vendredi 30 octobre 2015

Les Aventuriers

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

de Robert Enrico. 1967. France. 1h52. Avec Lino Ventura, Alain Delon, Joanna Shimkus, Serge
Reggiani, Paul Crauchet, Odile Poisson, Thérèse Quentin.

Sortie salles France: 12 Avril 1967

FILMOGRAPHIE: Robert Enrico est un réalisateur et scénariste Français, né le 14 Avril 1931 à Liévin (Pas de Calais), décédé le 23 Février 2001 à Paris.
1956: Jehanne. 1962: Au coeur de la vie. 1962: La Belle vie. 1964: Contre point. 1965: Les Grandes Gueules. 1967: Les Aventuriers. 1967: Tante Zita. 1968: Ho ! 1971: Boulevard du Rhum. 1971: Un peu, beaucoup, passionnément... 1972: Les Caïds. 1974: Le Secret. 1975: Le Vieux Fusil. 1976: Un Neveu silencieux. 1977: Coup de Foudre. 1979: L'Empreinte des Géants. 1983: Au nom de tous les miens. 1985: Zone Rouge. 1987: De guerre lasse. 1989: La Révolution Française (1ère partie). 1991: Vent d'Est. 1999: Fait d'Hiver.


Grand classique du cinĂ©ma français qu'une gĂ©nĂ©ration de jeunes tĂ©lĂ©spectateurs (moi compris) ont Ă©galement pu dĂ©couvrir via leur tube cathodique Ă  la fin des annĂ©es 70, Les Aventuriers relate la tendre histoire d'un trio amical peu commun. 

SynopsisAprès avoir fait connaissance avec la jeune artiste Laetitia, Manu, pilote de course, et Roland, mĂ©canicien, embarquent Ă  bord d'un navire pour se lancer dans une chasse au trĂ©sor en Afrique. Mais dans un concours de circonstances malchanceuses, un Ă©vènement aussi inopinĂ© que tragique va bouleverser leur destinĂ©e. 

A partir de ce pitch simpliste conjuguant l'aventure, la comĂ©die et le drame, Robert Enrico (cinĂ©aste notoire Ă  qui l'on doit l'inoubliable Le Vieux Fusil) y structure une magnifique histoire d'amitiĂ© entre deux acolytes et une jeune Ă©trangère en quĂŞte d'Ă©vasion. AgrĂ©mentĂ© de situations aussi lĂ©gères que cocasses que nos hĂ©ros partagent parmi leurs visites touristiques du Congo et leur expĂ©dition en mer, les Aventuriers insuffle un vent de libertĂ© exaltant sous l'impulsion de comĂ©diens dĂ©bordant de tendresse.  Lino Ventura et Alain Delon formant un duo indĂ©fectible dans leur fraternitĂ© amicale fondĂ©e sur la fidĂ©litĂ©, la loyautĂ©, le respect d'autrui. 


Pleine de fraĂ®cheur, de gĂ©nĂ©rositĂ© et d'innocence naturelles, Joanna Shimkus leur partage la vedette avec une Ă©motion aussi prude que fragile Ă  travers ses tourments d'amour, de dĂ©pit professionnel et de projet utopiste. Leur relation philanthrope Ă©tant communĂ©ment conçue sur le principe d'une amitiĂ© altruiste avant de se laisser influencer vers des sentiments amoureux. Si la première partie sĂ©millante fait preuve d'optimisme perpĂ©tuel, le second acte varie brutalement la donne pour embrayer vers une tournure dramatique en chute libre. Car Ă  partir du moment oĂą le drame impromptu interfère dans la relation de nos trois complices, l'intrigue adopte une tournure tragique qui pèsera sur les Ă©paules de Manu et Roland. C'est dans ce deuxième segment fondĂ© sur l'hommage et la rĂ©vĂ©rence que les Aventuriers dĂ©cuple son pouvoir Ă©motionnel entre une leçon d'apprentissage infantile et deux, trois Ă©clairs de violence. 


Chef d'oeuvre du film d'aventure lyrique inscrit dans la simplicitĂ© des valeurs humaines, les Aventuriers alterne avec le drame passionnel pour y prĂ´ner les mĂ©rites d'amitiĂ© et de fidĂ©litĂ©. Outre l'Ă©lĂ©gie de sa mĂ©lodie composĂ©e par François de Roubaix, ce grand moment d'Ă©motion est transcendĂ© de la complicitĂ© du trio de comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ© de par leur esprit incorrigible de cohĂ©sion, et ce jusqu'au vertige d'une dramaturgie escarpĂ©e. 

*Bruno 
2èx

    jeudi 29 octobre 2015

    DE L'AUTRE COTE DU MIROIR (Le Miroir Obscène). Version Espagnole.

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hkmania.com

    "Al Otro Lado del Espejo" de Jess Franco. 1973. France/Espagne. 1h35. Avec Emma Cohen, Philippe Lemaire, Alice Arno, Françoise Brion, Howard Vernon, Robert Woods.

    Sortie salles France: 3 Septembre 1975

    FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un réalisateur espagnol, né le 12 Mai 1930 à Madrid, décédé le 2 Avril 2013.
    1962: L'Horrible Dr orlof. 1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les Maîtresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le Trône de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les Expériences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1973: Le Miroir Obscène. 1974: La Comtesse Noire. 1974: Eugénie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-réal). 1982: L'Abîme des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les Prédateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


    Oeuvre atypique au sein de la carrière de l'Ă©minent Jess Franco (n'en dĂ©plaise Ă  ses dĂ©tracteurs !), Le Miroir Obscène dĂ©gage un pouvoir de sĂ©duction subtilement vĂ©nĂ©neux pour le cheminement indĂ©cis d'une jeune femme hantĂ©e par le suicide de son père. Cumulant les conquĂŞtes masculines dans les cabarets de Jazz avant d'entamer un voyage touristique, Anna est rapidement compromise par les visions criminelles de ces amants au travers d'un miroir (mĂ©taphore sur la peur de l'engagement). 


    Abordant les thèmes de l'inceste et de l'amour possessif, l'intrigue fantasmagorique distille un climat envoĂ»tant du point de vue psychotique d'une femme en berne sombrant peu Ă  peu dans la paranoĂŻa. LĂ  oĂą le film fait preuve d'hermĂ©tisme, c'est Ă©galement dans sa manière d'aborder l'irrationnel de manière spirituelle tout en dĂ©veloppant scrupuleusement l'identitĂ© affirmĂ©e de son hĂ©roĂŻne. De manière introspective, Jess Franco nous Ă©tablissant un superbe portrait de femme tourmentĂ©e au fil de ses pĂ©rĂ©grinations et nouvelles rencontres, quand bien mĂŞme le fantĂ´me du paternel s'efforce de façon impromptue de la persĂ©cuter, ou plutĂ´t de la possĂ©der. Si le Miroir Obscène s'avère linĂ©aire et sans surprise sur le papier, Jess Franco en extrait nĂ©anmoins Ă  l'image un magnifique conte d'amour et de mort oĂą la mise en scène formelle ne cesse de nous chatouiller les sens dans son souci stylisĂ© d'harmoniser les prĂ©sences fĂ©minines avec la nature environnante. Notamment le fait d'accorder autant d'intĂ©rĂŞt au design des vastes demeures d'un blanc immaculĂ© alors qu'Ă  l'extĂ©rieur les jardins exaltent les parfums de fleurs. Outre le soin avisĂ© de la rĂ©alisation, l'intrigue tire-parti de son magnĂ©tisme psychologique en la prĂ©sence charnelle d'Emma Cohen (la Femme aux bottes rouges, Cannibal Man). L'actrice insufflant une aura Ă©rotique subtilement suave, de par son apparence sensuelle assumĂ©e, son regard reptilien aux yeux verts et sa posture autoritaire favorisĂ©e par la dĂ©fĂ©rence. 


    RaffinĂ© et Ă©trange Ă  la fois, onirique et Ă©lĂ©giaque, singulier par son atmosphère diaphane insidieusement indicible, De l'autre cĂ´tĂ© du miroir structure avec une ambition toute personnelle une histoire d'amour parentale inscrite dans la tragĂ©die d'une jalousie obsessionnelle. TranscendĂ© par la prĂ©sence fantasmatique d'Emma Cohen, Jess franco a sans doute accompli ici l'une de ses oeuvres les plus abouties en terme de fulgurance poĂ©tique et d'Ă©rotisme sĂ©pulcral. 

    Dédicace à Mathias Chaput et Cid Orlandu
    Bruno Matéï

    La critique de Mathias Chaput
    CinĂ©aste Ă  la carrière extrĂŞmement prolifique pas toujours heureuse, capable du meilleur comme du pire, Jess Franco trouve avec « Le miroir obscène » un terrain d’entente propice Ă  appliquer son style de la meilleure manière qui soit, aux confins du film Ă©rotique, du mĂ©trage de possession et du caractère Ă©trange qui caractĂ©rise la majoritĂ© de sa filmographie…
    L’actrice Emma Cohen irradie complètement la pellicule par son charme juvĂ©nile qui fait mouche auprès de tous les hommes qu’elle rencontre, mais elle semble dĂ©sabusĂ©e et comme subissant les assauts sexuels de ses partenaires, ce cĂ´tĂ© ambivalent amplifie ainsi son mal ĂŞtre et sa bipolaritĂ©, rongĂ©e par le souvenir omniprĂ©sent de son père, qui revient lors de flashs atroces et incessants…
    C’est ce levier de la vision du gĂ©niteur pendu qui alimente les crimes d’Ana, un peu comme si son père lui « ordonnait » par son autoritĂ© fantĂ´me d’annihiler tous les hommes susceptibles de charmer la belle…
    La mise en scène est parfaite, notamment sur des plans zoomĂ©s de toute beautĂ© sur les paysages qui apparaissent Ă  l’extĂ©rieur des fenĂŞtres pour s’imbriquer sur les personnages lors de dialogues (technique souvent employĂ©e Ă  cette Ă©poque), la vision d’Howard Vernon pendu est rĂ©ellement terrifiante et sert de point d’orgue Ă  l’intrigue, autant psychĂ©dĂ©lique qu’impliquant des protagonistes obsĂ©dĂ©s et dĂ©pravĂ©s…
    L’idĂ©e du théâtre avec le personnage de MĂ©dĂ©e peut rappeler un peu le concept de « L’important c’est d’aimer » de Zulawski, tournĂ© l’annĂ©e suivante, la folie ambiante qui y règne fait rĂ©fĂ©rence au cinĂ©ma latin dont Jess Franco fait bel et bien partie…
    NB : sur les conseils d’amis cinĂ©philes facebookiens, j’ai visionnĂ© la version espagnole, qui diffère totalement de l’histoire de la version française avec Lina Romay, qui supprimait des parties du scĂ©nario original (ce n’est pas le père mais la sĹ“ur d’Ana qui se suicide ! et le miroir, quant Ă  lui, est bien le vecteur des poussĂ©es meurtrières d’Ana)…
    Quoiqu’il en soit, « Le miroir obscène » est une excellente Ĺ“uvre, qui doit beaucoup Ă  son atmosphère poisseuse et bien ancrĂ©e dans l’opulence et l’insouciance des annĂ©es 70 (un cĂ´tĂ© « peace and love » mĂŞme avec les artistes et leur musique groovy et psychĂ©dĂ©lique) tout en conservant l’aspect dĂ©viant propre aux films de Franco…
    Dans l’ensemble, une grande rĂ©ussite et un sans faute de la part d’Artus films pour l’Ă©dition double DVD…

    Note : 8/10

    mercredi 28 octobre 2015

    EVEREST

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lemondeducine.com

    de Baltasar Kormakur. 2015. U.S.A/Islande/Angleterre. 2h02. Avec Jason Clarke, Ang Phula Sherpa, Thomas M. Wright, Martin Henderson, Tom Goodman-Hill, Josh Brolin, Robin Wright, Emily Watson, Sam Worthington, Keira Knightley, Jake Gyllenhaal.

    Sortie salles France: 23 Septembre 2015. U.S: 18 Septembre 2015

    FILMOGRAPHIE: Baltasar Kormakur est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur islandais, né le 27 Février 1966 à Reykjavik.
    2000: 101 Reykjavik. 2002: The Sea. 2005: Crime City. 2006: Jar City. 2008: White Night Wedding. 2010: Etat de choc. 2012: Contrebande. 2012: Survivre. 2013: 2 Guns. 2015: Everest.


    Enmund Hillary et Tenzing Norgay furent les premiers alpinistes Ă  atteindre le sommet de l'Everest. Durant les 40 annĂ©es suivantes, seuls des alpinistes professionnels essayèrent d'accomplir le mĂŞme exploit. Un sur 4 mourut. 1992: le NĂ©o-ZĂ©landais Rob Hall commercialisa les expĂ©ditions guidĂ©es sur l'Everest des alpinistes amateurs. Pendant les 4 annĂ©es suivantes, son Ă©quipe, "Adventure Consultants" mena avec succès 19 clients au sommet, sans une seule perte humaine. 1996: d'autres Tour OpĂ©rator suivirent l'exemple de Rob Hall, en particulier "Mountain Madness" de Scott Fischer. Organisant plus de 20 expĂ©ditions pour atteindre le sommet de l'Everest en l'espace de 2 semaines. 

    D'après le rĂ©cit vĂ©ridique de l'alpiniste Rob Hall parti en expĂ©dition sur l'Everest en Mai 1996, Everest emprunte le genre catastrophe avec une rare intelligence dans son refus du spectaculaire sachant que l'intrigue n'accorde aucune action outrancière quant au cheminement de survie des hĂ©ros sĂ©vèrement compromis par une tempĂŞte de neige. C'est donc une magnifique aventure humaine que nous retrace l'islandais Baltasar Kormakur avec un souci de rĂ©alisme dĂ©coiffant et parmi l'intensitĂ© dramatique d'un jeu d'acteurs assez dĂ©pouillĂ©. Et bien qu'une sĂ©quence intimiste Ă©loquente se laisse futilement influencĂ©e par le pathos, l'Ă©motion (sentencieuse) l'emporte malgrĂ© tout grâce Ă  la persuasion des comĂ©diens et la teneur authentique de la situation d'affliction.


    Les claustrophobes sont d'ailleurs priĂ©s de s'abstenir tant le climat rĂ©frigĂ©rant de sa scĂ©nographie enneigĂ©e nous insuffle une sentiment de marasme viscĂ©ral lorsqu'une poignĂ©e de grimpeurs en manque d'oxygène sont d'autant plus contraints de dĂ©jouer les bourrasques de froid, de vent et de neige avec un Ă©puisement corporel en perdition. Retraçant avec minutie et beaucoup d'humanisme solidaire leur pĂ©rilleuse escalade, Everest provoque un sentiment d'Ă©vasion vertigineux perpĂ©tuellement immersif. De par l'immensitĂ© des montagnes glacĂ©es que nos fĂ©rus de sport extrĂŞme arpentent avec passion, et l'exploit qu'ils s'efforcent de transcender pour accĂ©der Ă  l'ascension de la victoire. A savoir poser le pied sur le plus haut sommet du monde Ă©tablie Ă  8848 mètres Ă  la frontière du NĂ©pal et de la Chine ! LĂ  oĂą l'affaire se corse, c'est durant leur rigoureuse descente afin de rejoindre leur station d'accueil quand bien mĂŞme une violente tempĂŞte s'empresse de les brimer pour les embrigader dans les crevasses de glace. Criant de rĂ©alisme et d'une vigueur dramatique Ă©prouvante, Baltasar Kormakur parvient Ă  nous retransmettre avec vibrante Ă©motion leur angoisse morale et leur souffrance physique pour cette Ă©preuve de force pĂ©niblement prĂ©caire ! Les conditions climatiques dĂ©mesurĂ©es les contraignant Ă  supporter une tempĂ©rature improbable que le corps humain encaisse avec une endurance toujours plus fĂ©brile.


    Ébouriffante Ă©preuve de survie impartie au sport extrĂŞme de l'alpinisme et bouleversant hommage Ă  l'un de ces pionniers impliquĂ© dans sa passion du dĂ©passement de soi, Everest est l'un des rares films catastrophes prĂ´nant la dimension malingre de ces personnages Ă  bout de souffle plutĂ´t que la gratuitĂ© du spectacle ostentatoire. Ce qui n'empĂŞche pas Everest de s'Ă©difier en grand moment de cinĂ©ma Ă©pique oĂą l'Ă©motion cuisante de sa dernière partie tirera les larmes du public le plus sensible. 

    Bruno Matéï

    ATTENTION SPOILER ! (Info Wikipedia)
    Rob Hall (nĂ© le 14 Janvier 1961 Ă  Christchurch et mort le 11 mai 1996), est un alpiniste nĂ©o-zĂ©landais. Il guide une expĂ©dition en 1996 sur l'Everest oĂą il meurt avec Scott Fischer, Andy Harris, deux autres guides et Doug Hansen, Yasuko Namba, deux clients durant la descente. Il est l'un des pionnier des expĂ©ditions dites « commerciales ». Sa sociĂ©tĂ©, Adventure Consultants, proposait d'emmener de riches clients au sommet de l'Everest pour environ 65 000 $. Son exploit le plus impressionnant est l'escalade de trois sommets de l'Himalaya en 2 mois en 1994 : l'Everest, le K2 et le Lhotse 2. FIN DU SPOILER.


      mardi 27 octobre 2015

      WILDERNESS

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

      de Michael J. Bassett. 2006. Angleterre. 1h34. Avec Toby Kebbell, Sean Pertwee, Lenora Crichlow, Alex Reid, Brian Bache.

      Sortie salles France: 14 Mars 2007.

      FILMOGRAPHIE: Michael J. Bassett est un scénariste et réalisateur anglais.
      2002: La Tranchée. 2006: Wilderness. 2009: Solomon Kane. 2012: Silent Hill: Revelation.


      Survival acerbe d'une ultra violence Ă  couper au rasoir, Michael J. Bassett, rĂ©alisateur inĂ©gal capable du meilleur (La TranchĂ©e) comme du pire (Silent Hill: revelation), nous façonne une sĂ©rie B redoutablement efficace dans son lot de rebondissements cinglants oĂą chacun des survivants tente de dĂ©jouer les exactions criminelles d'un expert en camouflage tout en s'opposant mutuellement les uns contre les autres. A la suite du suicide de leur camarade, un groupe de jeunes dĂ©linquants doit sĂ©journer sur une Ă®le en guise de châtiment. Sur place, ils Ă©tablissent la rencontre alĂ©atoire d'un autre comitĂ© exclusivement constituĂ© de filles dĂ©linquantes. Alors que la situation s'avère houleuse entre les deux sexes, le responsable du groupe masculin se fait sauvagement agresser par un quatuor de bergers allemands. Dès lors, une traque inlassable commanditĂ©e par un mystĂ©rieux soldat est lancĂ©e contre eux au coeur de l'archipel. 


      A partir d'un argument un peu tirĂ© par les cheveux (le mobile et la rĂ©vĂ©lation du coupable), Michael J. Bassett en extrait une aventure horrifique redoutablement haletante dans ces situations de survie oĂą la plupart des antagonistes adoptent indĂ©pendamment des stratĂ©gies de dĂ©fense pour dĂ©fier le danger. RehaussĂ©e de la prestance vigoureuse des jeunes comĂ©diens, ces derniers insufflent (avec sincĂ©ritĂ© naĂŻve) des sentiments instables d'insolence, de provocations machistes, de bravoures et de coups bas pour imposer leur mainmise et dĂ©jouer la menace invisible du tueur. Autour de leur cohĂ©sion prĂ©caire desservie par la discorde inconciliable, un dĂ©linquant sociopathe et un franc tireur burnĂ© se dĂ©fient le pouvoir tout en Ă©laborant chacun de leur cĂ´tĂ© leur plan d'attaque. Outre l'aspect anti-manichĂ©en de ses personnages marginaux autrefois bafouĂ©s par la dĂ©mission parentale (le thème principal du film quand on connait les aboutissants de l'intrigue), Wilderness tire parti de son efficacitĂ© par sa violence primitive que le cinĂ©aste exploite sans aucune concession. Les bons (ou tout du moins les moins rĂ©prĂ©hensibles) et les mĂ©chants pouvant trĂ©passer Ă  tous moments, soit au contact d'une flèche, d'un poignard, d'un piège Ă  ours ou encore d'une unitĂ© de chiens soigneusement dressĂ©s. D'une cruautĂ© parfois barbare (le combat final au couteau, certaines mises Ă  mort sardoniques), les sĂ©quences gores illustrĂ©es en gros plan se multiplient sans complexe au fil d'une Ă©preuve de survie Ă  bout de course que nos rescapĂ©s tentent dĂ©sespĂ©rĂ©ment de surpasser. Exploitant habilement le cadre vĂ©gĂ©tatif de l'Ă®le et de la rive cĂ´tière, Michael J. Bassett distille une tension souvent incisive lorsque nos dĂ©linquants divisĂ©s par duo ou trio se retrouvent confrontĂ©s au mĂŞme moment, et Ă  endroits divergents, Ă  des situations alertes de danger.


      Rabid Dogs
      Avec sa violence hardcore impitoyable et le jeu assez viscĂ©ral des jeunes comĂ©diens, Wilderness scande le survival brut de dĂ©coffrage dans son lot de pĂ©ripĂ©ties et rebondissements vertigineux. EpaulĂ© d'une mise en scène nerveuse et d'un score musical tonitruant, cette sĂ©rie B anglaise dĂ©cuple son efficacitĂ© dans les sĂ©quences d'action nerveusement emballĂ©es. Un spectacle hargneux donc oĂą les notions de Bien et de Mal volent en Ă©clat pour le prix d'une libertĂ© souvent Ă©gotiste. 

      Bruno Matéï
      2èx

      lundi 26 octobre 2015

      King Kong (1933)

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cine-region.fr

      de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. 1933. U.S.A. 1h44. Avec Fay Wray, Robert Armstrong, Bruce Cabot, Frank Reicher, Sam Hardy, Noble Johnson, Steve Clemente, James Flavin.

      Sortie salles France: 29 Septembre 1933. U.S: 7 mars 1933 (première mondiale)

      FILMOGRAPHIE: Merian C. Cooper est un producteur, scénariste, réalisateur et dirceteur de photo, né le 214 Octobre 1893 à Jacksonville (Floride), décédé le 21 Avril 1973 à San Diego (Californie). 1925: Grass: a nation's battle for life. 1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1933: King Kong. 1935: Les derniers jours de Pompéï. 1952: This is cinerama.
      Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


      ConsidĂ©rĂ© comme l’un des films les plus cĂ©lèbres de l’histoire du cinĂ©ma, King Kong continue de faire rayonner son pouvoir de fascination depuis sa sortie triomphale en 1933. Outre le dynamisme de sa mise en scène - ne laissant aucun rĂ©pit au spectateur dès l’instant oĂą nos hĂ©ros foulent l’Ă®le du Crâne - le film tire parti d’une vigueur exubĂ©rante grâce Ă  des effets spĂ©ciaux novateurs : stop motion, surimpressions, compositions de plans, savamment orchestrĂ©s par une Ă©quipe de techniciens visionnaires. Notamment cette prouesse, saisissante pour l’Ă©poque, d’insĂ©rer dans le mĂŞme cadre les acteurs de chair et d’os au milieu d’une crĂ©ature animĂ©e image par image. Bon Dieu, quelle Ă©poque pionnière fondĂ©e sur l’artisanat, la sueur et l’audace !

      Ainsi, dans le creuset d’une aventure fantastique, il Ă©mane de ce chaos tropical un rĂ©alisme frappant, incarnĂ© par l’impĂ©riositĂ© d’un monstre au faciès tour Ă  tour terrifiĂ©, furieux, bouleversant. Car outre les humains pourchassĂ©s sans relâche, Kong affronte une horde de crĂ©atures prĂ©historiques dans un ballet dantesque au cĹ“ur de la jungle, avant d’embraser la ville moderne dans une transe de destruction - jusqu’Ă  s’agripper au sommet de l’Empire State Building, dans une dernière ascension, Ă  la fois sublime et tragique.
       

      Sur ce point d’orgue, l’intensitĂ© Ă©motionnelle atteint son paroxysme lorsque Kong, criblĂ© de balles, s’offre un dernier regard vers sa Belle, une caresse du regard, un adieu suspendu dans l’Ă©ther - puis chute. HomĂ©rique. Anthologique. Une sĂ©quence d’une puissance dramatique rare, oĂą l’agonie se teinte de dĂ©sespoir et d’une tendresse muette, dĂ©chirante. Ă€ travers cet acte barbare, commanditĂ© par l’homme, transparaĂ®t une dĂ©nonciation cinglante : celle de la cupiditĂ©, de la lâchetĂ©, du mĂ©pris de la cause animale. L’humain en dompteur de l’incontrĂ´lable, en bourreau d’un amour trop pur pour survivre.

      Sous ses airs de conte fantastique influencĂ© par La Belle et la BĂŞte, le film rĂ©volutionne le cinĂ©ma d’aventure : Ă  travers le prisme d’un monstre pharaonique effleurĂ© par l’amour - comme dans cette scène empreinte d’un humour doux-amer oĂą il effeuille la Belle pour entrevoir son corps vulnĂ©rable - Kong devient figure tragique, dĂ©chirĂ© entre instinct, Ă©merveillement et panique face Ă  un monde qu’il ne comprend pas.

       
      PortĂ© par un rythme effrĂ©nĂ©, jalonnĂ© de pĂ©ripĂ©ties acĂ©rĂ©es, King Kong prĂ©figure la naissance du blockbuster tout en l’irriguant d’une poĂ©sie brute et d’un rĂ©alisme troublant. En filigrane, le film fustige la sociĂ©tĂ© du spectacle, son appĂ©tit vorace pour le sensationnel, et Ă©rige en son cĹ“ur une histoire d’amour impossible - celle d’un colosse foudroyĂ© par la faiblesse d’avoir aimĂ©.

      — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

      3èx

      vendredi 23 octobre 2015

      Silent Hill

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site psycho-dystopia.blogspot.com 

      de Christophe Gans. 2006. France/Canada. 2h05. Avec Radha Mitchell, Sean Bean, Laurie Holden, Jodelle Ferland, Deborah Kara Unger, Alice Krige, Kim Coates.

      Sortie salles France: 26 Avril 2006. U.S: 21 Avril 2006

      FILMOGRAPHIE: Christophe Gans est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français, nĂ© le 11 Mars 1960 Ă  Antibes (Sud de la France). 1994: Necronomicon. 1995: Crying Freeman. 2001: Le Pacte des Loups. 2006: Silent Hill. 2014: La Belle et la BĂŞte.


      Cinq ans après le Pacte des LoupsChristophe Gans s'emploie de transposer Ă  l'Ă©cran l'adaptation du cĂ©lèbre jeu video Silent Hill. Pourvu d'un casting amĂ©ricain au charisme plutĂ´t saillant, ce film d'ambiance Ă  l'ancienne allie avec assez de bonheur et d'efficacitĂ©, climat feutrĂ© et horreur insidieuse sous l'allĂ©geance d'un spectre infantile. SynopsisSouffrant de grave somnambulisme au point d'intenter Ă  sa propre vie, Sharon, 10 ans, est hantĂ©e par de terribles cauchemars l'incitant Ă  se rĂ©fugier dans la ville fantomatique de Silent Hill. Sa mère Rose dĂ©cide de l'emmener dans cet endroit sinistrĂ© afin de tenter de dĂ©mystifier l'origine de ses rĂ©currents cauchemars. Alors qu'une motarde se lance Ă  ses trousses, Rose et Sharon vont se retrouver embarquĂ©s dans un monde parallèle oĂą les habitants du quartier sont entièrement soumis Ă  la manipulation d'une fanatique religieuse. Nanti d'une splendide photo lestement saturĂ©e et de dĂ©cors ombrageux plutĂ´t glauques et malsains, Silent Hill renoue avec les ambiances diffuses des films d'horreur d'antan oĂą la suggestion primait plutĂ´t que l'esbroufe grand-guignolesque. C'est du moins ce que l'on peut vanter lors de sa première partie lorsque, au rythme d'une douce mĂ©lodie, Rose et l'officier partent Ă  la recherche de Sharon dans une ville cendrĂ©e noyĂ©e de brume. Ambitieux et inspirĂ©, Christophe Gans prend son temps Ă  narrer son histoire en s'attardant de prime abord Ă  soigner le cadre d'une atmosphère rubigineuse assez envoĂ»tante pour y croire. 


      De par ses pièces dĂ©crĂ©pites martyrisĂ©es par un ancien incendie et les apparitions dantesques de crĂ©atures difformes par leur morphologie fulgurante Ă©manent un sentiment trouble d'insĂ©curitĂ© et de malaise sous-jacent lorsque les forces des tĂ©nèbres se motivent Ă  dĂ©courager l'investigation de nos hĂ©roĂŻnes embarquĂ©es dans un dĂ©dale sans repère. Du moins avant de connaĂ®tre les tenants et aboutissants des jumelles Sharon et Alessa Ă©troitement liĂ©es Ă  une affaire crapuleuse. DĂ©nonçant dans sa seconde partie le fanatisme, l'obscurantisme et les superstitions du point de vue d'un sĂ©minaire religieux, le cinĂ©aste implique ses thèmes autour d'une douloureuse affaire d'infanticide, quand bien mĂŞme la pĂ©dophilie et la dĂ©mission maternelle y seront les principaux ressorts. De par la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diennes inscrites dans une bravoure solidaire, l'empathie Ă©prouvĂ©e renforce le caractère crĂ©dible de leur dĂ©ambulation oĂą cauchemar et rĂ©alitĂ© se confondent pour nous dĂ©crire un univers parallèle soumis Ă  la malĂ©diction d'une entitĂ© punitive. Outre le charisme prĂ©gnant des seconds-rĂ´les inscrits dans le cynisme de l'influence meurtrière, on peut Ă©galement saluer la prĂ©sence malingre de Jodelle Ferland endossant dans une physionomie tantĂ´t candide, tantĂ´t hostile le double rĂ´le Ă©quivoque de Sharon/Alessa avec assez d'Ă©trangetĂ© pour se confondre dans leur esprit torturĂ©. 


      Hormis quelques dĂ©faillances rythmiques, son caractère dĂ©routant pour autant fascinant et la mĂ©diocritĂ© de certains FX en CGI alors que certains effets gores auraient Ă©tĂ© beaucoup plus percutants auprès d'un rĂ©alisme charnel, Silent Hill parvient efficacement Ă  troubler et fasciner parmi le souci formel de retranscrire Ă  l'Ă©cran un univers proprement atypique (mĂŞme si certaines rĂ©fĂ©rences Ă  Hellraiser sont de mise pour le cĂ´tĂ© SM de crĂ©atures et victimes suppliciĂ©es). Par son climat tantĂ´t mĂ©lancolique, tantĂ´t malsain, et l'intensitĂ© douloureuse de son rĂ©cit compromis au martyr infantile, Silent Hill laisse en mĂ©moire des images marquantes aussi envoĂ»tantes (les errances de l'hĂ©roĂŻne au sein de la ville fantĂ´me sont sans doute les passages les plus atmosphĂ©riques) que cauchemardesques (la damnation apocalyptique dans l'antre de l'Ă©glise et la cruautĂ© des châtiments corporels qui s'ensuit). Dommage toutefois que sa structure narrative soit aussi inachevĂ©e que maladroite et parfois confuse si bien que Silent Hill aurait pu ĂŞtre beaucoup plus convaincant, terrifiant et rĂ©aliste pour accĂ©der au rang de classique du genre. Mais ne boudons pas non plus notre plaisir actuel Ă  travers ce très bon moment d'Ă©trangetĂ© aussi dĂ©paysant que tourmentĂ© tant il laisse des traces dans l'encĂ©phale pour s'y replonger avec plaisir aux prochains visionnages. Or, quelque soit ses couacs prĂ©citĂ©s, Silent Hill reste Ă©galement en tout Ă©tat de cause une rĂ©ussite formelle Ă©blouissante.  

      *Bruno
      4èx. VF.

        mercredi 21 octobre 2015

        A LA POURSUITE DE DEMAIN

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site denofgeek.com

        "Tomorrowland"de Brad Bird. 2015. U.S.A. 2h10. Avec Brittany Robertson, George Clooney, Hugh Laurie, Raffey Cassidy, Tim McGraw, Judy Greer.

        Sortie salles France: 20 Mai 2015. U.S: 22 Mai 2015

        FILMOGRAPHIE: Brad Bird est un animateur, réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 15 Septembre 1957 à Kalispell dans le Montana. 1999: Le Géant de Fer. 2004: Les Indestructibles. 2004: Baby-Sitting Jack-Jack. 2007: Ratatouille. 2011: Mission Impossible: Protocole Fantôme. 2015: A la Poursuite de Demain.


        DĂ©couvert avec son film d'animation, le GĂ©ant de Fer, et reconnu ensuite par le public et la critique avec Les Indestructibles, Brad Bird n'en finit plus de surprendre et de combler les attentes du public tant il accumule les rĂ©ussites Ă  un rythme mĂ©tronomique (Ratatouille et Mission Impossible: Protocole FantĂ´me pour la suite de sa filmo). Avec son dernier nĂ©, A la poursuite de demain, il renoue cette fois-ci avec la science-fiction Ă  l'ancienne, digne reprĂ©sentant des productions Amblin des annĂ©es 80. D'une imagination aussi foisonnante qu'exubĂ©rante, Brad Bird créé un univers atypique incroyablement crĂ©dible pour son panel de dĂ©cors futuristes stylisĂ©s, rehaussĂ©s d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques ahurissants de rĂ©alisme (plutĂ´t rare pour le souligner !). Après avoir dĂ©couvert un Ă©trange badge mĂ©tallique capable de confondre la rĂ©alitĂ© dans un univers parallèle, Casey, adolescente fĂ©rue de science, se laisse influencer par une humanoĂŻde d'apparence infantile et un inventeur quinquagĂ©naire pour se lancer dans une mission capitale. Tenter de sauver notre planète en perçant les mystères d'un endroit tenu secret: Tomorrowland !


        En surfant sur les thĂ©matiques du voyage temporel et de la dimension parallèle, le cinĂ©aste Ă©labore un scĂ©nario complexe dans son lot de revirements, quiproquos et rebondissements pĂ©rilleux que nos hĂ©ros traversent entre les Ă©poques du passĂ© et du prĂ©sent. PourchassĂ©s par intermittence par une confrĂ©rie de droĂŻdes plus vrais que nature (j'insiste encore sur la qualitĂ© exceptionnelle des trucages en CGI !), nos hĂ©ros entament avec sagacitĂ© leurs stratĂ©gies d'attaque et de dĂ©fense afin de trouver une solution de dernier ressort Ă  la survie de notre espèce. PlongĂ©s dans un Rubik's Cube mental, ils vont user de persĂ©vĂ©rance Ă  dĂ©chiffrer le sens de leur dessein et leur responsabilitĂ© après avoir dĂ©couvert une invention rĂ©volutionnaire Spoiler ! que nos grands savants du siècle dernier avaient conçu en secret du haut de la Tour Eiffel ! Fin du spoiler. MalgrĂ© le caractère confus d'une intrigue riche de thĂ©matiques quant au devenir de notre humanitĂ©, cette poursuite en pagaille vers l'optimisme d'un avenir moins cupide parvient Ă  nous passionner sans jamais relâcher la tension. De par la fougue attachante des personnages aussi humains que retors et la mise en scène extrĂŞmement avisĂ©e que Brad Bird transcende avec un esprit imaginatif insatiable. Notamment avec l'intensitĂ© vertigineuse de sĂ©quences d'action exubĂ©rantes ou poursuites et altercation physiques se tĂ©lescopent sous l'impulsion hĂ©roĂŻque de scientifiques jamais Ă  court de subterfuges. Outre la fascination prĂ©gnante qu'exerce leur voyage temporel, lĂ  oĂą la dystopie du pĂ©ril atomique pointe Ă  l'horizon, A la poursuite de demain est largement sollicitĂ© par les prestances pleines de dignitĂ© des comĂ©diens en roule libre. George Clooney, l'Ă©toile montante Brittany Robertson et la petite Raffey Cassidy formant un trio intrĂ©pide aussi houleux et antinomique (leurs premières rencontres) que solidaire et opiniâtre (la seconde partie impartie aux stratagèmes de solution de survie !).


        Un Monde Meilleur
        Grand divertissement d'anticipation imprĂ©gnĂ© de nostalgie pour son esprit chaleureux hĂ©ritĂ© des eighties et de rĂ©alisme pour sa scĂ©nographie futuriste Ă©tonnamment crĂ©dible, A la poursuite de demain arbore le spectacle familial avec une intelligence, un lyrisme et une humanitĂ© pleine de noblesse. VĂ©ritable rĂ©flexion sur l'optimisme pour la condition prĂ©caire de notre futur en crise, Brad Bird se permet aussi en second plan de prĂ´ner les valeurs de l'amour sous l'hĂ©roĂŻsme d'un couple hĂ©tĂ©roclite. Il en Ă©mane un enchantement permanent, de par son ambition visionnaire aussi immersive que singulière et l'inventivitĂ© d'une narration militant pour la sauvegarde d'une planète plus humaniste et responsable. Un classique en devenir d'une rare Ă©motion expansive ! 

        Bruno Matéï

        mardi 20 octobre 2015

        L'HISTOIRE SANS FIN

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

        "Die unendliche Geschichte/The Neverending Story" de Wolfgang Petersen. 1984. Allemagne. 1h35. Avec Barret Oliver, Gerald McRaney, Thomas Hill, Moses Gunn, Deep Roy, Tilo PrĂĽckner, Noah Hataway.

        Sortie salles France: 21 Novembre 1984. U.S: 20 Juillet 1984. Allemagne de l'Ouest: 6 Avril 1984

        FILMOGRAPHIE: Wolfgang Petersen est un réalisateur allemand né le 14 Mars 1941 à Emden.
        1974: Einer von uns beiden. 1977: La Conséquence. 1981: Le Bateau. 1984: L'Histoire sans Fin. 1985: Enemy. 1991: Troubles. 1993: Dans la ligne de mire. 1995: Alerte ! 1997: Air force one. 2000: En pleine tempête. 2004: Troie. 2006: Poséidon.


        "La vie spirituelle commence à partir du moment où nous découvrons que toute la réalité de nos actes réside dans les pensées qui les produisent". Louis Lavelle.

        ConsidĂ©rĂ© Ă  l'Ă©poque comme le film le plus cher d'Allemagne (60 millions de Deutsch Mark/27 000 000 $), l'Histoire sans fin rapporta Ă  travers le monde plus de 100 000 000 de dollars. Et malgrĂ© son succès mitigĂ© outre-atlantique, il est devenu auprès de plusieurs gĂ©nĂ©rations de spectateurs un grand classique de l'Heroic Fantasy, quand bien mĂŞme la chanson interprĂ©tĂ©e par Limahl et composĂ©e par Giorgio Moroder s'est allouĂ©e d'un hit planĂ©taire ! Mais aujourd'hui, que reste t-il de ce spectacle familial hors norme dans son onirisme baroque oĂą le nĂ©ant accorde une place prĂ©pondĂ©rante au cheminement hĂ©roĂŻque d'Atreyu ? Hymne Ă  l'innocence de l'enfance et au rĂŞve, au pouvoir de l'imaginaire et Ă  la possibilitĂ© d'exaucer nos voeux les plus excentriques, l'Histoire sans fin s'Ă©difie en moment de cinĂ©ma enchanteur dans le parcours chimĂ©rique qu'un jeune ado entreprend au fil de la lecture d'un roman. HĂ©ros malgrĂ© lui, Bastien est sur le point de changer la destinĂ©e de Fantasia, un univers irrĂ©el sur le point d'ĂŞtre dĂ©vorĂ© par le nĂ©ant si le guerrier Atreyu ne parvient pas Ă  sauver son impĂ©ratrice de la maladie. PlongĂ© dans l'illusion de son rĂ©cit d'aventures, Bastien commence Ă  perdre pied avec sa rĂ©alitĂ© mais se rĂ©tracte de ne pouvoir considĂ©rer ce rĂŞve comme une rĂ©alitĂ© (son père rationnel en est Ă©galement la responsabilitĂ© !). A moins qu'Atreyu et l'ImpĂ©ratrice ne parviennent Ă  l'inciter Ă  croire Ă  l'impossible.


        TouchĂ© par la grâce d'une poĂ©sie tantĂ´t candide (l'intervention pleine de pudeur et de fragilitĂ© de l'impĂ©ratrice lors du final majestueux, les envolĂ©es lyriques du dragon porte bonheur, Falkor) tantĂ´t opaque (les prĂ©sences iconiques de Gmork, le loup impassible, la tortue savante et le mangeur de pierre), Wolfgang Petersen n'hĂ©site pas Ă  cristalliser un endroit Ă  mi chemin entre le merveilleux et l'hermĂ©tisme Ă  travers la scĂ©nographie baroque de marĂ©cage mĂ©lancolique, de forĂŞt obscure et d'univers stellaire. PĂ©riple d'Ă©preuves homĂ©riques qu'un jeune garçon doit surpasser pour sauver sa planète du chaos, l'Histoire sans fin dĂ©ploie une imagination singulière sans Ă©gale pour la conception de ses dĂ©cors fantastiques tournĂ©s en studio (la vision du nĂ©ant et ses multiples mĂ©tamorphoses nous provoque une fascination vertigineuse !) et de crĂ©atures dantesques jamais vues au prĂ©alable ! Par le biais d'effets spĂ©ciaux rĂ©volutionnaires pour l'Ă©poque, le film parvient toujours Ă  distiller fĂ©erie et inquiĂ©tude chez la conception artisanale de monstres aussi expressifs qu'attachants. Quand bien mĂŞme le jeune Noah Hathaway parvient avec une innocence naturelle Ă  se fondre dans la peau du guerrier parmi l'apprentissage de transcender ses peurs et sa tristesse. A cet Ă©gard, qui peut oublier la sĂ©quence poignante auquel son cheval Artax se laisse engloutir par la vase d'un marĂ©cage depuis sa mĂ©lancolie d'Ă©chouer la mission ! Une sĂ©quence assez cruelle d'une intensitĂ© dramatique plutĂ´t inattendue pour le genre familial que Wolfgang Petersen illustre avec rĂ©alisme. Un parti-pris justifiĂ© lorsque l'on comprends le parcours initiatique du hĂ©ros confrontĂ© au dĂ©passement de soi parmi l'appui solidaire de Bastien contraint d'exploser les barrières de sa rĂ©alitĂ© par auto-suggestion. Croire en l'impossible pour braver ses doutes, ses peurs et son dĂ©sespoir et dĂ©couvrir un nouveau monde bâti sur la croyance en l'optimisme !


        Enchanteur et baroque, lyrique et fantastique, l'Histoire sans Fin continue de perdurer son pouvoir d'Ă©vasion grâce Ă  la beautĂ© formelle de sa Fantasy photogĂ©nique et l'impulsion hĂ©roĂŻque d'adolescents rebelles en quĂŞte d'imaginaire. Hymne Ă  l'aventure et ce besoin viscĂ©ral de fuir notre quotidien, mĂ©taphore spirituelle sur la foi, rĂ©flexion sur la persuasion de l'esprit et sur la force de l'espoir afin de dĂ©jouer la solitude du nĂ©ant, l'Histoire sans Fin possède un souffle magique enivrant pour nous faire croire Ă  l'impossible ! 

        Bruno Matéï

        Anecdote (Wikipedia): La scène de la mort d'Artax est placée cinquième dans le top 11 de The Nostalgia Critic des scènes les plus tristes de notre enfance.

        lundi 19 octobre 2015

        Le Spectre Maudit / The Black Torment

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site coverunivers.blogspot.com

        "The Black Troment" de Robert Hartford-Davis. 1964. U.S.A. 1h26. Avec Heather Sears, John Turner, Ann Lynn, Peter Arne, Norman Bird, Raymond Huntley, Annette Whiteley, Robert Hartford-Davis.

        Sortie Dvd France: 1er Avril 2005

        FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Robert Hartford-Davis est un rĂ©alisateur et producteur anglais, nĂ© le 23 Juillet 1923, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 Juin 1977 Ă  Beverly Hills, Los Angeles. 1962: Crosstrap. 1963: The Yellow Teddybears. 1964: Le Spectre Maudit. 1964: Saturday Night Out. 1967: Carnages. 1971: Suceurs de sang. 1972: Gunn la gachette. 1974: The Take.


        RaretĂ© des sixties exhumĂ©e de l'oubli grâce Ă  notre regrettĂ© Ă©diteur Neo Publishing, Le Spectre Maudit combine l'enquĂŞte policière et le surnaturel avec une efficacitĂ© en roue libre (euphĂ©misme !). De par son intrigue charpentĂ©e au suspense imperturbable laissant parfois diluer une atmosphère d'Ă©trangetĂ© (les apparitions spectrales de Lana dans le jardin) et la qualitĂ© d'une interprĂ©tation spontanĂ©e jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les, le Spectre Maudit nous plaque au siège jusqu'Ă  son renversant twist aussi dĂ©monial que retors. Le PitchAprès 3 semaines d'absence, Sir Charles revient dans sa grande rĂ©sidence parmi sa nouvelle Ă©pouse, Sir Elisabeth. Mais tièdement accueilli par la communautĂ©, il finit par apprendre qu'une villageoise rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©e dans de troubles circonstances a dĂ©voilĂ© son patronyme avant de mourir. Pour amplifier le mystère, les rĂ©sidents de sa demeure sont importunĂ©s chaque nuit par l'apparition d'une dame blanche ressemblant Ă  sa première dĂ©funte Ă©pouse. 


        Ce pitch prometteur dont le cadre historique se situe au 18è siècle, Robert Hartford-Davis le dĂ©peint avec un art de conteur dans son habiletĂ© Ă  distiller un suspense haletant autour d'une sombre conspiration. Employant quelques codes du cinĂ©ma d'Ă©pouvante, le cinĂ©aste est aussi Ă  l'aise pour nous plonger dans la perplexitĂ© face Ă  l'apparition rĂ©currente d'un fantĂ´me puis celle, potentielle, d'un double malĂ©fique conçu pour culpabiliser notre hĂ©ros. L'intrigue gagnant notamment en intensitĂ© auprès du revirement d'un nouveau meurtre et le cheminement psychologique du protagoniste toujours plus compromis par des Ă©vènements imbitables qu'il tente vainement de dĂ©mystifier afin de prouver son innocence. Ce climat de paranoĂŻa rĂ©gi autour de son autoritĂ© l'entraĂ®nant vers un comportement irascible oĂą chacun des tĂ©moins (Ă©pouse inclue !) finiront davantage par le suspecter. Outre la rĂ©solution Ă©tonnante de l'Ă©nigme oĂą vengeance et machination font bon mĂ©nage, le film se clĂ´t par un duel Ă  l'Ă©pĂ©e Ă  la chorĂ©graphie sauvagement Ă©pique !


        Au grĂ© d'un suspense exponentiel fort bien menĂ© et d'une direction d'acteurs plein de vigueur (Heather Sears terriblement expressif de rĂ©signation colĂ©rique en victime dĂ©munie seule contre tous), Le Spectre Maudit parvient Ă  captiver et Ă  surprendre sous l'alibi irrationnel d'un spectre d'outre-tombe et du double malĂ©fique. A redĂ©couvrir avec vif intĂ©rĂŞt donc, d'autant plus que les dĂ©cors sĂ©pias de la rĂ©sidence seigneuriale n'ont rien Ă  envier au gothisme baroque des fleurons de la Hammer auquel il se fait dignement Ă©cho ! Un bijou. 

        *Bruno Matéï
        19.10.15.
        04.06.22. 3èx

        samedi 17 octobre 2015

        THE GREEN INFERNO

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site motifri.com

        d'Eli Roth. 2014. U.S.A/Chilie. 1h43. Avec Lorenza Izzo, Ariel Levy, Aaron Burns, Daryl Sabara, Kirby Bliss Blanton, Nicolas Martinez, Magda Apanowicz.

        Sortie VOD France: 16 Octobre 2015. Salles U.S: 25 Septembre 2015

        FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
        2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


        PrivĂ© de salles chez nous, The Green Inferno dĂ©barque directement en vod deux ans après l'achèvement de son tournage. AnnoncĂ© Ă  renfort de trailers aussi prometteurs qu'allĂ©chants mais d'un bouche Ă  oreille contradictoire, le nouveau film d'exploitation d'Eli Roth sollicite l'hommage aux films de cannibales transalpins qui inondèrent nos Ă©crans de la fin des Seventies jusqu'au milieu des annĂ©es 80. Pourvu d'un discours social Ă©colo lorsqu'une poignĂ©e de jeunes activistes envisagent de dĂ©voiler via internet la dĂ©forestation d'une compagnie pĂ©trolière et l'Ă©ventuelle Ă©puration d'une tribu indigène du PĂ©rou, The Green Inferno continue d'effleurer un des thèmes chers de Cannibal Holocaust. A savoir, la sauvagerie du citadin moderne prĂŞt Ă  exterminer un peuple primitif pour un motif lucratif. Alors que nos activistes parviennent Ă  accomplir leur mission de diffuser leur bravoure via rĂ©seau de leur smartphone, ils sont rapidement alpaguĂ©s par la police pour ĂŞtre rapatriĂ©s en avion. Seulement, durant leur retour, l'appareil se crashe en plein coeur de l'Amazonie. C'est le dĂ©but d'un enfer (vert) que nous survivants vont endurer face Ă  l'hostilitĂ© d'autochtones aux coutumes anthropophages !


        Cette trame particulièrement bien troussĂ©e et captivante quant aux stratĂ©gies hĂ©roĂŻques des protagonistes n'est Ă©videmment qu'un prĂ©texte pour embrayer sur les revirements horrifiques nausĂ©eux de la seconde partie. Eli Roth poussant le vice de la dĂ©rision vers un dĂ©tournement cruel lorsque nos militants pacifistes vont endosser malgrĂ© eux le rĂ´le d'antagonistes du point de vue des indigènes qu'ils dĂ©fendaient. Alternant le mauvais goĂ»t, la farce macabre, l'humour scato et la tripaille putassière avec une vigueur et invention dĂ©complexĂ©es, Eli Roth n'y va pas de main morte pour Ă©taler Ă  intervalles irrĂ©gulier des sĂ©quences-chocs aussi intenses que viscĂ©ralement vomitives. Et si l'ossature prĂ©visible de sa narration a Ă©tĂ© mainte fois exploitĂ©e chez nos transalpins prĂ©curseurs, le cinĂ©aste parvient Ă  dĂ©poussiĂ©rer le genre grâce Ă  l'impulsion spontanĂ©e des comĂ©diens (transfuge cynique Ă  l'appui pour pimenter la tension d'embrigadement et les discordes entre survivants !) et l'efficacitĂ© de sa mise en scène misant sur l'apprĂ©hension (autant que l'expectative !) des futurs sĂ©vices corporels. De surcroĂ®t, notre metteur en scène assidu soigne le cadre d'une forĂŞt d'apparence Ă©dĂ©nique avant de nous dĂ©payser explicitement avec l'envers d'une scĂ©nographie cauchemardesque. On peut Ă©galement souligner la manière documentĂ©e dont Eli Roth fait preuve pour nous prĂ©senter avec humour sardonique la quotidiennetĂ© communautaire des indigènes endossĂ© par des comĂ©diens chiliens plus vrais que nature et affublĂ©s d'un charisme tribal des plus impressionnants (peinture guerrière d'un rouge saillant !). Sans compter la stylisation empathique de certaines sĂ©quences, telle l'exposition de leurs trophĂ©es humains prĂ©sentĂ©s Ă  une foule expansive ! Quand au final homĂ©rique, il tĂ©moigne toujours d'un ressort haletant pour l'enjeu de survie compromis Ă  l'Ă©vasion de la dernière chance, quand bien mĂŞme une menace autrement perfide est sur le point d'entrer en scène !


        Mondo Cannibale
        Véritable déclaration d'amour à l'âge d'or des films de cannibales, The Green Inferno est une résurrection pour les fans de tripailles faisandées qu'Eli Roth parvient à rajeunir avec un savoir-faire référentiel. Si l'intérêt mineur du pur divertissement peut prêter à sourire chez les non initiés, le spectacle barbare, aussi jouissif qu'éprouvant (la gêne viscérale peut être évoquée chez les plus sensibles !), comblera les attentes de la plupart des fans. Quant au fond socialo-écolo du produit d'exploitation, Eli Roth ne manque pas de sincérité à évoquer une diatribe contre la déforestation et la cupidité de nos dirigeants tout en effleurant le tabou de l'excision pratiquée illégalement dans certains états (principalement l'Afrique, l'Egypte, l'Indonésie et la Malaisie). Bref, un cadeau inespéré qu'il nous retranscrit ici avec une appétence et une générosité galvanisantes !

        P.S: A ne pas louper, le cliffhanger infiltré dans le générique final !!!

        La critique de Gilles Rolland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-the-green-inferno

        Bruno Matéï


        vendredi 16 octobre 2015

        THE VISIT

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

        de M. Night Shyamalan. 2015. U.S.A. 1h34. Avec Kathryn Hahn, Ed Oxenbould, Benjamin Kanes, Erica Lynne Marszalek, Peter McRobbie.

        Sortie salles France: 7 Octobre 2015. U.S: 11 Septembre 2015

        FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
        1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit.


        Petite production indĂ©pendante de 5 000 000 de dollars que Shyamalan a su financer grâce au salaire engrangĂ© par son prĂ©cĂ©dent film, After Earth, The Visit joue la carte du simulacre dans sa combinaison des genres allouĂ©e aux thĂ©matiques de hantise, de peur du noir et de folie schizophrène. Loretta, mère de deux enfants, a rompu les liens parentaux depuis plus de 15 ans. Mais Ă  la demande de ces derniers, elle accepte de laisser partir Tyler et Rebecca afin qu'ils puissent connaĂ®tre leurs grands parents. Sur place, leurs comportements excentriques intriguent les enfants confondus en apprentis cinĂ©astes. Jonglant avec les codes du cinĂ©ma d'horreur et du conte populaire de manière sarcastique, M. Night Shyamalan dĂ©concerte sans modĂ©ration pour l'ossature de son intrigue interlope usant de subterfuge et chausse-trappe afin de mieux nous surprendre. Le rĂ©cit Ă©tant conditionnĂ© sous le principe du documentaire que deux adolescents filment sans rĂ©pit pour prĂ©server sur pellicule la quotidiennetĂ© intimiste de leurs grands-parents.


        Pourvu d'une ambiance crĂ©pusculaire envoĂ»tante lorsque la nuit bat son plein et que les arbres contrastent parmi une luminositĂ© onirique, The Visit distille Ă©galement une angoisse sous-jacente en interne d'une demeure vĂ©tuste occultant un terrible secret. Par le biais du comportement incohĂ©rent du couple de vieillards (mĂŞme si l'un souffre du syndrome d'Ă©tat crĂ©pusculaire !), nous nous portons tĂ©moins scrupuleux de leur dĂ©ambulation nocturne sous la camĂ©ra amateur des adolescents voyeurs. Eludant remarquablement le stĂ©rĂ©otype de l'ado aseptique, Shyamalan nous caractĂ©rise intelligemment des hĂ©ros juvĂ©niles aussi sensĂ©s et dĂ©gourdis que remarquablement solidaires. La grande force du rĂ©cit rĂ©sidant notamment dans le  dĂ©veloppement de leur personnalitĂ© imparti Ă  une quĂŞte initiatique pour la rĂ©conciliation parentale et la confiance en soi. LĂ  oĂą le film risque de dĂ©piter une partie de son public, c'est dans la manière caustique dont le cinĂ©aste recours pour exploiter les ressorts de flippe. D'une grande efficacitĂ© pour la progression de la tension et les effets de surprise impartis Ă  l'incohĂ©rence comportementale, ces moments d'apprĂ©hension provoquent au final un sentiment libĂ©rateur (et dĂ©concertant) d'angoisse amusĂ©e. Une dĂ©marche nĂ©anmoins subtile car hĂ©tĂ©rodoxe, justifiĂ©e et rationnelle lorsque l'on finit par connaitre les tenants et aboutissants des personnages et le fin mot de l'Ă©nigme. Sur ce dernier point, lĂ  encore Shyamalan continue de nous surprendre de manière autrement rigoureuse et dramatique lorsque les enfants vont se livrer Ă  une imprĂ©visible Ă©preuve de survie. Quant Ă  l'Ă©pilogue particulièrement bouleversant, The Visit nous dĂ©voile enfin sa vĂ©ritable identitĂ©, Ă  savoir que ce Ă  quoi nous venions d'assister n'Ă©tait qu'un exutoire pour mettre en exergue un drame psychologique sur les conflits parentaux, le regret et le pardon Ă©rigĂ©s autour des valeurs Ă©ducatives. 


        Hansel et Gretel
        Intriguant, dĂ©routant, angoissant et dĂ©rangeant pour la tournure cinglante de son point d'orgue horrifique, The Visit aborde le cinĂ©ma d'angoisse dans l'apparence pour privilĂ©gier un drame parental d'une intensitĂ© aussi dramatique que salvatrice. Outre la stature attachante des ados remarquablement convaincants et la posture interlope des seniors ricaneurs, le film tire-parti de son attention dans la progression intrigante du rĂ©cit culminant vers une rĂ©vĂ©lation rigoureusement brutale.  
        Attention toutefois aux spectateurs non avertis de sa facture fallacieuse !

        Bruno Matéï

        jeudi 15 octobre 2015

        LE VILLAGE DES DAMNES

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site to-hollywood-and-beyond.wikia.com

        "Village of the Damned" de Wolf Rilla. 1960. Anglettere. 1h17. Avec George Sanders, Barbara Shelley, Martin Stephens, Michael Gwynn, Laurence Naismith, Richard Warner, Jenny Laird.

        Sortie salles U.S: 7 Décembre 1960 (Interdit aux - de 18 ans).

        FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Wolf Rilla est un réalisateur anglais d'origine allemande, né le 16 Mars 1920 à Berlin, décédé le 19 Octobre 2005 à Grasse.
        1953: Noose for a Lady. 1954: The Black Rider. 1957: The End of the Road. 1959: Jessy. 1959: Witness in the dark. 1960: Le Village des Damnés. 1968: Pax ? 1973: Secrets of a Door-to-door Salesman. 1975: Bedtime with Rosie.


        Classique notoire des sixties où la science-fiction se heurte à l'épouvante, Le Village des Damnés emprunte le roman éponyme de John Wyndham pour illustrer de manière fort originale l'invasion extra-terrestre du point de vue d'une candeur insidieuse. Celle de chérubins aux têtes blondes mystérieusement enfantés par les femmes d'une paisible bourgade depuis l'apparition d'un nuage invisible dans l'atmosphère. Alors que la population de Midwich sombre quelques instants en léthargie devant le témoignage impuissant de l'armée et de la police, l'entité extraterrestre en profite pour investir le corps de quelques épouses avant leur retour au réveil. Un stratagème diabolique remarquablement planifié pour la procréation d'une nouvelle race infantile à l'intelligence surnaturelle. Car pourvus de pouvoirs télépathiques ayant la faculté de violer nos pensées les plus secrètes, ces bambins dénués d'émotions n'ont comme seule devise de coloniser notre planète.


        Un scĂ©nario charpentĂ© que Wolf Rilla structure avec l'appui d'un climat subtilement anxiogène pour les agissements sournois des enfants, tout en abordant de manière singulière les thèmes de la dictature et du fascisme par leur facultĂ© Ă  nous imposer leur prĂ©pondĂ©rance. D'apparence analogue, blond et angĂ©lique, ils se confondent dans la peau de tueurs (pro-nazis ?) sans vergogne. Incapables d'Ă©prouver le sentiment d'amour pour leur mère et la compassion chez l'Ă©tranger, ils n'hĂ©sitent pas Ă  se dĂ©barrasser des tĂ©moins arrogants en guise de vengeance et de couverture lorsque ces derniers envisagent de les Ă©radiquer. Outre la fascination qu'exerce leur cheminement meurtrier et l'atmosphère diaphane qui en Ă©mane, le Village des DamnĂ©s tire parti de son Ă©trangetĂ© dans la stature innocente des extraterrestres en culotte courte. On peut d'ailleurs saluer le magnĂ©tisme accordĂ© aux comĂ©diens infantiles, leur interaction diabolique Ă  hypnotiser communĂ©ment leur proie d'un regard surnaturel incandescent. Ce sentiment tangible d'hostilitĂ© et d'intimidation provoquant chez nous un sentiment de malaise sous-jacent lorsque des enfants criminels parviennent Ă  assujettir l'autoritĂ© des adultes !  


        Par la biais d'une Ă©pouvante Ă©thĂ©rĂ©e et dans le cadre de l'enfant dĂ©moniaque, Wolf Rilla parvient Ă  renouveler les codes de la science-fiction alarmiste sous l'impulsion d'une hostilitĂ© extraterrestre Ă  visage candide. Il en Ă©mane une mĂ©canique de suspense latent et oppressant lorsque les adultes en perdition tentent vainement de dĂ©jouer la menace avant la stratĂ©gie mentale d'un dernier espoir se mesurant au self-control Ă©motif pour en venir Ă  bout.  

        Bruno Matéï
        3èx