jeudi 1 novembre 2012

La Belle et la BĂŞte / Panna a netvor. Grand Prix Sitges 79. Prix du film fantastique Ă  Fantasporto, 1982.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mubi.com

de Juraj Herz. 1978. TchĂ©coslovaquie. 1h27. Avec Zdena Studenková, Vlastimil Harapes, Václav Voska, Jana Brejchová, Zuzana KocĂşriková...

Sortie U.S: 1983. France: 1979 (au Rex de Paris).

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJuraj Herz est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste slovaque, nĂ© le 4 septembre 1934 Ă  Kezmarok, en TchĂ©coslovaquie (actuellement en Slovaquie). 1968: l'IncinĂ©rateur de cadavres. 1972: Morgiana. 1978: La Belle et la BĂŞte. 1979: Le 9è coeur. 1986: Galose stastia. 1996: Maigret tend un piège. Maigret et la tĂŞte d'un homme. 1997: Passage. 2009: T.M.A. 2010: Habermann.


InĂ©dite en France, cette adaptation du conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont relève le dĂ©fi de proposer une version beaucoup plus sombre et cauchemardesque que les illustres classiques concoctĂ©s par Jean Cocteau et Walt Disney. D'origine tchèque, cette perle rare et introuvable (mais enfin disponible en Blu-ray chez ESC !) risque de dĂ©router le public lambda peu habituĂ© Ă  s'aventurer dans les contrĂ©es hostiles d'une terre slovaque imprĂ©gnĂ©e de magie noire. Ce qui frappe d'emblĂ©e dans ce conte obscur Ă  l'aura hermĂ©tique, c'est son ambiance singulière alternant fĂ©erie gracile par la candeur d'une princesse hantĂ©e par ses songes, et visions cauchemardesques de crĂ©atures visqueuses travesties en rat ou en volatile. L'architecture gothique de l'Ă©trange bâtisse rĂ©gie par la bĂŞte (les statues de pierre, les faisceaux de chandeliers, les cadres occultant des dĂ©mons picturaux, les domestiques mutiques insaisissables), ainsi que les extĂ©rieurs naturels d'une forĂŞt automnale (brume translucide, vĂ©gĂ©tation substantielle et florissante dont les rares brebis y sont pourchassĂ©es) nous Ă©garent et dĂ©paysent comme nul autre mĂ©trage audacieux. La densitĂ© du rĂ©cit horrifique Ă©tant notamment impartie Ă  la relation trouble entretenue entre la belle et la bĂŞte. Romance pudique Ă©pris d'aigreur auquel un monstre maudit ne peut se rĂ©soudre Ă  assassiner une princesse, La Belle est la BĂŞte illustre avec un onirisme blafard leur empathie commune vouĂ©e Ă  la tendresse dans un environnement insolite si mystĂ©rieux et inquiĂ©tant. D'oĂą ce sentiment tangible pour le spectateur de se sentir aussi oppressĂ© qu'envoĂ»tĂ© par la scĂ©nographie de ces lieux obscurs. La musique en demi-teinte alternant l'orgue funèbre et l'Ă©lĂ©gie du piano ne cessant de naviguer entre les ambiances doucereuses et mortifères.


MĂ©taphore sur la noblesse de l'âme oĂą le mal est destituĂ© de son fardeau par l'atticisme de l'amour, la Belle et la BĂŞte est en l'occurrence un Ă©trange voyage vers la rĂ©demption. L'histoire d'amour incongrue entre deux ĂŞtres anonymes vouĂ©s Ă  Ă©veiller leur sensualitĂ© pour y apprivoiser leur distinction. Mis en scène avec austĂ©ritĂ© dans son refus dĂ©libĂ©rĂ© de cĂ©der Ă  un fantastique folklorique et joliment interprĂ©tĂ©, cette version marginale peut se targuer de rivaliser avec le chef-d'oeuvre de Cocteau. Ou tout du moins, elle n'a pas Ă  rougir de la comparaison tant sa somptuositĂ© formelle insuffle une poĂ©sie atypique en l'absence (ou si peu) de trucages. A dĂ©couvrir sans rĂ©serve avec une attention toute particulière, mĂŞme si au dĂ©part cette liaison hermĂ©tique peut sembler abstraite, dĂ©concertante chez une partie du public non initiĂ©. 

Un grand merci Ă  l'Univers Fantastique de la Science-fiction
Bruno
01.01.12.
19.05.23

Récompenses: Prix du film fantastique, Mention Spéciale du Jury au Festival de Fantasporto, 1982
Grand Prix Sitges 1979
Prix du Public au Rex de Paris, 1979

mercredi 31 octobre 2012

De rouille et d'os. Prix du Meilleur Film au Festival du film de Londres, 2012.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site docslumpy.info

de Jacques Audiard. 2012. France/Belgique. 1h55. Avec Marion Cotillard, Matthias Schoenaerts, Bouli Lanners, Corinne Masiero, Armand Verdure, Céline Sallette, Yannick Choirat.

Sortie salles France: 17 Mai 2012

Récompenses: Prix du Meilleur Film au Festival du film de Londres, 2012
Swann d'or du meilleur film au Festival du film de Cabourg, 2012

FILMOGRAPHIE: Jacques Audiard est un réalisateur, scénariste et monteur français, né le 30 Avril 1952 à Paris.
1994: Regarde les Hommes tomber. 1996: Un héros très discret. 2001: Sur mes lèvres. 2005: De battre mon coeur s'est arrêté. 2009: Un Prophète. 2012: De Rouille et d'Os.


Trois ans après son Ă©bouriffant drame carcĂ©ral Un Prophète (9 rĂ©compenses aux CĂ©sars, dont celles du Meilleur Film et du Meilleur RĂ©alisateur !), l’artiste prodige Jacques Audiard revient avec un mĂ©lodrame en Ă©tat de grâce. Coproduit par la Belgique et magistralement portĂ© par deux comĂ©diens Ă  la caractĂ©risation Ă©cornĂ©e, cette ode Ă  l’espoir et Ă  la rĂ©silience est transcendĂ©e par la virtuositĂ© d’une mise en scène Ă©purĂ©e.
Suite Ă  une rixe violente Ă  la sortie d’une boĂ®te, StĂ©phanie est raccompagnĂ©e chez elle par le videur Ali, un père en situation prĂ©caire, fraĂ®chement installĂ© chez sa sĹ“ur avec son fils de cinq ans.
Dresseuse d’orques dans un parc aquatique, StĂ©phanie est victime d’un accident aussi brutal qu’inattendu, qui l’ampute des deux jambes.
Au fil des semaines, une relation fraternelle, puis sentimentale, se noue entre ces deux ĂŞtres cabossĂ©s. Pour gagner un peu d’argent, Ali s’adonne Ă  des combats de rue clandestins, tandis qu’il tente maladroitement d’Ă©lever le petit Sam.


Éloge de la rage de vaincre et du courage face aux coups du sort, De Rouille et d’Os est une Ĺ“uvre Ă  la fois brute et clairsemĂ©e, un morceau de cinĂ©ma d’une Ă©lĂ©gance sobre, d’une acuitĂ© Ă©motionnelle bouleversante.
Sans jamais cĂ©der au pathos lacrymal souvent consignĂ© dans le genre mĂ©lodramatique, Audiard capte, avec une ambition formelle saisissante, la trajectoire de deux Ă©corchĂ©s. StĂ©phanie, jeune femme aguicheuse en quĂŞte de reconnaissance, croise le chemin d’Ali, marginal dĂ©favorisĂ© au tempĂ©rament irascible, mais dĂ©bordant d’un humanisme brut. Leur rencontre, fruit d’un hasard cruel, scelle l’Ă©mergence d’une relation d’abord pudique, bientĂ´t salvatrice.

TraversĂ© de moments de poĂ©sie empreints de lyrisme - StĂ©phanie, silencieuse, face Ă  la vitre de l’orque, lui adressant un attachement muet par le langage des signes - et d’effets de ralenti sublimant la brutalitĂ© des corps Ă  corps, De Rouille et d’Os devient l’odyssĂ©e sentimentale de deux âmes en perdition.
L’introspection intime de ces deux amants en quĂŞte d’un futur possible les pousse, peu Ă  peu, Ă  transcender leurs failles, Ă  s’Ă©pauler au cĹ“ur d’un drame imprĂ©vu, aux consĂ©quences irrĂ©mĂ©diables.
Marion Cotillard (je t’aime !) n’a peut-ĂŞtre jamais Ă©tĂ© aussi sobrement lumineuse : gracile, lucide, Ă©prise d’Ă©thique et d’un amour rĂ©dempteur. Quant Ă  Matthias Schoenaerts, rĂ©vĂ©lĂ© dans le bovin Bullhead, il irradie d’une intensitĂ© tangible, dans la peau d’un homme incapable d’exprimer la tendresse qu’il voudrait pourtant offrir Ă  son fils. Sa compassion pour StĂ©phanie, son Ă©chec familial, et un contretemps tragique, viendront le confronter, douloureusement, Ă  un Ă©quilibre qu’il n’osait plus espĂ©rer.


La rage d’aimer
TranscendĂ© par une mise en scène fastueuse et deux interprètes incandescents de fragilitĂ© humaine, De Rouille et d’Os est un moment de cinĂ©ma prĂ©cieux, presque sĂ©raphique.
Une leçon de vie pour les infortunĂ©s, pour les insurgĂ©s de l’intolĂ©rance. Une lutte obstinĂ©e vers la lumière.
Un conte rugueux et suave, distillant des Ă©clats d’Ă©motion dans un souci de vĂ©ritĂ©, flirtant parfois avec le vertige (jusqu’Ă  ce point d’orgue traumatique), mais toujours rattrapĂ© par la douceur d’une rĂ©demption.

31.10.12
Bruno Matéï

mardi 30 octobre 2012

New-York 1997 / Escape from New-York

         
                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site deathbymovies.com

de John Carpenter. 1981. U.S.A. 1h39. Avec Kurt Russel, Lee Van Cleef, Donald Pleasance, Ernest Borgnine, Isaac Hayes, Harry Dean Stanton, Adrienne Barbeau, Tom Atkins, Charles Cyphers, Jamie Lee Curtis.

Sortie salles France: 24 Juin 1981. U.S: 10 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis).
1974 : Dark Star, 1976 : Assaut, 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog, 1981 : New York 1997, 1982 : The Thing, 1983 : Christine, 1984 : Starman, 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles, 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie, 1995 : Le Village des damnĂ©s, 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires, 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

 
"Le compte Ă  rebours du chaos". 
Quintessence du cinĂ©ma d’anticipation des annĂ©es 80, au succès commercial inespĂ©rĂ© (25,2 millions de dollars de recettes rien qu’aux États-Unis pour un budget nĂ©gociĂ© Ă  6 millions !), New York 1997 fait partie de ces rĂ©ussites alĂ©atoires que les Français n’ont pas manquĂ© de cĂ©lĂ©brer (1,27 million d’entrĂ©es en salles !). Au total, le chef-d’Ĺ“uvre de Carpenter engrange plus de 50 millions de bĂ©nĂ©fices dans le monde. Aussi essentiel que le Mad Max 2 post-nuke ou que l’Ĺ“uvre matricielle Terminator, New York 1997 prend pourtant le contre-pied de ces blockbusters novateurs en privilĂ©giant l’ambiance crĂ©pusculaire d’un New York dĂ©vastĂ© Ă  la surenchère d’action explosive.

Avec son budget modeste de sĂ©rie B, John Carpenter accomplit de vĂ©ritables prouesses pour transcender la dĂ©liquescence urbaine d’une Manhattan livrĂ©e aux pires criminels des États-Unis. Trois mois de tournage, des moyens rĂ©duits, et l’autorisation de filmer dans une ville prĂ©alablement incendiĂ©e (Saint-Louis) suffisent Ă  harmoniser ce chaos dans un esthĂ©tisme azurĂ©, feutrĂ©, presque irrĂ©el. Ruelles dĂ©sertes jonchĂ©es de dĂ©bris, commerces Ă©ventrĂ©s, Ă©pave d’un avion, amphithéâtre abdiquĂ©, palais converti en arène de gladiateurs… L’atmosphère anxiogène, interne Ă  ce gigantesque pĂ©nitencier urbain, immerge aussitĂ´t le spectateur, fascinĂ© et transi, tandis que des silhouettes humaines surgissent des sous-sols au moindre bruit suspect. Des ethnies de barbares et punks, assujettis Ă  un leader sans vergogne, ne sortent qu’Ă  la nuit tombĂ©e, et des cannibales sanguinaires s’Ă©chappent des Ă©gouts pour traquer le pèlerin Ă©garĂ©.

Au cĹ“ur de ce chaos crĂ©pusculaire, un ancien vĂ©tĂ©ran marginal a pour mission de rĂ©cupĂ©rer le prĂ©sident des États-Unis, prisonnier du duc de New York après que son avion s’est Ă©crasĂ© sur un immeuble Ă  cause d’activistes. Pour gagner sa libertĂ©, le criminel Snake Plissken dispose de 24 heures pour retrouver le prĂ©sident vivant, ainsi qu’une cassette audio cruciale. En prime, une capsule explosive lui est injectĂ©e dans les artères pour le dissuader de fuir vers le Canada. Ă€ travers ce canevas haletant, Carpenter transforme sa dystopie en bande dessinĂ©e flamboyante, entre dĂ©cors urbains dĂ©charnĂ©s et personnages hauts en couleurs, fourbes ou pugnaces.

Tout au long de cette mission semĂ©e de rencontres dĂ©lĂ©tères, Snake s’alliera Ă  un chauffeur de taxi, un ancien comparse devenu transfuge, et une catin. En intermittence : traques haletantes, courses-poursuites, duel de gladiateurs sur ring… Le suspense, lui, s’installe lentement, portĂ© par un compte Ă  rebours mortel s’Ă©grainant sur la montre de Plissken. Au-delĂ  de la densitĂ© accordĂ©e Ă  cette galerie de marginaux, Kurt Russell incarne avec un naturel brut le nouvel archĂ©type de l’anti-hĂ©ros futuriste. Borgne, anarchiste, Ă©gocentrique, Snake Plissken devient l’icĂ´ne d’une sociĂ©tĂ© despotique incapable d’endiguer la criminalitĂ© galopante. Carpenter n’hĂ©site pas Ă  railler ce pouvoir en dĂ©clin, Ă  travers un prĂ©sident couard, perruque blonde en Ă©tendard, rĂ©duit Ă  une grotesque caricature. 

 
"New York, l’enfer en cage".
PortĂ© par la musique envoĂ»tante de Carpenter et Alan Howarth, New York 1997 cristallise l’emblème du cinĂ©ma d’anticipation pessimiste par un spectacle supra immersif. Ce post-nuke avant-gardiste annonce, avec plusieurs dĂ©cennies d’avance, la montĂ©e de la dĂ©linquance et l’intransigeance d’une prĂ©sidence impĂ©rialiste. DupliquĂ© Ă  toutes les sauces par nos voisins transalpins mais jamais Ă©galĂ©, New York 1997 magnifie la rigueur et la suggestion pour faire Ă©merger, avec parcimonie, une ambiance nocturne ensorcelante, hallucinĂ©e. Et ça n’a pas pris une ride.
 
*Bruno
30.10.12
25.01.24. 7è

La Chronique de Los Angeles 2013http://brunomatei.blogspot.fr/2012/06/los-angeles-2013_19.html

                                         

lundi 29 octobre 2012

FANTOMAS

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kisskisskillkillarchive.com

de André Hunebelle. 1964. France. 1h40. Avec Jean Marais, Louis De Funès, Mylène Demongeot, Jacques Dynam, Robert Dalban, Marie-Hélène Arnaud, Christian Toma, Michel Duplaix, Anne-Marie Peysson.

Sortie salles France: 4 Novembre 1964

FILMOGRAPHIEAndrĂ© Hunebelle est un maĂ®tre verrier et rĂ©alisateur français, nĂ© le 1er Septembre 1896 Ă  Meudon (Hauts-de-Seine), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Novembre 1985 Ă  Nice. 1948: MĂ©tier de fous. 1949: Millionnaires d'un Jour. 1949: Mission Ă  Tanger. 1950: MĂ©fiez vous des Blondes. 1951: Ma Femme est formidable. 1952: Massacre en dentelles. 1952: Monsieur Taxi. 1953: Les Trois Mousquetaires. 1953: Mon Mari est merveilleux. 1954: Cadet Rousselle. 1955: Treize Ă  table. 1955: l'Impossible Monsieur Pipelet. 1956: Casino de Paris. 1956: Mannequins de Paris. 1956: Les CollĂ©giennes. 1957: Les Femmes sont marrantes. 1958: Taxi, roulotte et Corrida. 1959: Le Bossu. 1959: ArrĂŞtez le massacre. 1960: Le Capitan. 1961: Le Miracle des Loups. 1962: Les Mystères de Paris. 1963: Oss 117 se dĂ©chaĂ®ne. 1963: MĂ©fiez vous Mesdames. 1964: Banco Ă  Bangkok pour Oss 117. 1964: FantĂ´mas. 1965: Furia Ă  Bahia pour Oss 117. 1965: FantĂ´mas se dĂ©chaĂ®ne. 1967:   FantĂ´mas contre Scotland Yard. 1968: Pas de roses pour Oss 117. 1968: Sous le signe de Monte-Cristo. 1971: Joseph Balsamo. 1974: Les Quatre Charlots Mousquetaires. 1974: Les Charlots en Folie: A nous quatre Cardinal ! 1978: Ca va faire tilt.


Premier opus d'une trilogie Ă  succès, Fantomas combine humour et action Ă©chevelĂ©e sous la houlette de l'illustre AndrĂ© Hunebelle. Pour l'anecdote, Bourvil Ă©tait prĂ©vu Ă  l'origine pour endosser le rĂ´le du commissaire Juve finalement attribuĂ© Ă  Louis De FunèsA Paris, un gĂ©nie de la cambriole surnommĂ© FantĂ´mas se moque des mĂ©dias et de la police en perpĂ©trant sous leur nez divers larcins et braquages audacieux. DĂ©rangĂ© par un journaliste arrogant et un commissaire obtus, il dĂ©cide de les ridiculiser en usurpant leur identitĂ©. Gros succès public dans l'hexagone (4,5 millions de spectateurs !), FantĂ´mas est une production familiale habilement troussĂ©e dans son alliage de comĂ©die, d'aventures et d'action trĂ©pidante. D'ailleurs, Hunebelle n'hĂ©site pas en point d'orgue Ă  dĂ©cupler les moyens de locomotion que nos protagonistes arpentent lors d'une poursuite interminable en voiture, en train, en hĂ©licoptère puis en moto. Autour de la complicitĂ© inopinĂ©e de Jean Marais et de Louis de Funès, cette comĂ©die endiablĂ©e cumule humour cartoonesque et action homĂ©rique de par ses cascades rondement exĂ©cutĂ©es.


Tant auprès de son final exubĂ©rant citĂ© plus haut, de la descente effrĂ©nĂ©e d'une voiture sans frein sur une route Ă  virages ou encore de la poursuite sur les toits de Paris auquel Juve se retrouvera suspendu dans le vide par le crochet d'une grue. Pour ce premier volet, l'aventure extravagante s'oriente atour des relations fraternelles de Juve (De Funès) et du journaliste Fandor (Jean Marais), prĂ©alablement antinomiques dans leur relation professionnelle (croyant que FantĂ´mas n'est qu'une invention de la police, Fandor imagine de prime abord un faux scoop pour s'en railler). Mais depuis la rancune tenace du cambrioleur masquĂ©, nos deux compères vont ĂŞtre sĂ©vèrement inculpĂ©s par la populace depuis que FantĂ´mas eut Ă©laborĂ© un procĂ©dĂ© technique rĂ©volutionnaire Ă  dupliquer leurs visages. S'ensuit une multitude de gags et quiproquos avant que nos deux hĂ©ros s'unissent lors d'une cavalcade sans relâche pour apprĂ©hender leur rival. MenĂ© sur un rythme sans faille, tant auprès de la fougue expansive de De Funès que des mĂ©faits diaboliques de FantĂ´mas, qui plus est accoutrĂ© de gadgets roublards, cette comĂ©die bonnard vĂ©hicule un irrĂ©sistible charme dĂ©jantĂ©. D'autant plus que la prĂ©sence affable de Jean Marais (Ă©tonnement Ă  l'aise dans le genre burlesque !) ainsi que le charme du joli minois de Mylène Demongeot agrĂ©mentent le ton gentiment folingue de l'aventure facĂ©tieuse. 


Classique de la comĂ©die populaire, FantĂ´mas doit autant de sa douce fantaisie auprès de la complicitĂ© pĂ©tulante des comĂ©diens que de son scĂ©nario calibrĂ©. La beautĂ© solaire des paysages provinciaux ainsi que l'architecture gothique du temple de FantĂ´mas louchant vers l'attirail technologique d'un certain James Bond rehaussant l'esprit dĂ©bridĂ© de cette BD formidablement communicative.  

La chronique de FantĂ´mas se dĂ©chaĂ®ne: http://brunomatei.blogspot.fr/…/01/fantomas-se-dechaine.html

* Bruno
29.10.12. 3èx



vendredi 26 octobre 2012

Chained

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrornews.net

de Jennifer Lynch. 2012. U.S.A. 1h34. Avec Vincent D'Onofrio, Eamon Farren, Evan Bird, Julia Ormond, Conor Leslie, Jake Weber, Gina Philips, Daniel Maslany.

Sortie salles France: ?

FILMOGRAPHIE: Jennifer Chambers Lynch est une rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et productrice amĂ©ricaine, nĂ©e le 7 Avril 1968 Ă  Philadelphia, Pennsylvanie (USA). 1993: Boxing Helena. 2008: Surveillance. 2010: Hisss. 2012: Chained


Après deux premiers mĂ©trages aussi incongrus qu'atypiques, Jennifer Lynch nous eut franchement déçu avec son risible Hisss, co-production hindoue pourvue d'effets numĂ©riques disgracieux dignes d'un Dtv de De Coteau ou d'Albert Band. A peine deux ans se sont Ă©coulĂ©s entre ce naufrage bollywoodien et ce nouveau rejeton brièvement intitulĂ© Chained. L'argument de base conventionnel n'a rien de rassurant: 
Un chauffeur de taxi kidnappe une mère de famille et son jeune fils pour les sĂ©questrer dans sa demeure bucolique Ă©loignĂ©e de tout voisinage. Après avoir sauvagement assassinĂ© la femme, il dĂ©cide d'Ă©pargner la vie du gamin pour lui tenir compagnie et l'Ă©duquer Ă  sa manière impassible. VoilĂ  pour l'intrigue aussi linĂ©aire que Maniac de Lustig auquel il prĂŞte parfois la mĂŞme ambiance nausĂ©euse, le cĂ´tĂ© docu-vĂ©ritĂ© (la virĂ©e nocturne en taxi dans les ruelles malfamĂ©es des prostituĂ©es) et la facture introspective du quotidien misĂ©reux d'un tueur dĂ©tachĂ© d'Ă©thique. A situer notamment entre Sonny Boy et Bad Boy-Bubby (pour la relation parentale entre le tueur et l'enfant-esclave vivant reclus tel un pestifĂ©rĂ©) mais aussi l'Ă©prouvant Martyrs de Laugier (pour son aspect ignominieux et rĂ©aliste de la femme molestĂ©e ainsi que l'anti ludisme des scènes chocs dĂ©nuĂ©es de complaisance). L'intĂ©rĂŞt du film rĂ©sidant dans ses thĂ©matiques imparties Ă  l'Ă©ducation parentale et Ă  la maltraitance infantile dont l'impact cinglant d'une mise en scène singulière est rĂ©gie sans fioriture. Car la rĂ©alisatrice se rĂ©approprie lestement des poncifs habituels du "ouh fait moi peur" pour les renouveler sans recul, sans esbroufe, sans distanciation ni effet tapageur. Du premier degrĂ© d'une froideur monolithique en somme. 


En l'occurrence, l'ambiance glauque et malsaine suinte de chaque cloison de l'obscure demeure, dont les pièces putrides sont uniquement Ă©clairĂ©e de petites lampes de chevet. Il s'agit donc d'un huis-clos suffocant, une claustration immersive auquel le spectateur participe de manière voyeuriste parmi la quotidiennetĂ© dĂ©risoire de deux individus Ă©loignĂ©s de toute humanitĂ©. Jennifer Lynch nous projetant dans leur univers sĂ©pia avec une verdeur asphyxiante afin de dĂ©crire les exactions meurtrières d'un leader infortunĂ©. Un criminel bedonnant (Vincent D'Onofrio, très impressionnant Ă  travers sa carrure adipeuse et son austĂ©ritĂ© inflexible !) prĂ©alablement abusĂ© durant son enfance par un père tyrannique mais aussi assujetti Ă  violer sa propre mère. Rapidement, après la succession de meurtres en sĂ©rie proprement misogynes, une Ă©trange relation d'allĂ©geance est entretenue entre le tueur et le jeune Tim. Alors que les annĂ©es passent, le criminel dĂ©cide d'Ă©duquer l'adolescent enchaĂ®nĂ© pour engendrer un second monstre Ă  son image inflexible. Et si le cheminement narratif dĂ©nuĂ© de surprises semble Ă  un moment s'Ă©tirer un peu trop dans la pĂ©dagogie meurtrière (Tim doit choisir une prostituĂ©e pour perdre sa virginitĂ© et accomplir son 1er meurtre), Chained exacerbe son rythme languissant et ombrageux avec une notion de suspense crucial lors d'une dernière partie vertigineuse. Et ce, juste avant de nous Ă©branler lors d'un Ă©pilogue fortuit Ă  la dramaturgie identitaire poignante ! (bien que discutable quant Ă  la nĂ©cessitĂ© de ce cliffhanger aussi dĂ©concertant qui n'apporte pas vraiment de l'eau au moulin d'après la psychologie galvaudĂ©e des personnages).


Les enfants martyrs
Poisseux, inconfortable jusqu'au malaise, immersif et viscĂ©ral, Chained se rĂ©vèle Ă  mon sens l'authentique film d'horreur anti ludique par excellence. Une descente aux enfers inĂ©luctable principalement dĂ©diĂ©e Ă  la psychologie dĂ©clinante de ces protagonistes et d'un climat dĂ©rangeant d'une cruditĂ© exaspĂ©rante. La densitĂ© du jeu des interprètes (le famĂ©lique Eamon Farren est Ă©galement surprenant d'ambiguĂŻtĂ© torturĂ©e) et la mise en scène expĂ©rimentale de l'insaisissable Jennifer Lynch rendent les lettres de noblesse au genre si dĂ©criĂ© conjuguĂ© ici au drame intimiste d'une rigoureuse intensitĂ© psychologique. 
Pour public averti

DĂ©dicace Ă  Isabelle Rocton et Steven LeFrançois

*Bruno Matéï
26.10.12
11.06.22

ATTENTION SPOILER !!! A PROPOS DE L'EPILOGUE EQUIVOQUE DE CHAINED, AU-DELA DU GENERIQUE DE FIN
Panorama-cinĂ©ma : Et pourquoi laissez-vous toujours vos personnages dans la pire des situations? Dans le cas de Chained, qu’est-ce qui peut bien arriver Ă  Rabbit une fois passĂ© le gĂ©nĂ©rique?

Jennifer Lynch : En fait, ce qu’on entend pendant le gĂ©nĂ©rique, c’est Rabbit qui bouge les meubles dans la maison pendant qu’Angie s’affaire dans une autre pièce. Ce que nous savons, c’est qu’elle est encore avec lui et qu’elle est en bonne santĂ©. J’aimais cette idĂ©e de voir le hĂ©ros retourner dans cette maison, car c’Ă©tait la seule chose qu’il n’avait jamais connue. Toutes les personnes qui comptaient Ă  ses yeux sont mortes et il ne lui reste plus que cette demeure et cette fille avec qui il a tissĂ© des liens plutĂ´t prĂ©caires. Au final, on ne sait pas du tout ce qui lui arrivera et cette fin ouverte me plaĂ®t beaucoup. C’est Ă  ce moment qu’on peut se permettre d’avoir un dialogue et de poursuivre l’Ă©volution du personnage selon ce qu’on a retirĂ© du film, selon ce que notre propre morale nous dicte.

Dans le cas de Surveillance, Stephanie a Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©e parce qu’elle a devinĂ© l’identitĂ© des agents avant l’exĂ©cution de leur plan. La finale ressemble Ă  celle de Chained en ce sens qu’elle reprĂ©sente aussi ce sombre bouquet de roses passĂ© d’un tueur en sĂ©rie Ă  sa victime la plus innocente. Je crois que Stephanie va survivre Ă  son expĂ©rience dans Surveillance et j’aime me poser des questions sur son avenir. Deviendra-t-elle dangereuse? Deviendra-t-elle aide sociale? Comment se dĂ©roulent les trois journĂ©es suivantes de sa vie? Comment se rend-elle vers la ville la plus près? Autrement dit, vous avez raison quand vous dites que je laisse mes personnages dans une situation pire que celle dans laquelle je les ai trouvĂ©s… Mais ils sont en vie et moins mal en point que leurs proches. Dans mes films, l’innocence survit parce que je pense que demeurer honnĂŞte avec soi-mĂŞme et regarder le monde Ă  travers des yeux d’enfant vous sauvera toujours des mauvaises dĂ©cisions que vous pourriez prendre.


http://www.paperblog.fr/5720144/critique-chained-de-jennifer-lynch/
http://www.filmosphere.com/2012/07/chained-jennifer-lynch-en-colere/
http://www.panorama-cinema.com/V2/article.php?categorie=1&id=247


jeudi 25 octobre 2012

MR NOBODY

Photo empruntée sur Google, appartenant au site sexualityinart.wordpress.com

de Jaco Van Dormael. 2009. Belgique/Canada/France/Allemagne. 2h36. Avec Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger, Linh Dan Pham, Rhys Ifans, Natasha Little, Toby Regbo, Juno Temple, Clare Stone, Thomas Byrne.

Sortie salles France/Belgique: 13 Janvier 2010. Canada: 16 Juillet 2010

FILMOGRAPHIEJaco Van Dormael est un réalisateur belge, né le 9 Février 1957 à Ixelles.
1991: Toto le Héros
1995: Le Huitième Jour
2009: Mr Nobody


Oeuvre fleuve abstraite à bien des égards, que ce soit pour sa réflexion métaphysique ou pour son rythme arythmique, Mr Nobody est une ode flamboyante à la vie et tout ce qui tourne autour... Au-delà de nos planètes... Un loisir récréatif rempli d'imprévus, de dangers, fantaisies et rédemption amoureuse quand un bambin de 9 ans s'imagine les multiples vies qu'il aurait pu avoir. Bien avant de devoir entreprendre le choix draconien de rester avec son père ou sa mère en rupture conjugale.
D'une richesse esthĂ©tique prolifique et bourrĂ© de poĂ©sie gracile, cette hymne Ă  l'existence Ă©meut, enivre, dĂ©concerte et irrite en nous transposant les va-et-vient rĂ©cursifs de Mr Nobody Ă  travers son prĂ©sent, passĂ© et futur. En rĂ©alisateur ambitieux, Jaco Van Dormael nous rapporte sa thèse sur le sens de la vie et de la mort inĂ©luctable qui nous sĂ©pare. De l'importance inhĂ©rente du moment prĂ©sent, du choix dĂ©cisif que nous devons tous entreprendre pour façonner l'harmonie prochaine de notre postĂ©ritĂ©. De cette fatalitĂ© morbide, bĂ©nĂ©diction justifiable si nous avions eu assez de temps pour profiter de l'instant actuel après avoir (re)trouvĂ© l'âme soeur. Mais Ă  travers ce monde futuriste oĂą l'immortalitĂ© des ĂŞtres humains a engendrĂ© une sociĂ©tĂ© totalitaire censurant les plaisirs les plus exaltants (sexe, drogue, alcool), le rĂ©alisateur aborde non seulement l'Ă©thique de l'autonomie mais aussi l'utopie de la rĂ©alitĂ©. A savoir que l'ĂŞtre humain n'est peut-ĂŞtre qu'une chimère, un pantin artificiel nĂ© de l'imaginaire d'un ĂŞtre supĂ©rieur destinĂ© Ă  assouvir son propre destin.


L'Apprentissage de la raison d'ĂŞtre.
En résulte une poésie sensitive de l'envie et l'espoir compromis par nos affres de l'angoisse. Entre soif de découverte sur l'intérêt de subsister et désir inné d'embraser l'amour. Mais ce cheminement d'apprentissage menant vers la plénitude est destiné à être long, tortueux et semé d'obstacles. En attendant une potentielle résurrection si l'immortalité continue de préserver ses secrets, car l'être humain friand de vérité pourrait risquer un jour d'en bafouer ses chartes...

Dédicace à Alexandra Louvet
25.10.12
Bruno Matéï


mercredi 24 octobre 2012

Blade 2

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdsreleasedates.com

de Guillermo Del Toro. 200 . U.S.A. 1h57. Avec Wesley Snipes, Leonor Varela, Kris Kristofferson, Ron Perlman, Luke Goss, Norman Reedus, Thomas Kretschmann, Matt Schulze, Danny John-Jules, Donnie Yen.

Sortie salles France: 19 Juin 2002. U.S: 22 Mars 2002

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, romancier et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Octobre 1964 Ă  Guadalajara (Jalisco, Mexique). 1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.


Oubliez le premier opus, sĂ©rie B ado mignarde et formatĂ©e (pardon pour les fans), et plongez vous dans l'univers destroy de Blade II, concoctĂ© par l'omnipotent Guillermo Del Toro. Gigantesque actionner bourrin dĂ©mesurĂ© et flamboyant, ce second volet des aventures de notre (super)hĂ©ros technoĂŻde, mi homme, mi-vampire, dĂ©ploie un florilège de sĂ©quences homĂ©riques d'une fluiditĂ© Ă©moustillante. Ainsi, Blade est aujourd'hui contraint de s'allier avec ses ennemis vampirisĂ©s pour dĂ©jouer le projet d'un antagoniste encore plus dĂ©lĂ©tère que ces prĂ©dĂ©cesseurs ! Un vampire invincible puisque douĂ© d'une force imputrescible ! Avec sa clique d'Ă©quipiers aux dents longues et lunettes noires, d'un bricoleur et de son vieil ami Abraham, Blade devra se mesurer Ă  ces nouveaux mutants afin d'empĂŞcher la propagation furtive d'un virus irrĂ©versible. De par sa photo sĂ©pia aux teintes fluos oscillant l'azur et le safran, Blade II illustre avec souci formel la retranscription d'un univers high-tech rubigineux combinĂ© Ă  une architecture gothique dans ces localitĂ©s tĂ©nĂ©breuses. Tant auprès de l'antre du repère des vampires et leur labo sujet Ă  diverses expĂ©rimentations sur des foetus ou encore de la planque localisĂ©e dans des Ă©gouts infestĂ©s de goules. Qui plus est, l'attirail des armes Ă  feu de taille disproportionnĂ©e et la sophistication des nouveaux gadgets conçus pour ruser nos vampires (les sphères rĂ©gies par minuterie pour y extraire des flashs aveuglants) demeurent des accessoires en sus afin de permettre Ă  Guillermo Del Toro d'Ă©laborer un univers rĂ©solument hybride. 


C'est Ă  dire entre la modernitĂ© futuriste (le lieu high-tech de la boite de nuit tendance SM, la texture des sols vitreux en interne de la forteresse de Damaskinos) et l'acadĂ©misme antique (certains tableaux de peinture mais aussi quelques façades murales ornĂ©s de sculpture historique chez le souverain des tĂ©nèbres). Ainsi, cette harmonie visuelle prĂ©gnante nous dĂ©payse sans fioriture quand bien mĂŞme les personnages excentriques, perfides et dĂ©lĂ©tères y extĂ©riorisent une vigueur tĂ©mĂ©raire d'après leurs querelles meurtrières. En prime, sa structure narrative compromise Ă  l'action incessante part d'un pitch ironique (Blade doit s'unir avec ses pires ennemis pour mieux parfaire un antagoniste encore plus ravageur !) pour ensuite nous surprendre lors de quelques revirements agréés (subterfuge et rancoeur vindicative viennent relancer l'intrigue avec une efficacitĂ© accrue). MenĂ© Ă  train d'enfer et sĂ©vèrement violent de par son rĂ©alisme percutant, Blade 2 dĂ©cuple sans rougir de monstrueuses sĂ©quences d'action ! Et on peut dire qu'Ă  ce niveau, Guillermo Del Toro nous transcende des combats d'arts martiaux (chanbara Ă  l'appui !) et cascades vertigineuses Ă  la dimension Ă©pique littĂ©ralement singulière ! Par consĂ©quent, l'habiletĂ© des FX numĂ©risĂ©s (de façon assez circonspecte) dĂ©tonne si bien que le rĂ©alisateur ne cesse d'alterner ses pĂ©ripĂ©ties explosives Ă  travers un montage gĂ©omĂ©trique (une rixe renversante est interrompue par une autre baston pour ensuite revenir Ă  sa prĂ©cĂ©dente altercation !). Et pour parachever, l'aspect terrifiĂ© imposĂ© au faciès patibulaire de nos nouveaux vampires carnassiers (car pourvus d'une mâchoire entrebâillĂ©e !) nous exacerbent une furieuse Ă©popĂ©e sanguinaire !


Extrêmement spectaculaire et limpide à travers la lisibilité de l'action héroïque, Guillermo Del Toro fait voler en éclat le conformisme d'une franchise lucrative somme toute aseptisée. Sa richesse visuelle allouée à la société expressionniste de vampires contemporains, sa violence vigoureuse multipliant les estocades aériennes et la trogne virile de nos guerriers renfrognés embrasant toute la pellicule ! Jusqu'au crépuscule rédempteur d'une maîtresse immolée...

Dédicace à Pascal Frezzato
24.10.12. 2èx
Bruno Matéï


mardi 23 octobre 2012

Excision

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fountainpop.com

de Richard Bates Jr. 2011. U.S.A. 1h21. Avec AnnaLynne McCord, Traci Lords, Ariel Winter, Roger Bart, Jeremy Sumpter, John Waters, Malcolm McDowell.

Sortie salles France: 12 Septembre 2012. U.S: 21 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Richard Bates Jr est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
2008: Excision (court-métrage)
2012: Excision

 
"Dissection d'une âme déchue".
ProjetĂ© Ă  Sundance et Ă  l’Étrange Festival, oĂą une partie du public fut en Ă©moi, Excision est la version extensive du court-mĂ©trage Ă©ponyme de Richard Bates Jr. ComĂ©die caustique et horreur clinique se nĂ©gociant dans une bassine de formol, le film illustre la quotidiennetĂ© d’une jeune adulte introvertie - elle vient d’avoir dix-huit ans - fascinĂ©e par les organes et la nĂ©crophilie. RaillĂ©e par ses camarades, mĂ©prisĂ©e par une mère conservatrice obsĂ©dĂ©e par l’hygiène, Pauline inspire l’indiffĂ©rence Ă  son entourage. Son visage blĂŞme, dĂ©nuĂ© du moindre maquillage, est piquetĂ© de boutons d’acnĂ©. LivrĂ©e Ă  elle-mĂŞme malgrĂ© la compassion rĂ©signĂ©e de sa petite sĹ“ur et de son père sclĂ©rosĂ©, elle fuit sa morositĂ© dans des dĂ©lires fĂ©tichistes de dissection, Ă  travers des songes morbides. Jusqu’au jour oĂą, renvoyĂ©e de son lycĂ©e, elle dĂ©cide de reprendre le contrĂ´le de son destin.


Satire corrosive des mĹ“urs amĂ©ricaines, plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence, Excision joue la carte de la provocation avec un esprit sarcastique aussi audacieux que dĂ©viant - le fĹ“tus ensanglantĂ© dĂ©licatement maintenu du bout des doigts par une infirmière, ou encore cet Ă©pilogue traumatique et inĂ©luctable. En rĂ©alisateur subversif rĂ©solu Ă  proposer une Ĺ“uvre scabreuse fignolĂ©e dans un esthĂ©tisme lĂ©chĂ©, Richard Bates Jr. orchestre des ruptures de ton constantes pour dĂ©sarçonner le spectateur et l’entraĂ®ner dans un trip semi-expĂ©rimental Ă  la fois jubilatoire et dĂ©routant. Car ce portrait jusqu’au-boutiste d’une jeune fille extravagante, livrĂ©e Ă  elle-mĂŞme dans une sociĂ©tĂ© obsĂ©dĂ©e par l’apparence et la maladie, flirte d’abord avec l’humour dĂ©calĂ© - voir l'hilaritĂ© avant de sombrer dans la tragĂ©die pure. Si le film risque probablement de diviser par son insolence singulière, dĂ©ployant des sĂ©quences de poĂ©sie morbide aux nuances immaculĂ©es, l’interprĂ©tation innĂ©e d’AnnaLynne McCord emporte tout sur son passage. Excentrique et dĂ©ficiente dans l’âme, animĂ©e d’un goĂ»t viscĂ©ral pour le sang et les organes, elle transcende son profil morbide avec une aisance confondante. DĂ©bridĂ©e, intempestive, elle suscite autant le dĂ©goĂ»t qu'empathie et sympathie, laissant affleurer un mal-ĂŞtre existentiel nourri par une sociĂ©tĂ© conventionnelle. En mĂ©gère hautaine, l’Ă©tonnante et trop rare Traci Lords incarne avec une droiture glaçante une mère castratrice, incapable d’Ă©prouver la moindre tendresse pour sa fille. Ou alors si peu...


"Nécrose familiale et autres tendresses".
Satire acerbe d’une Ă©ducation parentale incapable d’assumer la singularitĂ© de sa progĂ©niture, Excision met en exergue l’introspection abrupte d’une jeune fille dĂ©chue, lucide sur sa pathologie mentale mais rejetĂ©e par une civilisation formatĂ©e. Ovni hybride constamment drĂ´le mais traversĂ© de sĂ©quences sulfureuses d’une audace immorale, cette peinture cynique d’une AmĂ©rique autocentrĂ©e allie humour noir, rire nerveux et mauvais goĂ»t avec une verve hermĂ©tique. DĂ©routant, viscĂ©ral, sensitif et - paradoxalement - très attachant, Excision ne fera pas l’unanimitĂ©, mais le jeu hallucinĂ© d’AnnaLynne McCord et sa verve comique risquent fort de laisser une trace indĂ©lĂ©bile dans l’encĂ©phale d’un grand nombre de spectateurs. Et c'est Ă  dĂ©couvrir ou Ă  revoir d'urgence. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
23.10.12
02.08.25. Vostf

lundi 22 octobre 2012

Pique-nique Ă  Hanging-Rock / Picnic at Hanging Rock. Grand Prix au Festival des Nations Ă  Taormina

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemagora.com

de Peter Weir. 1975. Australie. 1h47 (Director's Cut). Avec Rachel Roberts, Dominic Guard, Vivean Gray, Helen Morse, Kirsty Child, Tony Llewellyn-Jones, Jacki Weaver, Anne-Louise Lambert.

RécompensesGrand Prix au Festival des Nations à Taormina
Prix d'Interprétation Féminine décernée à l'ensemble des comédiennes au Festival du Rex de Paris.

FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australien, né le 21 Août 1944, à Sydney, Australie.
1974: Les Voitures qui ont mangé Paris. 1975: Pique-nique à Hanging Rock. 1977: La Dernière Vague. 1981: Gallipoli. 1982: l'Année de tous les Dangers. 1985: Witness. 1986: Mosquito Coast. 1989: Le Cercle des Poètes Disparus. 1990: Green Card. 1993: Etat Second. 1998: The Truman Show. 2003: Master and Commander. 2011: Les Chemins de la Liberté.

 
Un 14 fĂ©vrier suspendu dans l’Ă©ternitĂ©. Des jeunes filles s’Ă©vaporent dans la lumière, au milieu des rochers et des silences. Peter Weir signe avec Pique-nique Ă  Hanging Rock un chef-d’Ĺ“uvre suspendu entre rĂŞve et disparition, oĂą la nature elle-mĂŞme semble retenir son souffle. Sous la dentelle, un mystère. Derrière les fleurs, un gouffre.
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Ce que l'on voit et ce que l'on perçoit n'est qu'un rêve... Un rêve dans un rêve.
Grand succès public dans son pays d'origine, Pique-nique Ă  Hanging Rock doit la singularitĂ© de son scĂ©nario au roman de Joan Lindsay publiĂ© en 1967. AurĂ©olĂ© d’un Grand Prix au Festival des Nations de Taormina, ce chef-d’Ĺ“uvre aussi rare que prĂ©cieux — seconde rĂ©alisation d’un auteur Ă©colo — tire son pouvoir hypnotique d’une aura fantasmatique indicible. Le 14 fĂ©vrier 1900, des jeunes filles du collège Appleyard pique-niquent Ă  Hanging Rock, dans le Victoria. Au cours de l’après-midi, plusieurs d’entre elles disparaissent sans laisser de traces. Ă€ partir de cet argument interlope, Peter Weir tisse une intrigue fantastique imprĂ©gnĂ©e d’Ă©trangetĂ©, voire de mysticisme paĂŻen.

C’est un florilège d’images poĂ©tiques qu’il façonne avec Ă©pure, illuminant, durant la sĂ©rĂ©nitĂ© d’un pique-nique, la nature solaire et ses filles en Ă©veil, drapĂ©es de dentelles et Ă©tendues au cĹ“ur d’immenses rochers. Ce prĂ©ambule, dĂ©diĂ© Ă  la beautĂ© lascive de ces collĂ©giennes enivrĂ©s par la flore, est transcendĂ© par le souffle monocorde d’une flĂ»te de pan, composĂ©e par Bruce Smeaton.

Cette succession de sĂ©quences charnelles fascine d’autant plus que leur aura ensorcelante semble infinie, et que le destin des disparues nous laisse, comme chacun des protagonistes, dans l’interrogation d’une Ă©nigme insoluble. Dès l’annonce de ces disparitions inexpliquĂ©es, la tragĂ©die influe lourdement sur l’Ă©quilibre psychologique des camarades, tenues sous la fĂ©rule d’une directrice hautaine, dans un climat scolaire oppressant. MĂ©gère orgueilleuse, incapable de charitĂ© face Ă  la bonhomie de ces jeunes filles accablĂ©es par la stupeur et l’isolement, elle incarne une autoritĂ© rigide bientĂ´t cernĂ©e par la dĂ©chĂ©ance morale.

Peu Ă  peu, cette confrĂ©rie fĂ©minine — malgrĂ© quelques intrus masculins, dont un amant planquĂ© sous les draps d’une gouvernante — se confronte Ă  une sĂ©rie d’Ă©vĂ©nements fortuits et tragiques. Comme si une malĂ©diction s’Ă©tait abattue sur le pensionnat, jadis tranquille et rĂ©putĂ©.

 
Dans cette ambiance d’Ă©trangetĂ© feutrĂ©e, Peter Weir joue avec la pression psychologique de personnages prisonniers d’un drame abscons. Cette quĂŞte de vĂ©ritĂ©, sans rĂ©ponse ni repos, pousse la hiĂ©rarchie dans un abĂ®me de dĂ©sarroi. Il en rĂ©sulte une atmosphère ombrageuse, chargĂ©e d’amertume, de fragilitĂ© adolescente, de solitude, et d’angoisse muette. Dans cet Ă©crin d’incertitude, Weir distille un malaise vaporeux, un pouvoir d’envoĂ»tement suspendu entre rĂŞve et effondrement.


La dentelle et le roc : songe éthéré à Hanging Rock
D’un esthĂ©tisme raffinĂ©, Ă©purant la nature champĂŞtre et la candeur de jeunes filles prĂŞtes Ă  s’Ă©clipser vers un horizon inconnu, l’Ĺ“uvre sĂ©minale de Peter Weir cĂ©lèbre l’harmonie trouble entre la terre australienne et la virginitĂ© fĂ©minine — et vice versa. Son Ă©trangetĂ© imperceptible, sa poĂ©sie Ă©lĂ©giaque, et cette osmose tendre entre la femme et la flore laissent le spectateur en Ă©tat d’apesanteur. Comme si le temps s’Ă©tait dissous pour mieux nous engloutir dans la voluptĂ© d’une idylle spirituelle, scellĂ©e d’un pressentiment funeste.

Chef-d’Ĺ“uvre auteurisant, fragile, vĂ©nĂ©neux, ombrageux, sensuel, tĂ©nu, Pique-nique Ă  Hanging Rock Ă©lève l’art de la suggestion Ă  un degrĂ© de fascination irrĂ©elle. Quintessence du fantastique australien, il reste inĂ©galĂ© dans sa semence capiteuse, chargĂ©e d’une ancestralitĂ© aborigène, flottant encore dans l’air… comme une disparition sans rĂ©ponse.

* Bruno
18.12.24. 5èx. 4K Vost.
22.10.12. 

                                         

vendredi 19 octobre 2012

Vigilante, justice sans sommation !

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ledrugstore1968.blogspot.com

de William Lustig. 1982. U.S.A. 1h29. Avec Robert Foster, Fred Williamson, Richard Bright, Rutanya Alda, Don Blakely, Joseph Carberry, Willie Colon, Frank Pesce, Carol Lynley, Joe Spinell, Woody Strode.

FILMOGRAPHIE: William Lustig est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 1er FĂ©vrier 1955 dans le Bronx Ă  New-York. 1980: Maniac. 1982: Vigilante. 1988: Maniac Cop. 1990: Maniac Cop 2. 1993: Maniac Cop 3. 1997: Uncle Sam.


En tout homme, il y a un justicier qui veille !
Deux ans après son traumatisant Maniac, William Lustig s'entreprend en 1982 d'explorer le polar urbain, ou plus exactement le film d'auto-dĂ©fense. Un sous-genre inaugurĂ© en 1974 par Michael Winner et Charles Bronson dans le cĂ©lèbre Un Justicier dans la ville. D'une brutalitĂ© nausĂ©abonde par sa violence gratuite jusqu'au boutiste (la mort du bambin filmĂ©e en contre champ d'une fenĂŞtre rĂ©sonne encore dans les esprits !), Vigilante reprend le mĂŞme canevas que bon nombre de film d'auto-dĂ©fense. A savoir, la vengeance d'un paternel contre les meurtriers de sa famille. AccusĂ© d'outrage et venant de purger 30 jours de prison, ce dernier va accomplir sa propre justice expĂ©ditive en dĂ©cimant un Ă  un ses agresseurs en libertĂ©. Sous ses allures de sĂ©rie B d'action rondement menĂ©e, William Lustig insiste nĂ©anmoins Ă  dĂ©montrer le laxisme du système judiciaire amĂ©ricain quand juges et magistrats sont dĂ©bordĂ©s par une criminalitĂ© galopante.


A travers un pitch Ă©culĂ©, le rĂ©alisateur tend Ă  vĂ©hiculer une certaine rĂ©flexion sur la justice individuelle par le portrait d'un prolĂ©taire prĂ©alablement lĂ©gitime car convaincu de l'efficacitĂ© de la police et la loyautĂ© juridique. Ce n'est qu'Ă  partir du massacre perpĂ©trĂ© sur sa famille et après sa condamnation injustifiĂ©e que notre citoyen va endosser le rĂ´le de victime trahie. Par le biais de sa prĂ©sence vindicative, le film illustre sans concession l'idĂ©ologie fasciste d'un gang de citadins irascibles. A savoir, les exactions sordides d'une milice (les propres collègues du justicier travaillant Ă  la mĂŞme enseigne industrielle !) dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  nettoyer les rues malfamĂ©es de voyous sans vergogne. D'un pessimisme proprement nihiliste dans sa description d'un New-York livrĂ© Ă  la dĂ©linquance quotidienne, William Lustig met en exergue l'impuissance d'une population dĂ©motivĂ©e ne sachant plus Ă  quel saint se vouer pour retrouver la tranquillitĂ© dans leur quartier envenimĂ© par la drogue, la prostitution et la criminalitĂ©. Quand bien mĂŞme les flics en service de routine sont dĂ©passĂ©s par les Ă©vènements et tentent de montrer un signe d'autoritĂ© en circulant de manière apathique dans les rues mal frĂ©quentĂ©es.


La noirceur du sujet renforcĂ©e par l'ambiance nocturne d'une urbanisation en dĂ©liquescence Ă©voque une succession de règlements de compte sanglants proprement dĂ©rangeants. Car le rĂ©alisateur dĂ©peint de façon nihiliste le ras le bol d'une poignĂ©e de quidams dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  sortir les flingues pour rĂ©gir leur propre loi. D'ailleurs, le monologue du prĂ©lude Ă©noncĂ© par un leader activiste (Fred Williamson engagĂ© dans une idĂ©ologie extrĂ©miste) Ă©voque bien la situation de crise dans lequel les habitants sont confrontĂ©s. Ce dĂ©sespoir tangible d'une humanitĂ© en chute libre raisonne comme un cri d'alarme pour dĂ©noncer la dĂ©route de nos sociĂ©tĂ©s laxistes gangrenĂ©es par un système judiciaire sectaire. Les sĂ©quences d'actions remarquablement filmĂ©es rĂ©sonnent alors comme des fulgurances putassières car sa violence nausĂ©euse dĂ©coule de la rĂ©volte aliĂ©nante de l'honnĂŞte citoyen converti en implacable tueur dĂ©nuĂ© d'Ă©thique. Le score percutant de Jay Chataway va notamment intensifier ce climat d'insĂ©curitĂ© oĂą chaque voyou, dealer, mac et violeur agissent de la manière la plus permissive. Enfin, la conviction des interprètes renforce le caractère autoritaire d'une milice intraitable (mĂŞme si Fred Williamson cabotine parfois dans ses Ă©lans acrobatiques d'expert en art martial). En père endeuillĂ© rongĂ© par la rĂ©volte, l'excellent Robert Foster magnĂ©tise l'Ă©cran de sa trogne renfrognĂ©e, un regard dĂ©tachĂ© en rĂ©gression humaniste. Sa sombre prĂ©sence doit autant Ă  l'ambiance dĂ©faitiste dĂ©coulant d'une civilisation urbaine livrĂ©e Ă  l'anarchie.


Nous sommes armés, nous sommes prêts
Terriblement pessimiste et sans issue de secours, Vigilante joue autant la carte du cinĂ©ma d'action d'exploitation que de la rĂ©flexion alarmiste sur les effets pervers de l'auto-justice depuis la dĂ©mission juridique. DominĂ©e par l'interprĂ©tation inflexible de Robert Foster entourĂ© d'une poignĂ©e de vĂ©tĂ©rans de seconde zone (les trognes burinĂ©es Woody Stroode et Fred Williamson), Vigilante constitue un archĂ©type du film d'auto-dĂ©fense, au mĂŞme titre que ses comparses Le Droit de Tuer, Philadelphia Security

Dédicace à Denis Soustre De Condat-Rabourdin
*Bruno
19.10.12. 4èx

Eh ! Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je commence Ă  en avoir jusqu'ici.
On en est Ă  40 meurtres par jour dans nos rues, il y a plus de 2 millions d'armes illĂ©gales dans cette ville les mecs ! 
Il y a de quoi envahir un pays avec cet armement. Il tire sur les flics de cette ville comme sur des soldats de plomb.
Alors merde, vous prenez tous le mĂ©tro non !? 
Combien de temps allons-nous supporter qu'on nous agresse ? 
Combien de verrous allons-nous mettre Ă  nos portes ?
Nous n'avons plus de police. Ni de procureur, ni de prison.
Je veux dire que tout ça c'est fini. Y'a deux poids et 2 mesures. Maintenant on est une statistique.
Alors moi j'vous dis: quand on n'ose plus descendre acheter un paquet de cigarettes le soir parce qu'on sait que la rue appartient aux loubards et aux voyous dès que la nuit tombe et que les autoritĂ©s ne peuvent pas nous protĂ©ger. 
Voilà ce que je vous dis les mecs ! Vous avez une obligation morale, le droit de préserver vous-même vos vies.
Vous pouvez fuir, vous pouvez vous cacher, ou essayer de vivre Ă  nouveau comme des hommes, c'est notre Waterloo mes amis. 
Si vous voulez retrouver votre ville, il faut la prendre ! Compris ! 
La prendre !!!

mercredi 17 octobre 2012

REVENGE: A LOVE STORY (Fuk Sau che chi sei)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site a2.moovidadb.com

de Wong Ching-Po. 2010. Hong-Kong. 1h35. Avec Chin Siu-Ho, Juno Mak Chun-Lung, Lam Ling-Yuen, Lau Wing, Sora Aoi, Sun Wai-Lin, Tony Ho Wah-Chiu, Wong Shu-Tong.

FILMOGRAPHIE: Wong Ching-Po est un réalisateur, scénariste, acteur, compositeur, monteur et producteur
2002: Fu bo
2004: La Voie du Jiang Hu
2005: Ah sou
2008: Sup Fun chung ching
2010: Revenge: a love story
2011: Bao wei zhan dui zhi chu dong la ! Peng You !
2013: Once Upon a Time in Shangai


Surfant sur les dernières productions asiatiques compromises dans l'action ultra violente toujours plus rugueuse, Revenge: A Love Story dĂ©bute Ă  la manière d'un thriller sordide pour se confiner vers le revenge movie bicĂ©phale. Un serial-killer commet une sĂ©rie de meurtres crapuleux sur deux femmes enceintes alors qu'un flic est portĂ© disparu. Le criminel âgĂ© de 23 ans et souffrant d'autisme vient Ă  peine de purger une peine de 6 mois de prison pour une condamnation erronĂ©e. Sa vengeance implacable ne fait que commencer...
Ca démarre sec avec le meurtre crapuleux de deux femmes enceintes dont le foetus leur sera extirpé (le hors-champ élude le pire !) tandis qu'un sexagénaire est retrouvé mort noyé dans une baignoire. La disparition d'un flic va venir confirmer aux autorités qu'un tueur en série sévi dans le quartier. Rapidement, le suspect est interpellé ! ATTENTION SPOILER !!! Flash back sur son passé romantique avec une jeune fille déficiente suivi de leur calvaire imposé par une bande de flics corrompus. FIN DU SPOILER. On n'en dira pas plus pour ne pas ébruiter cette glauque histoire de vengeance mais un revirement intéressant va venir inverser les rôles impartis. Là où le bourreau se présentait comme une ordure à exterminer de façon sommaire, son passé traumatique va finalement nous dévoiler les clauses véritables qui ont pu pousser cet homme à commettre l'irréparable.


Ultra violent et gore envers certains actes de torture, règlements de comptes au gunfight, confrontations physiques et autres meurtres d'infanticide, les sĂ©quences chocs qui Ă©maillent le rĂ©cit se voient toutefois Ă©pargnĂ©es d'une complaisance putassière trop souvent prĂ©sente dans ce genre de production. Son scĂ©nario structurĂ© avec dextĂ©ritĂ© voue son efficacitĂ© grâce Ă  la saveur aigre d'une histoire de vengeance hallucinĂ©e auquel un autiste s'empresse d'achever sa besogne. En outre, la romance allouĂ©e aux deux protagonistes Ă©pris de romance vĂ©hicule un intĂ©rĂŞt constant dans leur cheminement hasardeux jusqu'au fameux drame inconvenu. Une inĂ©vitable empathie nous ait donc accordĂ©e pour ces amants dĂ©chus, d'autant plus que l'administration policière conçue pour protĂ©ger le citoyen est ici relĂ©guĂ©e au rang de tortionnaires vĂ©reux. La mise en scène inventive et inspirĂ©e dans ces angles de vue gĂ©omĂ©triques multiplie ses fulgurances en adoptant parfois le principe du slow motion. En prime, une certaine poĂ©sie dĂ©coule parfois d'une nature clairsemĂ©e Ă©trangement sereine ou d'une nuit fĂ©erique quand d'immenses poupĂ©es gonflables animĂ©es ravivent les coeurs (le cadeau de Kit Ă  sa dulcinĂ©e Wing). Jusqu'ici tout va bien dans ce scĂ©nario interlope utilisant avec une efficience probable action vindicative compromise par des règlements de compte singuliers (certaines sĂ©quences brutales surprennent par leur tonalitĂ© insolite).
Seulement voilĂ , le dernier quart d'heure maladroit dans sa thĂ©matique de la rĂ©mission tributaire d'une repentance religieuse va accumuler les lourdeurs pour tenter de nous convaincre qu'un leader prĂ©alablement licencieux a subitement trouvĂ© la voie de la rĂ©demption. Pire encore, son Ă©pilogue ridicule et Ă©quivoque se vautre dans une forme de mysticisme fumeux pour harmoniser des retrouvailles spirituelles.


Hormis certaines invraisemblances ou facilitĂ©s (notamment toute la partie furtivement expĂ©diĂ©e, centrĂ©e autour de l'hĂ´pital quand notre tueur accoutrĂ© d'une blouse blanche va Ă©chapper Ă  tout le personnel) et son point d'orgue Ă©quivoque, Revenge: A Love Story est un thriller suffisamment bien troussĂ©, haletant et intense pour contenter l'amateur de thriller stylisĂ© ultra violent. D'autant plus que l'interprĂ©tation d'ensemble renforce son capital crĂ©dule avec une mention probante pour le jeu dense du tueur impassible et mutique. A dĂ©couvrir.

P.S: A éviter la VF exécrable !

Dédicace à Jenny Winter
17.10.12
Bruno Matéï