mercredi 3 juin 2015

Communion Sanglante / Alice sweet Alice / Holly Terror / Communion / Alice douce Alice

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Horreur.net.

d'Alfred Sole. 1976. 1h50. Avec Linda Miller, Paula Sheppard, Brooke Shields, Louisa Horton Hill, Antonio Rocca, Lillian Roth.

Sortie salles U.S: 13 Novembre 1976

FILMOGRAPHIE: Alfred Sole est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et chef dĂ©corateur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Juillet 1943 Ă  Paterson, New-Jersey. 1972: Deep Sleep. 1976: Alice, sweet Alice. 1980: Tanya's Island. 1982: Pandemonium.


InĂ©dit en salles en France, discrĂ©ditĂ© d'audience commerciale et relativement passĂ© inaperçu lors de sa sortie Vhs retitrĂ©e Communion Sanglante, Alice sweet Alice ne trouva les faveurs des cinĂ©philes et des critiques qu'après revisionnage(s). Prenant pour thèmes la religion, l'adultère, le trouble psychologique, l'engagement parental et la vengeance, ce psycho-killer malsain par son ambiance diaphane, son climat Ă©touffant et sa violence rugueuse (le premier homicide dans l'Ă©glise est d'une audace effroyable) dĂ©concerte par le biais d'exactions meurtrières d'une silhouette enfantine. 

Synopsis: Après le meurtre de la petite Karen au sein d'un presbytère, sa soeur aĂ®nĂ©e Alice est suspectĂ©e par l'entourage familial et la police d'en ĂŞtre la potentielle responsable. Quelques jours plus tard, c'est au tour de sa tante d'ĂŞtre sauvagement agressĂ©e par un individu affublĂ© d'un impermĂ©able jaune et d'un masque sur le visage (le mĂŞme accoutrement que portait Karen quelques heures avant son dĂ©cès). TĂ©moin de l'agression, Alice persuade la police qu'il s'agit de sa soeur prĂ©alablement dĂ©cĂ©dĂ©e. DĂ©clarĂ©e perturbĂ©e pour ses penchants cruels et coupable après s'ĂŞtre soumise au dĂ©tecteur de mensonge, elle est envoyĂ©e dans un institut spĂ©cialisĂ©. 


Combinant les codes du psycho-killer et ceux du giallo pour la caractérisation fétichiste du tueur masqué accoutré d'une combinaison criarde, Alice sweet Alice façonne un suspense latent au fil du cheminement psychologique d'Alice et de son entourage tout en alternant les séquences-chocs particulièrement âpres. De par son souci de cruauté auprès des meurtres sévèrement perpétrés où l'environnement glauque d'une banlieue blafarde y intensifie le malaise éprouvé (le supplice intenté dans une industrie désaffectée). Sans accorder une grande importance à démasquer l'identité de l'assassin indécelable, Alfred Sole prend avant tout parti de dénoncer l'obscurantisme au coeur d'une bourgade profondément catholique tout en remettant en cause la responsabilité parentale lorsque les enfants du divorce pâtissent d'une détresse affectueuse. La grande force du film résidant dans le développement de ces personnages torturés, déchus ou peu fréquentables (le voisin ventripotent aux tendances pédophiles vivant reclus dans un appartement insalubre) évoluant autour de la fragilité d'une fillette à tendances perverses. Par la tragédie des exactions criminelles où l'innocence paye le lourd tribut de la responsabilité des adultes, la religion se retrouve destituée d'angélisme au sein même du refuge de Dieu. Outre la sobre prestance des comédiens jusqu'aux seconds-rôles charismatiques, on peut s'attarder sur le visage mi-angélique, mi-démoniaque de Paula Sheppard symbolisant avec ambivalence la dégénérescence psychologique d'une ado réfugiée dans la perversion et la jalousie depuis sa privation d'attention, de gratitude.


Glauque et malsain, trouble et cruel, Communion Sanglante (pour reprendre l'alternative du titre français plus Ă©vocateur Ă  mon sens) renoue avec la tradition du psycho-killer en privilĂ©giant l'Ă©tude des caractères de ses personnages partagĂ©s entre leur foi catholique, leur culpabilitĂ© et le dysfonctionnement d'un fanatisme religieux. Sombre requiem sur l'innocence galvaudĂ©e, ce grand film schizophrène d'une froideur antipathique est Ă  rĂ©habiliter d'urgence tant son atmosphère licencieuse (score lancinant Ă  l'appui) nous hante la mĂ©moire.

*Bruno
18.04.25. 5èx. Vost

mardi 2 juin 2015

Ré-Animator. Prix Spécial Section Peur, Avoriaz 86.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site misantropey.com

de Stuart Gordon. 1985. U.S.A. 1h26/1h46. Avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale, Robert Sampson, Gerry Black.

Sortie salles France: 12 Mars 1986. U.S: 18 Octobre 1985

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago (Illinois). 1979: Bleacher Bums (télé-film). 1985: Ré-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delà. 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (télé-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des Ténèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horro (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself.


Film-culte de la gĂ©nĂ©ration 80, succès public inespĂ©rĂ© dans l’Hexagone (635 284 entrĂ©es), Re-Animator marque la rĂ©vĂ©lation du nĂ©ophyte Stuart Gordon, avant que Brian Yuzna — ici Ă  la production — ne s’impose Ă  son tour quatre ans plus tard avec Society. En pleine mouvance du gore burlesque, Gordon rivalise d’audace et d’inventivitĂ© dans cette variation dĂ©mente de Frankenstein. InspirĂ©e d’une nouvelle de Howard Phillips Lovecraft, l’intrigue s’articule autour des expĂ©rimentations d’Herbert West, Ă©tudiant en mĂ©decine ayant mis au point un sĂ©rum capable de rĂ©animer les morts. HĂ©bergĂ© en colocation chez Dan Cain, il dĂ©bute ses essais sur le cadavre du chat fraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ© de ce dernier. Mais, dĂ©terminĂ© Ă  passer au niveau supĂ©rieur, il s’attaque bientĂ´t Ă  un sujet humain. AccompagnĂ© de son acolyte, ils s’introduisent dans la morgue de l’hĂ´pital pour tester leur Ă©lixir sur un corps sans vie. Pendant ce temps, le professeur Hill, rival acharnĂ© de West, fomente de s’approprier ses recherches interdites pour accĂ©der Ă  la renommĂ©e.


Ă€ partir de ce pitch prometteur, fertile en effets chocs et gags outranciers (les interventions du gardien de sĂ©curitĂ©, d’une indolence lunaire, sont d’une drĂ´lerie irrĂ©sistible), Stuart Gordon orchestre un bijou d’humour noir aux allures de cartoon macabre. PortĂ© par les maquillages d’Anthony Doublin et John Naulin, Re-Animator s’en donne Ă  cĹ“ur joie dans les dĂ©membrements, dĂ©chiquetages et dĂ©capitations, que West et Cain surmontent avec un flegme morbide pour faire triompher leur projet impossible : rendre vie Ă  des morts… furieux ! RessuscitĂ©s dans une frĂ©nĂ©sie incontrĂ´lable, les corps se meuvent en pantins erratiques, mutilĂ©s mais hargneux.

Au-delĂ  de la mĂ©canique burlesque des quiproquos et des dĂ©sastres en chaĂ®ne, le film est transcendĂ© par l’Ă©nergie dĂ©bridĂ©e de ses comĂ©diens. Jeffrey Combs incarne un Herbert West frĂ©nĂ©tique, obsessionnel, avatar contemporain de Frankenstein, possĂ©dĂ© par l’orgueil dĂ©ment de réécrire les lois de la crĂ©ation (« Il se prend pour Dieu… Mais Dieu a horreur de la concurrence ! », clamait l'accroche publicitaire). Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Bruce Abbott partage l’affiche en mĂ©decin candide, aspirĂ© malgrĂ© lui dans cette spirale de folie scientifique. Barbara Crampton, lumineuse, sexy et vulnĂ©rable, campe la fiancĂ©e endeuillĂ©e, jetĂ©e dans l’horreur lorsqu’elle assiste Ă  la rĂ©surrection calamiteuse de son père — condamnĂ© Ă  l’asile après avoir goĂ»tĂ© au sĂ©rum. Elle n’hĂ©site pas Ă  s’exposer dans une scène de nuditĂ© restĂ©e lĂ©gendaire, au sein d’un climax nĂ©crophile d’une audace inouĂŻe. Enfin, David Gale compose un antagoniste mesquin et perfide, sa tĂŞte dĂ©capitĂ©e suintant le sarcasme et l’ambition dĂ©lirante — prĂŞt Ă  violer Megan par l’entremise de son propre chef, et Ă  dĂ©clencher une apocalypse cadavĂ©rique avant le retour de West.


"RĂ©animer l’impensable, violer la mort".
Jouissif et trĂ©pidant, hilarant et dĂ©jantĂ© dans ses gags aussi absurdes que sanglants, Re-Animator mĂ©rite amplement son statut de chef-d’Ĺ“uvre du gore folingue, transcendĂ© par des comĂ©diens en roue libre galvanisĂ©s par une hystĂ©rie collective assumĂ©e. Un pur rĂ©gal Ă  la jouvence Ă©ternelle. 

*Bruno
31.05.25. 7èx

RĂ©compensesPrix SpĂ©cial Section Peur, Avoriaz 1986.
Prix du Meilleur Film, Catalogne 1985.
Prix du Meilleur Film et Meilleurs Effets SpĂ©ciaux, Fantafestival 1986

lundi 1 juin 2015

VENIN (Venom)

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arte.tv
                                                
de Piers Haggard. 1981. UK. 1h32. Avec Klaus Kinski, Oliver Reed, Nicol Williamson, Sarah Miles, Sterling Hayden, Cornelia Sharpe, Lance Holcomb, Susan George.
Date de sortie : 11 Juin 1981.

Sortie salles France: 20 Janvier 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Piers Haggard est un réalisateur anglais né le 18 Mars 1939.
1970: La Nuit des maléfices, 1979: The Quatermass conclusion, 1980: Le Complot diabolique du Dr. Fu Manchu, 1981: Venin, 1994: La Brèche, 2006: Les pêcheurs de coquillage (Télé-film).


Pour rappel, Venin est l'adaptation du roman "Des serpents sur vos tĂŞtes" d'Alan Scholefield, publiĂ© en France dans la collection "SĂ©rie Noire". Les amĂ©ricains s'approprient les droits quand bien mĂŞme l'illustre Tobe Hooper s'attelle Ă  la rĂ©alisation. Mais prĂ©fĂ©rant s'attaquer Ă  son nouveau projet du fameux Massacre dans le Train FantĂ´me, il quitte prĂ©cipitamment le tournage au bout de quelques jours. Le producteur Martin Bregman invoque alors au rĂ©alisateur britannique Piers Haggard de le remplacer après seulement une dizaine de jours de prĂ©paration. A Londres, trois gangsters prennent en otage un garçon et son grand-père contre une demande de rançon. Mais ce qui devait dĂ©buter comme un banal kidnapping va vite se transformer en huis-clos cauchemardesque lorsque un Mamba noir, le serpent le plus vĂ©nimeux au monde, s'est infiltrĂ© par erreur dans la maison. La police, dĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux, tente de collaborer avec les ravisseurs. 


SĂ©rie B d'exploitation efficacement gĂ©rĂ©e sous l'Ă©gide de Piers Haggard, petit artisan de sĂ©rie B Ă  qui l'on doit notamment l'Ă©tonnant La Nuit des MalĂ©fices, Venin empreinte le chemin balisĂ© du suspense policier avec ce kidnapping d'un bambin que des malfaiteurs tentent de nĂ©gocier parmi l'hostilitĂ© d'un intrus infiltrĂ© parmi eux dans l'enceinte de leur refuge. C'est lĂ  oĂą l'intrigue, aussi modeste et sans surprises soit-elle dans ces attaques cinglantes, tentative d'effraction et concertation, tire parti de son originalitĂ© avec l'icone du Mamba Noir ! Le serpent le plus vĂ©nimeux au monde qu'un enfant venait de rĂ©cupĂ©rer Ă  son domicile après l'erreur de livraison d'un zoo. A cette occasion, et pour crĂ©dibiliser sa prĂ©sence, on est d'ailleurs surpris d'apprendre au gĂ©nĂ©rique de fin qu'un rĂ©el Mamba eut Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© pour le tournage après avoir Ă©tĂ© rigoureusement dressĂ© ! Alternant suspense latent et tension horrifique, Venin parvient Ă  divertir et retenir l'intĂ©rĂŞt grâce Ă  la prĂ©sence sournoise du reptile parfois Ă©tablie en camĂ©ra subjective (ses errances dans les conduits d'aĂ©ration), quand bien mĂŞme ses altercations s'avèrent parfois impressionnantes de rĂ©alisme par leur intensitĂ© incisive. A l'instar du premier meurtre invoquĂ© chez la domestique, l'actrice Susan George parvenant Ă  retranscrire avec beaucoup de vĂ©ritĂ© l'impuissance de son dĂ©semparement, son marasme contre l'asphyxie, faute du poison foudroyant injectĂ© dans son sang. Grâce Ă  sa vigueur dramatique, on reste encore impressionnĂ© par la violence de cette cruelle mise Ă  mort au moment scrupuleux oĂą la victime succombe Ă  ses blessures. Outre la sympathique distribution des seconds-rĂ´les (Sarah Miles en doctoresse altruiste, Nicol Williamson en dĂ©tective flegme, Sterling Hayden en papy dĂ©bonnaire et Lance Holcomb en garçonnet fragile), Venin s'affirme un peu plus avec la prestance notable de deux monstres sacrĂ©s. Oliver Reed et Klaus Kinski se disputant violemment le pouvoir avec inimitiĂ© d'ego et insolence de la discorde.  


Sans surprise et modeste pour l'enjeu dramatique de sa prise d'otage mais constamment efficace et indĂ©niablement attachant grâce Ă  son suspense anxiogène, la bonhomie de sa distribution et la prĂ©sence fascinante du reptile tapi dans l'ombre, Venin reste un fort sympathique huis-clos cauchemardesque que les nostalgiques des annĂ©es 80 auront principalement plaisir Ă  dĂ©guster. 

Bruno Matéï
01.06.15. 6èx 
01.01.11 5è (415 vues)

Photos ci-dessous, Lance Holcomb


 




                                         

jeudi 28 mai 2015

EDEN LAKE

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de James Watkins. 2008. Angleterre. 1h31. Avec Kelly Reilly, Michael Fassbender, Tara Ellis, Jack O'Connell, Thomas Turgoose, Bronson Webb, Finn Atkins.

Sortie salles France: 8 Octobre 2008. Angleterre: 5 Septembre 2008

FILMOGRAPHIE: James Watkins est un réalisateur et producteur anglais, né le 20 Mai 1973 à Nottingham. 2008: Eden Lake. 2012: La Dame en Noir. 2016: Bastille Day.


Epreuve de force jusqu'au-boutiste dans sa violence nauséeuse engendrée par des délinquants juvéniles adeptes du crime gratuit, Eden Lake empreinte le cheminement du survival avec un réalisme cru à couper au rasoir. Pour une première réalisation, le réalisateur anglais James Watkins frappe fort et juste dans l'art de diluer une angoisse morale et de retrouver l'intensité dramatique, l'atmosphère putride des fleurons des années 70 tels que Délivrance, I Spit on your grave ou La Dernière maison sur la gauche. Abordant le sujet brûlant des "enfants tueurs" auquel certains d'entre eux n'hésitent pas à filmer leurs actes meurtriers par le biais du camescope ou du portable (quand bien même des sites voyeuristes tels que Ogrish répertorient leurs exactions sur un tableau de cotation !), Eden Lake met en appui le laxisme et l'incivisme de nos sociétés modernes. La perte des valeurs, la démission parentale, l'absence de repère incitant certains ados désoeuvrés à se réfugier dans une délinquance criminelle, notamment faute de l'affluence du chômage. Ces ados étant issus de milieu prolétaire, parfois même molestés par certains de leurs parents, quand bien même ces derniers reproduisent un comportement insouciant lors de leurs beuveries festives de fin de semaine.


Nanti d'un suspense cadencé et d'une tension dramatique parfois très éprouvante, Eden Lake glace le sang dans sa manière documentée, radicale, acérée à dénoncer (et non exploiter !) le comportement crapuleux, car si déloyale, d'adolescents influencés par la dynamique de groupe. A contre-emploi des séries B gores conçues pour divertir le spectateur en toute tranquillité, le film prend donc parti de déranger jusqu'au malaise émotionnel lorsqu'un couple de vacanciers se retrouve pris au piège parmi la provocation de marmots en pleine forêt. La descente aux enfers que vont parcourir Jenny et Steve, nous la subissons la peur au ventre avant que le désespoir nous rattrape pour nous saisir à la gorge, les séquences de torture et d'humiliation s'avérant d'une intensité aussi abrupte que bouleversante. Tout l'inverse donc du cinéma d'exploitation moderne relancé par les franchises Saw et Hostel, illustres précurseurs du Tortur'Porn ! La fragile empathie que nous éprouvons pour les amants s'avère d'autant plus poignante parmi la dignité humaine des comédiens. Étonnante de naturel dans sa délicatesse innocente puis sa bravoure de dernier ressort, Kelly Reilly trouve le ton juste à endosser le rôle physique d'une femme en perdition gagnée par le courage de survivre, quand bien même son partenaire se retrouve sévèrement châtié par l'injustice. Michael Fassbender insufflant une expression bouleversante dans sa posture de martyr et sa conscience éprouvée de redouter sa dernière journée ! On peut également saluer le charisme naturel des adolescents rebelles redoublant de cruauté et sadisme envers leurs boucs émissaires pour imposer leur loi du plus fort !


Sous couvert de survival horrifique extrĂŞmement dĂ©rangeant et poisseux, James Watkins cultive le drame social pour nous alerter sur la situation inquiĂ©tante d'une gĂ©nĂ©ration indisciplinĂ©e livrĂ©e Ă  la loi du plus audacieux. De par leur dĂ©marche compĂ©titive Ă  repousser leur peur et se dĂ©fier l'initiation au meurtre, Eden Lake caractĂ©rise l'expĂ©rience extrĂŞme oĂą la terreur est avant tout psychologique ! A l'instar de sa conclusion radicale et nihiliste puisque sans Ă©chappatoire, Eden Lake est une Ă©preuve morale en chute libre avant de symboliser l'effroi d'une innocence monstrueuse. EuphĂ©misme s'il en est, le terme "traumatisant" est Ă  sceller pour qualifier le contenu de cette affliction cinĂ©gĂ©nique.  

Pour public averti.

Bruno Matéï
2èx

Récompenses:
Festival international du film de Catalogne: Prix spĂ©cial pour le long-mĂ©trage
Empire Awards: Meilleur film d'horreur, Meilleur film britannique
Prix du Cercle des critiques de film de Londres: Meilleure Performance de Jeunesse Britannique: Thomas Turgoose
Fantasporto: Meilleur Film fantastique international.



mercredi 27 mai 2015

Possession. Prix d'Interprétation Féminine, Cannes 1981.

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebisclassics.blogspot.fr/

d'Andrzej Zulawski. 1982. France/Allemagne. 2h04. Avec Isabelle Adjani, Sam Neil, Margit Carstensen, Heinz Bennent, Johanna Hofer, Carl Duering, Shaun Lawton.

Sortie salles France: 27 Mai 1981. Allemagne: 2007

FILMOGRAPHIE: Andrzej Zulawski est un réalisateur, scénariste, écrivain, metteur en scène de théâtre polonais, né le 22 Novembre 1940 à Lwow (Lviv). 1971: La Troisième partie de la nuit. 1972: Le Diable. 1975: L'Important c'est d'aimer. 1981: Possession. 1984: La Femme Publique. 1985: L'Amour Braque. 1987: Sur le globe d'Argent. 1989: Mes Nuits sont plus belles que vos jours. 1989: Boris Godounov. 1991: La Note Bleue. 1996: Chamanka. 2000: La Fidélité. 2015: Cosmos.

 
"L’hystĂ©rie comme dernier langage".
« Je dois Ă  la mystique d'Andrzej Zulawski de m'avoir rĂ©vĂ©lĂ© des choses que je ne voudrais jamais avoir dĂ©couvertes... Possession, c'Ă©tait un film infaisable, et ce que j'ai fait dans ce film Ă©tait tout aussi infaisable. Pourtant, je l'ai fait et ce qui s'est passĂ© sur ce film m'a coĂ»tĂ© tellement cher... MalgrĂ© tous les prix, tous les honneurs qui me sont revenus, jamais plus un traumatisme comme celui-lĂ , mĂŞme pas... en cauchemar ! ». Isabelle Adjani.

Fable sur le communisme et le totalitarisme, symbolisĂ©s par le mur de Berlin, Possession demeure, avant tout, un cauchemar sur pellicule. Un film d’horreur, au sens le plus brut du terme, tant Ĺ»uĹ‚awski pousse l’hystĂ©rie jusqu’au paroxysme de la folie meurtrière. 
 
Pitch: Lorsque Marc rentre de voyage pour retrouver sa famille, son Ă©pouse Anna lui annonce, dans un souffle, son infidĂ©litĂ© — puis le quitte. Incapable de supporter la rupture, Marc s’enfonce dans une dĂ©pression inexorable et commence Ă  la harceler, allant jusqu’Ă  engager un dĂ©tective privĂ©. Par son tĂ©moignage, nous dĂ©couvrons qu’Anna entretient une double relation… jusqu’Ă  ce qu’une Ă©trange crĂ©ature, tapie dans l’ombre d’une chambre, enfante un double masculin.

ExpĂ©rience limite de la folie, Possession atteint une intensitĂ© rarement Ă©galĂ©e grâce au surjeu nĂ©vralgique de comĂ©diens qui semblent sonder la foi, le bien, le mal — et leurs propres abĂ®mes. Le film envoĂ»te l’esprit, possĂ©dant littĂ©ralement le spectateur, notamment par la performance foudroyante d’Isabelle Adjani, habitĂ©e, transfigurĂ©e par la dĂ©chĂ©ance psychotique. Sa crise de nerfs dans les couloirs du mĂ©tro reste un sommet d’extĂ©riorisation sauvage, oĂą l’actrice se livre, corps et âme, Ă  une camĂ©ra voyeuriste qui ne recule devant rien. Provocateur en diable, sans aucune pudeur, Ĺ»uĹ‚awski façonne un film-monstre, pĂ©tri d’aberrations, ponctuĂ© de scènes chocs d’un rĂ©alisme clinique aussi Ă©prouvant que dĂ©rangeant. Entre photographie blafarde, murs suintants d’appartements insalubres et Berlin fantomatique, l’univers visuel devient le miroir exact de la dĂ©liquescence morale d’ĂŞtres en chute libre.

Au-delĂ  de l’horreur organique, Possession est aussi un drame psychologique — celui d’un couple qui refuse de regarder sa propre fin en face, prĂ©fĂ©rant se rejeter mutuellement la faute. Ĺ»uĹ‚awski, alors en plein divorce, exorcise ici son dĂ©sespoir amoureux dans un cri cinĂ©matographique d’une puissance inouĂŻe. CamĂ©ra convulsive, narration instable, Ă©motions Ă  vif : tout suinte l’abandon, la peur de l’autre, l’impossibilitĂ© d’aimer sans se perdre. Une fracture sentimentale poussĂ©e jusqu’Ă  la rupture de toute logique, jusqu’Ă  l’Ă©clatement de la psychĂ©. Un couple qui se refuse, par orgueil ou lâchetĂ©, Ă  endosser la responsabilitĂ© de sa propre dĂ©sintĂ©gration. 


"PossĂ©dĂ©s par l’absence".
Malsain et dĂ©rangeant, glauque et suffocant, Possession est une Ĺ“uvre de dĂ©mesure, Ă  l’image de L’Exorciste de Friedkin. Un film scandale, mais d’une singularitĂ© tranchante, oĂą chaque crise, chaque convulsion, Ă©lectrise l’Ă©cran. Ă€ cela s’ajoute le travail artisanal de Carlo Rambaldi, qui donne vie Ă  une crĂ©ature organique insaisissable, mĂ©taphore vibrante d’un dĂ©sir monstrueux. Car derrière l’horreur, Possession cache un chef-d’Ĺ“uvre d’une beautĂ© vĂ©nĂ©neuse, nonchalante, hallucinĂ©e. L’aviditĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e d’aimer et d’ĂŞtre aimĂ© dans une harmonie conjugale rĂŞvĂ©e… jusqu’Ă  perdre pied avec la rĂ©alitĂ©.
Public averti.

Bruno 
3èx

Récompenses:
Festival de Cannes 1981 : Prix d'interprétation féminine pour Isabelle Adjani (également récompensée pour Quartet).
Césars 1982 : César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani.
Mostra de cinéma de São Paulo : Prix de la critique pour Andrzej Żuławski.
Fantasporto : Mention spéciale du public pour Andrzej Żuławski.
Prix de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani.

mardi 26 mai 2015

SAILOR ET LULA. Palme d'Or, Cannes 90.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.co

Wild at Heart de David Lynch. 1990. U.S.A. 2h05. Avec Nicolas Cage, Laura Dern, Diane Ladd, Willem Dafoe, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton, J.E. Freeman, Grace Zabriskie.

Récompense: Palme d'Or au Festival de Cannes, 1990

Sortie salles France: 24 Octobre 1990. U.S: 17 Août 1990

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A.
1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).


"Sailor et Lula est une histoire d'amour qui passe par une étrange autoroute dans le monde moderne et tordu." David Lynch.

A partir de l'itinĂ©raire improvisĂ© d'un couple de jeunes amants mutuellement Ă©pris de passion amoureuse mais compromis par l'arrogance d'une mĂ©gère maternelle, Sailor et Lula renouvelle la romance avec un goĂ»t prononcĂ© pour le baroque, la fĂ©erie (l'ombre du Magicien d'Oz plane sur leurs frĂŞles Ă©paules !) et le surrĂ©alisme. Il est d'ailleurs Ă©tonnant de constater que cette oeuvre flamboyante Ă©maillĂ©e d'Ă©clairs d'Ă©rotisme torride et de violence âpre ait pu remporter la Palme d'Or Ă  Cannes ! 


David Lynch se dĂ©lectant Ă  façonner une fresque lyrique oĂą la passion des sentiments se dispute Ă  la rage de survivre dans un monde Ă©trangement sensuel et dĂ©lĂ©tère. MenacĂ©e par une mère possessive sexuellement frustrĂ©e, et hantĂ©e par une agression sexuelle durant son adolescence, Lula tente d'exorciser ses dĂ©mons dans les bras de son amant instable, ce dernier accumulant les bourdes Ă  frĂ©quenter et Ă  combattre des marginaux pour protĂ©ger sa muse. Road Movie contemplatif au cours duquel la mort rode autour de leur errance existentielle, Sailor et Lula se positionne en rĂ©cit initiatique pour leur fragilitĂ© candide partagĂ©e entre la souffrance d'une dĂ©mission parentale, leur fougue amoureuse et leur crainte d'un avenir sans perspective professionnelle. Spoil ! D'oĂą la dĂ©cision de dernier ressort pour Sailor de participer Ă  un hold-up afin de combler les attentes financières de sa future famille Fin du Spoil. Hypnotique et sensoriel, onirique et macabre, le climat insolite que David Lynch parvient magnifiquement Ă  matĂ©rialiser est notamment transcendĂ© par l'extravagance d'une jungle de marginaux corrompus par leur dĂ©chĂ©ance perverse. Cette obsession du dĂ©sir sexuel que le couple cultive dans leur passion commune est donc contrebalancĂ©e avec les pulsions lubriques d'antagonistes frustrĂ©s de leur Ă©chec amoureux. 


TransfigurĂ© par le brio de sa mise en scène stylisĂ©e, la charge Ă©rotique du duo galvanisant Nicolas Cage (en gros dur au coeur tendre !) / Laura Derne (en pin-up sensuellement provocante !) et par sa BO rock endiablĂ©e (on y croise aussi bien Elvis Presley, Chris Issak, Powermad que Richard Strauss !), Sailor et Lula s'Ă©difie en chef-d'oeuvre pour la romance torturĂ©e impartie au couple d'apprentis. Ou par le biais de leur fusion amoureuse, comment inculquer un coeur sauvage Ă  canaliser ses Ă©motions afin d'accĂ©der Ă  la sociabilitĂ© d'un monde Ă©trangement pervers !

Bruno Matéï
3èx

lundi 25 mai 2015

LES NOUVEAUX SAUVAGES. Prix du Public, Saint-Sébastien, 2014

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cines.com.py

Relatos salvajes de Damian Szifron. 2014. Argentine/Espagne. 2h02. Avec Ricardo Darin, Leonardo Sbaraglia, Dario Grandinetti, Erica Rivas.

Sortie salles France: 14 Janvier 2015. Argentine: 21 Août 2014

FILMOGRAPHIE: Damián Szifron est un réalisateur et scénariste argentin, né le 9 Juillet 1975 à Ramos Mejia. 2003: El Fondo del Mar. 2005: Tiempo de valientes. 2014: Les Nouveaux Sauvages.


Dans la lignĂ©e des Monstres de Dino Risi, Les Nouveaux Sauvages emprunte la dĂ©marche du film Ă  sketchs pour mettre en appui la destinĂ©e vindicative de personnages bafouĂ©s par l'injustice au sein d'une civilisation aussi sournoise qu'individualiste. La première histoire, la plus courte, nous distille finalement un goĂ»t amer puisqu'elle fait directement Ă©cho Ă  la terrible tragĂ©die de l'Airbus de la Germanwings survenue le 24 mars dernier lorsqu'un pilote avait dĂ©libĂ©rĂ©ment contraint de crasher son avion au pĂ©ril de ses passagers. Corrosif et pittoresque lorsqu'il s'agit d'illustrer la stupĂ©faction de voyageurs apprenant qu'ils connaissent communĂ©ment l'identitĂ© d'un certain Gabriel Pasternak, le dĂ©nouement s'avère particulièrement grinçant pour illustrer l'exaction d'un pilote d'avion incessamment discrĂ©ditĂ© par son entourage. Le second sketch, le plus faible, tourne autour d'une Ă©ventuelle vendetta de "mort au rat" qu'une serveuse de restaurant hĂ©site Ă  mettre en pratique contre un entrepreneur immobilier, principal fautif de la mort de son mari. Une histoire assez prenante dans le compromis du stratagème que se disputent les deux serveuses, rehaussĂ©e d'une bonne idĂ©e Ă  mi-parcours pour rehausser la gravitĂ© de leur propos mais desservie d'un dĂ©nouement tout de mĂŞme frustrant.


Le troisième segment, haletant et complètement débridé, relate l'affrontement physique de deux automobilistes après s'être insultés sur la route parce que l'un d'eux roulait trop lentement. Drôle, mesquin et méchamment cruel pour dépeindre l'absurdité de leur lutte des classes, les règlements de compte se succèdent à une cadence échevelée quant à savoir qui emportera la victoire, jusqu'à ce qu'une conclusion ne vienne les réconcilier par le biais du clin d'oeil macabre. La quatrième anthologie relate le pétage de plomb d'un ingénieur en explosif contre l'intransigeance d'une entreprise de fourrière. L'intrigue faisant honneur aux réparties verbales de ce dernier essayant vainement d'élucider l'injustice de son procès contre une bureaucratie innégociable. Le cinquième récit, incisif et sardonique dans sa chute macabre, brosse le portrait d'une bourgeoisie déloyale lorsqu'une famille est contrainte de négocier le sort de leur fils chauffard (il vient de percuter une femme enceinte après avoir pris la fuite) avec un avocat, un jardinier et un enquêteur. Un récit savoureux dans la galerie véreuse impartie à ces personnages mesquins auquel l'amitié n'a ici aucune signification pour leur soif du profit. Enfin, la dernière histoire achève de manière magistrale cette fable sur la dictature des sociétés modernes, l'incivisme, la jalousie, l'orgueil, la cupidité et la fourberie avec la nuit de noce de jeunes mariés épris d'entrain et de bonheur dans leur situation amoureuse mais rapidement rattrapés par la révélation d'une adultère que la jeune épouse va apprendre en direct de sa procession ! Jouissif, jubilatoire, insolent et plein de gravité, ce bijou d'humour acide dévoile l'envers de l'amour et de la fidélité par le biais d'un rupin subitement gagné par le remord. Bourré de répliques cinglantes dans l'expression rancunière de l'épouse, d'incidents violents et d'une rencontre inopinée au clair de lune, ce jeu de massacre réussit même à distiller une poignante empathie lors de sa dernière partie aigre-douce.


Si la plupart des sketchs s'avèrent remarquablement contĂ©s parmi l'acerbitĂ© d'intrigues Ă  rebondissements et parmi l'impulsion tempĂ©tueuse de ces personnages, le dernier segment confinĂ© dans une salle de noce vaut Ă  lui seul le dĂ©tour dans son brassage d'Ă©motions contradictoires afin de dĂ©crier l'irresponsabilitĂ© de l'acte du dĂ©vouement. 

Bruno Matéï

Récompenses:
Festival international du film de Saint-SĂ©bastien 2014 : Prix du public du meilleur film europĂ©en
National Board of Review Awards 2014 : meilleur film en langue Ă©trangère

vendredi 22 mai 2015

TRAINSPOTTING

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imgkid.com

de Danny Boyle. 1996. Angleterre. 1h34. Avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Kevin McKidd, Kelly Macdonald, Peter Mullan, James Cosmo.

Sortie salles France: 19 Juin 1996. Angleterre: 23 Février 1996

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester.
1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance. 2015: Steve Jobs.


ComĂ©die caustique au succès international et objet de culte auprès d'une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes, Trainspotting est la consĂ©cration de Danny Boyle, cinĂ©aste anglais prĂ©alablement rĂ©vĂ©lĂ© avec un petit thriller d'humour noir, Petits meurtres entre amis. Pourvu d'un sens de dĂ©rision dĂ©calĂ© afin de se dĂ©marquer des clichĂ©s concernant le thème Ă©culĂ© de la drogue, Trainspotting parvient Ă  tirer parti de son originalitĂ© par la dĂ©marche dĂ©jantĂ©e de cinq hĂ©roĂŻnomanes condamnĂ©s Ă  s'Ă©pauler et se trahir pour le compte perfide de leur dope. Vivant mutuellement une existence misĂ©reuse dans leur bourgade Ă©cossaise touchĂ©e par la dĂ©pression Ă©conomique, ils passent leur temps Ă  flâner, voler, dealer et se shooter entre deux tentatives de dĂ©crochage que leur leader Mark Renton essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'appliquer malgrĂ© l'influence de l'entourage.  


Nanti d'une mise en scène inventive et expĂ©rimentale afin de mieux nous immerger dans les effets dĂ©sirables (orgasme extatique Ă  l'intraveineuse, hallucinations Ă©dĂ©niques) et indĂ©sirables de l'hĂ©roĂŻne (impuissance sexuelle, perte de sens avec la rĂ©alitĂ©, bad-trip, overdose, crise de manque insoutenable), Danny Boyle rĂ©ussit Ă  allier fascination et rĂ©pulsion quant Ă  la perversitĂ© du produit que nos hĂ©ros s'injectent obstinĂ©ment sans prĂŞter attention Ă  la vivacitĂ© du monde extĂ©rieur. A l'instar de la sĂ©quence traumatisante auquel une mère dĂ©foncĂ©e se rend subitement compte que son bĂ©bĂ© est mort de dĂ©nutrition ! Une situation cauchemardesque d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante, le cinĂ©aste n'hĂ©sitant pas Ă  filmer explicitement le cadavre nĂ©crosĂ© du bambin. Aussi rĂ©aliste que dĂ©calĂ© dans les stratagèmes audacieux que nos junkies se contraignent de pratiquer pour obtenir leur produit, Ă  l'instar de leur transaction pour 2 kilos d'hĂ©roĂŻne, Danny Boyle ne cesse d'enjoliver sa mise en scène Ă  l'aide d'un esthĂ©tisme poĂ©tico-baroque (la fameuse plongĂ©e sous-marine dans la cuvette de toilette insalubre, les hallucinations cauchemardesques de Mark durant son sevrage !). Notamment en jouant avec la saturation / dĂ©saturation de dĂ©cors tantĂ´t psychĂ©dĂ©liques, tantĂ´t glauques au sein du refuge familier des droguĂ©s. Une manière d'Ă©tablir un contraste entre l'illusion de leur bonheur et la rĂ©alitĂ© sordide de leur misĂ©reux quotidien. Si certaines sĂ©quences dĂ©bridĂ©es prĂŞtent Ă  la rigolade dans leur sens du gag vitriolĂ© (le châtiment scatologique invoquĂ© Ă  Spud par sa compagne, le vol de la cassette porno que Mark a Ă©changĂ© chez le domicile de Tommy), d'autres moments exaltent un humour noir assez cru (la disparition d'un de leurs amis mort dans une circonstance aussi sordide que singulière). 


MenĂ© avec entrain par une galerie de junkies dĂ©lurĂ©s plongĂ©s dans l'illusion de la came, Trainspotting parvient Ă  alerter le cercle infernal et dĂ©vastateur de la drogue avec une inventivitĂ© et une dĂ©rision aussi acerbe que grinçante (Ă  l'instar du dĂ©nouement cynique de l'Ă©pilogue inscrit dans la dĂ©sillusion). ScandĂ© par une BO Ă©clectique alternant la pop et la techno Ă  une cadence mĂ©tronomique et dominĂ© par la prestance spontanĂ©e de comĂ©diens au caractère bien trempĂ© (mention particulière Ă  Robert Carlyle en psychopathe avili par son alcoolisme et sa violence convulsive et Ă  la prĂ©sence ambivalente d'Ewan McGregor en junkie intarissable !), Trainspotting continue d'insuffler son emprise de bad-trip par le biais d'un rĂ©alisme dĂ©sincarnĂ© !

Bruno Matéï
4èx

Récompenses:
Prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au Festival international du film de Seattle de 1996.
BAFTA Award du meilleur scénario adapté en 1996.
BSFC Award du meilleur film en 1996.
Empire Awards du meilleur film britannique, du meilleur réalisateur britannique, du meilleur acteur britannique (Ewan McGregor) et du meilleur espoir (Ewen Bremner) en 1997.
BAFTA Scotland Awards du meilleur film et du meilleur acteur (Ewan McGregor) en 1997.
Bodil du meilleur film non-américain en 1997.
Lion tchèque du meilleur film étranger en 1997.
Brit Award de la meilleure bande-originale de film en 1997.
London Critics Circle Film Awards du meilleur acteur (Ewan McGregor) et du meilleur producteur en 1997

jeudi 21 mai 2015

Phantasm. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 80.

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Don Coscarelli. 1979. U.S.A. 1h32. Avec Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister, Kathy Lester et Angus Scrimm.

Sortie salles France: 4 Juillet 1979

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 FĂ©vrier 1954 Ă  Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.

Don Coscarelli et les clefs d’un autre monde.
Pour son troisième long-métrage, le néophyte Don Coscarelli frappe un grand coup dans le paysage du fantastique avec un film à petit budget, Phantasm, récompensé du Prix spécial du Jury à Avoriaz, puis célébré comme une relique culte dans les vidéo-clubs des années 80.
Difficile Ă  classer, Phantasm est un croisement entre conte horrifique, fantastique et science-fiction — Ă  l’image de son dernier acte dĂ©sincarnĂ© rĂ©vĂ©lant l’origine du Tall Man et de ses esclaves. Son succès commercial s’avère tel que quatre suites verront le jour, avec plus ou moins d’inspiration.

Un adolescent et son frère aĂ®nĂ© deviennent la cible d’Ă©vĂ©nements Ă©tranges dans le funĂ©rarium de leur contrĂ©e, après la mort brutale d’un ami. Un croque-mort patibulaire, une sphère volante et une horde de nains cadavĂ©riques s’immiscent dans leur quotidien.

Dès le prĂ©ambule, baignĂ© d’une aura trouble, dans la pĂ©nombre d’une nĂ©cropole nocturne, un meurtre Ă  l’arme blanche est perpĂ©trĂ© par une pulpeuse crĂ©ature envoĂ»tante. Puis viennent Jodie et Mike, deux frères dĂ©jĂ  endeuillĂ©s par la disparition de leurs parents. Tandis que l’aĂ®nĂ© s’Ă©loigne pour conquĂ©rir la mystĂ©rieuse femme, Mike s’insurge Ă  l’idĂ©e d’un nouvel abandon, et le suit Ă  la trace, impertinent et inquiet. C’est après l’enterrement de leur ami Tommy que Mike est tĂ©moin d’un acte impensable : le croque-mort en personne dĂ©robant le cercueil, pour l’enfermer dans le coffre d’un corbillard.

Quand la peur devient passage, et la mort un mystère à apprivoiser.
ÉpaulĂ© d’une partition onirique entĂŞtante, Don Coscarelli bâtit avec Phantasm un univers macabro-surnaturel, hors des sentiers battus.
Ă€ travers la dĂ©marche quasi-dĂ©tective d’un adolescent rongĂ© par l’angoisse de l’abandon, un monde opaque prend forme — nĂ© de sa jalousie, de sa paranoĂŻa, de son imaginaire dĂ©bordant. Il affronte ses propres dĂ©mons, ses peurs morbides nourries par la tragique disparition de sa famille.
Les vicissitudes baroques qu’il traverse, Coscarelli les matĂ©rialise avec un sens visuel vertigineux et un climat de mystère ensorcelant.
La narration elliptique, trouble, altère nos repères entre passé et présent, pour mieux nous engloutir dans un dédale cauchemardesque.

Sphère volante foreuse de cerveau, doigt mĂ©tamorphosĂ© en insecte, nains camouflĂ©s, portail dimensionnel vers une planète rouge… Phantasm est un pĂ©riple initiatique vers l’acceptation du deuil, une odyssĂ©e psychique oĂą la morgue devient seuil de l’inconnu.
L’inaccessibilitĂ© de l’absolu.
Coscarelli, en pionnier du fantastique contemporain, n’oublie pas l’humour noir, dissĂ©minĂ© dans l’excentricitĂ© de ses crĂ©atures, et mĂŞle au malaise une sensualitĂ© troublante, Ă  hauteur d’ado en Ă©veil sexuel.

Et comment oublier le rictus diabolique d’Angus Scrimm, incarnation inoubliable du Tall Man, figure spectrale du boogeyman, silhouette implacable Ă  la dĂ©marche lente ?
Autour de Mike, les seconds rĂ´les touchants gravitent comme des refuges de fortune. Et A. Michael Baldwin incarne, avec un naturel dĂ©sarmant, la fragilitĂ© d’un adolescent contraint de refrĂ©ner sa douleur pour survivre — avec une bravoure nerveuse, fiĂ©vreuse.                  

Phantasm : Enfance endeuillée, cauchemar éveillé.
Par son pouvoir de fascination, son dĂ©cor de funĂ©railles permanentes, son brassage de genres Ă©clatĂ©s, Phantasm s’Ă©rige en chef-d’Ĺ“uvre du fantastique moderne — un hymne au rĂŞve, Ă  la spiritualitĂ©, Ă  l’apprivoisement de la mort.
La puissance mĂ©taphorique de son scĂ©nario, l’univers onirico-macabre peint avec une crĂ©ativitĂ© organique, sa mĂ©lodie obsĂ©dante et inaltĂ©rable… tout concourt Ă  faire de Phantasm une Ĺ“uvre Ă©ternellement adolescente.

Les amoureux transis de bizarrerie ne se sont jamais remis d’une expĂ©rience aussi irrationnelle — un rite de passage vers l’ombre, pour consentir, Ă  demi, Ă  la fatalitĂ©… ou Ă  l’illusion de l’existence.

*Bruno
06.07.11.  5 (186 vues)
21.05.15.  6èx

mercredi 20 mai 2015

TRUE ROMANCE

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Tony Scott. 1993. U.S.A. 2h00. Avec Christian Slater, Patricia Arquette, Michael Rapaport, Christopher Walken, Dennis Hopper, Saul Rubinek, Bronson Pinchot, Samuel L. Jackson, Gary Oldman, Brad Pitt, Val Kilmer, James Gandolfini, Chris Penn, Tom Sizemore, Michael Beach, Frank Adonis.

Sortie salles France: 3 Novembre 1993. U.S: 10 Septembre 1993

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (né le 21 juillet 1944 à Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un réalisateur, producteur, producteur délégué, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les Prédateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre,1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire, 2005 : Domino, 2006 : Déjà Vu, 2009 : L'Attaque du métro 123, 2010 : Unstoppable..


Echec commercial lors de sa sortie, True Romance finit nĂ©anmoins par accĂ©der au rang de film-culte chez les cinĂ©philes aguerris d'une ultra-violence aussi corrosive que cartoonesque. ScĂ©narisĂ© par Quentin Tarantino dont on reconnait bien lĂ  la verve de ses dialogues satiriques, True Romance se rapproche plus d'une dĂ©clinaison de Sailor et Lula dans le portrait marginal du couple d'amants et les consĂ©quences de leur corruption, que du mythique Bonnie and Clyde auquel l'affiche française prĂŞtait allusion. Tony Scott ne lĂ©sinant pas sur le caractère sanglant des règlements de compte et passage Ă  tabac (Ă  l'instar du mĂ©morable corps Ă  corps barbare entre Alabama et un tueur misogyne !) dans un esprit sardonique oĂą l'humour noir fait des Ă©tincelles. 


Clarence, vendeur de comics, fan d'Elvis et de films de Kung-Fu, Ă©tablit la rencontre d'une escort-girl, Alabama, en pleine sĂ©ance de cinĂ©ma. EmportĂ©s par le coup de foudre, ils dĂ©cident rapidement de se marier avant que Clarence ne se dĂ©cide d'aller rĂ©cupĂ©rer les affaires de son Ă©pouse chez son ancien mac, Drexl Spivey, et de le supprimer. Après la mortelle altercation, Clarence s'empare par mĂ©garde d'une valise bourrĂ©e de Coke. Sans le sou, le couple dĂ©cide par le biais d'un ami de revendre la drogue auprès d'un producteur d'Hollywood. Jouissif et trĂ©pidant dans son intrigue Ă  revirements, quiproquos et rencontres inopportunes auquel la violence aride Ă©clate de manière brutale, hilarant dans sa galerie fantaisiste de malfrats dĂ©jantĂ©s auquel d'illustres comĂ©diens se prĂŞtent au jeu avec ferveur (mention spĂ©ciale pour le numĂ©ro anthologique que Christopher Walken insuffle dans sa posture parodique de parrain sicilien !), True Romance s'instaure en plaisir de cinĂ©ma malotru. Notamment pour la caricature assignĂ©e aux financiers vĂ©reux d'Hollywood, l'hommage attendrissant invoquĂ© Ă  la Pop-Culture et son goĂ»t pour la farce caustique auquel la fourberie de certains antagonistes dĂ©voile l'envers d'une industrie cinĂ©matographique rongĂ©e par le cynisme et la cupiditĂ©. Par sa facture exotique (le cadre ensoleillĂ© des palmiers de Los Angeles) et le vent de charme et fraĂ®cheur que le couple Christian Slater / Patricia Arquette laisse planer avec fougue passionnelle, True Romance allie tendresse et trĂ©pas dans un cocktail acidulĂ© d'hystĂ©rie collective (fusillade paroxystique Ă  l'appui !). 


Soutenu par la bande-son exaltante d'un Hans Zimmer particulièrement inspirĂ© par les sonoritĂ©s tropicales, True Romance transfigure la romance criminelle par le biais du polar brutal auquel les rĂ©parties inventives et la galerie effrontĂ©e des comĂ©diens participent autant Ă  son attrait de sĂ©duction ! Classique moderne du genre, cette "vraie" romance (adoubĂ©e par Tarantino himself pour l'alternative du happy-end de Scott !) reste aujourd'hui toujours aussi pĂ©tillante et pĂ©taradante ! 

Bruno Matéï
3èx

    mardi 19 mai 2015

    Class 84

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

    Class of 1984 de Mark Lester. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Perry King, Merrie Lynn Ross, Timothy Van Patten, Roddy McDowall, Stefan Arngrim, Michael J. Fox, Keith Knight, Lisa Langlois.

    Sortie salles France: 29 Septembre 1982. U.S: 20 AoĂ»t 1982. Interdit au - de 18 ans lors de sa sortie.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mark Lester est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 26 Novembre 1946 à Cleveland, Ohio. 1971: Twilight of the Mayas. 1973: Steel Arena. 1982: Class 84. 1984: Firestarter. 1985: Commando. 1986: Armé et Dangereux. 1990: Class of 1999. 1991: Dans les Griffes du Dragon Rouge. 1996: Public Ennemies. 2000: Blowback. 2000: Sacrifice (télé-film). 2000: Guilty as Charged (télé-film). 2002: Piège sur Internet. 2003: Trahisons. 2003: Ruée vers la Blanche. 2005: Ptérodactyles.


    L'annĂ©e dernière, dans les collèges amĂ©ricains, 280 000 incidents avec violence ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s par des Ă©tudiants Ă  l'encontre de professeurs ou d'Ă©lèves. 
                                                                        Malheureusement... 
                                                Ce film est basĂ© sur des Ă©vènements rĂ©els.
                                                                        Heureusement... 
                                                Très peu d'Ă©coles sont Ă  l'image de "Lincoln High".
                                                                                  ... Pour l'instant.
     
    "Punk's not dead... le prof non plus".
    VoilĂ  ce qu’on pouvait lire en guise d’introduction, juste avant que le gĂ©nĂ©rique n’imprime en gros caractères rouges le logo prĂ©monitoire : Class of 1984. Film culte pour toute une gĂ©nĂ©ration — en tĂ©moigne son gros succès en salles puis en VHS, et ce malgrĂ© son interdiction aux moins de 18 ans — Class of 1984 doit sa rĂ©putation Ă  la frĂ©nĂ©sie de son ultra-violence, que Mark Lester exploite dans le cadre d’une sĂ©rie B pour mieux dĂ©noncer, en filigrane, la flambĂ©e inquiĂ©tante de la dĂ©linquance scolaire. Les flics postĂ©s Ă  l’entrĂ©e des Ă©tablissements y font office de geĂ´liers, chargĂ©s de dĂ©tecter armes blanches et flingues que certains lycĂ©ens planquent sous leur manteau avant de rejoindre les cours.

    HabitĂ© d’une violence aussi gratuite que putassière - autant dans les exactions dĂ©vergondĂ©es de nos quatre antagonistes que dans la riposte d’enseignants consumĂ©s par leur rancĹ“ur - le film ose mĂŞme aborder la question de l’autodĂ©fense via un final grand-guignolesque gravĂ© dans toutes les mĂ©moires. Quand un prof forcenĂ© dĂ©cide de se faire justice en trouant la peau de quatre ados après qu’ils ont violĂ© puis kidnappĂ© sa femme ! Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une vengeance ordinaire, comme dans tant de Vigilante Movies : Andrew Norris veut d’abord retrouver sa femme en VIE… avant de mĂ©thodiquement dĂ©gommer ses bourreaux.
     

    D’une efficacitĂ© et d’une tension exponentielles, la confrontation impitoyable entre Norris - harcelĂ© jour et nuit par une bande de punks - et ses Ă©lèves dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (interprĂ©tĂ©s par des comĂ©diens en transe, jubilant dans leur fourberie criminelle) prophĂ©tise un avenir dystopique, vingt ans avant l’heure. Mark Lester souligne tout cela avec outrance et une certaine dĂ©rision, exposant l’impuissance grotesque de la police et des profs… au point qu’un d’eux finira par sombrer dans une dĂ©pression suicidaire. Comment oublier cette scène hallucinĂ©e oĂą Roddy McDowall, flingue en main, prend sa classe en otage pendant un cours de biologie pour enfin se faire entendre ?

    DĂ©bridĂ©, sardonique, violemment rĂ©actionnaire, Class of 1984 aligne les confrontations musclĂ©es entre une troupe de dĂ©linquants sans vergogne - dignes hĂ©ritiers d’Orange MĂ©canique - et deux enseignants entraĂ®nĂ©s malgrĂ© eux dans une spirale d’intimidation et de reprĂ©sailles. De cette guerre larvĂ©e naĂ®t une violence dĂ©mente que Mark Lester pousse jusqu’Ă  la folie furieuse. Complètement frappadingue, j’vous dis ! 

    "Violence programmée en salle de classe".
    Ultra-violent et sans concession dans ses excès de brutalitĂ© putassière (la fameuse scène de viol et le carnage qui s’ensuit !), mais jouissif en diable dans son efficacitĂ© brute, Class of 1984 tire sa force de ce dĂ©lire assumĂ© et du jeu schizo de ses comĂ©diens en roue libre - mention spĂ©ciale Ă  Timothy Van Patten, dĂ©lectable de perversitĂ© insidieuse. Une vision prophĂ©tique de l’inflation de la dĂ©linquance scolaire, nourrie par la dĂ©mission parentale… Ă€ savourer au second degrĂ©, donc, pour ce tableau hallucinĂ© de la violence convulsive.

    *Bruno
    22è visionnage