jeudi 8 octobre 2015

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée... / Christiane F. - Wir Kinder vom Bahnhof Zoo

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

(Nous, les enfants de la gare du Zoo) de Uli Edel. 1981. Allemagne. 2h10. Avec Natja Brunckhorst, Thomas Haustein, Jens Kuphal, Rainer Woelk, Jan Georg Effler, Christiane Reichelt, Daniela Jaeger.

Sortie salles France: 24 Juillet 1981 (Interdit aux - de 13 ans). Allemagne: 2 Avril 1981.

FILMOGRAPHIE: Uli Edel est un rĂ©alisateur, producteur et monteur allemand, nĂ© le 11 Avril 1947 Ă  Neuenburg am Rhein (Allemagne). 1971: Der Kleine Soldat. 1976: Die Erzählungen Bjelkins (tĂ©lĂ©-film). 1977: Der Harte Handel (tĂ©lĂ©-film). 1978: Das Ding: (sĂ©rie TV). 1981: Moi, Christiane F., 13 ans, droguĂ©e, prostituĂ©e. 1984: Eine Art von Zorn (tĂ©lĂ©-film). 1987: Waldhaus (sĂ©rie TV). 1989: Dernière sortie pour Brooklyn. 1993: Body. 1994: Confessions d'une rebelle (tĂ©lĂ©-film). 1995: Mike Tyson, l'histoire de sa vie (tĂ©lĂ©-film). 1996: Raspoutine (tĂ©lĂ©-film). 1999: La Ville des LĂ©gendes de l'Ouest (tĂ©lĂ©-film). 2000: Le Petit Vampire. 2001: Les Brumes d'Avalon (tĂ©lĂ©-film). 2002: King of Texas (tĂ©lĂ©-film). 2002: Jules CĂ©sar (tĂ©lĂ©-film). 2003: Evil Never Dies (tĂ©lĂ©-film). 2004: L'Anneau SacrĂ© (tĂ©lĂ©-film). 2008: La Bande Ă  Baader. 2010: Zeiten Andern Dich.

« D'la pisse et d'la merde, partout ! Y'a qu'Ă  r'garder ! Qu'est-ce que ça peut faire, que de loin tout ait l'air neuf et de grand standing, avec des blouses vertes, des supermarchĂ©s !
Ce qui pue l'plus à l'intérieur, c'est les cages d'escalier. Les enfants, qu'est-ce qu'ils peuvent faire quand ils jouent dehors et qu'ils ont envie d'pisser ? Le temps qu'l'ascenseur grimpe au 11ᵉ ou au 12ᵉ, ils ont fait dans leur culotte et s'en ramassent une. Autant le faire dans la cage d'escalier.
Et j'habite là depuis qu'j'ai six ans, avec ma mère, ma sœur et mes chats. Et j'en ai ras l'bol !
En ville, y a des affiches partout. Le Sound, la discothèque la plus moderne d'Europe. C'est lĂ  qu'je veux aller... »

"Moi, Christiane F. : la chute Ă  nu".
ExpĂ©rience jusqu’au-boutiste Ă  l’intensitĂ© dramatique impitoyable, Moi, Christiane F. est un uppercut Ă©motionnel, un choc quasi insoutenable pour notre regard impuissant face Ă  la lente noyade d’une junkie dans le Berlin des annĂ©es 70. L’Ă©preuve sans rĂ©pit d’une gamine de treize ans piĂ©gĂ©e dans son addiction Ă  l’hĂ©roĂŻne, contrainte de se prostituer pour survivre depuis la fuite du père. Cette dĂ©chĂ©ance, ce dĂ©sespoir sans porte de sortie, le spectateur le contemple, nausĂ©eux, poisseux de malaise. L’ambiance lourde, oppressante, glauque (score lancinant, hypnotique) rĂ´de autour d’une gare berlinoise hantĂ©e par des jeunes SDF — et la camĂ©ra voyeuriste traque tout sans pudeur : l’aiguille dans la veine, la giclĂ©e de sang, le manque, les crampes, la sueur, le vomi, les draps souillĂ©s, les murs Ă©claboussĂ©s, le sexe forcĂ© d’une clientèle immonde.
 
 
Uli Edel ne recule devant rien pour dire sans fard la misère de Christiane et de ses ombres, zombies crevĂ©s errant de trottoir en trottoir pour racler de quoi s’offrir leur offrande. Le rĂ©alisme est si brut qu’on jurerait ces acteurs inconnus vraiment camĂ©s devant l’objectif. Jamais un film n’avait Ă©corchĂ© l’âme Ă  ce point, tant la dĂ©crĂ©pitude des corps s’Ă©tiole sous nos yeux. Et si le jeu parfois balbutiant des seconds rĂ´les et les dialogues terreux sentent l’impro, ce tremblement colle Ă  la noirceur qu’ils habitent. La photo blafarde fore le crâne d’une mĂ©lancolie poisseuse, tandis que le montage, nerveux et elliptique, Ă©pouse la spirale du manque. Mais si Moi, Christiane F. reste Ă  ce point viscĂ©ral et sans fard, il le doit surtout au talent Ă©corchĂ© de Natja Brunckhorst, qui porte en elle l’effondrement et la solitude comme une blessure Ă  vif.

 
"Poison blanc et draps souillés".
Cri d’alarme pour une jeunesse Ă©garĂ©e, Ă©preuve de survie noyĂ©e sous la poudre, Moi, Christiane F. demeure le tĂ©moignage le plus cru, le plus sale, le plus Ă©prouvant sur le flĂ©au. AdaptĂ© du best-seller glaçant de Kai Hermann et Horst Rieck, le film laisse le spectateur hagard, muet, vidĂ©, bien après le gĂ©nĂ©rique.
À réserver aux cœurs solides, mais à projeter dans tous les collèges, lycées et universités.

Ă€ mon frère de cĹ“ur Pascal, disparu en dĂ©cembre 93, et Ă  tous ceux qui n’ont pas eu la chance de s’en sortir.

* Bruno
(4èx)


"Christiane F. : une sœur perdue sous la came"
 
J'ai refermĂ© hier soir le livre avec la sensation d’avoir perdu ma meilleure amie. J’ai toujours eu, dans ma vie, cette attirance presque tendre pour les ĂŞtres torturĂ©s, marginaux, Ă©corchĂ©s.

Comme le film, je n’ai jamais rien lu de plus fort sur la toxicomanie, la dĂ©chĂ©ance et le suicide. Ă€ travers cette jeunesse sacrifiĂ©e, souillĂ©e par la came, l’entourage et la SOCIÉTÉ, on comprend qu’un toxicomane est l’esclave de sa pathologie, abandonnĂ© Ă  lui-mĂŞme, et qu’il n’a rien Ă  faire derrière des barreaux.

PlongĂ© corps et âme pendant deux semaines dans l’esprit de Christiane (une quinzaine d’heures de lecture Ă  tout casser), j’ai la troublante impression d’avoir connu mon double. MĂŞme passĂ© balafrĂ©, mĂŞmes amitiĂ©s fangeuses, mĂŞme dĂ©composition du corps, mĂŞme impuissance morale. Par ses confidences Ă  vif, ses Ă©tats d’âme jetĂ©s comme des cailloux dans le vide, j’ai senti sa rage de survie, son dĂ©sespoir Ă  vouloir extirper le dĂ©mon nichĂ© sous sa peau. Son calvaire, c’est Sisyphe shootĂ© au poison blanc.

InĂ©vitablement bouleversant, cruel, d’une âpretĂ© insupportable, le chemin de croix de Christiane s’enracine aussi dans une histoire d’amour maudite — sa passion incurable pour Djev — et se clĂ´t sur l’interrogation insoutenable d’une rĂ©demption possible.

Un tĂ©moignage viscĂ©ral, sensitif, d’une humanitĂ© mise Ă  nu, qu’on devrait placer entre toutes les mains, sur tous les pupitres. Christiane s’infiltre dans notre corps, notre cĹ“ur, notre esprit, avec une luciditĂ© sauvage, une vĂ©ritĂ© sans fard, une audace de vivante. Inoubliable.

-- Bruno
21/04/18.

Biographie: Qu'est-il arrivé à Christiane F ?: http://brunomatei.blogspot.com/2011/03/quest-til-arrive-christiane-f.html


Natja Brunckhorst

Natja Brunckhorst, inoubliable interprète de "Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée..."

À 14 ans, elle est remarquée par le réalisateur Uli Edel qui la choisit pour le rôle de Christiane Felscherinow. Le tournage dure d'août à novembre 1980. Son interprétation y fut saluée tant par la critique que par le public.

Le tapage médiatique autour de sa personne, à la suite du grand succès du film, la prend par surprise. Pour échapper à la pression, elle se rend en Angleterre, où elle poursuit ses études jusqu'en 1986. Elle séjourne ensuite à Paris.

En 1987, Natja Brunckhorst retourne en Allemagne, où elle suit des études d'actrice à la Schauspielschule Bochum. Elle en sort diplômée en 1991. Pendant ce temps, elle tourne d'autres films, relativement inconnus (comme Enfants de pierre ou Babylone). Sa carrière s'interrompt vers 1993/94, alors qu'elle se bat contre un cancer, dont elle guérit.

En 1998, elle écrit pour la première fois un scénario, celui de la série télévisée Einsatz Hamburg Süd. Elle poursuit pendant 26 épisodes. En 2000, Natja Brunckhort apparaît aux côtés de Franka Potente et Benno Fürmann dans le film La Princesse et le Guerrier. Depuis 2002, elle est également apparue dans 105 épisodes de la série Dr. Sommerfeld - Neues vom Bülowbogen.

Natja Brunckhorst vit à Munich avec sa fille Emma, née en 1991 d'une relation avec l'acteur Dominic Raacke qui dura de 1988 à 1993.

                                -----------------------------------------------------------------------------

L'avis de Mathias Chaput:
Ouch !
"Moi Christiane F." est un film très dur, presque atroce !
Plongée radicale et sans compromis dans le quotidien de toxicos, dans un Berlin gangrèné par la misère et la délinquance, vision très réaliste d'un contexte social en plein délitement, le métrage prend bien aux tripes !
Au début pour nous mettre directement dans l'atmosphère, le cinéma où va Christiane projette "Night of the living dead" de Romero !
Référence glauque et ambiance morbide qui seront inhérentes tout le long !
ça vomit partout, même des giclées intenses sur les murs, ça se pique dans les chiottes et la prostitution y est montrée ultra crûment !
rien ne nous est épargné, ni les urophiles, ni les scatophiles ou les sadomasochistes, Edel prend le parti de ne rien cacher !
On a l'impression que Christiane est atteinte du mythe de Sisyphe, à chaque fois qu'elle monte la pente, quelque chose la fait de nouveau dégringoler et basculer en arrière !
Nombre de fois elle essaiera de stopper l'héroïne pour replonger régulièrement !
Edel ne lésine pas sur les effets chocs et le film multiplie les gros plans de seringues plantées dans le bras (donc attention aux personnes sensibles ! personnellement il m'est souvent arrivé de tourner le regard sur certains moments que je jugeais profondément insupportables et indisposants !)...
La bienséance en prend un coup mais n'empêche pas le film d'être de qualité !
Interprétation soignée, réalisme abrupt, décors parfaitement appropriés et dynamisme dans la réalisation, "Moi Christiane F." tient bien en haleine et s'avère passionnant !
Un témoignage du désoeuvrement d'une certaine jeunesse, indispensable pour comprendre les mécanismes de la toxicomanie et les motivations "qui font que ..."
Inoubliable !
Note : 8.5/10


mercredi 7 octobre 2015

VICE-VERSA

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cadependdesjours.com

"Inside Out" de Pete Docter et Ronnie del Carmen. 2015. 1h34. Avec les voix de Amy Poehler, Lewis Black, Mindy Kaling, Bill Hader, Phyllis Smithn Kaitlyn Dias.

Sortie salles France: 17 Juin 2015. U.S: 19 Juin 2015

FILMOGRAPHIE: Pete Docter est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 9 Octobre 1968 à Bloomington (Minnesota).
1988: Winter. 1989: Palm Springs. 1990: Next Door. 2001: Monsters and Cie. 2002: La Nouvelle voiture de Bob. 2009: LĂ -haut. 2915: Vice Versa.
Ronnie del Carmen est un dessinateur de bande dessinée et animateur américano-philippin, né le 31 Décembre 1959 aux Philippines.
1995-1996: Freakazoïd ! (2 épisodes). 2009: Doug en mission spéciale. 2015: Vice Versa.


Véritable odyssée humaine en interne du cerveau d'une fillette de 12 ans où chacune de ses émotions est symbolisée par des personnages fantasques, Vice Versa est un enchantement visuel de tous les instants, un hymne à l'optimisme du point de vue rebelle d'une adolescente en perdition. Car depuis que Joie et Tristesse ont été exclues par inadvertance de son quartier cérébral, Dégoût, Colère et Peur insufflent communément l'impression de la morosité afin d'inciter Riley à fuguer depuis que ses parents ont emménagé à San Francisco. Livrée à la solitude, le désespoir (notamment son échec sportif au Hockey) et la désillusion depuis l'absence de ces anciens camarades de classe, elle tente de rejoindre sa ville natale après avoir osé frauder ses parents.


Initiation Ă  la sagesse et Ă  la probitĂ© pour le parcours introspectif d'une fillette gagnĂ©e par ses sentiments pessimistes de peur, d'isolement et de tristesse, Vice Versa prouve avec une invention poĂ©tique fulgurante Ă  quel point la fragilitĂ© de nos Ă©motions influe sur notre comportement pour chambouler notre destin journalier. Totalement immersif, de par les stratĂ©gies Ă©piques que les Ă©motions de Riley tentent de vĂ©hiculer afin de l'accĂ©der Ă  l'optimisme, Vice Versa double l'aventure du point de vue interne de Joie et de tristesse, quand bien mĂŞme Riley est illustrĂ©e sous l'angle externe parmi sa dĂ©pression du dĂ©pit. Par son cheminement psychologique en dĂ©sarroi d'une nouvelle existence blafarde (l'Ă©tat inconnu de San Francisco), Riley va notamment apprendre Ă  mesurer la tristesse d'un point de vue autrement optimiste (passons par la souffrance pour accĂ©der au bonheur !) lorsque la culpabilitĂ© lui permettra d'affronter ses remords avec soulagement. A travers cette passionnante rĂ©flexion sur la gestion de nos Ă©motions afin de matĂ©rialiser la persĂ©vĂ©rance, la confiance en soi et le bonheur, Vice Versa s'Ă©difie en puzzle psychanalytique par le biais d'une trĂ©pidante course contre la montre pour dĂ©jouer le dĂ©faitisme. On peut Ă©galement souligner le bĂ©nĂ©fice salvateur des rĂŞves et de nos souvenirs, nos instants fructueux du passĂ© permettant au cerveau d'y prĂ©server les instants du bonheur afin d'y consolider un moral plus coriace.


L'Aventure Intérieure
ImmodĂ©rĂ©ment inventif parmi sa flamboyance d'un onirisme expĂ©rimental et immersif en diable au point de bouleverser nos Ă©motions parmi la fragilitĂ© d'une adolescente en phase d'apprentissage, Vice Versa est Ă©galement transcendĂ© par la bonhomie altruiste de ses Ă©motions contradictoires que Joie, Tristesse, DĂ©goĂ»t, Colère et Peur matĂ©rialisent ici avec tempĂ©rament en Ă©moi. Un chef d'oeuvre d'Ă©motions contradictoires, une aventure humaine pleine de lyrisme oĂą la drĂ´lerie irrĂ©sistible se tĂ©lescope avec une poĂ©sie bouleversante. 

Bruno Matéï

mardi 6 octobre 2015

COOTIES

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thebergerie.net

de Jonathan Milott et Cary Murnion. 2014. U.S.A. 1h28. Avec Elijah Wood, Rainn Wilson, Alison Pill, Jack McBrayer, Leigh Whannell, Nasim Pedrad, Ian Brennan.

Sortie salles U.S: 18 Septembre 2015

FILMOGRAPHIE: Jonathan Milott et Cary Murnion sont deux rĂ©alisateurs amĂ©ricains. 
2014: Cooties


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation prometteuse grâce Ă  l'Ă©bauche de son trailer festif, Cooties emprunte la thĂ©matique de l'enfant-tueur sous le concept d'une comĂ©die horrifique malencontreusement poussive ! De par son humour lourdingue gesticulĂ© par des adultes hĂ©roĂŻques trop orgueilleux et les Ă©preuves de survie qu'ils doivent vaillamment endurer dont seuls le 1er acte plutĂ´t prometteur (gĂ©nĂ©rique stylisĂ© de mauvais goĂ»t Ă  l'appui !) et son final homĂ©rique parviennent Ă  Ă©veiller un enthousiasme timorĂ©. Car il faut avouer qu'au centre de l'intrigue, l'ennui s'y distille calmement lorsque nos survivants tentent par exemple de dĂ©nicher une issue de secours dans les conduits de l'Ă©tablissement scolaire assiĂ©gĂ© par des zombies en culotte courte ! La cause incombant Ă  un virus infiltrĂ© dans les nuggets de poulets qu'une ado a incidemment ingĂ©rĂ© Ă  la cantine. 


La raison de ce ratage filmique Ă©mane indubitablement d'une rĂ©alisation maladroite façonnĂ©e par un duo de cinĂ©astes en herbe puisqu'il s'agit de leur premier essai. Deux auteurs dĂ©sinhibĂ©s dans leurs intentions louables de transgresser la morale du politiquement incorrect pour assassiner devant l'Ă©cran (en mode "gore pour rire") nos mioches et d'y dĂ©noncer leur impudence comportementale ! Ces derniers n'hĂ©sitant pas arborer leur insolence triviale lorsqu'il s'agit de brocarder une Ă©colière physiquement vĂ©rolĂ©e (la 1ère victime du virus) quand bien mĂŞme le garnement le plus burnĂ© se vante fièrement de mater des photos X sur son smartphone auprès de l'autoritĂ© de son professeur (Elijah Wood endossant son rĂ´le pĂ©dagogique avec une modestie sensiblement attachante). Si le thème sanitaire des mĂ©faits de la Junk Found et son rĂ©quisitoire sur la dĂ©mission parentale restent d'actualitĂ© en notre Ă©poque de crise, l'intrigue Ă©culĂ©e se morfond ensuite uniquement sur l'enjeu stratĂ©gique des professeurs en sursis de survie. Des sĂ©quences de panique mollement emballĂ©es par son manque d'intensitĂ© dĂ©bridĂ©e, alternant rebondissements horrifiques et gags de pacotille sous l'avarice de pĂ©ripĂ©ties faiblement spectaculaires (si on Ă©pargne l'impact graphique de deux, trois bastons et agressions croquignolettes). On peut tout de mĂŞme accorder un certain crĂ©dit au caractère spontanĂ© de nos insurgĂ©s Ă©ducateurs mais leurs rĂ©parties sensĂ©es provoquer l'hilaritĂ©, et leur comportement volontairement Ă©tourdi, finissent par ternir leur cohĂ©sion amiable, sans compter la pirouette annexe impartie Ă  l'idylle du trio d'amants dont on Ă©prouve aucune empathie. 


Une comédie triviale faussement trash et burnée, à contre-courant des outrances de Tromaville.
En rĂ©sulte une sĂ©rie B de comptoir aux airs de dĂ©jĂ  vu, une dĂ©ception inconsolable malgrĂ© l'ambition louable des auteurs Ă  daigner dĂ©roger les lois de la rĂ©vĂ©rence par une violence cartoonesque trop hĂ©sitante et l'originalitĂ© d'un point de dĂ©part dĂ©nuĂ© d'audaces et de surprises (ou alors très peu !) .  

Bruno Matéï


lundi 5 octobre 2015

MEN IN BLACK 3

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"MIB 3" de Barry Sonnenfeld. 2012. U.S.A. 1h46. Avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Jemaine Clement, Emma Thompson, Michael Stuhlbarg, Alice Eve, Nicole Scherzinger.

Sortie salles France: 23 Mai 2012. U.S: 25 Mai 2012

FILMOGRAPHIE: Barry Sonnenfeld est un réalisateur américain, acteur, producteur et directeur de la photographie, né le 1er Avril 1953 à New-York. 1991: La Famille Addams. 1993: Les Valeurs de la famille Addams. 1993: Le Concierge du Bradbury. 1995: Get Shorty. 1997: Men in Black. 1999: Wild Wild West. 2002: Big trouble. 2002: Men in Black 2. 2006: Camping Car (RV). 2012: Men in Black 3. 2016: Nine Lives.


Après un second volet clairement redondant (mĂŞme si Ă  la revoyure la sympathie du produit peut prĂŞter Ă  distraire avec clĂ©mence), Barry Sonnenfeld renoue avec la fougue du premier volet grâce Ă  son concept narratif imparti autour du voyage spatio-temporel. Une idĂ©e judicieuse permettant Ă©galement de revigorer la sĂ©rie par le biais d'une scĂ©nographie vintage faisant rĂ©fĂ©rence Ă  l'Ă©vènement historique d'Apollo 11 (les premiers pas de l'homme sur la lune !) et du personnage de l'agent K que notre briscard Tommy Lee Jones endosse avec sa traditionnelle mine renfrognĂ©e. Et justement, grâce Ă  l'astuce de son pitch temporel, nous allons ici comprendre les tenants psychologiques de son caractère acariâtre grâce Ă  la mission que son co-Ă©quipier, l'agent J, va entreprendre vaillamment pour lui sauver la vie. EvadĂ© de sa prison implantĂ©e sur la lune, Boris l'animal se jure d'Ă©radiquer l'agent K, l'auteur de son emprisonnement d'il y a 40 ans et de l'amputation de son bras lorsqu'ils s'Ă©taient tous deux confrontĂ©s sur le terrain de Cap Canaveral le 16 Juillet 1969. Avec l'aide d'une technique temporelle permettant de retourner dans le passĂ©, l'agent J s'efforce de retourner sur les lieux de l'altercation afin d'empĂŞcher Boris d'assassiner son partenaire. 


Ce scĂ©nario palpitant misant sur l'expectative d'une confrontation redoutĂ©e et culminant vers un point d'orgue viscĂ©ralement vertigineux, Barry Sonnenfeld l'exploite avec l'efficacitĂ© d'une action aussi homĂ©rique qu'inventive (le prologue dĂ©marrant sur les chapeaux de roue redoublant de subterfuges dĂ©bridĂ©s !) et l'alternative allouĂ©e au duo d'exĂ©cutants que Josh Brolin remplace avec un naturel dĂ©contractĂ© afin d'y afficher la jeunesse de l'agent K. En prime, pour redorer une note insolite Ă  leur cohĂ©sion, ils sont Ă©paulĂ©s d'un extraterrestre arcadien douĂ© de prescience qui leur permettra aussi de protĂ©ger la terre par le biais de l'Arcnet. Un objet technologique servant de boucle de protection afin de dĂ©jouer toute invasion sur notre planète. Amusant, parfois drĂ´le et souvent spectaculaire, Men in Black 3 parvient donc Ă  sĂ©duire par ces nouveaux enjeux de survie (le sort allouĂ© Ă  l'agent K et Ă  celui de la Terre) en dĂ©localisant l'Ă©poque futuriste des annĂ©es 2000 vers le cadre autrement rĂ©tro des sixties. Si la galerie Ă©clectique de quelques humains extraterrestres continuent de provoquer la cocasserie face Ă  leur impertinence insidieuse, la physionomie charismatique du "mĂ©chant" de l'intrigue se distingue du lot tant l'acteur Jemaine Clement jubile Ă  exprimer une mĂ©galomanie arrogante inscrit dans le machiavĂ©lisme. Pour parachever, et de manière inopinĂ©e, Barry Sonnenfeld clĂ´t son chapitre avec l'Ă©motion d'une situation tragique en compromis avec le passĂ© de l'agent J. Une manière empathique de mettre en exergue la cohĂ©sion altruiste qui unie les deux agents en dĂ©pit de l'apparence bourrue (mais justifiĂ©e) de l'Agent K. 


Assez fun, cocasse et trĂ©pidant, Men in Black 3 doit principalement sa rĂ©ussite Ă  l'ossature d'un scĂ©nario retors oĂą l'Ă©poque rĂ©fĂ©rentielle des annĂ©es 60 sert de pilier Ă©motif afin de lever un voile sur la jeunesse torturĂ©e de l'agent K que Josh Brolin et Tommy Lee Jones incarnent communĂ©ment avec un tempĂ©rament aussi persuasif. 

La chronique du 1er volet: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/09/men-in-black.html

Bruno Matéï
2èx

vendredi 2 octobre 2015

PINK FLOYD THE WALL

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

d'Alan Parker. 1982. Angleterre. 1h39. Avec Bob Geldof, Christine Hargreaves, James Laurenson, Eleanor David, Kevin McKeon, Bob Hoskins, David Bingham, Jenny Wright.

Sortie salles France: 14 Juillet 1982. U.S: 13 Août 1982

FILMOGRAPHIE: Alan Parker (Alan William Parker) est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur britannique, né le 14 Février 1944 à Islington, Londres.
1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: Shoot the Moon. 1982: Pink Floyd The Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: Les Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


Chef-d'oeuvre du film musical qui mit en transe toute la génération 80 (que ce soit auprès des spectateurs lambdas, des millions de fans pour l'album référentiel de Roger Waters, des fumeurs de joint et des toxicos), Pink Floyd the Wall est l'objet filmique de tous les fantasmes, de toutes les exubérances. Une plongée vertigineuse dans l'âme d'un artiste moribond, un florilège de métaphores constituées autour de la question de libéralisme où sa puissance visuelle se télescope harmonieusement parmi une rythmique musicale tantôt tempétueuse, tantôt mélancolique.


Un mĂ©ga trip visuel et auditif d'une puissance Ă©vocatrice dans son violent rĂ©quisitoire contre le fascisme des sociĂ©tĂ©s modernes, les sempiternels gĂ©nocides des guerres d'Ă©tats, le système scolaire et son Ă©ducation arbitraire, le conservatisme de nos juridictions, et Ă  moindre Ă©chelle l'adultère provoquant chez la victime une dĂ©ception morale en perdition. Conçu comme un gigantesque video-clip expĂ©rimental Ă©talĂ© sur une durĂ©e d'1h40, Alan Parker retrace avec onirisme, stylisme et lyrisme baroque (Ă  l'instar des plages d'animation aussi fulgurantes qu'ensorcelantes !) le destin torturĂ© de Pink, artiste rock notoire plongĂ© dans une solitude aliĂ©nante. Reclus dans sa demeure tamisĂ©e, il se remĂ©more avec hantise toute son enfance, de son trauma de la seconde guerre auquel son père s'y sacrifia, de sa relation avec sa mère poule, de sa solitude Ă©prouvĂ©e Ă  l'Ă©cole, de son mariage ratĂ© et de son refuge vers la drogue. Au fil de ses souvenirs peu glorieux, il se rapproche un peu plus de la folie après avoir construit un mur mental l'empĂŞchant de communiquer avec le monde extĂ©rieur. Alors que les fans hystĂ©riques s'impatientent Ă  le retrouver sur scène, Pink se fond dans l'esprit schizophrène d'un dictateur tyrannique afin de châtier sa starification injustifiĂ©e et avant d'exploser les briques de son rempart.


Maelström d'imagerie musicale en roue libre, opĂ©ra-rock habitĂ© par la sĂ©dition libertaire d'un mĂ©lomane progressiste, Pink Floyd the Wall prĂŞche pour l'assainissement de nos sociĂ©tĂ©s contemporaines sous la direction d'un cinĂ©aste alchimiste adepte de poĂ©sie picturale. Sommet d'Ă©motions viscĂ©rales et sensitives, ce cri d'alarme et de dĂ©sespoir contre le carcan de nos magistratures politico-juridiques se porte en sacro-saint pour son appel Ă  l'insurrection. Un tĂ©moignage essentiel, une validitĂ© musicale inoxydable traitĂ©e Ă  la cadence infernale des tubes de Roger Waters, tĂ©nor lĂ©gendaire de son double album fondateur. 

Bruno Matéï
4èx

mercredi 30 septembre 2015

Unhinged

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vhscollector.com  

de Don Gronquist. 1982. U.S.A. 1h22. Avec Laurel Munson, Janet Penner, Sara Ansley, Virginia Settle, John Morrison, Barbara Lusch.

Sortie salles U.S: 15 Octobre 1982

FILMOGRAPHIE: Don Gronquist est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1982: Unhinged. 1995: The Devil's Keep.


ListĂ© dans la rubrique prohibitive "Video Nasties" Ă  l'aube des annĂ©es 80, Unhinged s'est inĂ©vitablement traĂ®nĂ© une rĂ©putation de sĂ©rie B horrifique cradingue alors que certains amateurs de l'Ă©poque l'ont sans doute dĂ©nigrĂ©, faute du caractère timorĂ© des sĂ©quences les plus sanglantes. Car hormis un final particulièrement choquant et malsain quant Ă  la rĂ©vĂ©lation de l'assassin et le meurtre sauvage qu'il ritualise vulgairement, Unhinged Ă©vite de se complaire dans une violence racoleuse en privilĂ©giant l'atmosphère d'inquiĂ©tude rĂ©gie autour d'une bâtisse funèbre. Le pitchAprès leur accident de voiture sur la route d'une campagne isolĂ©e, trois jeunes filles se retrouvent hĂ©bergĂ©es dans la demeure vĂ©tuste d'une mère et de sa fille. Mais la nuit, d'Ă©tranges respirations importunent leur sommeil quand bien mĂŞme la disparition de l'une d'entre elles va attiser leur inquiĂ©tude. Avec son budget Ă©triquĂ©, sa rĂ©alisation aussi maladroite qu'intentionnĂ©e et ses comĂ©diens amateurs au jeu théâtral mais pleins de bonnes intentions, Unhinged ne s'affiche pas sous ses meilleures auspices pour frissonner de plaisir. 


Surfant sur la vague du slasher initiĂ© par Halloween et Massacre Ă  la TronçonneuseDon Gronquist privilĂ©gie nĂ©anmoins une ambiance Hitchcockienne (mĂŞme si mon allusion au maĂ®tre peut prĂŞter Ă  sourire !) au sein d'un huis-clos archaĂŻque, Ă  l'instar de l'attitude castratrice d'une mĂ©gère imposant sa dictature auprès de sa fille esseulĂ©e. Le rĂ©alisateur accordant beaucoup de crĂ©dit Ă  leurs rapports de discorde avant de s'attarder sur la relation amicale que partagera l'une des convives avec cette dernière. Pendant ce temps, et avant de les blâmer Ă  l'arme blanche, un mystĂ©rieux assassin rode autour de la bâtisse en les Ă©piant par la fenĂŞtre ! Avec son rythme languissant et son suspense menu rehaussĂ© d'un climat anxiogène tantĂ´t fascinant, tantĂ´t capiteux, Unhinged exploite la thĂ©matique du dysfonctionnement familial au sein d'une intrigue nĂ©buleuse lorsqu'on nous dĂ©voile les aboutissants d'une rĂ©vĂ©lation traumatique plutĂ´t tirĂ©e par les cheveux. Toutefois, grâce Ă  l'inspiration (malhabile) de la rĂ©alisation surfant sur le climat fĂ©tide de Massacre Ă  la Tronçonneuse (l'entrepĂ´t des macchabĂ©es) et le ressort psychologique de Psychose (la schizophrĂ©nie de l'assassin), ce point d'orgue cauchemardesque provoque chez le spectateur un sentiment tangible de malaise rehaussĂ© de l'impact graphique d'un meurtre cradingue Spoiler ! ne laissant aucune Ă©chappatoire Ă  l'hĂ©roĂŻne ! Fin du Spoiler.


Produit d'exploitation au rabais de par sa réalisation bricolée et le jeu limité des comédiens plaisamment bonnards, Unhinged parvient constamment à cristalliser une ambiance lourde tantôt oppressante, tantôt envoûtante autour d'un obscur huis-clos au climat d'insécurité fantasque. Sa dissonance musicale rehaussant l'aspect ombrageux d'un climat gothique aussi feutré que malsain. Pâtissant d'un rythme monocorde pour autant jamais ennuyeux, cette attachante curiosité au charme désuet est à réserver en priorité aux nostalgiques aguerris du genre. Finalement très sympa pour qui raffole des purs films d'ambiance crépusculaire.

P.S: Pour les intéressés, le métrage est disponible en Dvd en France sous l'effigie Uncut Movies !

*Eric Binford
26.01.22. 4èx



mardi 29 septembre 2015

THE SUICIDE THEORY

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Dru Brown. 2014. Australie. 1h38. Avec Steve Mouzakis, Leon Cain, Joss McWilliam, Matthew Scully, Todd Levi, Nicholas G. Cooper, Warwick Comber.

Sortie salles U.S: 10 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Dru Brown est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2012: Sleeper. 2014: The Suicide Theory.


Seconde rĂ©alisation d'un jeune cinĂ©aste australien, The Suicide Theory s'Ă©rige en petite oeuvre indĂ©pendante crĂ©ant la surprise par son concept surrĂ©aliste (sauvĂ© du ridicule par l'intelligence narrative et psychologique) et l'Ă©motion qui en Ă©mane dans les contrariĂ©tĂ©s des protagonistes en quĂŞte de rĂ©demption. Depuis ses tentatives ratĂ©es de suicide, Percival engage un tueur afin de mettre un terme Ă  son existence esseulĂ©e. Après multiples essais inexplicablement infructueux, son assassin aguerri se prend de compassion pour lui au moment mĂŞme oĂą leur destinĂ©e va adopter une tournure inopinĂ©ment bouleversante. Nanti d'un climat mĂ©lancolique palpable (notamment pour l'ambiance musicale du bar de nuit que notre duo frĂ©quente en intermittence), de par le cheminement existentiel de deux personnages que tout oppose de prime abord, The Suicide Theory aborde les thèmes de l'autodestruction et de la destinĂ©e avec une surprenante pudeur.


Le réalisateur prenant soin de brosser leur portrait avec une sensibilité exponentielle, sachant que d'étonnantes révélations sur leur passé tragique nous seront dévoilées au fil de leur aparté psychologique. L'émotion fragile véhiculée par le brio du réalisateur et des deux acteurs nous prenant par surprise au gré d'une tournure d'évènements lourds de conséquences tragiques. Si la première partie du récit amorce une structure prévisible pour les exactions meurtrières du tueur à gages contraint de répéter les homicides sur sa victime increvable (éclairs de violence brutaux à l'appui !), la suite de leurs vicissitudes se focalise sur l'apprentissage de la compassion, l'écoute de l'autre et le respect d'autrui du point de vue de l'assassin en révélation identitaire. Son cheminement partagé entre son impuissance criminelle d'assister le suicidé, son appétence de vengeance et sa nouvelle stature héroïque lui ouvrant la voie de la raison existentielle parmi l'appui d'une destinée acquise d'avance. A travers ce thème métaphysique, le cinéaste tend à nous interroger sur le sens de notre fatalité par le biais des rencontres impromptues, de nos agissements personnels et des drames du quotidien n'ayant rien du fruit du hasard. C'est ce que nous illustre la seconde partie, notamment après nous avoir signalé l'intolérance de l'homophobie et la dépendance à la violence que les ignorants expriment par des pulsions de haine. A travers ce récit d'amitié en ascension compromis par l'inimitié rancunière, Dru Brown poursuit une autre réflexion sur le mal-être suicidaire où pardon, rédemption et culpabilité en seront les vecteurs psychologiques afin de décanter deux tragédies inconsolables.


"Vous avez beaucoup de chance d'ĂŞtre en vie"
Intrigant et captivant pour la tournure singulière des Ă©vènements (le scĂ©nario faisant preuve d'une structure baroque !), violemment brutal mais rattrapĂ© par une Ă©motion (Ă  fleur de peau) au fil des Ă©tats d'âme du duo maudit, The Suicide Theory dĂ©concerte l'habitude du spectateur pris entre les mailles d'un drame psychologique inopinĂ©ment bouleversant. Par le biais du suicide potentiellement salvateur et des consĂ©quences de nos faiblesses (la rancoeur, l'inattention), il en Ă©mane un douloureux poème sur la sollicitation du pardon, la repentance criminelle et la logique de notre destinĂ©e oĂą le hasard n'a pas lieu d'ĂŞtre. Un choc Ă©motionnel nous prenant par stupeur d'une accablante confrontation entre coupable et victime ! (et inversement !).  

Dédicace à Jen Winter
Bruno Matéï

lundi 28 septembre 2015

Men in Black

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Barry Sonnenfeld. 1997. U.S.A. 1h38. Avec Tommy Lee Jones, Will Smith, Linda Fiorentino, Vincent D'Onofrio, Rip Torn, Tony Shalhoub, Tim Blaney, David Cross.

Sortie salles France: 6 Août 1997. U.S: 2 Juillet 1997

FILMOGRAPHIE: Barry Sonnenfeld est un réalisateur américain, acteur, producteur et directeur de la photographie, né le 1er Avril 1953 à New-York. 1991: La Famille Addams. 1993: Les Valeurs de la famille Addams. 1993: Le Concierge du Bradbury. 1995: Get Shorty. 1997: Men in Black. 1999: Wild Wild West. 2002: Big trouble. 2002: Men in Black 2. 2006: Camping Car (RV). 2012: Men in Black 3. 2016: Nine Lives.


Succès planĂ©taire que ce premier volet d'une illustre franchise, Men in Black est l'adaptation cinĂ© du comics homonyme créé par Lowell Cunningham en 1990. A partir d'un pitch dĂ©lirant dĂ©tournant avec dĂ©rision la prĂ©sence d'extra-terrestres au sein de notre sociĂ©tĂ©, Men in Black joue la carte de la comĂ©die familiale sous l'autoritĂ© de deux agents en noir, experts en filature et traque d'une menace interplanĂ©taire. En cool attitude, Tommy Lee Jones et Will Smith endossent le duo amical avec verve impayable (leur interrogatoire musclĂ© imparti aux commerçants extraterrestres !) et hĂ©roĂŻsme stoĂŻque eu Ă©gard des gadgets ultra innovants (notamment l'outil permettant d'effacer la mĂ©moire des tĂ©moins oculaires) que le doyen Agent K inculque Ă  son Ă©quipier en herbe sur le champs de l'action. Outre le caractère saugrenu de l'intrigue (une crĂ©ature hostile dĂ©barque sur terre pour s'emparer d'une galaxie prĂ©servĂ©e par le prince arquilien) et la stature distinguĂ©e de nos sympathiques agents secrets, le film tire parti de sa fantaisie grâce Ă  l'univers excentrique dĂ©crit avec moult dĂ©tails. 


EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux en CGI souvent rĂ©ussis (en dĂ©pit de la confrontation finale perfectible), Barry Sonnenfield nous ouvre les portes du MIB, agence ultra secrète surveillant les prĂ©sences martiennes Ă  travers les galaxies tout en tolĂ©rant depuis les annĂ©es 50 leur arrivĂ©e hospitalière pour des milliers d'entre eux. D'une rĂ©jouissance sans modĂ©ration pour les gags inventifs se chevauchant parfois avec l'action de poursuites homĂ©riques (le prologue sur les chapeaux de roue, l'Ă©chappĂ©e automobile au dessus du tunnel), Men in Black met Ă©galement en appui le portrait insidieux d'une galerie d'E.T Ă  la physionomie fallacieuse. Ainsi, par le biais de leur investigation et leur traque d'y apprĂ©hender un dangereux alien, nos agents sont contraints d'interroger (voir Ă©galement dĂ©busquer certains d'entre eux) ces E.T Ă  forme humaine. On peut notamment louer la prĂ©sence du fameux "mĂ©chant" de l'histoire, une crĂ©ature  arthropode (un cafard gĂ©ant nous dĂ©voilera le point d'orgue) ayant dĂ©robĂ© l'enveloppe humaine d'un fermier après l'avoir occis, mais en l'occurrence pourvu d'une posture dĂ©gingandĂ©e dans sa condition corporelle putrescente. Ce zombie extraterrestre provoquant (Ă  l'instar d'un antagoniste du film Hidden !) des accès de violence erratiques lorsqu'il accoure dans les rues new-yorkaises pour se procurer un prĂ©cieux pendentif.


De par la complicitĂ© impayable de notre duo en roue libre, de l'univers excentrique formellement fascinant et l'inventivitĂ© des gags et d'une action Ă©chevelĂ©e, Men in Black exploite son argument d'anticipation avec une dĂ©rision irrĂ©sistible. MenĂ© sans rĂ©pit donc, notamment grâce Ă  l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation vigoureuse, cet excellent divertissement parvient surtout Ă  rĂ©guler l'intĂ©rĂŞt par les rencontres impromptues d'E.T de tous horizons que nos agents cĂ´toient avec un flegme aussi distinguĂ© qu'amusĂ©. 

La chronique du 3è opus: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/10/men-in-black-3.html

*Bruno
05.09.24. 5èx. Vostfr

    vendredi 25 septembre 2015

    MISSION IMPOSSIBLE: ROGUE NATION

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lyricis.fr

    de Christopher McQuarrie. 2015. U.S.A. 2h12. Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Sean Harris, Simon McBurney.

    Sortie salles France: 12 Août 2015. U.S: 31 Juillet 2015

    FILMOGRAPHIEChristopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey.
    2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation


    Cinquième volet d'une saga trĂ©pidante (plus inventive et attractive Ă  mon sens que la sĂ©rie des James Bond !), Mission Impossible: Rogue Nation relance l'objectif ardu qu'Ethan Hunt doit aujourd'hui surpasser: c'est Ă  dire prouver l'existence d'une organisation criminelle prĂ©nommĂ©e le Syndicat alors mĂŞme que la CIA, dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  dissoudre l'IMF, se charge de l'apprĂ©hender sous l'autoritĂ© du gouvernement amĂ©ricain. Tandis qu'Ethan se rend Ă  l'opĂ©ra de Vienne pour y dĂ©jouer un projet d'attentat contre le chancelier, il est Ă©paulĂ© par son Ă©quipier Benji Dunn au moment mĂŞme oĂą la nouvelle apparition d'une mystĂ©rieuse Ă©missaire, Ilsa Faust, continue de semer le doute quant Ă  sa vĂ©ritable identitĂ© et ses mobiles meurtriers.


    Afin d'assurer le spectacle fertile en traquenards, stratagèmes d'espionnage (le centre de donnĂ©es sĂ©curisĂ© imposant une opĂ©ration sous-marine claustrophobe afin d'y dĂ©rober un fichier), manipulations, traĂ®trises et subterfuges dans les tractations d'une transaction capitale, Christopher McQuarrie Ă©quilibre un scĂ©nario retors parmi l'intelligence de moult bravoures au service narratif. Outre sa sĂ©quence d'ouverture aĂ©rienne Ă©pique, on peut surtout vanter deux sĂ©quences anthologiques oĂą la mise en scène virtuose alterne suspense exponentiel et action chorĂ©graphique avec ce projet d'attentat infiltrĂ© en pleine procession théâtrale (hommage non dissimulĂ© Ă  Hitchcock et l'Homme qui en savait trop pour la gĂ©omĂ©trie scrupuleuse du montage !) puis avec une course-poursuite en motos multipliant itinĂ©raires urbains et routiers avec vigueur aussi fluide qu'effrĂ©nĂ©e ! Pour Ă©picer la mission de longue haleine (que Tom Cruise rempile avec le mĂŞme hĂ©roĂŻsme outre-mesure !) engagĂ©e dans la traque du magnat Solomane Lane (Sean Harris s'avère dĂ©lectable de prĂ©tention avec son faciès monolithique !), l'aventure est Ă©galement compromise parmi l'ambivalence d'un personnage fĂ©minin (remarquablement campĂ©e par la charmante et flegmatique Rebecca Ferguson). Une espionne pugnace redoutablement finaude dans son art de distiller l'ambiguĂŻtĂ© auprès de ses supĂ©rieurs et de la compagnie MFI par un sang froid infaillible !


    MenĂ© sur un rythme alerte ne laissant nul rĂ©pit au spectateur, Mission Imposisble: Rogue Nation parvient Ă  se dĂ©marquer de la routine grâce Ă  ses sĂ©quences d'action renversantes (l'improbabilitĂ© de la bravoure s'insinue dans le domaine du crĂ©dible grâce Ă  l'humour, l'inventivitĂ© et le rĂ©alisme d'une rĂ©alisation avisĂ©e) et la dextĂ©ritĂ© d'un scĂ©nario oĂą protagonistes et antagonistes se disputent l'autoritĂ© avec une diabolique sagacitĂ©. Du Blockbuster intelligent donc d'une redoutable efficacitĂ© quand bien mĂŞme le charisme distinguĂ© des comĂ©diens s'y prĂŞte fougueusement avec une dĂ©termination en roue libre. 

    Bruno Matéï

    jeudi 24 septembre 2015

    LIAISON FATALE

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

    "Fatal Attraction" d'Adrian Lyne. 1987. U.S.A. 1h59. Avec Michael Douglas, Glenn Close, Anne Archer, Ellen Hamilton Latzen, Stuart Pankin, Ellen Foley.

    Sortie salles France: 27 Janvier 1988 (Interdit aux - de 12 ans). U.S: 18 Septembre 1987.

    FILMOGRAPHIE: Adrian Lyne est un réalisateur et producteur britannique, né le 4 Mars 1941 à Peterborough (Grande Bretagne). 1980: Ca plane les filles. 1983: Flashdance. 1986: 9 semaines et demi. 1987: Liaison Fatale. 1990: L'Echelle de Jacob. 1993: Proposition Indécente. 1997: Lolita. 2002: Infidèle. Prochainement: Back Roads.


    PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ© au succès international mĂ©ritĂ©, Liaison Fatale prĂ©figure le thriller Ă©rotique moderne en cette fin des annĂ©es 80 bien qu'il s'inspirait dĂ©jĂ  du pitch d'Un frisson dans la nuit rĂ©alisĂ© par Clint Eastwood en 1971. Selon une rĂ©cente enquĂŞte (2014) menĂ©e par MĂ©diamĂ©trie, plus de 13,27 millions de français auraient (re)vu le 7 Novembre 1993 Ă  la tĂ©lĂ©vision le thriller d'Adrian Lyne. Un rĂ©alisateur d'origine anglaise dĂ©butant sa carrière avec des spots publicitaires avant de mettre en scène un drame de la jeunesse sur fond de sexe et de drogue, Ca plane les filles. C'est dire si ce phĂ©nomène planĂ©taire nominĂ© aux oscars marqua les esprits, principalement au niveau du magnĂ©tisme qu'invoque le duo torride et l'acuitĂ© d'un suspense dramatique toujours plus Ă©prouvant. Ainsi, prenant pour thème l'adultère du point de vue d'un notable respectĂ© de par sa profession et son Ă©quilibre familial, Liaison Fatale met en exergue une confrontation au sommet entre cet Ă©poux infidèle et une aguicheuse psychotique que Michael Douglas et Glenn Close endossent avec une pugnacitĂ© galvanisante.


    Ce couple maudit Ă©tant littĂ©ralement habitĂ© par leurs pulsions de haine après s'ĂŞtre laissĂ©s attendrir par leur dĂ©sir sexuel Ă  travers une passion dĂ©vorante. Nanti d'une tension progressive auprès des harcèlements imposĂ©s Ă  cet avocat contrariĂ©, l'intrigue puise sa densitĂ© dans les rapports discordants qu'entretiennent successivement nos deux antagonistes avant l'explosion de violence d'une vendetta criminelle. Mis en scène de façon circonspecte pour son habiletĂ© Ă  distiller un climat anxiogène particulièrement vĂ©nĂ©neux, Adrian Lyne exploite sa trame Ă©rotique (la 1ère partie redouble de sensualitĂ© torride pour les Ă©treintes sexuelles Ă©changĂ©es entre amants !) par le biais d'une direction d'acteurs infaillibles (notamment des seconds-rĂ´les Ă  la riche dimension humaine) et d'une intrigue nausĂ©euse oĂą la passion amoureuse est traitĂ©e ici d'un point de vue pathologique. D'une riche efficacitĂ© pour son rythme envoĂ»tant, le cheminement narratif emprunte donc le sentier d'une lente descente aux enfers que l'Ă©poux infidèle tentera de remonter avec un flegme compromis au sentiment d'impuissance. La maĂ®tresse psychotique redoublant de perversitĂ© Ă  humilier son ancien partenaire lors de provocations toujours plus audacieuses. Le cinĂ©aste prenant Ă©galement soin d'aborder la crise conjugale du point de vue de l'Ă©pouse trahie (intensitĂ© dramatique sans pathos Ă  l'appui !)  tout en soulignant une rĂ©flexion sur le pardon que cette dernière serait prĂŞte Ă  tolĂ©rer face Ă  une situation inopinĂ©ment dĂ©lĂ©tère.


    "L'amour, quand c'est trop fort, ça peut faire peur, très peur !"
    Admirablement servi par deux acteurs Ă©poustouflants de charisme sĂ©ducteur et de dĂ©pit solennel (Glenn Close s'avĂ©rant si inquiĂ©tante qu'elle fut menacĂ©e auprès d'une gente fĂ©minine Ă©pistolaire  après la sortie du film !) et dirigĂ© avec brio par un cinĂ©aste appliquĂ©, Liaison Fatale exploite avec une belle efficacitĂ© son suspense horrifique oĂą l'Ă©rotisme exaltant de la première partie n'Ă©tait qu'un simulacre pour mieux nous converger vers une dĂ©rive psychotique Ă  la terreur expansive. Fort de sa rĂ©putation notoire, ce thriller Ă©prouvant n'a rien perdu de son aura malsaine et de sa vigueur Ă©prouvante. Un classique du genre donc Ă  contre-courant du thriller lucratif pour midinettes ! 

    Bruno Matéï
    3èx 

    mercredi 23 septembre 2015

    Ténèbres / Tenebrae

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.com

    de Dario Argento. 1982. Italie. 1h41. Avec Anthony Franciosa, Daria Nicolodi, John Saxon, John Steiner, Giuliano Gemma, Carola Stagnaro, Christiano Borromeo, Veronica Lario.

    Sortie salles France: 27 Avril 1982. Italie: 28 Octobre 1982. Interdit au - de 18 ans lors de sa sortie.

    FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 7 septembre 1940, Ă  Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat Ă  9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours Ă  Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: TĂ©nèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux MalĂ©fiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'OpĂ©ra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (Ă©pis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (Ă©pis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


    Les artistes restent seuls, car le monde rĂ©el n'est pas le leur. 
    Fleuron du giallo qu’Argento transcende avec une fulgurance stylisĂ©e, entre onirisme macabre et surrĂ©alisme expĂ©rimental — Ă  l’image de ce fameux plan Ă  la Louma auscultant une demeure de l’extĂ©rieur, dans l’Ĺ“il du tueur — TĂ©nèbres tire ses lettres de noblesse au thriller transalpin, guidĂ© par un alchimiste inspirĂ© par sa propre expĂ©rience : celle d’un fan obsessionnel, harcelant jusqu’Ă  l’aveu glaçant de vouloir le tuer.

    L’intrigue suit les vicissitudes d’un Ă©crivain amĂ©ricain de renom venu Ă  Rome promouvoir son dernier roman, TĂ©nèbres, lorsqu’il devient la cible d’un mystĂ©rieux individu. En parallèle, un criminel s’attaque Ă  de jeunes femmes lubriques, tandis que l’inspecteur Germani s’intĂ©resse de près au sous-texte misogyne de l’Ĺ“uvre de Peter Neal.

    PortĂ© par le score Ă©lectro envoĂ»tant de Simonetti, Pignatelli et Morante — ex-Goblin — ce nĂ©o-giallo, magnifiĂ© par la limpiditĂ© d’une photo tantĂ´t azur, tantĂ´t opaline, tranche net avec le pourpre des meurtres. ChargĂ© d’un Ă©rotisme troublant — corps dĂ©nudĂ©s d’actrices fĂ©lines, rituel punitif d’un misogyne incurable — TĂ©nèbres rĂ©invente les codes du giallo avec un lyrisme audacieux, imprĂ©gnĂ© d’un souffle moderniste. Argento choisit l’architecture urbaine comme dĂ©cor, tantĂ´t Ă©colo, tantĂ´t spectral, et y inscrit sa propre gĂ©omĂ©trie du cauchemar.

    Ă€ l’image de cette course nocturne rendue incandescente par une lumière azur : une hĂ©roĂŻne fuit un doberman enragĂ©, ignorant que le tueur l’attend dĂ©jĂ  chez elle. Cette frĂ©nĂ©sie atteint son apogĂ©e lorsqu’elle se jette, hĂ©bĂ©tĂ©e, dans la gueule du loup. Concerto visuel et musical d’une horreur picturale, Argento compose une succession de meurtres aussi baroques que fiĂ©vreux. Le spectateur, encerclĂ©, ne peut Ă©chapper au sacre du cinĂ©aste. La sensualitĂ© du dĂ©sir fĂ©minin fusionne avec la cruautĂ© perverse d’un voyeur haĂŻssant ce qu’il convoite, jusqu’Ă  ce que le film, dans un dernier vertige, brouille toutes les pistes.


    La vision est l'art de voir les choses invisibles.
    Ă€ partir d’une trame orthodoxe, fidèle aux fondements du genre, Dario Argento transfigure le giallo avec un parti pris moderniste : sensualiser la forme dans des teintes froides et rassurantes. MĂŞme lorsque le sang surgit — comme dans cette anthologie du bras sectionnĂ©, oĂą la victime, titubant, vient tapisser de rouge la virginitĂ© du mur — TĂ©nèbres explose l’Ă©cran avec l’Ă©lĂ©gance vĂ©nĂ©neuse d’un script aussi insidieux qu’ensorcelant.
     
    *Bruno
    6è

    Dédicace à Mathias Chaput

    mardi 22 septembre 2015

    French Connection. Oscar du Meilleur Film,1972.

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nearpictures.com

    de William Friedkin. 1971. U.S.A. 1h43. Avec Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi, Tony Lo Bianco, Frédéric de Pasquale, Bill Hickman, Harold Gary.

    Sortie salles France: 14 Janvier 1972. U.S: 9 Octobre 1971

    FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés aux Oscars d'Hollywood.
    1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


    Traque infernale de deux flics dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  dĂ©jouer l'organisation mafieuse de plus grands dealers de drogue Ă  l'orĂ©e des Seventies, French Connection nous laisse le souffle coupĂ© de par son souci documentaire d'une mise en scène tirĂ©e au cordeau et ces acteurs habitĂ©s d'une gagne effrĂ©nĂ©e. Gene Hackman endossant avec une hargne viscĂ©rale un dĂ©tective sur le qui-vive des faits et gestes de ces rivaux, particulièrement Alain Charnier, contrebandier français Ă  la tĂŞte du cartel d'hĂ©roĂŻne aujourd'hui chargĂ© d'importer 32 millions de dollars de drogue sur le territoire ricain. A travers son appui professionnel et amical, Roy Scheider lui prĂŞte la vedette avec une pugnacitĂ© plus avisĂ©e sachant par ailleurs que son compère dĂ©cidera d'en tirer une affaire personnelle afin de se venger des brocards d'Alain Charnier (Fernando Ray s'avĂ©rant dĂ©lectable de sournoiserie en baron de la drogue tranquille).


    Modèle de rigueur pour sa mise en scène virtuose, William Friedkin renouvelle en 1971 le genre policier avec le parti-pris obsessionnel d'y prĂ´ner un rĂ©alisme documentĂ©. C'est Ă  dire transfigurer avec une prĂ©cision chirurgicale une filature de longue haleine qu'entreprennent ardemment Popeye et Cloudy avant de se laisser entraĂ®ner vers les traques homĂ©riques instaurĂ©es en plein centre urbain. A cet Ă©gard, la sĂ©quence de poursuite automobile que Popeye doit arpenter afin d'alpaguer un dangereux criminel est d'une intensitĂ© toujours inĂ©galĂ©e pour la vigueur dont Friedkin fait preuve face Ă  un itinĂ©raire routier semĂ© d'embĂ»ches. Par le biais d'un dĂ©coupage Ă  couper au rasoir et ce sentiment permanent d'improvisation rĂ©gi autour d'une population figurante, le cinĂ©aste chronomètre le caractère inĂ©dit d'une poursuite infernale sachant que dans sa dĂ©termination primitive, Popeye s'efforce de suivre en vĂ©hicule le cheminement ferroviaire d'un train pris en otage. Bien avant cette sĂ©quence anthologique filmĂ©e Ă  l'arrachĂ©, Friedkin prit soin de nous captiver parmi l'autoritĂ© draconienne de deux dĂ©tectives chargĂ©s de prendre en filature jours et nuits les plus grands leaders du trafic de drogue. Grâce Ă  cette rĂ©alisation alerte aussi maĂ®trisĂ©e que novatrice exploitant New-York comme un dĂ©dale tentaculaire, Friedkin parvient Ă  rendre passionnante une traque policière de grande ampleur, entre deux descentes musclĂ©es au sein de bars malfamĂ©s et de règlements de compte sanglants entre mafia et force de l'ordre. A ce titre, ses Ă©clairs de violence souvent spectaculaires font Ă©galement preuve d'un rĂ©alisme couillu pour l'Ă©poque, Ă  l'instar d'un tragique accident de voiture pris sur le vif sur l'aile d'une autoroute.


    Nanti d'un suspense hypnotique et d'une intensitĂ© haletante sous l'impulsion nĂ©vralgique de deux acteurs au sommet de leur carrière, French Connection inscrit sur pellicule l'un des faits divers les plus notoires d'une guerre (inlassable) contre la drogue avec un rĂ©alisme toujours aussi cinglant !  

    Bruno 
    4èx

    Récompenses: Oscars du Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur, Meilleur Scénario adapté, Meilleur Montage en 1972