lundi 21 janvier 2013

BARFLY


                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood80.com

de Barbet Schroeder. 1987. U.S.A. 1h44. Avec Mickey Rourke, Faye Dunaway, Alice Krige, Jack Nance, J.C. Quinn, Frank Stallone.

FILMOGRAPHIE: Barbet Schroeder est un réalisateur et producteur, de nationalité française d'origine suisse, né le 26 Août 1941 à Téhéran (Iran).
1969: More. 1972: La Vallée. 1976: Maîtresse. 1984: Tricheurs. 1987: Barfly. 1990: Le Mystère Von Bulow. 1992: J.F partagerait appartement. 1995: Kiss of Death. 1996: Before and after. 1998: l'Enjeu. 2000: La Vierge des Tueurs. 2002: Calculs Meurtriers. 2007: l'Avocat de la terreur (Documentaire). 2008: Inju, la Bête dans l'ombre. 2009: Mad Men (série TV).


              DĂ©finition de Barfly: mouche de bar qu'on pourrait traduire par "Pilier de bistrot"

Echec public lors de sa discrète sortie en salles, Barfly se révèle l'un des films les occultés de la carrière du cinéaste. Inspiré de la véritable vie de l'écrivain Charles Bukowski, le film suit l'errance nocturne d'un couple à la dérive, fréquentant les bars miteux d'un ghetto de Los Angeles.
Drame social sur l'échec professionnel et le fardeau de la solitude, Barfly nous illustre avec une vérité humaine poignante la rencontre marginale de deux écorchés de la vie. L'un est un brillant écrivain n'ayant jamais réussi à percer dans le milieu, l'autre est une chômeuse blasée, lourdement éprouvée par son passé conjugal. Ensemble, ils tentent de former un semblant de couple harmonieux au sein de leur appartement insalubre et fuient leur désespoir en se réfugiant dans l'ivresse de l'alcool. En prenant le choix de daigner réunir deux monstres sacrées du cinéma, on pouvait craindre une oeuvre formatée un brin prétentieuse avec le jeu cabotin de ces illustres comédiens. D'autant plus que l'argument misérabiliste met bien en exergue l'existence sordide d'un couple d'alcoolos sombrant inévitablement dans une déchéance suicidaire.


A contrario, le rĂ©alisateur s'en tire admirablement en Ă©ludant cette forme de pathos rĂ©doutĂ©, tandis que Faye Dunaway et Mickey Rourke imposent leur jeu dĂ©pravĂ© avec une vĂ©ritĂ© humaine inespĂ©rĂ©e ! En prime, Ă  aucun moment Barbet Schroeder ne prend le parti de les juger. Il nous immerge dans leur vie nocturne avec un rĂ©alisme cru (les bastons de rue sont plutĂ´t violentes et sanglantes), une Ă©motion prude (tous les personnages paumĂ©s se rĂ©vèlent attachants dans leur dĂ©tresse humaine) et un humour parfois pittoresque (les incessants dĂ©fis physiques que se provoquent Henry et le serveur de bar, Eddie). L'ambiance blafarde des bars malfamĂ©s oĂą se cĂ´toient ivrognes, vieillards burinĂ©s et femmes esseulĂ©es, et celle plus intime, de l'appartement de Wanda, est retranscrite avec un souci d'authenticitĂ©. Nous sommes vĂ©ritablement plongĂ©s dans un univers de dĂ©bauche oĂą l'alcool, les violences conjugales avec le voisinage et les rixes urbaines dĂ©coulent de leur misère sociale. Avec sa dĂ©gaine maladroite de clochard borgne et de bagarreur invĂ©tĂ©rĂ©, Mickey Rourke incarne un provocateur misanthrope plein d'ironie ainsi qu'une empathie discrètement attendrissante (sa jalousie affectueuse auprès de sa compagne). Sa partenaire Faye Dunaway accorde autant de persuasion pour endosser le rĂ´le vulnĂ©rable d'une quinquagĂ©naire trop Ă©prouvĂ©e par le poids de son passĂ© sans connaĂ®tre prĂ©cisĂ©ment ce qui l'eut amenĂ© Ă  une telle dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale. Le film reposant entièrement sur leurs frĂŞles Ă©paules, les deux acteurs parviennent avec sobriĂ©tĂ© Ă  nous faire oublier leur stature notoire si bien que l'on regrette que le film se clĂ´t brutalement sur un Ă©pilogue trivial.


S'il se rĂ©vèle sans surprise, Barfly est un portrait libertaire poignant et plein d'humilitĂ© de deux alcooliques qui auront dĂ©cidĂ© de tourner le dos Ă  leurs ambitions pour accepter communĂ©ment leur propre dĂ©faite. Rien que pour la prĂ©sence très attachante des deux comĂ©diens, le film mĂ©rite assurĂ©ment Ă  ĂŞtre rĂ©habilitĂ© pour sa dĂ©marche intègre et sa modestie Ă©motionnelle, non exempte de savoureux traits d'ironie. 

Un grand merci à Ciné-bis-Art !
21.01.13. 2èx
Bruno Matéï

samedi 19 janvier 2013

DJANGO UNCHAINED

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site prettymuchamazing.com

de Quentin Tarantino. 2012. U.S.A. 2h45. Avec Jamies Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson, Walton Goggins, Dennis Christopher, James Remar, Laura Cayouette, Don Johnson, Tom Wopat, Quentin Tarantino.

Sortie salles France: 16 Janvier 2013. U.S: 25 Décembre 2012

FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
1992: Réservoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jacky Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained.


Après ses 2 derniers films controversés (Boulevard de la Mort / Inglorious Basterds) qui avaient dépité une bonne partie du public, Tarantino s'entreprend cette fois-ci à rendre hommage au western en s'inspirant vaguement du chef-d'oeuvre de Corbucci, Django. En effet, il n'est aucunement question de l'élaboration d'un remake ou d'un plagiat (même si les deux héros partagent comme point commun une rancoeur vindicative en ascension), mais plutôt d'un habile démarquage du western spaghetti. Puisqu'en l'occurrence, Tarantino souhaite mettre en exergue comme argument social le traitement infligé aux esclaves noirs du Sud des Etats-Unis avant la guerre de sécession. D'une durée excessive (mais justifiée !) de plus de 2h45, Django Unchained suit le périple en 1858 d'un chasseur de prime allemand et d'un esclave noir libéré de ses chaines par ce dernier, tous deux compromis à se faire passer pour des acheteurs d'esclaves chez un riche propriétaire. Un subterfuge prémédité afin de libérer la fiancée de Django, exploitée depuis plusieurs années comme femme de ménage par un vieux nègre corrompu, l'acolyte du sadique Clavin J. Candie.


Avec sa traditionnelle virtuositĂ© technique, sa verve inimitable pour les rĂ©pliques acerbes et son humour noir fĂ©roce, Quentin Tarantino semble mieux attentionnĂ© Ă  façonner un scĂ©nario structurĂ© en prenant soin de peaufiner l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses personnages cyniques. La première heure privilĂ©gie un ton lĂ©ger et pittoresque (le traquenard Ă©mis Ă  la confrĂ©rie encapuchonnĂ©e !), non exempt d'Ă©clairs de violence sarcastique parmi les tâches du Dr King SchĂĽltz (Christoph Waltz dans un rĂ´le pondĂ©rĂ© Ă  contre-emploi !). Un mĂ©decin reconverti en chasseur de prime loyal puisque dĂ©vouĂ© Ă  exaucer la vengeance de Django (Jamie Fox, tout en rĂ©volte contenue pour sa rancoeur latente). Ensemble, ils vont tenter de retrouver une esclave africaine au sein d'une AmĂ©rique raciste rĂ©futant la libertĂ© du peuple noir. La suite des Ă©vènements beaucoup plus dense dans l'enjeu imparti Ă  la traite des nègres va prendre une tournure plus grave dès que nos deux compères vont devoir Ă©tablir une transaction avec l'ignoble Clavin J. Candie (magnifiquement tempĂ©rĂ© par l'Ă©lĂ©gance hautaine d'un Di Caprio vicelard). Ce marchandage financier pour la mise d'un combattant noir va leur permettre d'Ă©tablir la nouvelle rencontre du sbire sclĂ©rosĂ© de Candie, Stephen (Samuel L. Jackson abjecte de putasserie dans la peau d'un vieillard sĂ©nile). C'est justement dans sa propriĂ©tĂ© rurale que la fiancĂ©e de Django y demeure parmi l'allĂ©geance d'autres esclaves destinĂ©s Ă  labourer le coton. ÉmaillĂ© d'affrontements psychologiques mesquins et perfides entre chacun des rivaux, d'action cinglante impromptue pour les impacts de balles assĂ©nĂ©s aux victimes, dĂ©cuplant de manière singulière l'abondance de jets de sang sur les chairs explosĂ©es, Quentin Tarantino n'oublie pas d'exprimer sa plaidoirie anti-raciste en fustigeant le comportement crapuleux de propriĂ©taires blancs dĂ©nuĂ©s d'une moindre vergogne. Certaines tortures ou lynchages infligĂ©s aux noirs indisciplinĂ©s (l'esclave dĂ©vorĂ© vivant par les chiens, la lutte Ă  mort des combattants, la sentence du fouet, Broomhilda sĂ©questrĂ©e dans la boite brĂ»lante sous un soleil Ă©crasant !) se rĂ©vèlent d'une âpretĂ© rigoureuse afin de rĂ©veiller la conscience du spectateur, compromis Ă  la xĂ©nophobie d'une Ă©poque primitive.


Avec Django Enchained, Tarantino continue de dĂ©clarer sa flamme Ă  l'amour du cinĂ©ma de genre avec toujours autant de verve caustique, d'inventivitĂ© audacieuse et d'insolence roublarde. Superbement campĂ© par une armada de comĂ©diens notables (mention spĂ©ciale Ă  Samuel L. Jackson, dans un rĂ´le insidieux innommable !) et scandĂ© par une BO entraĂ®nante, ce western stimulant n'oublie pas pour autant de rappeler la condition inhumaine infligĂ©e Ă  la communautĂ© noire, longtemps martyrisĂ©e par une AmĂ©rique xĂ©nophobe au dĂ©but du 16è siècle. Enfin, en guise de clin d'oeil, on notera l'apparition du vĂ©tĂ©ran Franco Nero dans un court passage tout en dĂ©rision ! N'en dĂ©plaise Ă  ses dĂ©tracteurs de toujours, Tarantino est revenu plus revigorĂ© et persuasif que jamais !

19.01.13
Bruno Matéï

jeudi 17 janvier 2013

FLIGHT

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site paperblog.fr

de Robert Zemeckis. 2012. U.S.A. 2h19. Avec Denzel Washington, John Goodman, Don Cheadle, Bruce Greenwood, Kelly Reilly, Nadine Velazquez, Brian Geraghty, Rhoda Griffis, Tamara Tunie.

Sortie salles France: 13 février 2013. U.S: 2 Novembre 2012

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight.


12 ans ! C'est le temps qu'il aura fallu attendre pour voir dĂ©barquer le nouveau Zemeckis en tant que long mĂ©trage "live" avec des comĂ©diens de chair et de sang. Et justement en l'occurrence, Flight nous Ă©voque de manière intimiste le portrait d'un capitaine meurtri, plongĂ© dans son dĂ©sarroi de la dĂ©pendance toxicologique et de la solitude conjugale. Le pitchUn commandant de bord et son Ă©quipage sont contraints de se poser en catastrophe après un incident technique majeur. Après avoir atterri dans un champs, Whip Whitaker perd connaissance pour se rĂ©veiller Ă  l'hĂ´pital. Il apprend via les infos tĂ©lĂ©visĂ©s que 6 personnes ont perdu la vie sur la totalitĂ© des 106 passagers. ConsidĂ©rĂ© comme un hĂ©ros par la population, l'investigation ne va pas tarder Ă  lui suspecter une pathologie alcoolique.


Après avoir souvent oeuvrĂ© dans la comĂ©die, la science-fiction et le fantastique, Robert Zemeckis dĂ©cide cette fois-ci de nous confiner vers un drame psychologique rigoureux pour aborder de façon introspective la dĂ©chĂ©ance humaine d'un alcoolique. Après avoir Ă©viter la pire des catastrophes aĂ©riennes, un capitaine va ĂŞtre enclin Ă  reconsidĂ©rer son Ă©thique pour peut-ĂŞtre dĂ©voiler au grand jour son fardeau de l'addiction. Avec une Ă©motion Ă©purĂ©e, le rĂ©alisateur nous dĂ©peint le portrait d'un brillant pilote d'avion ayant sans doute prĂ©alablement Ă©vitĂ© une hĂ©catombe meurtrière mais qui, malgrĂ© tout, se rĂ©vĂ©lera coupable d'un comportement Ă©thylique irresponsable. RĂ©flexion sur l'ambivalence des effets pervers de la drogue et l'alcool fustigeant ici l'existence aisĂ©e d'un capitaine renommĂ©, Flight met en exergue le combat intrinsèque du malade avec sa propre moralitĂ©. En pilote versatile tributaire de sa dĂ©chĂ©ance, Denzel Washington apporte une fois de plus une densitĂ© humaine inĂ©vitablement ambiguĂ« mais souvent poignante pour sa remise en question avec sa foi ainsi que sa responsabilitĂ© professionnelle. Un père esseulĂ© en manque d'affection pour sa famille dĂ©sunie, se consolant dans les bras d'une junkie en voie de convalescence. Mais un malade dĂ©shonorĂ© par son alcoolisme, constamment obligĂ© de mentir Ă  son entourage pour occulter sa dĂ©bauche, davantage tenaillĂ© d'une Ă©ventuelle culpabilitĂ© envers la perte accidentelle de six dĂ©funts.


DĂ©ployant en prĂ©lude une sĂ©quence catastrophe aĂ©rienne Ă©tourdissante de rĂ©alisme dans son immersion frontale, Flight s'immisce ensuite dans l'intimitĂ© d'un alcoolique en perdition qui ne trouvera la rĂ©demption qu'en acceptant sa propre dĂ©chĂ©ance. FilmĂ© avec une Ă©lĂ©gante sobriĂ©tĂ© et portĂ© Ă  bout de bras par le charisme compact de Denzel Washington, Robert Zemeckis ausculte le  superbe portrait d'un hĂ©ros corrompu hantĂ© par la pĂ©nitence. 

17.01.13
Bruno Matéï


mardi 15 janvier 2013

COMPLIANCE

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lecontretemps.net

de Craig Zobel. 2012. U.S.A. 1h30. Avec Ann Dowd, Dreama Walker, Pat Healy, Bill Camp, Philip Ettinger, James McCaffrey.

Sortie salles France: 26 Septembre 2012. U.S: 21 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Craig Zobel est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
2006: Homestarrunner.com: Everything Else, Volume 2 (segment Homestarloween Party). 2007: Great World of sound. 2009: Of Montreal: in a fit of Hercynian Prig, Oculi. 2012: Compliance. Z for Zachariah.


DĂ©finition de Compliance: La conformitĂ© (qualitĂ© de ce qui est conforme) ou la conformation (action de se conformer) Ă  des règles.

InspirĂ© d'un fait divers incongru Ă  l'ineptie affligeante alors que 70 incidents du mĂŞme type furent rĂ©pertoriĂ©s dans 30 Ă©tats des Etats-Unis durant les annĂ©es 2000, Compliance est la parfaite dĂ©finition de ce que l'ĂŞtre humain peut-ĂŞtre capable d'accomplir en se soumettant simplement aux règles d'une autoritĂ© drastique. L'intrigue se dĂ©roulant essentiellement derrière la cuisine d'un fast-food, Compliance nous illustre le calvaire au compte goutte d'une jeune serveuse affable, interrogĂ©e au tĂ©lĂ©phone par la police pour une affaire de vol d'argent auprès d'une ancienne cliente. Avec l'entremise de son manager puis d'autres intervenants, Becky va ĂŞtre contrainte de se plier aux exigences du policier sans pouvoir s'y opposer. Au fil des questionnements interminables, chaque protagoniste semble plongĂ© dans une allĂ©geance incontrĂ´lĂ©e par la sagacitĂ© d'un interlocuteur perfide.


Mis en scène avec une maĂ®trise rigoureuse particulièrement acerbe et rehaussĂ© d'une direction d'acteurs hors pair, ce drame psychologique toujours plus Ă©prouvant provoque un malaise diffus Ă©manant du comportement apathique de chacun des tĂ©moins. En position de voyeur malgrĂ© lui, le spectateur est invitĂ© Ă  participer Ă  une dĂ©rive psychologique dĂ©passant la dĂ©cence Spoiler !!! puisqu'au fil des conversations tĂ©lĂ©phoniques, une improbable affaire de viol est sur le point d'ĂŞtre tolĂ©rĂ©e. Fin du Spoiler. A partir de l'interrogatoire forcĂ©, via tĂ©lĂ©phone interposĂ©, d'un inspecteur de police dictant ses exigences Ă  la responsabilitĂ© d'une directrice et du coupable prĂ©sumĂ©, Compliance est une Ă©tude scrupuleuse sur le pouvoir de soumission et de persuasion. Un jeu pervers de manipulation auquel les tĂ©moins particulièrement stressĂ©s vont devoir perpĂ©trer des actes d'humiliation sur la victime dĂ©munie sans faire preuve de protestation, faute de reprĂ©sailles juridique.
Le réalisme clinique de la situation de détention, son climat étouffant régi au sein d'une pièce calfeutrée et la tension permanente qui y règne, faute du harcèlement téléphonique prolongé, incommode lourdement le spectateur, sévèrement épris de stupeur face au laxisme des protagonistes.


DĂ©rangeant, Ă©prouvant jusqu'au malaise et d'une tension difficilement supportable, Compliance dĂ©montre Ă  quel point l'individu lambda peut rĂ©solument se subordonner Ă  l'endoctrinement d'une autoritĂ© dĂ©lĂ©tère. Ce fait divers dĂ©cuplĂ© Ă  70 reprises dans divers Ă©tats amĂ©ricains prouve que notre intĂ©gritĂ© peut parfois se corrompre Ă  une dĂ©rive licencieuse par la persĂ©cution d'un habile maĂ®tre-chanteur. Un drame nausĂ©eux car effroyable de bĂŞtise humaine dans le portrait assĂ©nĂ© Ă  certains tĂ©moins amorphes de l'affaire (le concubin en particulier !), littĂ©ralement Ă©crasĂ©s par leur carence caractĂ©rielle.   

15.01.13
Bruno Matéï

DistinctionsMeilleure Actrice dans un second rĂ´le pour Ann Dowd au National Board of Review Awards 2012.
Meilleure actrice de second rĂ´le (Ann Dowd) et Meilleur film Artistique au St-Louis Film Critics Association Awards 2012.

lundi 14 janvier 2013

THE IMPOSSIBLE (Lo Impossible)

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmsfix.com

de Juan Antonio Bayona. 2012. Espagne. 1h54. Avec Ewan McGregor, Naomi Watts, Geraldine Chaplin, Tom Holland, Marta Etura.

Sortie salles France: 21 Novembre 2012. U.S: Septembre 2012. Espagne: 11 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE:  Juan Antonio Bayona est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1975 Ă  Barcelone.
2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007: l'Orphelinat. 2012: The Impossible.


5 ans après l'Orphelinat, l'espagnol Juan Antonio Bayona nous retrace avec The Impossible l'histoire vraie d'une famille américaine emportée par la vague du tsunami ayant balayé l'ouest de la Thaïlande le 26 Décembre 2004. Après ce raz de marée meurtrier, le film décrit minutieusement les tentatives de retrouvailles pour cette famille traumatisée après l'ampleur inédite d'un désastre écologique.
Passé les 15 minutes d'exposition auquel le couple américain et ses trois enfants sont courtoisement accueillis dans le cadre édénique d'un village de vacances, le réalisateur ne perd pas de temps à les plonger dans l'horreur d'une catastrophe naturelle. L'estocade meurtrière impartie au tsunami surgit de plein fouet pour balayer en quelques secondes toute présence humaine s'y trouvant sur son chemin.
La séquence d'apocalypse plutôt concise mais traumatisante est mise en scène avec un réalisme brutal pour nous immerger en interne d'un cours d'eau incontrôlé. Elle ébranle littéralement le spectateur accroché à son fauteuil, contraint d'observer l'acharnement inflexible de ces gigantesques vagues venues engloutir la population et leur foyer ! La séquence cinglante où Maria et Lucas tentent de s'extirper de l'eau en s'infligeant moult blessures corporelles est un moment d'anthologie d'une intensité éprouvante !


PassĂ© ses premières quarante minutes bouleversantes, le rĂ©alisateur souhaite se concentrer sur le destin prĂ©caire de cette famille dĂ©sunie. Alors que Maria et le jeune Lucas sont recrutĂ©s dans un centre hospitalier, Henry va s'efforcer de les retrouver avant d'acculer ses deux autres enfants Ă  rejoindre des bĂ©nĂ©voles pour se protĂ©ger en amont des montagnes. Avec une Ă©motion sensitive, n'Ă©ludant pas parfois le pathos et les bons sentiments, le rĂ©alisateur Ă©voque Ă  travers une tragĂ©die le lien de filiation quand la famille se retrouve dissociĂ©e des siens. PlongĂ© dans le marasme de la solitude et la peur instinctive de la mort, l'unique aspiration impartie Ă  chacun des survivants sera de daigner retrouver au plus vite un membre de sa propre famille. Juan Antonio Bayona met notamment en avant l'instinct de survie et d'empathie chez la victime molestĂ©e (l'acharnement de Maria et Lucas pour rester unis au coeur des vagues meurtrières) ainsi que l'esprit de solidaritĂ©, de cohĂ©sion qui en dĂ©coule quand le malheur a dĂ©cidĂ© de s'abattre sur une population endeuillĂ©e. EntassĂ©s dans des hĂ´pitaux surpeuplĂ©s, les victimes mutilĂ©es et les survivants Ă©puisĂ©s attendent patiemment des nouvelles de leur proche avec un espoir rude. Si la plupart des comĂ©diens campent dignement leur rĂ´le avec une pugnacitĂ© accablĂ©e, Naomi Watts livre une performance dramatique d'une grande intensitĂ© Ă©motionnelle. La prestance martyr d'une mère emplie de courage car engagĂ©e dans un combat de survie pour sa propre destinĂ©e afin de pouvoir enlacer ses proches.


Survivre Ă  l'apocalypse
Indubitablement poignant, terrifiant et bouleversant, The Impossible est un témoignage de solidarité pour ses héros méconnus ayant réussi à déjouer l'impossible, autant qu'un hommage humble à toutes ses victimes du Tsunami sacrifiées par un climat naturel insoumis (on compte entre 216 000 et 232 000 morts). S'il cède parfois à une sensiblerie appuyée (le faux suspense infligé au traitement de Maria vers son épilogue), son pouvoir émotionnel et son parti-pris hyper réaliste éprouvent dignement le spectateur.

14.01.13
Bruno Matéï

vendredi 11 janvier 2013

JOHN DIES AT THE END

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site joblo.com

de Don Coscarelli. 2012. U.S.A. 1h39. Avec Chase Williamson, Rob Mayes, Paul Giamatti, Clancy Brown, Glynn Turman, Doug Jones, Daniel Roebuck.

Sortie U.S: 23 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie).
1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.


Après un surprenant Bubba Ho-Tep aussi drĂ´le que poignant, il aura fallu 10 ans d'attente pour voir dĂ©bouler le nouvel ovni du gĂ©nial crĂ©ateur de la saga Phantasm. Attention les yeux et les sens ! L'Ă©preuve endurĂ©e faisant office de trip Lsd Ă  tendance paranoĂŻde ! John Dies at the end pratique sans modĂ©ration la carte du dĂ©lire dans un bordel erratique, faute d'une substance psychotrope matĂ©rialisant un univers parallèle peuplĂ© de crĂ©atures hybrides. TirĂ© d'un roman feuilletonesque de David Wong publiĂ© sur le net au dĂ©but des annĂ©es 2000, John Dies at the end retranscrit Ă  l'Ă©cran une intrigue irracontable car absconse mais d'une verve inventive absolument prolifique. A partir des effets altĂ©rants d'une drogue hallucinogène perturbant notre rĂ©alitĂ© afin de mieux l'asservir, deux jeunes acolytes vont se retrouver embarquĂ©s dans une sĂ©rie de vicissitudes aberrantes pour tenter de sauver l'humanitĂ©. BourrĂ© de personnages interlopes imbriquĂ©s dans des univers indĂ©cis et de monstres visqueux Ă©vacuĂ©s d'une nouvelle dimension, ce trip au vitriol ne cesse d'alterner des situations frappadingues oĂą nos hĂ©ros flegmes (accompagnĂ©s d'un toutou symbolique !), vont devoir contrecarrer l'invasion d'antagonistes perfides en instance de mutation.


Le spectateur, amusĂ© ou irritĂ© (c'est selon !), est embarquĂ© tĂŞte baissĂ©e dans un monde parallèle chaotique dĂ©ployant une profusion d'effets spĂ©ciaux Ă  l'imagination insolente. Pour exemples, un hot-dog se subtilise en  tĂ©lĂ©phone, la moustache d'un flic s'y dĂ©tache afin de voler de ses propres ailes, un pĂ©nis opulent remplace une poignĂ©e de porte, un chien prend la parole au lieu d'aboyer, le tir d'une balle rebondie sur sa cible corporelle, ou encore des bouts de viande congelĂ©e se combinent en monstre de chair. Entre comĂ©die pittoresque, fantastique et horreur, Don Coscarelli n'aura jamais Ă©tĂ© aussi gĂ©nĂ©reux pour satisfaire ses amateurs en usant notamment d'effets gores aussi percutants qu'Ă©chevelĂ©s (Ă©clatement d'un oeil, bras arrachĂ©, tĂŞte explosĂ©e Ă  coup de chevrotine, cadavres dĂ©coupĂ©s en morceaux, quidams dĂ©vorĂ©s par des arachnides en mode "animation"). La complexitĂ© narrative du film est telle qu'on finit par pardonner l'outrance gĂ©nĂ©reuse du rĂ©alisateur. En prime, le caractère attachant de nos losers, interprĂ©tĂ©s par de jeunes inconnus, permet au spectateur de s'identifier plus facilement dans leurs implications aussi hasardeuses qu'hĂ©roĂŻques. Enfin, les aficionados ne manqueront pas de reconnaĂ®tre l'apparition clin d'oeil du vĂ©tĂ©ran Angus Scrimm dans un rĂ´le ironiquement bicĂ©phale !


BordĂ©lique en diable, parfois dĂ©cousu, Ă©puisant Ă  suivre mais souvent jouissif dans son habiletĂ© imperturbable Ă  nous dĂ©connecter de notre rĂ©alitĂ©, John Dies at the end divisera sans nulle doute une bonne partie du public. Hormis son caractère hermĂ©tique et ses enjeux futiles, l'univers dĂ©bridĂ© façonnĂ© par Don Coscarelli fait preuve d'une inventivitĂ© ahurissante dans sa scĂ©nographie baroque, son humour espiègle et son bestiaire hĂ©tĂ©roclite (on pense aux monstres tentaculaires de The Thing ou ceux organiques de Cronenberg !). Un divertissement hors normes Ă  devenir culte, Ă  dĂ©couvrir absolument, quelque soit la dĂ©ception encourue !

11.01.13
Bruno Matéï


jeudi 10 janvier 2013

Quelque part dans le Temps / Somewhere in time. Antenne d'Or Ă  Avoriaz, 1981

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site badmovieart.blogspot.com

de Jeannot Swarc. 1980. U.S.A. 1h43. Avec Christopher Reeves, Jane Seymour, Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, George Voskovec, William H. Macy.

Sortie salles France: 6 Mai 1981. U.S: 3 Octobre 1980

FILMOGRAPHIE: Jeannot Szwarc est un réalisateur français, né le 21 Novembre 1939 à Paris.
1973: Columbo: adorable mais dangereuse. 1975: Les Insectes de Feu. 1978: Les Dents de la Mer 2.
1980: Quelque part dans le temps. 1983: Enigma. 1984: Supergirl. 1985: Santa Claus. 1987: Grand Larceny. 1988: Honor Bound. 1990: Passez une bonne nuit. 1991: La Montagne de Diamants. 1994: La Vengeance d'une blonde. 1996: Hercule et Sherlock. 1997: Les Soeurs Soleil

"L’Ă©ternitĂ© d’un battement de cĹ“ur".
RĂ©alisateur Ă©clectique, Jeannot Szwarc s’attelle en 1980 Ă  l’adaptation du roman de Richard Matheson, Le Jeune Homme, la Mort et le Temps. RebaptisĂ©e au cinĂ©ma Quelque part dans le temps, cette tragĂ©die romantique Ă  postulat d’anticipation (le voyage temporel) demeure la plus vibrante rĂ©ussite de son auteur, justement rĂ©compensĂ©e de l’Antenne d’Or Ă  Avoriaz.

Le Pitch: Lors d’une rĂ©ception, un dramaturge reçoit la visite d’une septuagĂ©naire qui, troublante, le supplie de lui revenir. DĂ©contenancĂ© par cette Ă©trange supplique, et par l’offrande d’une montre ancienne, Richard Collier poursuit sa vie solitaire dans le tumulte passionnĂ© de sa vocation. Huit ans plus tard, sĂ©journant dans un hĂ´tel, il dĂ©couvre au mur du hall la photographie d’une actrice de 1912. IrrĂ©sistiblement attirĂ©, il reconnaĂ®t les traits de la mystĂ©rieuse vieille dame croisĂ©e dans les coulisses de sa première pièce. Avec l’aide d’un professeur utopiste, il entreprend alors de dĂ©fier le temps pour rejoindre l’amour de sa vie.
 

Ă€ partir d’un canevas dĂ©lirant, Szwarc devient conteur romantique sous l’Ă©gide du mythique Richard Matheson. Dans la complicitĂ© candide du duo Christopher Reeve / Jane Seymour, Quelque part dans le temps donne Ă  voir une romance Ă©perdue, d’une grâce pudique. Modestement retranscrite Ă  travers la reconstitution bucolique des annĂ©es 1910, cette bouleversante histoire d’amour s’empare du fantastique pour unir deux âmes promises, sĂ©parĂ©es par les âges. Point de machines : ici, le voyage dans le temps se joue par l'autosuggestion. Un simple acte de foi mentale. Et, chose rare, cette Ă©trangetĂ© convainc. Car il suffit d’un esprit dĂ©vorĂ© par la passion pour dĂ©fier les lois du rĂ©el. Ă€ moins qu’il ne s’agisse, plus tragiquement, de l’hallucination d’un Ă©crivain esseulĂ©, glissant peu Ă  peu hors du monde.

Romantisme incandescent et sensibilitĂ© dĂ©licate : Szwarc tisse des instants de pure poĂ©sie, traversĂ©s d’un humour tendre (Elise avouant son amour sur scène devant un public mĂ©dusĂ©, ou l’amitiĂ© pudique avec le jeune Arthur – futur majordome de l’hĂ´tel). Au-delĂ  des obstacles dressĂ©s par un maĂ®tre-chanteur menaçant, Quelque part dans le temps nous captive par la sincĂ©ritĂ© de ses interprètes. En Dom Juan Ă©garĂ© dans l’Histoire, vĂŞtu de l’Ă©lĂ©gance d’un autre siècle, Christopher Reeve incarne son personnage avec une candeur bouleversante. Face Ă  lui, Jane Seymour, actrice au seuil de sa gloire, impose une prĂ©sence d’une douceur souveraine. Ensemble, ils forment un couple tragique, jamais mièvre, consumĂ© par une passion pure.

Quant au final, il frappe en plein cĹ“ur. Renversant, brutal, il saborde d’un coup leur romance Ă©dĂ©nique, et laisse le spectateur dĂ©semparĂ©, saturĂ© d’amertume. L’Ă©pilogue, tout aussi funèbre, rĂ©sonne comme une complainte, jusqu’Ă  cet ultime sursaut d’onirisme qui vient apaiser l’âme.

"Au-delĂ  du temps, l’Ă©cho d’un amour".
D'une beautĂ© pudique, presque sacrĂ©e, et d’une Ă©motion double – entre perte et transcendance –, Quelque part dans le temps est un poème virginal sur l’amour absolu, la fuite des heures et le deuil de l’ĂŞtre aimĂ©. PortĂ© par la symphonie pudibonde de John Barry, ce chef-d’Ĺ“uvre lyrique cisèle le destin d’amants maudits, condamnĂ©s Ă  s’aimer au-delĂ  des frontières du temps.
 
*Bruno
10.01.13. 3èx

Récompense: Antenne d'Or à Avoriaz, 1981


lundi 7 janvier 2013

Psychose, Phase 3 (The Legacy)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique

de Richard Marquand. 1978. Angleterre/U.S.A. 1h39. Avec Katharine Ross, Sam Elliott, John Standing, Ian Hogg, Margaret Tyzack, Charles Gray, Roger Daltrey.

Sortie salles France: 2 Avril 1980. Angleterre: Septembre 1978

FILMOGRAPHIERichard Marquand est un rĂ©alisateur et producteur anglais, nĂ© le 22 Septembre 1938 Ă  Cardiff, Pays de Galles, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 Septembre 1987 Ă  l'âge de 48 ans d'un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral. 1970: Edward 2 (tĂ©lĂ©-film). 1971: The Search for the Nile (tĂ©lĂ©-film). 1975: The Puritain Experience: Forsaking England (moyen mĂ©trage). 1976: NBC Special Tret (tĂ©lĂ©-film). 1978: Psychose Phase 3. 1979: Birth of the Beatles. 1981: l'Arme Ă  l'oeil. 1983: Le Retour du Jedi. 1984: French Lover. 1985: A double tranchant. 1987: Heart of Fire.


InfluencĂ© par Suspiria, Rosemary's Baby et consorts, Psychose phase 3 traite conformĂ©ment du satanisme et de la sorcellerie sous l'effigie d'une modeste sĂ©rie B parfaitement efficace. Bien connu des amateurs de Fantastique qui ont pu le dĂ©couvrir chez les tenanciers de nos vidĂ©os des annĂ©es 80, le premier long-mĂ©trage de Richard Marquand est un super divertissement rĂ©alisĂ© sans prĂ©tention, tout Ă  fait bonnard Ă  travers son sens du rythme mĂ©tronome. 

Le pitchA la suite d'un accident de moto, un couple est convié à séjourner dans le manoir du milliardaire Jason Montoulive. Alors que d'autres invités viennent s'y rejoindre, de mystérieux incidents meurtriers vont se succéder. Margaret et Pete décident de quitter la demeure, en vain...


Psychose Phase 3 est le genre de sĂ©rie B mineure avec son scĂ©nario orthodoxe et sa mise en scène dĂ©pouillĂ©e mais qui parvient sans difficultĂ© Ă  insuffler une indĂ©niable sympathie auprès de l'aficionado du genre. Avec la bonhomie complice de la radieuse (et si rare) Katharine Ross, convoyĂ©e du briscard moustachu Sam Elliott, ainsi que d'autres seconds rĂ´les aussi avenants (le chanteur des Who, Roger Daltrey et le vĂ©tĂ©ran Charles Gray), cette Ă©nième conjuration sataniste rĂ©ussit sans peine Ă  prĂ©server un intĂ©rĂŞt constant. Et si l'on peut reprocher certaines facilitĂ©s (les dĂ©mĂŞlĂ©s du couple manquent parfois un tantinet de persuasion), un faux raccord (l'attaque des rottweilers sur Pete) et quelques futiles incohĂ©rences, son intrigue occulte traitant de sorcellerie et de rĂ©incarnation suscite interrogation auprès de l'hĂ©ritage d'un milliardaire corrompu. EmaillĂ© de sĂ©quences-chocs parfois spectaculaires ou intenses (immolation Ă  travers les flammes de cheminĂ©e, Ă©touffement par nourriture, noyade dans une piscine, empalements par des Ă©clats de verre), Psychose Phase 3 rĂ©ussit par ailleurs Ă  insĂ©rer quelques pĂ©ripĂ©ties haletantes. A l'instar de cette fuite chaotique amorcĂ©e par le couple pour rejoindre leur bercail. Car tentant de s'Ă©chapper en dĂ©sespoir de cause Ă  cheval puis en voiture, les deux amants doivent emprunter le mĂŞme parcours champĂŞtre de façon rĂ©cursive.


On pense parfois à Suspiria pour le cérémonial de cette étrange confrérie réunie autour d'un vieillard moribond, pour le caractère interlope de ses protagonistes (la majordome insidieuse est parfaite de présence délétère avec son flegme impassible), et pour le décor baroque d'une piscine pourvue d'un esthétisme raffiné. Quelques rebondissements viennent également crédibiliser l'énigme ésotérique (la raison pour laquelle 5 membres des invités doivent être sacrifiés) avant la révélation escomptée d'un point d'orgue démoniaque non exempt de déconvenues. Enfin, pour la tonalité de son score, certains spectateurs pourront sourire de sa mélodie enjouée plutôt obsolète. En l'occurrence, cette sonorité pop typique des seventies renforce pourtant son charme rétro non négligeable.


AgrĂ©ablement limpide et ludique Ă  travers son classicisme contemporain mais efficace et très attachant, Psychose Phase 3 rĂ©ussit comme par miracle Ă  engendrer une sĂ©rie B trĂ©pidante dont le rythme alerte le prĂ©munit de la banalitĂ©. En prime, l'aspect gothique Ă©rigĂ© autour d'un manoir british ainsi que le caractère trouble de sa conspiration surnaturelle vĂ©hiculent un pouvoir de fascination diaphane avant de nous surprendre par son final anti happy-end. 

*Eric Binford
15.09.21. 4èX
07.01.13. 



samedi 5 janvier 2013

MANIAC

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site marvelll.fr

de Franck Khalfoun. 2012. France/U.S.A. 1h33. Avec Elijah Wood, Nora Arnezeder, Liane Balaban, America Olivo, Joshua De La Garza.

Sortie salles France: 2 Janvier 2013

FILMOGRAPHIEFranck Khalfoun est un réalisateur, scénariste, acteur et monteur américain
2007: 2è Sous-sol. 2009: Engrenage Mortel (Wrong Turn at Tahoe). 2012: Maniac



DiscrĂ©ditĂ© avant mĂŞme l'entreprise de sa rĂ©alisation puisque estampillĂ© remake bancable d'après un chef-d'oeuvre traumatisant, Maniac, nouvelle mouture, prenait Ă©galement le risque d'attribuer son rĂ´le titre Ă  un illustre acteur au minois infantile. Un choix particulièrement couillu qui laissait craindre le pire, d'autant plus que son rĂ©alisateur novice Ă©tait dĂ©jĂ  responsable de deux manufactures conventionnelles. Produit par William Lustig en personne, Ă©paulĂ© des français Aja et Levasseur (notamment crĂ©ditĂ©s au scĂ©nario), cette nouvelle dĂ©clinaison adopte le parti-pris de ne pas vulgairement copier-coller son modèle cradingue. FilmĂ© entièrement en camĂ©ra subjective du point de vue du tueur, Maniac version 2012 est une nouvelle descente aux enfers dans les bas-fonds de Los Angeles qu'un tueur psychopathe s'entreprend de nettoyer des quartiers malfamĂ©s putes et call-girl racoleuses. Dès le prologue, l'ambiance anxiogène et crĂ©pusculaire d'un new-york insalubre nous est illustrĂ©e avec un rĂ©alisme cafardeux (badauds dĂ©soeuvrĂ©s sont mĂŞlĂ©s Ă  la foule cosmopolite arpentant des trottoirs inondĂ©s de dĂ©chets). A l'image cinglante de son premier crime imposĂ© de manière totalement impromptue.


La cruautĂ© du meurtre et l'impuissance Ă  laquelle la victime ne puisse exprimer la moindre clameur nous saisit de stupeur. La bonne nouvelle c'est qu'ensuite l'errance quotidienne du maniac dans les rues nocturnes restera une dĂ©rive introspective jalonnĂ©e d'estocades aussi terrifiantes qu'Ă©prouvantes. Car durant tout son cheminement meurtrier, le spectateur est forcĂ©ment contraint de s'identifier instinctivement Ă  son existence sordide grâce Ă  l'agilitĂ© d'une camĂ©ra subjective en interne du sujet ! L'effet d'immersion est immĂ©diat mais surtout il dĂ©range, incommode, asphyxie son public pris en otage par ses pensĂ©es dĂ©ficientes, ses visions horrifiĂ©es de mannequins ensanglantĂ©s blottis dans une chambre tamisĂ©e et surtout ses crimes crapuleux lâchement perpĂ©trĂ©s avec violence acĂ©rĂ©e ! Autant avouer que dans cette nouvelle mouture, l'effet de submersion est beaucoup plus prĂ©gnant que dans son modèle originel. A contrario, on est loin du traumatisme imposĂ© par le climat poisseux de Lustig et du jeu transi d'Ă©moi de Joe Spinell ! NĂ©anmoins, certaines sĂ©quences gores percutantes ont de quoi retourner les estomacs les plus fragiles, mais surtout sa sauvagerie cuisante qui en dĂ©coule effleure parfois l'insupportable (le meurtre Ă  coups de poignards d'une prostituĂ©e rĂ©fugiĂ©e dans un parking est franchement pĂ©nible Ă  endurer !).


 Il faut notamment louer la maĂ®trise de sa mise en scène expĂ©rimentale (le jeu de miroirs judicieux pour entrevoir le visage du tueur) ou affinĂ©e (certaines sĂ©quences stylisĂ©es surprennent par son esthĂ©tisme poĂ©tique d'autant plus Ă©purĂ©e d'une photo limpide) et la manière habile dont le rĂ©alisateur exploite son potentiel de terreur face aux exactions du maniac. A ce titre, le point d'orgue final jusqu'au-boutiste s'avère un moment d'anthologie particulièrement Ă©prouvant lors la traque de la dernière victime en instance de survie. Et le gore paroxystique d'atteindre son apogĂ©e dans un Ă©pilogue aussi bestial et grand-guignol que son ancĂŞtre. Pour parachever, nos scĂ©naristes ont eu la bonne idĂ©e d'insister sur l'idylle amoureuse entre Franck et une photographe de mode. En l'occurrence, l'empathie accordĂ©e Ă  ce dernier s'avère beaucoup plus persuasive si bien qu'une rĂ©elle compassion lui est finalement tolĂ©rĂ©e auprès du spectateur. Le rĂ©alisateur prenant bien soin d'illustrer sa pychĂ© torturĂ©e Ă  travers une rĂ©miniscence infantile rĂ©sultant des exactions sexuelles de sa mĂ©gère. En rĂ©sulte une ambiance de nonchalance teintĂ©e de mĂ©lancolie qui imprègne toute la pellicule,  amplifiĂ©e par la mĂ©lodie d'un score tragique infiniment fragile. Un parti-pris adĂ©quat pour mettre en exergue la romance fĂ©brile des deux protagonistes esseulĂ©s et pour ausculter le passĂ© douloureux du tueur misogyne, victime malgrĂ© lui d'une enfance galvaudĂ©e.


A bout de souffle
Terrifiant et dĂ©rangeant par son immersion expĂ©rimentale, glauque et malsain (mĂŞme si Ă  100 lieux du chef-d'oeuvre initial), mais surtout sauvage et cruel, Maniac adopte l'intelligence de se dĂ©marquer de son modèle sans faire preuve d'esbroufe mais en insistant plutĂ´t sur la dĂ©chĂ©ance mentale du tueur pathĂ©tique livrĂ© Ă  une insupportable solitude. Et si au premier abord Elijah Wood avait de quoi laisser dubitatif pour prendre la relève au jeu maladif de Joe Spinell, il parvient sobrement Ă  y imprimer sa propre personnalitĂ© dans le corps d'un psychopathe timorĂ© et impuissant, Ă©garĂ© dans l'amertume d'un amour insoluble. La nouvelle gĂ©nĂ©ration peut applaudir, un nouveau classique de l'horreur hardcore leur est Ă©galement lĂ©guĂ©e.

* Bruno
05.01.13


vendredi 4 janvier 2013

Tourist Trap / Le Piège

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fascinationcinema.tumblr.com

de David Schmoeller. 1979. U.S.A. 1h30. Avec Chuck Connors, Jocelyn Jones, Jon Van Ness, Robin Sherwood, Tanya Roberts, Dawn Jeffory, Keith McDermott.

Sortie salles France: 30 Avril 1980. U.S: 16 Mars 1979

FILMOGRAPHIE: David Schmoeller est un acteur, monteur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 8 décembre 1947 à Louisville, dans le Kentucky (Etats-Unis). 1976: The Spider will kill you (Court-Metrage). 1979: Le Piège. 1982: The Seduction. 1986: Fou à Tuer. 1988: Catacombs. 1989: Puppet Master. 1991: The Arrival. 1992: Le Rebelle ("Renegade"). Série TV. 1992: Netherworld. 1998: The Secret Kingdom. 1999: Please Kill Mr Kinski. 1999: Search for the Jewel of Polaris: Mysterious Museum (télé-film).

 
"Tourist Trap : le cri des années vidéo".
Film culte pour toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes, alors qu’il s’agissait de la première rĂ©alisation d’un cinĂ©aste encore novice, Tourist Trap a laissĂ© une empreinte indĂ©lĂ©bile chez les vidĂ©ophiles des annĂ©es 80. Quelques dĂ©cennies plus tard, force est de constater qu’il n’a pas pris une ride, traversĂ© par un climat d’Ă©trangetĂ© tenace, insaisissable.

Le pitch : Ă  la suite d’une panne, quatre vacanciers s’Ă©garent dans un coin de campagne. Un sexagĂ©naire solitaire les accueille chaleureusement dans sa demeure, oĂą d’innombrables mannequins de cire ornent les pièces. BientĂ´t, d’Ă©tranges Ă©vĂ©nements vont menacer la vie des estivants.

Modeste sĂ©rie B lorgnant vers les survivals des seventies et les classiques de l’horreur archaĂŻque, Tourist Trap doit son salut Ă  une atmosphère inquiĂ©tante, comme hĂ©ritĂ©e des contes funèbres de notre enfance. Car en jouant sur les terreurs enfantines — l’ogre tapi dans les bois, le baroque menaçant des mannequins figĂ©s — David Schmoeller cristallise un cauchemar surnaturel oĂą un psychopathe, douĂ© de tĂ©lĂ©kinĂ©sie, façonne son propre univers.

Dès la sĂ©quence d’ouverture, une atmosphère lourde et anxiogène s’insinue lentement dans l’esprit du spectateur, avant de culminer dans le meurtre d’un pèlerin rĂ©fugiĂ© dans une pièce calfeutrĂ©e. Forces invisibles et mannequins gouailleurs s’y dĂ©chaĂ®nent, jusqu’Ă  ce que mort brutale s’ensuive. Avec une efficacitĂ© rare, le rĂ©alisateur distille un sentiment oppressant au cĹ“ur du huis clos, jouant des entitĂ©s paranormales de mannequins douĂ©s de vie. Leur rictus dĂ©moniaque, mĂŞlĂ© de braillements stridents, provoque un malaise tangible — chez la victime dĂ©munie comme chez le spectateur.

Après ce prĂ©lude saisissant, oĂą la cruautĂ© dispute sa place Ă  la poĂ©sie macabre — un tuyau empalĂ© dans les reins laisse goutter lentement le sang sur le sol —, Schmoeller nous enferme dans l’Ă©trange musĂ©e d’un redneck anachronique, hantĂ© par la perte de son Ă©pouse. Ă€ l’arrivĂ©e inopinĂ©e des vacanciers, les Ă©vĂ©nements meurtriers s’enchaĂ®nent. Pour entretenir le suspense et faire monter l’apprĂ©hension, un second personnage est introduit : le frère du propriĂ©taire, affublĂ© d’un masque de plâtre. Dès lors, chaque meurtre perpĂ©trĂ© au milieu d’un chassĂ©-croisĂ© brouille les pistes ; le spectateur perd ses repères, incapable de dĂ©signer le coupable.

Et puis il y a ces automates, immobiles ou animĂ©s par tĂ©lĂ©kinĂ©sie, qui peuplent couloirs et chambres. Des mannequins de femmes, alignĂ©s comme des saintes damnĂ©es, chuchotent, gĂ©missent parfois de plaintes langoureuses. Tandis que dans la cave, d’Ă©tranges expĂ©riences sont administrĂ©es aux corps kidnappĂ©s. Dans une photographie ocre et sĂ©pia qui accentue son climat feutrĂ©, Schmoeller peaufine dĂ©cors tamisĂ©s et clair-obscur naturel pour fantasmer un cauchemar Ă©veillĂ©, oĂą un tueur rural s’est forgĂ© une nouvelle matĂ©rialitĂ©.

Dans le rĂ´le du tueur, Chuck Connors donne chair Ă  son personnage interlope avec la retenue d’un regard flâneur. Ă€ l’inverse, si les autres interprètes manquent d’aplomb et livrent un jeu limitĂ©, ils parviennent pourtant Ă  susciter un certain attachement, par leur naĂŻvetĂ© candide Ă  se laisser berner par l’oppresseur.

"Hurlements de cire dans la nuit".
SĂ©rie B horrifique Ă  l’intrigue en apparence convenue mais fondamentalement singulière, Tourist Trap distille une rigueur stupĂ©fiante Ă  travers une ambiance d’Ă©trangetĂ© touchant aux cimes de la fĂ©erie macabre. Et pour transcender cet onirisme indicible, le sublime score de Pino Donaggio envoĂ»te les sens d’une Ă©motion Ă©lĂ©giaque. Du pur cinĂ©ma d’ambiance — que les cinĂ©astes actuels feraient bien de raviver pour imposer leur patte et s’Ă©carter de l’ornière.
*Bruno
03.09.22. 5èx. Vostfr
04.01.13. 



jeudi 3 janvier 2013

DREDD


de Pete Travis. Angleterre/Afrique du Sud. 2012. 1h40. Avec Karl Urban, Olivia Thirlby, Lena Headey, Domhnall Gleeso.

Sortie salles France: 16 Septembre 2012, uniquement en avant-première à l'Etrange Festival.
U.S.A. 21 Septembre 2012. Belgique: 21 Novembre 2012

FILMOGRAPHIE: Pete Travis est un réalisateur britannique né à Manchester en Angleterre.
2008: Angles d'attaque. 2009: Endgame. 2012: Dredd


Si le nanar risible Judge Dredd, campĂ© par un Stallone cabotin, avait Ă©tĂ© un Ă©chec cuisant lors de sa sortie en 1995, sa rĂ©actualisation entreprise aujourd'hui par un rĂ©al novice va dĂ©finitivement inhumer le pudding Ă©dulcorĂ© de Danny CannonDans une sociĂ©tĂ© futuriste totalitaire rĂ©gie par des juges pugnaces, Dredd et sa nouvelle recrue, Anderson, doivent faire face Ă  un cartel de la drogue manoeuvrĂ© par une psychopathe notoire. Alors qu'ils sont sur le point de mettre sous les verrous l'un de ses alliĂ©s, la matriarche "ma-ma" dĂ©cide de boucler l'immeuble pour les embrigader en invoquant Ă  la population de les assassiner. Ceux qui attendaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment une version cinĂ©matographique emblĂ©matique du comics créé par John Wagner risquent fort de jubiler Ă  la vue de cet actionner bourrin dĂ©diĂ© Ă  la subversion ultra violente. CaractĂ©risĂ© par un scĂ©nario simpliste mais redoutablement haletant dans son enchaĂ®nement d'action dĂ©complexĂ©e, Dredd nouveau cru est un plaisir coupable Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© imperturbable.


Avec peu de décors (l'essentiel de l'action se focalisant derrière les murs anti-atomiques d'une gigantesque tour), le réalisateur Pete Travis réussit louablement à nous immerger de plein fouet dans l'urbanisation d'une cité futuriste en décrépitude. Un monde irradié et déshumanisé où drogue et criminalité sont un fléau permanent sous l'allégeance d'une criminelle sanguinaire (elle dépèce vivant ses adversaires qui empiètent sur son territoire avant de les droguer et les éjecter du haut de 200 étages !). Avec sa photographie cristalline saturée de teintes fluos, cette mouture hardgore utilise harmonieusement une palette de couleurs criardes afin de mettre en exergue les nombreuses effusions sanguinolentes qui en émanent. Notamment quelques plages de poésie fantasmagorique comme ces effets hallucinogènes de la nouvelle drogue "slo-mo" produisant chez le sujet un effet de ralentissement sur la notion temporelle ! Pour ce qui concerne les péripéties encourues chez nos deux baroudeurs pourvus d'armes high-tech (gadgets à l'appui !), Pete Travis ne cesse de leur faire subir moult épreuves de survie au sein d'un immeuble infesté de tueurs et de quidams corrompus. A la manière d'une compétition, nos deux héros doivent affronter subterfuges et rixes cinglantes face à des antagonistes toujours plus déterminés (telle cette embuscade furibonde à la sulfateuse !) et tenter d'obstruer la mégère dégénérée.


Dans le rĂ´le titre, Karl urban s'en sort avec les honneurs pour incarner le nouveau justicier impassible. S'il peut paraĂ®tre au dĂ©part un poil rigide dans sa posture hĂ©roĂŻque Ă  la mâchoire contractĂ©e, il rĂ©ussit fissa Ă  s'imposer en hĂ©ros flegmatique, sensiblement Ă©pris de conscience humaniste depuis l'indulgence de sa co-Ă©quipière. La charmante Olivia Thirlby prĂŞte son talent pour endosser de façon circonspecte une mutante douĂ©e de pouvoirs psychiques, mais aussi de compassion chez les dĂ©shĂ©ritĂ©s. Enfin, en baronne de la drogue burinĂ©e d'une cicatrice sur le visage, Lena Headey se rĂ©vèle aussi dĂ©lectable que mĂ©prisable dans ses agissements sanguinaires afin de prouver son autoritĂ© inĂ©branlable Ă  une population disciplinĂ©e.


Escape from Mega City One
Ultra violent, bourrin, gore, immersif et jouissif en diable, Dredd se coltine en prime d'une bande son Ă©lectro Ă©moustillante afin de scander les pĂ©ripĂ©ties explosives qui empiètent le rĂ©cit. Honteusement ignorĂ© en salles dans l'hexagone, ce film d'action furibond insuffle une vigueur et un charisme animal face Ă  la dĂ©liquescence urbaine d'une sociĂ©tĂ© en perdition. Juste avant de lever un voile d'espoir en la prĂ©sence clairvoyante d'une mutante clĂ©mente. 

03.01.13
Bruno Matéï