vendredi 1 mai 2015

28 Semaines plus tard / 28 Weeks Later

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Juan Carlos Fresnadillo. 2007. Espagne/Angleterre. 1h41. Avec Robert Carlyle, Rose Byrne, Jeremy Renner, Harold Perrineau, Catherine McCormack, Idris Elba, Imogen Poots.

Sortie salles France: 19 Septembre 2007. Angleterre/U.S: 11 Mai 2007

FILMOGRAPHIE: Juan Carlos Fresnadillo est un rĂ©alisateur espagnol nĂ© le 5 dĂ©cembre 1967 Ă  Tenerife. 2001: Intacto. 2007: 28 Semaines plus tard. 2011: Intruders.


"L'apocalypse documentĂ© sur Ă©cran expĂ©rimental." 
Après 28 Jours plus tard, Danny Boyle cède sa place au rĂ©alisateur espagnol Juan Carlos Fresnadillo (rĂ©vĂ©lĂ© par l’excellent Intacto) pour prolonger la terreur avec 28 Semaines plus tard. L’action prend pour cadre une Grande-Bretagne prĂ©tendument dĂ©barrassĂ©e de l’infection, mais sous haute surveillance de l’armĂ©e amĂ©ricaine.

Synopsis : Lors de l’attaque de la ferme oĂą il s’Ă©tait rĂ©fugiĂ© avec son Ă©pouse, grâce Ă  l’hospitalitĂ© de fermiers, Don est contraint de fuir face Ă  l’intrusion fulgurante d’une horde d’infectĂ©s. Pris de panique au milieu des chairs lacĂ©rĂ©es, il abandonne lâchement sa femme aux crocs de ses assaillants. RĂ©chappĂ© par la rivière, il rejoint Londres et retrouve ses enfants, Ă©pargnĂ©s car restĂ©s en voyage scolaire en Espagne. Mais quelques jours plus tard, l’Ă©pouse ressurgit, contaminĂ©e mais sans hostilitĂ© : immunisĂ©e, peut-ĂŞtre l’espoir d’un vaccin. Le gĂ©nĂ©ral Stone, lui, n’y voit qu’un risque et ordonne son exĂ©cution.

Intense, formellement saisissant, redoutablement spectaculaire, Fresnadillo dresse un survival brut, bardĂ© de pĂ©ripĂ©ties frĂ©nĂ©tiques oĂą un groupe de rescapĂ©s doit fuir Ă  la fois la rage des infectĂ©s et l’armĂ©e, rĂ©solue Ă  les liquider pour enrayer tout nouveau foyer de peste. Avec un sens aigu de la vĂ©racitĂ© documentaire, le rĂ©alisateur expose la propagation du virus, sa rĂ©action en chaĂ®ne, la catastrophe qu’un seul porteur suffit Ă  dĂ©clencher.

La lâchetĂ© d’un père, terrifiĂ© Ă  l’idĂ©e de pĂ©rir, catalyse Ă  elle seule l’hĂ©catombe. Radical et impitoyable, ce film quasi expĂ©rimental rĂ©vèle sans fard l’immoralitĂ© d’une armĂ©e prĂŞte Ă  sacrifier des innocents, enfants compris, pour contenir le flĂ©au. Ă€ travers ce scĂ©nario haletant, Fresnadillo tend son fil dramatique et sculpte des attaques d’une violence implacable. 28 Semaines plus tard joue habilement de rebondissements rĂ©currents, exploitant Ă  merveille une urbanitĂ© claustrophobe, plus vaste qu’il n’y paraĂ®t, oĂą nos hĂ©ros errent, la terreur au ventre (euphĂ©misme). La bravoure et le courage s’y frottent Ă  la mort, tissant une cohĂ©sion prĂ©caire dans la panique.

Ultra rĂ©aliste, filmĂ© comme un reportage arrachĂ© au chaos (camĂ©ra agressive et immersive Ă  souhait), Fresnadillo expose une mĂ©tropole Ă©ventrĂ©e par l’apocalypse - bombardements au Napalm compris : on pense Ă  Coppola, toutes proportions gardĂ©es. Au cĹ“ur de la dĂ©bâcle, une sĹ“ur et son frère, potentiels porteurs de l’immunitĂ©, deviennent l’enjeu d’une course au salut, escortĂ©s par un sergent dĂ©serteur, un mĂ©decin-major et quelques survivants hagards.


"L’apocalypse en hĂ©ritage : Fresnadillo allume la mèche".
Violemment sanglant et Ă©pique comme rarement, rĂ©aliste et rĂ©solument terrifiant (un prologue Ă  graver au panthĂ©on, sans appel), 28 Semaines plus tard Ă©gale son modèle : acteurs imprĂ©gnĂ©s de hargne et de frayeur, mise en scène nerveuse, scĂ©nario retors oĂą lâchetĂ© et bravoure se heurtent sans cesse pour le prix d’une respiration de plus. La densitĂ© humaine de ces figures Ă  l’abandon et le climat de dĂ©solation, soutenus par le score lancinant de John Murphy, achèvent de faire de cette suite l’apothĂ©ose du film d’infectĂ©s. Depuis 28 Jours plus tard, personne n’a fait mieux. Indispensable.
*Bruno
3èx. Vostfr

A sa sortie les récompenses pleuvent:

Festival international du film fantastique de Neuchâtel : Meilleur long métrage,
Prix du cinĂ©ma indĂ©pendant britannique, Meilleur espoir, Meilleure rĂ©alisation technique
Prix Fright Meter
(Fright Meter Awards): Meilleur film d'horreur
Meilleur réalisateur: Juan Carlos Fresnadillo
Prix Rondo Hatton horreur classique
Meilleur film
Prix Schmoes d'or
(Golden Schmoes Awards) : Meilleur film d'horreur de l'année
Meilleur film de science-fiction de l'année
La plus grande surprise de l'année
Prix Scream du Meilleur film d'horreur
The Ultimate Scream (Meilleur film) Meilleure suite
Scène de l'année "Jump-From-Your-Seat"
Distinctions 2008:
Festival du cinéma espagnol de Malaga: Prix Eloy de la Iglesia
Prix BET Meilleur acteur
Prix de la bande-annonce d'or, Meilleur spot TV d'horreur, Meilleure affiche de film d'horreur
Prix du cinéma britannique du Evening Standard, Meilleure réalisation technique
Prix Empire du Meilleur film d'horreur

jeudi 30 avril 2015

Mad-Max. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 80.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site papystreaming.com

de George Miller. 1979. Australie. 1h33. Avec Mel Gibson, Steve Bisley, Joanne Samuel, Hugh Keays-Byrne, Tim Burns, Sheila Florence.

Sortie salles France: 13 Janvier 1982 (Interdit au - de 18 ans). Australie: 12 Avril 1979. U.S: 9 Mai 1980 (classé X).

FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max 4; Fury Road.

"Quand la violence s'empare du monde, priez pour qu'il soit lĂ  !"
Film mythique s’il en est, de par son succès international, son affiche fantasmatique, la fascination qu’exerce son bolide customisĂ©, son Prix SpĂ©cial Ă  Avoriaz, ses dĂ©mĂŞlĂ©s avec la censure (trois ans d’interdiction en France, classĂ© X aux States !), et les rĂ©vĂ©lations George Miller — rĂ©alisateur australien — et Mel Gibson, son acolyte dĂ©butant, Mad Max fit jubiler non seulement les cinĂ©philes du monde entier, mais aussi les motards et les pilotes de course, pour la vigueur de ses poursuites et cascades automobiles, exĂ©cutĂ©es Ă  l’artisanale. Quand bien mĂŞme, aujourd’hui, l’incursion high-tech du numĂ©rique aura fini par dĂ©crĂ©dibiliser tout un pan du cinĂ©ma d’action dans sa surenchère aussi orgueilleuse qu’improbable.

Prenant pour cadre une Ă©poque indĂ©terminĂ©e, dans un contexte dystopique, Mad Max retrace la dĂ©liquescence morale d’un flic pugnace, assoiffĂ© de violence et de vengeance, après que sa famille fut massacrĂ©e par une bande de motards. AccoutrĂ©s de blousons et pantalons de cuir noir, les forces de l’ordre tentent vainement de maĂ®triser l’inflation de la dĂ©linquance, lĂ  oĂą l’anarchie urbaine règne en maĂ®tre. Rendus obsĂ©dĂ©s par la vitesse et l’action de leurs courses effrĂ©nĂ©es contre les fuyards, ces policiers d’un genre extravagant ressemblent Ă  s’y mĂ©prendre Ă  leurs bourreaux, dans leur insatiable goĂ»t pour la traque sur bitume et la riposte revancharde.

Ce qui frappe toujours aujourd’hui, lorsque l’on revoit ce morceau de cinĂ©ma homĂ©rique, Ă©mane de sa frĂ©nĂ©sie irraisonnĂ©e, d’une dĂ©bauche agressive : fascination irrĂ©pressible pour la vitesse des engins motorisĂ©s, comportements grotesques de marginaux soumis Ă  leur mĂ©diocritĂ©, actes de vandalisme et agressions gratuites sur les citadins. Sans compter l’orchestration Ă©pique du score de Brian May, et le rĂ©alisme de ce climat blafard oĂą le western urbain s’entrechoque avec le film de bandes instaurĂ© par les sixties. Brutal et cruel, le film s’impose par la rigueur d’un montage assidu — une manière pourtant suggĂ©rĂ©e de repousser la violence graphique — pour dĂ©noncer la dĂ©shumanisation d’une sociĂ©tĂ© en dĂ©clin, oĂą les exactions des pillards et des flics ne font plus qu’un dans leurs compĂ©titions aussi primitives qu’erratiques.

ÉmaillĂ© de sĂ©quences d’une intensitĂ© dramatique aussi cruelle que bouleversante (mais chut…), Mad Max tire parti de sa puissance Ă©motionnelle dans ses ressorts dramatiques, catalyseurs d’une redoutable vendetta. Or ce sentiment de fureur incontrĂ´lĂ©e, que se disputent sans cesse les bons et les mĂ©chants, est transcendĂ© par la notoriĂ©tĂ© hĂ©roĂŻque du jeune loup Max Rockatansky. Casse-cou flegmatique, apte Ă  contredire la dĂ©mence des pires psychopathes routiers (Ă  l’instar de sa traque contre le "Cavalier de la Nuit", lors d’un prologue en furie). Par le biais de ce nouveau hĂ©ros des temps perdus, censĂ© reprĂ©senter l’ordre et la loi, George Miller engendre un criminel en perte d’identitĂ©, dans un monde oĂą la violence nĂ©crose ceux qui la combattent.


"Si tu regardes longtemps un abĂ®me, l’abĂ®me regarde aussi en toi."
Sauvage et explosif dans ses Ă©clairs de violence et ses cascades affolantes, mais aussi bouleversant par son intensitĂ© dramatique parfois Ă©prouvante (Ă  contrario du second volet, entièrement focalisĂ© sur l’action frĂ©nĂ©tique), Mad Max fait aujourd’hui office de lĂ©gende du 7ᵉ art — par la virtuositĂ© de sa mise en scène (montage Ă  couper au rasoir), l’efficacitĂ© d’un script visionnaire, et l’icĂ´ne d’un anti-hĂ©ros damnĂ© par sa loi du talion, trop expĂ©ditive.

*Bruno
24è visionnage. 

RĂ©compense: Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz, 1980.

mercredi 29 avril 2015

LE RETOUR DE FRANKENSTEIN (Frankenstein Must Be Destroyed)

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Terence Fisher. 1969. Angleterre. 1h40. Avec Peter Cushing, Simon Ward, Veronia Carlson, Freddie Jones, Thorley Walters, Maxine Audley, George Pravda.

Sortie salles Angleterre: 22 Mai 1969

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville.
1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Cinquième volet de la saga Frankenstein qu'entreprend une troisième fois Terence Fisher 11 ans après la Revanche de Frankenstein, Le Retour de Frankenstein s'avère sans nulle doute l'un des opus les plus hardcores dans la caractĂ©risation fielleuse du Baron. MaĂ®tre-chanteur vil, meurtrier et mĂŞme violeur sans remords (la sĂ©quence audacieuse sera rajoutĂ©e en toute fin de tournage !), Frankenstein souhaite aujourd'hui renouer ses expĂ©riences illicites afin de transplanter le cerveau de son ancien adjoint, un mĂ©decin actuellement atteint de dĂ©mence, dans le corps d'un cadavre. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  dĂ©couvrir sa prĂ©cieuse formule scientifique, il dĂ©cide de le kidnapper de sa cellule psychiatrique parmi la complicitĂ© d'un jeune mĂ©decin et de sa concubine. Mais les relations toujours plus houleuses envers le trio iront notamment se compromettre avec l'autoritĂ© de la police, sur le qui-vivre depuis les Ă©tranges disparitions, et avant que la rĂ©surrection de la crĂ©ature n'accomplisse sa vengeance. 


Pourvu d'un scénario haletant à la construction une fois de plus infaillible, l'intrigue fertile en rebondissements tire également parti de son ressort dramatique dans le profil du jeune couple, Karl et Anna, contraints de participer au chantage de Frankenstein après un concours de circonstances malchanceuses. Baignant dans un climat erratique du fait de leurs stratégies véreuses à dépouiller un cadavre afin de ressusciter la conscience d'un docteur érudit, Le Retour de Frankenstein fait notamment la part belle à des moments de suspense parfois scrupuleux. A l'instar de l'apparition inopportune d'un bras humain remontant à la surface de la terre, faute d'une tuyauterie fendue, au moment même où la police ira se dépêcher sur les lieux ! Dominé par la prestance éminente de Peter Cushing, redoublant de cynisme pervers dans sa facture aussi immorale que perfide, l'intrigue est également alimentée par une foule de seconds-rôles à la dimension anxiogène. Particulièrement Maxine Audley endossant avec aigreur dépressive la femme dévouée du Dr Brandt. Freddie Jones lui donnant la réplique dans sa posture estropiée de créature violée de son identité. Sa prise de conscience sur son état hybride et sa conversation intime entretenue avec son épouse donnant lieu à des épisodes dramatiques particulièrement rigoureux. Enfin, pour incarner la compagne de Karl, Veronica Carlson exprime une poignante empathie dans sa fragilité de complice soumise d'autant plus violentée par le docteur et destinée Spoiler !!! à un sort des plus cruels. Fin du Spoil


Passionnant par son intrigue retorse Ă  suspense et les rapports contrariĂ©s impartis au trio maudit, cruellement impitoyable et donc encore plus audacieux que ces prĂ©dĂ©cesseurs pour l'entreprise pernicieuse de Frankenstein, Le Retour de Frankenstein renoue avec la flamboyance des deux premiers volets dans une ambiance bilieuse. 

Bruno Matéï
3èx

mardi 28 avril 2015

STILL ALICE. Oscar 2014 de la Meilleure Actrice, Julianne Moore.

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myrmorko.deviantart.com

de Wash Westmoreland et Richard Glatzer. 2014. U.S.A. 1h41. Avec Juliane Moore, Kristen Stewart, Alec Baldwin, Kate Bosworth, Hunter Parrish, Shane McRae.

Sortie salles France: 18 Mars 2015. U.S: 20 Février 2015

FILMOGRAPHIE: Richard Glatzer est un réalisateur et scénariste américain, né le 28 Janvier 1952 à New-York, décédé le 10 Mars 2015 à Los Angeles.
1993: Grief. 2001: The Fluffer (coréalisé avec Wash Westmoreland). 2006: Echo Park, L.A. (coréalisé avec Wash Westmoreland). 2013: The Last of Robin Hood (coréalisé avec Wash Westmoreland). Still Alice (coréalisé avec Wash Westmoreland).
Wash Westmoreland est un réalisateur anglais, né le 4 Mars 1966 à Leeds, Royaume-Uni.


MĂ©lodrame dĂ©chirant traitant du thème de la maladie d'Alzheimer, Still Alice est le genre d'expĂ©rience redoutĂ©e si la forme entretenait la complaisance de la sinistrose pour nous enseigner les tenants et aboutissants d'un sujet aussi grave que terrifiant. C'est Ă  dire la dĂ©liquescence cognitive du point de vue d'une professeur de linguistique âgĂ©e seulement de 50 ans. Avec l'aide d'un traitement palliatif, du soutien de ses proches et de sa propre volontĂ©, Alice va tenter de gĂ©rer sa dĂ©gradation cĂ©rĂ©brale en profitant du moment prĂ©sent et avant de privilĂ©gier le suicide.


D'une intensitĂ© dramatique terriblement Ă©prouvante au point d'en ressentir un malaise indĂ©crottable, Richard Glatzer et Wash Westmoreland relèvent nĂ©anmoins la gageure d'Ă©voquer prudemment la maladie d'Alzheimer sans effet indĂ©sirable de pathos ou de misĂ©rabilisme. Avec le rĂ©alisme scrupuleux du souci documentaire et le brio d'une mise en scène Ă©purĂ©e, c'est un accablant tĂ©moignage qu'ils nous relatent parmi la performance exceptionnelle de Julianne Moore ! LittĂ©ralement habitĂ©e par son rĂ´le nĂ©vralgique oĂą l'artifice du cabotinage aurait pu facilement la discrĂ©diter, la comĂ©dienne Ă©carte toute forme de racolage pour nous dĂ©crire avec humilitĂ© et anxiĂ©tĂ© viscĂ©rales son baroud-d'honneur contre sa dĂ©ficience mentale. CouronnĂ©e d'un oscar, Julianne Moore n'aura jamais parue aussi intime avec le spectateur pour nous extĂ©rioriser ses sentiments contradictoires d'espoir et de dĂ©sespoir, sa lutte sempiternelle de prĂ©server ses facultĂ©s cognitives après avoir consolidĂ© une illustre carrière professionnelle. A l'instar de sa confĂ©rence courageusement dictĂ©e devant une foule circonspecte pour Ă©noncer les Ă©tats d'âme de son calvaire. Epreuve de force morale de chaque instant oĂą la paranoĂŻa la contraint de mĂ©moriser faits et gestes du quotidien et d'en prĂ©server ses souvenirs les plus Ă©vocateurs, le calvaire d'Alice l'est Ă©galement pour les membres de sa famille, communĂ©ment piĂ©gĂ©s par l'atavisme puis tĂ©moins de sa dĂ©rive vers l'amnĂ©sie jusqu'au seuil de la dĂ©mence. Parmi leur manifestation empathique, assister de notre Ă©cran Ă  la dĂ©chĂ©ance psychologique de cette professeur Ă©rudite s'avère une affliction aussi terrifiante que bouleversante. 


Observant avec attention scrupuleuse, et sans position voyeuriste, le cheminement douloureux d'une patiente brimĂ©e par sa dĂ©ficience neurodĂ©gĂ©nĂ©rative, Still Alice peut faire office de tĂ©moignage documentĂ© dans sa pudeur de traiter Alzheimer du point de vue d'une mère motivĂ©e par sa constance et l'amour de son entourage. Un crève-coeur inĂ©vitablement inconsolable mais Ă©difiant pour une leçon de dĂ©cence peu abordĂ©e Ă  l'Ă©cran. 

A Richard Glatzer...
Bruno Matéï

RIP: Richard Glatzer, qui avait coĂ©crit et co-rĂ©alisĂ© avec son mari Wash Westmoreland le film Still Alice, est mort mardi 10 mars Ă  Los Angeles Ă  l'âge de 63 ans. Il Ă©tait atteint d'une sclĂ©rose latĂ©rale amyotrophique (ou maladie de Charcot). Le 22 fĂ©vrier dernier, Richard Glatzer avait appris que Julianne Moore qui, dans Still Alice, interprète une professeur de linguistique confrontĂ©e Ă  la maladie d'Alzheimer, avait obtenu l'Oscar de la Meilleure Actrice pour ce rĂ´le.

Récompenses:
Festival du film de Hollywood 2014 : Hollywood Actress Award pour Julianne Moore
Chicago Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Los Angeles Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore (2e place)
National Board of Review Awards 2014 :
Top 2014 des meilleurs films indépendants
Meilleure actrice pour Julianne Moore
Gotham Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Washington D.C. Area Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Women Film Critics Circle Awards 2014 : meilleur film Ă  propos des femmes, meilleure actrice pour Julianne Moore
National Society of Film Critics Awards 2015 : meilleure actrice pour Julianne Moore (2e place)
British Academy Film Awards 2015 : Meilleure actrice pour Julianne Moore
Golden Globes 2015 : Meilleure actrice dans un film dramatique pour Julianne Moore
Screen Actors Guild Awards 2015 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Oscars du cinéma 2015 : meilleure actrice pour Julianne Moore

lundi 27 avril 2015

WHITE GOD (Fehér isten). Prix "Un certain regard", Cannes 2014

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thebluecornerlounge.com

de Kornél Mundruczo. 2014. Hongrie/Suède/Allemagne. 1h59. Avec Zsofia Psotta, Sandor Zsotér, Lili Horvath, Laszlo Gallfy, Erwin Nagy, Kornél Mundruczo.

Sortie salles France: 3 Décembre 2014. Hongrie: 12 Juin 2014

FILMOGRAPHIE: Kornél Mundruczo est un réalisateur, acteur et scénariste hongrois né le 3 Avril 1975 à Gödöllo.
2002: Pleasant Days. 2003: Jött egy busz... (segment "Szent Johanna). 2005: Lost and Found. 2005: Johanna. 2008: Delta. 2010: Tender Son: The Frankenstein Project. 2014: White God.


"On peut juger la grandeur et la valeur morale d’une nation Ă  la manière dont elle traite ses animaux". Mahatma Ghandi.

RĂ©compensĂ© du prix "Un certain regard" Ă  Cannes 2014, White Dog traite de la cause animale Ă  travers un rĂ©cit utopique oĂą le chien pourrait enfin parfaire sa revanche sur l'homme après avoir Ă©tĂ© impitoyablement maltraitĂ©. Que ce soit lors de son entraĂ®nement intensif afin de concourir aux combats de chiens clandestins ou lors de sa condition prĂ©caire entretenue en refuge au risque de subir l'euthanasie du dernier ressort. Sous couvert de fable caustique fustigeant l'intolĂ©rance de l'homme envers l'animal de compagnie, White Dog met en exergue, et de façon documentĂ©e, le traitement rĂ©servĂ© Ă  Hagen, chien lâchement abandonnĂ© par le père de Lili en pleine mĂ©tropole hongroise. C'est par la cause d'une nouvelle loi et d'une dĂ®me sur le recensement des chiens qu'il dĂ©cida de mettre un terme Ă  leur relation pour s'en dĂ©barrasser. Jaloux car refusant l'affection que peut Ă©prouver sa fille envers Hagen, KornĂ©l Mundruczo en profite pour mettre en parallèle le point de vue ingrat du père, sa dĂ©mission pĂ©dagogique et son manque de communication qu'il puisse maladroitement inculquer Ă  sa fille. RĂ©duit Ă  la solitude et affamĂ© dans un Budapest hostile oĂą les chiens errants sont systĂ©matiquement dĂ©noncĂ©s par la population, Hagen tente donc de survivre parmi la compagnie d'autres chiens dĂ©soeuvrĂ©s. Durant son cheminement pĂ©rilleux, il va devoir se plier Ă  la barbarie de marginaux sans vergogne dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  l'enrĂ´ler aux combats clandestins.


Cette première partie haletante et parfois Ă©prouvante se place Ă  hauteur de l'animal pour nous illustrer son ressenti subjectif face Ă  notre oppression et notre lâchetĂ©, l'homme n'hĂ©sitant pas Ă  recourir au subterfuge et Ă  la violence pour le conditionner ici en machine Ă  tuer. Par l'exercice inhumain de ce lavage de cerveau, le cinĂ©aste offrant la rĂ©ponse Ă  la responsabilitĂ© du maĂ®tre capable d'endoctriner son esclave docile en vĂ©ritable tueur sans vergogne ! La seconde partie, jouissive, car trĂ©pidante et fantasmatique dans l'aboutissement de sa situation improbable, empreinte la voie de la mĂ©taphore fantastique lors de l'assaut des chiens programmĂ©s Ă  rĂ©pandre la terreur sur la ville en guise punitive. Efficacement gĂ©rĂ©es, les scènes d'action s'avĂ©rant exĂ©cutĂ©es avec un sens aiguisĂ© du montage lorsque des centaines de chiens arpentent les rues de Budapest avec une frĂ©nĂ©sie vĂ©loce. L'insurrection animale profitant notamment d'attiser l'expectative des Ă©ventuelles retrouvailles entre Lili et Hagen, au moment oĂą cette dernière renoue l'amour avec son père. Par la symbolique de la musique, le film se clĂ´t dignement sur un Ă©pilogue bouleversant parmi la rĂ©action de masse d'une action dĂ©sintĂ©ressĂ©e et libre, la partition apportant au fil mĂ©lodique rĂ©confort et sentiment de sĂ©curitĂ©. Une sĂ©quence singulière touchĂ©e par la grâce dont nous ne sommes pas prĂŞts d'oublier l'Ă©vocation de sa poĂ©sie prude.  


RĂ©aliste, poignant et rempli de dignitĂ© pour la cause animale et la responsabilitĂ© parentale, White God offre ses lettres de noblesse au "chien" parmi la sincĂ©ritĂ© de comĂ©diens canins Ă©patants de naturel et l'assurance technique d'un cinĂ©aste plutĂ´t adroit lorsqu'il dĂ©voile en introspection leur sentiment d'incomprĂ©hension et d'impuissance avant leur sĂ©dition. Un beau moment d'Ă©motion, un message d'amour, de tolĂ©rance et de considĂ©ration Ă  prĂ©coniser en famille malgrĂ© la cruautĂ© de certaines scènes. 

Bruno Matéï

Récompenses:
Prix "un certain regard", Festival de Cannes 2014
Palme Dog pour Luke et Body
Octopus d’or du meilleur long-mĂ©trage fantastique international au Festival europĂ©en du film fantastique de Strasbourg (FEFFS), 2014.   

vendredi 24 avril 2015

Baiser Macabre / Macabro

                                                                            Photo appartenant Ă  Bruno Matéï

de Lamberto Bava. 1980. Italie. 1h31. Avec Bernice Stegers, Stanko Molnar, Veronica Zinny, Roberto Posse, Ferdinando Orlandi.

Sortie Salles France: 13 Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Lamberto Bava est un rĂ©alisateur et un scĂ©nariste italien nĂ© le 3 avril 1944 Ă  Rome. Il est le fils de Mario Bava. 1980 : Baiser macabre (+ scĂ©nariste) , 1983 : La Maison de la terreur, 1984 : Apocalypse dans l'ocĂ©an rouge, 1985 : Demons (+ scĂ©nariste),1986 : Demons 2 (+ scĂ©nariste),1991 : Body puzzle, 1991 : La Caverne de la Rose d'Or : La Princesse Rebelle, 1992 : La Caverne de la Rose d'Or : La Sorcière Noire, 1993 : La Caverne de la Rose d'Or : La Reine des TĂ©nèbres, 1994 : La Caverne de la Rose d'Or : L'Empereur du Mal, 1994 : Desideria et le prince rebelle, 1996 : La Caverne de la Rose d'Or : Le Retour de Fantaghirò, 1996 : La LĂ©gende d'Alisea. 1997: La Princesse et le Pauvre, 1998 : Caraibi, 2001 : L'impero, 2006 : Ghost son.


Avant-propos
En effet c'est macabre, mais joliment, baroquement, tendrement, passionnément macabre. À la folie de Jane, qui ne tient même plus du fantasme mais à la construction d'une nouvelle dimension dans laquelle son amant serait vivant, le personnage de Robert offre un parfait contrepoint du quotidien, suintant la frustration, incapable de voir mais souffrant de tout ressentir. Dans une atmosphère étouffante de cruauté, le morbide circule de l'un à l'autre et plane tout du long, entre déraison et solitude, frénésie et impuissance, comme deux facettes d'un aveuglement partagé.
Lamberto Bava - Baiser Macabre

Première rĂ©alisation de Lamberto Bava attitrĂ© Ă©galement au poste de scĂ©nariste, Baiser Macabre fait parti de ces petites pĂ©loches oĂą la dĂ©viance prime dans ses thĂ©matiques accordĂ©es au fĂ©tichisme, Ă  la folie, Ă  l'obsession sexuelle et surtout Ă  la nĂ©crophilie. Un sujet scabreux peu abordĂ© au cinĂ©ma, malgrĂ© quelques classiques rĂ©putĂ©s (Nekromantik 1 et 2, Kissed, Blue Holocaust, Aftermath), que le cinĂ©aste dĂ©peint ici entre dĂ©rision macabre et aura malsaine. Alors qu'une fille vient de noyer son frère cadet dans la baignoire, la mère infidèle, Jane Baker, apprend par tĂ©lĂ©phone la tragĂ©die du domicile de son amant. Se prĂ©cipitant communĂ©ment sur les lieux du drame en vĂ©hicule, son partenaire cause un accident et meurt dĂ©capitĂ© par une poutrelle. Un an plus tard, après un sĂ©jour en psychiatrie, elle se rĂ©fugie dans l'ancien immeuble de son amant parmi l'hospitalitĂ© du concierge atteint de cĂ©citĂ©. Chaque soir, ce dernier Ă©tant interloquĂ© par les gĂ©missements sexuels de sa locataire ! SĂ©rie B de facture Bis dans sa mise en scène bricolĂ©e et pour le ressort saugrenu de son contexte morbide, Baiser Macabre tire-parti de son pouvoir de fascination avec l'Ă©laboration d'une ambiance glauque au sein d'un huis-clos gothique (couleurs rutilantes Ă  l'appui auprès du design d'ameublement !). Si la conception du suspense latent tourne Ă  vide lorsque l'on devine rapidement ce que renferme le dĂ©givreur du frigidaire, Lamberto Bava rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  maintenir notre attention par le biais du concierge aveugle toujours plus curieux Ă  espionner les agissements lubriques de sa locataire pour en dĂ©mystifier le secret. 


On a beau deviner que cette dernière se confine chaque soir dans sa chambre pour se masturber avec la tĂŞte de son dĂ©funt amant, le fait de redouter explicitement cette relation aussi innommable fait naĂ®tre chez nous l'expectative de l'Ă©ventuelle promesse. En prime, et pour corser l'ambiance dĂ©rangĂ©e de ces pratiques sexuelles flirtant avec le fĂ©tichisme (elle collectionne divers objets et photos de son amant dans une brochure), la fille de Jane (dĂ©jĂ  responsable de la noyade de son frère par esprit de vengeance), la moleste Ă  nouveau, surtout lorsqu'elle finit par dĂ©celer ce que recèle le frigo. La charge Ă©rotique qui s'Ă©mane de l'immeuble constamment plongĂ© dans la pĂ©nombre (chaque volet restant cloisonnĂ©) est notamment contrebalancĂ©e par le refoulement du concierge secrètement Ă©pris de compassion pour sa locataire. Outre la sobriĂ©tĂ© des rĂ´les secondaires (Stanko Molnar se fond avec timiditĂ© naturelle dans le corps d'un aveugle sexuellement frustrĂ©, quand bien mĂŞme la petite Veronia Zinny est assaillie par le vice avec son regard pernicieux !), le charisme vĂ©nĂ©neux de Bernice Stegers (la CitĂ© des Femmes, X Tro) doit beaucoup Ă  l'aura de souffre que vĂ©hiculent ses exactions intimes. Pourvu d'un regard occulte aussi glaçant que sensuel, l'actrice dĂ©gage une concupiscence terriblement dĂ©rangeante lorsque nous nous portons tĂ©moins de ses rapports nĂ©crophiles avec une tĂŞte putrescente !


Si douces, si perverses
Glauque et malsain par son atmosphère aussi Ă©touffante que sexuellement dĂ©viante, mais aussi sardonique (notamment cet Ă©pilogue oĂą le surnaturel vient subitement taquiner le quotidien !), Baiser Macabre corrompt le poème nĂ©crophile parmi l'audace transalpine d'un cinĂ©aste jusqu'au-boutiste (les enfants boivent ouvertement la tasse tandis que la "folle" baise la tĂŞte de son dĂ©funt !) lorsqu'il s'agit d'observer par la p'tite serrure le dĂ©sĂ©quilibre d'une famille dysfonctionnelle. 

*Bruno
12.01.24. 6èx
24.04.15.
03.01.11. (292 v)


jeudi 23 avril 2015

Dark Water. Grand Prix, Prix du jury jeune et Prix de la critique, Gerardmer 2003.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bmoviezone.wordpress.com

Honogurai mizu no soko kara de Hideo Nakata. 2002. Japon. 1h41. Avec Hitomi Kuroki, Rio Kanno, Asami Mizukawa, Mirei Oguchi, Fumiyo Kohinata, Yu Tokui.

Sortie salles France: 26 Février 2003. Japon: 19 Janvier 2002

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Hideo Nakata est un réalisateur japonais, né le 19 Juillet 1961 à Okayama.
1998: Ring. 1998: Ring 2. 1999: Chaos. 2002: Dark Water. 2005: Le Cercle 2. 2007: Kaidan. 2008: L: Change the World. 2010: Chatroom. 2010: Incite Mill. 2012: TV Show. 2013: The Complex. 2014: Monsterz.

Récompenses:
Corbeau d'argent, lors du Festival international du film fantastique de Bruxelles, 2002.
Grand Prix, Prix du jury jeune et Prix de la critique internationale au festival Fantastic'sArts 2003.

Rendu célèbre avec les deux premiers opus de la trilogie Ring, Hideo Nakata renoue avec la ghost story avec Dark Water, justement ovationné à Gérardmer avec trois récompenses.

Prenant pour thèmes l'abandon et la fragilitĂ© de l'enfance lorsque des parents divorcĂ©s se disputent la garde, Dark Water juxtapose angoisse et Ă©tude psychologique avec une rare intelligence. Tant par sa mise en scène Ă©purĂ©e, particulièrement soignĂ©e, que par la manière originale dont Hideo Nakata aborde la hantise Ă  travers la complicitĂ© d’un Ă©lĂ©ment naturel : l’eau.

Sur ce point, les sĂ©quences illustrant l’infiltration de l’humiditĂ© le long des tapisseries, jusqu’Ă  cette tache grandissante incrustĂ©e au plafond, parviennent Ă  distiller un malaise sous-jacent. Celui-ci ira crescendo lorsque les inondations gagneront du terrain, attisant la curiositĂ© de Yoshimi.

Pour rappel : après son divorce, Yoshimi tente d’obtenir la garde de sa fille Ikuko afin de reconstruire sa vie. Lorsqu’elle emmĂ©nage dans un appartement, des problèmes d’humiditĂ© viennent troubler leur tranquillitĂ©. Parallèlement, après avoir trouvĂ© un emploi, Yoshimi accumule retards et inattentions dans l’Ă©ducation de sa fille. Mais c’est avec les apparitions rĂ©currentes d’une silhouette enfantine qu’elle se laisse peu Ă  peu gagner par une paranoĂŻa grandissante.

Drame familial s’il en est, notamment lorsque l’on dĂ©couvre l’issue tragique de son dĂ©nouement, aussi effrayant que bouleversant, Dark Water parvient Ă  tĂ©lescoper l’inquiĂ©tude des apparitions spectrales avec l’Ă©tude de caractère d’une mère en perdition. Cette dernière redouble d’efforts pour prĂ©server la garde de sa fille, malgrĂ© ses erreurs quotidiennes qui trahissent un manque d’attention.

Cette relation d’amour compromise entre une mère et sa fille, Hideo Nakata la transcende Ă  travers la dimension humaine d’une femme fragilisĂ©e par l’oppression du travail, des juges et de la solitude. Et ce, au moment mĂŞme oĂą elle se voit contrainte de rĂ©soudre une troublante affaire de disparition infantile au sein de son immeuble.

RehaussĂ© d’une photographie aux teintes pastel contrastant avec l’Ă©pure de son angoisse latente, Dark Water cultive un goĂ»t pour le mystère et une approche Ă©thĂ©rĂ©e de la suggestion. Ce parti pris permet Ă  l’intrigue surnaturelle d’exacerber l’accumulation des incidents tout en nous interrogeant sur la responsabilitĂ© parentale, le sens du sacrifice et le sentiment d’abandon du point de vue de l’enfant.


En combinant angoisse et inquiĂ©tude, Hideo Nakata parvient avec Dark Water Ă  structurer une intrigue implacable, portĂ©e par la prĂ©sence oppressante de l’eau et d’une silhouette candide. DĂ©crivant avec rigueur et sensibilitĂ© le cheminement psychologique d’une mère en dĂ©rĂ©liction, le genre horrifique se double ici d’un drame bouleversant.

Sans doute l’Ĺ“uvre la plus aboutie de son auteur, en tout cas la plus subtile, lancinante et dense.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
2èx

mercredi 22 avril 2015

4 de l'Apocalypse / I quattro dell'apocalisse

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Lucio Fulci. 1975. Italie. 1h48 (version non censurée). Avec Fabio Testi, Lynne Frederick, Michael J. Pollard, Harry Baird, Adolfo Lastretti, Tomas Milian.

Sortie salles France: 22 Juin 1983. Italie: 12 AoĂ»t 1975. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie en salles.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.

Après s’ĂŞtre dĂ©jĂ  prĂŞtĂ© au western en 1966 avec l’excellent Le Temps du massacre, Lucio Fulci renoue avec le genre neuf ans plus tard pour nous faire dĂ©river vers un voyage initiatique - celui de l’espoir -, une ballade dĂ©senchantĂ©e menĂ©e par un quatuor de marginaux livrĂ©s Ă  l’errance, perdus dans un no man's land en dĂ©composition. Au fil de leur pĂ©riple indĂ©cis, parfois jalonnĂ© de rencontres impromptues - comme cette communautĂ© de pèlerins chrĂ©tiens ou ces mineurs venus applaudir la naissance du couple -, ils croisent le mal Ă  l’Ă©tat brut : un vagabond solitaire sans foi ni loi, campĂ© par Tomas Milian, transi de vice, le regard reptilien.

Western atypique, 4 de l’Apocalypse dĂ©tonne par son atmosphère indicible, empreinte d’un surrĂ©alisme mystique (Ă  l’image de cette escale dans le village fantĂ´me oĂą Bud sombre dans une folie spirituelle), et par son brassage des genres. Fulci y oppose les fulgurances d’une horreur sadique - la fameuse scène de torture, dĂ©peçage et crucifixion du shĂ©rif, qui lui valut la foudre de la censure - Ă  la tendresse poignante de certaines accalmies. Un bad trip, sans doute, mais habitĂ© par une mĂ©lancolie tenace.

 
Au cĹ“ur d’un environnement blafard que nos voyageurs traversent, confrontĂ©s Ă  la mort la plus injustifiĂ©e, Fulci insuffle une Ă©motion Ă©lĂ©giaque, portĂ©e par des chansons aux accents flower power dissonants. ÉpuisĂ©s par des semaines de marche, affamĂ©s au point de se nourrir de rats - voire de chair humaine -, leur errance devient Ă©preuve de survie, quĂŞte d’un havre plus pacifiĂ© dans un dĂ©sert oĂą pourriture et dĂ©solation font loi. L’empathie que l’on Ă©prouve pour ces quatre laissĂ©s-pour-compte s’enracine dans leur solidaritĂ© amicale, et c’est malgrĂ© l’amertume de l’Ă©pilogue -vengeance expĂ©ditive en guise de rĂ©demption - que l’espoir finit, pourtant, par percer.

L’intervention symbolique de l’Ă©tranger au look hippie renforce la dimension insolite de cette errance. Figure pernicieuse, il drogue ses otages, les abuse, Ă©rigeant l’immoralitĂ© en dogme, pour mieux servir son propre profit.


"Ballade entre les tombes".
ProfondĂ©ment putride, malsain, perpĂ©tuellement malaisant (au point de suffoquer), 4 de l’Apocalypse s’impose comme une Ĺ“uvre dĂ©routante, Ă©lĂ©giaque, insolite. Un western au bord de l’asphyxie, oĂą naissance et mort s’imbriquent dans une idĂ©ologie religieuse gangrenĂ©e. Pourtant, derrière cette fange, quelque chose nous touche, nous envoĂ»te : l’excursion de ces âmes cabossĂ©es au seuil des limbes. Fulci dĂ©tourne radicalement les codes du genre, ose une violence crue, presque nausĂ©euse, sans jamais renier son humanitĂ©. Un western horrifique Ă  rĂ©habiliter d’urgence, tant il parvient Ă  nous dĂ©pouiller, Ă  nous attacher Ă  cette cohĂ©sion d’anti-hĂ©ros en quĂŞte d’un fragile bout de paix.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
25.03.22. 4èx

L'avis de Mathias Chaput:
Lucio Fulci est un réalisateur incroyable qui est souvent là où on ne l'attend jamais !

Avec ce "4 de l'apocalypse" (quel titre ! à la fois énigmatique et attisant la curiosité), il délivre un genre en état de déliquescence (le western spaghetti) et le fait éclater par le biais du cinéma fantastique de façon sidérante, imbriquant des touches oniriques presque "felliniennes", le tout avec une intelligence de traitement remarquable !

Le lot de sadismes inhérent au cinéma du Maestro est présent également mais distillé avec la plus grande parcimonie, Fulci se consacrant davantage à un aspect moins populaire qu'ésotérique...

Il n'a pas choisi la facilité et son métrage risque de déconcerter les aficionados de Sergio Leone ou des westerns transalpins qui florissaient entre 1965 et 1970, la singularité de "4 de l'apocalypse" réside justement dans sa manière de ne rien faire comme ses prédécesseurs, transgressant les conventions et ouvrant à l'extrême les perspectives et les possibilités, que ce soit au niveau des décors que du scénario !

Les gunfights avec impacts de balle saignants n'arrivent qu'au prologue pour que l'action pure et dure laisse place à l'investigation et au voyage, voyage au bout d'un enfer que les personnages vont prendre en pleine face, la faim, le froid, la douleur seront bien retranscrits et l'ignoble aura lieu jusqu'à une séquence de cannibalisme qui provoquera l'effroi !

Au niveau de l'interprétation, Testi est littéralement habité par son rôle, Milian est incroyable de folie et de sadisme, et on retrouve même la trogne patibulaire de Donald "Zombie Holocaust" O' Brien en shériff...

Il y a un atypisme fulgurant dans "4 de l'apocalypse" que l'on ne retrouve nulle part ailleurs et qui en fait son intérêt et sa qualité, loin de tous les stéréotypes habituels...

Fulci a frappé très fort et ce western hors normes restera inoubliable car novateur !

Véritable coup de pied dans la fourmilière, il possède une aura si singulière qu'il s'avère inimitable, témoignant de la force exceptionnelle qu'avait Fulci pour donner sa "touch'" dans ses films...

Note: 10/10

                                        

mardi 21 avril 2015

Schizo

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Pete Walker. 1976. Angleterre. 1h49. Avec Lynne Frederick, John Leyton, Stephanie Beacham, John Fraser, Jack Watson.

Sortie salles 11 Novembre 1976

FILMOGRAPHIE: Pete Walker est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© en 1939 Ă  Brighton. 1968: l'Ecole du sexe, For men only, 1970: Cool, c'est Carol, 1971: Man of violence, Die Screaming, Marianne, 1972: Quatre dimensions de Greta, le Théâtre de l'angoisse, 1973: Tiffany Jones, 1974: Flagellations, Frightmare, 1976: Mortelles Confessions, Schizo, 1978: Hallucinations, 1979: Home Before Midnight, 1983: House of the long shadows.


Modeste production du rĂ©alisateur Pete Walker, petit artisan d'un cinĂ©ma horrifique british dĂ©nuĂ© de prĂ©tention, Ă  l'instar des sympathiques productions d'exploitation de Norman J. WarrenSchizo se fit connaĂ®tre auprès des vidĂ©ophiles grâce Ă  sa Vhs Ă©ditĂ©e chez Warner Home Video. Ainsi, s'il essuya un certain succès dans ce format aujourd'hui vermoulu, si bien qu'il s'agit probablement de son oeuvre la plus populaire parmi l'excellent Hallucinations, sa faible renommĂ©e auprès des critiques l'empĂŞcha toutefois d'accĂ©der au classique du psycho-killer, faute Ă  une intrigue plutĂ´t mal construite il est vrai auprès de sa thĂ©matique de la schizophrĂ©nie faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Psychose d'Hitchcock. Le PitchAlors que Samantha se marie, un Ă©trange individu se rend Ă  ces noces avec la volontĂ© de la tourmenter. PerpĂ©tuellement Ă©piĂ©e par ce dernier, elle commence Ă  prendre panique lorsqu'elle croit reconnaĂ®tre en lui le meurtrier de sa mère sauvagement assassinĂ©e durant son enfance. 


Jouant avec les codes du thriller horrifique dans sa plus conventionnelle expression avec son lot de clichĂ©s rebattus, Pete Walker accumule maladresses techniques (montage parfois dĂ©gingandĂ©, faux-raccords, intervention d'un technicien en arrière plan d'un miroir) / narratives et redondances sans sourciller de par sa volontĂ© infatigable de retarder l'Ă©ventuelle agression puis de nous convaincre que le potentiel tueur est lancĂ© aux trousses de notre frĂŞle hĂ©roĂŻne. Le problème, c'est qu'au bout de 20/30 minutes on devine aisĂ©ment que ce dernier, particulièrement cabotin, ne pourrait ĂŞtre l'auteur de ces exactions Ă  venir tant il accumule brimades et intimidation avec une apathie un peu trop ombrageuse, voire parfois grotesque (ses grimaces derrière la vitre pour terroriser sa victime). L'intronisation du suspense Ă©tant dĂ©samorcĂ©e par ce profil inexpressif et d'un arc narratif aux faibles ressorts dramatiques. Quand bien mĂŞme la psychologie superficielle (mais heureusement attachante) des protagonistes enfonce un peu plus cette sĂ©rie B au rayon de la Bisserie bonnard. Loin d'ĂŞtre dĂ©sagrĂ©able donc auprès de sa modeste efficacitĂ© et de son attachante naĂŻvetĂ© Ă  valoriser la contrariĂ©tĂ© des protagonistes au fil d'un climat gentiment inquiĂ©tant, le second acte narratif Ă©pouse d'autant mieux un parti-pris autrement haletant et complaisant Ă  travers la prolifĂ©ration des meurtres sanguinolents que l'entourage de l'hĂ©roĂŻne subit de plein fouet. Sans compter la rĂ©vĂ©lation stridente d'un flash-back traumatique, meilleure sĂ©quence horrifique du mĂ©trage auprès de son aura poisseuse, vulgaire (langage cru Ă  l'appui), couillue (mais chut !), insolente. 


Exclusivement rĂ©servĂ© Ă  la gĂ©nĂ©ration 80, Schizo ne pourra aujourd'hui que contenter d'un oeil Ă  la fois ludique et amusĂ© les nostalgique de cette Ă©poque rĂ©volue si bien que la sincĂ©ritĂ© (empotĂ©e) du rĂ©alisateur croyant dur comme fer Ă  son sujet dĂ©viant n'est point Ă  remettre en cause pour son amour immodĂ©rĂ© du sous-genre: le psycho-killer apparu sur nos Ă©crans au milieu des Seventies.  

*Bruno
5èx. Vo

lundi 20 avril 2015

L'EMMUREE VIVANTE (Sette note in nero)

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site caveofcult.co.uk

de Lucio Fulci. 1977. Italie. 1h35. Avec Jennifer O'Neill, Gabriele Ferzetti, Marc Porel, Gianni Garko.

Sortie salles Italie: 10 Août 1977

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


Echec commercial lors de sa sortie malgrĂ© l'enthousiasme favorable des critiques, l'EmmurĂ©e Vivante s'allouait pourtant d'une certaine originalitĂ© Ă  exploiter les codes du giallo Ă  partir d'un argument surnaturel, la prescience. Au moment de traverser sous plusieurs ponts en vĂ©hicule, Virginia Ducci renoue avec sa clairvoyance pour entrevoir des fragments d'indices vis Ă  vis d'un homicide crapuleux, une victime emmurĂ©e vivante. ArrivĂ©e dans l'ancienne demeure de son mari, elle reconnait le mĂŞme endroit familier prĂ©alablement identifiĂ©e durant ses visions. IntriguĂ©e par la ressemblance frappante du mur de salon et motivĂ©e par son intuition, elle s'empresse de l'abattre Ă  coups de pioche pour y dĂ©couvrir le cadavre d'un squelette. 


Conjuguant l'investigation policière avec l'inconscient surnaturel d'une femme mĂ©dium, l'EmmurĂ©e Vivante agence adroitement ces genres afin de consolider un suspense exponentiel convergeant vers une dernière partie aussi haletante qu'anxiogène. Sur ce dernier point, on peut saluer la maĂ®trise technique Ă  laquelle Fulci fignole une longue course-poursuite entamĂ©e entre l'hĂ©roĂŻne et le potentiel tueur Ă  travers les bâtiments gothiques d'une chapelle et de demeures vĂ©tustes. EpaulĂ© d'un score ombrageux et d'une mĂ©lodie entĂŞtante de Franco Bixio, Fabio Frizzi et Vince Tempera, cette traque de longue haleine s'imprègne d'une atmosphère d'angoisse diffuse par le biais d'une hĂ©roĂŻne en proie Ă  l'affres de la survie. Jouant avec les indices en trompe l'oeil et l'Ă©ventail des faux coupables, Lucio Fulci cultive notre attention pour l'ossature d'une intrigue charpentĂ©e bâtie sur une Ă©nigme aussi nĂ©buleuse que sournoise. L'identitĂ© d'un squelette et celui d'un suspect Ă  la dĂ©marche boiteuse, la valeur notoire d'un tableau, un miroir brisĂ© et le visage ensanglantĂ© d'une sexagĂ©naire s'avĂ©rant les vecteurs du puzzle Ă  reconstituer sous l'impulsion de notre hĂ©roĂŻne et d'un adjoint en paranormal. Par le biais de ces indices scrupuleux Ă©manant d'une dĂ©marche irrationnelle de prĂ©monition, Fulci les exploitent avec un sens trompeur du faux-semblant. 


Epaulé de la facture solide de comédiens au charisme buriné et surtout dominé par la présence vénéneuse de Jennifer O'Neill (son regard azur nous magnétise à chacune de ses interventions !), l'Emmurée Vivante empreinte le profil du giallo parmi le pivot surnaturel d'une prescience, de manière également à mettre en appui un poème sur la relativité du temps. Un thriller machiavélique dont l'atmosphère latine participe autant à son pouvoir d'inquiétude !

Bruno 
07.01.24. Vistf. 4èx

vendredi 17 avril 2015

LA FAMILLE BELIER

                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Eric Lartigau. 2014. France. 1h45. Avec Louane Emera, Karin Viard, françois Damiens, Eric Elmosnino, Roxane Duran.

Sortie salles France: 17 Décembre 2014

FILMOGRAPHIE: Eric Lartigau est un réalisateur français né en 1964.
2003: Mais qui a tué Pamela Rose ? 2006: Un Ticket pour l'Espace. 2006: Prête-moi ta main. 2010:! L'Homme qui voulait vivre sa vie. 2012: Les Infidèles (segment Lolita). 2014: La Famille Bélier



Enorme succès au box-office français ayant cumulé 7 336 297 entrées, remise du César du Meilleur Espoir Féminin à Louane Emera, La Famille Bélier est la nouvelle comédie familiale célébrée en grande pompe par la majorité de nos critiques. Traitant du handicap de la surdité et du mutisme chez une famille de métayers normands, l'intrigue oppose le cheminement indécis de la fille aînée entendante lorsque son professeur de musique lui propose de postuler pour un concours de chant. Peu sûr d'elle, contrariée par une discorde sentimentale et démotivée par la réticence de ses parents (ils sont incessamment privés de ses performances vocales), Paula est sur le point de renoncer quand bien même son instituteur va tenter de lui prouver sa capacité à braver la gageure.


Moment d'Ă©motion et de simplicitĂ© dans sa leçon d'apprentissage impartie Ă  la confiance en soi et Ă  la constance, plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence en faveur des sourds (Rodolphe BĂ©lier se prĂ©sentant aux Ă©lections municipales pour prouver ses compĂ©tences politiques en dĂ©pit de son mutisme), la Famille BĂ©lier relate le parcours initiatique d'une adolescente en crise identitaire devant le tĂ©moignage de parents bouleversĂ©s par son indĂ©pendance d'un choix professionnel. En Ă©vitant intelligemment toute forme de pathos et sans sombrer dans le misĂ©rabilisme pour la caricature adressĂ©e Ă  cette famille de sourds coexistants en harmonie malgrĂ© leur privation d'audition, Eric Lartigau nous brode un joli conte sur l'accomplissement de soi, notamment par le biais soudĂ© de cette cohĂ©sion parentale. Alternant instants pittoresques, balades musicales, moments de tendresse et querelles intermittentes dans les rapports familiaux puis l'Ă©moi amoureux, la Famille BĂ©lier cĂ©lèbre avec sincĂ©ritĂ© souvent poignante les valeurs de l'amour sous un engouement libertaire. Outre l'humilitĂ© des comĂ©diens formĂ© par le trio Karin Viard François Damiens / Lucas Gelber, le film repose surtout sur la rĂ©vĂ©lation Louane Emera. Bluffante de naturel dans sa fonction candide d'adolescente timorĂ©e mais pĂ©tillante de spontanĂ©itĂ© et de volontĂ© de fuir sa peur, la jeune actrice dĂ©gage une palette d'Ă©motions souvent intenses dans sa facultĂ© Ă  nous susciter ses interrogations et son anxiĂ©tĂ© du passage Ă  l'âge adulte.


Pittoresque, tendre, Ă©mouvant et parfois bouleversant, Ă  l'instar de son point d'orgue incandescent rĂ©gi autour d'une chanson de Sardou (prĂ©parez les mouchoirs pour cet immense moment d'Ă©motion !), La Famille BĂ©lier fait intelligemment preuve d'humilitĂ© pour dĂ©peindre avec sensibilitĂ© le destin d'une famille de prolĂ©taires en crise filiale mais rĂ©conciliĂ©s par leur esprit de fraternitĂ©, d'amour et de tolĂ©rance. Outre la bonhomie attachante des illustres comĂ©diens et de certains seconds-rĂ´les (en professeur de chant castrateur, Eric Elmosnino Ă©vite pourtant la caricature dans son tempĂ©rament endurant), c'est la prĂ©sence lumineuse de Louane Emera qui crève l'Ă©cran et fera chavirer le coeur des plus sensibles !

Bruno Matéï