lundi 3 septembre 2012

THE REVENANT


Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviescreenplay.info 
de D. Kerry Prior. 2009. U.S.A. 1h53. Avec David Anders, Chris Wilde, Annie Abbott, Senyo Amoaku, , Anne Arles, Jeff Rector, Amy Correa, Louise Griffiths, , Cathy Shim.

Sorte salles U.S: 26 Septembre 2009

FILMOGRAPHIE: D. Kerry Prior est un réalisateur, scénariste et producteur américain
1996: Roadkill
2009: The Revenant


InĂ©dit en salles dans l'hexagone (comme le fut antĂ©cĂ©demment sa première rĂ©alisation, Roadkill), The Revenant est une comĂ©die horrifique Ă  l'aura quelque peu insolite dans son cheminement narratif alĂ©atoire et son final Ă  tiroirs. InterprĂ©tĂ© par un tandem attachant (David Anders/Chris Wilde), le pitch impromptu suit les vicissitudes de ces deux amis de longues dates, Joey et Bart, contraints de sombrer dans la justice meurtrière depuis que l'un d'eux est devenu un mort-vivant. Le film suit donc leurs errances nocturnes Ă  travers la ville new-yorkaise pour la quĂŞte de sang frais afin de prĂ©server la nouvelle existence dĂ©gĂ©nĂ©rative de Bart. Avec un certain code de conduite morale, ils dĂ©cident de s'en prendre uniquement Ă  la vie marginale de criminels, braqueurs, trafiquants de drogues et autres flics ripoux pour rassasier l'appĂ©tit vampirique de notre revenant. Si le film rĂ©ussit Ă  gagner rapidement la sympathie du spectateur, c'est grâce Ă  la complicitĂ© amicale de nos deux lurons embarquĂ©s dans des situations aussi rĂ©alistes que farfelues et un concours de circonstances assez inopinĂ©es. En effet, on ne sait jamais oĂą le scĂ©nario souhaite nous mener pour trouver une issue favorable aux exactions de nos hĂ©ros et la rĂ©alisation distille parfois une certaine ambiance  hermĂ©tique pour les Ă©tats d'âme contrariĂ©s de Bart.


C'est la vraisemblance du caractère saugrenu de la damnation impartie Ă  Bart qui permet au spectateur de s'y impliquer naturellement, le rĂ©alisateur dosant habilement l'austĂ©ritĂ© de sa dimension psychologique et la cocasserie qui Ă©mane de l'attitude dĂ©concertĂ©e des protagonistes. Par son cĂ´tĂ© dĂ©complexĂ© et dĂ©lirant, on peut aussi penser Ă  la bonhomie pittoresque de certaines sĂ©ries B des annĂ©es 80 rĂ©alisĂ©es sans prĂ©tention comme le sympathique Flic ou Zombie. EmaillĂ© de dialogues ciselĂ©s, d'action sanglante, de gags dĂ©bridĂ©s (l'utilisation inĂ©dite du gode Ă©lectrique) et de rupture de ton dans sa dernière partie lĂ©gèrement dĂ©routante, The Revenant inspire une affection et emporte notre adhĂ©sion pour un alliage de comĂ©die horrifique agrĂ©ablement troussĂ©e. Il en rĂ©sulte une sĂ©rie B avenante non exempte de petites maladresses (l'attitude subitement hostile de certaines protagonistes est trop vite expĂ©diĂ©e) mais pourvue d'une personnalitĂ© Ă  livrer un divertissement finalement inaccoutumĂ©.


Un inédit décalé à découvrir qui aurait mérité à être reconnu malgré son succès dans divers festivals.

03.09.12
Bruno Matéï


jeudi 30 août 2012

AVENGERS (The Avengers)

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gameforceone.be 

de Joss Whedon. 2012. U.S.A. 2h23. Avec Robert Downey Jr, Samuel L. Jackson, Chris Hemsworth, Chris Evans, Jeremy Renner, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Tom Hiddleston, Cobie Smulders.

Sortie salles France: 25 Avril 2012. U.S: 4 Mai 2012

FILMOGRAPHIE: Joss Whedon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 23 Juin 1964 à New-York.
2005: Serenity
2012: Avengers
2012: Much Ado About Nothing


TOUT CA POUR CA ???


Lorsque la sĂ©curitĂ© et l'Ă©quilibre de la planète sont menacĂ©s par un ennemi d'un genre nouveau, Nick Fury, le directeur du SHIELD, l'agence internationale du maintien de la paix, rĂ©unit une Ă©quipe pour empĂŞcher le monde de basculer dans le chaos. Partout sur Terre, le recrutement des nouveaux hĂ©ros dont le monde a besoin commence…


mercredi 29 août 2012

Affreux, sales et méchants / Brutti, sporchi e cattivi. Prix de la mise en scène à Cannes.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Ettore Scola. 1976. Italie. 1h49. Avec Nino Manfredi, Maria Luisa Santella, Francesco Anniballi, Maria Bosco, Giselda Castrini, Alfredo D'Ippolito, Giancarlo Fanelli, Marina Fasoli.

Sortie salles France: 15 Décembre 1976

Récompense: Prix de la Mise en scène à Cannes, 1976.

FILMOGRAPHIE: Ettore Scola est un réalisateur et scénariste italien, né le 10 Mai 1931 à Trevico, province d'Avellino en Campanie. 1964: Parlons Femmes. 1965: Belfagor le Magnifique. 1968: Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? 1969: Le Commissaire Pepe. 1970: Drame de la Jalousie. 1972: La Plus belle soirée de ma vie. 1973: Voyage dans le Fiat-Nam. 1974: Nous nous sommes tant aimés. 1976: Affreux, sales et méchants. 1977: Bonsoir Mesdames et Messieurs. 1977: Une Journée Particulière. 1978: Les Nouveaux Monstres. 1980: La Terrasse. 1981: Passion d'Amour. 1982: La Nuit de Varennes. 1983: Le Bal. 1985: Macaroni. 1987: La Famille. 1988: Splendor. 1989: Quelle heure est-il ? 1990: Le Voyage du Capitaine Fracasse. 1993: Mario, Maria, Mario. 1995: Le Roman d'un jeune homme pauvre. 1998: Le Dîner. 2001: Concurrence Déloyale. 2003: Gente di Roma.

ComĂ©die cynique d’une cruautĂ© inouĂŻe, Affreux, sales et mĂ©chants dresse le portrait au vitriol d’une famille prĂ©caire vivant dans l’insalubritĂ© d’un bidonville romain. Giacinto, patriarche sexagĂ©naire d’une tribu entassĂ©e dans un taudis, garde jalousement un butin qu’il dissimule un peu partout dans la baraque, craignant que les siens ne viennent le dĂ©pouiller. Lorsqu’il invite chez lui une inconnue aguicheuse rencontrĂ©e par hasard, il dĂ©clenche la fureur de son Ă©pouse et la dĂ©fiance de toute la communautĂ©. De plus en plus dĂ©testĂ©, Giacinto se retrouve bientĂ´t pris au piège d’un ignoble complot familial.

Peinture glauque et sordide d’une banlieue dĂ©shĂ©ritĂ©e, Ettore Scola livre ici le portrait impitoyable d’une famille gangrenĂ©e par la misère morale. Viol, prostitution, marchĂ© noir, vandalisme, inceste : autant d’exutoires quotidiens pour ces laissĂ©s-pour-compte, condamnĂ©s Ă  la bassesse pour tenter de survivre dans un monde blafard oĂą l’espoir s’est Ă©vaporĂ©.

En exposant la dĂ©shumanisation des plus pauvres, victimes du chĂ´mage et du mĂ©pris social, Scola emprunte la voie d’un humour noir fĂ©roce pour mieux dĂ©noncer l’exclusion et la marginalisation. Ă€ travers la caricature burlesque d’une famille aussi mesquine qu’immorale, il orchestre un jeu de massacre d’un cynisme Ă©clatant. Certaines sĂ©quences demeurent inoubliables : le repas estival virant Ă  la farce macabre, le rĂŞve Ă©dĂ©nique de Giacinto imaginant une vie prospère, ou la bataille grotesque de deux clans s’arrachant une parcelle de terrain.

Et pour conclure, Scola choisit l’amertume. Une dernière image incestueuse scelle le destin de ces ĂŞtres brisĂ©s. Une mĂ©lodie maussade accompagne le gĂ©nĂ©rique, tandis qu’en arrière-plan, un terrain dĂ©solĂ© s’efface derrière l’horizon d’une urbanisation florissante. Inoubliable.

Entre rire grinçant et drame social, Affreux, sales et mĂ©chants rend hommage Ă  ces infortunĂ©s sans jamais leur refuser une part d’empathie.


"Une vie moins ordinaire
."
Cruellement drĂ´le et bouleversant par sa misère humaine en perdition, odieux par l’immoralitĂ© de ses personnages, Affreux, sales et mĂ©chants est un chef-d’Ĺ“uvre de la comĂ©die italienne, d’une puissance pittoresque et terriblement grinçante. L’interprĂ©tation satirique de Nino Manfredi en patriarche infâme, entourĂ© d’une galerie de trognes burinĂ©es, confère au film un rĂ©alisme poignant et une dĂ©tresse d’une actualitĂ© troublante qui hante Ă  jamais. 

Difficile d’en ressortir indemne.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

29.08.12. 3èx

mardi 28 août 2012

L'ESPRIT DE LA RUCHE (El Espiritu de la colmena)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Victor Erice. 1973. Espagne. 1h38. Avec Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Ana Torrent, Isabel Telleria, Ketty de la Camara, Estanis Gonzalez, José Villasante, Juan Margallo, Laly Soldevila.

Sortie Salles France: 5 Janvier 1977. U.S: 23 Septembre 1976. Espagne: 8 Octobre 1973.

FILMOGRAPHIE: Victor Erice est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 30 Juin 1940 à Karrantza, dans la province de Biscaye (Espagne).
1973: l'Esprit de la Ruche
1983: El Sur
1992: Le Songe de la Lumière


Espagne, 1940 ; peu après la fin de la guerre civile. Un cinéma itinérant projette Frankenstein dans un petit village perdu du plateau castillan. Les enfants sont fascinés par le monstre et, parmi eux, la petite Ana, 8 ans, se pose mille et une questions sur ce personnage terrifiant. Sa grande soeur, Isabel, a beau lui expliquer que ce n'est qu'un "truc" de cinéma, elle prétend pourtant avoir rencontré l'esprit de Frankenstein rôdant non loin du village.


Un film Ă©tonnant, proprement insolite dans sa manière d'extĂ©rioriser la candeur de l'enfance, rĂ©cit initiatique sur l'Ă©veil de la cruautĂ© et l'opacitĂ© de la mort. L'esprit de la ruche est une introspection dĂ©licate sur les travers de l'ignorance avec le portrait sensible d'Anna. Fille cadette fascinĂ©e par le mythe de Frankenstein, juste après que son village eut l'opportunitĂ© de diffuser sur toile gĂ©ante le chef-d'oeuvre de James Whales. Depuis la fin de la projection, Anna est tourmentĂ©e Ă  l'idĂ©e de connaĂ®tre la vĂ©ritable motivation qui ait pu poussĂ© le monstre Ă  noyer une innocente gamine mais aussi pourquoi la population s'est ensuite acharnĂ©e Ă  l'immoler ! En perte de repères, raillĂ©e par une soeur confrontĂ©e au dĂ©sir macabre, dĂ©sintĂ©ressĂ©e par un père taciturne et une mère fuyante, Ana semble daigner s'Ă©carter du monde des vivants pour se rĂ©fugier dans son univers fantasmagorique. LĂ  oĂą plane l'ombre de la mort d'un dĂ©serteur fusillĂ© ainsi que l'esprit spirituel de la crĂ©ature engendrĂ©e par le Dr Frankenstein. 


Avec son ambiance feutrĂ©e et dĂ©sincarnĂ©e valorisant des dĂ©cors clairsemĂ©s de paysages mornes, son rythme lymphatique et sa mise en scène contemplative Ă©ludĂ©e de fioritures, l'Esprit de la Ruche risque de rebuter plus d'un spectateur non averti ! Pourtant, il s'agit d'une belle Ă©lĂ©gie sur la solitude de l'enfance quand les parents introvertis ont dĂ©cidĂ© de dĂ©missionner Ă  la suite du rĂ©gime franquiste. IlluminĂ© par la prĂ©sence d'Ana Torrent, avec ses yeux noirs remplis de stupeur et de dĂ©sir d'apprentissage, le rĂ©alisateur Victor Erice nous dĂ©crit de manière toute personnelle un regard tendre et dĂ©licat sur l'enfance Ă  son Ă©closion. La nouvelle destinĂ©e d'une mĂ´me attendrie en quĂŞte d'amour parentale, partagĂ©e entre doutes, peurs et questionnements existentiels. 

Dédicace à Atreyu de m'avoir privilégié cette précieuse découverte.
28.08.12
Bruno Matéï



vendredi 17 août 2012

La Cabane dans les Bois / The Cabin in the Woods

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flicksandbits.com

de Drew Goddard. 2012. U.S.A. 1h35. Avec Richard Jenkins, Bradley Whitford, Jesse Williams, Chris Hemsworth, Fran Kranz, Kristen Connolly, Anna Hutchison, Brian White, Amy Acker, Jodelle Ferland.

Sortie salles France: 2 Mai 2012. U.S: 13 Avril 2012

FILMOGRAPHIE: Drew Goddard est un réalisateur et scénariste américain, né le 26 Février 1975 à Los Alamos, Nouveau-mexique.
2012: La Cabane dans les Bois


Pour une première rĂ©alisation, Drew Goddard s'est entrepris de renouveler le concept du "ouh, fait moi peur !" en se jouant du spectateur avec une dĂ©rision sarcastique qui pourrait peut-ĂŞtre rebuter de prime abord. Pochette surprise brassant tous les clichĂ©s du genre avec pas mal d'astuces et de surprises plutĂ´t rĂ©jouissantes, autant qu'hommage et dĂ©claration d'amour au genre horrifique et au bestiaire iconique, La Cabane dans les Bois est une sĂ©rie B conçue pour surprendre, s'esbaudir, dĂ©router, dynamiter les codes du genre au sein d'un feu d'artifice sanglant. Variation habile de plusieurs thèmes Ă©culĂ©s condensĂ©s en un scĂ©nario hallucinĂ© (euphĂ©misme), la première partie ressasse donc sciemment moult stĂ©rĂ©otypes sous forme de clins d'oeil amusĂ©s parmi cette bande de 5 vacanciers partis en week-end pour sĂ©journer dans une cabane au fond des bois. Argument directement calquĂ© sur le modèle du genre, Evil-Dead, La Cabane dans les Bois rĂ©ussit pourtant Ă  se rĂ©approprier de ses situations conventionnelles de par la lucarne de la TV rĂ©alitĂ© avec soupçon de jeu-vidĂ©o. La panoplie traditionnelle de protagonistes juvĂ©niles, effrontĂ©s, insouciants ne manquant nullement Ă  l'appel. La vierge, la pute, l'idiot de service, le jeune Ă©tudiant introverti et le sportif athlĂ©tique se confrontant malgrĂ© eux Ă  une sanglante nuit digne d'un canular de Creepshow. Tandis qu'au mĂŞme moment, dans un vaste bunker industriel, des agents et boursiers affublĂ©s de costard-cravate scrutent leurs faits et gestes Ă  travers leurs Ă©crans de contrĂ´le d'ordinateur. Qui sont-t'ils ? Dans quel endroit sont-ils logĂ©s ? A quel jeu participe les occupants de la cabane et quel en est le vĂ©ritable motif ?


Ainsi, avec une dose d'ironie et d'Ă©pisme spĂ©cialement terrifiants, le 1er acte nous refait le coup classique du survival horrifique auquel 5 vacanciers devront se dĂ©fendre contre des forces dĂ©moniales au coeur d'une forĂŞt de tous les dangers. Et si nous sommes bien Ă©videmment en terrain connu, la vigueur de la mise en scène rĂ©ussit adroitement Ă  Ă©viter l'ennui en nous procurant frissons, violence et cruautĂ© inopinĂ© (!) auprès de ces courses poursuites fertiles en dĂ©convenues. L'ambiance bucolique crĂ©pusculaire ainsi que ses dĂ©cors montagneux pârvenant notamment Ă  nous immerger au sein d'une nuit de terreur cinglante dont certains Ă©lĂ©ments saugrenus vont subitement nous interpeller ! (par ex la muraille invisible). En prime, l'aspect fortuit que nos protagonistes sont prĂ©alablement pris au piège des exactions meurtrières provoquĂ©es par une sombre entreprise renforcent ce concept anti-conformiste, vĂ©ritablement tranchĂ© pour sa rigueur morale sans pitiĂ© aucune. Si bien qu'il faut bien souligner que les protagonistes ne sont ici nullement rĂ©duit Ă  des ados Ă©cervelĂ©s tant nous nous inquiĂ©tons de leur sort sans pouvoir anticiper s'ils rĂ©chapperont Ă  la mort la plus brutale et sournoise. Et sur ce point Ă©motionnel, l'implication du spectateur fonctionne Ă  point nommĂ© si bien que l'on espère Ă  chaque fois que l'un d'eux en sortira vainqueur (hormis un faible espoir toujours plus factuel) de par leur hĂ©roĂŻsme acharnĂ© de dernier ressort. Quant Ă  la seconde partie impartie Ă  une ultime demi-heure rĂ©vĂ©latrice, elle relance l'action tous azimuts en dĂ©nonçant de façon oh combien tonitruante et dĂ©bridĂ©e l'envers du dĂ©cor d'y laisser place Ă  une rĂ©vĂ©lation digne d'un Ă©pisode vrillĂ© de la quatrième dimension. Qui plus est, jalonnĂ© de clins d'oeil aux classiques notoires du cinĂ©ma d'horreur et de fantastique (mais aussi du jeu vidĂ©o) parmi lesquels Hellraiser, Ca, Silent Hill, Resident Evil, etc... La Cabane dans les Bois nous plonge Ă  corps perdu dans un univers toujours plus dĂ©lurĂ© ou gore, humour, violence et folie sont en totale symbiose. Et ce jusqu'Ă  l'ultime rebondissement faisant intervenir (en forme de clin d'oeil) une actrice notoire discourir alors que la dernière image gĂ©nialement fascinante se rĂ©signe au refus du happy-end passĂ©e une concertation gĂ©nialement caustique d'après leur commune dĂ©sillusion. 


Vous pensez dĂ©jĂ  connaĂ®tre la fin ? 
Ludique, frissonnant, dĂ©bridĂ©, insolent, inventif, dĂ©jantĂ© (en mode pagaille visuelle - davantage - intrĂ©pide), La Cabane dans les Bois mène la danse de la fantaisie horrifiante avec une efficacitĂ© et une originalitĂ© dĂ©mesurĂ©e. Diablement rythmĂ©, mĂ©chamment drĂ´le et parfois mĂŞme teintĂ© de dĂ©sespoir dans sa dramaturgie amplifiĂ© d'un score subtilement mĂ©lancolique faisant Ă©cho Ă  The Descent, ce pastiche anti puritain, rĂ©fractaire Ă  une horreur mainstream consumĂ©riste, demeure une rĂ©crĂ©ation de tous les diables sous l'impulsion de jeunes acteurs franchement convaincants dans leur fonction humaniste Ă  la fois torturĂ©e, affligĂ©e, pugnace, censĂ©e. Enfin, Ă  travers ce divertissement retors pĂ©tri d'amour pour le genre on peut aussi y voir une mĂ©ditation sur notre rapport charnel/masochiste/voyeuriste Ă  l'horreur cinĂ©matographique perdurant depuis l'antiquitĂ© pour nous maintenir dans un confort moral apaisant en y exorcisant nos peurs et notre haine que tout un chacun refoule. Une très bonne surprise donc dont l'ultime demi-heure qualitative, substantielle, folingue, adopte une ampleur insoupçonnĂ©e.

28.03.24. 2èx. 4K vo
17.08.12



jeudi 16 août 2012

The Secret / The Tallman

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site omnimysterynews.com

de Pascal Laugier. 2012. U.S.A/France. 1h45. Avec Jessica Biel, Jodelle Ferland, Stephen McHattie, Jakob Davies, William B. Davis, Samantha Ferris, Katherine Ramdeen, Kyle Harrison Breitkopf, Teach Grant.

Sortie salles France: 5 Septembre 2012

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un réalisateur Français né le 16 Octobre 1971.
Courts-MĂ©trages: 1993: TĂŞte de Citrouille. 2001: 4è sous-sol
Longs-mĂ©trages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012: The Tall Man


Quatre ans après le traumatisant Martyrs, Pascal Laugier nous revient des Etats-Unis pour sa nouvelle production franco-canadienne avec The Tall Man, retitré chez nous The Secret !
A partir d'une histoire de rapt d'enfants kidnappés en interne d'une contrée bucolique, The Secret s'apparente de prime abord à un conte fantastique hérité d'une nouvelle de Stephen King. Par ces décors montagneux feutrés et sa légende urbaine invoquée par une population précaire, le récit nous oriente vers un cauchemar horrifique avec son ogre sorti des bois venu ravir les enfants d'un quartier malfamé. Julia, infirmière endeuillée par la mort de son mari, tente tant bien que mal de survivre dans cette ville déclinante ou alcool et chômage font partis du morne quotidien de citadins défaitistes. Après avoir sauver la vie d'un bébé à l'accouchement impromptu d'une marginale, Julia va se retrouver confrontée à son tour au mystérieux ravisseur d'enfants. Un soir, alors qu'une de ses amies est retrouvée ligotée dans sa maison, le petit David va disparaître sous l'oppression d'une silhouette noire. C'est à partir de cet enlèvement fortuit que le film peut démarrer pour nous entraîner au coeur d'une course poursuite effrénée à travers un itinéraire forestier. Là où l'imprévisible et la stupeur vont être habilement détournés d'une situation rebattue. Par son caractère haletant, son réalisme acerbe et son intensité cuisante, The Secret nous ébranle par ses péripéties non convenues. Passé cet incident affolant fertile en rebondissements, la narration va subitement prendre une tournure différente quand les rôles attribués vont soudainement s'inverser et suspecter chaque protagoniste interlope.


La force psychologique du film de Laugier est indubitablement impartie Ă  la densitĂ© d'un scĂ©nario formidablement construit, l'humanitĂ© affligĂ©e de notre hĂ©roĂŻne et son thème d'actualitĂ© confrontĂ© Ă  la maltraitrance infantile. Si la narration hermĂ©tique ne cesse de nous torturer les mĂ©ninges Ă  savoir qui est ce mystĂ©rieux ravisseur et que sont devenus les enfants, la manière dont les questions nous sont interrogĂ©es distille avec anxiĂ©tĂ© un suspense en ascension. D'autant plus que notre infirmière sĂ©vèrement fustigĂ©e (incarnĂ©e par l'excellente Jessica Biel, toute en retenue et sobriĂ©tĂ© !) ne cesse de provoquer l'interpellation face Ă  son comportement Ă©quivoque. Sans jouer la carte de la facilitĂ© et de la chute fortuite conçue pour Ă©pater le spectateur ahuri (oubliez donc l'accroche publicitaire faisant allusion au 6è sens !), la rĂ©solution de l'Ă©nigme est d'autant plus limpide et bouleversante qu'elle ne cherche jamais Ă  surprendre dans l'unique but de nous Ă©branler. A contrario, son thème social subordonnĂ© Ă  l'inĂ©galitĂ© des classes provoque Ă©moi et colère face Ă  l'irresponsabilitĂ© politique de laisser croupir les enfants issues des souches misĂ©reuses.


Les Enfants du Silence
Conte horrifique obscur doublĂ© d'un drame psychologique bouleversant, The Secret renoue avec la substantialitĂ© d'un scĂ©nario singulier et de l'humanitĂ© dĂ©prĂ©ciĂ©e de ses personnages. RĂ©flexion sur la responsabilitĂ© parentale, le viol de l'identitĂ© et le traitement infligĂ© aux nouvelles gĂ©nĂ©rations sans repères, le film de Pascal Laugier est un cri d'alarme Ă  l'innocence bafouĂ©e. Sa conclusion amère et hĂ©sitante nous suggĂ©rant que l'amour maternel reste une valeur inhĂ©rente pour entretenir l'espoir d'une postĂ©ritĂ© incertaine. 

*Bruno
16.08.12



mercredi 15 août 2012

Les Dents de la Mer (Jaws)

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steven Spielberg. 1977. U.S.A. 2h04. Avec Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Carl Gottlieb, Jeffrey Kramer, Susan Backlinie, Jonathan Filley, Chris Rebello.

Sortie salles France: 1er Janvier 1976. U.S: 20 Juin 1975

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la LĂ©gion d'honneur est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif, producteur dĂ©lĂ©guĂ© et crĂ©ateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 dĂ©cembre 1946 Ă  Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è Ă©pisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, ArrĂŞte-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, Cheval de Guerre.


Premier blockbuster de l'histoire du cinĂ©ma et troisième long-mĂ©trage d'un jeune metteur en scène surdouĂ©, les Dents de la mer crĂ©a dès sa sortie un vĂ©ritable vent de panique auprès des baigneurs qui dĂ©sertèrent en masse les plages du monde entier. C'est dire si l'impact Ă©motionnel du film fut considĂ©rable de par sa diabolique habiletĂ© Ă  susciter l'effroi face aux mâchoires acĂ©rĂ©s d'un requin surdimensionnĂ©. D'après le cĂ©lèbre roman de Peter Benchley, les Dents de la Mer est notamment un immense succès commercial et critique Ă  travers le globe. MĂŞme si Ă  contrario, il influencera la machinerie hollywoodienne Ă  confectionner des produits Ă  grand spectacle misant sur l'esbroufe au grand dam des personnages et du scĂ©nario. Dès la sĂ©quence d'ouverture, terrifiante d'intensitĂ© Ă  travers son rĂ©alisme Ă  la fois cinglant et impitoyable, Steven Spielberg provoque sans rĂ©pit l'horreur pure d'une situation dramatique auprès d'une nageuse furtivement agressĂ©e par un requin ! La jeune fille nageant en toute quiĂ©tude se retrouvant subitement ballottĂ©e de gauche Ă  droite par une force invisible venue du fond de l'ocĂ©an. Alors qu'elle tente de se dĂ©battre dĂ©sespĂ©rĂ©ment, ses hurlements d'effroi s'Ă©tranglent avec l'eau salĂ©e au moment oĂą le squale dĂ©cide de l'entraĂ®ner au fond de l'eau pour la dĂ©vorer ! 


Cette sĂ©quence d'anthologie terriblement brutale est d'autant plus efficiente que Spielberg mise sur le pouvoir de suggestion en ne dĂ©voilant jamais l'apparence du monstre marin et encore moins une goutte de sang ! Ainsi, cette règle d'occulter la prĂ©sence hostile de l'immense requin blanc sera respectĂ©e une bonne heure durant afin d'attiser l'expectative, latente et oppressante, transcendĂ©e d'une mise en scène assidue, pour ne pas dire millimĂ©trĂ©e. Par consĂ©quent, en prenant soin d'y caractĂ©riser la contrariĂ©tĂ© des protagonistes plongĂ©s dans le dĂ©pit de devoir autoriser ou interdire une station balnĂ©aire, faute de dĂ©couvertes macabres, Spielberg distille une inquiĂ©tude tangible face Ă  la menace sous-jacente du requin aux aguets ! Sans cĂ©der Ă  une quelconque outrance spectaculaire, les deux scènes de paniques perpĂ©trĂ©es aux abords de la plage s'avèrent des moments d'affolement d'une perversitĂ© insidieuse. Car si de prime abord on redoute la crainte du squale pouvant Ă  tous moments s'extraire de l'eau afin d'happer un nageur lambda, Spielberg utilise aussi le sarcasme lorsque deux marmots ont dĂ©cidĂ© de se railler des adultes en leur jouant un subterfuge.  


Après cette mise en condition de l'angoisse diffuse et de la terreur cinglante (Spielberg ose mĂŞme tolĂ©rer la mort innocente d'un enfant ! ), la seconde partie beaucoup plus Ă©chevelĂ©e et haletante s'oriente vers l'odyssĂ©e maritime de trois pĂŞcheurs de requins engagĂ©s dans une lutte sans merci contre l'animal. Entre une beuverie impromptue et quelques chamailleries caractĂ©rielles octroyĂ©es entre le scientifique et le chasseur expert, les trois hommes vont se confronter Ă  leur pire cauchemar face Ă  la menace toujours plus belliqueuse du requin increvable ! (c'est peu de le dire !). Les sĂ©quences homĂ©riques se succĂ©dant Ă  un rythme davantage fertile jusqu'Ă  ce que le monstre rĂ©ussit Ă  rĂ©duire en lambeaux la carcasse du bateau trop Ă©troit. LĂ  encore, l'intensitĂ© des sĂ©quences d'action savamment coordonnĂ©es dans la vigueur d'un montage gĂ©omĂ©trique implique Ă©motionnellement le spectateur, complètement immergĂ© dans les enjeux alarmistes de nos hĂ©ros dĂ©munis se battant avec acharnement contre l'animal. Telle cette sĂ©quence aquatique suffocante oĂą l'un des protagonistes se retrouve piĂ©gĂ© en interne d'une cage d'acier pendant que le requin essaie Ă  maintes reprises de l'apprĂ©hender en dĂ©fonçant hargneusement les barreaux ! Avec une maĂ®trise technique imparable et des Fx bluffants de rĂ©alisme, Spielberg rĂ©alise une vĂ©ritable prouesse technique Ă  daigner authentifier la menace du monstre, toujours plus agressif et furtif lorsqu'il dĂ©cide de s'Ă©lancer sans rĂ©serve vers ses victimes hĂ©bĂ©tĂ©es ! Pour mettre en exergue la bravoure anxiogène de ces combattants de la mer, Roy Scheider suscite le jeu contractĂ© d'un commissaire intègre mais inhibĂ© d'une terreur infantile (la peur de l'eau). NĂ©anmoins c'est en hĂ©ros vaillant qu'il sortira vainqueur lors de sa dernière bataille esseulĂ©e contre le requin blanc. En chasseur de squale intarissable, Robert Shaw s'alloue du rĂ´le le plus viril dans sa conviction opiniâtre Ă  provoquer sans rĂ©pit l'animal, et ce avec orgueil et une arrogance un peu trop appuyĂ©e Spoil ! quant Ă  sa destinĂ©e morbide Fin du Spoil. Enfin, Richard Dreyfuss incarne avec perspicacitĂ© un scientifique ocĂ©anographique particulièrement lucide. Ses brimades Ă©changĂ©es avec le capitaine pour un conflit de classes sociales donne lieu Ă  de cocasses moments de rĂ©parties avant de retourner affronter le monstre sans rĂ©pit. 


Elle fut la première...
En empruntant le schĂ©ma du film catastrophe agencĂ© Ă  l'horreur, l'aventure et le grand spectacle, les Dents de la mer constitue une vĂ©ritable leçon de mise en scène transcendĂ©e du score tonitruant de John Williams. Une manière judicieuse, inĂ©galable, d'avoir su combiner densitĂ© des personnages, scĂ©nario singulier (quelle idĂ©e de gĂ©nie de nous confronter Ă  la phobie du requin auprès d'une station balnĂ©aire !), intensitĂ© dramatique et suggestion de l'effroi. Quand Ă  la photogĂ©nie ombrageuse de l'animal quasi indestructible, il demeure l'un des monstres les plus pugnaces, pernicieux et impressionnants du cinĂ©ma de genre. 

Apport technique du Blu-ray 4K: 10/10. Totale redécouverte.

*Eric Binford
23.07.21. 6èx
15.08.12. 

mardi 14 août 2012

Sang pour Sang / Blood Simple. Grand Prix du Jury, Sundance 85.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Fan-de-cinema.com

de Joel et Ethan cohen. 1984. U.S.A. 1h37. Avec John Getz, Frances McDormand, Dan Hedaya, M. Emmet Walsh, Samm-Art Williams, Deborah Neumann, Raquel Gavia, Van Brooks, Senor Marco, William Creamer.

Sortie salles France: 3 Juillet 1985. U.S: 18 Janvier 1985. Director's cut: France: 19 Juillet 2000. U.S: 2 Juin 2000.

FILMOGRAPHIE: Joel Coen (né le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (né le 21 Septembre 1957) sont deux frères réalisateurs, scénaristes, monteurs, acteurs et producteurs américains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: Intolérable Cruauté, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinéma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit.


                 Tuer quelqu'un est très dur, très douloureux, et très... très long (Alfred Hitchcock)

Cette illustre citation Ă©noncĂ©e par le maĂ®tre du suspense Alfred Hitchcock constitue le pivot de Sang pour Sang, première rĂ©alisation des frères Cohen multi rĂ©compensĂ©e dans divers festivals. Hommage au film noir sur le dĂ©clin au dĂ©but des annĂ©es 80, cette immense farce sardonique est un concentrĂ© de suspense au vitriol jalonnĂ© de dĂ©convenues impromptues ! SynopsisMarty, tenancier, se rĂ©signe Ă  payer un dĂ©tective vĂ©reux pour se dĂ©barrasser de sa femme infidèle ainsi que son amant. Mais rien ne se dĂ©roulera comme prĂ©vu. 


Pour une première réalisation au budget minimaliste, les frères Cohen élaborent un véritable coup de maître pour leur dextérité à renouveler des codes du genre. Car à partir d'un canevas éculé exploité dans divers classiques du genre, nos deux complices se réapproprient du concept criminel agencé autour de l'adultère à travers un savant dosage d'humour noir et de réalisme acerbe. Un couple d'amants indécis se retrouve confronté au subterfuge meurtrier d'un détective véreux payé par le mari jaloux. Déterminé à faire liquider les amants infidèles, Marty est pris au piège du tueur à gage trop cupide pour duper un à un le trio corrompu. Superbement photographié au sein de la contrée bucolique d'un Texas crépusculaire et transcendé du score envoûtant de Carter Burwell, Sang pour Sang est un inépuisable jeu de massacre. Une farce macabre à la limite de la parodie (la rancune du mari imbécile n'en finit plus d'être brocardée jusqu'au point de non retour) où chaque adversaire antipathique exprime une austérité sournoise à contrecarrer son allié. Pour cause, les réalisateurs prennent malin plaisir à nous caractériser le profil peu recommandable de personnages autonomistes, couards et contrariés dans leur désir de se dépêtrer d'un cadavre encombrant. La preuve éloquente du briquet et la complicité indirecte de l'amant y seront les éléments déclencheurs de vicissitudes interminables entre le détective avide de retrouver son objet, et ce prétendant, persuadé que sa maîtresse s'avère l'unique responsable du meurtre de l'époux.


S'ensuit une multitude de dĂ©convenues Ă  hauts risques auprès du trio maudit par le biais d'inversion des rĂ´les si bien que le premier responsable de cette machination criminelle en sera châtiĂ© pour trĂ©passer de manière aussi apathique qu'insupportable (d'oĂą la tagline de l'affiche empruntĂ©e Ă  Hitchcock!). Ce retournement de situation abrupt permettant de relancer l'intrigue sur une sĂ©rie de situations gĂ©nialement grotesques oĂą chacun des antagonistes ne saura plus oĂą donner de la tĂŞte Ă  dĂ©celer qui tire les ficelles du traquenard criminel. Parmi cette rupture de ton alternant humour noir corrosif et rĂ©alisme macabre, les frères Cohen en cristallisent un bijou de film noir d'une diabolique inventivitĂ©. Comme en tĂ©moigne le simulacre d'un piège mortel intentĂ© Ă  l'un des antagonistes (sa main poignardĂ©e sur le rebord d'une fenĂŞtre et sa tentative de s'y extraire par le biais de son arme Ă  feu et de la force de sa poignĂ©e).


Fort du charisme irrĂ©sistible de trognes gouailleuses, contrariĂ©es et taiseuses, Sang pour Sang constitue une farce macabre Ă  la dĂ©rision insolente au sein de l'atmosphère opaque d'une nature en clair obscur. Un vĂ©ritable modèle de film noir, Ă©tonnamment brutal et sanglant, mais d'une cocasserie incongrue Ă  travers sa suite de dĂ©boires amorcĂ©es par ces pieds nickelĂ©s empotĂ©s. On peut mĂŞme sans rougir  y prĂ´ner le chef-d'oeuvre du genre tant ce 1er essai demeure aussi ensorcelant que jubilatoire. 

*Bruno
21.01.24. 4èx. Vostfr
14.08.12. 

Récompenses: Grand Prix du Jury à Sundance, 1985.
Prix de la Critique Ă  Cognac, 1985
Prix du Public Ă  Fantasporto, 1986


lundi 13 août 2012

Les Frissons de l'Angoisse / Profondo Rosso / Deep Red

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Dario Argento. 1975. Italie. 1h45 / 2h06. Avec David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia, Macha Meril, Eros Pagni, Giuliana Calandra, Piero Mazzinghi, Glauco Mauri, Clara Calamai, Aldo Bonamano.

Sortie salles France: 17 Août 1977. U.S: 11 Juin 1976. Italie: 7 Mars 1975

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 7 septembre 1940, Ă  Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat Ă  9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours Ă  Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: TĂ©nèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux MalĂ©fiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'OpĂ©ra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (Ă©pis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (Ă©pis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


Synopsis : Un pianiste est tĂ©moin du meurtre d’une mĂ©dium trop curieuse pour son propre salut. IntriguĂ© par un dĂ©tail Ă©nigmatique liĂ© Ă  un tableau dans la demeure de la victime, il dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte. Mais le tueur, ombrageux, poursuit sa lancĂ©e meurtrière en supprimant les tĂ©moins gĂŞnants.


Chef-d’Ĺ“uvre absolu de Dario Argento, panthĂ©on du nĂ©o-giallo Ă  revoir Ă  l’infini tant il regorge de trĂ©sors Ă  chaque rĂ©vision, Les Frissons de l’Angoisse surgit quatre ans après la trilogie animale, close en 1971. Avec ce thriller baroque au goĂ»t prononcĂ© pour le sang, le cinĂ©aste dĂ©ploie une maestria plus assurĂ©e que jamais. Soin extrĂŞme du cadrage, travellings tarabiscotĂ©s par une camĂ©ra mobile, dĂ©cors insolites d’un esthĂ©tisme stylisĂ©, raffinement cruel dans l’Ă©laboration des meurtres. Ajoutez Ă  cela une angoisse sous-jacente, une aura gothique (dans la hantise d’une demeure oĂą se cache un cadavre dĂ©charnĂ©) et un suspense latent, tramĂ© d’une narration trompe-l’Ĺ“il. Ici, dès le gĂ©nĂ©rique musical, Argento nous invite Ă  douter des apparences.

Il s’amuse Ă  troubler la perception du spectateur : un enfant, coupable ou simple tĂ©moin, observe un meurtre Ă  l’arme blanche. Dans un salon conjugal, un soir de NoĂ«l, deux ombres menaçantes s’agitent derrière un mur. Un cri d’enfant Ă©clate. Un couteau ensanglantĂ© chute au sol. La camĂ©ra s’attarde sur deux jambes enfantines s’approchant de la lame. Le montage, scandĂ© par une comptine entĂŞtante, atteint l’anthologie. Argento y suggère un trauma originel, dont la force Ă©vocatrice sème le doute et brouille les indices. La suite prolonge ce jeu de faux-semblants : une enquĂŞte marquĂ©e par l’obsession d’un tableau dont un dĂ©tail capital avait Ă©tĂ© omis.


Impossible aussi de passer sous silence l’incroyable partition des Goblin, tempo frĂ©nĂ©tique et entĂŞtant, qui intensifie l’ombre de cette intrigue jalonnĂ©e de signes insolubles. Argento orchestre alors un ballet macabre : goĂ»t funeste pour le baroque et l’insolite (jeux de lumières, couleurs hybrides, architectures comme des sculptures figĂ©es), Ă©pouvante sourde (dans les entrailles de la maison abandonnĂ©e), et un surnaturel feutrĂ© (la fouille archĂ©ologique dans cette demeure gothique). Tout concourt Ă  transcender le giallo dans une dimension unique. On n’avait jamais vu ça Ă  l’Ă©cran : une scĂ©nographie opĂ©ratique, magnĂ©tique.

Les Frissons de l’Angoisse marque une transition vers les dĂ©lires occultes de Suspiria, deux ans plus tard. On sent dĂ©jĂ  l’envie putassière de ciseler des meurtres d’une cruautĂ© stylisĂ©e : une mâchoire fracassĂ©e sur le marbre puis sur le bois, l’agonie interminable de Carlo lapidĂ©. Le point d’orgue final, fertile en pièges et rĂ©vĂ©lations, pousse le suspense jusqu’Ă  dĂ©voiler le meurtrier… entrevu dès les cinq premières minutes ! Argento ose tout. Son film respire une alchimie Ă©trange : hermĂ©tisme, anxiĂ©tĂ© diffuse, tension rampante. Tout y est prĂ©texte au malaise : combats de chiens, lĂ©zard transpercĂ© d’une aiguille, visages mortifères des tableaux, piano-bar figĂ© dans sa torpeur. Jusqu’aux visions macabres — poupĂ©e pendue, pantin au rictus dĂ©moniaque projetĂ© sur une victime.

EsthĂ©tisme chirurgical, intrigue labyrinthique, meurtres d’une verdeur audacieuse, science du suspense : Les Frissons de l’Angoisse est un puzzle bâti sur le simulacre. Son atmosphère hybride, dĂ©licieusement funèbre, magnifiĂ©e par le score inimitable des Goblin, lui confère une aura fascinante, au-delĂ  de la raison. L’un des plus grands films de l’histoire du cinĂ©ma, dĂ©passant le simple giallo par une grâce technique, formelle et cĂ©rĂ©brale d’une alchimie infinie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

03.05.24. 4èx. Vostfr. Version courte.
13.08.12. 


Ci-joint Analyse du film issue du site Vodkaster (ciné-club sur les Gialli)

Une mĂ©dium, jouĂ© par Macha MĂ©ril est assassinĂ©e. Marc, jouĂ© par David Hemmings, est tĂ©moin du meurtre, il entend les cris de la jeune femme et accourt Ă  son aide, trop tard. Ayant pourtant assistĂ© au meurtre, il n’a pas pu voir le visage de l’assassin dont il a juste vu la silhouette quitter l’immeuble, silhouette qu’il suppose ĂŞtre du tueur. Plus tard interrogĂ© par la police, il Ă©voque des doutes, dans le couloir rempli de tableaux de l’appartement de la mĂ©dium, quelque chose semble manquer et avoir disparu, il ne peut cependant Ă©voquer ce qui manque exactement, mais quelque chose semble lui Ă©chapper, quelque chose qu’il ne peut expliquer et dĂ©crire, une impression. AidĂ© par une journaliste, jouĂ©e par Daria Nicolodi, il va commencer mener l’enquĂŞte et va rapidement commencer Ă  comprendre qu’il est lui-mĂŞme aussi en danger. Cette enquĂŞte va l’amenĂ© Ă  questionner son regard, les apparences, et ce qu’il croit voir et avoir vu.
C’est donc un retour Ă  la plus pure tradition du giallo pour Argento. On y retrouve les thèmes rĂ©currents, un Ă©tranger, dont la nationalitĂ© n’est ici jamais Ă©voquĂ©e, qui est aussi un artiste, pianiste, est tĂ©moin d’un meurtre et se met alors Ă  enquĂŞter, son obsession va l’emmener Ă  dĂ©couvrir un lourd secret de famille et va surtout le faire se rĂ©vĂ©ler Ă  lui-mĂŞme. Une des autres caractĂ©ristiques du giallo que l’on retrouve, le secret de famille, ici le tueur n’est pas un psychopathe, il tue pour protĂ©ger un secret familial traumatique. On pouvait d’ailleurs dĂ©jĂ  retrouver cette trame dans « Le chat Ă  neuf queues ». Un des aspects Ă©tonnants c’est qu’Argento met en place plusieurs Ă©lĂ©ments de comĂ©dies avec notamment le couple Nicolodi-Hemmings, lui Ă©tant plutĂ´t machiste et burnĂ©, elle Ă©tait plutĂ´t sure d’elle et dĂ©terminĂ©e. Si dans les films prĂ©cĂ©dents d’Argento, il y avait toujours un Ă©lĂ©ment de comĂ©die, que ce soit un personnage, comme celui de Jean-Pierre Marielle dans « Quatre mouches de velours gris », ou certaines scènes. Or ici, les situations sont un peu plus Ă©toffĂ©es, peuvent parfois sortir de l’intrigue principal, mais Argento n’en fait pas trop, et place ces scènes dans sa première heure de film, pour donner de la substance Ă  ses personnages, et montrer leur caractère avant l’intrigue, pour mieux nous montrer leur Ă©volution. L’autre innovation majeure dans le cinĂ©ma d’Argento, c’est la prĂ©sence, pour la première fois dans sa filmographie du paranormal, on y retrouve une mĂ©dium qui lit dans les esprits des gens, une maison hantĂ©e, et une enfant dĂ©moniaque qu’Argento arrive Ă  filmer d’une manière qui la rend terriblement angoissante et impressionnante. Voir cette petite fille tuant des animaux ne paye pas de mine, mais la manière dont Argento la filme, comme si elle Ă©tait en prise avec une Ă©trange forme du Mal, un Mal imperceptible, impalpable, mais omniprĂ©sent, mĂŞme dans l’esprit d’une jeune enfant. Argento passe très vite Ă  autre chose et c’est encore plus fort, voir la rĂ©action du père lorsque la petite tue un lĂ©zard permet d’alimenter Ă©normĂ©ment notre imagination, et ne pas s’y attarder nous permet de donner un supplĂ©ment d’âme Ă  la scène suivante, le vrai grand tour de force du film, la visite de la maison hantĂ©e. Après l’introduction d’une Ă©trange force malĂ©fique semblant s’imprĂ©gner de la petite fille, Argento rĂ©alise une très longue scène d’exploration urbaine, quasiment jamais vu Ă  l’Ă©poque. Il y aura deux scènes comme celles-lĂ  dans le film. Dans la première, après l’introduction de la petite fille, notre esprit est donc plus fertile pour anticiper l’arrivĂ©e de quelques esprits, mais Argento se joue du spectateur d’une façon absolument magistrale. En jouant sur l’utilisation de diffĂ©rents points de vue, Argento donne l’impression que Marc n’est pas seul, allonge sa scène, fait sonner la musique des Goblins, les mouvements de camĂ©ra sont flottants, comme Ă©pousant le point de vue des esprits hantant la maison. On est probablement ici devant la plus belle scène d’exploration de maisons hantĂ©e du cinĂ©ma, un grand moment d’angoisse, oĂą rien et tout se passe Ă  la fois, Marc devant ĂŞtre attentif Ă  tous les dĂ©tails s’il veut espĂ©rer rĂ©soudre l’enquĂŞte. Argento travaille dĂ©jĂ  Ă  merveille son ambiance, en rendant le Mal invisible comme surnaturel, il joue sur les cadres et les espaces pour nous faire ressentir l’Ă©trange prĂ©sence du lieu, les fantĂ´mes du passĂ© d’une façon que l’on sache, avant mĂŞme la rĂ©vĂ©lation finale, que quelque chose d’important s’est passĂ© dans cette maison, qui est toujours imprĂ©gnĂ© de ce qui s’est passĂ©.
Mais « Les Frissons de l’Angoisse », c’est surtout une grande Ă©tude sur le rĂ©el, un rĂ©el trop difficile Ă  comprendre, un rĂ©el qui nous Ă©chappe, nous spectateur, et qui surtout Ă©chappe au personnage principal.
Pour nous faire ressentir cette perte de repères, Argento use Ă  fond des fausses pistes, le film regorge de personnages Ă  double tranchants, et de situation oĂą tous ce qui est montrĂ© est inutile, et oĂą tous les dĂ©tails dans les coins du cadre sont essentiels. Ce n’est jamais ce qui est montrĂ© en première plan qui est le plus important, c’est toujours ce qui se passe dans les cuts rapides, toujours ce qui se passe dans l’obscuritĂ©, au fond du cadre qui donne la clĂ© du film. Un des autres coups de gĂ©nie du film est Ă©galement de montrer le visage de l’assassin dès le dĂ©but du film, seulement le regard du spectateur n’est pas dirigĂ© dans la bonne direction par Argento, qui, de par sa mise en scène nous indique de regarder dans une autre direction, le coup de force est total, Argento a assez de confiance dans la puissance de sa mise en scène pour montrer l’assassin dès le dĂ©but, David Hemmings est dupĂ©, nous sommes dupĂ©s.
« Profondo Rosso » est Ă©galement un grand film sur la persistance rĂ©tinienne, le personnage principal ayant vu le visage de l’assassin dès le dĂ©but, mais il n’a pas bien regardĂ© et analyser ce qu’il voyait, il a beau avoir l’image dans sa tĂŞte, il ne peut comprendre ce qu’il manque dans l’appartement puisqu’il n’a pas une image assez prĂ©cise de ce qu’il a vu exactement. Il doit dĂ©coder ce qu’il voit, Ă  l’image de cette pièce emmurĂ©e dans la maison hantĂ©e, il ne voit qu’une partie d’un dessin qui est la clĂ© de l’intrigue. En cassant le mur, il rentre comme dans un Ă©cran, comme si Argento brisait notre Ă©cran, au moment oĂą commencent les rĂ©vĂ©lations, nous faisant entrer nous-mĂŞmes, spectateurs, Ă  l’intĂ©rieur du film, pour nous expliquer ce que nous avons manquĂ© depuis le dĂ©but du film, chaque dĂ©tail auxquels nous n’avions pas donnĂ© d’importances, chaque scène dans lesquelles nous n’avons pas assez prĂŞtĂ© attention. Argento ne donne que peu d’indices aux spectateurs et au personnage principal, mais toujours des indices visuels, qui devraient ĂŞtre vus, mais notre regard est pointĂ© vers une autre direction. Il nous rappelle que toute image est trompeuse, car cette image n’est créé que d’un seul point de vue, il suffit parfois de regarder les choses un peu plus attentivement ou d’un autre point de vue pour enfin comprendre.
Le final, comme dans la plupart des films d’Argento, n’est pas un happy-end, bien au contraire, bien que l’intrigue soit terminĂ©e, et se termine bien , la dernière image que l’on voit, c’est le visage de Marc, Ă  l’envers et en rouge. Comme si après toute cette enquĂŞte, le personnage principal se retrouve face Ă  lui-mĂŞme, rien n’est rĂ©solu, le Mal subsistera, ce Mal incontrĂ´lable et incomprĂ©hensible qui a provoquĂ© toute cette folie. Si cette vision du Mal est caractĂ©ristique du cinĂ©ma d’Argento, le plan final sur le reflet d’Hemmings a une portĂ©e bien plus mĂ©taphysique. Marc, depuis le dĂ©but est Ă  la recherche d’une image, une image perdue dans sa mĂ©moire, image qu’il recherche pendant tout le film, cette image, c’est son reflet. Ainsi, il acquière une conscience Ă  la fin du film, la conscience d’abord qu’il ne comprend pas le monde, qu’il ne peut voir oĂą il faut, qu’il est dĂ©passĂ© dans un monde oĂą le Mal n’est pas seulement caractĂ©risĂ© par l’assassin mais qui dĂ©borde de partout, souvenez-vous de la petite fille, mais aussi et surtout il prend conscience qu’il ne se comprend pas lui-mĂŞme, et qu’il courrait après son reflet et qu’au final il a fait une boucle, il cherche son reflet, et se cache le visage, car rien n’est plus angoissant que de voir son reflet. Bien plus que la comprĂ©hension du monde, c’est la comprĂ©hension de soi-mĂŞme qui est fondamentale.
« Les Frissons de l’Angoisse » est selon moi le beau, le plus complexe et le plus intĂ©ressant des gialli, Argento convoque « Blow Up », reprend quasiment le mĂŞme personnage que dans le film d’Antonioni, pour un rĂ©sultat en tout point fascinant, au scĂ©nario sans bout de gras, ultra tenu, aux interprĂ©tations multiples, sur la signification du plan final notamment. Un immense film sur les illusions, Argento se joue du spectateur avec une virtuositĂ© hallucinante. Objectivement, les seuls dĂ©fauts que l’on peut reprocher sont les scènes comiques, qui pour moi sont justifiĂ©es mais qui peuvent ralentir un rĂ©cit dĂ©jĂ  volontairement lent dans sa première heure. La musique des Goblins pourra peut-ĂŞtre en irriter plus d’un, bien qu’elle soit mythique, elle a Ă  de rares moments un petit cĂ´tĂ© kitsch qui fait aussi le charme des films de cette Ă©poque. Pour ma part je considère « Les Frissons de l’Angoisse » comme le giallo ultime, indĂ©passable, et des plus grands films du cinĂ©ma Italien et un des plus grands films des 70’s.

LE REGNE DES INSECTES (Court-Métrage)


De Pascal Frezzato. Court-métrage. France. 2012. 12 mns. Avec Sylvie Gonnord, Bruno Dussart, Pascal Frezzato. Scénario: Pascal Frezzato, Bruno Dussart.

On Rembobine.fr: LE REGNE DES INSECTES : Un court-métrage à ne pas rater !
Le point de vue de Gilles Rolland:

Chez On Rembobine.fr, on s’intĂ©resse aux longs-mĂ©trages, mais aussi aux courts. Parfois, il nous arrive de tomber sur de petits bijoux qui, Ă  force d’inventivitĂ©, de malice et d’une sincĂ©ritĂ© boostĂ©e par une vĂ©ritable passion communicative, arrivent Ă  s’imposer.

C’est le cas du Règne des insectes, un court-mĂ©trage de Pascal Frezzato, qui met en scène Bruno Dussart, Sylvie Gonnord et JĂ©rĂ´me Roulon.


L’histoire du Règne des insectes est aussi simple que rudement efficace :

Le 2 septembre 2014, les hommes et les animaux ont disparu de la surface de la Terre, victimes de la cupiditĂ© de l’ĂŞtre humain. DĂ©sormais, ce sont les insectes qui règnent sans partage sur le monde…

Un cataclysme pourtant prĂ©vu par un chercheur du nom de Madeira. Madeira qui, quelques temps avant la catastrophe, tente d’avertir les autoritĂ©s de ce qui se prĂ©pare. Sans succès… La fin est ineluctable.

Le Règne des insectes dĂ©bute alors que Madeira se prĂ©sente devant Delphine Dullac, la mystĂ©rieuse reprĂ©sentante d’une non moins mystĂ©rieuse agence gouvernementale toute-puissante de suretĂ© nationale. Le ton monte chez Madeira qui tente de justifier son point de vue sur une situation qui de toute façon est inĂ©vitable…


Aujourd’hui, Le Règne des insectes est enfin disponible sur internet. L’occasion de vous prĂ©senter dans son intĂ©gralitĂ© ce film prenant, immersif et puissant dans son propos concernĂ©. Un film Ă  la photographie irrĂ©prochable et chirurgicale, qui souligne le talent d’un rĂ©alisateur qui prouve une nouvelle fois qu’il est possible aujourd’hui de rĂ©aliser un film puissant sur un sujet pourtant maintes fois abordĂ©. Ici, pas de sensationnalisme facile, mais plutĂ´t une tension qui n’en finit pas de monter jusqu’au climax impressionnant.

MĂ©lancolique, d’une certaine façon poĂ©tique et relativement tendu, Le Règne des insectes bĂ©nĂ©ficie en outre de l’interprĂ©tation au cordeau de Bruno Dussart (dans son premier rĂ´le). Un comĂ©dien, dont l’intensitĂ© habite l’Ĺ“uvre d’un bout Ă  l’autre, confrontĂ© Ă  une Sylvie Gonnord glaciale et effrayante, en reprĂ©sentante d’une sociĂ©tĂ© sourde qui creuse ironiquement sa propre tombe en refusant d’ouvrir les yeux.

MĂ©taphore brillante, Le Règne des insectes se doit d’ĂŞtre vu le plus largement possible.
Gilles Rolland
http://www.onrembobine.fr/news/news-le-regne-des-insectes-un-court-metrage-a-ne-pas-rater


Le Point de vue de Mathias Chaput:
Synopsis :
Dans un avenir très proche, suite Ă  une catastrophe cataclysmique de la plus grande ampleur, la population humaine a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e et seuls ont survĂ©cu les insectes qui peuplent la surface terrestre…
Toute trace de vie de l’homme a Ă©tĂ© anĂ©antie !
Peu de temps avant cette fin du monde annoncĂ©e, un homme du nom de Madeira, qui se prĂ©figure comme annonciateur de ce cataclysme, est interrogĂ© dans les locaux de l’agence de suretĂ© nationale par Delphine Dullac, une chargĂ©e de dĂ©veloppement du groupe qui veut percer le mystère et Ă©luder le pourquoi du comment inhĂ©rent au carnage qui va arriver !
Très vite le ton monte !
Jusqu’Ă  ce que Madeira commette l’irrĂ©parable !
Comme une Ă©vidence balancĂ©e Ă  la face des politiques, il va mettre devant leurs propres responsabilitĂ©s tous ces reprĂ©sentants de l’establishment qui refusaient de croire Ă  l’ampleur de ce dĂ©sastre et Ă  l’Ă©vidence de ses consĂ©quences…
L’affrontement verbal vire au drame !


Avis :
Construit sur une trame solide et un ton très convaincant, « Le règne des insectes », outre ses qualitĂ©s narratives incontestables, bĂ©nĂ©ficie d’une mise en condition radicale du spectateur, presqu’une une mise en immersion directe et ce, des le dĂ©but du court !
ON EST DEDANS tout de suite et c’est ça qui est fascinant !
Les comĂ©diens sont animĂ©s d’une volontĂ© de bien faire, notamment Bruno Dussart dont c’est le premier rĂ´le et qui s’en sort admirablement bien !
Sylvie Gonnord dĂ©gage avec son personnage un aura certain mais Dussart arrive Ă  transcender sa prestation par une sincĂ©ritĂ© et une prestance inoubliable, car il insuffle un cĂ´tĂ© Ă©motionnel très fort dans sa composition et se rĂ©vèle très adroit et habile dans un jeu d’acteur particulièrement appuyĂ© et abouti !

Bruno Dussart, Sylvie Gonnord et Pascal Frezzato
Pascal Frezzato, passionné de cinéma de genre (tout comme Bruno Dussart) a pondu un petit joyau et a réussi à transmettre sa passion via un scénario imparable, petit condensé de la plupart des films post apocalyptiques déjà référencés à ce jour, mais en y rajoutant sa patte !
En fait « le règne des insectes » est bien plus sincère et honnĂŞte en tant que court mĂ©trage que bien des LONGS mĂ©trages sortis dans le milieu professionnel, prĂ©tentieux et dĂ©plaisants, ici Frezzato parle avec son CĹ’UR et c’est ce qui fait la qualitĂ© indĂ©niable du « Règne des insectes »…
On va de surprises en surprises, d’un niveau exemplaire pour une Ĺ“uvre amateur et d’une efficacitĂ© très bien rĂ´dĂ©e, « Le règne des insectes » remporte un succès indubitable et se prĂ©pare pour rentrer dans les rang très serrĂ© des meilleurs courts rĂ©alisĂ©s cette annĂ©e, n’en doutons pas !
GorgĂ© d’Ă©motion et nerveux au niveau de l’action en mĂŞme temps, « Le règne des insectes » s’avère une franche rĂ©ussite, Ă  cautionner et encourager de façon certaine !
Très beau boulot Ă  l’Ă©quipe !


Mention spéciale à mon fidèle ami Bruno : tu as fait un malheur !
Note : 10/10.

La critique de Memory of the dead: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/memory-of-dead-court-metrage.html
La critique de Pour une PoignĂ©e de Spaghettis: http://brunomatei.blogspot.fr/…/per-un-pugno-di-spaghetti-p…

Le film ci-dessous ! Bonne séance !