vendredi 23 août 2013

The Conjuring

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de James Wan. 2013. U.S.A. 1h52. Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor, Ron Livingston, Mackenzie Foy, Shannon Kook-Chun, Joey King, Hayley McFarland.

Sortie salles France: 21 AoĂ»t 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIEJames Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


"Possession Ă  l’ancienne, peur Ă  vif".
Trois ans après l’Ă©patant Insidious, dĂ©clinaison Ă  peine voilĂ©e de Poltergeist, James Wan renoue avec l’Ă©pouvante acadĂ©mique des esprits frappeurs et de la possession, en rendant hommage cette fois-ci Ă  Amityville et L’Exorciste — foi catholique Ă  l’appui, en bonne et due forme. PrĂ©cĂ©dĂ© d’une rĂ©putation flatteuse avant mĂŞme sa sortie, The Conjuring s’Ă©rige sur un fait divers supposĂ©, rapportĂ© par les cĂ©lèbres enquĂŞteurs du surnaturel, Ed et Lorraine Warren. Ce couple de chasseurs de fantĂ´mes est cette fois appelĂ© Ă  la rescousse d’une famille en dĂ©tresse : les Perron, emmĂ©nagĂ©s dans une demeure poussiĂ©reuse rongĂ©e par une entitĂ© diabolique.

Ce pitch archĂ©typal, dĂ©clinaison directe du thème de la hantise, emprunte aux classiques du genre comme aux DTV les plus rances. Et pourtant. James Wan, passionnĂ© jusqu’au bout des ongles par les films de possession et de maisons maudites, s’Ă©vertue, avec intĂ©gritĂ© et ferveur, Ă  ressusciter la trouille sur grand Ă©cran. Ă€ l’instar du trĂ©pidant train fantĂ´me qu’Ă©tait Insidious, il ne recule pas devant l’usage de ficelles usĂ©es, mais les affine, les tend, les affĂ»te, jusqu’Ă  en faire des pièges redoutables.

ConcoctĂ©e Ă  partir d’une vieille formule — mĂŞme l’Ă©poque se cale sur les seventies ! — cette nouvelle mouture fonctionne Ă  tel point que l’on croit dur comme fer que la maison des Perron est infestĂ©e par le Diable lui-mĂŞme. La peur du noir, une porte qui grince ou claque, un saut dans le vide, trois claps de mains, un placard mesquin, des volatiles suicidaires, une poupĂ©e sardonique, une cave mortuaire… et surtout, surtout, une entitĂ© malĂ©fique dont on redoute la moindre rĂ©surgence. Et ça marche. Ă€ la perfection.

Pour asseoir son rĂ©cit surnaturel, James Wan prend d’abord le temps d’humaniser ses protagonistes : il peaufine la vie conjugale des Perron, mais aussi celle des Warren. Il cultive une empathie viscĂ©rale pour cette famille harcelĂ©e par l’invisible, et creuse en parallèle les liens affectifs qui unissent le couple d’exorcistes. La sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, empreints d’une fragilitĂ© contenue, confère Ă  l’ensemble une humanitĂ© touchante — les enfants, notamment, sont admirables de justesse dans leur peur nue. Ă€ tel point qu’on en vient, au fil du rĂ©cit, Ă  Ă©prouver une Ă©motion poignante Ă  l’idĂ©e de leur destin vacillant.

La crĂ©dibilitĂ© des personnages se double d’un volet quasi documentaire autour du couple Warren : James Wan crĂ©dibilise leur fonction avec force dĂ©tails, mĂŞlant images d’archives et foi catholique fervente. Leur manière de dissocier le vrai du faux, leur solidaritĂ© mutuelle face aux forces du Mal, leur connaissance des domaines occultes… tout cela renforce l’Ă©paisseur de leur rĂ´le. Jusqu’Ă  cette pièce secrète, oĂą s’entassent les objets maudits rĂ©coltĂ©s au fil des exorcismes — reliques du cauchemar ordinaire.

Si la première heure, parfois terrifiante, distille avec brio la suggestion d’une angoisse tapie dans l’ombre, la seconde bascule dans une intensitĂ© sensorielle presque insoutenable. La peur prend chair, se densifie, s’Ă©panche dans un crescendo de visions d’effroi culminant lors d’un exorcisme fiĂ©vreux et dĂ©sespĂ©rĂ©.


"Panique sacrée".
Grâce Ă  cette densitĂ© dramatique, James Wan signe avec The Conjuring un film d’Ă©pouvante d’une redoutable efficacitĂ©. Rigoureux, affolant, et d’une maĂ®trise technique Ă©clatante (plan-sĂ©quence d’ouverture, travellings aĂ©riens, cadrages alambiquĂ©s), il exploite Ă  merveille les recoins tĂ©nĂ©breux d’une bâtisse gothique, tout en convoquant de vĂ©ritables poussĂ©es d’angoisse — brutales, irrationnelles, jamais racoleuses. Car ici, on ne sait jamais d’oĂą viendra l’attaque. Ni qui sera la prochaine proie.

Pensé comme un train fantôme en guise de déclaration d'amour au film de possession et de demeures hantées, The Conjuring ne se repose jamais sur une vacuité mercantile. Il tient ses promesses. Et provoque une peur panique comme le cinéma horrifique nous en offre trop rarement. Un électrochoc spectral, orchestré avec foi et frisson.

*Bruno

La Chronique de The Conjuring 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/conjuring-2-le-cas-endfield…

02.06.25. 3èx. 4K Vost
24.08.13 (232)
20.06.16



                                       

Dead Silence

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site screen-play.fr

de James Wan. 2007. U.S.A. 1h31. Avec Ryan Kwanten, Amber Valleta, Donnie Wahlberg, Michael Fairman, Joan Heney, Bob Gunton, Laura Regan.

Sortie salles France: 21 Novembre 2007. U.S: 16 Mars 2007

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


Au 6è siècle avant J.-C., on croyait que les esprits des morts parlaient du ventre des vivants. 
Des mots latins VENTER: "ventre" et LOQUI: "parler" vient le mot VENTRILOQUE (ventriloquist)

"Dead Silence : la langue des morts".
Trois ans après le cultissime Saw, James Wan poursuit son sillon horrifique et rend hommage, cette fois, au conte d’Ă©pouvante avec Dead Silence. Un titre on ne peut plus juste : ici, pour survivre, il ne faut surtout pas crier… mais garder le silence.

Synopsis: Un couple reçoit un colis anonyme contenant une poupĂ©e ventriloque. Peu après, la femme est retrouvĂ©e morte, la langue arrachĂ©e. Jamie Nash, son Ă©poux, entame alors sa propre enquĂŞte, laquelle le ramène dans sa ville natale, lĂ  oĂą plane encore l’ombre de Mary Shaw, spectre vengeur qui terrorise les vivants.

Le premier Ă©loge Ă  faire au nouveau prodige de l’horreur, c’est l’Ă©clat esthĂ©tique de sa scĂ©nographie gothique, d’un raffinement classieux. PortĂ© par une photo dĂ©saturĂ©e tranchant avec un rouge rutilant, Dead Silence Ă©blouit : James Wan cisèle ses cadres avec une ambition picturale rare. Qu’il s’agisse d’un amphithéâtre flambant neuf ou tombĂ© en ruines, d’un cimetière diaphane, d’une bâtisse aux lignes mortuaires ou d’un village fantĂ´me, tout suinte la beautĂ© glaciale d’un cauchemar ancien.
Cette atmosphère sĂ©culaire d’une Ă©pouvante gothico-onirique captive d’autant plus que le pitch recycle habilement de vieilles ficelles — peur du noir, angoisse du mutisme — pour mieux les rĂ©inventer sous les traits d’une mĂ©gère flĂ©trie flanquĂ©e d’une poupĂ©e sardonique.

Ă€ l’image d’un prologue terrifiant, James Wan orchestre un montage fin, distillant l’apprĂ©hension d’un danger diffus et sculptant le silence avec une prĂ©cision sonore acĂ©rĂ©e. En jouant sur la peur enfantine de la poupĂ©e figĂ©e, il dĂ©clare son amour aux automates hagards, ici possĂ©dĂ©s par l’esprit vengeur de Mary Shaw. Dans un Ă©lan d’originalitĂ©, il revisite la figure du spectre maudit sous les traits d’une sexagĂ©naire hargneuse, dĂ©cidĂ©e Ă  faire taire Ă  jamais les enfants insolents en leur tranchant la langue.

Si Dead Silence parvient efficacement Ă  ressusciter une Ă©pouvante archaĂŻque, on peut peut-ĂŞtre se dĂ©solidariser de son Ă©pilogue, totalement dĂ©risoire. Un rebondissement faisant Ă©cho Ă  l’effet de stupeur dĂ©jĂ  invoquĂ© dans Saw, pour Ă  nouveau dĂ©coiffer le spectateur. Or, cet Ă©pilogue poursuit sa ligne de conduite narrative Ă  manipuler Ă  sa guise l'ultime victime telle un pantin dĂ©sarticulĂ©. 


"Le cri dans la gorge, le silence en héritage".
Efficacement troussĂ© dans une intrigue captivante et parsemĂ© de moments vĂ©ritablement effrayants — son prologue meurtrier, les apparitions de Mary Shaw, la première reprĂ©sentation de Billy devant un public suffoquĂ©, ou encore le final confinĂ© sous une tribune poussiĂ©reuse — Dead Silence joue avec une macabre dĂ©rision et un soin formel redoutable. Il orchestre avec brio le ballet sinistre entre silence oppressant et cri interdit.

*Bruno
09.06.25. 4èx. Vost
23.08.13. 

"Le bois grince, les ventres se taisent" — Dead Silence, James Wan (2007).
Il y a dans ce film quelque chose d’inhumainement froid. Un vide creusĂ© dans la bouche des morts. Un hurlement qu’on n’a pas entendu, mais dont l’Ă©cho racle encore les murs de nos nerfs.

James Wan, jeune architecte de cauchemars, dĂ©laisse ici les chaĂ®nes et les pièges de Saw pour bâtir un mausolĂ©e gothique, un théâtre du silence oĂą les morts parlent par l’intermĂ©diaire du bois poli et des yeux de verre. Dead Silence n’est pas un film qui crie. C’est un murmure humide. Une comptine que chuchotent les cercueils fermĂ©s.

Au cĹ“ur du rĂ©cit, Mary Shaw, spectre aux lèvres figĂ©es, fait de ses poupĂ©es les prolongements d’un traumatisme irrĂ©solu. Elle ne tue pas. Elle recompose, dĂ©coupe les corps pour mieux en faire des accessoires de théâtre. Elle sculpte les âmes avec la prĂ©cision d’un artisan maudit. Ses marionnettes sont des cercueils miniatures, des orphelins sans fils visibles.

Et Jamie, lui, traverse ce rĂ©cit comme un mort-vivant Ă©garĂ©. Son visage de veuf prĂ©maturĂ© se dĂ©compose Ă  mesure que les secrets remontent, que le passĂ© familial remonte par la trachĂ©e, comme une bile noire. La vĂ©ritĂ©, au fond, c’est que tout le monde est dĂ©jĂ  mort. Les vivants ne sont que des pantins avec un peu d’illusion dans les yeux.

Le théâtre abandonnĂ©, l’Ă©clairage au nĂ©on malade, les chambres vides, tout semble exsangue. La mise en scène respire par spasmes. Chaque plan est une crypte. Chaque coupe, un cercueil qui claque.

Et puis vient la fin. Le dernier retournement. Celui qui serre la gorge et laisse une brĂ»lure dans les amygdales. Le père mort depuis longtemps, manipulĂ© comme un pantin humain… Mary Shaw qui vit encore, parasite silencieux logĂ© dans une nouvelle hĂ´te. Alors Jamie crie. Et c’est ce cri — enfin — qui le condamne.

Dans ce monde-lĂ , ce n’est pas la mort qui tue, c’est le son.

Dead Silence, derrière sa trame de sĂ©rie B assumĂ©e, Ă©voque la transmission du mal comme un virus gĂ©nĂ©alogique, un poison logĂ© dans la langue. C’est un film hantĂ©, pas seulement par des fantĂ´mes, mais par les mots qu’on n’a pas su taire, les cris qu’on a laissĂ©s sortir. Un conte cruel pour adultes endormis.

Ne criez pas.

Elle écoute.


jeudi 22 août 2013

TONNERRE DE FEU (Blue Thunder)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de John Badham. 1983. U.S.A. 1h49. Avec Roy Scheider, Warren Oates, Candy Clark, Daniel Stern, Paul Roebling, David Sheiner, Joe Santos, Malcolm McDowell.

Sortie salles France: 17 Août 1983. U.S: 13 Mai 1983

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton.
1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.

"IL" EST LA...
Pilotant l'arme la plus redoutable jamais conçue...
Le "TONNERRE DE FEU" !
En son pouvoir, une caméra infra rouge voit au travers des murs de votre chambre.
Un micro enregistre toutes vos conversations intimes.
Et un canon électronique, magnum de 20 mm à six barillets, peut transformer votre quartier en un véritable enfer d'apocalypse.
Il vole, LA, juste au dessus de vous !
Et SEUL, un homme peut l'empêcher d'être utilisé contre vous.



RĂ©alisĂ© John Badham, briscard du cinĂ©ma de genre, Tonnerre de Feu fit grand bruit lors de sa sortie en salles en 1983 pour la facture ultra spectaculaire de son action explosive et l'idĂ©e singulière d'un appareil de filature façonnĂ© pour l'espionnage. D'après un scĂ©nario de Dan O'Bannon, le film s'approprie d'un argument d'anticipation afin de mettre en garde les dĂ©rives des technologies modernes et les nouveaux procĂ©dĂ©s de surveillance Ă  distance. En l'occurrence, John Badham imagine la conception rĂ©volutionnaire du Blue Thunder (en français: tonnerre bleue !). Un hĂ©licoptère ultra perfectionnĂ© apte Ă  espionner par camĂ©ra infrarouge Ă  travers les murs, Ă©couter et enregistrer les conversations indiscrètes Ă  l'aide d'un micro, et tirer Ă  canon Ă©lectronique sur n'importe quelle cible. Cette arme ultra moderne Ă©tant principalement conçue pour mieux dĂ©jouer la violence urbaine et le terrorisme de grande ampleur Ă  l'approche des jeux olympiques. Suite Ă  l'agression meurtrière d'une militante contre la dĂ©linquance, Spoil ! l'officier Frank Murphy va dĂ©couvrir que cet assassinat avait Ă©tĂ© prĂ©mĂ©ditĂ© par des dirigeants policiers et magistrats afin de vanter l'efficacitĂ© novatrice du Blue Thunder. Conscient de son utilisation illicite, Frank dĂ©cide de dĂ©rober l'appareil et tente de dĂ©voiler aux mĂ©dias une conspiration politique. Fin du Spoil.


Avec sa mise en scène virtuose dĂ©ployant des sĂ©quences homĂ©riques au souffle Ă©pique, Tonnerre de Feu coiffe au poteau la plupart des films d'action entrepris durant la dĂ©cennie 80. Et il faudra attendre le maĂ®tre Ă©talon du genre, Die Hard de John Mc Tiernan pour retrouver une telle efficacitĂ© narrative et surtout une ampleur visuelle dĂ©coiffante imputĂ©e Ă  sa pyrotechnie. Avec la prĂ©sence attachante de trois gueules burinĂ©es invĂ©tĂ©rĂ©es (Roy Scheider magnĂ©tise l'Ă©cran avec son traditionnel charme viril, Warren Oates lui donne la rĂ©plique avec retenue et Malcolm McDowell excelle Ă  les provoquer dans celui d'un traĂ®tre sarcastique !), John Badham possède un don innĂ© pour Ă©laborer un spectacle attractif Ă  partir d'une rĂ©flexion alarmiste sur la vidĂ©osurveillance. Car il faut bien le dire, l'aspect fascinant de son argument en revient tout autant Ă  la star charismatique du "Blue Thunder", engin aĂ©rien pourvu de gadgets indĂ©cents afin de prĂ´ner l'institution du "big brother". Il faut le voir se faufiler entre les buildings des citĂ©s urbaines pour contrecarrer moult poursuites endiablĂ©es parmi des avions de chasse ! A cet Ă©gard, durant ces 45 ultimes minutes, John Badham nous peaufine assidĂ»ment un spectacle ahurissant de haute voltige Ă  la technicitĂ© fluide (looping Ă  l'appui !). C'est simple, nous sommes vĂ©ritablement immergĂ©s dans la peau d'un pilote d'aĂ©ronef survolant en plein ciel sa trajectoire avec la souplesse d'une action virevoltante (chassĂ©s croisĂ©s avec rivaux qualifiĂ©s pourchassant Murphy Ă  l'aide de missiles orientĂ©s vers des tours d'immeubles !).


D'une efficacitĂ© optimale par sa densitĂ© narrative et sa puissance formelle, Tonnerre de Feu transcende le cinĂ©ma d'action sous l'impulsion d'un appareil de sĂ©curitĂ© anti-terroriste apte Ă  violer notre vie privĂ©e par le truchement de dissidents. Jouissif en diable, il demeure un grand spectacle de virtuositĂ© technique d'un rĂ©alisme rigoureux et Ă  la thĂ©matique visionnaire. 

22.08.13. 3èx
BM

mercredi 21 août 2013

THIRTEEN. Prix de la mise en scène à Sundance. Prix du Jury à Deauville.

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Catherine Hardwicke. 2003. U.S.A. 1h35. Avec Holly Hunter, Evan Rachel Wood, Nikki Reed, Jeremy Sisto, Brady Corbet, Kip Pardue, deborah Kara Unger.

Sortie salles France: 10 Décembre 2003. U.S: 21 Août 2003

FILMOGRAPHIE:  Catherine Hardwicke est une rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et chef dĂ©coratrice amĂ©ricaine, nĂ© en 1955 Ă  Cameron (Texas, Etats-Unis).
2003: Thirteen. 2005: Les Seigneurs de Dogtown. 2006: La Nativité. 2008: Twilight, chapitre 1. 2011: Le Chaperon Rouge. 2012: Plush.


Pour son premier long-mĂ©trage, la future rĂ©alisatrice du 1er tome de Twilight a entrepris avec Thirteen un vĂ©ritable coup de maĂ®tre en autopsiant l'adolescence en perdition face Ă  une Ă©ducation parentale atone. A cause d'une mauvaise influence, une jeune collĂ©gienne de 13 ans sombre dans la marginalitĂ© et la drogue devant l'impuissance de sa mère. FilmĂ© Ă  l'arrachĂ© dans un souci documentaire, Thirteen est une oeuvre forte d'une fragilitĂ© acerbe pour souligner le malaise existentiel d'une jeune adolescente prise au piège de la mauvaise influence d'une camarade de lycĂ©e. Ensemble, elles dĂ©cident de former un tandem d'allumeuses impertinentes pour draguer les beaux mâles du quartier tout en se livrant Ă  une vie dĂ©linquante en commettant divers larcins dans les boutiques friquĂ©es. Tatouages et piercings imprimĂ©s sur leur corps dans des dĂ©froques aguichantes, ces dernières s'entreprennent de brĂ»ler leur vie sous l'influence du sexe, de la drogue et de l'alcool !


Face au laxisme d'une mère aimante et attendrissante, sa fille Tracy en profite pour dicter sa loi et sa rébellion mais ne peut refréner ses scarifications commises sur son poignet, faute d'un malaise existentiel toujours plus ingérable et du manque affectif d'un paternel inexistant. Dépassée par les évènements, la mère démunie éprouve une impuissance grandissante à tenter de renouer les liens familiaux. Sans misérabilisme ni pathos, Catherine Hardwicke suit la pénible dérive de cette mère et la descente aux enfers de ces deux adolescentes avec un souci de réalisme ardu pour mettre en exergue la responsabilité parentale bannie de sa notion enseignante. Si Thirteen s'avère aussi froid et bouleversant, il le doit notamment au talent de ces comédiennes d'une justesse confondante. Pour incarner une mère instable desservie par un récent divorce, Holly Hunter apporte une gracile dimension humaine pour tenter de raisonner sa fille plongée dans la spirale de l'insouciance. Pétillante d'énergie mais aussi démunie par sa fragilité morale, Evan Rachel Wood insuffle une contrariété latente vibrante de vérité pour retranscrire son désarroi existentiel d'une crise adolescente face à l'influence peu recommandable de son acolyte. Nikki Reed lui partage donc la vedette avec sournoiserie et désinvolture afin de souligner son caractère inconscient d'allumeuse dévergondée.


Moi, Tracy F... 13 ans, droguée et scarifiée
OvationnĂ© et rĂ©compensĂ© dans divers festivals, Thirteen marche sur les traces d'un Larry Clark pour mettre en relief le difficile cap de l'adolescence (en l'occurrence, du point de vue fĂ©minin !), compromis entre la fascination de l'interdit, le dĂ©sir d'Ă©mancipation et l'influence des mauvaises frĂ©quentations. Il en ressort une oeuvre bouleversante faisant office de vĂ©ritable documentaire pour souligner l'introspection douloureuse d'une adolescente en crise existentielle, tout en s'attardant sur la remise en question parentale. 

21.08.13.
2èx

Récompenses: Prix de la mise en scène au Festival de Sundance.
LĂ©opard d’argent au Festival de Locarno, 2003.
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville.
Prix spécial décerné à Evan Rachel Wood pour sa prestation dans le film en 2003 au Bratislava International Film Festival

lundi 19 août 2013

The Woods

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chuckpalahniuk.net

de Lucky McKee. 2006. U.S.A. 1h30. Avec Agnes Bruckner, Patricia Clarkson, Rachel Nichols, Lauren Birkell, Bruce Campbell, Emma Campbell, Marcia Bennett.

Sortie salles Amsterdam: 24 Avril 2006. Canada: 3 octobre 2006

FILMOGRAPHIELucky Mc Kee est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 1er Novembre 1975 Ă  Jenny Lind (Californie). 2002: All Cheerleaders Die (court). May. 2006: Master of Horror (un Ă©pisode). The Woods
2008: Red. Blue Like You. 2011: The Woman.


Ă€ l’Ă©poque, on attendait au tournant le second film de Lucky McKee, rĂ©alisateur du coup de maĂ®tre May, poème noir littĂ©ralement bouleversant. InĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, The Woods renoue avec la tradition d’un fantastique vintage assumĂ©, privilĂ©giant une atmosphère d’Ă©trangetĂ© pleinement tangible, sous la mainmise d’une Ă©tude caractĂ©rielle d’antagonistes particulièrement hostiles.

Le pitch : en 1965, sous l’autoritĂ© de parents autoritaires, une jeune fille est envoyĂ©e dans un pensionnat isolĂ©. Très vite, d’Ă©tranges disparitions frappent certaines pensionnaires, tandis que la forĂŞt avoisinante semble habitĂ©e par une prĂ©sence malĂ©fique.

Joliment photographiĂ© dans un monochrome soignĂ© et superbement Ă©clairĂ©, McKee façonne un conte horrifique teintĂ© d’influences Ă©videntes : Carrie (humiliation, harcèlement, pouvoirs surnaturels, perte de l’innocence) et Suspiria (hiĂ©rarchie castratrice de sorcières, Ă©tablissement fĂ©minin anxiogène, cheminement tortueux de l’hĂ©roĂŻne chrysalide, lait empoisonnĂ©). Autant de rĂ©miniscences intĂ©grĂ©es toutefois Ă  une ambition plus personnelle, centrĂ©e sur la thĂ©matique du sortilège.


L’aspect fascinant et onirique Ă©mane de l’esthĂ©tique tĂ©nĂ©breuse d’une forĂŞt hostile et d’un internat gouvernĂ© par l’autoritĂ© perfide d’institutrices inquiĂ©tantes. Sur ce point, le rĂ©alisateur choisit avec justesse trois comĂ©diennes au charisme redoutable : des sexagĂ©naires longilignes, drapĂ©es d’une Ă©lĂ©gance hautaine, vouĂ©es au sacrifice de jeunes internes au nom d’une divinitĂ© vĂ©gĂ©tale.

PortĂ© par la prestance renfrognĂ©e d’Agnes Bruckner, The Woods dĂ©crit le cheminement indĂ©cis de son hĂ©roĂŻne entre l’amitiĂ© d’une souffre-douleur, la tyrannie d’une Ă©lève Ă©gotiste et la soumission imposĂ©e par des enseignantes impĂ©tueuses. DotĂ©e d’un don extralucide rĂ©vĂ©lĂ© par ses songes et de pouvoirs inexpliquĂ©s - jusqu’Ă  la lĂ©vitation d’objets - la jeune pensionnaire semble peu Ă  peu se compromettre dans les rites diaboliques d’une communautĂ© obscure.

Si le film se rĂ©vèle tour Ă  tour inquiĂ©tant, palpable, fascinant et envoĂ»tant dans son approche psychologique, et s’il sait instaurer une rĂ©elle intensitĂ© dramatique, son final bâclĂ© et expĂ©ditif, manifestement imposĂ© par les producteurs, l’empĂŞche hĂ©las d’accĂ©der au statut de rĂ©fĂ©rence. Pour autant, reste une conclusion horrifique voilĂ©e et spectaculaire, loin d’ĂŞtre dĂ©shonorante ou nĂ©gligeable, surtout Ă  la revoyure.


Ainsi, si The Woods aurait gagnĂ© Ă  davantage de subtilitĂ© et de cohĂ©rence dans son point d’orgue, il demeure profondĂ©ment captivant grâce Ă  son intrigue Ă  suspense, nourrie par la photogĂ©nie d’une forĂŞt belliqueuse et de sorcières invocatrices. L’attrait visuel de cet univers crĂ©pusculaire, la prestation convaincante d’Agnes Bruckner et l’utilisation judicieuse d’une partition chorale entĂŞtante Ă©lèvent l’Ĺ“uvre bien au-dessus de la mĂŞlĂ©e des DTV de consommation courante. Hautement recommandable, donc, tant Lucky McKee continue d’y dĂ©clarer sa flamme au genre, malgrĂ© les entraves de producteurs margoulins, manifestement Ă©trangers au fantastique le plus noble et ensorcelant.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

27.12.25. 3èx
19.08.13. 2èx


mercredi 14 août 2013

La Promise / The Bride

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flickfacts.com

de Franc Roddam. 1985. Angleterre. 1h58. Avec Sting, Jennifer Beals, Anthony Higgins, Clancy Brown, David Rappaport, Geraldine Page, Cary Elwes.

Sortie salles France: 4 Septembre 1985. U.S: 16 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Franc Roddam est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 29 Avril 1946.1977: Dummy (télé-film). 1979: Quadrophenia. 1983: La Loi des Seigneurs. 1985: La Promise. 1988: War Party. 1991: K2, l'ultime défi.


"Un attachant conte romantique injustement oublié, pour ne pas dire parfois méprisé. Et c'est bien dommage tant la déclinaison demeure rigoureusement sincère et sensuelle."
DĂ©clinaison de la FiancĂ©e de Frankenstein, la Promise est un joli conte romantique hĂ©las restĂ© dans l'oubli depuis sa sortie au milieu des annĂ©es 80. Avec, en tĂŞtes d'affiche, le chanteur Sting et la dĂ©butante Jennifer Beals (rĂ©vĂ©lĂ©e 2 ans au prĂ©alable dans Flashdance), il y avait de quoi rester dubitatif Ă  l'annonce de cette rĂ©actualisation d'un des plus cĂ©lèbres mythes de l'Ă©pouvante. Et pourtant, avec une certaine ambition esthĂ©tique et une volontĂ© narrative de se dĂ©marquer du roman de Mary Shelley, le britannique  Franc Roddam rĂ©alise un divertissement particulièrement attachant autour de ces protagonistes molestĂ©s, vĂ©ritables moteurs du rĂ©cit. Le PitchAlors que le baron Frankenstein vient de crĂ©er une compagne pour sa crĂ©ature, une violente altercation s'ensuit entre les deux hommes suite Ă  une trahison. Durant cette confrontation, un incendie se propage au sein du laboratoire permettant Ă  la crĂ©ature de s'Ă©chapper dans la nature. Sur son chemin bucolique, il sympathise avec un nain avec qui il dĂ©cide de collaborer pour pouvoir travailler dans un cirque. Pendant ce temps, la promise dĂ©couvre les joies de l'existence en s'Ă©duquant auprès des enseignements du docteur. Mais un jeune dom Juan commence Ă  s'intĂ©resser Ă  cette jolie inconnue venue de nulle part. Photo Ă©clatante, costumes Ă©lĂ©gants, dĂ©cors d'architecture grandioses rĂ©gis autour d'une magnifique nature verdoyante du Sud de la France, La Promise s'alloue d'un soin formel pour nous sĂ©duire avec cette nouvelle confrontation entre un Baron condescendant et ses deux crĂ©atures modèles. Dans un premier temps, le rĂ©alisateur s'attache Ă  nous dĂ©crire le cheminement indĂ©cis du monstre rapidement Ă©paulĂ© d'un nain affable avec qui il amorcera une complicitĂ© amicale. Toutes les sĂ©quences oĂą nos deux compagnons sont solidaires de leur commune confiance sont soigneusement illustrĂ©es avec un sens pittoresque et chaleureux (le feu de camp autour du poulet grillĂ©, la beuverie dans l'auberge, les reprĂ©sentations du numĂ©ro de trapèze) mais aussi dramatique pour leurs mĂ©saventures Ă  venir (leur sĂ©paration prĂ©visible s'avĂ©rant poignante) avec un patron de cirque sans scrupule. 


Bien qu'en parallèle, d'une sĂ©quence Ă  l'autre, nous suivons Ă©galement l'apprentissage d'Eve, la nouvelle crĂ©ature entretenue par un Frankenstein enseignant, adepte d'une Ă©ducation inscrite dans l'indĂ©pendance fĂ©ministe. Une idĂ©ologie contradictoire si bien que le rĂ©alisateur nous caractĂ©rise ensuite un baron autoritaire particulièrement jaloux et terriblement possessif depuis qu'un don Juan eut dĂ©cidĂ© de courtiser sa jeune promise. A travers ce rĂ´le antagoniste, Sting s'emploie avec cynisme Ă  exprimer le plus naturellement ses sentiments orgueilleux dans une silhouette angĂ©lique hautaine (visage pastel et chevelure dorĂ©e). Peut-ĂŞtre le plus grand rĂ´le de sa carrière. En crĂ©ature soumise mais toujours plus frondeuse, Jennifer Beals s'approprie son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ© d'une sensualitĂ© immaculĂ©e en abordant un jeu contestataire pour  y dĂ©fendre son autonomie existentielle impartie au fĂ©minisme. Enfin, le robuste Clancy Brown se camoufle sous l'apparence du monstre avec un maquillage modĂ©rĂ© afin d'y reprĂ©senter sa physionomie discrètement difforme. La encore, on se laisse facilement convaincre par ses expressions dociles mises en valeur par un jeu de mime jamais ridicule. Il faut le souligner. Par consĂ©quent, autour de ce trio infortunĂ©, Franc Roddam parvient Ă  nous brode un conte fantastique oĂą la romance occupe une place de choix (la quĂŞte amoureuse et dĂ©sespĂ©rĂ©e de la crĂ©ature pour la promise) mais auquel l'autoritĂ© d'hommes Ă©goĂŻstes, machistes, perfides (le baron dictateur et le sĂ©ducteur usurpateur) vont venir compromettre sa nature virginale. A la rĂ©solution finale, on s'Ă©tonne du happy-end prodiguĂ© par le rĂ©alisateur tout en  approuvant l'audace de son souffle romantique (jamais sirupeux) impartie Ă  deux crĂ©atures candides auquel l'apparence ne dispose plus d'intĂ©rĂŞt.


Soigneusement mis en scène (l'anthologie spectaculaire accordĂ©e au prĂ©lude), formellement poĂ©tique (la festivitĂ© du bal de confettis confine au sublime, aussi concise soit-elle) et largement privilĂ©giĂ© de la prĂ©sence notable de comĂ©diens dirigeant la narration dans une psychologie torturĂ©e, La Promise  demeure indiscutablement sincère et attachant Ă  s'approprier le mythe en affichant les nobles valeurs de l'amour, de l'Ă©ducation et de la tolĂ©rance sur fond d'Ă©mancipation fĂ©minine. A redĂ©couvrir sans prĂ©jugĂ©. 

*Bruno
16.02.23. 4èx
14.08.13. 

mardi 13 août 2013

The last will and Testament of Rosalind Leigh

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solarvip.info

de Rodrigo Gudino. 2012. Canada. 1h24. Avec Aaron Poole, Vanessa Redgrave, Julian Richings, Stephen Eric McIntyre, Mitch Markowitz.

FILMOGRAPHIE: Rodrigo Gudino est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien. 
The last will and Testament of Rosalind Leigh est son premier long-métrage.


Première oeuvre de Rodrigo Gudino directement passĂ©e par la case "DTV", The last will and Testament of Rosalind Leigh risque sĂ©vèrement de diviser le cinĂ©phile averti et d'ennuyer le public lambda par sa lenteur imposĂ©e auprès d'une ambiance latente dĂ©nuĂ©e d'artifices. 

Suite Ă  l'hĂ©ritage de sa mère rĂ©cemment disparue, LĂ©on se retrouve isolĂ© dans sa vaste demeure remplie de sculptures divines. Rapidement, d'Ă©tranges Ă©vènements vont Ă©branler la tranquillitĂ© du nouvel hĂ´te rĂ©futant toute croyance religieuse. 


Sous le concept Ă©culĂ© d'un cas de hantise, ce petit essai indĂ©pendant n'a pas pour ambition de renouer aux traditionnelles apparitions fantomatiques Ă  base d'effets-spĂ©ciaux spectaculaires et/ou de gore explicite. Le rĂ©alisateur prĂ©fĂ©rant se focaliser sur l'aura spirituelle d'une demeure opaque et de nous y balader parmi la prĂ©sence d'un non-croyant. Avec son rythme languissant quasi fastidieux, nombre de spectateurs risquent fort de dĂ©crocher l'expĂ©rience par son absence de surprises Ă©manant d'un scĂ©nario linĂ©aire uniquement inscrit dans la foi religieuse. Sous l'entremise d'un athĂ©e ayant prĂ©alablement abdiquĂ© sa propre mère, le rĂ©cit nous plonge dans une promenade existentielle auquel des esprits ont dĂ©cidĂ© de le narguer afin de tester sa rationalitĂ©. EsthĂ©tiquement soignĂ© dans ses dĂ©cors d'architecture et ses Ă©clairages pastels et assidĂ»ment rĂ©alisĂ©, The last will and Testament of Rosalind Leigh dĂ©gage un charme d'Ă©trangetĂ© oĂą le poids du silence et de la solitude ont une place primordiale. Par intermittence, il faut aussi relever le cĂ´tĂ© horrifique de quelques rares apparitions monstrueuses provoquant une certaine apprĂ©hension dans leur physionomie indiscernable. Je parle bien sĂ»r de la crĂ©ature animale qui hante la forĂŞt oĂą celles qui ont rĂ©ussi Ă  s'engouffrer dans certaines pièces de la demeure.  
NĂ©anmoins, pour apprĂ©cier Ă  sa juste valeur cette oeuvre originale difficilement accessible mais pleine de bonnes intentions, il faut indubitablement s'y prĂ©parer et accepter sa monotonie perpĂ©tuelle pleinement assumĂ©e par un rĂ©alisateur en pleine rĂ©flexion mystique. Y'a t'il une vie après la mort ? l'âme y survit-elle ? Dieu est-il responsable de l'univers et notre entitĂ© corporelle ? 
Avec simplicitĂ© et sensibilitĂ©, The last will and Testament of Rosalind Leigh adopte une dĂ©marche personnelle pour tendre Ă  prouver qu'il suffit de croire Ă  son destin et aimer son prochain pour pouvoir perdurer après le trĂ©pas. 
Après cette expĂ©rience Ă©sotĂ©rique avec les voix d'outre-tombe et notre questionnement sur la foi, le film se clĂ´t sur un rebondissement inopinĂ© chargĂ© d'une mĂ©lancolie incurable. VĂ©ritable moment d'Ă©motion d'une intensitĂ© toute fragile, le poème prend subitement une ampleur tragique pour mettre en exergue la douleur insurmontable de la solitude ATTENTION SPOILER !!! en relation avec une dĂ©mission parentale FIN DU SPOILER. Avec le poids de ce twist soudainement rĂ©vĂ©lĂ©, le spectateur semble perdre pied avec la rĂ©alitĂ© (c'est Ă  dire tout ce qu'il venait d'endurer avec Leon !) et tente de se remĂ©morer son cheminement pour mieux comprendre les tenants et aboutissants du point de vue d'un autre tĂ©moin Ă©loquent. 


Dieu e(s)t la solitude
Languissant et laborieux mais inĂ©vitablement Ă©trange et fantasmatique, The last will and Testament of Rosalind Leigh ne pourra sans doute sĂ©duire que l'amateur de curiositĂ© singulière pour peu qu'il ait Ă©tĂ© averti de son rythme ardu et de son absence de terreur escomptĂ©e. Sa rĂ©flexion spirituelle sur notre foi en l'au-delĂ  et l'importance divine impartie Ă  la reconnaissance de l'amour ne nous laissent pas indiffĂ©rents et nous bouleversent avec l'accablement d'une conclusion funèbre !    

Dédicace au geek canadien indétrônable, Steven Lefrançois !
13.08.13
Bruno Matéï


lundi 12 août 2013

NO PAIN NO GAIN

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nopainnogain.fr

de Michael Bay. 2013. U.S.A. 2h09. Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Anthony Mackie, Ed Harris, Tony Shalhoub, Ken Jeong, Rob Corddry.

Sortie salles France: 11 Septembre 2013. U.S: 26 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Michael Bay est un réalisateur et producteur américain, né le 17 Février 1965
1995: Bad Boys. 1996: Rock. 1998: Armageddon. 2001: Pearl Harbor. 2003: Bad Boys 2. 2005: The Island. 2007: Transformers. 2009: Transformers 2. 2011: Transformers 3. 2013: No Pain No Gain.


Ce sont les choses simples qui comptent dans la vie. Daniel voulait seulement être comme tout le monde. Tous ces gens qui veulent leur part du rêve américain.

"Tout ce que je voulais c'était avoir la même chose que tous les autres. Pas plus, mais pas les miettes que j'avais l'habitude d'avoir. Bon j'ai vraiment tenté le tout pour le tout vous savez ! Mais pendant un moment j'ai vécu comme j'ai toujours voulu vivre. J'étais l'un de vous et ça faisait du bien. Les gens me voyaient enfin comme je m'voyais et on ne peut rien demander de plus. Mais j'ai demandé plus ! A un moment donné ça ne m'a plus suffit d'être l'égal des autres. Je voulais être mieux que les autres. Et c'est le meilleur moyen de se faire mal. Ca ne veut pas dire qu'on baisse les bras. On se repose, on panse ses plaies et on reprend les altères. Je sais que la vie va me donner une autre série et je vais y aller à fond parce que je m'appelle Daniel Lugo et je vis pour la culture physique !"

SpĂ©cialiste de l'actionner bourrin dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, Michael Bay s'accorde une pause avec No Pain No Gain, comĂ©die caustique tirĂ©e d'un fait-divers improbable survenu Ă  Miami entre 1994 et 1995. Le film relatant les vicissitudes incongrues d'un groupe de bodybuilders dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  escroquer des gens fortunĂ©s par simple esprit de cupiditĂ©. Leur leader, un manager culturiste utopiste, finira par mener ses deux comparses vers une dĂ©rive meurtrière particulièrement crapuleuse.


PrĂ©tendre Ă  dire que No Pain No Gain s'avère le meilleur film de son auteur n'est pas plĂ©thorique tant cette comĂ©die dĂ©bridĂ©e surprend par son judicieux rapport entre humour noir et dramaturgie. Sans rire aux Ă©clats (Ă  quelques gags près !), l'aspect pittoresque des multiples pĂ©ripĂ©ties engagĂ©es par nos pieds nickelĂ©s nous amuse par leurs inĂ©puisables maladresses Ă©manant d'une totale inconscience. Avec sa mise en scène alerte et inventive, on sent un Michael Bay particulièrement inspirĂ© Ă  retranscrire l'incroyable odyssĂ©e de ces bodybuilders compromis au kidnapping et l'assassinat par simple motivation du gain. Outre son rythme parfaitement Ă©quilibrĂ© n'accordant pour le coup aucune outrance spectaculaire (l'action s'avère discrète et clairsemĂ©e !), le film joue intelligemment sur notre empathie accordĂ© aux protagonistes rĂ©trogrades avec une antinomie contraignante. Puisque cet alliage de dĂ©lire caustique et d'authenticitĂ© dramatique nous distille une certaine forme de malaise toujours plus palpable au fil de leurs exactions dĂ©nuĂ©es de morale (si ce n'est une Ă©thique opportuniste inscrite dans la mĂ©galomanie individuelle).
Mais outre la qualitĂ© de son scĂ©nario fortuit fondĂ© sur l'arrivisme et l'apparence du luxe, la rĂ©ussite de ce divertissement peu commun est notamment impartie Ă  la complicitĂ© amicale de comĂ©diens Ă  la verve impayable ! Dans celui du dirigeant inĂ©branlable, Mark Whalberg fulmine avec spontanĂ©itĂ© pour dicter ses ambitions cupides Ă©rigĂ©s sous le symbole du "rĂŞve amĂ©ricain". Dans celui de l'ancien dĂ©tenu dĂ©vot Ă  la bonhomie nigaude, Dawyne Johnson lui partage la vedette avec une dĂ©rision irrĂ©sistible tant le comĂ©dien s'amuse Ă  se parodier de son personnage viril Ă  la posture herculĂ©enne. Enfin, le troisième alliĂ© est incarnĂ© par Anthony Mackie, jeune black reconverti dans la musculation pour l'handicap de son impuissance sexuelle, mais en pleine ascension amoureuse avec une secrĂ©taire ventripotente.


L'Ivresse de l'Argent
Satire acerbe du rĂŞve amĂ©ricain et des paillettes de silicone pour la cristallisation d'un empire en carton, No Pain No Gain dĂ©tonne et bouscule le spectateur dans son cocktail explosif de situations scabreuses et de dĂ©lires saugrenues. Et il faut remonter Ă  The Island pour retrouver l'Ă©loquence d'un Michael Bay aussi leste, parodiant ici l'odyssĂ©e grossière d'un impensable fait-divers ! 

12.08.13
Bruno Matéï

vendredi 9 août 2013

Drugstore Cowboy

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tvclassik.com

de Gus Van Sant. 1989. U.S.A. 1h40. Avec Matt Dillon, Kelly Lynch, James LeGros, Heather Graham, William S. Burroughs.

FILMOGRAPHIE: Gus Van Sant est un rĂ©alisateur, directeur de photo, scĂ©nariste et musicien amĂ©ricain, nĂ© le 24 Juillet 1952 Ă  Louisville dans le Kentucky. 1985: Mala Noche. 1989: Drugstore Cowboy. 1991: My Own Private Idaho. 1993: Even Cowgirls get the blues. 1995: PrĂŞte Ă  tout. 1997: Will Hunting. 1998: Psycho. 2000: A la rencontre de Forrester. 2002: Gerry. 2003: Elephant. 2005: Last Days. 2007: Paranoid Park. 2008: Harvey Milk. 2011: Restless. 2012: Promised Land.


AdaptĂ© du livre Ă©ponyme de James Fogle, Drugstore Cowboy retrace l'Ă©quipĂ©e Ă©chevelĂ©e de deux couples de junkies adeptes des cambriolages auprès de pharmacies et hĂ´pitaux du coin afin de se ravitailler en drogue. Mais la mort par overdose d'une de leur camarade contraint leur leader de dĂ©crocher pour s'Ă©loigner vers un centre de dĂ©sintoxication. En rĂ©futant les habituelles conventions du genre, Gus van Sant rĂ©alise ici un drame social peu commun Ă  travers son traitement infligĂ© Ă  l'addiction des psychotropes, et ce en privilĂ©giant un climat hermĂ©tique Ă©maillĂ© de plages de poĂ©sie (les dĂ©lires Ă©thĂ©rĂ©s de Bob sous l'emprise des pilules bleues) et d'une certaine dĂ©rision (la cohĂ©rence de ses superstitions et ses duperies amorcĂ©es contre les flics). En l'occurrence, pas de toxico famĂ©lique en Ă©tat de manque ni de deal entre acheteurs et encore moins de sniff de cocaĂŻne ou d'hĂ©roĂŻne. Mais une Ă©quipe soudĂ©e de jeunes marginaux particulièrement vĂ©loces dans leur habiletĂ© Ă  forcer les portes de pharmacies ou d'hĂ´pitaux afin de se procurer mĂ©docs et pilules antalgiques. Ainsi, avec une rare intensitĂ© et un semblant de vĂ©racitĂ© fascinant, nous suivons dans un premier temps l'escapade dĂ©linquante de ce groupe de junkies menĂ© par un leader imperturbable. Le rĂ©alisateur nous relatant leurs tribulations frĂ©nĂ©tiques avec souci de rĂ©alisme introspectif pour mettre en exergue leur angoisse paranoĂŻaque Ă©manant d'une routine insĂ©curitaire. Dans la mesure oĂą nous sommes vĂ©ritablement immergĂ©s dans leur contrainte de s'adonner aux fraudes de stupĂ©fiants et diverses magouilles pour dĂ©jouer les perquisitions policières. 


PortĂ© Ă  bout de bras par la prestance exceptionnelle de Matt Dillon, Drugstore Cowboy est Ă©rigĂ© sous sa hiĂ©rarchie avec une stoĂŻcitĂ© implacable afin de mieux rĂ©gir son groupe d'associĂ©s. En junkie superstitieux (il craint la malĂ©diction des chapeaux, des chiens et des miroirs !) redoublant de risques insensĂ©s, l'acteur est notamment habitĂ© d'une lassitude sous-jacente dans sa quĂŞte d'abdiquer son existence illusoire bâtie sur le mensonge et le vol. Spoil ! Enfin, la dernière partie, plus abstraite et moins accessible, nous illustre la repentance de Bob afin de fuir sa sombre destinĂ©e Ă  la suite du dĂ©cès par overdose de sa collègue nadine. De retour vers sa contrĂ©e, il renoue avec une vieille connaissance, un philosophe dĂ©crĂ©pit toujours avide de shoot Ă  l'hydromorphone (dĂ©rivĂ© semi-synthĂ©tique de la morphine Ă©tabli sous l'enseigne de Dilaudid), et tente de retrouver une existence docile dĂ©nuĂ©e d'oppression. Avec une ambition personnelle, Gus Van Sant nous illustre son sevrage d'une manière hĂ©tĂ©rodoxe en Ă©vitant une fois encore le traitement acadĂ©mique. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  changer de vie, Bob renoue avec l'existence banale du prolĂ©taire dans l'Ă©troitesse de son appartement en espĂ©rant peut-ĂŞtre un jour revoir dĂ©barquer sa dulcinĂ©e. Fin du Spoil. Sur le papier, cela peut paraĂ®tre aseptique mais Gus Van Sant l'arbore avec l'art de sa mise en scène.  Avec luciditĂ© abstraite, il met en avant la dĂ©licate rĂ©insertion du malade dans une sociĂ©tĂ© fluctuante (nous sommes en 1971 et la politique commence Ă  exploiter le sujet de la drogue pour leur campagne Ă©lectorale) et cette (fausse) libertĂ© de renouer avec une existence morose. En rĂ©sulte une ambiance diaphane difficilement discernable et un sentiment de nonchalance suggĂ©rĂ© par l'ancien droguĂ© pour ses annĂ©es de galère dĂ©pendantes d'emprise de drogues. La quĂŞte d'un semblant d'Ă©panouissement mais l'essentialitĂ© de pouvoir vivre libre avant que le passĂ© des mauvaises frĂ©quentations ne revienne faire surface...


J'étais toujours en vie. J'espère qu'ils m'empêcheront de mourir...
Superbement mis en scène par un auteur inspirĂ© d'expĂ©rimentation onirique et de souci d'authenticitĂ© pour l'encadrement familier gĂ©rĂ© autour des quatre junkies en perdition, Drugstore cowboy confine au chef-d'oeuvre dĂ©sabusĂ©. Le plus singulier des drames existentiels abordant sans effet de fioriture le tabou de la drogue avec un pouvoir d'immersion prĂ©dominant. 

*Bruno
09.08.13. 3èx


jeudi 8 août 2013

L'ANGE DE LA VENGEANCE (MS. 45)

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blackcatboneseditions.blogspot.com

d'Abel Ferrara. 1981. U.S.A. 1h20. Avec Zoë Lund, Albert Sinkys, Darlene Stuto, Helene McGara, Nike Zachmanoglou, Abel Ferrara.

Sortie salles France: 18 Août 1982. Sortie salles U.S: 24 Avril 1981

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth.


InspirĂ© des illustres Un Justicier dans la Ville et Crime Ă  FroidAbel Ferrara nous propose en 1981 un rape and revenge singulier dans son alliage de violence crue (viol sordide exĂ©cutĂ© au coin d'une dĂ©charge, citadins froidement canardĂ©s par balles), d'horreur et mĂŞme de fantastique tacite (son point d'orgue onirique au sein du bal costumĂ© est entachĂ© de la folie meurtrière d'une nonne vengeresse). 
Autour de la prĂ©sence de la nĂ©ophyte ZoĂ« Lund (nĂ©e ZoĂ« Tamerlis), l'Ange de la vengeance rĂ©vèle une actrice d'une beautĂ© charnelle voluptueuse auquel son magnĂ©tisme trouble s'exacerbe d'un regard glacial inscrit dans le mutisme. ProfondĂ©ment traumatisĂ©e Ă  la suite de son double viol, cette jeune couturière  sombre dans une folie meurtrière irrĂ©versible après avoir dĂ©coupĂ© en morceau sa première victime. En ange exterminatrice, Thana dĂ©cide de s'arborer en vamp lascive dans un New-York dĂ©crĂ©pit afin d'attirer les mâles lubriques issus des bas-quartiers. 


Avec rĂ©alisme glauque et souci documentaire pour mieux retranscrire l'urbanisation d'un New-York insalubre plus vrai que nature, Abel ferrara redouble de provocation en iconisant une fĂ©ministe atteinte d'aphasie. Une justicière des temps modernes dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  reprendre sa revanche sur les machistes impĂ©nitents en compagnie de son calibre 45. Auparavant objet de puretĂ© dans sa virginitĂ© introvertie, Thana se substitue aujourd'hui en nonne vĂ©reuse. L'aura de souffre qui Ă©mane de ses exactions mesquines, l'accoutrement aguicheur de sa posture sensuelle et la figure symbolique allouĂ©e Ă  une religieuse malĂ©fique marquent durablement les esprits dans un pouvoir de fascination diaphane. La puissance d'Ă©vocation de ces images blasphĂ©matoires (Thana embrassant d'un rouge Ă  lèvre scintillant chaque balle de son revolver) est d'autant plus irrĂ©elle qu'Abel Ferrara utilise une dissonance musicale particulièrement dĂ©rangeante lors de ces Ă©chos Ă  rĂ©pĂ©tition. Parfois, il s'emploie Ă©galement Ă  provoquer un malaise tangible quand un dĂ©sĂ©quilibrĂ© dĂ©pressif dĂ©cide d'emprunter l'arme de son interlocutrice pour se suicider d'une balle dans la tĂŞte devant son tĂ©moignage mĂ©dusĂ© ! Sans concession, Ferrara perdure dans l'oppression avec un final anthologique au paroxysme de l'horreur. Au sein d'un bal costumĂ© arborant la fĂŞte d'Halloween, il improvise la technique du slow motion afin de chorĂ©graphier une tuerie sanglante perpĂ©trĂ©e par notre nonne endiablĂ©e ! 


Sous l'impulsion archĂ©typale de l'inoubliable ZoĂ« Tamerlis absolument Ă©lectrisante en tueuse dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et autour du thème religieux violemment singĂ©, Abel Ferrara transcende l'adaptation d'un rape and revenge littĂ©ralement fĂ©ministe. EmaillĂ© de fulgurances visuelles par le biais d'une maĂ®trise technique dĂ©jĂ  solide et inventive, l'Ange de la vengeance symbolise le culte d'une chastetĂ© sous l'Ă©gide d'une vendetta criminelle impossible Ă  purifier. Le mutisme singulier de la tueuse renforçant la crĂ©dibilitĂ© de son Ă©volution meurtrière aliĂ©nante depuis son incapacitĂ© Ă  hurler son sentiment d'injustice, sa souffrance morale et corporelle. 

*Bruno
26.05.24. 5èx. Vost
08.08.13. 4èx

mercredi 7 août 2013

LA BETE DE GUERRE (The Beast of War). Meilleur film du Festival international du film de Cleveland, 1988

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Kevin Reynolds. 1988. U.S.A. 1h51. Avec George Dzundza, Jason Patric, Steven Bauer, Stephen Baldwin, Don Harvey, Kabir Bedi, Erick Avari.

Sortie salles: 7 Septembre 1988

RĂ©compense: Meilleur film du Festival international du film de Cleveland, 1988.

FILMOGRAPHIE: Kevin Reynolds est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 17 Janvier 1952 à San Antonion, Texas.
1985: Une Bringue d'enfer. Histoires Fantastiques (Epis, vous avez intérêt à me croire). 1988: La Bête de Guerre. 1991: Robin des Bois, prince des voleurs. 1993: Rapa Nui. 1995: Waterworld. 1998: 187 Code Meurtre. 2002: La Vengeance de Monte Cristo. 2006: Tristan et Yseult.


Quand, blessé et gisant dans la plaine Afghane, tu vois bondir la femme coupeuse d'entrailles. Saisis ton fusil, fais-toi sauter la cervelle. Et rends-toi à Dieu en soldat.
Rudyard Kipling

Bien avant sa rĂ©actualisation de Robin des Bois et le mĂ©sestimĂ© Waterworld, Kevin Reynolds s'Ă©tait tentĂ© au film de guerre avec La BĂŞte de Guerre. D'après une pièce de théâtre de William Mastrosimone, le pitch nous relate l'expĂ©dition meurtrière d'un groupe de soldats russes Ă©quipĂ©s d'un char d'assaut pour massacrer un village afghan durant la guerre en 1981. EgarĂ©s en plein dĂ©sert aride, ils vont devoir faire face Ă  la rĂ©sistance des Moudjahiddins, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  se venger avec une rancoeur inĂ©branlable. Mais durant cette traque sans relâche, un conflit d'autoritĂ© Ă©clate entre le soldat Koverchenko et son commandant tyrannique, Daskal. 


Avec la densitĂ© d'un scĂ©nario charpentĂ© multipliant les revirements fortuits, la BĂŞte de Guerre joue la carte du film d'action en privilĂ©giant l'humanitĂ© conflictuelle entre ethnie distincte. Tant du cĂ´tĂ© des russes auquel un commandant opiniâtre va risquer d'entraĂ®ner son Ă©quipe vers une dĂ©route que du cĂ´tĂ© des Moudjahiddins, afghans motivĂ©s par la vengeance mais dont leurs femmes rebelles sont encore plus engagĂ©es d'un fiel expĂ©ditif. Au prĂ©mices de son prologue ultra violent, une inĂ©vitable empathie se créé avec le spectateur, tĂ©moin malgrĂ© lui d'un carnage commis par les soviets sur des civils afghans. La faute en incombe principalement Ă  l'autoritĂ© impitoyable du leader particulièrement Ă©gotiste et sanguinaire. Alors qu'une course poursuite est entamĂ©e Ă  travers le dĂ©sert entre afghans et russes pour regagner leur frontière, le soldat Koverchenko finit par discerner la hiĂ©rarchie dictatoriale de son commandant. Leur discorde va d'ailleurs Ă©clater Ă  la suite de la mort de l'un d'eux volontairement exĂ©cutĂ© par ce dernier ! AbandonnĂ© des siens et prisonnier des rebelles, Koverchenko va devoir nĂ©gocier sa survie auprès des Moudjahiddins et Ă©laborer parmi leur soutien sa propre vendetta. Cet enchaĂ®nement de situations improvisĂ©es oĂą un jeune soldat russe est contraint de se solidariser avec le camp ennemi donne lieu Ă  une rĂ©flexion sur la vengeance et l'absurditĂ© des conflits guerriers oĂą la moralitĂ© n'a plus lieu d'ĂŞtre. Car comme l'Ă©voquera Koverchenko, il n'y a pas de bons soldats dans une sale guerre ! Seulement des anti-hĂ©ros combattant l'ennemi avec une haine contagieuse pour le prix du dĂ©shonneur ! Avec maĂ®trise technique et emploi leste de sa scĂ©nographie, Kevin Reynolds sait distiller le danger sous-jacent et dose habilement l'action avec une efficacitĂ© compromise aux motivations mesquines de nos militaires. Parfois atmosphĂ©rique, l'ambiance solaire et crĂ©pusculaire renforce l'aspect photogĂ©nique du dĂ©sert au son feutrĂ© d'un score envoĂ»tĂ©. Enfin, la prĂ©sence dantesque, quasi indestructible du fameux tank auquel nos soldats russes ont l'aubaine de se protĂ©ger renforce le cĂ´tĂ© homĂ©rique d'une situation de crise oĂą l'enjeu n'est qu'une question de survie. 


Spectaculaire, intense et Ă©pique, La bĂŞte de Guerre fait la part belle Ă  l'aventure belliqueuse et l'humanitĂ© de ces rĂ©sistants pugnaces confrontĂ©s entre le devoir de justice par leur rancoeur meurtrie mais aussi l'amnistie chez la repentance du rival. 

07.08.13
B-M