rĂ©alisateur Rodrigo Garcia dĂ©crit avec un soin humaniste entièrement dĂ©diĂ© Ă  la ligue fĂ©minine et sans discours pompeux le poignant cheminement de ces trois femmes profondĂ©ment meurtries par leur passĂ© troublĂ©. Une fĂŞlure ancrĂ©e dans leur mentalitĂ© depuis leur enfance galvaudĂ©e par la cause d'une dĂ©mission maternelle, alors qu'une malformation congĂ©nitale est sĂ©vèrement rĂ©primĂ©e pour l'une d'entre elles incapable de procrĂ©er. C'est ce parcours tortueux, semĂ© d'obstacles que nous allons suivre durant leurs moments intimes de doute et d'espoir jusqu'au jour oĂą la fatalitĂ© souhaite les unir pour tenter de rĂ©concilier les rancoeurs et sauver l'avènement d'un nouvel enfant.

                                            

Naomi Watts incarne avec sensualitĂ© et un charme dĂ©senchantĂ© sous-jacent le profil instable d'une jeune avocate courtisane et indĂ©pendante, incapable d'assumer un foyer familial Ă  cause d'une mère absente depuis sa naissance. Son instinct maternel d'entreprendre malgrĂ© tout la naissance d'un enfant et le fait de retrouver sa mère biologique sont une manière rĂ©demptrice de pouvoir offrir un regain d'intĂ©rĂŞt Ă  sa vie esseulĂ©e Ă©ludĂ©e d'un amour pur et Ă©panoui. Et ce, mĂŞme si son nouvel amant (Samuel L. Jackson) semble avoir la maturitĂ© nĂ©cessaire pour s'y accorder avant de se dĂ©filer au moment le plus opportun. C'est Annette Bening qui compose le rĂ´le fragile d'une quinquagĂ©naire taciturne et caractĂ©rielle, victime d'avoir enfantĂ© dès son plus jeune âge un enfant qu'elle s'est vue contrainte et forcĂ©e d'abandonner. Sans doute le personnage le plus empathique du trio du fait d'une vie morne jalonnĂ©e de dĂ©ceptions amoureuses mais surtout une femme Ă  l'aube du 3è âge, rongĂ©e par la culpabilitĂ© Ă  cause d'une fille qu'elle aura trop longtemps dĂ©nigrĂ©. Enfin, Kerry Wahington (les 4 Fantastiques / The Dead Girl) interprète avec conviction une jeune femme de couleur dĂ©terminĂ©e Ă  adopter un enfant en guise d'infĂ©conditĂ© mais lâchement abandonnĂ©e et trahie par deux Ă©vènements fortuits. Son impatience, son pessimisme illĂ©gitime et son manque de courage envers un enfant qu'elle ne connait pas seront malgrĂ© tout privilĂ©giĂ©s par la prĂ©sence cette-fois ci fructueuse d'une mère aimante et attentionnĂ©e qui aura l'intelligence maternelle d'inculquer Ă  sa fille son Ă©thique liĂ©e au devoir parental, aux sens des valeurs mises en exergue dans la dignitĂ© humaine.

                                        

Superbement interprĂ©tĂ© par trois actrices candides, Mother and Child est un drame fĂ©brile rĂ©alisĂ© avec modestie et pudeur compromis Ă  la filiation gĂ©nĂ©rationnelle de femmes engagĂ©es Ă  rendre leur vie plus harmonieuse par l'entremise de la fĂ©conditĂ©. Dans une mise en scène dĂ©pouillĂ©e de sentiments lacrymaux, Rodrigo Garcia dĂ©peint avec vĂ©ritĂ© mesurĂ©e le tĂ©moignage de ses femmes versatiles et refoulĂ©es blâmĂ©es par la faute de parents irresponsables. Mother and Child dĂ©montrant que l'innocence infantile est la pĂ©riode de la vie la plus prĂ©cieuse, qu'il faut Ă  tous prix en prĂ©server sa puretĂ© par l'amour conjugal engagĂ© dans une relation de confiance et d'Ă©quilibrĂ©e Ă©panoui.

28.03.11
Bruno Matéï.
                                       

mercredi 23 mars 2011

Harry Brown

               
de Daniel Barber. 2009. Angleterre. 1h43. Avec Michael Caine, Emily Mortimer, Liam Cunningham, Iain Glen, Jack O'Connell, Charlie Creed-Miles, Ben Drew, David Bradley, Raza Jaffrey, Joseph Gilgun...

Date de Sortie. France: 12 janvier 2011 / U.S.A: 30 avril 2010

FILMOGRAPHIE: Daniel Barber est un rĂ©alisateur britannique. 2007: The Tonto Woman (court-mĂ©trage). 2009: Harry Brown.

                                           

Sur les traces d'Un Justicier dans la ville, Vigilante, le Droit de tuer ou plus rĂ©cemment l'excellent hommage Death Sentence, ce premier film du rĂ©alisateur anglais Daniel Barber renoue avec la violence hardcore, abrupte et poisseuse du Vigilante movie sur fond de malaise des banlieues. Et ce sans ne jamais verser dans la surenchère racoleuse comme il est gĂ©nĂ©ralement requis chez les films d'exploitations. Ainsi, cet Ă©lectro-choc subversif s'avère d'une puissance dramatique rarement illustrĂ©e de manière aussi clinique pour le genre (stigmatisĂ©) de l'auto-dĂ©fense, trop souvent engagĂ© dans le pur divertissement rĂ©ac (pour ne pas dire fascisant). Le Pitch: Après le dĂ©cès de sa femme gravement malade, Harry est un retraitĂ© reclus dans l'immeuble prĂ©caire de son quartier contrĂ´lĂ© par la dĂ©linquance environnante. ProfondĂ©ment peinĂ© de la disparition de sa dĂ©funte, il coule des jours langoureux en compagnie de son ancien ami LĂ©onard en se remĂ©morant avec nostalgie son passĂ© idyllique entre deux parties d'Ă©chec. Un jour, LĂ©onard rĂ©sidant dans le mĂŞme bâtiment lui avoue avec dĂ©sespoir son ras le bol de devoir faire face Ă  une bandes de jeunes dĂ©soeuvrĂ©s qui ne vivent que pour la violence, via leurs rĂ©currents règlements de compte faute de trafics de drogue. Le lendemain de leur discussion, la police dĂ©pĂŞchĂ©e au domicile de Harry lui apprend que son ami a Ă©tĂ© retrouvĂ© sauvagement assassinĂ© sous un tunnel Ă  proximitĂ© de leur building. De surcroĂ®t, il aura fallu un autre incident majeur portant atteinte cette fois-ci Ă  Harry pour que l'homme dĂ©chu se transforme en justicier vindicatif.

VIOLENT SHIT.
Ainsi, Ă  travers une mise en scène rugueuse impeccablement maĂ®trisĂ©e portant une sensible attention Ă  l'humanitĂ© meurtrie de ses personnages, Harry Brown nous emmène droit en enfer, au coeur d'un problème de sociĂ©tĂ© davantage expansif et sinistrĂ©: la montĂ©e de l'ultra-violence par l'entremise de la dĂ©linquance juvĂ©nile. Dès le âpre prĂ©ambule, filmĂ© camĂ©ra tremblotante Ă  l'Ă©paule, le ton est donnĂ© ! Un acte de violence lâchement gratuit est brutalement perpĂ©trĂ© envers une mère de famille horrifiĂ©e ! Alors que sa conclusion ironiquement percutante ciblant nos meurtriers dĂ©cervelĂ©s nous surprend de façon impondĂ©rable de par sa pathĂ©tique destinĂ©e involontairement fustigĂ©e. Sans compromis et refus du spectaculaire pĂ©taradant, car avec souci de vĂ©racitĂ© proche du documentaire, Harry Brown nous entraĂ®ne irrĂ©mĂ©diablement dans la moiteur d'un climat malsain tangible, sordide et poisseux octroyĂ© Ă  une folie meurtrière d'un nihilisme confondant ! Si bien que le cheminement mortuaire de ce retraitĂ© pacifiste et docile de prime abord demeure une langoureuse Ă©preuve suicidaire afin d'y rĂ©tablir la justice individuelle au sein d'un monde putride en Ă©tat d'agonie ! Chaque personnage marginal que Harry cĂ´toie Ă©tant incarnĂ© par des comĂ©diens sidĂ©rants d'authenticitĂ© de par leur charisme fĂ©tide de trogne burinĂ©e, fracassĂ© d'une existence en dĂ©liquescence et ravagĂ© par le flĂ©au de la drogue dure. Des brutes psychotiques se vautrant en toute nĂ©gligence dans l'insalubritĂ© uniquement destinĂ©es Ă  l'auto-destruction et l'addiction refoulĂ©e de la violence immorale. Des acteurs famĂ©liques si criant de vĂ©ritĂ© que l'on en vient mĂŞme Ă  se demander s'il ne s'agit pas de vĂ©ritables toxicomanes jouant leur propre rĂ´le face l'Ă©cran ! A titre d'exemple imparable, la sĂ©quence qui voit Harry Brown pĂ©nĂ©trer dans l'enceinte d'un appartement crasseux suintant la puanteur et l'Ă©cume auquel deux camĂ©s ont maltraitĂ© une jeune prostituĂ©e après avoir filmĂ© leurs Ă©bats sexuels s'avère sidĂ©rant de malaise persuasif. Une atmosphère licencieuse est dĂ©vouĂ©e Ă  s'insinuer lentement Ă  travers notre psychĂ© tourmentĂ©e avant l'explosion de violence aussi explicite que radicale !
                             
Par consĂ©quent, ce parcours funeste dirigĂ© avec autoritĂ© par un cinĂ©aste consciencieux dĂ©montre avec un esprit de maturitĂ© et une puissance dramatique acĂ©rĂ©e le cheminement de certains protagonistes Ă©paulĂ©s par leur moralitĂ© mais irrĂ©solus, impuissants face Ă  la sauvagerie d'une jeunesse qu'ils ne comprennent plus. Un triste constat dĂ©loyal nous est donc Ă©tabli sans dĂ©tour si bien que la communication est dĂ©finitivement rompue Ă  travers l'intolĂ©rance des deux camps rivaux pour cause d'une paritĂ© davantage discriminatoire et tendancieuse. Alors que certains parents incriminĂ©s et responsables sont Ă©galement de la partie pour dĂ©raciner une sociĂ©tĂ© laxiste en chute libre, sans dĂ©ontologie, pratiquant une violence punitive sauvagement rĂ©torquĂ©e. C'est l'immense Michael Caine qui s'accapare de l'Ă©cran avec une austĂ©ritĂ© amère pour envoĂ»ter chaque sĂ©quence dans la dĂ©chĂ©ance humaine de ces quidams toxicos et meurtriers qu'il combat sans restriction. Une imposante prĂ©sence humaine chĂ©tive car n'oubliant jamais sa dignitĂ© empathique (voir la sĂ©quence oĂą il dĂ©cide de sauver une jeune fille droguĂ©e en allant la dĂ©poser devant l'entrĂ©e d'un hĂ´pital) pour un homme soudainement laminĂ© par le poison de la violence gratuitement perpĂ©trĂ©e. Un vengeur spectral et mĂ©thodique Ă©trangement diabolisĂ© par l'emprise de la haine, l'iniquitĂ© et la rancoeur. Ce qui aura pour consĂ©quence irrĂ©versible d'alimenter sa vengeance expĂ©ditive. DĂ©muni de ceux qu'ils chĂ©rissaient, anĂ©anti par la perte de son vieil ami sauvagement assassinĂ© dans des conditions atroces, l'acteur habitĂ© par sa souffrance Ă©lĂ©giaque nous envoie en pleine face son malaise insurmontable de devoir nĂ©cessairement affronter en ange exterminateur des jeunes dĂ©linquants rĂ©duits Ă  l'Ă©tat primal. 

TOUTE SOCIETE ENGENDRE LES CRIMES QU'ELLE MERITE.
Nonobstant un final futilement conventionnel dans son effet de suspense escomptĂ©, Harry Brown est un cauchemar urbain d'une aura viscĂ©rale suffocante. NoyĂ© d'un pessimisme alarmant, le film profondĂ©ment dĂ©rangeant dĂ©peint avec une vĂ©ritĂ© aride qui laisse sur les rotules un terrifiant sentiment d'Ă©chec sur la dĂ©linquance juvĂ©nile. Un tableau tristement actuel sur cette jeunesse dĂ©soeuvrĂ©e rĂ©fugiĂ©e dans la drogue et la banalitĂ© de la mort, totalement dĂ©sorientĂ©e d'un avenir impondĂ©rable et nĂ©gligeable, et donc davantage enracinĂ©e dans leur rĂ©volte aliĂ©nĂ©e. Alors que les forces de l'ordre ordonnĂ©es Ă  Ă©radiquer les Ă©meutes intempestives se regroupent machinalement Ă  une guerre sans merci pour un scĂ©nario stĂ©rĂ©otypĂ© qui ne fera que se rĂ©pĂ©ter Ă  l'infini. Et ce n'est pas au final les rĂ©sultats insidieux des chiffres prometteurs de la baisse de la dĂ©linquance qui viendront nous rĂ©conforter sur l'avenir d'une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e, prĂŞte Ă  y ordonner le chaos ! Proprement effrayant de luciditĂ©, tristement actuel et implacablement dĂ©vastateur !

Dédicace à Philippe Beun-Garbe et Daniel Aprin.
23.03.11
Bruno Matéï.
                     
                                       

mardi 22 mars 2011

NAVIGATOR (The Navigator: A Mediaeval Odyssey)

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinebisart.com

de Vincent Ward. 1988. Australie/Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Bruce Lyons, Chris Haywood, Hamish McFarlane, Marshall Napier, Noel Appleby, Paul Livingston, Sarah Peirse, Mark Wheatley, Tony Herbert, Jessica Cardiff-Smith...

Date de sortie: U.S.A: Décembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Vincent Ward est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur néo-zélandais né en 1956 à Greytown (Nouvelle-Zélande).
1984 : Vigil. 1988 : The Navigator: A Mediaeval Odyssey. 1993 : Map of the Human Heart. 1998 : Au-delĂ  de nos rĂŞves. 2005 : River Queen


Une dĂ©cennie avant la guimauve Au delĂ  de nos rĂŞves (dĂ©solĂ© pour les fans), le mĂ©connu Vincent Ward s'Ă©tait surpassĂ© en 1988 pour mettre en boite un film maudit, chef-d'oeuvre d'aventures fantastiques inexplicablement condamnĂ© Ă  l'oubli, voir l'indiffĂ©rence depuis sa discrète sortie en salles. En 1348, dans un village anglais, la peste noire fait rage et terrorise les habitants. Mais un groupe d'aventuriers menĂ© par un enfant prodige part Ă  la quĂŞte d'une cathĂ©drale situĂ©e Ă  l'autre bout du monde pour y dĂ©poser une croix. Pour cause, c'est Ă  travers la vision d'un rĂŞve prĂ©monitoire que le jeune Griffin parvint Ă  convaincre ses camarades que seule une icone religieuse pourrait les protĂ©ger de la maladie mortellement contagieuse. Mais en creusant un tunnel, ils se retrouvent projetĂ©s quelques siècles plus tard, en 1988, dans l'agglomĂ©ration urbaine de la Nouvelle-ZĂ©lande ! Attention ovni immersif saisissant de rĂ©alisme historique, Ă  situer quelque part entre Bandits, bandits de Terry Gillian et le (tristement) cĂ©lèbre Les Visiteurs de Jean Marie Poiret ! L'oeuvre insolite s'avère d'autant plus captivante et dĂ©paysante qu'elle est endossĂ©e par des comĂ©diens mĂ©connus criant de vĂ©ritĂ© tant et si bien qu'on les croiraient sortis de l'Ă©poque mĂ©diĂ©vale dans lequel ils Ă©voluent ! Comme le sous-titre originel l'indique, cette odyssĂ©e mĂ©diĂ©vale conduite avec entrain par deux frères et quatre acolytes nous transporte au sein d'un pĂ©riple fantastique Ă  la fois baroque et dĂ©lirant.


En effet, de manière rĂ©currente, nombre de sĂ©quences impromptues vont interfĂ©rer chez nos hĂ©ros en herbe, comme celles de traverser prudemment une autoroute Ă  la circulation intensive, s'opposer contre les grues d'un chantier industriel en travaux ou encore affronter Ă  bord d'une barque, et accompagnĂ© d'un cheval blanc, un sous-marin s'extirpant brusquement de la mer dĂ©chaĂ®nĂ©e. Sans compter qu'un peu plus tard, l'un de nos hĂ©ros affrontera un train en marche de manière suicidaire, bien avant qu'un autre n'escalade une gigantesque cathĂ©drale pour y implanter la fameuse croix. Nombre de ces situations saugrenues transposĂ©es dans notre environnement contemporain auraient pu sombrer dans le ridicule (remember les pitreries des Visiteurs et de l'insupportable Clavier profĂ©rant Ă  tout va ses rĂ©pliques risibles !) si elles n'Ă©taient pas mis en exergue avec autant de rĂ©alisme et de soin formel sous couvert du voyage temporel plus vrai que nature. Une escapade semĂ©e d'embĂ»ches rationnelles mais rendues extraordinaires sous l'impulsion effarĂ©e de nos hĂ©ros confrontĂ©s Ă  l'infrastructure de notre monde civilisĂ©. Tel l'illumination fĂ©erique d'une mĂ©tropole nocturne, l'apparence futuriste de nos vĂ©hicules routiers, la trajectoire outre-mesure d'un navire submersible ou celle rectiligne d'un convoi cheminant Ă  grande vitesse. Outre son panel de cocasseries folingues, la force du rĂ©cit Ă©mane aussi de son contexte mĂ©diĂ©val illustrant, non sans humour, sensibilitĂ© et poĂ©sie, une pĂ©riode noire de pandĂ©mie via la transmission mortelle de la peste et d'y semer les thèmes de la peur de la maladie et du sens du sacrifice. Car Ă  travers les songes d'un enfant aux pouvoirs divinatoires, Navigator entreprend notamment de nous conter le voyage initiatique d'une cohĂ©sion hĂ©roĂŻque avec une candeur humaine fragile.


D'une fulgurance formelle alternant le noir et blanc et la couleur, et scandĂ© de choeurs religieux, Navigator est un chef-d'oeuvre de fantaisies hĂ©roĂŻques au pouvoir de fascination prĂ©gnant. Quand bien mĂŞme on finit par se surprendre de sa dimension dramatique lors d'un final poignant prĂ´nant le sens du sacrifice et le code d'honneur familial. Une odyssĂ©e fĂ©erique inoubliable Ă  dĂ©couvrir d'urgence ! 

Note: Le film aurait été couronné de 21 récompenses à travers le monde dont le Meilleur Film à Sitges, au Fantafestival, au New Zealeand Film and TV Awards et à l'Australian Film Institute.

22.03.11
Bruno Matéï

lundi 21 mars 2011

Red Road. Prix du Jury au Festival de Cannes 2006

                                             

de Andrea Arnold. 2006. Angleterre. 1h53. Avec Kate Dickie, Andrew Armour, Tony Curran, Nathalie Press, Martin Compston...

Prix du Jury au Festival de Cannes 2006.

Sortie France: 06 décembre 2006, U.S.A: 13 avril 2007

FILMOGRAPHIE: Andrea Arnold, est une réalisatrice et scénariste britannique née le 5 avril 1961 à Datford dans le Kent en Angleterre. 2006 : Red Road. 2009 : Fish Tank
                                            
Trois ans avant le remarquable Fish Tank, qui dĂ©peignait avec une vĂ©ritĂ© crue le portrait d'une adolescente en plein Ă©veil sexuel et identitaire, Red Road, rĂ©compensĂ© du Prix du Jury Ă  Cannes, relate le douloureux parcours d'une femme esseulĂ©e, brisĂ©e par un destin meurtri, en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d'une justice rĂ©demptrice. Jackie, trentenaire solitaire, exerce la profession d'opĂ©ratrice pour une sociĂ©tĂ© de vidĂ©o-surveillance. Chaque jour, elle scrute les faits et gestes d’individus lambdas dĂ©ambulant dans les ruelles d'une mĂ©tropole anglaise. Un matin - et de façon rĂ©pĂ©tĂ©e - elle aperçoit un homme suspicieux, auteur de petits larcins, jusqu’au moment oĂą il semble ĂŞtre en transaction avec une jeune fille marginale. FascinĂ©e par cet homme mĂ©fiant, elle dĂ©cide de partir Ă  sa rencontre, pour tenter d’en savoir plus Ă  son Ă©gard.

Dans le mĂŞme souci de rĂ©alisme, filmĂ© Ă  la manière du documentaire, Red Road est un drame humain particulièrement inhabituel, structurĂ© comme un thriller qui laisse le spectateur perplexe, en suspens, durant les deux tiers du film. Les motivations de l’hĂ©roĂŻne n’appartiennent qu’Ă  elle, et restent voilĂ©es la majeure partie du rĂ©cit. Nous ne savons rien - ou si peu - de ses agissements ordonnĂ©s, dĂ©raisonnĂ©s et contradictoires, lorsqu’elle dĂ©cide d’approcher cet homme entrevu Ă  travers ses camĂ©ras. L’individu, quadragĂ©naire marginal, vit reclus avec un jeune couple dans une banlieue prĂ©caire, entre soirĂ©es arrosĂ©es et petits trafics de seconde zone. Jackie, femme austère, distante et secrète, vit une solitude volontairement introvertie, mĂŞme si elle s’accorde, Ă  intervalles rĂ©guliers, d’offrir son corps rigide en guise d’affection sexuelle Ă  un collègue. Après avoir repĂ©rĂ© cet homme mystĂ©rieux, elle dĂ©cide de pĂ©nĂ©trer un monde qu’elle ne connaissait pas, et se laisse doucement aguicher par cet inconnu sans identitĂ©, tout en faisant la connaissance d’un couple juvĂ©nile dĂ©sorientĂ©, vivant Ă  trois dans une confusion affective. Dès lors, elle ne cessera de se contredire dans son Ă©tat d’esprit tourmentĂ©, hĂ©sitant, pris entre attraction et rĂ©pulsion pour cet ĂŞtre instable et inflexible, porteur d’un secret douloureux. Ce n’est que dans la dernière partie du mĂ©trage - lors d’une confrontation physique entre un fils et son père dans un bar miteux - que le rĂ©cit prend une ampleur nouvelle, psychologiquement abrupte et salvatrice pour le spectateur, libĂ©rĂ© par les confidences subversives de ces personnages Ă©corchĂ©s.

Avec son physique famĂ©lique et ce regard austère, Ă©trangement attirant, Kate Dickie incarne avec un naturel brut une femme bafouĂ©e, involontairement fustigĂ©e, violĂ©e jusqu’au trĂ©fonds de l’âme. Son parcours mĂ©ticuleux et aride n’est qu’une quĂŞte intĂ©rieure, une tentative d’exorciser une douleur insurmontable nĂ©e d’un drame inĂ©quitable. Son instinct vindicatif prend une tournure imprĂ©visible, jusqu’Ă  un point d’orgue instable, qui pourrait, peut-ĂŞtre, lui permettre de renouer avec un semblant de vie normalisĂ©e.

EntachĂ© de quelques longueurs et d’un rythme langoureux qui pourra rebuter certains, Red Road demeure pourtant une remarquable introspection d’un personnage taciturne, rongĂ© par la rancune et l’aigreur, consumĂ© par une tragĂ©die intime. Avec force, rĂ©alisme cru (la scène de sexe entre les deux amants, Ă  la limite de la pornographie, est d’une authenticitĂ© viscĂ©rale sidĂ©rante) et une Ă©motion sans esbroufe, ce faux thriller Ă  l’envers ne cesse d’interroger, jusqu’aux rĂ©vĂ©lations finales, livrĂ©es dans la rugositĂ© humaine de chacun des protagonistes. Une seconde vision s’impose alors, pour mieux capter, mieux saisir, toute l’essence dramatique enfouie dans la psychĂ© de cette hĂ©roĂŻne lamentĂ©e, obsĂ©dĂ©e par une quĂŞte de repentance potentiellement rĂ©demptrice.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir                                         

Récompenses:
. Festival de Cannes 2006 : Prix du Jury
. BAFTA 2007 : prix Carl Foreman du nouveau venu le plus prometteur pour Andrea Arnold
. BAFTA écossais 2006 : BAFTA du meilleur film, BAFTA du meilleur réalisateur, BAFTA du meilleur scénario, BAFTA du meilleur acteur dans un film écossais pour Tony Curran, BAFTA de la meilleure actrice dans un film écossais pour Kate Dickie
. British Independent Film Awards 2006 (BIFA) : prix du meilleur acteur pour Tony Curran, de la meilleure actrice pour Kate Dickie, nommé pour le prix du meilleur film, du meilleur second rôle pour Martin Compston et au Douglas Hickox Award pour Andrea Arnold
. Coup de cœur du jury au festival du film britannique de Dinard 2006
. London Critics Circle Film Awards 2007 : nommé pour le prix du meilleur film, du meilleur acteur pour Tony Curran, de la meilleure actrice pour Kate Dickie, du meilleur nouveau venu britannique de l'année pour Andrea Arnold
Festival du film de Londres 2006 : trophée Sutherland

21.03.11.

                                         

vendredi 18 mars 2011

Le Retour des Morts-Vivants / el ataque de los muertos sin ojos. Uncut.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

de Amando De Ossorio. 1973. Espagne. 1h35. Avec Tony Kendall, Fernando Sancho, Esperanza Roy, Frank Brana, Lone Fleming, Juan Cazalilla, Maria Nuria, José Canalejas, Ramon Lillo, José Thelman, Loli Tovar.

FILMOGRAPHIE: Amando de Ossorio (6 avril 1918 – 13 janvier 2001) est un rĂ©alisateur espagnol spĂ©cialisĂ© dans le film d'horreur et connu plus particulièrement pour sa tĂ©tralogie dite « des Templiers ».
1956 : La Bandera negra (The Black Flag) ,1964 : La Tumba del pistolero,1966 : Massacre Ă  Hudson River, 1967 : Pasto de fieras, 1967 : La Niña del patio,1967 : Arquitectura hacia el futuro, 1968 : Escuela de enfermeras, 1969 : Malenka, 1971 : La RĂ©volte des morts-vivants , 1973 : La Noche de los brujos, 1973 : Le Retour des morts-vivants , 1974 : The Loreley's Grasp, 1974 : Le Monde des morts-vivants, 1975 : La ChevauchĂ©e des morts-vivants, 1975 : La Endemoniada,1976 : Las Alimañas (The Animals), classĂ© S (= X en Espagne),1980 : PasiĂłn prohibida (Forbidden Passion), classĂ© S (-18 de ans) en Espagne, -18 puis reclassĂ© -16 en France, 1984 : Hydra, le monstre des profondeurs.

                                             

Second volet de la cĂ©lèbre saga des templiers créé par Amando De Ossorio, le Retour des morts-vivants est une forme de sĂ©quelle inspirĂ©e de La Nuit des Morts-vivants. Synopsis: Alors qu'une fĂŞte au village de Bouzano bat son plein, nos templiers revanchards reviennent Ă  nouveau d'entre les morts pour trucider tous les invitĂ©s Ă  coups d'Ă©pĂ©es pourfendeuses. Mais un groupe de survivants plus chanceux que les autres parvient Ă  trouver refuge dans une Ă©glise prise d'assaut par nos zombies. En attendant que l'aube matinale revienne prendre ses droits sur l'emprise du surnaturel... Ce qui frappe d'emblĂ©e c'est qu'une attention esthĂ©tique est impartie Ă  la photographie joliment saturĂ©e, notamment deux, trois images d'aube matinale Ă  l'ambiance macabro poĂ©tique. Quelques effets gores typiquement latins dans leur graphisme morbide font Ă©galement leur petit effet (du moins, dans la version Uncut). Eventrations, main ou tĂŞte tranchĂ©e et seins percĂ©s Ă©gayent notre esprit voyeuriste dans leur tonalitĂ© cracra  complaisamment Ă©talĂ©e en plan serrĂ©, de manière Ă  bien insister sur les plaies ouvertes dĂ©versant des giclĂ©es de sirop de grenadine. Enfin, sachez qu'au niveau de la narration, l'intrigue se divise en deux parties. L'une s'oriente sur l'esprit familial d'une fĂŞte estivale cĂ©lĂ©brant dans leur village l'anniversaire des templiers avant le massacre annoncĂ©. Tandis que l'autre privilĂ©gie un groupe de survivants enfermĂ©s dans le huis-clos d'une petite Ă©glise rapidement assaillie par nos zombies rancuniers. S'ensuit une succession de tentatives d'Ă©vasions perpĂ©trĂ©es par nos rescapĂ©s, sachant que l'esprit de solidaritĂ© leur sera rarement acquis et que chacun devra personnellement compter sur son Ă©gocentrisme pour tenter de s'Ă©chapper de cet endroit barricadĂ©.


Plus vigoureux et violent que son prĂ©dĂ©cesseur, le Retour des Morts-Vivants est un fort sympathique ersatz latin au charme rĂ©tro irrĂ©sistible. 

Bruno  
18.03.11


mercredi 16 mars 2011

Cauchemars Ă  Daytona Beach / Nightmare


de Romano Scavolini. 1981. U.S.A. 1h39 (uniquement en blu-ray chez Pulse Video). Avec Sharon Smith, Baird Stafford, CJ Cooke, Mik Cribben, Kathleen Ferguson.

Sortie salles France: 9 Juin 1982 (Int - 18 ans) ou 23 FĂ©vrier 1983

FILMOGRAPHIE: Romano Scavolini est un réalisateur italien né le 17 JuiN 1940.
2007 Two Families, 2005 L'apocalisse delle scimmie, 2004 Le ultime ore del Che (documentary), 1988 Dog Tags, 1981 Cauchemars Ă  Daytona Beach, 1980 Savage Hunt, 1973 Servo suo, 1973 Cuore, 1972 Exorcisme tragique - Les monstres se mettent Ă  table, 1969 Entonce, 1969 L'amore breve, 1968 La prova generale, 1966 A mosca cieca

 
"La chair, la hache et le miroir".
Romano Scavolini est un rĂ©alisateur mĂ©connu du public français, exception faite de cette sĂ©rie B que l’amateur des annĂ©es 80 s’Ă©tait empressĂ© de louer au vidĂ©oclub, irrĂ©sistiblement attirĂ© par le faciès ensanglantĂ© esquissĂ© sur la jaquette. Une Ĺ“uvre scabreuse, surgie de nulle part, dĂ©passant les frontières de la biensĂ©ance au point d’ĂŞtre bannie des Ă©crans anglais et classĂ©e parmi les tristement cĂ©lèbres "video nasties".

Après un internement en hĂ´pital psychiatrique, un patient est relâchĂ©, sous l'effet d’un nouveau traitement. Mais son addiction Ă  la folie meurtrière ressurgit aussitĂ´t. 

Dès le prĂ©ambule, l’horreur frappe : dans une chambre sombre, un homme en sueur convulse, dĂ©possĂ©dĂ© du sommeil. TirĂ© d’un dĂ©lire dĂ©lirant, il ouvre les yeux, agrippe ses draps… et aperçoit, au pied du lit, une tĂŞte tranchĂ©e, sanglante, muette. La camĂ©ra scrute furtivement le regard fixe de la dĂ©funte, accentuant l’inertie de cette vision infernale. Hurlements dĂ©chirants. Partition vrombissante. Tout nous Ă©crase les tympans. Mais ce prologue n’Ă©tait qu’un leurre : un cauchemar. Celui de Georges Tatum, immergĂ© dans sa folie.

La scène suivante rĂ©vèle l’enceinte psychiatrique oĂą il est encore enfermĂ©, camisole serrĂ©e. Puis viennent ses errances nocturnes, une fois libĂ©rĂ© sous surveillance mĂ©dicale. Ă€ Daytona, le cinĂ©aste installe une atmosphère moite et glauque, entre peep-shows poisseux et bars en dĂ©composition, grouillant de figures interlopes. C’est lĂ  que Georges tente, un temps, de se fondre. Mais ses pulsions reprennent vite le dessus : un meurtre crapuleux explose… Ă€ l’italienne, bien sĂ»r, dans la veine d’un Fulci ou d’un D’Amato, avec cet Ă©gorgement graphique dont l’atrocitĂ© est sublimĂ©e par les maquillages incisifs d’Ed French.

En fondu au noir, les jours dĂ©filent. Le rĂ©alisateur ponctue les errances du tueur par un compte Ă  rebours funèbre, comme pour mieux faire grimper la tension. Jusqu’au carnage final attendu…

Tatum finit par ralentir, fascinĂ© par une famille banale — Ă  ceci près qu’un gamin s’amuse Ă  profĂ©rer des blagues morbides. Un nouveau meurtre, hors champ, alerte la police, non loin de la maison. La seconde moitiĂ© du film s’installe dans une forme plus classique mais toujours prenante, grâce Ă  une ambiance pesante, quasi documentaire. Et quand enfin tout Ă©clate, c’est pour sombrer dans un bain de sang obscène, indĂ©lĂ©bile. Un florilège de sĂ©quences gores au sommet de l’indĂ©cence, baignĂ©es de râles moribonds, d’agonies souillĂ©es, d’armes pĂ©nĂ©trant la chair. Malaise total.
 
Si l’on peut regretter quelques menus longueurs dans la dĂ©ambulation du tueur, sa prestation n’en reste pas moins saisissante. Baird Stafford, parfait inconnu, impose une prĂ©sence ombrageuse, faciès patibulaire, regard Ă©teint. Il incarne Ă  merveille cette figure vacillante, Ă©pileptique, perdue entre spasmes, bave aux lèvres et pulsions de dĂ©mence.


"Il tue. Il souille. Il recommence". 
PortĂ© par une mĂ©lodie entĂŞtante, une bande-son dissonante et un casting semi-improvisĂ©, Cauchemar Ă  Daytona Beach s’impose comme un classique marginal du psycho-killer eighties. Un docu-fiction dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, impressionnant par l’alliage entre ambiance mortifère et effets gores complaisants. Si la narration reste balisĂ©e, le film de Scavolini fait figure de pavĂ© jetĂ© dans la mare putride de l’horreur underground. Une descente aux enfers oĂą la transgression n’a plus de tabous, oĂą les images cauchemardesques s’entrechoquent dans une spirale d’amnĂ©sie souillĂ©e. Image inoubliable du gosse ensanglantĂ© fixant son reflet, hagard, une hache Ă  la main.

⚠️ Warning : en France, le DVD Ă©ditĂ© par Neo Publishing est censurĂ©. Seules la VHS d’Ă©poque (Sunset Video) et aujourd'hui l’Ă©dition Blu-ray de Pulse Video (1h39) proposent le film dans son intĂ©gralitĂ©.

*Bruno
01.07.16. 5èx
19.01.10. (850 v)



                                         

LES DISPARUS (APARECIDOS)

                                      

de Paco Cabezas. 2007. 1H46. Espagne/Argentine. Avec Ruth Diaz, Javier Pereira, Pablo Cedron, Hector Bidonde, Luciano Caceres, Damaso conde, Isabela Ritto.

L'ARGUMENT: Malena et Pablo, une soeur et un frère qui voyagent en Argentine, dĂ©couvrent un journal intime qui dĂ©crit des crimes commis vingt ans auparavant. Cette mĂŞme nuit, une famille est assassinĂ©e selon les dĂ©tails du journal. Malena et Pablo tentent de faire la part entre le rĂ©el et l’imaginaire...

                                                 

Premier long-métrage de Paco Cabezas, également scénariste et déjà acteur de diverses séries TV, voir de la récente comédie franchouillarde "Camping 2" de Fabien Onteniente, "Les Disparus" mélange les genres en narrant une enquête troublante et passionnante ancrée dans le pur fantastique pour affronter de manière réaliste l'horreur humaine sur fond de génocide politique.
Un frère et une soeur vont être amené à élucider la mystérieuse disparition d'une mère et de sa fille après que le mari fut sauvagement assassiné dans un hotel. Aidé d'un journal de bord et des fantomes du massacre de cette famille, Malena et Pablo oseront à peine imaginer quelle abominable vérité se cache derrière cette énigme sordide jamais résolue !
A la manière du "6è sens" ou de "l'orphelinat" pour l'emploi maternel et fraternel de fantomes aidants, "Les Disparus" se propose à la manière d'une enquête policière, confuse et quelque peu maladroite de prime abord mais qui va rapidement installer un suspense et une tension distillée avec assez de savoir-faire grâce à une trame complexe mais passionnante et réalisée de manière assez judicieuse pour l'emploi renouvelé d'apparitions fantomatiques ancrées dans notre réalité ou tout du moins à travers celle des 2 héros du film, en quête éternelle de la vérité et de la véracité d'un journal décrivant multiples rebondissements dramatiques et horribles méfaits à diverses horaires de cadran d'une montre et endroits précis fatidiques dans une région reculée naturellement photographiée de l'Argentine.
La force scénaristique de Paco Cabezas est également de dénoncer à travers une énigme fantastique un sujet politique, fasciste qui a eu cours en Argentine durant les années 1976-1986, une dictature militaire qui a entrainé une éradication systématique des opposants au régime (les desaparecidos), qui ont été plus de 30000. Des milliers d'êtres humains torturés, nettoyés, lapidés, expérimentés au nom de la haine et du pouvoir totalitaire rappelant aussi les pires atrocités commanditées par Hitler dans les divers camps de concentration créés en sa faveur durant la seconde guerre mondiale. "Les Disparus" renvoit une dête chère à l'humanité à travers ses fantomes emprisonnés sur eux-mêmes au plus profond de leur âme souillée devant l'horreur crapuleuse des dictatures, l'épouvantable supplice que des milliers d'innocents ont dû subir durant des journées interminables. Et si la dernière partie est assez éprouvante et crue dans ces quelques séquences de tortures infligées c'est pour mieux nous rendre conscience de l'agonie et de la souffrance de ces victimes commises durant le 20è siècle.
Paco Cabezas nous emmene donc à travers cette histoire parfois émouvante de fantomes errants sur un terrain boueux d'une triste actualité, sur un ignoble fait divers honteusement trafiqué et camouflé par les pouvoirs publics et les forces de l'ordre. Une histoire douloureuse d'autant plus sensible car fragilisé par l'amour fraternel, l'union familiale d'un frère et d'une soeur déterminés à résoudre ensemble deux disparitions pour les remettre au grand jour et responsabiliser, condamner, voir tuer le coupable présumé.
Malgré quelques légères incohérences et certaines facilités de ficelles éprouvées (la fille qui se délivre facilement de ses menottes où les victimes s'échappant par le trou d'une cave alors que le meurtrier cherchera bêtement à sortir par le grillage !), "Les Disparus" intrigue, interpelle et tient en haleine au fur et à mesure de la progression du récit davantage intense dans un suspense enthousiasmant mené avec entrain et le final superbement touchant, relevé d'images poétiques lacrymales dans sa pâle tonalité, émeut avec son constat alarmiste renoué grâce au moment de vérité et sa délivrance libertaire qui s'ensuit. .
Un discours final optimiste, idéalisé et emprunt de naiveté pouvant prêter à sourire pour souhaiter de nous convaincre de ne pas recommettre les erreurs et les horreurs du passé et vivre de manière plus pacifiste, harmonieuse pour le prochain siècle à venir et à subir. Evènement décrit de manière caustique car à l'aube du 11 Septembre 2001 !
Une bonne surprise intelligente venue à nouveau du pays de l'Espagne qui manque de maitrise dans sa réalisation mais se révèle pleine de bonnes intentions sans jamais nous indifférer devant la force d'un sujet aussi brulant, authentique, douloureux et humaniste.

                                               

01/06/10.

FRAGMENTS (WINGED CREATURES)

                                

de Rowan Woods. 2009. 1H37. US.A. Avec Forest Whitaker, Kate Beckinsale, Guy Pearce, Dakota Fanning, Jennifer Hudson, Jackie Earle Haley, Jeanne Tripplehorn, Embeth Davidtz...

L'ARGUMENT: Un groupe de personnes ont été témoins d'un acte meurtrier et suicidaire dans un fast food. Leur vie, leur destin va basculer à tout jamais...

                   

"Fragments" est la 3è réalisation du méconnu Rowan Woods après "The Boys" et "Little Fish". Honteusement inédit chez nous en salles, ce drame psychologique intense et bouleversant retrace les destins croisés de cinq personnages lourdement commotionnés et secoués après qu'une sanglante fusillade ait éclaté dans la convivialité et sérénité d'un Fast-Food. Après cette tragédie soudaine sans aucun mobile nous allons suivre la difficulté de réadaptation à la vie sociale autour de cinq personnes qui étaient présentes durant ce drame sanglant. De simples citoyens honnetes et respectables peu à peu consumés par l'idée dérangeante de l'expérience avec la mort saisie en estocade, le but inavouable de notre raison d'être, du sens de notre existence quand un être cher se retrouve blotti et glacial dans un cerceuil six pieds sous terre.
Une jeune mère seule, désespérée et affolée commencera à délaisser son bébé, un adolescent réservé et fragile, se renfermera sur lui même après qu'il ait eu l'expérience du revolver du meurtrier dirigé sur sa tempe, une jeune fille traumatisée du décès de son père mort sous ses yeux dans le restaurant se plongera aveuglement dans un fanatisme religieux, un médecin ira droguer volontairement sa femme et un homme divaguant condamné par le cancer ira se réfugier dans les jeux de casino.
Rowan Woods nous délivre avec réalisme et sensibilité un portrait de personnages blessés rendus à fleur de peau où un simple fait divers morbide aura fait basculer leur vie à tout jamais. "Fragments" traite du choc émotionnel post-traumatique, des conséquences psychologiques irrémédiables qui s'ensuivent quand un drame brutal d'une telle violence se transforme en véritable tragédie sous les yeux de ces innocents témoins.

                    

Selon la force de caractère et de mentalité de chacun, le tempérament et leur personnalité, nous allons suivre le temps des premiers jours de réadaptation le douloureux chemin tortueux de ces cinqs protagonistes livrés à eux-même, même si un psychologue de renom viendra les prendre en charge à la suite du drame pour cet évènement aussi soudain auquel ils n'auraient jamais penser subir.
Chacun à sa manière va tenter de retrouver une vie convenable et normale en s'extériorisant, tenter de se rattacher, s'épanouir à une idée autre sortie du psyché, une envie déraisonnée comme droguer celle que l'on aime pour ensuite recevoir l'affection désirée après l'avoir guéri, adopter une foi comme la religion catholique, opter pour un loisir comme s'épanouir dans les jeux d'argent, embraser la luxure pour renouer avec un plaisir et une forme d'ultime jouissance physique. Tandis que le jeune garçon faible et perturbé témoin de tant de haine et du fait de son jeune âge retournera sur les lieux du drame pour tenter une dernière fois de comprendre ce qui est véritablement arrivé à ce moment précis.
Durant tout le film des nombreux flash-back de la scène du massacre vont nous revenir et nous accorder successivement un élément nouveau qui prouvera plus amplement le choc traumatique auquel nos cinqs protagonistes auront dû faire face jusqu'au final bouleversant en apothéose. Une délivrance d'une belle force émotionnelle formidablement renforcée par des comédiens tous interprétés avec conviction et l'émotion exacerbée qu'il nous renvoit nous touche et nous émeut sans ineptie ni effet gratuit.
L'immense et trop rare Forrest Whitaker ainsi que la jeune Dakota Fanning (Man on Fire, Trouble Jeu, La Guerre des Mondes) crèvent littéralement l'écran dans leur rôle respectif de victimes profondément tourmentées et dérangées, au bord du néant.
"Fragments" est un drame social riche en émotion et de dignité humaine, un témoignage bouleversant au plus près des sentiments qui ne cède jamais à la grandiloquence ou à la larme facile. Il touche juste et humblement emporté par des acteurs tous remarquables dans une mise en scène délicate, toute en retenue, sans effet tapageur.

                   

03/06/10

Le Convoi de la Peur / Sorcerer

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hexdimension.com

de William Friedkin. 1977. 2h01. U.S.A. Avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal, Amidou, Ramon Bieri, Peter Capell, Karl John, Frederick Ledebur, Chico Martinez.

Sortie salles France: 15 Novembre 1978. U.S: 24 Juin 1977

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés aux Oscars d'Hollywood.
1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.

Échec commercial cinglant Ă  sa sortie (au moment mĂŞme oĂą Star Wars monopolise les Ă©crans), Le Convoi de la Peur est une Ĺ“uvre maudite, d’autant plus invisible sur nos chaĂ®nes TV, longtemps bannie du support numĂ©rique. Jusqu’Ă  ce qu’un Blu-ray Ă©ditĂ© chez Warner l’exhume enfin de sa torpeur. DĂ©clinaison — non pas remake — du Salaire de la Peur de Clouzot, l’Ĺ“uvre sĂ©pulcrale de Friedkin se donne les moyens de l’envergure pour accoucher d’un rĂ©cit d’aventures haletant, tournĂ© aux quatre coins du monde (Nouveau-Mexique, RĂ©publique dominicaine, New Jersey, JĂ©rusalem, Mexico et Paris, excusez du peu !).

Soutenu par le score envoĂ»tant de Tangerine Dream, qui insuffle aux images une dimension quasi mystique, Le Convoi de la Peur condense l’odyssĂ©e cauchemardesque de quatre escrocs contraints de transporter de la nitroglycĂ©rine Ă  bord de deux camions, afin d’endiguer un incendie de pĂ©trole. Pour ce faire, ils doivent traverser une jungle impĂ©nĂ©trable, oĂą embĂ»ches et intempĂ©ries dĂ©cuplent leur calvaire. Richement rĂ©munĂ©rĂ©s, ces hommes burnĂ©s s’embarquent dans cette mission suicide pour regagner une libertĂ© qu’ils ont perdue en fuyant la justice, exilĂ©s en AmĂ©rique du Sud.

Richement documentĂ© et d’un rĂ©alisme saisissant, autant dans sa première partie — posant les personnages et leur point de convergence dans une raffinerie — que dans son deuxième acte, illustrant leur pĂ©riple insensĂ© Ă  travers la cambrousse, Le Convoi de la Peur trace une ligne de conduite rigoureuse, soucieuse du moindre dĂ©tail.

Travail gĂ©omĂ©trique qu’un Friedkin au sommet affine avec une maĂ®trise fĂ©roce, pour mieux s’immerger dans les angoisses de ses personnages — la crispation avec laquelle ils livrent bataille contre les forces de la nature nous laisse les mains moites. La jungle, naturaliste et Ă©trangement hostile, devient souffle Ă©pique lors de ses dĂ©chaĂ®nements climatiques, et ses sĂ©quences anthologiques nous clouent les yeux grands ouverts. Ă€ l’instar de la traversĂ©e du pont : sĂ©quence dantesque, supra-virtuose, aussi intense que visuellement Ă©prouvante (dĂ©luge pluvial Ă  l’appui), oĂą nos anti-hĂ©ros, stoĂŻques, avancent en funambules du dĂ©sespoir. Il faut le voir pour le croire, tant les protagonistes — et Friedkin lui-mĂŞme — se transcendent pour atteindre une forme d’authenticitĂ© brute, rarement Ă©galĂ©e.

Ce voyage au bout de l’enfer est filmĂ© au plus près de leurs nĂ©vroses, car tous plongĂ©s dans une Ă©preuve de force oĂą la folie rĂ´de, prĂŞte Ă  contaminer les chairs. ConfrontĂ©s Ă  des situations aussi risquĂ©es que disproportionnĂ©es, il s’agit ici d’un dĂ©passement de soi, d’un retour Ă  l’instinct primaire, d’un refus de rebrousser chemin pour empocher un butin empoisonnĂ©. Cette traversĂ©e impossible au cĹ“ur d’un enfer vert — redoutablement pernicieux (Victor Manzon/Bruno Cremer, soudainement pris Ă  partie par les branches d’arbres qui enserrent son camion) — s’Ă©rige alors en fable sur l’aliĂ©nation et le dĂ©sir de rĂ©demption, quand l’homme dĂ©passe ses limites physiques et morales jusqu’Ă  dĂ©fier la logique mĂŞme. Car tel un spectre livide, Jackie Scanlon (Roy Scheider) finit par ĂŞtre hantĂ© de visions d’horreur, ressortant littĂ©ralement traumatisĂ© de l’expĂ©rience.


Dernière danse avant de mourir. 
Superbement rĂ©alisĂ©, esthĂ©tiquement fascinant (Friedkin ausculte la jungle comme un dĂ©dale malfaisant), Le Convoi de la Peur est un cauchemar sensoriel et implacable, animĂ© d’une intensitĂ© asphyxiante Ă  couper le souffle. Une plongĂ©e hallucinĂ©e dans l’âme humaine, au cĹ“ur d’un environnement indomptable, pour ces fantĂ´mes stoĂŻques gagnĂ©s par le surpassement, mais irrĂ©mĂ©diablement rattrapĂ©s par leur corruption. Un chef-d’Ĺ“uvre d’aventure naturaliste, aussi crĂ©pusculaire qu’horrifique, d’une fulgurance sauvage difficilement Ă©galable. Il faut le voir pour le croire — et l’endurer pour n’en jamais ressortir indemne, comme le souligne sa conclusion, aussi illusoire que funèbre.
             
Note Wikipedia: William Friedkin souhaitait initialement confier le rôle principal à Steve McQueen. Ce dernier était d'accord pour l'endosser à la seule condition que sa femme, Ali MacGraw, se voit confier un des rôles principaux. Le cinéaste refusa et Steve McQueen quitta le projet. Par la suite, William Friedkin a annoncé avoir regretté ne pas avoir accepté ces conditions.

*Bruno
17.05.24. 4èx. Vostf
12.05.14. 
07/06/10.





The Night Strangler / La Nuit de l'Etrangleur

                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site IMDB. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).
 
de Dan Curtis. 1973. U.S.A. 1h30. Avec Richard Anderson; Scott Brady, John Carradine, Wally Cox, Margaret Hamilton, Simon Oakland, Jo Ann Pflug, Darren McGavin.
       
Producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, Dan Curtis, crĂ©ateur de la sĂ©rie Dark Shadows en 1966, fut un artisan discret de l'Ă©pouvante Ă  l'ancienne. On lui doit La FiancĂ©e du Vampire (1970), les tĂ©lĂ©films La PoupĂ©e de la Terreur (1975) et La MalĂ©diction de la Veuve Noire (1977), Ĺ“uvre qui marqua toute une gĂ©nĂ©ration d’ados lors de sa rediffusion au dĂ©but des annĂ©es 80. Mais c’est surtout en 1976 qu’il livra son chef-d'Ĺ“uvre dĂ©finitif : l’inoubliable et terrifiant Trauma, rĂ©compensĂ© dans plusieurs festivals.
The Night Strangler s’inscrit dans cette veine : tĂ©lĂ©film-pilote faisant suite Ă  The Night Stalker, il donnera naissance Ă  la sĂ©rie TV Kolchak: The Night Stalker, composĂ©e de 20 Ă©pisodes produits entre 1974 et 1975.


Synopsis: Un journaliste dĂ©sinvolte et excentrique, dĂ©testĂ© de ses confrères et mĂ©prisĂ© par la police locale, enquĂŞte sur une sĂ©rie de meurtres rituels. Tous les 21 ans, pendant 18 jours, six jeunes femmes sont retrouvĂ©es Ă©tranglĂ©es, partiellement exsanguinĂ©es, le sang drainĂ© vers le crâne, avec d’Ă©tranges marques nĂ©crotiques incrustĂ©es dans leur cou.
La première sĂ©rie de crimes remonterait Ă  1889. L’assassin serait-il un vieillard impotent ?
Kolchak, journaliste obtus et farfelu, s’acharne Ă  stopper cette horloge macabre avant que le sixième meurtre ne survienne… et que le tueur ne disparaisse Ă  nouveau dans l’oubli — pour mieux ressurgir deux dĂ©cennies plus tard.


Ă€ partir d’une nouvelle de Richard Matheson, Dan Curtis signe un film captivant. Une enquĂŞte dĂ©calĂ©e, Ă  la Mike Hammer, assaisonnĂ©e d’humour noir et d’une Ă©pouvante gothique Ă©lĂ©gamment suggĂ©rĂ©e. Le mystère s’Ă©paissit au fil des rĂ©vĂ©lations, jusqu’Ă  l’ultime vĂ©ritĂ©, livrĂ©e dans les dix dernières minutes. Suspense savamment dosĂ©, mise en scène inspirĂ©e : tout fonctionne.
Quant au final, il surprend. Macabre, onirique, glissant vers le fantastique pur. Un tour de passe-passe temporel, clin d’Ĺ“il au Dr Jekyll et Mr Hyde, saupoudrĂ© d’un zeste de Dorian Gray.
 

La grande force de The Night Strangler rĂ©side dans son scĂ©nario solide et sinueux. Chaque Ă©lĂ©ment de l’intrigue, aussi bref soit-il, est distillĂ© avec intelligence. Le polar glisse peu Ă  peu vers l’Ă©trange, jusqu’Ă  frĂ´ler la quĂŞte impossible de l’Ă©ternelle jeunesse. Le mĂ©lange fonctionne Ă  merveille, dans des ruelles suintantes de mystère et de brume, dignes d’un Jack l’Éventreur hallucinĂ©.

Le casting est un rĂ©gal pour les amateurs de visages familiers du petit Ă©cran seventies : Simon Oakland (Les TĂŞtes brĂ»lĂ©es), Richard Anderson (L’Homme qui valait trois milliards), Scott Brady (Gremlins, Le Syndrome chinois, Johnny Guitare), l’immense John Carradine, et bien sĂ»r Darren McGavin (Mike Hammer, L’Homme au bras d’or, Kolchak).

The Night Strangler pourrait, Ă  sa manière, annoncer Jeepers Creepers par sa chronique des meurtres cycliques, ou prĂ©figurer la sĂ©rie X-Files par son enquĂŞte policière dĂ©rivant vers l’inexplicable.
Un bijou télévisuel trop méconnu, à savourer comme un vieux cru, précieux et rare.
Encore une preuve Ă©clatante du talent modeste mais indĂ©niable de ce grand monsieur de l’ombre qu’Ă©tait Dan Curtis.

— Bruno
09/06/10

LE MYSTERE ANDROMEDE (The Andromeda Strain)

                                   

de Robert Wise. U.S.A. 1971. 2H11. Arthur Hill, David Wayne, James Olson, Kate Reid, Paula Kelly, George Mitchell, Ramon Bieri, Peter Hobbs, Kermit Murdock, Richard O'Brien, Eric Christmas...

Date de Sortie: France, 19 avril 1972  U.S.A, 12 mars 1971

FILMOGRAPHIE: Robert Wise, né à Winchester (Indiana) le 10 septembre 1914 et mort à Los Angeles le 14 septembre 2005, est un réalisateur, producteur, metteur en scène et monteur américain.
1943 : La MalĂ©diction des hommes-chats , 1944 : Guy de Maupassant; Mademoiselle Fifi 1945 : Le RĂ©cupĂ©rateur de cadavres,1945 : Un jeu de mort, 1946 : Cour criminelle, 1946 : NĂ© pour tuer, 1948 : Mystère au Mexique, 1948 : Ciel rouge, 1949 : Nous avons gagnĂ© ce soir, 1950 : Les Rebelles de Fort Thorn, 1950 : Secrets de femmes ou Les Trois Secrets,1951 : La Maison sur la colline, 1951 : Le Jour oĂą la Terre s'arrĂŞta, 1952 : La Ville captive, 1952 : Something for the Birds, 1953 : Les Rats du dĂ©sert, 1953 : Destination Gobi, 1953 : Mon Grand,1954 : La Tour des ambitieux, 1956 : HĂ©lène de Troie, 1956 : La Loi de la prairie, 1956 : MarquĂ© par la haine, 1957 : Ce peut ĂŞtre cette nuit, 1957 : Femmes coupables ,  1958 : L'OdyssĂ©e du sous-marin Nerka, 1958 : Je veux vivre ! , 1959 : Le Coup de l'escalier , 1961 : West Side Story, 1962 : Deux sur la balançoire , 1963 : La Maison du diable , 1965 : La MĂ©lodie du bonheur ,1966 : La Canonnière du Yang-Tse , 1968 : Vedette !, 1971 : Le Mystère Andromède, 1973 : Deux personnes, 1975 : L'OdyssĂ©e du Hindenburg , 1977 : Audrey Rose, 1979 : Star Trek : Le Film, 1989 : Les Toits , 2000 : Une tempĂŞte en Ă©tĂ© (tĂ©lĂ©film).

Une partie du Nouveau-Mexique a été contaminé après le crash d'un satellite. Les scientifiques bataillent ferme afin de trouver l'origine du mal et d'y remédier au plus vite.

Les habitants d’une petite bourgade du fond de l’Arizona sont morts frappĂ©s d’un mal mystĂ©rieux, inconnu. Ils sont tous morts, sauf deux : un vieil alcoolique et un bĂ©bĂ©. Quatre savants tentent de comprendre comment ces gens sont morts, pourquoi il y a deux survivants et quelle a Ă©tĂ© la cause du mal. Dans le cliquetis incessant des ordinateurs, sous la lumière irrĂ©elle des Ă©crans oĂą se projette ce que dĂ©voilent les microscopes Ă©lectroniques, trois hommes et une femme luttent pour percer le mystère de la « variĂ©tĂ© Andromède », ce micro-organisme ramenĂ© de l’espace par un satellite d’observation. Il s’agit d’une course contre la montre, car c’est la vie de l’espèce humaine toute entière qui, peut-ĂŞtre, est en jeu…









mardi 15 mars 2011

Lovely Bones

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Jackson. 2009. 2H15. U.S.A. Avec Saoirse Ronan, Stanley Tucci, Mark Wahlberg, Rachel Weisz, Susan Sarandon, Rose McIver, Nikki SooHoo, Reece Ritchie, Amanda Michalka, Jake Abel...


Le murmure des âmes.

Il y a des films qui ne se regardent pas vraiment avec les yeux. Lovely Bones est de ceux-lĂ . Il s’Ă©coute comme une prière Ă  peine formulĂ©e, un souffle suspendu entre deux mondes — celui des vivants, rugueux, dĂ©saccordĂ©, et celui des morts, mouvant, mĂ©lancolique et pourtant Ă©trangement lumineux. Peter Jackson, loin de ses Ă©popĂ©es grandioses, nous livre ici une Ĺ“uvre profondĂ©ment intĂ©rieure, presque fragile, comme un poème murmurĂ© depuis l’au-delĂ .

Saoirse Ronan, diaphane et magnĂ©tique, incarne Susie Salmon, jeune fille assassinĂ©e Ă  l’âge oĂą l’on commence Ă  rĂŞver. Son regard bleu, immense, nous guide Ă  travers ce rĂ©cit de perte, d’attente, d’amour figĂ©. Elle est le cĹ“ur battant du film, Ă  la fois prĂ©sente et absente, ancrĂ©e dans les souvenirs de ceux qui l’aiment encore, mais dĂ©jĂ  emportĂ©e dans un ailleurs insondable. Sa voix off n’est pas une explication : c’est une prĂ©sence, une musique douce qui nous accompagne dans cette traversĂ©e du vide.

Le film est traversĂ© d’images flottantes, parfois sublimes, parfois dĂ©routantes — un champ de blĂ©s infinis, un navire en bouteille, des escaliers qui s’effacent. Jackson tente de donner forme Ă  l’indicible, Ă  ce lieu oĂą les morts errent dans les limbes de l’inachevĂ©. Parfois, il trĂ©buche sur ses propres effets spĂ©ciaux, trop visibles, trop fabriquĂ©s. Mais souvent, il touche juste, et c’est dans ces instants suspendus que le film respire, comme une blessure qui palpite encore.

Stanley Tucci glace le sang dans le rĂ´le du prĂ©dateur — un homme sans aspĂ©ritĂ©s, banal et terrifiant. Jamais caricatural, il incarne cette monstruositĂ© invisible qui rĂ´de dans les rues tranquilles. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Mark Wahlberg et Rachel Weisz peinent Ă  recoller les morceaux d’une vie explosĂ©e ; Susan Sarandon, en grand-mère flamboyante et maladroite, apporte une touche d’humanitĂ© chaotique, presque bienvenue dans ce drame Ă©touffĂ©.

Lovely Bones n’est pas un film parfait. Il hĂ©site entre conte macabre et chronique du deuil. Mais c’est prĂ©cisĂ©ment dans ses failles que le film devient touchant. Car au fond, il ne s’agit pas de rĂ©soudre un meurtre, ni de rendre la justice. Il s’agit de laisser partir. D’apprendre Ă  continuer, mĂŞme avec un cĹ“ur Ă©brĂ©chĂ©.

Et dans le silence qui suit, quand l’Ă©cran devient noir, il reste quelque chose. Une sensation douce-amère, une tristesse belle. Comme un souvenir qu’on ne veut pas oublier.

15.06.10

Nouvelle Cuisine / Dumplings

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Fruit Chan. 2004. Hong-kong. 1h31. Avec : Miriam Yeung, Bai Ling, Tony Leung Ka Fai, Mi Mi Lee, Pauline Lau, Miki Yeung...

8è long-mĂ©trage du rĂ©alisateur hongkongais de "3 ExtrĂŞmes", Fruit Chan aborde avec poĂ©sie macabre la thĂ©matique de l'Ă©lixir du jeunisme Ă  travers le portrait de deux femmes adeptes du cannibalisme, pratique ancestrale couramment Ă©tendue en Chine durant des siècles nous prĂ©cisera l'hĂ©roĂŻne. Un acte frauduleux pour le sacrifice d'avortons au prix de la beautĂ© Ă©ternelle. Or, Ă  cause d'un mari infidèle, une quadra sur le dĂ©clin va entretenir une rencontre impromptue avec une cuisinière possĂ©dant l'art culinaire d'y concocter des raviolis Ă  la vapeur qu'on appelle en Chine les "jiaozi". L'irrĂ©sistible besoin de se sentir dĂ©sirer et rajeunir pour pouvoir abolir les affres du temps va entraĂ®ner nos deux conquĂŞtes dans un besoin irrĂ©pressible du plat culinaire quotidien. 
Ainsi, dans une superbe photo pastel à la recherche esthétique constamment inventive combinant horreur racée / poésie sulfureuse, "Nouvelle Cuisine" s'amuse avec subtilité à se jouer du désir addictif du goût alimentaire. C'est à dire affilier la cuisine modèle en fonction du "jiaozi" avec la chair humaine tendre d'un nouveau-né afin de retrouver l'éclat de notre épiderme. Par le biais de ce prétexte alimentaire macabre émane également un plaisir sensoriel de l'odorat et du goût !
Jusqu'ou serions nous capable d'aller pour oser transgresser le plaisir interdit de l'anthropophagie, cette pratique ancestrale dĂ©nuĂ©e de moralitĂ© et ainsi nuire Ă  l'atavisme de la vieillesse ? 
Nous sommes tous des consommateurs de chair semblerait nous dire Fruit Chan. Tant pour le besoin vital de la gastronomie car manger est un besoin naturel que l'homme doit perpĂ©trer pour assurer la vie de son corps animal, que pour le fantasme inconscient d'y mordre sa partenaire, idĂ©e fantasmatique de la dĂ©vorer pendant l'acte sexuel ! 
L'instinct du cannibale est en nous, alors que ferions nous s'il nous était permis d'accéder au secret de la beauté éternelle par le biais de cette pratique ? Un rajeunissement officieux dévoilant notre profil hautain pour l'apparence à travers une galerie de personnages arrogants dépendants de leur société de surconsommation.

Note: Prix du meilleur second rôle féminin (Bai Ling) lors du Golden Horse Film Festival 2004.
Prix du meilleur second rôle féminin (Bai Ling) lors des Hong Kong Film Awards 2005
Prix du film du mérite lors des Hong Kong Film Critics Society Awards 2005.

*Bruno 
21.06.10

DUPONT LAJOIE

                                   

d'Yves Boisset. 1975. France. 1H43. Avec Jean Carmet, Pierre Tornade, Isabelle Huppert, Jean Bouise, Michel Peyrelon, Ginette Garcin, Pascale Roberts, Robert Castel, Victor Lanoux, Jacques Villeret.

L'ARGUMENT: Un cafetier parisien parti en vacances avec sa femme viole et tue la fille d'un couple d'amis. Afin de maquiller sa culpabilité, celui-ci décide de faire porter le chapeau de son crime par un Maghrébin employé sur un chantier voisin.

                                           

MON AVIS: Ives Boisset est un réalisateur discret et talentueux qui ne connut pas la renommée qu'il méritait, un peu à la manière d'un autre grand du cinéma social: Serge Leroy.
Il réalise plus de 17 Films (et une plétore de métrages T.V) dont les plus essentiels resteront "Le saut de l'ange", "Folle à tuer", "Un Taxi mauve", "R.A.S", "Le Juge Fayard dit le Shériff", "La Femme flic", "Allons z'enfant", "Canicule" puis "Le Prix du danger".

"Dupont Lajoie", charge sociale brutale anti-conformiste est un puissant plaidoyer contre le racisme, une dénonciation brute sans effet de style qui n'ira pas par quatre chemin pour dépeindre à travers les vacances festives ensoleillées de paisibles citoyens venus s'évader le temps de leur congé une France profonde engluée dans ses préjugés, sa haine de l'étranger et sa médiocrité morale primaire autant pour ce triste tableau évoqué que la police permissive et ces politiciens lachement laxistes. Autant dire que tout le monde en prendra ici pour son grade.

Un cafetier (l'immense jean carmet dans un rôle monstrueux) parti en vacances avec sa paisible famille dans un camping populiste profitera de l'attention accordée aux jeux populaires traditionnels du village de la région pour se balader aux environs reculés campagnards et retrouver la jeune fille allumeuse de la famille des Colin (la débutante et naturellement belle Isabelle Hupert), allongée paisiblement demi-nue dans un discret coin de verdure.
Pris d'une pulsion sexuelle incontrolée, il décide de se lacher dans ses bas instincts pervers, voyeuristes et obsessionnels pour la violer et commettre un second acte irréversible: la tuer froidement par accident.
Il décide alors de se débarrasser du corps pour le déposer dans un chantier voisin, là ou des immigrés s'y sont récemment installés.

                                           

Yves Boisset dénonce avec réalisme et sincérité le portrait pathétique d'une poignée de vacanciers racistes, qui, épris de lâcheté, colère envahissante, langues de vipères déliées et rancune tenace vont se soumettre à une chasse à l'homme démesurée pour tenter de retrouver le fameux présumé coupable de ce meurtre crapuleux. Persuadés qu'il s'agit d'un des étrangers du chantier, à leur tour ils vont commettre l'impardonnable: lyncher violemment et aveuglément d'innocents maghrébins expatriés de leur pays d'origine et tuer froidement l'un des leurs dans un déchainement de violence commise en réunion.
Le metteur en scène alarmé et sensible aux problèmes raciaux décrit avec beaucoup de vérité dans cette période estivale chaleureuse et bon enfant du "camping du soleil" d'une France du début des années 70, l'assemblée de français moyens incultes, méprisants, autoritaires envers l'étranger.
Le moindre prétexte pour tenter de les condamner (la bagarre dans le bal) n'est qu'une astuce de plus pour enrayer la venue de ces paisibles algériens incapables de se combiner, se solidariser, se familiariser avec ces voisins enracinés dans leur pays natal. Le manque de communication, l'impossibilité d'être à l'écoute de celui que l'on ignore, l'incapacité à comprendre celui qui a osé pénétrer dans un pays étranger au sien. Toute cette agitation endoctrinée par la douleur d'un deuil soudain, cette contagion aveuglée par leur besoin de violence revancharde va mener cette ignoble farce dans une terrible impasse ou personne ne sortira victorieux mais vaincu. La vengeance n'étant qu'un acte supplémentaire pour se perdre dans les méandres du Mal et ainsi noircir, souiller l'âme de l'innocence dans une conclusion nihiliste indigne et radicale.

Servi par une mise en scène ancrée dans la réalité des années 70 et d'étonnants acteurs investis qu'on a l'habitude de voir dans un registre plus léger, "Dupont Lajoie" ne perdra malheureusement jamais de son impact pour une actualité si brûlante. Il reste une oeuvre essentielle, un témoignage fort et violent sur la montée progressive du racisme au début de cette décennie qui ne mènera au bout du compte qu'à la haine et la violence déployée, purement et pitoyablement gratuite.

                                    

NOTE: Ours d'argent spécial du jury au Festival international du film de Berlin de 1975 Prix du jury des lecteurs du Morgenpost au Festival international du film de Berlin de 1975 Recommandation Interfilm au Festival international du film de Berlin de 1975
Le film s’inspire en partie de la vague de meurtres racistes commis dans le sud de la France au dĂ©but des annĂ©es 70, notamment Ă  Marseille durant l’Ă©tĂ© 1973.

22.06.10