jeudi 25 juillet 2013

Litan, La Cité des Spectres Verts. Prix de la Critique à Avoriaz, 1982.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb

de Jean Pierre Mocky. 1981. France. 1h28. Avec Jean-Pierre Mocky, Marie José Nat, Nino Ferrer, Marysa Mocky, Bill Dunn, Georges Wod, Dominique Zardi.

Sortie salles France: 24 Février 1982

FILMOGRAPHIE: Jean Pierre Mocky (Jean-Paul Adam Mokiejewski) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur français, nĂ© le 6 Juillet 1933 Ă  Nice. 1959: Les Dragueurs. 1960: Un Couple. 1961: Snobs ! 1962: Les Vierges. 1963: Un DrĂ´le de Paroissien. 1964: La CitĂ© de l'indicible peur. 1965: La Bourse et la Vie. 1967: Les Compagnons de la Marguerite. 1969: La Grande Lessive. 1970: l'Etalon. 1970: Solo. 1971: l'Albatros. 1972: Chut ! 1973: l'Ombre d'une Chance. 1974: Un Linceul n'a pas de poche. 1975: l'Ibis Rouge. 1976: Le Roi des Bricoleurs. 1978: Le TĂ©moin. 1979: Le Piège Ă  Cons. 1981: Litan. 1982: Y'a t'il un français dans la salle ? 1983: A mort l'Arbitre. 1985: Le Pactole. 1986: La Machine Ă  dĂ©coudre. 1987: Le MiraculĂ©. 1987: Agent Trouble. 1987: Les Saisons du plaisir. 1988: Une Nuit Ă  l'assemblĂ©e nationale. 1988: Divine Enfant. 1990: Il gèle en enfer. 1991: Mocky Story. 1991: Ville Ă  Vendre. 1992: Le Mari de LĂ©on. 1992: Bonsoir. 1995: Noir comme le souvenir. 1997: Robin des Mers. 1997: Alliance cherche doigt. 1998: Vidange. 1999: Tout est calme. 1999: La Candide. 2000: Le Glandeur. 2001: La BĂŞte de MisĂ©ricorde. 2002: Les AraignĂ©es de la nuit. 2003: Le Furet. 2004: Touristes, oh yes ! 2004: Les Ballets Ecarlates. 2005: Grabuge ! 2006: Le Deal. 2007: Le BĂ©nĂ©vole. 2007: 13 French Street. 2011: Les Insomniaques. 2011: CrĂ©dit pour tous. 2011: Le Dossier Toroto. 2012: Le Mentor. 2012: A votre bon coeur, mesdames. 2013: Dors mon lapin. 2013: Le Renard Jaune.


Des masques, de la musique et des danses : dans la ville de LITAN chaque année, on fête ainsi les morts.
Mais cette année là...

RĂ©compensĂ© du Prix de la Critique Ă  Avoriaz en 1982 (mais de l'aveu du rĂ©alisateur sifflĂ© par Brian De Palma et John Boorman durant une reprĂ©sentation  !), Litan est l'un des rares films de Jean Pierre Mocky Ă  avoir su traiter le genre fantastique avec une ambition toute spirituelle. Le pitchDurant la fĂŞte de la saint Litan, un couple se retrouve impliquĂ© dans une sĂ©rie d'Ă©vènements mystĂ©rieux et meurtriers. PlongĂ©s dans une folie incontrĂ´lĂ©e, les habitants de cette citĂ© montagneuse semblent ĂŞtre victimes d'une machination scientifique rĂ©volutionnaire. AthĂ©e mais persuadĂ© que l'âme perdure au delĂ  de la mort, Jean Pierre Mocky nous illustre ici un rĂŞve fantasmatique aux allures de carnaval macabre. Baignant dans l'atmosphère irrĂ©elle d'un cadre naturel montagneux nappĂ© de brouillard, le rĂ©alisateur accorde un soin formel Ă  peaufiner ses dĂ©cors diaphanes de cimetière gothique, de grotte humectĂ©e ou d'hĂ´pital dĂ©labrĂ©, quand bien mĂŞme des villageois affublĂ©s de masques morbides sèment la zizanie parmi la foule hagarde.


Ainsi, le mystère de Litan semble émané d'une rivière jalonnée de feux-follets depuis qu'un séisme aurait peut-être libéré un minerais inconnu dissout dans l'eau. Au sein de cette fête des morts, il y a aussi les sinistres expérimentations d'un scientifique capable de démystifier les secrets inavoués de l'après-mort. Avec un désir prégnant de nous immerger dans un rêve insolite de bal costumé dénué de sens et de raison, Jean Pierre Mocky s'interroge sur le mystère insondable de la mort. Alors qu'un couple est témoin d'étranges phénomènes, telles ces disparitions et meurtres inexpliqués et l'avènement de cadavres hébétés, le secret de Litan semble s'éclaircir après les déclarations d'un revenant récalcitrant ! Pour se faire, pour l'idéologie du réalisateur, pas d'enfer ni de dieu après la mort mais une âme errante assoupie dans un rêve attendant le moment propice de s'y libérer. "Nous rêvons votre vie et quand notre rêve s'arrête alors vous mourrez", dira l'un des sujets expérimenté sous hypnose ! La réflexion métaphysique d'une mise en abyme (un rêve dans un rêve) est donc évoquée, la lutte de deux ombres dans un même corps, à moins que nous ne sommes que le songe d'une âme assoupie se donnant libre choix d'endiguer notre rêve à tous moments ! C'est d'ailleurs par un rêve prémonitoire vécu par l'héroïne que le film amorce son fantasme pour s'y matérialiser face à notre témoignage ! Ainsi, nous sommes donc peut-être le fruit d'une expérience d'un alchimiste créateur !


Le carnaval des âmes
DĂ©lire baroque Ă  l'imagerie paĂŻenne saisissante, farce macabre oĂą les morts sont dĂ©troussĂ©s de leur âme par une eau rocheuse ou dissĂ©quĂ©es par un mĂ©decin mystificateur, Litan intrigue, dĂ©route et fascine pour nous plonger dans le mystère le plus abyssal de notre existence: l'au-delĂ  de la mort. De par son pouvoir d'envoĂ»tement prĂ©dominant et sa mĂ©lodie orchestrale entĂŞtante, on peut aisĂ©ment concĂ©der que cette perle rare reste l'une des plus belles rĂ©ussites fantastiques pour un genre si boudĂ© et peu explorĂ© dans l'hexagone. Un authentique film culte en somme Ă  l'aura indicible prĂ©gnante. 

* Bruno
04.03.22. 4èx
25.07.13. 

Récompense: Prix de la Critique au Festival International du film fantastique d'Avoriaz en 1982.

Dormir et rĂŞver...
C'est comme si on flottait, on sent la prĂ©sence des autres morts autour de soi... Pas de ciel, pas d'enfer, rien... Rien, vous ĂŞtes lĂ  et vous attendez, quelque fois vous rĂŞvez mais ensuite le rĂŞve s'arrĂŞte.. Vous attendez que les vivants meurent et il nous rejoignent dans notre rĂŞve... Nous rĂŞvons votre vie et quand notre rĂŞve s'arrĂŞte alors vous mourrez... Nous sommes comme deux ombres luttant pour un mĂŞme corps, bientĂ´t nous ne serons plus qu'une âme... Eric ne sera plus que le souvenir de quelqu'un que j'ai Ă©tĂ© il y a très longtemps... Quelqu'un qui Ă©tait en vous, j'ai Ă©tĂ© plus fort que lui alors je me souviendrais de sa vie  comme si ça avait Ă©tĂ© la mienne...
                                          LITAN, LA CITE DES SPECTRES VERTS


mercredi 24 juillet 2013

ONLY GOD FORGIVES. Grand Prix au Festival du film de Sydney, 2013.

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flicksandbits.com

de Nicolas Winding Refn. 2013. France/Danemark. 1h30. Avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Tom Burke, Ratha Pohngam, Byron Gibson.

Récompense: Grand Prix au Festival du film de Sydney, 2013.

Sortie salles France: 22 Mai 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIE: Nicolas Winding Refn est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur danois, né le 29 septembre 1970 à Coppenhague (Danemark).
1996: Pusher. 1999: Bleeder. 2003: Inside Job. 2004: Pusher 2. 2005: Pusher 3. 2008: Marple - Nemesis (télé-film). 2009: Bronson. 2010: Valhalla Rising. 2011: Drive. 2012: Only God Forgives.


Après le succès inattendu Drive et la rĂ©vĂ©lation Ryan GoslingNicolas Winding Refn enchaĂ®ne avec Only God Forgives, rĂ©compensĂ© du Grand Prix Ă  Sydney. Trip mĂ©taphysique quasi expĂ©rimental, le rĂ©alisateur prend ici le contre-pied de son polar antĂ©cĂ©dent pour nous livrer un ovni beaucoup moins accessible pour le spectateur lambda peu habituĂ© aux ambiances hermĂ©tiques. Car ici, le rĂ©alisateur utilise le thème de la vengeance pour fignoler avant tout une mise en scène hyper travaillĂ©e dans des dĂ©cors stylisĂ©s et picturaux. A la suite de la mort de son frère, Julian voit dĂ©barquer l'arrivĂ©e de sa mère lui suppliant d'assassiner le responsable. Cette dolĂ©ance intransigeante d'une mĂ©gère castratrice va ĂŞtre le théâtre d'un règlement de compte sanglant entre Chang, officier de police vĂ©reux et Julian, cĂ©libataire introverti en quĂŞte existentielle. 


Pari audacieux que ce polar obscur noyĂ© dans un rythme languissant mais transcendĂ© par une ambiance envoĂ»tante et des Ă©clairs de violence soudains. Concerto emphatique sur la vengeance expĂ©ditive, Only God Forgives bouscule les habitudes du spectateur dans un spectacle onirique de sons et lumières. A l'intonation d'une partition musicale Ă©lectrisante, les antagonistes ressemblent ici Ă  des fantĂ´mes errants se provoquant communĂ©ment par des regards mutiques puisque les bavardages laconiques laissent souvent place aux coups de sabres pourfendeurs et gunfights assourdissants ! Balade nocturne dans un Bangkok crĂ©pusculaire illuminĂ© de nĂ©ons polychromes oĂą les prostituĂ©es ferment les yeux face Ă  la barbarie, Only God Forgives chorĂ©graphie la besogne de meurtriers renfrognĂ©s, ne cessant de se provoquer par des exactions vindicatives inutiles. La filiation, la paternitĂ© dĂ©chue sont ici abordĂ©s du point de vue de protagonistes meurtris d'un deuil infantile. En justiciers redresseurs de torts, ils souhaitent Ă©tablir eux mĂŞmes la sentence meurtrière afin d'apaiser leur rancoeur. Au milieu de cette confrontation sanglante, notre anti-hĂ©ros Julian va devoir se mesurer Ă  un ange de la vengeance indestructible. Compromis par la dictature tyrannique de sa mère (Kristin Scott Thomas est littĂ©ralement transie d'agressivitĂ© impassible !) et ayant vĂ©cu une enfance douloureuse (il avait prĂ©alablement assassinĂ© son propre gĂ©niteur dans son pays natal !), Julian va devoir combattre la figure divine d'un ange exterminateur dans une Ă©thique indĂ©cise en perte de repères. Car ici, notre gangster est un boxeur novice brisĂ© par la solitude et la dĂ©mission parentale mais nĂ©anmoins Ă©pris d'empathie auprès de la candeur des enfants martyrs. 


Sauvage et cruel, monotone et concis mais d'une beautĂ© contemplative ensorcelante, Only God forgives privilĂ©gie l'expĂ©rience atmosphĂ©rique et le lyrisme envoĂ»tant au sein d'une intrigue tortueuse imprimant la quĂŞte impossible d'une plĂ©nitude et de la repentance. On adhère et on se laisse bercer par la mĂ©lodie baroque ou on rejette en bloc cette ambition auteurisante de prĂ´ner avant tout une mise en scène prodige. Pour ma perception sensorielle, la balade funeste m'a laissĂ© une trace indĂ©lĂ©bile dans l'esprit !
24.07.13
Bruno Matéï

mardi 23 juillet 2013

OBLIVION

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nowhereelse.fr

de Joseph Kosinski. 2013. U.S.A. 2h04. Avec Tom cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko, Nikolaj Coster-Waldau, Melissa Leo, Andrea Riseborough.

Sorties salles France: 10 Avril 2013. U.S: 12 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Joseph Kosinski est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 3 Mai 1974. 2010: Tron: l'hĂ©ritage. 2013: Oblivion


Film d'anticipation grand public Ă  la portĂ©e mystique universelle (renouer avec l'autonomie du souvenir dans une doctrine d'altruisme et de sentiment), Oblivion est un nouveau spectacle d'une opulence visuelle inĂ©dite au sein d'un univers terrestre clairsemĂ©.

Envahie par une espèce extra-terrestre surnommĂ©e les "Scavs", la moitiĂ© de la terre fut dĂ©cimĂ©e après une guerre nuclĂ©aire entre les humains et ces envahisseurs. Depuis, les survivants se sont rĂ©fugiĂ©s sur la planète Titan sous le contrĂ´le d'un mystĂ©rieux ordinateur. 2077. A cause d'une loi interdisant de prĂ©munir les souvenirs, Jack et son alliĂ©e Julia ont perdu la mĂ©moire pour ĂŞtre installĂ©s dans une station afin de pouvoir surveiller la fiabilitĂ© des drones. Des engins volants capables d'extraire de l'eau de mer pour la transformer en Ă©nergie chez les humains expatriĂ©s sur Titan. Un jour, Jack est tĂ©moin du crash d'un vaisseau spatial. A proximitĂ©, il dĂ©couvre parmi des caissons une jeune femme en hibernation au visage familier. Il dĂ©cide de la ramener dans sa station sans savoir que son destin est subordonnĂ© Ă  l'avenir de l'humanitĂ©. 


Avec une ambition esthĂ©tique singulière, le rĂ©alisateur Joseph Kosinski se rattache au soin formel pour authentifier les dĂ©cors dĂ©charnĂ©es d'une terre dĂ©vastĂ©e par une guerre extra-terrestre. Un couple de geĂ´liers se contentent de surveiller du haut de leur station la surface aride de la terre Ă©vacuĂ©e de toute prĂ©sence humaine. Cet univers criant de rĂ©alisme blafard donne lieu Ă  des dĂ©cors de dĂ©solation de toute beautĂ©, renforcĂ©s par les teintes dĂ©saturĂ©es d'une photographie argentĂ©e. En ce qui concerne l'aspect technologique d'une civilisation extra-terrestre, lĂ  aussi un soin scrupuleux est prĂ©conisĂ© pour façonner des vaisseaux spatiaux circulaires au design immaculĂ© ou encore des drones de combat aussi furtifs que prĂ©cis dans leur cible ajustĂ©e. Avec l'illustre prĂ©sence de Tom Cruise aux commandes, l'acteur livre avec conviction une prĂ©sence hĂ©roĂŻque pugnace accentuĂ©e d'une prise de conscience humaniste en quĂŞte identitaire. Si le scĂ©nario Ă©troitement liĂ© au clonage (thème empruntĂ© Ă  une mĂ©taphore sur la rĂ©incarnation) et Ă  la rĂ©miniscence (notamment notre rapport affectif au souvenir) avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre perfectible, il ne manque pas de nous captiver pour sa structure ciselĂ©e privilĂ©giant la densitĂ© romantique d'un couple en rĂ©demption ainsi que leur responsabilitĂ© majeure d'un enjeu imparti Ă  la survie de la Terre. DĂ©ployant par intermittence des sĂ©quences de combats aĂ©riens Ă  couper le souffle, Joseph Kosinski allie aussi une action belliqueuse vers son point d'orgue crucial avant de renouer avec un lyrisme prude militant pour une rĂ©flexion spirituelle. Notamment le sens de la bravoure et du sacrifice afin de rendre honneur aux dĂ©funts, mais aussi notre dignitĂ© Ă  prĂ©munir la vie des futures gĂ©nĂ©rations (comment un homme peut-il mieux mourir qu'en affrontant les dangers ! Pour les cendres de ces ancĂŞtres et les temples de ses dieux, dĂ©clarait le romain Orathius !).


Vivre et laisser mourir
Avec maĂ®trise technique et souci formel prĂ©gnant, Oblivion privilĂ©gie une belle place pour l'Ă©motion lyrique (accord musical au souffle romanesque Ă  l'appui !) avant de s'engager dans la virtuositĂ© de quelques sĂ©quences homĂ©riques. L'intensitĂ© humaine qui Ă©mane des personnages conquĂ©rants ainsi que sa rĂ©flexion formulĂ©e Ă  la dĂ©votion des sentiments transcendent aisĂ©ment l'aspect conformiste de son scĂ©nario. Ainsi, on garde en mĂ©moire un spectacle d'une beautĂ© Ă©purĂ©e enchanteresse. 

23.07.13
Bruno 

lundi 22 juillet 2013

LA PEUR AU VENTRE (Running Scared)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Wayne Kramer. 2006. U.S.A. 2h02. Avec Paul Walker, Cameron Bright, Vera Farmiga, Chazz Palminteri, Karel Roden, Johnny Messner, Ivana Milicevic.

Sortie salles France: 1er Mars 2006. 24 Février 2006

FILMOGRAPHIE: Wayne Kramer est un réalisateur, scénariste et monteur sud-africain, né en 1965 en Afrique du Sud.
1992: Blazeland. 2003: Lady Chance. 2006: La Peur au Ventre. 2009: Droit de passage.


Polar hard-boiled menĂ© Ă  un train d'enfer, La Peur au Ventre est un pur divertissement stimulĂ© par une intrigue fertile en rebondissements (un peu trop parfois mĂŞme) mais qui ne s'embarrasse pas de certaines ficelles grossières durant son cheminement trĂ©pidant. Durant un deal de came, une rixe sanglante Ă©clate entre des gangsters et des flics ripoux provoquant la mort d'un des membres de la police. Afin d'Ă©viter la prison et celle de ses alliĂ©s, Joey dĂ©cide de planquer l'arme dans sa cave. Seulement, le camarade de son rejeton rĂ©ussit Ă  s'en emparer pour tenter de tuer son beau-père tyrannique. Par l'autoritĂ© de son leader, Joey ne possède que quelques heures de sursis afin de de retrouver l'arme du crime. 


Avec son prologue pĂ©taradant dĂ©ployant une chorĂ©graphie d'Ă©changes de tirs sanglants, La Peur au Ventre n'hĂ©site pas Ă  façonner une rĂ©alisation stylisĂ©e pour mettre en valeur l'esbroufe d'une ultra violence spectaculaire. MĂ©chamment cinglant, ce polar brutal et palpitant vĂ©hicule une indĂ©niable efficacitĂ© dans sa narration linĂ©aire multipliant des revirements fortuits au creux d'une urbanisation lunaire livrĂ©e Ă  la corruption. Si en cours de route, certaines invraisemblances se compromettent dans la facilitĂ© (les nombreuses mĂ©saventures que Oleg doit traverser durant sa fugue, la facilitĂ© Ă  laquelle Joey rĂ©ussit Ă  enfiler la blouse et rĂ©cupĂ©rer la balle au sein du service hospitalier) et que son Ă©pilogue abuse d'une dramaturgie aussi inutile que simulĂ©e, le film n'en demeure pas moins captivant par sa vigueur effrĂ©nĂ©e . D'autant plus que le rĂ´le principal imparti au bellâtre Paul Walker est un choix concluant puisque l'acteur vĂ©hicule une prestance plutĂ´t viscĂ©rale dans sa stoĂŻcitĂ© Ă  provoquer ces adversaires. Anti-hĂ©ros Ă©rigĂ© sous la bannière du bad boy aux yeux bleux, notre comĂ©dien dĂ©gage une vĂ©ritable intensitĂ© Ă©motionnelle par son tempĂ©rament impĂ©tueux dĂ©clenchant parfois un hĂ©roĂŻsme suicidaire. Dans le rĂ´le de l'Ă©pouse maternelle, la charmante Vera Farmiga lui partage la vedette avec sincĂ©ritĂ© et nous surprend Ă©galement par son tempĂ©rament rĂ©actionnaire d'une pulsion expĂ©ditive lorsqu'elle dĂ©cide d'endiguer un couple de pĂ©dophiles. Enfin, dans la peau d'un ado maltraitĂ© en quĂŞte paternelle, le petit Cameron Bright grossit parfois le trait dans ses expressions de stupeur mais s'en tire tout de mĂŞme honorablement par sa prĂ©sence photogĂ©nique aussi flegme que taciturne.


Revolver
Polar brutal rondement menĂ© par l'adrĂ©naline d'actions intempestives, La Peur au ventre s'impose en excellent divertissement pour mettre en vedette une foule d'antagonistes Ă  l'immoralitĂ© sardonique. Sa rĂ©alisation inventive (montage assidu et clippesque) et moderne (couleurs saturĂ©es, slow motion chorĂ©graphiĂ©, sĂ©quence inscrite sur pause ou en dĂ©chronologie accĂ©lĂ©rĂ©e) ainsi que l'interprĂ©tation persuasive de Paul Walker (peut-ĂŞtre son meilleur rĂ´le Ă  l'Ă©cran !) nous permettent aussi de faire l'impasse sur quelques facilitĂ©s fantaisistes. Enfin, Ă  travers l'obsession passionnelle d'un des antagonistes pour son archĂ©type chimĂ©rique, on apprĂ©ciera l'hommage sincère adressĂ© Ă  une lĂ©gende du western cher Ă  Ford, John Wayne

22.07.13. 2èx
Bruno Matéï

vendredi 19 juillet 2013

7 JOURS A VIVRE (Seven days to live)

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site schyzo-dead-house.purforum.com

de Sebastian Nemman. 2000. Allemagne/Tchecoslovaquie/U.S.A. 1h37. Avec Amanda Plummer, Sean Pertwee, Nick Brimble, Gina Bellmman, Sean Chapman, Eddie Cooper, Amanda Walker.

Sortie salles France: 9 Mai 2001

FILMOGRAPHIE: Sebastian Nemman est un réalisateur et scénariste allemand, né le 21 Juin 1968 à Lüneburg.
2000: 7 Jours Ă  Vivres
2002: Das Jesus Video (télé-film)
2006: Hui Buh - Le Fantôme du château


Série B d'épouvante blindée de références aux classiques du genre (Amityville, Shining, la Maison près du cimetière, l'Au-dela), 7 Jours à Vivre nous refait le coup du couple maudit (ils viennent de perdre leur enfant à la suite d'un incident domestique) parti s'exiler dans une bâtisse bucolique en guise de deuil infantile. Au préalable, un inquiétant prologue nous avait établi la découverte macabre d'une femme ventripotente, retrouvée tuméfiée sur une chaise par ses voisins, alors qu'à proximité, son mari en état de choc s'est avachi sur le coin du salon.
Ca commence fort avec la mort d'un bambin étouffé par une guêpe qui s'était dissimulée dans son petit déjeuner. La séquence éprouvante et réaliste s'exacerbe un peu plus quand le paternel décide d'infliger à son rejeton une trachéotomie en désespoir de cause. C'est après ce décès brutal que le couple décide d'emménager dans une vieille demeure isolée, située à proximité d'un marais. Rapidement, d'étranges évènements ébranlent le quotidien d'Ellen. Sujette à des hallucinations, de mystérieux indices lui révèlent de manière chronologique qu'il ne lui reste que 7 jours à vivre. De son côté, son mari Martin devient de plus en plus irascible et démystifie la paranoïa de son épouse sur la disparition de leur fils. Elle décide alors de consulter un psychologue...


Modestement rĂ©alisĂ©, 7 Jours Ă  Vivre n'invente rien avec son pitch Ă©culĂ© lorgnant surtout du cĂ´tĂ© de Shining (Martin, Ă©crivain en manque d'inspiration, est gagnĂ© par une folie incontrĂ´lĂ©e !) et des atmosphères chères de Lucio Fulci. Sur ce dernier point, il faut saluer le soin esthĂ©tique imparti Ă  sa photo sĂ©pia et surtout Ă  son climat gothique imprĂ©gnĂ© de brume. Avec un Ă©vident souci formel, Sebastian Nemman fignole des images macabres d'une beautĂ© picturale afin de renforcer l'aspect inquiĂ©tant d'une demeure isolĂ©e. L'architecture externe et son cadre naturel nous Ă©voquent instinctivement celle de la Maison près du Cimetière, tandis que la cave nous rappelle l'Au-dela pour son Ă©pilogue vouĂ© aux fantĂ´mes putrides revenus ici d'un marais maudit ! En prime, les interprĂ©tations convaincantes d'Amanda Plummer et de Sean Pertwee renforcent une certaine densitĂ© psychologique dans leur dĂ©veine rĂ©cursive et leur espoir de solidaritĂ© en perdition. Si l'intrigue balisĂ©e, non exempt de clichĂ©s, nous laisse un sĂ©rieux goĂ»t de dĂ©jĂ  vu, sa structure narrative laisse tout de mĂŞme planer un certain suspense. Et cela, jusqu'Ă  la frustration de ces 20 dernières minutes plutĂ´t prĂ©visibles nous laissant sur notre faim par la faute d'un dĂ©nouement aseptique.


Indubitablement, 7 Jours Ă  vivre ne laissera pas un souvenir impĂ©rissable auprès de l'amateur d'horreur Ă  sensations fortes. NĂ©anmoins, et Ă  condition d'ĂŞtre indulgent, le soin accordĂ© Ă  son atmosphère palpable, la qualitĂ© de l'interprĂ©tation et la beautĂ© de certaines images nous permettent de passer un moment ludique.  

19.07.13. 3èx
Bruno Matéï 

    PACIFIC RIM

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

    de Guillermo Del Toro. 2013. U.S.A. 2h12. Avec Charlie Hunnam, Ron Perlman, Idris Elba, Charlie Day, Burn Gorman, Clifton Collins Jr, Rinko Kikuchi.

    Sortie salles France: 17 Juillet 2013. U.S: 12 Juillet 2013

    FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
    1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.


    Kaiju vs Jaegers
    Oubliez les baudruches clinquantes Transformers et leurs playmobil, Guillermo Del Toro cristalise avec Pacific Rim un rĂŞve de gosse pour des millions de spectateurs. Pur hommage aux Kaijus (films de monstres japonais apparus au cinĂ©ma dans les annĂ©es 50) mais Ă©galement au mecha (sous genre animĂ© des mangas cĂ©lĂ©brĂ© par Goldorak dans les annĂ©es 70 !), Pacific Rim transcende avec une virtuositĂ© inĂ©dite tout ce qui avait Ă©tĂ© conçu au prĂ©alable dans le gigantisme monstrueux.
    Blockbuster familial conçu pour émerveiller toutes les tranches d'âge, cet affrontement colossal entre
    Jaegers (robot ultra perfectionné que deux homme réussissent à télécommander par leur pensée commune !) et Kaijus nous plonge dans des rixes de destruction massive étourdissantes. Et pour mieux contempler ses altercations titanesques, Guillermo Del Toro filme toutes les séquences de nuit afin de mieux mettre en valeur les armures métalliques de nos robots guerriers et les écailles argentées de monstres protéiformes ! A titre d'exemple prégnant, leur combat survenant dans un Tokyo illuminé de néons flashy nous déploie des séquences démentielles de bastons homériques avec un sens du détail inouï. Car ici l'action fluide nous permet de nous immerger en interne des combats sans l'utilisation d'une caméra erratique (que ce soit au milieu de l'océan ou à l'intérieur de la ville !). Un privilège donc qui va permettre d'exacerber l'action avec une rare intensité émotionnelle .


    Outre la simplicité d'un scénario naïf prétexte aux confrontations pharaoniques (au fond du Pacifique, l'ouverture d'une brèche permet aux Kaijus d'envahir la terre pendant que des robots humanoïdes se préparent à la guerre !), Pacific Rim n'en n'est pas pour autant un épuisant pop-corn movie puisque la première heure prend le temps de nous décrire un univers technologique criant de vérité et de nous établir une complicité avec la caractérisation de nos héros. Que ce soit Raleigh Becket, jeune briscard pugnace mais affaibli par la disparition de son frère durant un combat de labeur, Stacker Pentecost, un colonel drastique au passé glorieux mais souffrant d'une certaine pathologie, et enfin Mako Mori, jeune japonaise pleine de bravoure mais ayant vécu un choc traumatique durant son enfance. En prime, son obscure relation paternelle avec le colonel la contraint de remettre en question sa collaboration avec Raleigh afin de pouvoir partir au front. D'autres seconds protagonistes fort en gueule sont également de la partie pour se mesurer aux Kaijus, tandis qu'un duo de scientifiques fébriles viennent égayer l'aventure de leurs extravagances cérébrales !


    Le choc des Titans
    Festival de pyrotechnie Ă  vous faire dĂ©coller la mâchoire, Pacific Rim Ă©quivaut Ă  la quintessence de l'actionner bourrin dans sa volontĂ© studieuse de faire rĂŞver son public avec humilitĂ©. Vouant son amour immodĂ©rĂ© pour ces robots d'acier et ces reptiles hostiles, Guillermo Del Toro concède un gigantesque spectacle populaire prĂ´nant les valeurs nobles du courage, de la pugnacitĂ©, de la fraternitĂ© et du sens du sacrifice, tout en glorifiant l'Ă©galitĂ© des sexes et l'unification des peuples.

    19.07.13.
    Bruno Matéï




                                          

    jeudi 18 juillet 2013

    Le Jour des Morts-Vivants / Day of the Dead

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site whatculture.com

    de Georges A. Romero. 1985. U.S.A. 1h43. Avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joseph Pilato, Jarlath Conroy, Richard Liberty, Sherman Howard.

    Sortie salles France: 10 Décembre 1986. U.S: 19 Juillet 1985

    FILMOGRAPHIE: Georges Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.

     
    "Dans les entrailles du dernier jour".
    Huit ans après le raz-de-marĂ©e Zombie, George A. Romero boucle sa trilogie avec Le Jour des Morts-vivants. EntourĂ© d’acteurs mĂ©connus et fidèle Ă  sa touche fĂ©ministe, il confie cette fois le rĂ´le principal Ă  une jeune femme, stoĂŻque comme une statue au milieu du chaos. Avec l’entremise du sorcier des chairs Tom Savini et la pulsation hypnotique de John Harrison, Romero Ă©rige Ă  nouveau sa vision de l’apocalypse, toujours aussi viscĂ©rale, toujours aussi spontanĂ©e.

    Dans l’antre d’une base militaire creusĂ©e dans la roche, une poignĂ©e de scientifiques et de soldats s’Ă©charpent pour sauver leurs peaux — tandis que dehors, la terre appartient aux morts.

    En huis clos, le cinĂ©aste nous enferme parmi la tyrannie de militaires abrutis et la rĂ©signation nerveuse de savants rongĂ©s d’angoisse. Il ressasse ses obsessions — l’incommunicabilitĂ©, l’individualisme — et se moque cruellement de l’homme, ce primate narcissique soudain confrontĂ© Ă  un dĂ©sordre qui le dĂ©passe. Plus psychologique que son prĂ©dĂ©cesseur, Le Jour des Morts-vivants plonge plus profond dans la chair de ses personnages — et c’est justement ce qu’on lui reprochera. 

     
    Romero esquisse un portrait de femme inattendu : Lori Cardille, encore novice, incarne Sarah, meneuse opiniâtre Ă  l’endurance presque virile. Son humanisme bute contre la brutalitĂ© bornĂ©e du capitaine Rhodes (Joseph Pilato, dĂ©licieusement cabotin), despote mesquin prĂŞt Ă  purger quiconque ose le dĂ©fier. Parmi ses compagnons, un latino fiĂ©vreux, incapable de brider ses fantĂ´mes, hait la froideur de Sarah et grince sous le poids de ses propres failles.

    Pendant que les zombies, muselĂ©s derrière des grilles rouillĂ©es, attendent leur heure, deux camps rivaux s’autodĂ©voraient dĂ©jĂ . Le Dr Frankenstein, savant fou, tente d’apprivoiser Bub — zombie moribond, inoubliable pantin incarnĂ© par Sherman Howard. BientĂ´t, le chaos Ă©clate : la base s’ouvre, les morts s’engouffrent, et la dernière heure, jusqu’alors tendue par la haine humaine, Ă©clate en une orgie de chair et de tripes.

    Plus satirique encore que Zombie, Le Jour des Morts-vivants se gausse des militaires, crĂ©tins congĂ©nitaux Ă  l’ego surdimensionnĂ©, et de la science, arrogante rivale de Dieu. Dehors, l’armĂ©e des goules attend, mâchoires claquantes, boyaux Ă  l’air. LĂ  encore, Tom Savini signe des prodiges : membres arrachĂ©s, entrailles rĂ©pandues, crânes Ă©clatĂ©s — tout filmĂ© sans dĂ©tour ni hors-champ pudique.


    Certes, le film est peut-ĂŞtre le plus fragile de la trilogie — budget famĂ©lique, scĂ©nario inĂ©gal — mais ses atouts demeurent implacables : psychologie charnue, narration entaillĂ©e d’ironie noire, explosions de sang orgasmique, ambiance unique, Ă  l'instar de cette bande-son exotique qui bat comme un cĹ“ur malade. Assez pour en faire, malgrĂ© tout, un classique dĂ©finitif du genre.

    --Bruno
    18.07.13. 5èx

     
    Récompenses: Prix d'Interprétation Féminine, Prix des Effets-Spéciaux au Festival du Rex de Paris en 1986.
    Prix Spécial Gore


    mercredi 17 juillet 2013

    QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT (Who Framed Roger Rabbit)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movie-bar.com

    de Robert Zemeckis. 1988. U.S.A. 1h43. Avec Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Joanna Cassidy, Stubby Kaye, Alan Tilvern, Richard LeParmentier, Joel Silver.

    Sortie salles France: 18 Octobre 1988. U.S: 22 Juin 1988

    FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
    1978: Crazy Day. 1980: La Grosse Magouille. 1984: A la poursuite du diamant vert. 1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Scrooge. 2013: Flight.

    Oscars 1989: meilleurs effets visuels (Ken Ralston, Richard Williams, Edward Jones, George Gibbs), meilleur montage sonore (Charles L. Campbell, Louis L. Edemann), meilleur montage (Arthur Schmidt) et Oscar pour une contribution spéciale (Richard Williams).
    BAFTA Awards 1989: meilleurs effets visuels (Ken Ralston, Richard Williams, Edward Jones, George Gibbs)


    Couronné de 4 oscars un an après sa sortie, Qui veut la peau de Roger Rabbit n'a pas volé ses prestigieuses récompenses tant il continue de nous bluffer par son exploit technique à avoir su allier personnages de chair et d'os et héros d'animation. Avec la nouvelle recrue Roger Rabitt, ce divertissement roublard nous présente un nouveau toon à la spontanéité virevoltante, entouré d'une femme fatale à la sensualité ardente ! Avec sa trame policière située dans l'après guerre des années 40, Robert Zemeckis rend autant hommage au film noir qu'aux dessins animés de notre enfance érigés sous le label de Warner Bros (les fameux Looney Tunes !) et de Walt Disney (on y côtoie Dumbo, Blanche Neige et consorts). En redécouvrant aujourd'hui ce blockbuster familial, nous nous surprenons encore du soin circonspect intenté à la perfection des effets-spéciaux où des protagonistes humains cohabitent parmi la familiarité de personnages d'animation ! Qui veut la peau de Roger Rabbit s'avère d'autant plus bluffant de réalisme dans ses moult péripéties endiablées qu'il réussit à émerveiller le spectateur lambda âgé de 7 à 77 ans.


    Son intrigue charpentĂ©e bourrĂ©e de revirements fortuits nous propose une vĂ©ritable Ă©nigme policière que doit mener le dĂ©tective Eddy Valiant (Bob Hoskins, Ă©tonnamment flegme et gentiment bougon!) Ă©paulĂ© d'un comparse peu commun, Roger Rabbit. A eux deux, ils forment un duo explosif dans leur tentative de dĂ©busquer le meurtrier d'un producteur mais aussi mettre la main sur un mystĂ©rieux testament. Durant leur investigation, ils vont devoir se confronter Ă  l'autoritĂ© drastique de l'Ă©trange Juge DeMort (Christopher Lloyd, diabolique de mĂ©galomanie hautaine !) accompagnĂ© de ses sbires, les Fouines (des toons railleurs particulièrement sardoniques !), communĂ©ment dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver la trace de Roger Rabbit. En effet, ce dernier se retrouve suspectĂ© de l'assassinat de Marvin Acme, producteur de films d'animation et inventeur ayant eu la veille de sa mort une Ă©ventuelle liaison avec Jessica Rabbit !
    Ce pitch hérité d'un roman de Gary K. Wolf (Who censored Roger Rabbit ?) et publié en 1981 est une occasion singulière d'opposer des personnages humains avec une foule de toons novices et notoires ! Avec un sens inventif sans cesse renouvelé (comme cette soudaine plongée dans l'univers urbain des Toons ou l'invention mortelle de la Trempette afin de pouvoir les dissoudre !), Qui veut la peau de Roger Rabit déploie sans modération une prolifération de gags échevelés dans une action ininterrompue (course poursuite en plein centre-ville à bord d'une voiture d'animation, rixes en tous genres entre toons et humains et point d'orgue explosif pourvu d'une révélation inopinée !).


    Parfaitement Ă©quilibrĂ© par sa drĂ´lerie insolente (mais jamais erratique !) et la tendresse impartie Ă  tous ces protagonistes hybrides (la sĂ©quence mĂ©lancolique dĂ©crivant une Betty Boop passĂ©iste est touchĂ©e par la grâce !), Qui veut la peau de Roger Rabbit est un bijou de fĂ©erie fantaisiste. 
    Sans jamais surenchĂ©rir dans une esbroufe gratuite car au service d'un scĂ©nario retors, cet exploit technique insuffle son pouvoir sĂ©ducteur pour le respect accordĂ© Ă  ses icĂ´nes d'animation, alors que Roger Rabbit va imposer son statut d'Ă©toile montante de "Toon Reality" !  

    17.07.13. 3èx
    Bruno Matéï 

      mardi 16 juillet 2013

      Cannibal Holocaust

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cultreels.net

      de Ruggero Deodato. 1980. 1h32. Italie/Colombie/Etats-Unis. Avec Robert Kerman, Carl Gabriel Yorke, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi.

      Sortie salles France: 22 Avril 1981. Italie: 7 Février 1980

      FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ruggero Deodato est un réalisateur italien, né le 7 Mai 1939.
      1977: Le Dernier monde Cannibale. 1979: SOS Concorde. 1980: Cannibal Holocaust. 1980: La Maison au fond du parc. 1983: Les Prédateurs du Futur. 1985: Amazonia, la jungle blanche. 1987: Les Barbarians. 1987: Body Count. 1988: Le Tueur de la pleine lune. 1993: The Washing Machine.

       
              "Il faut parfois montrer au monde l’enfer pour qu’il se rende compte de son bonheur."
       
      "Voyeurs de l’abĂ®me : l’hallucinante cruautĂ© de Cannibal Holocaust".
      ClassĂ© X dans certains pays, interdit dans une soixantaine, Cannibal Holocaust garde intact son pouvoir de rĂ©alisme sordide, provoquant chez les spectateurs du monde entier une violente aversion ou une fascination dĂ©rangĂ©e. RĂ©putĂ© comme l’un des films les plus controversĂ©s de l’histoire du cinĂ©ma, il fut saisi dès sa sortie par un magistrat italien pour dĂ©lit d’obscĂ©nitĂ© et suspicion de snuff movie. Ruggero Deodato s’est taillĂ© au fil des dĂ©cennies la rĂ©putation d’un cinĂ©aste scandaleux, notamment pour sa culpabilitĂ© assumĂ©e d’avoir osĂ© assassiner face camĂ©ra des animaux sauvages. Un acte impardonnable qu’il regrette aujourd’hui.

      Mais le rĂ©alisateur poussa encore le vice Ă  sa sortie officielle, en nourrissant une folle rumeur autour du sort des comĂ©diens principaux, exilĂ©s hors d’Italie pendant un temps, complices avec lui pour simuler leur disparition auprès de la populace italienne.


      DĂ©couvrir Cannibal Holocaust aujourd’hui reste une expĂ©rience aussi traumatisante qu’inoubliable. Deodato redouble de provocation putassière, jouant de l’illusion entre fiction et authenticitĂ©, avec le principe avant-gardiste du found footage. La camĂ©ra portĂ©e Ă  l’Ă©paule suit quatre journalistes avides d’images-chocs, filmant en pleine cambrousse amazonienne une succession de mises Ă  mort hyper racoleuses : dĂ©peçage d’une tortue, massacre d’un porcinet, viol d’une indigène, incendie de la hutte des Yacumos. Ils filment aussi une fausse couche suivie d’une lapidation, un rituel barbare, une femme empalĂ©e sur un pieu (sĂ©quence souvent censurĂ©e en VHS), le meurtre d’un des leurs et le viol collectif de la petite amie du cameraman.

      Au-delĂ  de cette boucherie primitive, Cannibal Holocaust dresse une charge corrosive contre notre sociĂ©tĂ© dite civilisĂ©e. Nos quatre reporters, en expĂ©dition amazonienne, s’abandonnent Ă  la dĂ©bauche et Ă  l’assassinat, guidĂ©s par l’appât du scoop et la mĂ©galomanie. Leur cruautĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e vise Ă  prouver aux « primitifs » la suprĂ©matie de la loi du plus fort. En juxtaposant ces barbaries aux coutumes cannibales, aux meurtres d’animaux rĂ©els et aux jouissances meurtrières des « civilisĂ©s », Deodato sème un profond malaise. Son dĂ©sir de choquer, d’Ă©cĹ“urer le spectateur, l’enferme dans un maelström d’images morbides, crues, Ă©difiantes. Entre fiction et rĂ©alitĂ©, on perd ses repères : l’illusion se transcende en vĂ©ritĂ© palpable. Combien, Ă  l’Ă©poque, crurent assister Ă  un vĂ©ritable shockumentaire ?

      Cette aversion viscĂ©rale Ă  la cruautĂ©, le rĂ©alisateur la transforme en une rĂ©flexion sur notre propre voyeurisme, cette curiositĂ© instinctive Ă  observer la mort sous son aspect le plus sordide. Le score Ă©lĂ©giaque, tragique, amplifie avec provocation notre dĂ©goĂ»t, rĂ©vĂ©lant l’animalitĂ© tapie en nous. La mort et la souffrance, qu’elles soient sentence vindicative ou violence gratuite, demeurent des rituels universels, tĂ©moins d’une civilisation aussi moderne qu’inhumaine.


      "Le festin de l’horreur : quand le cinĂ©ma rĂ©vèle notre part d’ombre".
      De ce chaos primitif Ă©mane un grand film malade, viscĂ©ralement Ă©prouvant, hyper dĂ©rangeant, mais d’un pouvoir de fascination rĂ©vulsif et d’une puissance Ă©motionnelle rare. Cette accumulation explicite de barbarie suggère que nous sommes tous complices, coupables de notre voyeurisme, osant contempler la cruautĂ© indissociable du monde sauvage qui nous entoure. Que l’on adhère ou rejette ce tĂ©moignage intolĂ©rable, Cannibal Holocaust provoquera toujours polĂ©miques et dĂ©bats passionnĂ©s sur la nature humaine, son instinct meurtrier, et notre morbide soif d’images choc.

      *Bruno
      16.07.13. 5èx



      lundi 15 juillet 2013

      Halloween de Rob Zombie

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site newageamazon.buzznet.com

      de Rob Zombie. 2007. U.S.A. 1h50. Avec Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell, Tyler Mane, Danielle Harris, Kristina Klebe, Daeg Faerch, Brad Dourif, Sheri Moon Zombie, Hanna Hall, Dee Wallace Stone.

      Sortie salles France: 10 Octobre 2007. U.S: 31 Août 2007

      FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


      Deux ans après sa horde sauvage contemporaine (The Devil’s Rejects), Rob Zombie s’attelle, en 2007, Ă  la conception d’une prĂ©quelle/remake du chef-d'Ĺ“uvre inoxydable Halloween. En s’attardant sur l’enfance meurtrie de Michael Myers dans la première partie, il transcende le portrait glaçant d’un psychopathe juvĂ©nile, dĂ©nuĂ© de conscience et de morale, enfant avortĂ© d’une cellule familiale corrompue. Ă€ coups d’ultraviolence tranchante, Zombie adopte une dĂ©marche explicite : figurer les exactions d’un enfant raillĂ©, molestĂ©, dĂ©terminĂ© Ă  passer Ă  l’acte vindicatif — le premier meurtre, commis sur un camarade de classe, en reste une preuve Ă©prouvante. Le jeune Daeg Faerch, avec sa bouille innocente et son regard de marbre, impressionne par un jeu diaphane : prestance austère, alternance d’accalmies et de fulgurances, sans logique apparente. Son fĂ©tichisme des masques, pour renier sa propre humanitĂ©, est une idĂ©e brillamment exploitĂ©e. Quant au Dr Loomis, incarnĂ© par Malcolm McDowell : s’il n’atteint pas l’aura hantĂ©e de Donald Pleasence, il insuffle une prĂ©sence solide, vacillante — psychologue indĂ©cis, incapable de saisir le cĹ“ur du mal, il se rĂ©sout Ă  l’abstraire : Michael devient symbole pur, entitĂ© du Mal.


      Ă€ contre-courant de l’horreur suggĂ©rĂ©e et du suspense latent magnifiĂ©s dans le modèle initial, cet Halloween 2007 opte pour l’action cuisante, les pĂ©ripĂ©ties Ă©chevelĂ©es, la rage frontale. Sans concession, avec un dĂ©sir assumĂ© de heurter le spectateur, Zombie rĂ©invente le mythe dans une veine crue, crapoteuse, hyperrĂ©aliste. Si la première partie convainc pleinement en exposant l’enfance saccagĂ©e de Michael, la seconde retombe dans une mĂ©canique plus conventionnelle, reproduisant fidèlement les jalons du film original. ÉvadĂ© de sa cellule, Myers, devenu adulte, poursuit l’obsession de renouer avec sa sĹ“ur. On bascule alors dans un psycho-killer dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, enchaĂ®nant les meurtres fulgurants Ă  cadence soutenue, avec une sauvagerie sèche qui n’aurait pas dĂ©plu Ă  Massacre Ă  la tronçonneuse, que Zombie convoque ouvertement. En assumant cette provocation — pied de nez au classicisme clinique de Carpenter — le film tĂ©tanise par la vigueur de sa mise en scène, la prĂ©sence terrifiante du molosse inĂ©branlable, et l’impact foudroyant des assassinats, lâchĂ©s en roue libre. Ă€ noter, geste singulier : ici, Michael ne cherche pas Ă  tuer sa sĹ“ur — il tente de la prĂ©server, de la garder pour lui, comme une ultime attache brisĂ©e.


      Impitoyable, nihiliste, enragĂ© et terrifiant dans ses deux segments oĂą le Mal semble nous fixer droit dans les yeux, Halloween 2007 dĂ©livre, avec une maĂ®trise certaine, des sĂ©quences de terreur sèche et incisive, aux confins du vĂ©risme. D’une audace dĂ©complexĂ©e Ă  dĂ©sacraliser la figure mythique de Michael Myers — bourreau du Mal des temps modernes — Rob Zombie façonne un cauchemar ultra-violent, furibond, insolent. Une relecture Ă  rebrousse-poil, en totale contradiction avec le matĂ©riau d’origine, mais qui redessine, dans le sang, la silhouette d’un Mal autrement bestial, mortifère et primitif. 

      La critique d'Halloween 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/halloween-2-directors-cut.h…

      *Bruno
      09.03.25. 3èx. Vost
      15.07.13. 

                                              

      vendredi 12 juillet 2013

      GENERATION SACRIFIEE (DEAD PRESIDENTS)

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site in.com

      de Albert et Allen Hughes. 1995. U.S.A. 2h00. Avec Larenz Tate, Keith David, Chris Tucker, Bokeem Woodbine, Freddy Rodriguez, Rose Jackson, N'Bushe Wright.

      FILMOGRAPHIE: Albert et Allen Hughes sont des frères jumeaux producteurs, scénaristes et réalisateurs américains, né le 1er Avril 1972 à Détroit (Michigan).
      1993: Menace II Society. 1995: Génération Sacrifiée. 1999: American Pimp (doc). 2001: From Hell. 2009: New-York, I love you (un segment d'Allen Hughes). 2009: Le Livre d'Eli. 2013: Broken City (d'Allen Hughes).


      Inédit en salles dans l'hexagone, Génération Sacrifiée avait néanmoins pu bénéficier d'une édition en Dvd quelques années après sa sortie officielle. Un paradoxe d'autant plus regrettable que le premier long-métrage des Hughes Brothers, Menace II Society, eut été salué pour la maîtrise de sa mise en scène et sa peinture abrupte d'une jeunesse afro-américaine en déclin, opposée aux règlements de compte meurtriers entre bandes rivales. En l'occurrence, les frères Hughes traite des conséquences dramatiques de la guerre du Vietnam après que les survivants ont pu rejoindre leur bercail. En particulier, la réinsertion de la communauté noire si dépréciée par leur société que certains n'hésiteront pas à sombrer dans le banditisme ou des mouvements anarchistes afin de tenter de survivre. Outre le portrait émis à une poignée de délinquants fraternels, Génération Sacrifiée s'intéresse au parcours d'Anthony Curtis (Larenz Tate, étonnant d'innocence galvaudée !), jeune garçon de 18 ans délibéré à s'inscrire dans la marine pour occulter ses études de lycée. Après avoir combattu vaillamment durant 4 ans au Vietnam, notre vétéran retrouve son cocon familial dans un quartier défavorisé par le chômage et la drogue. Après avoir été viré de son job de boucher, Anthony décide de planifier l'attaque d'un fourgon avec la complicité de quelques comparses.


      Violent rĂ©quisitoire contre la guerre du Vietnam qui eut entraĂ®nĂ© la première dĂ©faite militaire des Etats-Unis (toute la partie se dĂ©roulant au champ de bataille met en exergue la dĂ©ficience mentale de certains soldats et l'inanitĂ© d'un conflit Ă  la stratĂ©gie anti-communiste !), GĂ©nĂ©ration SacrifiĂ©e dĂ©nonce le traitement infligĂ© aux vĂ©tĂ©rans afro-amĂ©ricains. Par l'influence d'un mouvement de crise contestataire en ascension (le fameux sĂ©minaire des Black Panthers prĂ´nant la violence des armes Ă  feu en guise de rĂ©bellion !) et par la faute d'un chĂ´mage en recrudescence, certains anciens combattants vont donc se compromettre au brigandage afin de subvenir Ă  leur famille. Dans une mise en scène stylisĂ©e et incisive, les frères Hughes n'y vont pas avec le dos de la cuillère pour illustrer la descente aux enfers irrĂ©versible d'une poignĂ©e de dĂ©linquants utopistes. Parmi le fiasco d'un braquage sanglant (sĂ©quence d'anthologie magnifiquement chorĂ©graphiĂ©e !), les rĂ©alisateurs dĂ©noncent Ă©galement les consĂ©quences dĂ©sastreuses d'une jeunesse rĂ©voltĂ©e en perdition, largement influencĂ©e par l'illusion des drogues et de l'argent facile. Si on prĂ©sage l'issue inĂ©vitable de cette tragique dĂ©route, c'est que la guerre prĂ©alablement imposĂ©e au Vietnam aura engendrĂ© chez certains jeunes fragiles et sans repère une forme d'immoralitĂ©. La violence et la haine inculquĂ©es au front les ayant avili jusqu'Ă  ce qu'ils reproduisent cette dĂ©chĂ©ance destructrice au sein de leurs quartiers urbains du Bronx.


      Au rythme d'une plĂ©thore de tubes Soul entraĂ®nants, GĂ©nĂ©ration SacrifiĂ©e juxtapose critique sociale d'une AmĂ©rique hautaine tournant le dos Ă  leurs anciennes recrues et courant culturel de la Blaxploitation par l'entremise implacable d'une narration nihiliste. De par son ultra violence cinglante et son intensitĂ© dramatique, on sort secouĂ© et aigri pour le portrait infligĂ© Ă  sa gĂ©nĂ©ration immolĂ©e. 

      12.07.13. 3èx
      Bruno Dussart
      Warning ! Le trailer contient beaucoup de spoilers !