mardi 16 octobre 2012

Le Nom de la Rose / The Name of the Rose. César du Meilleur Film Etranger, 1987.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thezinfidel.com

de Jean Jacques Annaud. 1986. Italie/France/Allemagne de l'Ouest. 2h13. Avec Sean Connery, Christian Slater, Dwight Weist, Helmut Qualtinger, Elya Baskin, Michale Lonsdale, F. Murray Abraham, Volker Prechtel, Feodor Chaliapin Jr.

Sortie salles France: 17 Décembre 1986. U.S: 24 Septembre 1986. Italie: 17 Octobre 1986

FILMOGRAPHIE: Jean Jacques Annaud est un réalisateur, scénariste et producteur français, né le 1er Octobre 1943 à Juvisy-sur-Orge (Essonne). 1976: La Victoire en chantant. 1979: Coup de Tête. 1981: La Guerre du Feu. 1986: Le Nom de la Rose. 1988: l'Ours. 1992: l'Amant. 1995: Guillaumet, les ailes du courage. 1997: Sept ans au Tibet. 2001: Stalingrad. 2004: Deux Frères. 2007: Sa Majesté Minor. 2011: Or Noir.

Cinq ans après le cĂ©sarisĂ© La Guerre du Feu, Jean-Jacques Annaud s’attribue une nouvelle fois la rĂ©compense du Meilleur Film (Étranger) avec Le Nom de la Rose, d’après le roman d’Umberto Eco. Thriller gothico-horrifique, aventure, suspense, romance et vĂ©ritĂ© historique s’agencent pour transcender une intrigue criminelle Ă  l’aura mĂ©diĂ©vale imprĂ©gnĂ©e de mystère. 

Synopsis: Le franciscain Frère Guillaume, accompagnĂ© de son jeune disciple Adso de Melk, est chargĂ© d’Ă©lucider une sĂ©rie de morts suspectes au sein d’une abbaye du nord de l’Italie, en 1327. Accidents, suicides et meurtres se succèdent parmi l’assemblĂ©e de moines bĂ©nĂ©dictins. Rapidement, Guillaume de Baskerville repère un indice troublant sur les corps martyrisĂ©s : une tâche noire imprimĂ©e sur la langue et l’un des pouces des sinistrĂ©s. En parallèle, la communautĂ© religieuse est soumise Ă  l’autoritĂ© sectaire de Jorge de Burgos, un prĂŞtre fanatique interdisant le rire, accusĂ© d’affaiblir la foi. Un livre dĂ©fendant les bienfaits de l’humour serait Ă  l’origine de cette vague de crimes morbides.

Dans une superbe photo naturelle, en clair-obscur, Le Nom de la Rose s’impose d’abord comme une rĂ©ussite formelle ancrĂ©e dans un gothisme viscĂ©ral, au cĹ“ur d’un sĂ©minaire diaphane perchĂ© au-delĂ  des plaines. En franciscain de Baskerville, notre briscard Sean Connery mène l’enquĂŞte avec un instinct perspicace, dans la peau d’un dĂ©tective indĂ©fectible. 

Avec la complicitĂ© juvĂ©nile de Christian Slater, en disciple attentif et timorĂ©, secrètement Ă©pris d’une sauvageonne, ils forment un tandem inopinĂ©, aussi passionnant qu’Ă©rudit. L’intrigue, solidement charpentĂ©e sur une vĂ©ritĂ© historique, fustige l’obscurantisme religieux et sa juridiction inquisitrice, tout en tressant un suspense rigoureux jalonnĂ© de morts sordides : tĂŞte broyĂ©e sous une pierre, noyade dans une cuve de sang, crĂ©mation, empoisonnement… L’ambiance, d’une densitĂ© pesante, s’Ă©panouit dans les dĂ©cors gothiques d’un monastère labyrinthique, ornĂ© de pièces secrètes – notamment le dĂ©dale vertigineux de la bibliothèque – qui envoĂ»tent par leur tangibilitĂ© presque horrifique. La superstition sataniste, inculquĂ©e par une doctrine intĂ©griste, suinte des murs de pierre, tandis que d’horribles tortures sont infligĂ©es Ă  des innocents damnĂ©s. En sourdine, le score inquiĂ©tant de James Horner distille une tension diffuse, accompagnant nos deux dĂ©tectives emmitouflĂ©s de leur soutane dans une sinistre investigation.

Avec sa densitĂ© narrative consacrĂ©e Ă  dĂ©noncer le fondamentalisme, Jean-Jacques Annaud illustre aussi une bouleversante histoire d’amour, Ă  travers la romance candide du jeune Adso, capucin Ă©pris d’une sauvageonne dĂ©munie, mais sĂ©parĂ©s par l’ordre de la piĂ©tĂ©.

 
"Le rire est le propre de l’homme."
D’une richesse thĂ©matique et esthĂ©tique saisissante, Annaud trouve le juste Ă©quilibre entre divertissement intelligent et rĂ©flexion historique, dans une Ă©poque mĂ©diĂ©vale gangrenĂ©e par l’intolĂ©rance et soumise Ă  l’ignorance des dogmes. Sobrement incarnĂ© par deux illustres comĂ©diens, mais aussi par d’Ă©tonnants seconds rĂ´les Ă  la trogne patibulaire, Le Nom de la Rose Ă©corche la doctrine catholique, lĂ  oĂą rire, sexe et amour osent dĂ©fier ses fondements. Captivant de bout en bout, immersif en diable, chaque genre s’y mĂŞle avec une fluiditĂ© confondante. Sacre d’un chef-d’Ĺ“uvre exhaustif, qu’Annaud marqua une nouvelle fois de son empreinte consciencieuse.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
 
 
16.10.12. 3èx
22.05.24. 4èx. 4K Vostfr

RĂ©compense: CĂ©sar du Meilleur Film Etranger en 1987
Prix David di Donatello de la Meilleure Direction Artistique, des Meilleurs Costumes et de la Meilleure Photographie, 1987.
Prix du film Allemand du Meilleur Acteur (Sean Connery) et de la Meilleure Direction Artistique, 1987.
Ruban d'Argent de la Meilleure Photographie, des Meilleurs Costumes et de la Meilleure Direction Artistique, 1987.
BAFTA Awards du Meilleur Acteur (Sean Connery) et du Meilleur Maquillage, 1988


lundi 15 octobre 2012

Terminator 2: le Jugement dernier / Terminator 2: The Judgment Day

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thomas56220.skyrock.com

de James Cameron. 1991. U.S.A. 2h36 (version longue Director's Cut). 2h17 (version cinéma). Avec Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Edward Furlong, Robert Patrick, Joe Morton, Earl Boen, S. Epatha Merkerson, Jenette Goldstein, Xander Berkeley.

Sortie salles France: 16 Octobre 1991. U.S: 3 Juillet 1991

FILMOGRAPHIEJames Francis Cameron est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien, nĂ© le 16 AoĂ»t 1954 Ă  Kapuskasing (Ontario, Canada). 1978: Kenogenis (court-mĂ©trage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar. 


"L'avenir incertain roule vers nous... Pour la première fois je l'aborde avec un sentiment d'espoir. 
Si une machine, un Terminator, a pu découvrir la valeur de la vie, peut-être le pouvons nous aussi."

Plus gros budget de l'histoire du cinĂ©ma Ă  sa sortie en 1991 (102 millions de dollars), Terminator 2 est la continuitĂ© de la dĂ©mesure d'après les nouvelles vicissitudes de nos hĂ©ros pris Ă  parti avec un nouvel antagoniste singulier. Pour cause, Sarah et son jeune fils John Conor sont confrontĂ©s au T-1000. AndroĂŻde en mĂ©tal liquide envoyĂ© dans le passĂ© capable de prendre n'importe quelle apparence humaine pour parvenir Ă  ses fins. Quand au Terminator dĂ©lĂ©tère (le T-800) prescrit dans le 1er volet, notre cyborg impassible est aujourd'hui projetĂ© en 1995 pour protĂ©ger la destinĂ©e du futur sauveur de l'humanitĂ©. Avec ses effets spĂ©ciaux rĂ©volutionnaires pour l'Ă©poque (le procĂ©dĂ© du Morphing pour donner chair au T-1000) et son budget pharaonique, James Cameron dĂ©cuple l'action destroy entrevue dans le 1er volet avec un sens de l'efficacitĂ© proprement hallucinĂ©. La description prĂ©gnante de son climat crĂ©pusculaire ainsi que la violence brutale prĂ©alablement illustrĂ©e en 1984 Ă©tant toutefois ici lĂ©nifiĂ©s au profit d'une action homĂ©rique quasi ininterrompue. Ainsi, par le biais du personnage docile du Terminator protecteur, le rĂ©alisateur privilĂ©gie un humanisme perfectible (non exempt d'humour) pour mettre en exergue une leçon d'apprentissage entre John Connor vouĂ© Ă  humaniser son ange gardien. 


Quand au personnage maternel de Sarah antĂ©cĂ©demment fragile et candide, elle est aujourd'hui devenue une vĂ©ritable guerrière inflexible engagĂ©e Ă  supprimer l'ingĂ©nieur responsable du prochain cataclysme planĂ©taire. Fort d'un scĂ©nario funeste d'une puissance dramatique teintĂ©e de mĂ©lancolie existentielle quant au devenir de notre humanitĂ© condamnĂ©e Ă  une 3è guerre mondiale, James Cameron fait intervenir par cette occasion alarmiste un nouveau personnage inoxydable littĂ©ralement increvable. Tant et si bien que nos hĂ©ros frondeurs ne cessent de fuir cette menace indestructible tout en s'efforçant de retrouver une micro puce ainsi qu'un bras robotisĂ© au sein de l'entreprise Skynet afin de contrecarrer la prophĂ©tie nuclĂ©aire. D'un point de vue technique, la virtuositĂ© percutante de sa mise en scène gĂ©omĂ©trique et la qualitĂ© novatrice des FX rĂ©ussissent Ă  tenir en haleine le spectateur littĂ©ralement Ă  bout de souffle au fil d'une succession d'agressions violentes que la police affronte notamment sans saisir les tenants et aboutissants de nos hĂ©ros acharnĂ©s ! Qui plus est, sans jamais faire preuve d'esbroufe tapageuse, l'action cinglante dĂ©ployĂ©e de façon dĂ©mesurĂ©e reste tributaire du cheminement narratif. On peut Ă©galement en dire de mĂŞme pour l'intelligence de ses effets spĂ©ciaux littĂ©ralement bluffants de rĂ©alisme. Tant au niveau des cascades extrĂŞmement spectaculaires que de la physionomie du T-1000, cyborg d'apparence humaine pour tromper ses alliĂ©s car uniquement constituĂ© de mĂ©tal liquide. 


Jouissif de bout en bout de par son rythme Ă©pique saturĂ© d'une maĂ®trise technique Ă©bouriffante, Terminator 2 iconise le Blockbuster pharaonique avec une humble intelligence quant Ă  sa rigueur Ă©motionnelle impartie aux personnages aussi pugnaces et effrontĂ©s que fragiles et dĂ©semparĂ©s. Moins sombre, moins horrifique et violent que son modèle parce que plus orientĂ© vers l'action pure non sans une certaine dĂ©rision, James Cameron tend vers le rĂ©cit initiatique (les relations fraternelles entre John et le T-800 puis l'enseignement pĂ©dagogique qui s'ensuit) en abordant notamment avec beaucoup de sincĂ©ritĂ© une rĂ©flexion sur l'aliĂ©nation guerrière, l'inanitĂ© des gĂ©nocides Ă©manant de notre instinct destructeur et le sens du sacrifice quant Ă  la destinĂ©e du Terminator. Enfin, il s'interroge sur notre soif de progrès technologique lorsque le matĂ©rialisme abĂŞti un peu plus chaque citoyen au pĂ©ril de son humanisme. Authentique (second) chef-d'oeuvre du cinĂ©ma d'action d'une classe esthĂ©tisante, Terminator 2 insuffle un pouvoir de fascination aussi trouble que poignant sous l'impulsion de hĂ©ros terriblement fĂ©briles et contrariĂ©s Ă  travers leur fĂŞlure morale hantĂ©e de culpabilitĂ©. 

*Bruno 
15.10.12. 
26.09.24. 4èx. Vostfr. 4K

jeudi 11 octobre 2012

Terminator / The Terminator. Grand Prix Avoriaz, 1985.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecran large

de James Cameron. 1984. U.S.A. 1h47. Avec Arnold Schwarzenegger, Franco Columbu, Michael Biehn, Linda Hamilton, Paul Winfield, Lance Henriksen, Bess Motta, Earl Boen.

Sortie salles France: 24 Avril 1985. U.S: 26 Octobre 1984

FILMOGRAPHIE: James Francis Cameron est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 16 Août 1954 à Kapuskasing (Ontario, Canada). 1978: Kenogenis (court-métrage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar


Schwarzenegger, littĂ©ralement indestructible, explose l'Ă©cran sans jamais sombrer dans le ridicule. 
Grand Prix Ă  Avoriaz un an après sa sortie internationale triomphante, Terminator est rapidement devenu un classique du film d'action futuriste alors que son antagoniste principal, nouvel archĂ©type du Mal technologique, facilita la notoriĂ©tĂ© du nĂ©ophyte Arnold Schwarzenegger ! (il fut dĂ©couvert par le public deux ans plus tĂ´t avec Conan). RĂ©cit d'anticipation crĂ©pusculaire prĂ©figurant les dangers inquiĂ©tants de nos technologies modernes, film d'action dantesque menĂ© Ă  un rythme trĂ©pidant dans le cadre d'une atmosphère franchement horrifique, le second film de James Cameron traverse sans complexe les dĂ©cennies de par son efficience implacable, la virtuositĂ© de sa mise en scène, son action fulgurante ultra lisible et l'impact de ses saisissantes images funĂ©raires mais aussi romantiques. Attention, pur film d'ambiance funeste Ă  couper au rasoir au sein d'une citĂ© urbaine de tous les dangers, qui plus est magnifiquement photographiĂ© Ă  travers ses teintes nocturnes d'un bleu clair argentĂ©. Une ambiance ensorcelante qu'on ne retrouvera jamais plus dans les opus suivants. Le pitch2029. Le monde est Ă  l'agonie après une apocalypse nuclĂ©aire amorcĂ©e par les machines. Mais un belligĂ©rant du nom de John Connor rĂ©ussit peu Ă  peu Ă  contrecarrer leur stratĂ©gie destructrice. Deux soldats du futur sont alors envoyĂ©s dans le passĂ© en 1984 pour tenter de retrouver une serveuse de bar, Sarah Connor. Le Terminator, cyborg ultra perfectionnĂ©, est destinĂ© Ă  la supprimer. Kyle, soldat rebelle, sera donc chargĂ© de la protĂ©ger pour prĂ©server la destinĂ©e de John Connor (son futur fils !). Pour la survie de l'humanitĂ©, une guerre sans merci est donc livrĂ©e entre eux en plein coeur de Los Angeles. Avec un budget modeste mais beaucoup d'astuces artisanales et un savoir-faire infaillible, James Cameron et son Ă©quipe de techniciens Stan Winston, Roger George et Frank DeMarco rĂ©ussissent Ă  crĂ©er un univers anxiogène par l'entremise destructrice de machines terrifiantes conçues pour anĂ©antir notre race.


Son impact visuel Ă  l'aura dĂ©lĂ©tère (les pupilles rouges des Terminator perçants l'obscuritĂ©, les charniers de cranes humains Ă©crasĂ©s sous le poids des chars high-tech, ou encore les exĂ©cutions sommaires des mĂ©nagères ayant comme patronyme commun "Sarah Connor") renchĂ©rissant notre fascination au grĂ© d'images cauchemardesques hĂ©ritĂ©es de gĂ©nocides nazis. Afin de retranscrire avec souci de vĂ©ritĂ© le futur de 2029, l'ambiance nocturne en clair-obscur (sous Ă©clairs de nĂ©ons azur) met en exergue un cataclysme nuclĂ©aire oĂą quelques rares survivants famĂ©liques sont parquĂ©s dans des sous-sols afin de se prĂ©munir des Ă©clats de bombes et des faisceaux de lasers. Des sĂ©quences terriblement marquantes car rĂ©alistes Ă  travers leur tonalitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e afin de souligner la dĂ©tresse des rescapĂ©s confinĂ©s dans la pĂ©nombre, derniers rĂ©sistants d'une fin de civilisation asservie par des robots imputrescibles. Mais en dĂ©pit de la grande efficacitĂ© de ces sĂ©quences d'anthologie en roue libre, Terminator doit notamment son acuitĂ© par la dimension humaine des nos protagonistes en fuite, Kyle et Sarah. Un couple en Ă©treinte vouĂ© Ă  se rencontrer pour la sauvegarde d'un rejeton prĂ©destinĂ© Ă  sauver l'avenir de l'humanitĂ©. Ainsi, en juxtaposant le thème spatio-temporel et l'anticipation pessimiste d'un holocauste imminent, James Cameron exploite un scĂ©nario taillĂ© sur mesure oĂą l'efficacitĂ© se renouvelle incessamment lors d'un savant dosage d'action, d'ultra violence, d'intensitĂ© dramatique et de suspense en crescendo. Les sĂ©quences explosives Ă©tant rĂ©alisĂ©es avec une vigueur estomaquante, quand bien mĂŞme un contraste s'y Ă©tablit Ă  d'autres instant plus flegmes et intimes quant aux relations empathiques de Kyle et Sarah en incertitude sur notre postĂ©ritĂ©. Des apartĂ©s romantiques magnifiquement dĂ©peintes auprès de leur confidence Ă  la fois tĂ©nue, mĂ©lancolique et dĂ©munie que le score fragile de Brad Fiedel scande avec une discrĂ©tion langoureuse.  


Le seul, l'unique Terminator. 
Epique et fascinant, sombre et angoissant, cafardeux et effrayant, poignant et Ă©mouvant, Terminator oscille style bourrin et  densitĂ© humaine d'un enjeu planĂ©taire en exposant en filigrane une sombre rĂ©flexion sur l'avenir de notre technologie perfectible. Sa violence incisive issue d'offensives et de compĂ©titions de survie (Ă  l'amertume dĂ©sespĂ©rĂ©e), sa romance contrariĂ©e Ă  la fois fĂ©brile et chĂ©tive et enfin l'icone Arnold Chwarzenegger en dĂ©mon de mĂ©tal font de ce modèle de sĂ©rie B un pur chef-d'oeuvre mortifère dont les images dures, glaçantes, opaques, foudroyantes, ensorcelantes, resteront Ă  jamais gravĂ©es dans notre mĂ©moire collective.

Bruno Matéï
20.05.22. 6èx
11.10.12. 

Apport Technique du Blu-ray: 9/10


mardi 9 octobre 2012

LE COUVENT DE LA BETE SACREE (School of the Holly Beast / Sei Ju Gakuen)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site eiga.wikia.com

de Norifumi Suzuki. 1974. Japon. 1h32. Avec Yumi Takigawa, Fumio Watanabe, Emiko Yamauchi, Maya Takikawa.

FILMOGRAPHIE: Norifumi Suzuki est un réalisateur et scénariste japonais, né le 26 Novembre 1933 à Shizuoka, décédé le 15 Mai 2014. 1971: Girl Boss Blues: Queen Bee's Counterattack. 1972: Girl Boss Blues: Queen Bee's Challenge. 1972: Girl Boss Guerilla. 1973: Girl Boss Revenge: Sukeban. 1973: Sex and Fury. 1973: Le Pensionnat des jeunes filles perverses. 1974: Le Couvent de la Bête Sacrée. 1975: Shaolin Karaté. 1979: Vices et Sévices. 1980: Les Tueurs Noirs de l'Empereur fou. 1982: Le Feu de la Vengeance.


Fleuron de la Nunsploitation, sous-genre inauguré en 1971 avec les Diables de Ken Russel, Le Couvent de la Bête Sacrée brave les interdits de la piété avec un cynisme sarcastique assez extravagant. D'un esthétisme baroque dans sa poésie macabre, cette série B d'exploitation nous emmène au sein d'un séminaire, lieu de débauche véreux auquel une assemblée de religieuses sont incapables de réfréner leurs pulsions sexuelles sous l'effigie de Dieu. Mayumi, jeune fille de 18 ans, pénètre au sein de l'institution dans le but de découvrir qui aurait pu être l'auteur du meurtre de sa mère. Mais derrière cette doctrine religieuse se cache les vices les plus répréhensibles auprès de soeurs endoctrinées sous la hiérarchie de chasteté. Cette abstinence les amenant indubitablement à pratiquer moult relations intimes dans leurs expériences saphiques ou hétéros. En prime, le prêtre particulièrement discret lors de ses visites impromptues est un hérétique délibéré à railler l'impuissance de Dieu. Au milieu de cette débauche où les tortures sont quotidiennement infligées aux nonnes les plus indociles par Mère supérieure, Mayumi se contente d'observer en attendant le moment propice pour accomplir sa vengeance.


Mis en scène avec un brio inspiré et surtout transcendé par la beauté formelle de ces images stylisées, le Couvent de la Bête Sacrée déploie sans modération nombre de séquences érotiques d'une audace blasphématoire. Relations sulfureuses entre lesbiennes douées de pulsions incontrôlées, intrusion illicite de deux marginaux en interne du couvent pour violer l'une d'entre elles, ou encore acte incestueux auprès d'un paternel infidèle. Mais ce libertinage perpétré à l'abri des regards indiscrets est régulièrement épié par des nonnes trop curieuses. En guise de sanction exemplaire d'avoir osé offenser la vertu de chasteté, divers sévices corporels leur sont infligés afin d'exorciser et libérer le démon enfanté ! Ces séquences de tortures épurées sont réalisées avec une élégance singulière pour transcender la beauté macabre d'un érotisme fétichiste. En outre, une séquence de mise à mort pourra rappeler aux amateurs la démesure baroque d'un Argento plutôt inspiré d'avoir sublimé quelques années plus tard un opéra de danse cabalistique. En l'occurrence, le réalisateur préfigure son style novateur avec ce tableau pictural d'un corps suspendu dans le vide par une corde, les jambes ruisselantes de sang aux abords d'une mosaïque décorative !


Etrange film compromis Ă  la tendance fĂ©tichiste du Nunsploitation, le Couvent de la BĂŞte SacrĂ©e est un blasphème anti religieux d'une Ă©lĂ©gance Ă©hontĂ©e. Une provocation impudente, un tĂ©moignage ironique de l'accoutumance sexuelle innĂ©e en chacun de nous et un pied de nez Ă  l'enseignement sectaire du christianisme. D'une sensualitĂ© torride et d'une poĂ©sie immaculĂ©e, cette vendetta en demi-teinte s'obscurcie au fil d'une lourde rĂ©vĂ©lation liĂ©e Ă  la filiation parentale. Et l'ange de la vengeance de perpĂ©trer sa douce rancoeur avec une grâce mĂ©thodique. 

Dédicace à Nicole Leopoldine Staudigl
09.10.12. 2èx
Bruno Matéï


lundi 8 octobre 2012

Apportez moi la tĂŞte d'Alfredo Garcia / Bring Me the Head of Alfredo Garcia

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood70.com

de Sam Peckinpah. 1974. U.S.A. 1h52. Avec Warren Oates, Isela Vega, Robert Webber, Gig Young, Kris Kristofferson, Emilio Fernandez, Helmut Dantine.

Sortie salles France: 2 Janvier 1975. U.S: 14 Août 1974

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 21 FĂ©vrier 1925, dĂ©cĂ©dĂ© le 28 DĂ©cembre 1984. 1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un NommĂ© Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tĂŞte d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


Western moderne consacrĂ© Ă  une traque sans rĂ©mission, Apportez moi la tĂŞte d'Alfredo Garcia est une marche funèbre vers la dĂ©solation. L'odyssĂ©e aride la plus nihiliste et dĂ©senchantĂ©e de la carrière du cinĂ©aste. Jugez en : Un couple se retrouve imbriquĂ© dans une suite de vicissitudes sordides afin de pouvoir s'approprier la tĂŞte humaine d'Alfredo Garcia. La raison de ce dĂ©cret Ă©mane de l'idylle sans lendemain entretenue avec ce sĂ©ducteur et la fille d'un patriarche vĂ©reux. C'est en Ă©change d'une somme d'argent considĂ©rable offerte par ce dernier que Bennie dĂ©cide d'entamer cette sale besogne avec l'entremise de sa concubine. Mais l'individu recherchĂ© est dĂ©jĂ  mort ! Jusqu'au boutiste et d'un dĂ©sespoir particulièrement Ă©prouvant, Sam Peckinpah nous illustre ici l'interminable chemin de croix d'un voyou en perte de vitesse, partagĂ© entre l'appât d'un gain faramineux et l'idylle sereine avec sa partenaire amoureuse. Le portrait dĂ©risoire d'un individu corrompu par sa condition marginale mais rattrapĂ© par son empathie amoureuse. 


Par son instinct cupide liĂ© Ă  sa condition sociale misĂ©reuse, il devra faire face Ă  sa responsabilitĂ© morale, sa culpabilitĂ© après avoir braver ses adversaires dans une dĂ©rive meurtrière indigne. Car c'est au sein d'une contrĂ©e mexicaine prĂ©caire oĂą les laissĂ©s pour compte, bandits et mercenaires mesquins tentent d'y survivre que Bennie dĂ©cide de retrouver une tombe pour exhumer la tĂŞte putrĂ©fiĂ©e d'un cadavre. Baignant dans une atmosphère solaire irrespirable, l'ambiance malsaine qui s'y dĂ©gage rĂ©sulte notamment de l'insolite prĂ©sence de cette tĂŞte en putrĂ©faction maladroitement enfouie dans un sac rempli de glace. Par une succession d'altercations malchanceuses et le sacrilège d'avoir osĂ© profaner la sĂ©pulture d'une ancienne connaissance, la destinĂ©e morbide de bennie est inĂ©vitablement impartie aux consĂ©quences de l'indĂ©cence et du sang de certains innocents. Dans le rĂ´le crĂ©pusculaire de Bennie, Warren Oates promène sa dĂ©gaine de cow-boy solitaire Ă  l'instar d'un fantĂ´me errant. Il traĂ®ne sa silhouette sagouine avec une nonchalance amère suivie d'une rancune vindicative aux accents suicidaires. SecondĂ© par sa compagne soumise Ă©prise d'amour pour ce machiste bourru, Isela Vega apporte la touche romanesque avec autant d'aspiration pour son mariage augurĂ© que de regret pour l'obstination intraitable de son amant. 


TraversĂ© d'Ă©clairs de violence crue et d'un nihilisme radical mais inĂ©vitable, Apportez moi la tĂŞte d'Alfreda Garcia est le western putride dĂ©diĂ© au dĂ©clin misĂ©reux d'un marginal galvaudĂ© par son entĂŞtement. Le cri de haine dĂ©sespĂ©rĂ© d'un paumĂ© stoĂŻque en quĂŞte de rĂ©demption car rongĂ© de culpabilitĂ© mais finalement exposĂ© Ă  une vendetta aveugle. SĂ©vère constat d'un marginal discrĂ©ditĂ©  compromis Ă  une hĂ©catombe impitoyable oĂą aucun des participants ne pourra y sortir vainqueur. Un chef-d'oeuvre absolu de nihilisme emportant l'empathie du spectateur vers les mĂ©andres d'une aigreur aussi fĂ©tide qu'empoisonnĂ©e.

Apport technique du Blu-ray: 6,5/10
29.11.24. 4èx. Vostfr
08.12.12. 3èx


Ci-joint le p'tit mot d'amour de Jérôme André Tranchant:
Apportez moi la tĂŞte d'Alfredo Garcia est le film testamentaire de Sam Peckinpah.  Ce n'est pas le dernier film du grand rĂ©alisateur de la horde sauvage.  Mais la mort rode dans tous les coins dans ce long mĂ©trage. 
Alfredo Garcia est une odyssĂ©e funèbre, un road movie mortifere.  
La vision du Mexique du grand Sam est un avant goĂ»t de l'enfer.  Le pays est d'un grand dĂ©labrement,  la pauvretĂ© est de partout mais le peuple reste digne. 
Bennie le pianiste est une sorte d'alter ego de Sam Peckinpah.  Le grand Warren Oates a mĂŞme pris les lunettes noires du rĂ©alisateur pour crĂ©er son personnage.  Warren Oates est un acteur de gĂ©nie avec un jeu d'acteur d'une grande subtilitĂ©. 
Apportez moi la tĂŞte d'Alfredo Garcia est un polar sombre,  extrĂŞmement dur,  sec et aride comme il serait impossible de faire aujourd'hui.  Mais ce long mĂ©trage est aussi une sorte de western kamikaze. 
Le film est aussi un très beau film sur le couple,  d'un grand romantisme. 
Mais surtout Alfredo Garcia est un chef d'œuvre du septième art.

jeudi 4 octobre 2012

Le Masque de la Mort Rouge / The Masque of the Red Death

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinelounge.org

de Roger Corman. 1964. U.S.A/Angleterre. 1h30. Avec Vincent Price, Hazel Court, Jane Asher, David Weston, Nigel Green, Patrick Magee, Paul Whitsun-Jones, Robert Brown.

Sortie salles France: 8 Octobre 1969. U.S: 24 Juin 1964

FILMOGRAPHIERoger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


Les tĂ©nèbres, le dĂ©clin et la mort rouge Ă©tendirent leur empire illimitĂ© sur tout. 
Edgar Allan Poe

D'après une histoire d'Edgar Allan Poe, Roger Corman rĂ©alise en 1964 l'une de ses plus belles rĂ©ussites sous la bannière du plus cĂ©lèbre des romanciers gothiques. Le Masque de la Mort Rouge fait parti de sa septième adaptation, juste avant qu'il ne clĂ´ture son cycle Poe avec une dernière pièce maĂ®tresse: la Tombe de Ligeia. Le PitchDans l'Italie du 12è siècle, le prince Prospero sème la terreur auprès des paysans vivants dans des conditions misĂ©reuses. Par la dĂ©sobĂ©issance de certains d'eux, il dĂ©cide d'emprisonner le père et l'amant de Francesca dans son château afin de courtiser cette dernière. Pendant ce temps, sous l'apparence d'une silhouette rouge, une Ă©trange Ă©pidĂ©mie se rĂ©pand sur la rĂ©gion et contamine un Ă  un les dĂ©favorisĂ©s. Chef-d'oeuvre du fantastique dans toute sa flamboyance gothique, le Masque de la Mort Rouge est un Ă©trange conte sur la fatalitĂ© de la mort. Baignant dans une atmosphère onirique, crĂ©pusculaire, pour ne pas dire baroque et atypique, cette cĂ©rĂ©monie cynique est avant tout une rĂ©ussite formelle vouĂ©e Ă  l'allĂ©geance macabre d'adorateurs de Satan. 


Ainsi, nous sommes frappĂ©s de stupeur face Ă  la scĂ©nographie insolite des chambres secrètes du château ayant communĂ©ment une nuance monochrome bien distincte. Il y a notamment l'extravagance d'un vaste rĂ©fectoire prĂŞt Ă  recevoir les nobles invitĂ©s de ProspĂ©ro alors qu'un bal costumĂ© est sur le point d'en cĂ©lĂ©brer l'agonie. Tandis qu'au sous-sol, des prisonniers parquĂ©s dans des cachots rubigineux attendent leur inĂ©vitable sort. D'un point de vue graphique, la violence audacieuse (pour l'Ă©poque !) de deux sĂ©quences surprend encore aujourd'hui par son rĂ©alisme cuisant (l'attaque du corbeau sur Juliana et Alfredo embrasĂ© par les flammes). En talent de conteur attentionnĂ© et sous couvert d'un rĂ©cit fantastique imprĂ©gnĂ© de mystère et de sĂ©quences imprĂ©visibles d'une aura Ă  la fois lunaire et sĂ©pulcrale (notamment au niveau des rĂ©actions hilares des figurants aristos imbibĂ©s d'impertinence), Roger Corman confronte la dualitĂ© du Bien et du Mal Ă  travers la religion du christianisme et le culte du satanisme. Francesca, jeune paysanne pieuse n'aura de cesse durant son cheminement d'implorer Ă  Prospero son Ă©thique inscrite dans la sagesse car fondĂ©e sur les notions de tolĂ©rance et respect d'autrui. Mais le prince dĂ©nuĂ© de vergogne puisque corrompu par le vice, la cupiditĂ© et la mĂ©galomanie n'Ă©prouvera qu'indiffĂ©rence aux regards des plus faibles. Alors que sa vĂ©nale assemblĂ©e aura droit Ă  un traitement de faveur pour rester au sein du château et ainsi se prĂ©munir de l'Ă©pidĂ©mie mortelle qui jalonne la campagne. 


Avec une cruelle dĂ©rision, le cinĂ©aste met en exergue les effets pervers de l'omnipotence d'une monarchie, de cette autonomie immorale Ă  asservir les plus dĂ©munis par cupiditĂ©. Il n'hĂ©site pas Ă  ridiculiser ses hĂ´tes vouĂ©s Ă  accomplir des jeux risibles en communautĂ© par guise d'ennui mais aussi pour divertir la galerie (se comporter tel un animal de compagnie en marchant Ă  quatre pattes ou se dĂ©guiser en gorille et gesticuler face Ă  un public hilare dĂ©nuĂ© de morale !). Et pour iconiser le profil mesquin d'un roi entièrement vouĂ© Ă  servir Satan, Vincent Price donne chair Ă  son personnage avec une spontanĂ©itĂ© renversante. Car de façon sardonique, en se vautrant dans une triviale dĂ©sinvolture, il perpĂ©tue ses sĂ©vices sadiques envers n'importe quel quidam (nobles comme prolĂ©taires) avec une posture impassible particulièrement rogue. Quand Ă  son partenaire Alfredo, tout aussi insidieux et dĂ©loyal, c'est Patrick MacGee qui s'y investi avec autant d'Ă©gotisme mais aussi d'opportunisme Ă  double tranchant.


Chaque homme se créé son propre dieu, son propre paradis, son propre enfer
D'une beautĂ© picturale rappelant l'esthĂ©tisme baroque d'Argento Ă  ses heures de gloire de Suspiria, Le Masque de la Mort Rouge s'agence autour d'un carnaval de damnĂ©s fustigĂ©s par la maladie, lĂ  oĂą la mort rouge reprend naturellement ses droits afin d'y dĂ©noncer la supercherie du Mal. L'interprĂ©tation magistrale de Vincent Price d'une cruautĂ© inĂ©galĂ©e et la sobriĂ©tĂ© des seconds rĂ´les renforçant sa vraisemblance occulte sous l'hĂ©gĂ©monie d'un cinĂ©aste littĂ©ralement au sommet de son art. Tant et si bien que par son parti-pris ambitieux Le Masque de la mort Rouge demeure d'une modernitĂ© dĂ©concertante Ă  chaque rĂ©vision. Tant auprès de sa plĂ©thore de sĂ©quences lunaires habilement structurĂ©es, de sa violence âpre dĂ©complexĂ©e que de sa profondeur psychologique imparties Ă  la thĂ©orie du Bien et du Mal. 

*Bruno
31.12.22. 5èx
04.10.12. 

La chronique de la Chute de la maison Usher: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-chute-de-la-maison-usher-house-of.html
La chronique de La Tombe de Liegia: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-tombe-de-liegia-tomb-of-ligeia.html

                                     

mercredi 3 octobre 2012

THE THEATRE BIZARRE


de Buddy Giovinazzo, Karim Hussain, David Gregory, Jeremy Kasten, Tom Savini, Douglas Buck, Richard Stanley. 2011. U.S.A. 1h54. Avec Udo Kier, Catriona McColl, Virginia Newcomb, Shane Woodward.

Sortie salles France uniquement en Dvd et Blu-ray: 3 Octobre 2012

Introduction: (Info Allo Ciné)
Attention, ce film peut provoquer des Ă©vanouissements… Telle pourrait ĂŞtre la tagline du film The Theâtre Bizarre, compilation de sept courts mĂ©trages horrifiques. PrĂ©sentĂ© dans divers festivals dont celui de GĂ©rardmer, le film provoque de drĂ´les de rĂ©actions puisque 4 personnes se sont Ă©vanouies et une autre a dĂ» sortir prĂ©cipitamment de la salle pour vomir. Le court mĂ©trage responsable serait Vision Stains du canadien Karim Hussain, qui suit une tueuse accro aux souvenirs visuels d’autres personnes. Pour satisfaire sa dĂ©pendance celle-ci insère l’aiguille d’une seringue (filmĂ© en gros plan) dans l’Ĺ“il de ses victimes puis dans son Ĺ“il…


Précédé d'une réputation sulfureuse (voir intro ci-dessus !) et toujours inédit en salles en France, The Theâtre Bizarre reprend le concept du film à sketch pour nous illustrer 6 histoires horrifiques particulièrement dérangeantes et hard-gore. Esthétiquement soigné et pourvu d'une ambiance singulière véhiculant un malaise tangible, cette nouvelle anthologie nous propose des récits inégaux sans toutefois laisser le public indifférent grâce à son efficience régulière et l'audace subversive. En l'occurrence, on sent bien que chacun des réalisateurs à souhaité proposer à l'amateur du genre un spectacle déviant où la poésie macabre ou morbide émane de situations fantasmatiques, entre onirisme extravagant et horreur chirurgicale.

Une jeune femme est irrĂ©sistiblement attirĂ©e par un cinĂ©ma abdiquĂ©. A l'intĂ©rieur, un automate humain lui Ă©nonce 6 histoires Ă  venir. Pour chaque rĂ©cit narrĂ©, un nouveau pantin se dĂ©voile sur la scène de théâtre tandis que la spectatrice semble perdre pied avec la rĂ©alitĂ©. 


Le 1er rĂ©cit, The Mother of Toads de Richard Stanley, dĂ©bouche sur un univers paĂŻen vis Ă  vis d'une sorcière rĂ©fugiĂ©e au fond d'une cabane afin d'appâter un jeune vacancier fascinĂ© par le Necronomicon. Sans surprise mais pourvu d'une certaine efficacitĂ© dans la conduite narrative, ce prĂ©ambule rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  nous sĂ©duire par son ambiance diaphane et pastel. Sa poĂ©sie macabre Ă©manant d'une nature hostile oĂą d'inquiĂ©tants crapauds scrutent la forĂŞt afin d'apprĂ©hender le quidam Ă©garĂ©. 
I love You de Buddy Giovinazzo nous conte une histoire d'adultère entre un mari jaloux et une amante dissolue. Le thème conjugal traitĂ© avec sarcasme puis sans ambages tire sa force par l'ambiguĂŻtĂ© psychologique des deux amants antinomiques et dĂ©bouche sur une conclusion licencieuse oĂą la jalousie confine vers la schizophrĂ©nie.   
Wet Dreams de Tom Savini traite notamment d'un conflit matrimonial entre un Ă©poux infidèle et sa femme vindicative. Souffrant de terreurs nocturnes liĂ©s Ă  la rĂ©currence de songes cauchemardesques,  l'homme dĂ©cide de consulter un psychanalyste pour tenter de comprendre ses visions horrifiantes de pĂ©nis sectionnĂ©, cuisinĂ© ensuite par sa propre Ă©pouse ! On tient ici l'un des sketchs les plus dĂ©bridĂ©s et erratiques dans cette confusion altĂ©rĂ©e du personnage asservi, entre sa part de songe et rĂ©alitĂ© !


The Accident de Douglas Buck se rĂ©vèle Ă  mes yeux LE sketch le plus stylisĂ© et maĂ®trisĂ© mais aussi le plus mature vis Ă  vis du ton mĂ©lancolique de sa pudeur humaine. Une mère et sa petite fille sont tĂ©moins d'un accident mortel de moto. ChoquĂ©e par l'apparition du cadavre sans vie, la fillette va tenter de comprendre par l'entremise de sa maman pour quelle raison la mort s'accapare sans prĂ©venir de notre existence. ElĂ©gie de la mort dans toute sa cruautĂ© et son iniquitĂ©, The Accident aborde le tabou avec une Ă©motion sensitive sous le regard candide de l'enfant. Avec une ambition esthĂ©tique morbide proche de l'expĂ©rimental Aftermath de Nacho Cerda, Douglas Buck Ă©tablit une rĂ©flexion existentielle sur le sens de la mort, sa cruelle lamentation et l'intĂ©rĂŞt d'accorder une faveur Ă  l'aubaine de la vie. Sublime et dĂ©senchantĂ© mais d'une tendresse infinie pour l'aspiration prochaine du bonheur !
Vision Stains de Karim Hussain est sans doute l'un des segments les plus glauques et extrêmes, mais aussi le plus original pour tenter de percer les mystères de la vie au-delà de la mort. Une tueuse en série s'accapare des souvenirs des miséreux avec l'aide d'une seringue injectée dans la rétine oculaire. Déroutant, poétique et désespéré, l'intrigue dédiée à la réminiscence des souffres-douleurs se clôt sur une ambivalence occulte, aussi nihiliste que salvatrice pour le destin de sa criminelle !
Enfin, Sweets de David Gregory parachève l'anthologie sur la soumission conjugale en traitant du cannibalisme. Forme allégorique de l'amour vampirique voué à la consommation lorsqu'un couple boulimique s'entredévore par dépit amoureux. Visuellement insolite et raffiné pour mettre en exergue une débauche culinaire, Sweets est une impudente farce macabre à l'insolence sardonique. Méfiance tout de même car la nausée risque de provoquer les "haut le coeur" chez les plus sensibles !


Indubitablement inégal mais souvent intrigant et déconcertant, The Theâtre Bizarre est une oeuvre scabreuse baignant dans la corruption avec une autonomie couillue. Formellement gracile, mis en scène avec rigueur et émaillé de séquences gores d'une verdeur viscérale, ce théâtre morbide renouvelle le genre hétéroclite avec une certaine originalité. D'autant plus que l'ambiance hors norme et sa galerie de personnages marginaux risquent d'en dérouter plus d'un ! Ce qu'il convient de le réserver à un public averti pour son réalisme acéré.

03.10.12
Bruno Matéï


mardi 2 octobre 2012

EXPENDABLES 2: Unité Spéciale (The Expendables 2)

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nicetomeetu.fr

de Simon West. 2012. U.S.A. 1h42. Avec Sylvester Stallone, Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger, Jean-Claude Vandamme, Chuck Norris, Jason Statham, Jet Li, Dolph Lundgren, Novak Djokovic.

Sortie salles France: 22 Août 2012. U.S: 17 Août 2012

FILMOGRAPHIE: Simon West est un réalisateur, producteur et scénariste britannique, né en 1961 à Letchworth (Royaume-Uni).
1997: Les Ailes de l'Enfer
1999: Le Déshonneur d'Elisabeth Campbell
2001: Lara Croft: Tomb Raider
2006: Terreur sur la Ligne (remake)
2011: Le Flingueur
2012: Expendables 2: Unité Spéciale


Deux ans après leurs premiers exploits, les Expendables sont de retour sous la houlette d'un rĂ©alisateur lucratif plutĂ´t conventionnel, Simon West (mĂŞme si l'impayable les Ailes de l'Enfer Ă©tait sacrĂ©ment attractif dans son dĂ©lire revendiquĂ©). Exit donc Stallone derrière la camĂ©ra et place aussi Ă  une nouvelle ribambelle de vĂ©tĂ©rans notoires du cinĂ©ma des annĂ©es 80 ! Chuck Norris et Jean Claude Vandamme mais aussi Arnold Schwarzenegger ainsi que Bruce Willis (dans des apparitions plus Ă©loquentes que leur camĂ©o du 1er volet).


Cette fois-ci, sous l'injonction de Mr Chapelle, les Expendables ont pour mission de parcourir l'Albanie afin de rĂ©cupĂ©rer un coffre dans la carcasse d'un avion. Mais pour ouvrir la boite codĂ©e,  Maggie Chang, une experte, participe notamment Ă  la tâche. Sur place, après avoir retrouvĂ© le mystĂ©rieux objet, Barney et son Ă©quipe sont sur le point de quitter le territoire. Mais un leader terroriste, Jean Vilain, accompagnĂ© d'une escouade de militaires (les "sangs"), les en empĂŞchent afin de s'emparer du coffre. S'ensuit une altercation qui tourne mal puisque la nouvelle recrue des Expendables, Billy Timmons, est sauvagement exĂ©cutĂ© ! Fou de colère, Barney et son Ă©quipe jurent de se venger de leur tortionnaire. En outre, après avoir dĂ©couvert ce que renfermait le contenu de la boite (une topographie d'un lieu !) par l'entremise de Maggie, ils vont Ă©galement tenter de retrouver 5 tonnes de plutonium planquĂ©s dans une mine albanaise oĂą des paysans molestĂ©s sont exploitĂ©s comme de vĂ©ritables esclaves.


Le scĂ©nario convenu et Ă©culĂ© est Ă©videmment un prĂ©texte afin d'exploiter la bravoure de quelques scènes belliqueuses pĂ©taradantes. Avec son prĂ©ambule monstrueusement explosif et son final dantesque tout aussi anthologique, The Expendables 2 ne dĂ©roge pas Ă  la règle et propose mĂŞme de mon point de vue une version amĂ©liorĂ©e du 1er volet ! NĂ©anmoins, nous sommes toujours bien en prĂ©sence d'un simple plaisir coupable du samedi soir conçu pour ranimer la flamme des actionner d'exploitation qui ont envahi nos Ă©crans durant les annĂ©es 80. La bonhomie naĂŻve et la complicitĂ© de nos hĂ©ros (plus attachants !) renforcent le caractère sympathique de ce blockbuster jamais avare en loufoquerie. D'autant plus que la verve ironique de certains dialogues font souvent illusion pour amuser le spectateur. En prime, le dĂ©paysement allouĂ© Ă  son dĂ©cor soviĂ©tique d'un village abdiquĂ© ou la scĂ©nographie occulte d'une grotte exploitĂ©e Ă  des fins dĂ©lĂ©tères ajoutent un certain charme vintage Ă  l'ensemble. On sera aussi Ă©tonnĂ© de la petite touche gothico-hybride lors d'une altercation en interne d'une chapelle lorsque des moines encapuchonnĂ©s vont utiliser l'arme blanche et pratiquer les arts martiaux pour dĂ©sarmer l'antagoniste ! Mais Simon West n'oublie pas non plus d'accorder une certaine empathie dramatique au dĂ©but de l'intrigue Ă  propos de l'exĂ©cution sommaire pratiquĂ©e Ă  l'un des sbires des Expendables par l'ignoble Jean Vilain (Van Damme en lunettes noires jubile dans un rĂ´le tyrannique et cabotine sans modĂ©ration !). Alors que son Ă©pilogue poignant laisse Ă©vacuer une certaine mĂ©lancolie pour dĂ©crire un Stallone Ă©motionnĂ© afin de saluer ses deux derniers briscards de la vieille Ă©poque (Willis et Schwarzenegger). De les contempler tous les trois rĂ©unis dans le mĂŞme cadre pour tenir lieu d'un "au-revoir" (ou d'un adieu ?) a quelque chose d'Ă©mouvant chez le fan trentenaire issu des eighties.


Nanar ludique dédié à la personnalité virile de ces anciennes gloires du cinéma d'action vétuste, The Expendables 2 est difficile à désapprouver chez l'amateur du genre tant nos illustres comédiens (les vétérans comme les nouveaux sex-symbol, Jason Statham en tête !) sont à la fête. Cette seconde mouture aussi puérile qu'attractive sait donc utiliser avec un peu plus d'efficience que son précédent volet action et humour au gré d'une sincérité attendrissante. On est même en droit d'escompter un 3è volet encore plus prometteur...

02.10.12
Bruno Matéï
                                    


lundi 1 octobre 2012

Hard Candy

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de David Slade. 2006. U.S.A. 1h44. Avec Ellen Page, Patrick Wilson, Sandra Oh, Jennifer Olmes, Gilbert John.

Sortie salles France: 27 Septembre 2006. U.S: 14 Avril 2006

FILMOGRAPHIE: David Slade est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 26 Septembre 1969 au Royaume Uni. 2005: Hard Candy. 2007: 30 Jours de Nuit. 2010: Twilight - Chapitre 3: HĂ©sitation. 2011: R.E.M (TV). 2012: The Last Voyager of Demeter. Daredevil reboot. 


Pour sa première rĂ©alisation Ă©tonnamment ambitieuse, le british David Slade nous confronte Ă  un huis-clos cauchemardesque Ă  la fois suffocant et tendu pour une variation contemporaine du Petit Chaperon Rouge. Hard Candy nous illustrant de manière franchement Ă©prouvante la confrontation psychologique entre un potentiel pĂ©dophile et une gamine vindicative de 14 ans, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  punir un meurtrier d'enfant. 

Si bien qu'au sein de sa demeure familiale, Jeff Kohlver, photographe notoire, est kidnappĂ© par une adolescente prĂ©alablement rencontrĂ©e sur le net. Du haut de ses quatorze ans, Hayley Stark va tenter par tous les moyens de faire avouer Ă  ce potentiel tortionnaire le meurtre de la petite Donna Mauer. S'ensuit une sempiternelle confrontation entre les deux oĂą victime et bourreau vont fusionner pour nous interpeller sur leur vĂ©ritable motivation. 

Atmosphère lourde et feutrĂ©e en interne d'un pavillon classieux auquel deux individus vont devoir s'affronter dans une lutte Ă  mort, Hard Candy n'est pas le genre de divertissement docile conçu pour Ă©pater le spectateur afin d'alterner rebondissements et suspense oppressant. En effet, mĂŞme si la notion de suspense est probante, ce thriller psychologique particulièrement malsain et dĂ©rangeant privilĂ©gie l'ambiguĂŻtĂ©, l'interrogation afin de laisser planer le doute au spectateur sur la vĂ©ritable identitĂ© des protagonistes. 


L'idĂ©e judicieuse ici invoquĂ©e est d'avoir inverser les rĂ´les puisque la victime traditionnelle se rĂ©vèle en l'occurrence une tortionnaire Ă  la vergogne douteuse alors que le monstre a cette fois-ci endossĂ© la place du souffre-douleur. La force brutale de Hard Candy, outre son caractère psychologique trouble et terriblement dĂ©stabilisant renforcĂ© d'une rĂ©alisation rigoureuse, puise dans le rĂ©alisme cru d'un calvaire interminable oĂą la castration tient une place de choix. Un jeu perfide et masochiste oĂą une ado de 14 ans a dĂ©cidĂ© d'humilier et punir un Ă©ventuel assassin d'enfant. A bout de course, le point d'orgue rĂ©vĂ©lateur ira jusqu'au bout de son ambition vindicative pour dĂ©masquer enfin le vĂ©ritable profil imparti aux protagonistes. Un Ă©pilogue glaçant de par sa moralitĂ© subversive si bien que les exactions illicites allouĂ©es Ă  une mineur intransigeante (vĂ©ritable ange de la vengeance des martyrs infantiles) provoquent le dĂ©sarroi face Ă  tant de barbarie imposĂ©e.

Dans le rĂ´le ambivalent d'une justicière expĂ©ditive, la comĂ©dienne juvĂ©nile Ellen Page Ă©clate l'Ă©cran en tyran inflexible alors que son habiletĂ© cĂ©rĂ©brale nous dĂ©sarçonne pour un si jeune âge. Son jeu subtilement outrancier et sadique face aux tortures infligĂ©es Ă  son otage impose nĂ©anmoins auprès du spectateur une interrogation extrĂŞmement malaisante sur sa potentielle pathologie mentale. 
Pour la victime molestĂ©e, Patrick Wilson inspire de prime abord une impression vertueuse par sa bonhomie, son Ă©lĂ©gance rassurante, son Ă©rudition. Il insuffle ensuite une empathie inĂ©vitable face Ă  son calvaire imposĂ© mais ne cesse de nous questionner sur sa conviction persuasive Ă  supplier son innocence.


Aux confins du marasme de par sa claustration imposĂ©e et l'intensitĂ© qui Ă©mane des enjeux, Hard Candy est un thriller psychologique d'une verdeur jusqu'au-boutiste pour ne pas en sortir indemne. Violent et perturbant mais aucunement complaisant (toutes les exactions y sont suggĂ©rĂ©es), sa densitĂ© psychologique rehaussĂ©e du jeu Ă©pidermique des comĂ©diens ne cesse de nous interpeller auprès des notions du Bien et du Mal volant ici en Ă©clats. Y rĂ©sulte un vrai film choc "monolithique" dĂ©rogeant les lois de la biensĂ©ance avec dextĂ©ritĂ© et refus d'esbroufe. A rĂ©server nĂ©anmoins Ă  un public responsable pour son aura aussi trouble qu'hautement malsaine (d'oĂą son interdiction imposĂ©e au moins de 16 ans).

*Bruno
01.10.12. 
09.02.25. 3èx. Vost



 

vendredi 28 septembre 2012

ROBOCOP

Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinecri.artblog.fr

de Paul Verhoeven. 1987. U.S.A. 1h43. Avec Peter Weller, Nancy Allen, Miguel Ferrer, Ray Wise, Paul McCrane, Kurtwood Smith, Dan O'Herlihy, Michael Gregory, Ronny Cox, Lee de Broux.

Sortie salles France: 20 Janvier 1988. U.S: 17 Juillet 1987

FILMOGRAPHIEPaul Verhoeven est un rĂ©alisateur nĂ©erlandais, nĂ© le 18 Juillet 1938 Ă  Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.


Deux ans après son chef-d'oeuvre médiéval, La Chair et le Sang, Paul Verhoeven change de registre avec Robocop pour s'ériger vers l'actionner destroy sous couvert d'anticipation alarmiste. Gros succès public et critique à sa sortie, ce monument d'ultra violence et de satire politique reste en l'occurrence incroyablement jouissif, spectaculaire et d'un cynisme ébouriffant ! A travers la vengeance d'un flic préalablement massacré par une milice extrémiste et destitué de son identité par sa propre hiérarchie pour se substituer en machine à tuer, Paul Verhoeven s'autorise tous les excès afin de décrire un monde futuriste régi par une criminalité en effervescence. Cette société déclinante est ici représentée par l'OCP, un conglomérat militaro-industriel et commercial ayant une certaine influence pour gérer la police de détroit. Dehors, c'est l'anarchie la plus complète ! La délinquance et la criminalité ont envahi les quartiers et les flics souvent pris pour cible envisagent de faire grève. C'est au cours d'une mission de routine qu'Alex Murphy et sa collègue Anne Lewis vont se retrouver pris à parti avec les terroristes du leader Clarence Boddicker dans un entrepôt industriel. Murphy est lâchement exécuté, pour ne pas dire massacré sous les balles des tireurs alors qu'Anne survit de ses blessures. Après le rapatriement du corps, un des membres de l'OCP se charge de transplanter le corps du policier en cyborg mi-homme, mi-machine. Mais de manière confuse, la mémoire de Murphy va peu à peu se réveiller pour lui rappeler l'être humain qu'il était au préalable.


Sous couvert de divertissement ultra efficient et furieusement barbare, Robocop caricature une charge contre les médias ainsi que les travers d'une multinationale corrompue par le vice et la cupidité. Alors que dehors, les criminels et prolétaires incultes (car abreuvés de séries TV, pubs débilitantes et pages d'infos éhontées) évoluent dans la déshumanisation d'un univers factice. Comme ce financier licencié qui aura décidé de braquer sa succursale en exigeant le dernier modèle d'une voiture flambant neuf. En pourfendeur sarcastique, Verhoeven décrit notamment une société de consommation démagogique, tributaire de sa technologie moderne, de son armement sophistiqué, tentant par tous les moyens de se transcender avec dommage collatéral. Dans cet avenir pessimiste où l'éthique n'a plus aucune morale, nos capitalistes tentent de s'accaparer du pouvoir par esprit de mégalomanie. C'est donc sans vergogne qu'ils décident de profaner l'identité d'un cadavre de flic pour mieux contrecarrer la criminalité. D'une façon nouvelle, Paul Verhoeven traite aussi du mythe de Frankenstein ou plus précisément de Metropolis avec sa créature asservie par son maître chanteur. De l'être humain ici réduit à l'état de machine à tuer dans une société dépravée où sexe, drogue et alcool sont devenus les seuls hobby. Avec une certaine émotion empathique, la dernière partie nous dévoile justement l'aspect humaniste de cet homme déchu en quête identitaire, à la recherche de son passé, mais finalement engagé dans la justice expéditive pour se venger de ses tortionnaires.


Novateur pour son inventivité technique et d'une ultra violence ébouriffante, Robocop est un sommet de nihilisme où l'homme objet est aujourd'hui destiné à devenir un modèle technologique belliqueux sous la mainmise de sa démocratie. Bourré d'humour sardonique et baignant dans un cynisme au vitriol, ses thèmes de l'insécurité criminelle et d'une hiérarchie policière impuissante préfigurent l'état régressif de notre société actuelle.

La critique de Robocop 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/robocop-2.html

28.09.12. 5èx
B-M