mercredi 14 août 2013

La Promise / The Bride

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flickfacts.com

de Franc Roddam. 1985. Angleterre. 1h58. Avec Sting, Jennifer Beals, Anthony Higgins, Clancy Brown, David Rappaport, Geraldine Page, Cary Elwes.

Sortie salles France: 4 Septembre 1985. U.S: 16 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Franc Roddam est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 29 Avril 1946.1977: Dummy (télé-film). 1979: Quadrophenia. 1983: La Loi des Seigneurs. 1985: La Promise. 1988: War Party. 1991: K2, l'ultime défi.


"Un attachant conte romantique injustement oublié, pour ne pas dire parfois méprisé. Et c'est bien dommage tant la déclinaison demeure rigoureusement sincère et sensuelle."
DĂ©clinaison de la FiancĂ©e de Frankenstein, la Promise est un joli conte romantique hĂ©las restĂ© dans l'oubli depuis sa sortie au milieu des annĂ©es 80. Avec, en tĂŞtes d'affiche, le chanteur Sting et la dĂ©butante Jennifer Beals (rĂ©vĂ©lĂ©e 2 ans au prĂ©alable dans Flashdance), il y avait de quoi rester dubitatif Ă  l'annonce de cette rĂ©actualisation d'un des plus cĂ©lèbres mythes de l'Ă©pouvante. Et pourtant, avec une certaine ambition esthĂ©tique et une volontĂ© narrative de se dĂ©marquer du roman de Mary Shelley, le britannique  Franc Roddam rĂ©alise un divertissement particulièrement attachant autour de ces protagonistes molestĂ©s, vĂ©ritables moteurs du rĂ©cit. Le PitchAlors que le baron Frankenstein vient de crĂ©er une compagne pour sa crĂ©ature, une violente altercation s'ensuit entre les deux hommes suite Ă  une trahison. Durant cette confrontation, un incendie se propage au sein du laboratoire permettant Ă  la crĂ©ature de s'Ă©chapper dans la nature. Sur son chemin bucolique, il sympathise avec un nain avec qui il dĂ©cide de collaborer pour pouvoir travailler dans un cirque. Pendant ce temps, la promise dĂ©couvre les joies de l'existence en s'Ă©duquant auprès des enseignements du docteur. Mais un jeune dom Juan commence Ă  s'intĂ©resser Ă  cette jolie inconnue venue de nulle part. Photo Ă©clatante, costumes Ă©lĂ©gants, dĂ©cors d'architecture grandioses rĂ©gis autour d'une magnifique nature verdoyante du Sud de la France, La Promise s'alloue d'un soin formel pour nous sĂ©duire avec cette nouvelle confrontation entre un Baron condescendant et ses deux crĂ©atures modèles. Dans un premier temps, le rĂ©alisateur s'attache Ă  nous dĂ©crire le cheminement indĂ©cis du monstre rapidement Ă©paulĂ© d'un nain affable avec qui il amorcera une complicitĂ© amicale. Toutes les sĂ©quences oĂą nos deux compagnons sont solidaires de leur commune confiance sont soigneusement illustrĂ©es avec un sens pittoresque et chaleureux (le feu de camp autour du poulet grillĂ©, la beuverie dans l'auberge, les reprĂ©sentations du numĂ©ro de trapèze) mais aussi dramatique pour leurs mĂ©saventures Ă  venir (leur sĂ©paration prĂ©visible s'avĂ©rant poignante) avec un patron de cirque sans scrupule. 


Bien qu'en parallèle, d'une sĂ©quence Ă  l'autre, nous suivons Ă©galement l'apprentissage d'Eve, la nouvelle crĂ©ature entretenue par un Frankenstein enseignant, adepte d'une Ă©ducation inscrite dans l'indĂ©pendance fĂ©ministe. Une idĂ©ologie contradictoire si bien que le rĂ©alisateur nous caractĂ©rise ensuite un baron autoritaire particulièrement jaloux et terriblement possessif depuis qu'un don Juan eut dĂ©cidĂ© de courtiser sa jeune promise. A travers ce rĂ´le antagoniste, Sting s'emploie avec cynisme Ă  exprimer le plus naturellement ses sentiments orgueilleux dans une silhouette angĂ©lique hautaine (visage pastel et chevelure dorĂ©e). Peut-ĂŞtre le plus grand rĂ´le de sa carrière. En crĂ©ature soumise mais toujours plus frondeuse, Jennifer Beals s'approprie son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ© d'une sensualitĂ© immaculĂ©e en abordant un jeu contestataire pour  y dĂ©fendre son autonomie existentielle impartie au fĂ©minisme. Enfin, le robuste Clancy Brown se camoufle sous l'apparence du monstre avec un maquillage modĂ©rĂ© afin d'y reprĂ©senter sa physionomie discrètement difforme. La encore, on se laisse facilement convaincre par ses expressions dociles mises en valeur par un jeu de mime jamais ridicule. Il faut le souligner. Par consĂ©quent, autour de ce trio infortunĂ©, Franc Roddam parvient Ă  nous brode un conte fantastique oĂą la romance occupe une place de choix (la quĂŞte amoureuse et dĂ©sespĂ©rĂ©e de la crĂ©ature pour la promise) mais auquel l'autoritĂ© d'hommes Ă©goĂŻstes, machistes, perfides (le baron dictateur et le sĂ©ducteur usurpateur) vont venir compromettre sa nature virginale. A la rĂ©solution finale, on s'Ă©tonne du happy-end prodiguĂ© par le rĂ©alisateur tout en  approuvant l'audace de son souffle romantique (jamais sirupeux) impartie Ă  deux crĂ©atures candides auquel l'apparence ne dispose plus d'intĂ©rĂŞt.


Soigneusement mis en scène (l'anthologie spectaculaire accordĂ©e au prĂ©lude), formellement poĂ©tique (la festivitĂ© du bal de confettis confine au sublime, aussi concise soit-elle) et largement privilĂ©giĂ© de la prĂ©sence notable de comĂ©diens dirigeant la narration dans une psychologie torturĂ©e, La Promise  demeure indiscutablement sincère et attachant Ă  s'approprier le mythe en affichant les nobles valeurs de l'amour, de l'Ă©ducation et de la tolĂ©rance sur fond d'Ă©mancipation fĂ©minine. A redĂ©couvrir sans prĂ©jugĂ©. 

*Bruno
16.02.23. 4èx
14.08.13. 

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