mercredi 14 août 2013

La Promise / The Bride

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flickfacts.com

de Franc Roddam. 1985. Angleterre. 1h58. Avec Sting, Jennifer Beals, Anthony Higgins, Clancy Brown, David Rappaport, Geraldine Page, Cary Elwes.

Sortie salles France: 4 Septembre 1985. U.S: 16 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Franc Roddam est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 29 Avril 1946.1977: Dummy (télé-film). 1979: Quadrophenia. 1983: La Loi des Seigneurs. 1985: La Promise. 1988: War Party. 1991: K2, l'ultime défi.


"Un attachant conte romantique injustement oublié, pour ne pas dire parfois méprisé. Et c'est bien dommage tant la déclinaison demeure rigoureusement sincère et sensuelle."
DĂ©clinaison de la FiancĂ©e de Frankenstein, la Promise est un joli conte romantique hĂ©las restĂ© dans l'oubli depuis sa sortie au milieu des annĂ©es 80. Avec, en tĂŞtes d'affiche, le chanteur Sting et la dĂ©butante Jennifer Beals (rĂ©vĂ©lĂ©e 2 ans au prĂ©alable dans Flashdance), il y avait de quoi rester dubitatif Ă  l'annonce de cette rĂ©actualisation d'un des plus cĂ©lèbres mythes de l'Ă©pouvante. Et pourtant, avec une certaine ambition esthĂ©tique et une volontĂ© narrative de se dĂ©marquer du roman de Mary Shelley, le britannique  Franc Roddam rĂ©alise un divertissement particulièrement attachant autour de ces protagonistes molestĂ©s, vĂ©ritables moteurs du rĂ©cit. Le PitchAlors que le baron Frankenstein vient de crĂ©er une compagne pour sa crĂ©ature, une violente altercation s'ensuit entre les deux hommes suite Ă  une trahison. Durant cette confrontation, un incendie se propage au sein du laboratoire permettant Ă  la crĂ©ature de s'Ă©chapper dans la nature. Sur son chemin bucolique, il sympathise avec un nain avec qui il dĂ©cide de collaborer pour pouvoir travailler dans un cirque. Pendant ce temps, la promise dĂ©couvre les joies de l'existence en s'Ă©duquant auprès des enseignements du docteur. Mais un jeune dom Juan commence Ă  s'intĂ©resser Ă  cette jolie inconnue venue de nulle part. Photo Ă©clatante, costumes Ă©lĂ©gants, dĂ©cors d'architecture grandioses rĂ©gis autour d'une magnifique nature verdoyante du Sud de la France, La Promise s'alloue d'un soin formel pour nous sĂ©duire avec cette nouvelle confrontation entre un Baron condescendant et ses deux crĂ©atures modèles. Dans un premier temps, le rĂ©alisateur s'attache Ă  nous dĂ©crire le cheminement indĂ©cis du monstre rapidement Ă©paulĂ© d'un nain affable avec qui il amorcera une complicitĂ© amicale. Toutes les sĂ©quences oĂą nos deux compagnons sont solidaires de leur commune confiance sont soigneusement illustrĂ©es avec un sens pittoresque et chaleureux (le feu de camp autour du poulet grillĂ©, la beuverie dans l'auberge, les reprĂ©sentations du numĂ©ro de trapèze) mais aussi dramatique pour leurs mĂ©saventures Ă  venir (leur sĂ©paration prĂ©visible s'avĂ©rant poignante) avec un patron de cirque sans scrupule. 


Bien qu'en parallèle, d'une sĂ©quence Ă  l'autre, nous suivons Ă©galement l'apprentissage d'Eve, la nouvelle crĂ©ature entretenue par un Frankenstein enseignant, adepte d'une Ă©ducation inscrite dans l'indĂ©pendance fĂ©ministe. Une idĂ©ologie contradictoire si bien que le rĂ©alisateur nous caractĂ©rise ensuite un baron autoritaire particulièrement jaloux et terriblement possessif depuis qu'un don Juan eut dĂ©cidĂ© de courtiser sa jeune promise. A travers ce rĂ´le antagoniste, Sting s'emploie avec cynisme Ă  exprimer le plus naturellement ses sentiments orgueilleux dans une silhouette angĂ©lique hautaine (visage pastel et chevelure dorĂ©e). Peut-ĂŞtre le plus grand rĂ´le de sa carrière. En crĂ©ature soumise mais toujours plus frondeuse, Jennifer Beals s'approprie son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ© d'une sensualitĂ© immaculĂ©e en abordant un jeu contestataire pour  y dĂ©fendre son autonomie existentielle impartie au fĂ©minisme. Enfin, le robuste Clancy Brown se camoufle sous l'apparence du monstre avec un maquillage modĂ©rĂ© afin d'y reprĂ©senter sa physionomie discrètement difforme. La encore, on se laisse facilement convaincre par ses expressions dociles mises en valeur par un jeu de mime jamais ridicule. Il faut le souligner. Par consĂ©quent, autour de ce trio infortunĂ©, Franc Roddam parvient Ă  nous brode un conte fantastique oĂą la romance occupe une place de choix (la quĂŞte amoureuse et dĂ©sespĂ©rĂ©e de la crĂ©ature pour la promise) mais auquel l'autoritĂ© d'hommes Ă©goĂŻstes, machistes, perfides (le baron dictateur et le sĂ©ducteur usurpateur) vont venir compromettre sa nature virginale. A la rĂ©solution finale, on s'Ă©tonne du happy-end prodiguĂ© par le rĂ©alisateur tout en  approuvant l'audace de son souffle romantique (jamais sirupeux) impartie Ă  deux crĂ©atures candides auquel l'apparence ne dispose plus d'intĂ©rĂŞt.


Soigneusement mis en scène (l'anthologie spectaculaire accordĂ©e au prĂ©lude), formellement poĂ©tique (la festivitĂ© du bal de confettis confine au sublime, aussi concise soit-elle) et largement privilĂ©giĂ© de la prĂ©sence notable de comĂ©diens dirigeant la narration dans une psychologie torturĂ©e, La Promise  demeure indiscutablement sincère et attachant Ă  s'approprier le mythe en affichant les nobles valeurs de l'amour, de l'Ă©ducation et de la tolĂ©rance sur fond d'Ă©mancipation fĂ©minine. A redĂ©couvrir sans prĂ©jugĂ©. 

*Bruno
16.02.23. 4èx
14.08.13. 

mardi 13 août 2013

The last will and Testament of Rosalind Leigh

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solarvip.info

de Rodrigo Gudino. 2012. Canada. 1h24. Avec Aaron Poole, Vanessa Redgrave, Julian Richings, Stephen Eric McIntyre, Mitch Markowitz.

FILMOGRAPHIE: Rodrigo Gudino est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien. 
The last will and Testament of Rosalind Leigh est son premier long-métrage.


Première oeuvre de Rodrigo Gudino directement passĂ©e par la case "DTV", The last will and Testament of Rosalind Leigh risque sĂ©vèrement de diviser le cinĂ©phile averti et d'ennuyer le public lambda par sa lenteur imposĂ©e auprès d'une ambiance latente dĂ©nuĂ©e d'artifices. 

Suite Ă  l'hĂ©ritage de sa mère rĂ©cemment disparue, LĂ©on se retrouve isolĂ© dans sa vaste demeure remplie de sculptures divines. Rapidement, d'Ă©tranges Ă©vènements vont Ă©branler la tranquillitĂ© du nouvel hĂ´te rĂ©futant toute croyance religieuse. 


Sous le concept Ă©culĂ© d'un cas de hantise, ce petit essai indĂ©pendant n'a pas pour ambition de renouer aux traditionnelles apparitions fantomatiques Ă  base d'effets-spĂ©ciaux spectaculaires et/ou de gore explicite. Le rĂ©alisateur prĂ©fĂ©rant se focaliser sur l'aura spirituelle d'une demeure opaque et de nous y balader parmi la prĂ©sence d'un non-croyant. Avec son rythme languissant quasi fastidieux, nombre de spectateurs risquent fort de dĂ©crocher l'expĂ©rience par son absence de surprises Ă©manant d'un scĂ©nario linĂ©aire uniquement inscrit dans la foi religieuse. Sous l'entremise d'un athĂ©e ayant prĂ©alablement abdiquĂ© sa propre mère, le rĂ©cit nous plonge dans une promenade existentielle auquel des esprits ont dĂ©cidĂ© de le narguer afin de tester sa rationalitĂ©. EsthĂ©tiquement soignĂ© dans ses dĂ©cors d'architecture et ses Ă©clairages pastels et assidĂ»ment rĂ©alisĂ©, The last will and Testament of Rosalind Leigh dĂ©gage un charme d'Ă©trangetĂ© oĂą le poids du silence et de la solitude ont une place primordiale. Par intermittence, il faut aussi relever le cĂ´tĂ© horrifique de quelques rares apparitions monstrueuses provoquant une certaine apprĂ©hension dans leur physionomie indiscernable. Je parle bien sĂ»r de la crĂ©ature animale qui hante la forĂŞt oĂą celles qui ont rĂ©ussi Ă  s'engouffrer dans certaines pièces de la demeure.  
NĂ©anmoins, pour apprĂ©cier Ă  sa juste valeur cette oeuvre originale difficilement accessible mais pleine de bonnes intentions, il faut indubitablement s'y prĂ©parer et accepter sa monotonie perpĂ©tuelle pleinement assumĂ©e par un rĂ©alisateur en pleine rĂ©flexion mystique. Y'a t'il une vie après la mort ? l'âme y survit-elle ? Dieu est-il responsable de l'univers et notre entitĂ© corporelle ? 
Avec simplicitĂ© et sensibilitĂ©, The last will and Testament of Rosalind Leigh adopte une dĂ©marche personnelle pour tendre Ă  prouver qu'il suffit de croire Ă  son destin et aimer son prochain pour pouvoir perdurer après le trĂ©pas. 
Après cette expĂ©rience Ă©sotĂ©rique avec les voix d'outre-tombe et notre questionnement sur la foi, le film se clĂ´t sur un rebondissement inopinĂ© chargĂ© d'une mĂ©lancolie incurable. VĂ©ritable moment d'Ă©motion d'une intensitĂ© toute fragile, le poème prend subitement une ampleur tragique pour mettre en exergue la douleur insurmontable de la solitude ATTENTION SPOILER !!! en relation avec une dĂ©mission parentale FIN DU SPOILER. Avec le poids de ce twist soudainement rĂ©vĂ©lĂ©, le spectateur semble perdre pied avec la rĂ©alitĂ© (c'est Ă  dire tout ce qu'il venait d'endurer avec Leon !) et tente de se remĂ©morer son cheminement pour mieux comprendre les tenants et aboutissants du point de vue d'un autre tĂ©moin Ă©loquent. 


Dieu e(s)t la solitude
Languissant et laborieux mais inĂ©vitablement Ă©trange et fantasmatique, The last will and Testament of Rosalind Leigh ne pourra sans doute sĂ©duire que l'amateur de curiositĂ© singulière pour peu qu'il ait Ă©tĂ© averti de son rythme ardu et de son absence de terreur escomptĂ©e. Sa rĂ©flexion spirituelle sur notre foi en l'au-delĂ  et l'importance divine impartie Ă  la reconnaissance de l'amour ne nous laissent pas indiffĂ©rents et nous bouleversent avec l'accablement d'une conclusion funèbre !    

Dédicace au geek canadien indétrônable, Steven Lefrançois !
13.08.13
Bruno Matéï


lundi 12 août 2013

NO PAIN NO GAIN

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nopainnogain.fr

de Michael Bay. 2013. U.S.A. 2h09. Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Anthony Mackie, Ed Harris, Tony Shalhoub, Ken Jeong, Rob Corddry.

Sortie salles France: 11 Septembre 2013. U.S: 26 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Michael Bay est un réalisateur et producteur américain, né le 17 Février 1965
1995: Bad Boys. 1996: Rock. 1998: Armageddon. 2001: Pearl Harbor. 2003: Bad Boys 2. 2005: The Island. 2007: Transformers. 2009: Transformers 2. 2011: Transformers 3. 2013: No Pain No Gain.


Ce sont les choses simples qui comptent dans la vie. Daniel voulait seulement être comme tout le monde. Tous ces gens qui veulent leur part du rêve américain.

"Tout ce que je voulais c'était avoir la même chose que tous les autres. Pas plus, mais pas les miettes que j'avais l'habitude d'avoir. Bon j'ai vraiment tenté le tout pour le tout vous savez ! Mais pendant un moment j'ai vécu comme j'ai toujours voulu vivre. J'étais l'un de vous et ça faisait du bien. Les gens me voyaient enfin comme je m'voyais et on ne peut rien demander de plus. Mais j'ai demandé plus ! A un moment donné ça ne m'a plus suffit d'être l'égal des autres. Je voulais être mieux que les autres. Et c'est le meilleur moyen de se faire mal. Ca ne veut pas dire qu'on baisse les bras. On se repose, on panse ses plaies et on reprend les altères. Je sais que la vie va me donner une autre série et je vais y aller à fond parce que je m'appelle Daniel Lugo et je vis pour la culture physique !"

SpĂ©cialiste de l'actionner bourrin dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, Michael Bay s'accorde une pause avec No Pain No Gain, comĂ©die caustique tirĂ©e d'un fait-divers improbable survenu Ă  Miami entre 1994 et 1995. Le film relatant les vicissitudes incongrues d'un groupe de bodybuilders dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  escroquer des gens fortunĂ©s par simple esprit de cupiditĂ©. Leur leader, un manager culturiste utopiste, finira par mener ses deux comparses vers une dĂ©rive meurtrière particulièrement crapuleuse.


PrĂ©tendre Ă  dire que No Pain No Gain s'avère le meilleur film de son auteur n'est pas plĂ©thorique tant cette comĂ©die dĂ©bridĂ©e surprend par son judicieux rapport entre humour noir et dramaturgie. Sans rire aux Ă©clats (Ă  quelques gags près !), l'aspect pittoresque des multiples pĂ©ripĂ©ties engagĂ©es par nos pieds nickelĂ©s nous amuse par leurs inĂ©puisables maladresses Ă©manant d'une totale inconscience. Avec sa mise en scène alerte et inventive, on sent un Michael Bay particulièrement inspirĂ© Ă  retranscrire l'incroyable odyssĂ©e de ces bodybuilders compromis au kidnapping et l'assassinat par simple motivation du gain. Outre son rythme parfaitement Ă©quilibrĂ© n'accordant pour le coup aucune outrance spectaculaire (l'action s'avère discrète et clairsemĂ©e !), le film joue intelligemment sur notre empathie accordĂ© aux protagonistes rĂ©trogrades avec une antinomie contraignante. Puisque cet alliage de dĂ©lire caustique et d'authenticitĂ© dramatique nous distille une certaine forme de malaise toujours plus palpable au fil de leurs exactions dĂ©nuĂ©es de morale (si ce n'est une Ă©thique opportuniste inscrite dans la mĂ©galomanie individuelle).
Mais outre la qualitĂ© de son scĂ©nario fortuit fondĂ© sur l'arrivisme et l'apparence du luxe, la rĂ©ussite de ce divertissement peu commun est notamment impartie Ă  la complicitĂ© amicale de comĂ©diens Ă  la verve impayable ! Dans celui du dirigeant inĂ©branlable, Mark Whalberg fulmine avec spontanĂ©itĂ© pour dicter ses ambitions cupides Ă©rigĂ©s sous le symbole du "rĂŞve amĂ©ricain". Dans celui de l'ancien dĂ©tenu dĂ©vot Ă  la bonhomie nigaude, Dawyne Johnson lui partage la vedette avec une dĂ©rision irrĂ©sistible tant le comĂ©dien s'amuse Ă  se parodier de son personnage viril Ă  la posture herculĂ©enne. Enfin, le troisième alliĂ© est incarnĂ© par Anthony Mackie, jeune black reconverti dans la musculation pour l'handicap de son impuissance sexuelle, mais en pleine ascension amoureuse avec une secrĂ©taire ventripotente.


L'Ivresse de l'Argent
Satire acerbe du rĂŞve amĂ©ricain et des paillettes de silicone pour la cristallisation d'un empire en carton, No Pain No Gain dĂ©tonne et bouscule le spectateur dans son cocktail explosif de situations scabreuses et de dĂ©lires saugrenues. Et il faut remonter Ă  The Island pour retrouver l'Ă©loquence d'un Michael Bay aussi leste, parodiant ici l'odyssĂ©e grossière d'un impensable fait-divers ! 

12.08.13
Bruno Matéï

vendredi 9 août 2013

Drugstore Cowboy

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tvclassik.com

de Gus Van Sant. 1989. U.S.A. 1h40. Avec Matt Dillon, Kelly Lynch, James LeGros, Heather Graham, William S. Burroughs.

FILMOGRAPHIE: Gus Van Sant est un rĂ©alisateur, directeur de photo, scĂ©nariste et musicien amĂ©ricain, nĂ© le 24 Juillet 1952 Ă  Louisville dans le Kentucky. 1985: Mala Noche. 1989: Drugstore Cowboy. 1991: My Own Private Idaho. 1993: Even Cowgirls get the blues. 1995: PrĂŞte Ă  tout. 1997: Will Hunting. 1998: Psycho. 2000: A la rencontre de Forrester. 2002: Gerry. 2003: Elephant. 2005: Last Days. 2007: Paranoid Park. 2008: Harvey Milk. 2011: Restless. 2012: Promised Land.


AdaptĂ© du livre Ă©ponyme de James Fogle, Drugstore Cowboy retrace l'Ă©quipĂ©e Ă©chevelĂ©e de deux couples de junkies adeptes des cambriolages auprès de pharmacies et hĂ´pitaux du coin afin de se ravitailler en drogue. Mais la mort par overdose d'une de leur camarade contraint leur leader de dĂ©crocher pour s'Ă©loigner vers un centre de dĂ©sintoxication. En rĂ©futant les habituelles conventions du genre, Gus van Sant rĂ©alise ici un drame social peu commun Ă  travers son traitement infligĂ© Ă  l'addiction des psychotropes, et ce en privilĂ©giant un climat hermĂ©tique Ă©maillĂ© de plages de poĂ©sie (les dĂ©lires Ă©thĂ©rĂ©s de Bob sous l'emprise des pilules bleues) et d'une certaine dĂ©rision (la cohĂ©rence de ses superstitions et ses duperies amorcĂ©es contre les flics). En l'occurrence, pas de toxico famĂ©lique en Ă©tat de manque ni de deal entre acheteurs et encore moins de sniff de cocaĂŻne ou d'hĂ©roĂŻne. Mais une Ă©quipe soudĂ©e de jeunes marginaux particulièrement vĂ©loces dans leur habiletĂ© Ă  forcer les portes de pharmacies ou d'hĂ´pitaux afin de se procurer mĂ©docs et pilules antalgiques. Ainsi, avec une rare intensitĂ© et un semblant de vĂ©racitĂ© fascinant, nous suivons dans un premier temps l'escapade dĂ©linquante de ce groupe de junkies menĂ© par un leader imperturbable. Le rĂ©alisateur nous relatant leurs tribulations frĂ©nĂ©tiques avec souci de rĂ©alisme introspectif pour mettre en exergue leur angoisse paranoĂŻaque Ă©manant d'une routine insĂ©curitaire. Dans la mesure oĂą nous sommes vĂ©ritablement immergĂ©s dans leur contrainte de s'adonner aux fraudes de stupĂ©fiants et diverses magouilles pour dĂ©jouer les perquisitions policières. 


PortĂ© Ă  bout de bras par la prestance exceptionnelle de Matt Dillon, Drugstore Cowboy est Ă©rigĂ© sous sa hiĂ©rarchie avec une stoĂŻcitĂ© implacable afin de mieux rĂ©gir son groupe d'associĂ©s. En junkie superstitieux (il craint la malĂ©diction des chapeaux, des chiens et des miroirs !) redoublant de risques insensĂ©s, l'acteur est notamment habitĂ© d'une lassitude sous-jacente dans sa quĂŞte d'abdiquer son existence illusoire bâtie sur le mensonge et le vol. Spoil ! Enfin, la dernière partie, plus abstraite et moins accessible, nous illustre la repentance de Bob afin de fuir sa sombre destinĂ©e Ă  la suite du dĂ©cès par overdose de sa collègue nadine. De retour vers sa contrĂ©e, il renoue avec une vieille connaissance, un philosophe dĂ©crĂ©pit toujours avide de shoot Ă  l'hydromorphone (dĂ©rivĂ© semi-synthĂ©tique de la morphine Ă©tabli sous l'enseigne de Dilaudid), et tente de retrouver une existence docile dĂ©nuĂ©e d'oppression. Avec une ambition personnelle, Gus Van Sant nous illustre son sevrage d'une manière hĂ©tĂ©rodoxe en Ă©vitant une fois encore le traitement acadĂ©mique. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  changer de vie, Bob renoue avec l'existence banale du prolĂ©taire dans l'Ă©troitesse de son appartement en espĂ©rant peut-ĂŞtre un jour revoir dĂ©barquer sa dulcinĂ©e. Fin du Spoil. Sur le papier, cela peut paraĂ®tre aseptique mais Gus Van Sant l'arbore avec l'art de sa mise en scène.  Avec luciditĂ© abstraite, il met en avant la dĂ©licate rĂ©insertion du malade dans une sociĂ©tĂ© fluctuante (nous sommes en 1971 et la politique commence Ă  exploiter le sujet de la drogue pour leur campagne Ă©lectorale) et cette (fausse) libertĂ© de renouer avec une existence morose. En rĂ©sulte une ambiance diaphane difficilement discernable et un sentiment de nonchalance suggĂ©rĂ© par l'ancien droguĂ© pour ses annĂ©es de galère dĂ©pendantes d'emprise de drogues. La quĂŞte d'un semblant d'Ă©panouissement mais l'essentialitĂ© de pouvoir vivre libre avant que le passĂ© des mauvaises frĂ©quentations ne revienne faire surface...


J'étais toujours en vie. J'espère qu'ils m'empêcheront de mourir...
Superbement mis en scène par un auteur inspirĂ© d'expĂ©rimentation onirique et de souci d'authenticitĂ© pour l'encadrement familier gĂ©rĂ© autour des quatre junkies en perdition, Drugstore cowboy confine au chef-d'oeuvre dĂ©sabusĂ©. Le plus singulier des drames existentiels abordant sans effet de fioriture le tabou de la drogue avec un pouvoir d'immersion prĂ©dominant. 

*Bruno
09.08.13. 3èx


jeudi 8 août 2013

L'ANGE DE LA VENGEANCE (MS. 45)

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blackcatboneseditions.blogspot.com

d'Abel Ferrara. 1981. U.S.A. 1h20. Avec Zoë Lund, Albert Sinkys, Darlene Stuto, Helene McGara, Nike Zachmanoglou, Abel Ferrara.

Sortie salles France: 18 Août 1982. Sortie salles U.S: 24 Avril 1981

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth.


InspirĂ© des illustres Un Justicier dans la Ville et Crime Ă  FroidAbel Ferrara nous propose en 1981 un rape and revenge singulier dans son alliage de violence crue (viol sordide exĂ©cutĂ© au coin d'une dĂ©charge, citadins froidement canardĂ©s par balles), d'horreur et mĂŞme de fantastique tacite (son point d'orgue onirique au sein du bal costumĂ© est entachĂ© de la folie meurtrière d'une nonne vengeresse). 
Autour de la prĂ©sence de la nĂ©ophyte ZoĂ« Lund (nĂ©e ZoĂ« Tamerlis), l'Ange de la vengeance rĂ©vèle une actrice d'une beautĂ© charnelle voluptueuse auquel son magnĂ©tisme trouble s'exacerbe d'un regard glacial inscrit dans le mutisme. ProfondĂ©ment traumatisĂ©e Ă  la suite de son double viol, cette jeune couturière  sombre dans une folie meurtrière irrĂ©versible après avoir dĂ©coupĂ© en morceau sa première victime. En ange exterminatrice, Thana dĂ©cide de s'arborer en vamp lascive dans un New-York dĂ©crĂ©pit afin d'attirer les mâles lubriques issus des bas-quartiers. 


Avec rĂ©alisme glauque et souci documentaire pour mieux retranscrire l'urbanisation d'un New-York insalubre plus vrai que nature, Abel ferrara redouble de provocation en iconisant une fĂ©ministe atteinte d'aphasie. Une justicière des temps modernes dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  reprendre sa revanche sur les machistes impĂ©nitents en compagnie de son calibre 45. Auparavant objet de puretĂ© dans sa virginitĂ© introvertie, Thana se substitue aujourd'hui en nonne vĂ©reuse. L'aura de souffre qui Ă©mane de ses exactions mesquines, l'accoutrement aguicheur de sa posture sensuelle et la figure symbolique allouĂ©e Ă  une religieuse malĂ©fique marquent durablement les esprits dans un pouvoir de fascination diaphane. La puissance d'Ă©vocation de ces images blasphĂ©matoires (Thana embrassant d'un rouge Ă  lèvre scintillant chaque balle de son revolver) est d'autant plus irrĂ©elle qu'Abel Ferrara utilise une dissonance musicale particulièrement dĂ©rangeante lors de ces Ă©chos Ă  rĂ©pĂ©tition. Parfois, il s'emploie Ă©galement Ă  provoquer un malaise tangible quand un dĂ©sĂ©quilibrĂ© dĂ©pressif dĂ©cide d'emprunter l'arme de son interlocutrice pour se suicider d'une balle dans la tĂŞte devant son tĂ©moignage mĂ©dusĂ© ! Sans concession, Ferrara perdure dans l'oppression avec un final anthologique au paroxysme de l'horreur. Au sein d'un bal costumĂ© arborant la fĂŞte d'Halloween, il improvise la technique du slow motion afin de chorĂ©graphier une tuerie sanglante perpĂ©trĂ©e par notre nonne endiablĂ©e ! 


Sous l'impulsion archĂ©typale de l'inoubliable ZoĂ« Tamerlis absolument Ă©lectrisante en tueuse dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et autour du thème religieux violemment singĂ©, Abel Ferrara transcende l'adaptation d'un rape and revenge littĂ©ralement fĂ©ministe. EmaillĂ© de fulgurances visuelles par le biais d'une maĂ®trise technique dĂ©jĂ  solide et inventive, l'Ange de la vengeance symbolise le culte d'une chastetĂ© sous l'Ă©gide d'une vendetta criminelle impossible Ă  purifier. Le mutisme singulier de la tueuse renforçant la crĂ©dibilitĂ© de son Ă©volution meurtrière aliĂ©nante depuis son incapacitĂ© Ă  hurler son sentiment d'injustice, sa souffrance morale et corporelle. 

*Bruno
26.05.24. 5èx. Vost
08.08.13. 4èx

mercredi 7 août 2013

LA BETE DE GUERRE (The Beast of War). Meilleur film du Festival international du film de Cleveland, 1988

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Kevin Reynolds. 1988. U.S.A. 1h51. Avec George Dzundza, Jason Patric, Steven Bauer, Stephen Baldwin, Don Harvey, Kabir Bedi, Erick Avari.

Sortie salles: 7 Septembre 1988

RĂ©compense: Meilleur film du Festival international du film de Cleveland, 1988.

FILMOGRAPHIE: Kevin Reynolds est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 17 Janvier 1952 à San Antonion, Texas.
1985: Une Bringue d'enfer. Histoires Fantastiques (Epis, vous avez intérêt à me croire). 1988: La Bête de Guerre. 1991: Robin des Bois, prince des voleurs. 1993: Rapa Nui. 1995: Waterworld. 1998: 187 Code Meurtre. 2002: La Vengeance de Monte Cristo. 2006: Tristan et Yseult.


Quand, blessé et gisant dans la plaine Afghane, tu vois bondir la femme coupeuse d'entrailles. Saisis ton fusil, fais-toi sauter la cervelle. Et rends-toi à Dieu en soldat.
Rudyard Kipling

Bien avant sa rĂ©actualisation de Robin des Bois et le mĂ©sestimĂ© Waterworld, Kevin Reynolds s'Ă©tait tentĂ© au film de guerre avec La BĂŞte de Guerre. D'après une pièce de théâtre de William Mastrosimone, le pitch nous relate l'expĂ©dition meurtrière d'un groupe de soldats russes Ă©quipĂ©s d'un char d'assaut pour massacrer un village afghan durant la guerre en 1981. EgarĂ©s en plein dĂ©sert aride, ils vont devoir faire face Ă  la rĂ©sistance des Moudjahiddins, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  se venger avec une rancoeur inĂ©branlable. Mais durant cette traque sans relâche, un conflit d'autoritĂ© Ă©clate entre le soldat Koverchenko et son commandant tyrannique, Daskal. 


Avec la densitĂ© d'un scĂ©nario charpentĂ© multipliant les revirements fortuits, la BĂŞte de Guerre joue la carte du film d'action en privilĂ©giant l'humanitĂ© conflictuelle entre ethnie distincte. Tant du cĂ´tĂ© des russes auquel un commandant opiniâtre va risquer d'entraĂ®ner son Ă©quipe vers une dĂ©route que du cĂ´tĂ© des Moudjahiddins, afghans motivĂ©s par la vengeance mais dont leurs femmes rebelles sont encore plus engagĂ©es d'un fiel expĂ©ditif. Au prĂ©mices de son prologue ultra violent, une inĂ©vitable empathie se créé avec le spectateur, tĂ©moin malgrĂ© lui d'un carnage commis par les soviets sur des civils afghans. La faute en incombe principalement Ă  l'autoritĂ© impitoyable du leader particulièrement Ă©gotiste et sanguinaire. Alors qu'une course poursuite est entamĂ©e Ă  travers le dĂ©sert entre afghans et russes pour regagner leur frontière, le soldat Koverchenko finit par discerner la hiĂ©rarchie dictatoriale de son commandant. Leur discorde va d'ailleurs Ă©clater Ă  la suite de la mort de l'un d'eux volontairement exĂ©cutĂ© par ce dernier ! AbandonnĂ© des siens et prisonnier des rebelles, Koverchenko va devoir nĂ©gocier sa survie auprès des Moudjahiddins et Ă©laborer parmi leur soutien sa propre vendetta. Cet enchaĂ®nement de situations improvisĂ©es oĂą un jeune soldat russe est contraint de se solidariser avec le camp ennemi donne lieu Ă  une rĂ©flexion sur la vengeance et l'absurditĂ© des conflits guerriers oĂą la moralitĂ© n'a plus lieu d'ĂŞtre. Car comme l'Ă©voquera Koverchenko, il n'y a pas de bons soldats dans une sale guerre ! Seulement des anti-hĂ©ros combattant l'ennemi avec une haine contagieuse pour le prix du dĂ©shonneur ! Avec maĂ®trise technique et emploi leste de sa scĂ©nographie, Kevin Reynolds sait distiller le danger sous-jacent et dose habilement l'action avec une efficacitĂ© compromise aux motivations mesquines de nos militaires. Parfois atmosphĂ©rique, l'ambiance solaire et crĂ©pusculaire renforce l'aspect photogĂ©nique du dĂ©sert au son feutrĂ© d'un score envoĂ»tĂ©. Enfin, la prĂ©sence dantesque, quasi indestructible du fameux tank auquel nos soldats russes ont l'aubaine de se protĂ©ger renforce le cĂ´tĂ© homĂ©rique d'une situation de crise oĂą l'enjeu n'est qu'une question de survie. 


Spectaculaire, intense et Ă©pique, La bĂŞte de Guerre fait la part belle Ă  l'aventure belliqueuse et l'humanitĂ© de ces rĂ©sistants pugnaces confrontĂ©s entre le devoir de justice par leur rancoeur meurtrie mais aussi l'amnistie chez la repentance du rival. 

07.08.13
B-M

mardi 6 août 2013

Le Monstre du Train / Terror Train

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Roger Spotiswoode. 1980. U.S.A/Canada. 1h37. Avec Jamie Lee Curtis, Ben Johnson, Hart Bochner, David Copperfield, Derek McKinnon, Sandee Currie.

Sortie salles France: 17 Juin 1981 (Int - 18 ans). U.S: 3 Octobre 1980

FILMOGRAPHIERoger Spottiswoode est un rĂ©alisateur, monteur, producteur et scĂ©nariste canadien, nĂ© le 5 Janvier 1945 Ă  Ottawa (Canada). 1980: Le Monstre du Train. 1981: 200 000 Dollars en cavale. 1983: Under Fire. 1986: La Dernière Passe. 1988: RandonnĂ©e pour un Tueur. 1989: Turner et Hooch. 1990: Air America. 1992: ArrĂŞte ou ma mère va tirer ! 1994: Mesmer. 1997: Demain ne meurt jamais. 2000: A l'aube du 6è jour. 2003: Spinning Boris. 2005: Ripley Under Ground. 2007: J'ai serrĂ© la main du Diable. 2008: Les Orphelins de Huang Shui.


En plein essor du psycho-killer, le nĂ©ophyte Roger Spottiswoode (futur rĂ©al d'Under Fire) profite du filon commercial lancĂ© par Carpenter avec Halloween pour entreprendre ses premières armes derrière la camĂ©ra. Slasher acadĂ©mique au canevas Ă©culĂ© Ă©maillĂ© de situations dĂ©cousues (Ă  l'instar du procès intentĂ© au magicien en guise de culpabilitĂ©), le Monstre du Train rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  sortir son Ă©pingle du jeu de par sa scĂ©nographie restreinte allouĂ©e au chemin de fer superbement exploitĂ© lors du rĂ©veillon de la nouvelle annĂ©e. Qui plus est, afin d'y pimenter l'horreur ludique et sortir quelque peu des sentiers battus, le rĂ©alisateur nous caractĂ©rise habilement un tueur fou multiforme Ă  travers l'accoutrement de ses dĂ©guisements afin de mieux duper ses prochaines victimes (et le spectateur). Enfin, c'est la scream queen des eighties, Jamie Lee Curtis, qui endosse Ă  nouveau l'archĂ©type de la victime pourchassĂ©e par le maniaque avec un sens de bravoure pugnace vĂ©ritablement convaincant. Ainsi, en dĂ©pit d'une première demi-heure un peu languissante (se contenter d'observer les pitreries de jeunots en Ă©tat d'Ă©briĂ©tĂ© la veille du nouvel-an pendant qu'un magicien - David Copperfield himself - compose ses tours de prestige), la modeste sĂ©rie B finit par prendre son envol au fil du troisième homicide.


C'est Ă  dire au moment oĂą le conducteur de train (le vĂ©tĂ©ran Ben Johnson se livre avec probitĂ©) s'aperçoit que deux crimes ont Ă©tĂ© sauvagement perpĂ©trĂ©s et lorsque Alana (Jamie Lee Curtis) prĂ©sage le danger en Ă©troit rapport avec une rĂ©miniscence intrinsèque. Pour ce faire, le prologue nous eut averti qu'Ă  la suite d'une macabre blague de potache initiĂ©e de son grĂ©, un jeune puceau timorĂ© se retrouva finalement internĂ© en cellule psychiatrique pour raison traumatique. Trois ans plus tard, celui-ci refoulĂ© dĂ©cide ainsi d'accomplir sa vengeance auprès de ses anciens camarades, accoutrĂ©s pour l'occasion festive de masques de carnaval dans l'enceinte d'un train. Sur ce dernier point, Roger Spottiswoode exploite donc Ă  bon escient le cadre restreint de ces compartiments si bien qu'un effet de claustration nous est habilement rendu. Les courses poursuites amorcĂ©es Ă  travers les corridors et les altercations en interne des chambres provoquant d'autre part une certaine angoisse en dĂ©pit de quelques incohĂ©rences tĂ©lĂ©phonĂ©es (telle cette victime prĂ©alablement apprĂ©hendĂ©e par les pieds et n'apportant ensuite aucune rĂ©sistance au meurtrier après avoir rĂ©ussi Ă  s'en dĂ©pĂŞtrer). Toujours affublĂ© d'un dĂ©guisement distinct, notre tueur insuffle notamment une petite tension paranoĂŻde auprès des voyageurs toujours plus contrariĂ©s par sa prĂ©sence insidieuse ! D'ailleurs, le final haletant entamĂ© avec Alena nous accorde un rebondissement inopinĂ© vis Ă  vis de sa supercherie d'y duper Ă  nouveau son entourage sous un habile camouflage !


Psycho killer mineur au sein de la dĂ©cennie 80, Le Monstre du Train reste toutefois suffisamment efficace, sympathique, atmosphĂ©rique et donc quelque peu ombrageux pour contenter l'amateur en dĂ©pit d'une première partie un tantinet infĂ©conde. La prĂ©sence lascive de Jamie Lee Curtis, l'utilisation amusĂ©e de 2/3 jump scares, l'ambiance claustro rĂ©gie au sein du wagon et la manière habile dont le tueur protĂ©iforme est mis en Ă©vidence demeurant d'honorables ressources. 

*Bruno 
03.02.23. 4èx. vf
06.08.13. 

lundi 5 août 2013

MUD - Sur les rives du Mississipi

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site collider.com

de Jeff Nichols. 2012. U.S.A. 2h15. Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Witherspoon, Sarah Paulson, Ray McKinnon, Sam Shepard, Michael Shannon.

Sortie salles France: 1er Mai 2013. U.S: 26 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Jeff Nichols est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 7 dĂ©cembre 1978 Ă  Little Rock, Arkansas (Etats-Unis). 2007: Shotgun Stories. 2011: Take Shelter. 2012: Mud.


Un an après son coup de maĂ®tre Take Shelter, Jeff Nichols nous revient avec un drame naturaliste sur fond de thriller intense oĂą les thèmes de l'amour et de la paternitĂ© sont mis en exergue parmi le tĂ©moignage candide d'un adolescent en quĂŞte de repère. Le PitchDeux adolescents dĂ©couvrent la prĂ©sence d'un vagabond armĂ© aux abords du fleuve du Mississippi. Afin de se justifier, il leur explique qu'il fut contraint d'occire un homme pour protĂ©ger sa dulcinĂ©e. Quelque peu dubitatifs, Ellis et Neckbone finissent par se laisser convaincre et dĂ©cident de lui prĂŞter main forte afin de pouvoir rĂ©parer un bateau pour sa prochaine escapade. A travers une photo immaculĂ©e transcendant la beautĂ© naturelle du Mississippi (couchers de soleil crĂ©pusculaires Ă  l'appui !), Mud nous retrace le destin d'un fugitif Ă  bout de course et l'initiation d'un gamin sur le fondement de l'amour. Ainsi, de par ces deux personnages Ă  la complicitĂ© amicale davantage tangible, Jeff Nichols dĂ©veloppe leur Ă©tat d'âme dans une logique de sentiments et de paternitĂ©. Si bien qu'ici, outre l'Ă©tude caractĂ©rielle de deux hĂ©ros en proie Ă  l'incertitude, on nous Ă©voque la dĂ©sillusion amoureuse du point de vue du père d'Ellis (il est sur le point de se sĂ©parer de son Ă©pouse), de la maĂ®tresse de Mud (en pleine remise en question !) et d'un solitaire dĂ©cati au passĂ© conjugal revers (le faux père de Mud est devenu depuis un loup solitaire aigri). 


Le thème central du film est donc directement imparti Ă  la valeur inhĂ©rente de l'Amour au sein du couple mais auquel le mensonge, l'incommunicabilitĂ© et la tromperie peuvent tout remettre en cause. Terriblement dĂ©pitĂ© de devenir le futur rejeton d'un divorce, et dans un dĂ©sir d'identification paternelle, l'adolescent Ellis tentera alors de prĂ©server les liens amoureux qui unissent Mud et Juniper. De son cĂ´tĂ©, notre fugitif libertaire s'efforce de ranimer son destin vers de nouveaux horizons pour longer l'immensitĂ© d'un fleuve reculĂ© (la dernière image mĂ©taphorique est sur ce point d'une intensitĂ© Ă©motionnelle bouleversante !). Sans jamais cĂ©der aux bons sentiments lacrymaux, Jeff Nichols aborde tous ces motifs dans la vĂ©ritĂ© humaine car ils mettent en exergue la densitĂ© fragile de protagonistes compromis d'incertitude et de doutes mais aussi d'espĂ©rance et de rĂ©demption. Avec autant de vĂ©ritĂ© psychologique pour les rĂ´les secondaires, le rĂ©alisateur nous Ă©voque notamment le thème de la responsabilitĂ© parentale lorsqu'un père intĂ©griste un peu trop drastique se refuse Ă  tolĂ©rer un peu plus de compassion et d'Ă©quitĂ© envers la parole du rejeton. La dĂ©mission parentale est aussi illustrĂ©e Ă  travers le portrait du jeune Neckbone, orphelin Ă©levĂ© par son oncle, puis Mud, marginal prĂ©alablement dĂ©savantagĂ© d'une enfance solitaire et livrĂ©e aux lois d'une nature hostile, car survivant miraculĂ© d'une morsure de reptile. Au delĂ  de sa grande force Ă©motionnelle, Mud se confronte Ă©galement Ă  l'intensitĂ© expansive du thriller oĂą le suspense est savamment dosĂ© jusqu'Ă  son apothĂ©ose. Principalement lors de son ultime demi-heure haletante oĂą l'issue de nos personnages s'avèrent des plus alĂ©atoires de par les Ă©changes de tirs cinglants.


En directeur d'acteur innĂ©, Jeff Nichols aiguille ces comĂ©diens avec une pudeur confondante (mentions pour l'Ă©corchĂ© Matthew McConaughey tout en constance et surtout le jeune Tye Sheridan, Ă©poustouflant dans un jeu prĂ©venant et circonspect alors qu'il s'agit de son 2è rĂ´le Ă  l'Ă©cran !). C'est ce qui fait tout la puissance de Mud dont le lyrisme poĂ©tique renvoie au cinĂ©ma de Mallick afin d'y transcender ici une relation charnelle entre la nature environnante et la candeur Ă©perdue de l'amour (qu'elle soit d'ordre conjugale ou parentale). Poignant et bouleversant, du cinĂ©ma Ă©motif Ă  son acmĂ© !

05.08.13
Bruno Matéï


jeudi 1 août 2013

Magic Magic

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site -films.ws

de Sebastian Silva. 2013. U.S.A. 1h37. Avec Juno Temple, Emily Browning, Michael Cera, Catalina Sandino Moreno, Agustin Silva.

Sortie salles France: 28 Août 2013 (23 Mai 2013 au Festival de Cannes). U.S: 22 Janvier 2013

FILMOGRAPHIE: Sebastian Silva est un réalisateur, scénariste et producteur chilien, né le 9 Avril 1979 à Santiago, Chilie. 2007: La vida me mata. 2009: La nana. 2010: Les vieux chats. 2013: Crystal Fairy. 2013: Magic magic.


Dans la lignĂ©e de RĂ©pulsions de Roman Polanski (pour l'ambiance schizo gĂ©nĂ©rĂ©e par un profil fĂ©minin taciturne) et du Locataire (pour les visions patibulaires d'un esprit monomane), Magic magic nous illustre le cas de conscience d'une jeune introvertie dĂ©logĂ©e en villĂ©giature avec quelques compagnons au sein d'une archipel du Chili. Alors que son entourage profite de leur sĂ©jour avec engouement, Alicia Ă©prouve de plus en plus de difficultĂ© Ă  se familiariser au groupe en escomptant l'arrivĂ©e de sa cousine. Cette virĂ©e champĂŞtre somme toute banale est le dĂ©but d'une lente descente aux enfers pour sa dĂ©chĂ©ance mentale inscrite dans une paranoĂŻa schizophrène. 
Au sein du cadre naturel d'une Ă®le clairsemĂ©e, le rĂ©alisateur Sebastian Silva nous plonge dans une ambiance feutrĂ©e particulièrement hermĂ©tique afin d'examiner l'introspection douloureuse d'une jeune fille timorĂ©e beaucoup trop fragile pour s'adapter Ă  l'environnement convivial de ses proches inconnus. Particulièrement sensible Ă  la faune environnante, celle-ci Ă©prouvera d'ailleurs un malaise viscĂ©ral auprès d'un de ses camarades...


Plus tĂ´t, Alicia fut dĂ©jĂ  Ă©prise de remord et de tristesse face Ă  l'abandon d'un chiot en pleine route bucolique. Ainsi, Ă  travers sa psychĂ© fragilisĂ©e d'anxiĂ©tĂ©, ses compagnons semblent exprimer railleries et condescendance Ă  son Ă©gard alors qu'un chien de garde trop agitĂ© endosse une menace de plus en plus ingĂ©rable. L'indĂ©niable empathie que l'on Ă©prouve pour cette fille persĂ©cutĂ©e et la manière sensitive dont le rĂ©alisateur y caractĂ©rise son Ă©tat de conscience nous plongent dans un drame intime oĂą malaise et anxiĂ©tĂ© aggripent nos Ă©motions avec acuitĂ©. En crescendo, et parmi l'aura hermĂ©tique d'une atmosphère d'Ă©trangetĂ©, Sebastian Silva nous confronte Ă  son ressenti paranoĂŻde vĂ©cu de l'intĂ©rieur. 
En victime persécutée d'affres démoniales, Juno Temple (Killer Joe) insuffle une sensibilité à fleur de peau pour nous retransmettre ses états d'âme rongés par la peur de l'autre et du vertige du vide, faute d'une solitude indissoluble. La densité humaine qu'elle y apporte nous inspire inévitablement une grande compassion face à son désarroi de sa maladie mentale. Cette intensité émotionnelle qui y émane est subtilement retranscrite par un réalisateur renonçant l'ombre du pathos pour mettre en avant la vérité humaine, comme celle de ces camarades.


Au seuil du vide
Baignant dans un climat naturel Ă  l'Ă©trangetĂ© ineffable et accentuĂ© de la discrĂ©tion du score ombrageux, Magic magic provoque une angoisse toujours plus expressive pour l'attention du spectateur toujours plus affectĂ© Ă  tĂ©moigner d'une dĂ©chĂ©ance mentale. Beaucoup d'entre vous trouveront d'ailleurs inĂ©quitable la manière dĂ©routante dont le cinĂ©aste s'entreprend d'y boucler son dĂ©nouement. Car selon nos croyances (comme celui du rituel de la magie), chacun pourra interprĂ©ter Ă  sa manière l'issue cathartique ou sacrificielle allouĂ©e Ă  la pathologie d'Alicia. Poignant et cauchemardesque, l'interprĂ©tation prĂ©gnante de Juno Temple se doit aussi d'ĂŞtre saluĂ©e pour l'expression intensive liĂ©e Ă  sa pudeur paranoĂŻaque. 

*Bruno
01.08.13


mercredi 31 juillet 2013

Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon). Oscar du Meilleur Scénario, 1975.

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers

de Sidney Lumet. 1975. U.S.A. 2h04. Avec Al Pacino, John Cazale, Penelope Allen, Charles Durning, Chris Sarandon, James Broderick.

Sortie salles France: 30 Janvier 1976. U.S: 21 Septembre 1975

Récompenses: Oscar du Meilleur Scénario Original, 1975
LAFCA du Meilleur film, 1975
National Film Preservation Board en 2009 (pour conservation à la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis).

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York. 1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.


D'après un fait divers risible survenu le 22 AoĂ»t 1972 Ă  Brooklyn, Un après-midi de chien nous relate les bĂ©vues de deux braqueurs de banque ayant pris en otage 9 fonctionnaires durant 12 heures puis rapidement encerclĂ©s par les forces de l'ordre faute de leur incompĂ©tence. AussitĂ´t, mĂ©dias, journalistes et badauds s'en mĂŞlent pour se rĂ©unir autour de l'Ă©tablissement afin d'assister Ă  la mascarade la plus saugrenue de l'histoire de la criminalitĂ© ! Si bien que la prise d'otage vire ici Ă  une vĂ©ritable farce lorsque la population dĂ©chaĂ®nĂ©e s'autorise Ă  aduler la renommĂ©e du leader Ă©pris d'un Ă©lan contestataire envers la sociĂ©tĂ©.Avec un rĂ©alisateur aussi confirmĂ© que Sidney Lumet et la prĂ©sence indĂ©fectible deux acteurs au sommet de leur talent (Al Pacino et John Cazale forment un duo atypique de par leur complicitĂ© pataude et contrariĂ©e), Un Après-midi de chien dresse un tableau peu reluisant d'une sociĂ©tĂ© rĂ©pressive dont la mutinerie d'Attica rĂ©sonne tel un Ă©cho. Pour mĂ©moire, au sein de cette cĂ©lèbre prison, un soulèvement de prisonniers de nationalitĂ© majoritairement noire causèrent la mort de 29 d'entre eux contre 10 gardiens. C'est ce que clame Ă  la foule excitĂ©e Al Pacino, alias Sonny Wortzik, père de famille de deux enfants en pleine crise conjugale du fait de son idylle homosexuelle avec un homme. La raison invoquĂ©e de son braquage ? Pouvoir s'approprier une somme consĂ©quente afin de permettre une opĂ©ration chirurgicale (un changement de sexe) Ă  son amant !


Ainsi, avec un souci de vĂ©ritĂ© documentĂ©, Sidney Lumet soulève donc ici une question d'Ă©thique lorsque les services d'ordre (ici le FBI) envisagent de supprimer sans sommation un malfrat potentiellement parano et imprĂ©visible afin de sauvegarder la survie des otages. Sur ce point, le point d'orgue dramatique s'avère d'une cruautĂ© particulièrement amère quant Ă  la mĂ©thode expĂ©ditive empruntĂ©e au FBI afin de neutraliser le malfrat le plus instable. A la misère sociale scrupuleusement analysĂ©e (nous saurons tout de l'existence misĂ©ricorde que mène Sonny avec sa femme intarissable, son amant dĂ©pressif et sa mère obtus si bien que les forces de l'ordre les feront intervenir devant l'Ă©tablissement ou en interview mĂ©diatique), le rĂ©alisateur y introduit une bonne dose de dĂ©rision corrosive pour y caricaturer ce microcosme sociĂ©tal et mettre en exergue la situation alerte de marginaux au bout du rouleau. Cette dimension humaine impartie Ă  l'utopie de ces deux paumĂ©s Ă©cervelĂ©s et ce degrĂ© d'authenticitĂ© allouĂ© au cinĂ©ma vĂ©ritĂ© nous immergeant de plein fouet Ă  travers leur prise de conscience dĂ©pressive (prioritairement l'intimitĂ© nĂ©vralgique de Sonny). Ou comment deux chĂ´meurs sans repères en Ă©taient venus Ă  accomplir un acte aussi suicidaire que burnĂ© !


De par sa mise en scène virtuose d'une belle rigueur et le jeu criant de vĂ©ritĂ© des pieds nickelĂ©s Ă  l'humanisme torturĂ©, Un après midi de chien nous confronte Ă  un grand moment de cinĂ©ma pour relater la dĂ©rision d'un fait-divers impayable. En guise d'anecdote historique, après avoir purgĂ© une peine de 20 ans de rĂ©clusion, le leader du braquage (de son vrai nom, John Wojtowicz), reçu 7 500 dollars et 1 % des bĂ©nĂ©fices du film afin d'accorder des droits de son histoire. 

*Bruno
31.07.13. 3èx


mardi 30 juillet 2013

GENERATION PERDUE (The Lost Boys)

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywoodgothique.com

de Joel Schumacher. 1987. U.S.A. 1h37. Avec Jason Patric, Corey Haim, Kiefer Sutherland, Corey Feldman, Jamison Newlander, Jami Gertz, Edward Herrmann.

Sortie salles France: 13 Janvier 1988. U.S: 31 Juillet 1987

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 29 Août 1939 à New-York.
1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St Elmo's Fire. 1987: Génération Perdue. 1989: Cousins. 1990: l'Expérience Interdite. 1991: Le Choix d'Aimer. 1993: Chute Libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de Tuer ? 1997: Batman et Robin. 1999: 8 mm. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000: Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le Fantôme de l'Opéra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction. 2013: House of Cards. Prochainement: Breaking News.


Conçu Ă  la base comme un divertissement pour ados, GĂ©nĂ©ration Perdue rĂ©ussit Ă  dĂ©passer son simple statut de commande grâce Ă  la modernitĂ© de sa variation vampirique plutĂ´t rock and Roll. Si bien qu'en l'occurrence, nos vampires se caractĂ©risent par de jeunes marginaux au look rebelle, profitant de leur Ă©ternelle jeunesse dans une insouciance libertaire. PhĂ©nomène culte chez les gĂ©nĂ©rations 80 et 90 rehaussĂ© d'un succès d'estime en salles, GĂ©nĂ©ration Perdue semble dĂ©fier les alĂ©as du temps tant il prĂ©serve encore aujourd'hui la mĂŞme fraĂ®cheur par le biais de son ambiance crĂ©pusculaire de fĂŞte foraine. Lucy Emmerson et ses deux jeunes fils dĂ©barquent dans la demeure familiale de son père en Californie. Durant une soirĂ©e estivale, l'aĂ®nĂ© fait la rencontre de la ravissante Star, une jeune fille tributaire d'un groupe de rebelles de sinistre renommĂ©e. LittĂ©ralement sous le charme, cette rencontre inopinĂ©e va totalement bouleverser la vie de Michael quand celui-ci va devoir se mesurer aux dĂ©fis dĂ©lĂ©tères que lui propose David, leader du clan. De retour chez lui, Michael semble souffrir du syndrome du vampire. Soutenu par une bande son rock endiablĂ©e et le fameux thème planĂ©taire "Cry Little Sister", GĂ©nĂ©ration Perdue condense une foule de qualitĂ© esthĂ©tiques et techniques pour sĂ©duire le spectateur avec un ton original pour l'Ă©poque.


Pour redorer du sang neuf au thème vampirique et ainsi convaincre la nouvelle gĂ©nĂ©ration, Joel Schumacher s'emploie Ă  dĂ©tourner certains codes et dĂ©cors archaĂŻques (telle la manière dont les vampires sont contraints de sommeiller, leur façon de se dĂ©placer dans les airs et de s'agripper aux victimes, mais aussi leur tanière confinĂ©e sous une grotte au dĂ©corum de flibustier) et les exploitent dans un contexte moderne de festivitĂ©s oĂą la jeunesse en villĂ©giature s'Ă©panouie chaque nuit d'Ă©tĂ©. Soin formel d'une photographie flamboyante, rĂ©alisation alerte fourmillant de trouvailles visuelles, action trĂ©pidante influencĂ©e par la bande dessinĂ©e (trois de nos fervents lecteurs vont reproduire les armes de combat et s'inspirer de certaines règles de conduite entrevues dans leur revue afin de dĂ©masquer le chef des vampires !), point d'orgue très spectaculaire (on se surprend aussi de la qualitĂ© des fx explosifs !) et surtout Ă©tude caractĂ©rielle d'adolescents dĂ©brouillards, redoublant de pugnacitĂ© pour contrecarrer l'hostilitĂ© des vampires. L'Ă©tonnante rĂ©ussite du film est notamment impartie au caractère crĂ©dible des enjeux de l'histoire. Sans jamais sombrer dans le ridicule, les pĂ©ripĂ©ties que nos hĂ©ros juvĂ©niles perpĂ©tuent avec bravoure et audace sont Ă©tablies dans une Ă©thique de respect pour les valeurs familiales et la sauvegarde d'un amour en perdition (la relation romanesque de Michael et Star est compromise par leur statut de demi-vampire !). Le jeu naturel de chacun des comĂ©diens (Kiefer Sutherland, absolument dĂ©lectable dans le rĂ´le insidieux du vampire intraitable, Jami Gertz se rĂ©vèle devant nos yeux avec une beautĂ© sensuelle ensorcelante et Jason Patric insuffle une prĂ©sence charismatique quasi animale !) renforce inĂ©vitablement son capital attachant. Qui plus est, les seconds rĂ´les attribuĂ©s aux ados dĂ©gourdis ne font jamais preuve d'outrance et de trivialitĂ© dans leurs agissements utopiques car ils tĂ©moignent d'une naĂŻvetĂ© humaine spontanĂ©e.


Sous l'Ă©gide d'un rĂ©alisateur aussi inĂ©gal et impersonnel, GĂ©nĂ©ration Perdue avait de quoi sombrer dans le produit aseptique pour rapidement prendre la poussière d'une relique. Mais grâce Ă  la probitĂ© de Schumacher, ce divertissement artisanal pĂ©tri de fraĂ®cheur, de fantaisies, d'actions fantastiques et de romance transcende l'ornière. Son irrĂ©sistible pouvoir de sĂ©duction Ă©manant notamment des Ă©treintes charnelles des amants Ă©ternels nous Ă©panouissant au rythme du tube lyrique "Cry Little Sister" de Gerard McMann !

30.07.13. 4èx
Bruno Matéï

vendredi 26 juillet 2013

L'ASCENSEUR (De Lift). Grand Prix Ă  Avoriaz 1984.


                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Dick Maas. 1983. Hollande. 1h35. Avec Huub Stapel, Willeke van Ammelrooy, Josine van Dalsum, Liz Snoyink, Wiske, Sterringa, Huib Broos, Pieter Lutz, Paul Gieske.

Sortie salles France: 22 Février 1984. U.S: 4 Juillet 1985

FILMOGRAPHIE: Dick Maas est un scénariste, réalisateur, producteur et compositeur hollandais né le 15 Avril 1951 à Heemstede (Pays-Bas). 1977: Picknick. 1977: Adelbert. 1981: Rigor Mortis. 1983: L'Ascenseur. 1986: Les Gravos. 1988: Amsterdamned. 1992: Flodder in Amerikia ! 1995: Les Lavigueur 3: le retour. 1999: Issue de secours. 2001: L'Ascenseur, niveau 2. 2003: Long Distance. 2004: Zien (video). 2010: Saints.


En 1984, une petite production hollandaise d'un jeune rĂ©alisateur mĂ©connu dĂ©croche le prestigieux Grand Prix au Festival d'Avoriaz. Bien que dĂ©criĂ© par la plupart des cinĂ©philes qui auraient plutĂ´t privilĂ©giĂ© des oeuvres plus probantes comme Christine, Dead Zone (mĂŞme s'il se voit dĂ©cerner 3 prix secondaires !) ou encore le Dernier Testament, l'Ascenseur trouve quand mĂŞme son public dans les salles obscures si bien qu'il remporte un joli succès commercial. Cet engouement inattendu pour cette sĂ©rie B modeste est surtout favorisĂ© par l'originalitĂ© de son concept lorsque l'ascenseur d'un immeuble rĂ©sidentiel commet des actes meurtriers envers les quidams infortunĂ©s. Cette idĂ©e saugrenue, voire ridicule, est pourtant sauvĂ©e par l'ironie macabre du cinĂ©aste multipliant incidents meurtriers dans un sens effrĂ©nĂ© de l'efficacitĂ© alliĂ© Ă  son thème alarmiste: la technologie organique. A l'instar de cet aveugle trĂ©buchant maladroitement dans le vide après avoir appuyĂ© sur le bouton pour se rendre Ă  l'Ă©tage dĂ©sirĂ©. Ou encore lorsque le gardien se retrouve la tĂŞte coincĂ©e entre deux volets d'ascenseur alors que la cage commence subitement Ă  descendre pour lĂ  lui arracher ! Il y a aussi une autre sĂ©quence anxiogène de par son climat claustrophobe quand deux couples Ă©mĂ©chĂ©s vont se retrouver piĂ©gĂ©es dans l'enceinte de l'ascenseur pour y ĂŞtre asphyxiĂ©s.


Le scénario délirant (il y est question de micro puces douées de vie organique se régénérant d'après la machine d'un ordinateur !) s'attache donc à nous décrire l'investigation d'un dépanneur et d'une journaliste, déterminés à résoudre la mystérieuse défaillance technique empêchant la fonctionnalité ordinaire d'un ascenseur. Outre l'inanité des rapports conjugaux entre le héros et sa femme (leur mésentente s'avère peu crédible lorsque le mari impassible tente de lui réfuter son adultère avec sa collègue journaliste), le film véhicule un intérêt constant pour escompter la résolution d'une énigme débridée pointant du doigts les dangers de technologies innovantes. Sur ce point, on peut d'ailleurs souligner l'avant-garde de son thème d'anticipation si bien qu'il préfigure l'inoculation des puces électroniques en interne du corps humain (aujourd'hui l'identification d'un animal domestique peut-être imprimée sous la peau). On peut aussi évoquer dans un avenir proche les nouvelles lois envisageables auquel les puces seraient imposées dans le corps humain pour déjouer la progression d'une maladie (ce qu'évoque l'un des protagonistes lors de son analogie avec les puces organiques !).


De par son concept insensĂ© et le caractère Ă  la fois modeste et attachant des protagonistes, l'Ascenseur constitue une sĂ©rie B ludique dont le savoir-faire technique du rĂ©alisateur (les sĂ©quences chocs inventives, intenses et sardoniques se succèdent brillamment avec un sens du cadrage) renforce son capital irrĂ©sistiblement bonnard. 

RĂ©compenseGrand Prix au Festival du Film Fantastique d'Avoriaz en 1984

*Bruno
26.07.13.
6èx