lundi 17 octobre 2016

DON'T BREATHE

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nerdly.co.uk

de Fede Alvarez. 2016. U.S.A. 1h28. Avec Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette, Daniel Zovatto, Franciska Töröcsik

Sortie salles France: 5 Octobre 2016. U.S: 26 Août 2016

FILMOGRAPHIE: Fede Alvarez est un réalisateur uruguayen, né le 9 Février 1978 à Montevideo.
2009: Ataque de Panico (court-mĂ©trage). 2013: Evil-Dead. 2016: Don't Breathe.


Avec son second long-mĂ©trage, Fede Alvarez confirme tout le bien que l'on pensait de lui après nous avoir dĂ©jĂ  Ă©branlĂ© avec son excellent remake Evil-dead ! Car Ă  partir d'un pitch Ă©lĂ©mentaire (de jeunes cambrioleurs s'introduisent par effraction chez un particulier), Don't Breathe joue la carte du suspense oppressant en renversant subitement les rĂ´les ! De par le brio de sa mise en scène exploitant Ă  merveille l'unitĂ© de lieu du foyer domestique rĂ©duit en chausse-trappe (et en champ de bataille !) et la performance viscĂ©rale d'acteurs spontanĂ©s dans leur fonction victimisĂ©e depuis la menace d'un ange de la mort aussi finaud qu'inĂ©branlable. LĂ  oĂą l'intrigue frappe juste et imprime un cachet d'originalitĂ©, c'est dans la caractĂ©risation de cet ancien vĂ©tĂ©ran d'Irak (Stephen Lang, impressionnant de charisme dĂ©moniaque avec sa voix gutturale !) aujourd'hui atteint de cĂ©citĂ© et profondĂ©ment traumatisĂ© par la mort accidentelle de sa fille. Ce dernier se taillant une carrure d'exterminateur vindicatif avec une sagacitĂ© et une vĂ©locitĂ© terrifiantes !


Car en confondant les rĂ´les de victimes/bourreau incessamment ballottĂ©es entre eux, Fede Alvarez conçoit une sorte de train fantĂ´me sardonique si bien que les nombreux rebondissements qui empiètent le cheminement de survie de nos anti-hĂ©ros nous scotchent Ă  notre siège de la première Ă  la dernière minute ! Tendu en diable, notamment sous le pilier d'un climat nocturne feutrĂ© et le mutisme des situations d'extrĂŞme d'urgence (les victimes contraintes d'endiguer leur respiration depuis la prĂ©sence tangible de l'aveugle), Don't Breathe renoue avec un cinĂ©ma brut de dĂ©coffrage sous le prisme du thriller adulte d'une rare cruautĂ© ! C'est Ă©galement Ă  mon sens l'une des grandes qualitĂ©s du mĂ©trage que de n'invoquer aucune concession aux victimes pourchassĂ©es et molestĂ©es depuis leur intrusion illĂ©gale chez un particulier terriblement rancunier ! Avec son ambiance d'angoisse palpable, Don't Breathe halète notre stress avec l'intelligence de relancer l'action dans des directions jamais prĂ©visibles si bien que nous nous acheminons de surprises en surprises jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin ! (Ă  une ou deux facilitĂ©s près Spoiler ! pour le sort perfide d'une des victimes et la facture increvable du tortionnaire fin du Spoiler).


Sous couvert de divertissement commercial déjà couronné de succès (140 millions de dollars de recettes dans le monde contre un budget de 9 900 000 $ alors qu'il débute son exploitation en salles !), Fede Alvarez manipule le genre au 1er degré afin de transfigurer un thriller acerbe sous l'impulsion d'un suspense à couper au rasoir ! Sans faire preuve de racolage et grâce à ces situations censées alternant bravoures stoïques des victimes et de leur bourreau, Don't Breathe nous plaque au siège avec le réalisme d'une vigueur dramatique en chute libre. Une excellente surprise.

vendredi 14 octobre 2016

RAMBO 3

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Peter MacDonald. 1988. U.S.A. 1h41. Avec Sylvester Stallone, Richard Crenna, Marc de Jonge, Kurtwood Smith, SpĂ˝ros Fokás, Sasson Gabai

Sortie salles France: 26 Octobre 1988. U.S: 25 Mai 1988

FILMOGRAPHIE: Peter MacDonald est un réalisateur, producteur de cinéma, cadreur et directeur de la photographie britannique, né à Londres. 1988: Rambo 3. 1992 : Mo' Money.
1994: L'Histoire sans fin 3: Retour à Fantasia. 1997: Supply & Demand. 1998: Légionnaire. 2000: The Extreme Adventures of Super Dave (Vidéo). 2001: L'Empire du roi-singe


Trois ans après la sĂ©quelle pĂ©taradante Rambo 2, la mission, c'est au novice Peter MacDonad qu'incombe la tâche de prendre la relève avec un 3è opus aussi fun et encore plus dĂ©bridĂ© que son prĂ©dĂ©cesseur. Rambo 3 misant autant sur l'action improbable d'une violence belliqueuse lorsque notre (super-)hĂ©ros se charge de dĂ©livrer le colonel Trautman des griffes des soviets depuis l'Ă©chec d'une mission en Afghanistan. Pourvu d'un budget encore plus Ă©levĂ© que son homologue (62 000 000 $ contre 44 000 000 $), Rambo 3 joue plein pot la carte du divertissement dĂ©complexĂ© dans son lot de bravoures explosives quasi ininterrompues si bien que John Rambo est contraint de tenter une seconde fois de libĂ©rer son acolyte Trautman afin de dĂ©cupler les prises de risques inconsidĂ©rĂ©es. Fort d'une distribution cabotine n'hĂ©sitant pas Ă  caricaturer leur fonction hĂ©roĂŻque ou torve (Stallone compris puisque jouant les super-hĂ©ros avec une aimable mine de chien battu !), Rambo 3 imprime une ambiance surrĂ©aliste afin de dynamiter le genre guerrier pour peu que l'on sache apprivoiser le spectacle au second degrĂ©.


Si l'aventure belliciste traversĂ©e de sĂ©quences homĂ©riques (la fameuse charge des moudjahidines en plein dĂ©sert nous remĂ©more le souffle Ă©pique de Lauwrence d'Arabie !) s'avère aussi creuse dans sa narration Ă©culĂ©e (sorte de contrefaçon de Rambo 2, la Mission, les otages amĂ©ricains Ă©tant ici substituĂ©s par un unique prisonnier, le colonel Trautman), Rambo 3 dĂ©tonne par sa gĂ©nĂ©rositĂ© insolente et l'Ă©nergie de sa mise en scène (montage retors Ă  l'appui). Rondement menĂ© donc et adoptant un esprit bande-dessinĂ©e assumĂ© comme le souligne la verve de ses dialogues pittoresques ainsi que la dĂ©contraction davantage prononcĂ©e de notre duo d'hĂ©ros engagĂ©s au front, Rambo 3 parvient Ă  nous impliquer dans l'action improbable avec un savoir-faire qu'on ne retrouve plus chez les Blockbuster numĂ©risĂ©s. C'est simple, Ă  partir du moment oĂą John Rambo intervient en filature dans le camp soviet afin de libĂ©rer Trautman durant la nuit, les sĂ©quences d'actions s'enchaĂ®nent sans rĂ©pit tout en se renouvelant par le biais de stratĂ©gies Ă  risques que Rambo entreprend Ă  pied, en hĂ©licoptère ou encore Ă  bord d'un tank. Les paysages d'Asie centrale superbement filmĂ©s assurant notamment le dĂ©paysement si bien que le rĂ©alisateur diversifie ses dĂ©cors dĂ©sertiques et rocailleux au fil de stratĂ©gies d'attaques que Rambo planifie avec un hĂ©roĂŻsme surhumain.


InĂ©vitablement naĂŻf pour l'Ă©change des confrontations musclĂ©es que se disputent nos hĂ©ros indestructibles et narrativement rachitique par son impression de dĂ©jĂ  vu, Rambo 3 parvient pourtant fougueusement Ă  divertir dans sa pyrotechnie ostentatoire oĂą le surrĂ©alisme se mĂŞle au dĂ©lire le plus fun comme le souligne son point d'orgue anthologique ! DominĂ© par un Stallone cabotin mais oh combien attachant dans sa fonction iconique de super-hĂ©ros, ce (second) plaisir coupable est Ă  rĂ©habiliter si bien qu'il semble encore plus pĂ©tulant qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie !  

B-M


de Ted Kotcheff. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Sylvester Stallone, Richard Crenna, Brian Dennehy, Bill McKinney, Jack Starrett, Michael Talbott, Chris Mulkey, John Mc Liam, Alf Humhreys, David Caruso.

Sortie en salles en France le 2 Mars 1983, U.S.A: 31 Octobre 1982.

FILMOGRAPHIETed Kotcheff est un rĂ©alisateur, producteur, acteur et scĂ©nariste canadien d'origine bulgare, nĂ© le 7 avril 1931 Ă  Toronto (Canada).
1974: l'Apprentissage de Duddy Kravitz, 1978: La Grande Cuisine, 1982: Rambo, 1983: Retour vers l'Enfer, 1988: Scoop, 1989: Winter People, Week-end at Bernie's, 1992: Folks !

                                          

RĂ©alisateur touche Ă  tout, Ted Kotcheff explose le box-office en 1982 avec un film d'action rĂ©volutionnaire mettant en scène un vĂ©tĂ©ran du Vietnam de retour dans son pays mais rejetĂ© par sa sociĂ©tĂ©. Le phĂ©nomène Rambo est nĂ© et son personnage iconique interprĂ©tĂ© par un Stallone en pleine ascension (la mĂŞme annĂ©e sort Rocky 3 !) va influencer un nombre incalculable d'ersatz Ă  travers le monde. Retour sur un modèle du film d'action aussi jouissif et trĂ©pidant que sa première sortie officialisĂ©e 30 ans au prĂ©alable, le 31 Octobre 1982 ! John Rambo est un ancien bĂ©ret vert de retour dans son pays après avoir combattu la guerre du Vietnam. Sur le sol amĂ©ricain, l'homme gratifiĂ© d'une mĂ©daille d'honneur est pris Ă  parti avec un flic irascible et raciste. La tension entre les deux hommes va rapidement s'envenimer Ă  tel point que le shĂ©rif dĂ©cide de l'apprĂ©hender pour vagabondage et port illĂ©gal d'arme blanche. Au commissariat, après avoir Ă©tĂ© battu et maltraitĂ©, John Rambo parvient Ă  s'Ă©chapper de ses assaillants pour prendre la fuite Ă  moto en direction de la forĂŞt montagneuse. Une chasse Ă  l'homme est sommairement engagĂ©e !

                               

Quand on revoit 30 ans plus tard pour la Ă©nième fois cet illustre film d'action, on se rend compte Ă  quel point ses mĂ©caniques de suspense, de tension et d'action Ă©chevelĂ©e Ă©taient coordonnĂ©es Ă  leur paroxysme. Parce que Rambo constitue un concentrĂ© d'Ă©motions fortes, de par son rythme vigoureux d'une efficacitĂ© optimale. En y combinant l'aventure, le film de guerre, le survival, l'action et l'analyse sociale, Ted Kotcheff a trouvĂ© la formule magique pour crĂ©er un nouvel archĂ©type du divertissement moderne. En optant comme argument la difficile rĂ©insertion des soldats du Vietnam de retour dans leur pays, le rĂ©alisateur livre une impitoyable chasse Ă  l'homme, faute d'une AmĂ©rique hostile envers l'Ă©tranger, car rĂ©futant les marginaux d'apparence interlope. Après un prologue jubilatoire pour les rapports conflictuels entamĂ©s entre un flic orgueilleux et notre briscard arrĂŞtĂ© pour vagabondage, la première partie nous converge de plein fouet au sein d'un haletant survival. Une traque improbable auquel un fugitif devra user de subterfuge et traquenards belliqueux pour sauver sa peau contre une armĂ©e de 200 soldats lancĂ©s Ă  ses trousses. La mise en scène impeccablement maĂ®trisĂ©e rivalise d'adresse et d'efficacitĂ© en terme de courses poursuites incessante Ă  travers bois d'une forĂŞt montagneuse, transcendant ainsi la sauvagerie de ses paysages dantesques lors d'un saut dans le vide anthologique ! John Rambo, sĂ©vèrement rebelle contre l'hypocrisie condescendante des flicards, renoue avec son instinct guerrier pour reproduire la mĂŞme situation de guĂ©rilla dans son pays dit civilisĂ©. Pièges artisanaux, cachettes et camouflages de guerre sont savamment façonnĂ©s par un soldat Ă  nouveau en guerre contre sa propre patrie.
                                    
Ce fantasme viril de l'homme inĂ©quitablement traquĂ© contre une armĂ©e rĂ©ussit ici le prodige de contourner ses invraisemblances parmi l'agencement de situations censĂ©es et la conviction de la prestance humainement fouillĂ©e de Sylvester Stallone. En outre, les sĂ©quences d'action rondement menĂ©es et techniquement bien orchestrĂ©es Ă©ludent habilement l'outrance dans lequel elles auraient pu facilement se vautrer. A contrario, les pĂ©ripĂ©ties endiablĂ©es et cascades impondĂ©rables vont louablement servir le cheminement de l'histoire avant que ne culmine un règlement de compte pyrotechnique au sein d'une urbanisation rĂ©duite Ă  feu et Ă  sang. Pour le coup, la chasse Ă  l'homme inverse les rĂ´les lorsque notre hĂ©ros Ă©chappĂ© d'une mine dĂ©saffectĂ©e dĂ©cide de mener une vĂ©ritable guĂ©rilla urbaine au coeur de sa paisible bourgade. Ce baroud d'honneur survitaminĂ© dĂ©ploie gĂ©nĂ©reusement des sĂ©quences explosives toujours aussi spectaculaires et intenses avant de nous Ă©mouvoir lors d'un Ă©pilogue particulièrement poignant si bien que Stallone extĂ©riorise tout son potentiel dramatique. Un moment intime assez bouleversant dĂ©montrant en un laps de temps les stigmates de l'horreur inhumaine de la guerre, du traumatisme et des sĂ©quelles irrĂ©versibles assĂ©nĂ©s aux soldats du front. En pourfendeur contre l'autoritĂ© intolĂ©rante de son pays (les flicards sont constamment ridiculisĂ©s dans leur machisme primaire et arrogance dĂ©loyale), Ted Kotcheff recourt Ă  la sobriĂ©tĂ© pour dĂ©battre son rĂ©quisitoire contre l'abus de pouvoir, l'injustice et la haine de l'autre.

                                   
PhĂ©nomènes Ă  part entière dans le domaine du cinĂ©ma d'action contemporain, Rambo, le film, et Stallone, l'acteur, auront dĂ©finitivement marquĂ© la dĂ©cennie 80 en renouvelant l'actionner sous couvert d'Ă©tude sociale. Ultra efficace et spectaculaire, haletant en diable, intense et poignant , Rambo confine au chef-d'oeuvre sans jamais perdre de vue l'humanitĂ© dĂ©chue de son personnage emblème. Un hĂ©ros chevronnĂ© moralement blessĂ© par l'irrĂ©vĂ©rence de sa terre d'accueil n'ayant aucune rĂ©vĂ©rence pour la bravoure de ces anciens combattants. 

B-M


de George Pan Cosmatos. 1985. U.S.A. 1h36. Avec Sylvester Stallone, Richard Crenna, Charles Napier, Steven Berkoff, Julia Nickson-Soul, Martin Kove, George Cheung, Andy Wood, William Ghent, Voyo Goric.

Sortie en salles en France le 16 Octobre 1985. U.S: 24 Mai 1985

FILMOGRAPHIEGeorge Pan Cosmatos Ă©tait un rĂ©alisateur et scĂ©nariste grec nĂ© le 4 janvier 1941 Ă  Florence (Toscane, Italie), mort le 19 Avril 2005 Ă  Victoria (Colombie-Britannique, Canada) d'un cancer du poumon.
1977: Le Pont de Cassandra. 1979: Bons Baisers d'Athènes. 1983: Terreur à Domicile. 1985: Rambo 2, la Mission. 1986: Cobra. 1989: Leviathan. 1993: Tombstone. 1997: Haute Trahison


En 1982, Ted Kotcheff avait su renouveler le cinĂ©ma d'action avec Rambo, charge sociale illustrant avec beaucoup d'efficacitĂ© la difficile rĂ©insertion des vĂ©tĂ©rans du Vietnam de retour au pays amĂ©ricain. En prime, la notoriĂ©tĂ© de l'acteur Sylvester Stallone dĂ©jĂ  cĂ©lĂ©brĂ©e avec les 3 premiers Rocky va dĂ©finitivement asseoir le personnage sur le trĂ´ne de star mondiale. George Pan Cosmatos, habile artisan de la sĂ©rie B, prend cette fois-ci les reines de cette nouvelle mission axĂ©e sur l'action belliqueuse au sein d'une jungle vietnamienne ! Retenu en prison pour cinq ans de travaux forcĂ©s, John Rambo est rappelĂ© par le colonel Trautman pour obtenir une Ă©ventuelle rĂ©mission judiciaire. Pour cela et en guise de preuve, il aura pour mission de prendre des clichĂ©s de prisonniers de guerre amĂ©ricains retenus en pleine jungle vietnamienne. Rambo dĂ©cide contre l'autoritĂ© de son supĂ©rieur de ramener en vie un otage amĂ©ricain. DĂ©pitĂ©, Murdock ordonne d'abroger la mission pour laisser notre hĂ©ros seul contre les les viĂŞt-cĂ´ng et les alliĂ©s russes. 
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Ted Kotcheff avait su nous divertir et Ă©mouvoir avec Rambo, modèle du film d'action contemporain exacerbĂ© par le profil aigri d'un ancien vĂ©tĂ©ran du Vietnam dĂ©boutĂ© par sa propre patrie. En 1985, fort du succès mondial entrepris avec ce classique du survival musclĂ©, George Pan Cosmatos et ses complices, James Cameron et Sylvester Stallone (attitrĂ©s au poste de scĂ©naristes), entreprennent une suite entièrement conçue sur la surenchère guerrière. A titre anecdotique, c'est James Cameron qui Ă©crivit d'abord une première version du scĂ©nario Ă  rĂ©sonance politique avant que Stallone ne le remanie en privilĂ©giant l'action homĂ©rique. Le script originel avait d'ailleurs prĂ©vu que Trautman et Rambo se retrouvent en interne d'un hĂ´pital psychiatrique et non dans une prison fĂ©dĂ©ral comme on peut le voir en prĂ©ambule de l'oeuvre. Cette fois-ci, notre rĂ©alisateur dĂ©jĂ  responsable d'un excellent film catastrophe (Le Pont de Cassandra) et d'une sĂ©rie B horrifique roublarde (Terreur Ă  Domicile Ă©tait un modèle d'efficacitĂ©) concentre la totalitĂ© de son intrigue dans un florilège de bravoures ultra spectaculaires perpĂ©trĂ©es par notre (super) hĂ©ros seul contre tous ! Tout ce qui avait fait jubiler les amateurs d'action dĂ©bridĂ©e dans le dernier quart d'heure de Rambo (un condensĂ© de destruction massive au coeur d'une bourgade ricaine) se retrouve ici condensĂ© en 1h36 de pĂ©ripĂ©ties haletantes et explosions hĂ©ritĂ©es de l'univers de la BD.


D'une intrigue linĂ©aire Ă©ludĂ©e de surprise (hormis le coup de trafalgard optĂ© par Murdock contre Rambo), George Pan Cosmatos en tire donc un pur film d'action ludique et dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©. Et cela mĂŞme s'il fustige une nouvelle fois en toile de fond social son gouvernement amĂ©ricain fraudant des preuves sur l'existence de survivants amĂ©ricains, retenus en otage en pays hostile depuis leur dĂ©tention au cours des seventies. S'ensuit Ă  un rythme effrĂ©nĂ© une succession d'Ă©vènements trĂ©pidants auquel nos antagonistes dĂ©ployĂ©s en masse vont tenter par tous les moyens de capturer Rambo, seul contre tous. Courses-poursuites Ă  pied ou en hĂ©lico, mitraillages frĂ©nĂ©tiques ou coups de flèches destructeurs Ă  embout explosif, torture Ă  l'ancienne sous haut voltage et Ă©puration de villages incendiĂ©s Ă  grands coups de roquettes ! Cette fois-ci, notre hĂ©ros indestructible rĂ©duit en machine Ă  tuer est confinĂ© en terrain connu pour s'engager Ă  dĂ©clarer une guerre impitoyable contre les preneurs d'otages, tout en rĂ©clamant vengeance auprès de son gouvernement, faute d'un leader bureaucrate vĂ©nal. A ce titre, le règlement de compte opposant Murdock et Rambo dans le local bureautique s'avère un moment de bravoure orgasmique, de par l'intensitĂ© des coups de mitraillettes gĂ©nĂ©reusement dĂ©chargĂ©es sur les archives administratives !


HandicapĂ© par un scĂ©nario improbable multipliant Ă  outrance les affrontements et prises de risques saugrenues, Rambo 2 la mission s'Ă©difie en sĂ©rie B bourrine Ă  l'efficacitĂ© certaine. Rondement menĂ© sous le score Ă©pique de Jerry Goldsmith et dominĂ© par l'icone virile d'un Stallone plus pugnace que jamais, le divertissement belliciste rĂ©ussit par miracle Ă  transcender ses lacunes dans une dĂ©contraction dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e.

B-M
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Note: le film restera dans l'histoire du box-office français, ayant été le premier film à passer la barre des 500 000 entrées en 1ère semaine d'exploitation (avec 510 096 entrée pour la capitale de Paris)

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pixshark.com

de Sylvester Stallone. 2008. Allemagne/U.S.A. 1h31. Avec Sylvester Stallone, Julie Benz, Paul Schulze, Graham McTavish, Matthew Marsden, Reynaldo Gallegos.

Sortie salles France: 6 FĂ©vrier 2008. U.S: 25 Janvier 2008

FILMOGRAPHIESylvester Stallone est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Juillet 1946 Ă  New-York.
1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: UnitĂ© SpĂ©ciale.


Après avoir brillamment clĂ´turĂ© la saga Rocky avec Rocky BalboaSylvester Stallone, acteur et cinĂ©aste, dĂ©cide d'en faire de mĂŞme pour la trilogie Rambo, 20 ans après le semi-Ă©chec du 3è Ă©pisode. Renouant un peu avec l'Ă©tat d'esprit du premier film pour la dimension humaniste du vĂ©tĂ©ran repliĂ© sur lui mĂŞme (on le retrouve reclus en Thailande entrain de chasser les cobras pour les vendre Ă  un dresseur), John Rambo s'engage tout de mĂŞme Ă  renouer avec la voie du spectacle homĂ©rique Ă  grand renfort d'ultra-violence jusqu'au-boutiste. C'est bien simple, jamais un film de guerre n'Ă©tait allĂ© aussi loin dans la barbarie pour dĂ©noncer les horreurs du pays le plus totalitaire au monde (la Birmanie reste en guerre depuis plus de 60 ans en dĂ©pit de l'indiffĂ©rence des mĂ©dias !) et pour nous divertir de scènes d'action dĂ©coiffantes Ă  l'efficacitĂ© optimale. Un peu comme si Rambo 2, la mission s'Ă©tait incidemment retrouvĂ© la tĂŞte plongĂ©e dans une bassine de vitriol ! Exit donc la caricature d'une bande dessinĂ©e dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e apte Ă  divertir son public de 7 Ă  77 ans, Stallone misant sur l'ultra rĂ©alisme d'un contexte de guerre animĂ© par l'emprise de la folie et de la haine.


A l'instar des exactions crapuleuses (et parfois diaboliquement inventives) quotidiennement perpĂ©trĂ©es par les soldats birmans sur une population prĂ©caire d'oĂą aucun enfant n'est Ă©pargnĂ© (Stallone refusant mĂŞme le hors-champs dans ses sĂ©quences les plus innommables !). Outre le caractère poignant des Ă©tats d'âme torturĂ©s de Rambo Ă  nouveau compromis par son sens du devoir Ă  rempiler une mission Ă  haut risque (sauver la vie d'un groupe de missionnaires religieux pris en otage dans un village), John Rambo assume le spectacle Ă©pique d'un film de guerre habitĂ© par la frĂ©nĂ©sie de la violence. Qu'elle soit purement gratuite du point de vue des soldats Birmans ou justifiĂ©e du cĂ´tĂ© des mercenaires hĂ©roĂŻques notamment impliquĂ©s dans une cause de survie. Dans ce maelstrom d'images apocalyptiques d'oĂą s'extrait une sauvagerie Ă  l'instinct primitif (Rambo arrachant de ses mains la gorge d'un geĂ´lier !), l'intrigue conjugue mission d'infiltration, stratĂ©gies d'attaques et de dĂ©fense et survival de dernier ressort avec une vigueur imperturbable ! Son pouvoir de fascination, son rĂ©alisme immersif et son sens jouissif de l'action explosive Ă©tant notamment vĂ©hiculĂ©s par l'autoritĂ© iconique de notre baroudeur une fois de plus contraint de reprendre les armes pour se donner une raison d'exister (celle de sauver la vie de son Ă©quipe et des missionnaires, en particulier un couple religieux). Et par cette occasion quasi suicidaire retrouver son blason de hĂ©ros face Ă  la considĂ©ration des survivants puis peut-ĂŞtre renouer avec sa paix intĂ©rieure.


Un spectacle monstrueux, Ă  feu et Ă  sang.
Pur divertissement d'action belliqueuse oĂą les bravoures anthologiques se succèdent Ă  une cadence effrĂ©nĂ©e, John Rambo rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  justifier sa barbarie graphique (corps dĂ©chiquetĂ©s, broyĂ©s, explosĂ©s, dĂ©capitĂ©s, Ă©ventrĂ©s !) pour dĂ©noncer le contexte historique de la dictature Birmane (le film reste chez eux officiellement interdit en salles et en video au risque d'encourir 10 ans de prison ou la perpĂ©tuitĂ© pour ceux qui en braveraient le règlement). RehaussĂ© du score intense de Brian Tyler et de la cĂ©lèbre reprise de Jerry GoldmisthSylvester Stallone en profite pour redorer la stature Ă©corchĂ©e de sa machine Ă  tuer, Ă  l'instar de son Ă©pilogue bouleversant auquel Rambo renoue avec la civilisation de sa patrie.

B-M

jeudi 13 octobre 2016

Une Fille pour le Diable / To the devil a Daughter

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

de Peter Sykes. 1976. Angleterre/RFA. 1h31. Avec Richard Widmark, Christopher Lee, Honor Blackman, Denholm Elliott, Michael Goodliffe, Nastassja Kinski.

Sortie salles France: 30 Mars 1977. Angleterre: 4 Mars 1976

FILMOGRAPHIE: Peter Sykes est un réalisateur et scénariste australien né le 17 juin 1939 à Melbourne (Australie) et mort le 1er mars 2006. 1968 : The Committee. 1971 : Venom. 1972 : Les Démons de l'esprit. 1973 : The House in Nightmare Park. 1973 : Steptoe and Son Ride Again. 1976 : Une fille... pour le diable. 1979 : Jesus.


Avant-dernière production de la Hammer pour leur 1er cycle, Une Fille pour le Diable porte la signature de Peter Sykes, dĂ©jĂ  auteur de l'excellent les DĂ©mons de l'esprit pour le compte de la firme. TirĂ© d'un roman de Dennis Wheatley, l'intrigue surfe sur la vague des films d'horreur satanistes initiĂ©s par Rosemary's Baby et L'Exorciste alors que la MalĂ©diction prendra le relais quelques mois plus tard après la sortie d'Une fille pour le diable. Le PitchUn Ă©crivain, spĂ©cialiste des sciences occultes, se porte garant pour protĂ©ger la fille d'un ami, une jeune religieuse tributaire des agissements malĂ©fiques d'un prĂŞtre excommuniĂ©. Un combat rigoureux contre les forces du Mal s'engage entre les deux hommes. En dĂ©pit d'une rĂ©putation timorĂ©e et de conditions de tournages houleuses entre la prod et certains acteurs,  Une Fille pour le Diable surprend beaucoup dans l'ossature de son climat malsain irrĂ©sistiblement ombrageux.


Bien que son cheminement narratif s'avère parfois un peu dĂ©cousu pour les enjeux diaboliques compromis avec le Lord "Astaroth", la rĂ©alisation scrupuleuse de Peter Sykes dĂ©tonne par son rĂ©alisme documentĂ© en insistant notamment sur les pouvoirs machiavĂ©liques que la confrĂ©rie parvient Ă  animer Ă  distance. Outre le soin consciencieux de son atmosphère mĂ©phitique, sa distribution de prestige doit autant Ă  la vĂ©racitĂ© des Ă©vènements Ă©noncĂ©s que le cinĂ©aste s'efforce d'acheminer avec force et dĂ©tails inquiĂ©tants (grimoire, mĂ©daillon, signes et symboles rituels). Tant par la prĂ©sence du grand Richard Widmark dans une posture hĂ©roĂŻque contrariĂ©e, du dandy Christopher Lee, impressionnant de charisme dĂ©lĂ©tère sous l'intensitĂ© d'un regard viciĂ©, que de la compagnie candide de Nastassia Kinski, Ă©trange de sensualitĂ© en victime dĂ©florĂ©e. D'autres seconds-rĂ´les sont mĂ©ritoires dans leur fonction de faire-valoir (Honor Blackman, Denholm Elliott, Michael Goodliffe), communĂ©ment malmenĂ©s par l'emprise invisible du Mal. Enfin, on peut aussi souligner l'audace de la Hammer d'avoir osĂ© tolĂ©rer des sĂ©quences chocs franchement licencieuses (l'accouchement sordide pour le projet du premier baptĂŞme, la transfusion sanguine d'une Ă©lue, la vision ensanglantĂ©e d'un bĂ©bĂ© monstrueux que Catherine s'efforce de pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de son vagin et le sacrifice d'un nourrisson perpĂ©trĂ© lors du rituel final).


Un "Hammer" indécent que les bien-pensants ont tendance d'occulter pour son réalisme fétide.
Série B perfectible dans sa narration biscornue un brin prévisible, Une Fille pour le Diable extériorise pourtant un sentiment persistant de malaise environnemental de par son réalisme clinique et l'aura de souffre suintant du moindre cadre de l'écran (tant pour les décors domestiques et gothiques que des extérieurs naturels subordonnés au cérémonial occulte). Fascinant, inquiétant, incongru et dérangeant, il doit beaucoup de sa vigueur dramatique dans la coordination de séquences-chocs sulfureuses et l'autorité renfrognée d'une distribution quatre étoiles.

2èx

mercredi 12 octobre 2016

BEFORE I WAKE

                                                                                                 
                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bom-boxoffice.over-blog.com

"Somnia" de Mike Flanagan. 2016. U.S.A. 1h37. Avec Kate Bosworth, Thomas Jane, Jacob Tremblay, Topher Bousquet, Annabeth Gish, Dash Miho.

Sortie salles France: Prochainement...

FILMOGRAPHIE: Mike Flanagan est un réalisateur américain né le 20 Mai 1978 à Salem, Massachusetts. 2016: Before I Wake. 2016: Hush. 2013: The Mirror. 2011: Absentia. 2003: Ghosts of Hamilton Street. 2001: I Still Life. 2000: Makebelieve.


SĂ©rie B horrifico-fantastique toute en intimisme, Before I Wake renoue avec un cinĂ©ma mature pour honorer le genre sans cĂ©der Ă  une facilitĂ© racoleuse dans son savant dosage de frissons et vives Ă©motions. Dans la lignĂ©e des chefs-d'oeuvre d'un Fantastique Ă©purĂ© comme le caractĂ©risent Le Cercle Infernal, l'Enfant du Diable ou encore Ne vous Retournez pas, Before i wake aborde lestement la thĂ©matique du deuil infantile sous le pivot d'un duo de comĂ©diens dĂ©pouillĂ©s dans leur carrure parentale meurtrie. A la suite de la mort accidentelle de leur fils, le couple Hobson dĂ©cide d'adopter un garçon orphelin du nom de Cody. Souffrant d'insomnie, ce dernier est terrorisĂ© Ă  l'idĂ©e de s'endormir depuis que ces rĂŞves prennent vie dans la rĂ©alitĂ©. AffublĂ© d'un don exceptionnel, Cody va bouleverser le destin de ses nouveaux parents après avoir matĂ©rialisĂ© le fantĂ´me de leur dĂ©funt rejeton. 


Dans son art de narrer un conte dĂ©lĂ©tère sous l'impulsion Ă©nigmatique d'une autoritĂ© infantile, Mike Flanagan prend soin de dĂ©velopper ses protagonistes en Ă©tudiant les rapports conflictuels du couple fragile Ă  tolĂ©rer la perte de l'ĂŞtre aimĂ©. Face Ă  leur tĂ©moignage, un enfant tributaire d'un passĂ© traumatique doit Ă©galement surmonter une double Ă©preuve (sa hantise des cauchemars nocturnes et son deuil familial) si bien que le rĂ©alisateur oppose leurs points communs de l'angoisse et du chagrin inĂ©quitable avec une Ă©tonnante pudeur. L'Ă©motion jamais programmĂ©e nous saisissant en intermittence (la bouleversante projection du film en camescope !) parmi la juste mesure d'une maturitĂ© parentale ne s'apitoyant jamais sur leur sort. Jouant la carte du suspense anxiogène en la prĂ©sence spectrale d'une crĂ©ature famĂ©lique et d'Ă©nigmes en suspension, ce dernier nous traduit des sĂ©quences frissonnantes plutĂ´t convaincantes dans son dĂ©sir d'enchĂ©rir une terreur sournoise voguant vers la rancoeur. Baignant dans un climat d'angoisse palpable cĂ©dant parfois Ă  un onirisme (inopinĂ©ment) enchanteur (la prĂ©sence incandescente des papillons nocturnes !), Before i wake condense avec une rare alchimie horreur et fĂ©erie afin de culminer vers une mĂ©taphore rĂ©demptrice (l'amour spirituel et maternel). A ce titre, le final rĂ©vĂ©lateur s'avère divinement bouleversant lorsque le cinĂ©aste lève le voile sur le don singulier de Cody par l'entremise d'une main maternelle.


Sous le format minimaliste de la sĂ©rie B et parmi le parti-pris de crĂ©dibiliser son histoire surnaturelle sans pathos ni sinistrose, Mike Flanagan parvient Ă  transfigurer un douloureux conte de fĂ©e dans son dĂ©sir de conjurer les dĂ©mons qui habitent les corps des personnages. Remarquablement interprĂ©tĂ© (le jeune Jacob Tremblay - rĂ©vĂ©lation de Room - s'avère aussi modĂ©rĂ© dans sa culpabilitĂ© candide !), Before i wake recourt au fantastique psychologique sous l'impulsion d'une caractĂ©risation humaine en questionnement mystique. Une jolie rĂ©ussite rehaussĂ©e d'un point d'orgue transcendant dans son acuitĂ© lyrique !

Dédicace à George Abitbol et Jean-Marc Micciche
B-M

mardi 11 octobre 2016

PHANTASM: RAVAGER

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de David Hartman. 2016. U.S.A. 1h27. Avec Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornbury,
Reggie Bannister, Kathy Lester, Gloria Lynne Henry. Scénario et Production: Don Coscarelli.

Sortie salles US: 7 Octobre 2016

FILMOGRAPHIE: David Hartman est un réalisateur américain.
2016: Phantasm: Ravager


18 ans après Phantasm 4: Oblivion, Don Coscarelli cède sa place Ă  un spĂ©cialiste de sĂ©ries TV, David Hartman (si bien qu'il s'agit ici de son premier long-mĂ©trage) afin de parachever son illustre saga. ScĂ©narisĂ© et produit par le maĂ®tre en personne, Phantasm: ravager relance l'intĂ©rĂŞt des enjeux belliqueux entre Reggie et Tall Man sous le pivot d'une narration (classiquement) fourre-tout et dĂ©cousue. Ayant prĂ©alablement combattu en plein dĂ©sert l'homme en noir, Reggie se retrouve Ă  nouveau confrontĂ© Ă  lui après avoir Ă©tĂ© hĂ©bergĂ© au domicile d'une jeune automobiliste. Ayant perdu tous repères avec la rĂ©alitĂ©, il semble acquĂ©rir le don d'ubiquitĂ© au moment mĂŞme oĂą Mike vient lui rendre visite dans un hospice pour l'avertir de sa dĂ©mence. HantĂ© par le spectre du Tall Man, Reggie s'efforce de le convaincre que ses fantasmes ne sont pas le fruit de son imagination dĂ©lurĂ©e. A travers ce pitch dĂ©libĂ©rĂ©ment tortueux, nous sommes en terrain connu depuis la ligne de conduite des prĂ©cĂ©dents opus s'Ă©vertuant Ă  nous entraĂ®ner dans un univers fantasmagorique en perte de repères (illusion et rĂ©alitĂ© se tĂ©lescopant jusqu'Ă  saturation).


Inscrit dans la sincĂ©ritĂ© et le respect des codes de la saga, Phantasm: Ravager constitue une pochette surprise assez dĂ©gingandĂ©e car alternant dĂ©fauts formels (FX numĂ©riques souvent dĂ©suets, rĂ©alisation digne d'un tĂ©lĂ©-film, photo stĂ©rile) et qualitĂ©s narratives (situations saugrenues truffĂ©es de pĂ©ripĂ©ties inventives d'oĂą perce en intermittence une Ă©motion poignante lors de retrouvailles familiales). A mi-chemin entre la sĂ©rie B et Z (n'ayons pas peur du terme pĂ©joratif !), Phantasm: Ravager tire parti de son attrait gogo grâce Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© du cinĂ©aste s'efforçant de satisfaire l'attente des fans par le biais des composantes du gore et de l'action se disputant la mise sans rĂ©pit. Outre le caractère ludique des rebondissements dĂ©bridĂ©s menĂ©s avec esprit bonnard, les personnages familiers qui y Ă©voluent s'avèrent toujours aussi attachants dans leur cohĂ©sion fraternelle mais aussi empathiques pour leur âge burinĂ© (18 ans sĂ©parent le 4è opus de ce dernier chapitre !). Sur ce dernier point, et en abordant les thèmes de la peur de l'inconnu et l'injustice de la mort sous couvert de loyautĂ© amicale, Phantasm: Ravager transfigure le conte mĂ©taphysique (la vie n'est qu'un long rĂŞve dont la mort nous rĂ©veille !) avec une Ă©motion franchement poignante. A l'instar des retrouvailles chaleureuses de nos hĂ©ros lors du prologue ou encore lors des adieux Ă©mouvants (j'en ai d'ailleurs versĂ© une larme !) instaurĂ©s vers sa conclusion. TruffĂ© de clins d'oeil au 1er volet, les spectateurs seront notamment heureux de retrouver des antagonistes secondaires dont je tairais l'indice alors que des dĂ©cors (et Ă©lĂ©ments) familiers ne manquent pas non plus de titiller notre nostalgie. Quant au regrettĂ© Angus Scrimm, le monstre sacrĂ© insuffle toujours autant d'aplomb et de vigueur dans son charisme dĂ©lĂ©tère avec une persuasion indĂ©fectible !


Des retrouvailles émouvantes pour un cadeau d'adieu fantasmatique.
En brossant avec imagination et maladresse une parabole sur l'illusion existentielle (la vie n'est qu'un rĂŞve dans un rĂŞve !), David Hartman en extirpe par le biais du fantasme une catharsis sur l'acceptation de notre mort. Cheap en diable et inabouti (comme chacun des prĂ©cĂ©dents opus !) mais suscitant un charme tangible par son esprit Bisseux, Phantasm: Ravager tire parti de sa frĂ©nĂ©sie fantaisiste dans son esprit modeste de B movie intègre. Pour conclure, ce dernier chapitre ne comblera pas toutes les attentes des fans mais il parvient nĂ©anmoins Ă  laisser en mĂ©moire une Ă©motion mĂ©lancolique pour sa cantique confĂ©rĂ©e Ă  la chimère et Ă  l'amour de la fratrie.  

La Chronique de Phantasm: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/05/phantasm.html
B-M

lundi 10 octobre 2016

DESIERTO. Prix FIPRESCI, Toronto 2015.

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jonás Cuarón. 2015. Mexique. 1h32. Avec Gael García Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alondra Hidalgo, Diego Cataño, Marco Pérez,

Sortie salles France: 13 Avril 2016. Interdit - de 12 ans. Mexique: 15 Avril 2016.

FILMOGRAPHIE: Jonás CuarĂłn est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste mexicain nĂ© en 1981 Ă  Mexico. Il est le fils d'Alfonso CuarĂłn.
2007: Año uña. 2007: The Shock Doctrine (documentaire). 2013: Aningaaq (court métrage). 2015:
Desierto.


Survival cauchemardesque d'un réalisme percutant, Desierto est la seconde réalisation du mexicain Jonas Cuaron, fils du célèbre cinéaste Alfonso Cuaron (Les Fils de l'homme, Gravity). A partir d'un pitch linéaire (des migrants mexicains voulant rejoindre les Etats-Unis par le désert californien sont subitement coursés par un prédateur raciste), Jonas Cuaron exploite habilement son potentiel alarmiste sous l'impulsion d'une chasse à l'homme escarpée ! Optant comme unité de lieu la vaste scénographie d'un désert rocheux émaillé d'éléments hostiles (les sentiers des cactus, le nid des serpents, les immenses rochers blancs), le cinéaste magnifie son cadre solaire et crépusculaire (photo naturel à l'appui !) que les protagonistes à bout de souffle arpentent avec la peur au ventre !


En relançant efficacement l'action des règlements de compte par de multiples itinĂ©raires que ces derniers improvisent par instinct de survie, Desierto laisse les mains moites Ă  observer de manière aussi impuissante une dĂ©rive criminelle d'autant plus intolĂ©rable par ses actes xĂ©nophobes. D'un rĂ©alisme âpre quant au sentiment de dĂ©rĂ©liction que les survivants Ă©prouvent inlassablement, Desiorto recourt Ă  une violence tranchĂ©e lorsqu'un chasseur habitĂ© par la haine de l'Ă©tranger dĂ©cide de les exterminer avec une ruse perfide. Et sur ce point, on peut compter sur le charisme impĂ©rieux de Jeffrey Dean Morgan (Sans retour, ExtrĂŞme PrĂ©judice) pour exprimer la posture virile d'un bourreau mĂ©prisant de lâchetĂ© et de turpitude. Avec l'appui d'un berger allemand dressĂ© pour tuer, le cinĂ©aste compte notamment sur ce pilier secondaire pour perdurer la tension des poursuites par le biais d'estocades criminelles d'une grande violence ! Sans romancer la notion d'hĂ©roĂŻsme, le cinĂ©aste dresse notamment le portrait Ă©quivoque d'un migrant mexicain (Gael GarcĂ­a Bernal impressionnant de vigueur viscĂ©rale dans son regard en Ă©moi !) partagĂ© entre un courage endurant mais aussi une lâchetĂ© contestable (une condition pourtant indispensable Ă  la survie !), Spoiler ! mĂŞme si au final son instinct de prĂ©server la vie d'autrui le rappellera Ă  l'ordre ! Fin du Spoil.


“La lâchetĂ©, cette condition que personne ne reconnaĂ®t ou n'accepte, pourtant indispensable Ă  la survie.”
Pamphlet anti raciste, hymne Ă  l'espoir de la libertĂ© par l'entremise du courage de la survie, Desierto exploite le thème Ă©culĂ© de la chasse Ă  l'homme avec une efficacitĂ© en roue libre. Tant par le brio de sa mise en scène ne cĂ©dant jamais Ă  une vaine esbroufe que par la prestance humaine des seconds-rĂ´les pleinement investis dans leur fonction de bĂŞtes traquĂ©es. Excellent. 

B-M

Le point de vue de Jean-Marc Micciche
Séance de rattrapage avec le magnifique survival Desierto. On se souviens déjà l'année dernière de The sea fog, les clandestins, où comment un sujet qui prêtait un traitement dramatique se laissait déborder par l'horreur de son sujet pour embrasser quelques chose de plus viscérale. Par son jusqu'au boutisme, The sea fog transcendait les clichés pour afficher une vrai démarche d'auteur dans le cinéma de genre. Et un an plus tard, à travers un sujet qui malheureusement schlingue le fait divers, Desertio nous montre qu'il n'y a rien de mieux qu'un sujet de B Movies pour nous parler avec horreur de notre époque. Le méchant du film du film incarné comme un ange de la mort (magnifique Jeffrey Dean Morgan) est le prisme révélateur de notre époque. Dans les années 80, on tapait sur le clochard, sur le voyou, sur les russes. Aujourd'hui, la source de haine et de peur est incarné par l'émigré, l'étranger, le clandestin. A travers son postulat aussi simple qu'évident (des clandestins se font charcler comme des merdes par un malade et son clébard), Desertio suit une logique narrative inébranlable. Bien sûr, cerise sur le gâteau, Desertio renvoie par sa simplicité et sa force brute à une pléthorique bande culte, de Duel en passant par Hitcher, Calme Blanc, Blue Steel auquel on peut aussi cité le moins connu Marathon Killer), un sens du cadre et de l'atmosphère (le plan d'ouverture est sublime) qui captive et réjouit, un décor qui incarne à merveille cette descente en enfer. Pas de pose 'festival' (comme Ma loute, The Assassin ou The Neon Demon), juste une ligne brute, qui nous rappelle que le cinéma sera toujours le meilleur sous cette forme. Alors on peut regretter que le score musical ne soit pas plus tranchant (un truc à la Tangerine dream), que le face à face final ne se pas nourrit pas un idée plus marquante. Mais honnêtement pour un premier film, Jonas Curaon frappe juste et fort pour marquer les esprits.

RĂ©compenses: Prix FIPRESCI au Festival international du film de Toronto 2015 : sĂ©lection « Special Presentations »

vendredi 7 octobre 2016

En plein Cauchemar. Corbeau d'Or, Bruxelles 84.

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

"Nightmares" de Joseph Sargent. 1983. U.S.A. 1h39 (version non censurée). Avec Cristina Raines, Emilio Estevez, Moon Unit Zappa, Billy Jayne, James Tolkan, Lance Henriksen, Tony Plana.

Sortie salles France: 13 Juin 1984. U.S: 2 Septembre 1983.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph Sargent (Giuseppe Danielle Sorgente) est un réalisateur, acteur et producteur américain, né le 22 juillet 1925 à Jersey City, New Jersey (États-Unis), mort le 22 décembre 2014 à Malibu (Californie). 1966: L'Espion au chapeau vert. 1970: Le Cerveau d'Acier. 1974: Les Pirates du Métro. 1975: La Nuit qui terrifia l'Amérique (télé-film). 1979: De l'or au bout de la piste. 1983: En plein Cauchemar. 1987: Les Dents de la Mer 4. 2008: Un coeur à l'écoute (télé-film).


Cinéaste prolifique détenteur de 70 films (ciné / TV) à son actif, Joseph Sargent profite du succès de Creepshow réalisé un an au préalable pour façonner un film à sketchs avec En plein Cauchemar. Série B horrifique particulièrement soignée par sa réalisation adroite, sa photo parfois stylisée (l'épisode 3) et la sobriété de seconds-couteaux particulièrement attachants (Emilio Estevez, Lance Henriksen, Richard Masur, Veronica Cartwright), En plein cauchemar aborde différents thèmes du cinéma horrifique et de la science-fiction de manière inégale comme le veut la tradition du film à sketchs. Le 1er segment, le plus court et le plus faible (mais jamais ennuyeux), empreinte la voie du slasher lorsqu'une mère de famille en manque de nicotine décide d'emprunter sa voiture pour se payer un paquet de cigarette au tabac le plus proche. Mais quelques heures au préalable, non loin de sa contrée, un flic fut retrouvé assassiné depuis l'évasion d'un demeuré. Un pitch éculé et prévisible que seuls son prologue particulièrement sauvage (du moins dans la version uncut puisque dans nos salles françaises il fut expurgé de toute violence graphique !) et sa chute sardonique parviennent gentiment à surprendre.


Dénué de longueur, notamment en raison de sa faible durée, Terreur à Topanga parvient quand même à maintenir notre attention grâce à l'efficacité de sa réalisation et à l'atmosphère nocturne instaurée en bourgade urbaine parmi une galerie de citadins interlopes. Il demeure donc finalement plaisant, un tantinet atmosphérique même et quelque peu efficace en faisant preuve d'une certaine indulgence. Le second chapitre, l'Evêque des Batailles, l'un des meilleurs du lot, constitue une satire de l'addiction aux jeux videos par le biais d'un ado névrotique accro à sa passion si bien qu'il est réputé comme le meilleur joueur de sa région. Délibéré à accéder au 13è niveau d'un jeu d'arcades malgré ses tentatives infructueuses, ce dernier décide de pénétrer illégalement dans sa boutique de jeux-videos afin de défier une ultime fois "l'évêque des batailles". Démarquage sarcastique de Tron en mode inversé (ici les entités informatiques s'extraient du jeu pour pénétrer dans notre réalité et brimer le héros), l'intrigue pétulante parvient à captiver sans modération grâce au portrait caustique imparti à l'ado rebelle et à l'enchaînement de péripéties et rebondissements qu'engendrent ses épreuves de force avec la machine ! Pour parachever, on peut également souligner l'efficacité des FX conçus en images de synthèse lorsqu'ils se jumellent à notre réalité !


Le 3è segment, déclinaison de Duel en mode sataniste, s'intéresse à l'étude caractérielle d'un prêtre en reniement catholique depuis la mort accidentelle d'un enfant. Sur le chemin de son départ, il est harcelé par le pick-up d'un conducteur sans visage s'efforçant de le poursuivre dans l'unique but de l'assassiner. En dépit de timides moments spectaculaires de poursuites automobiles, La Bénédiction peine à insuffler une quelconque tension par son rythme poussif et la caractérisation trop rapidement expédiée du personnage en perdition spirituelle. Et ce, en dépit de l'esthétisme envoûtant de sa photo sépia et de la prestance sentencieuse de Lance Henrikson. Le 4è sketch, le plus jouissif et atmosphérique, met en exergue la nuit de cauchemar d'un couple et de leur fille pris à parti avec les agissements sournois d'un rat particulièrement destructeur. Ce dernier n'hésitant pas à saccager les meubles domestiques avec une vélocité cinglante ! Nanti d'un climat d'angoisse palpable sous l'impulsion d'une bande-son dissonante très efficace, La Nuit du Rat insuffle angoisse et suspense avec l'habileté de la suggestion et d'une tension en crescendo. Si les trucages cheaps de sa conclusion prêtent à sourire quant à l'apparition disproportionnée du rat, l'efficience de sa réalisation, l'implication spontanée des comédiens et sa narration soigneusement structurée empruntant au final les codes du "conte" (avec naïveté !) parviennent à transcender l'improbable.


Perfectible et inĂ©gal si bien que 2 chapitres sur 4 mĂ©ritent le dĂ©tour, mais habilement rĂ©alisĂ©, formellement soignĂ© et toujours attachant comme le confirme sa distribution de seconde zone, En plein Cauchemar constitue une sĂ©rie B bonnard que les nostalgiques auront plaisir Ă  recĂ´toyer. 

B-M. 5èx

jeudi 6 octobre 2016

S.O.S FANTOMES. Version Longue.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Ghostbusters" de Paul Feig. 2016. U.S. Version Longue 2h13 (vs 1h56). Avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Neil Casey

Sortie salles France: 10 Août 2016. U.S: 15 Juillet 2016

FILMOGRAHIE: Paul Feig, né le 17 septembre 1962 à Royal Oak (Michigan (États-Unis), est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain.
1997 : Life Sold Separately. 2003 : I Am David. 2006 : Enfants non accompagnés. 2011 : Mes meilleures amies. 2013 : Les Flingueuses. 2015 : Spy. 2016 : S.O.S Fantômes. 2017 : Tango et Cash.

Déception, moi qui espérais tant le défendre (puisque vilipendé par la planète entière avant même sa sortie !).

mercredi 5 octobre 2016

La Gorgone

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vicsmovieden.com

"The Gorgon" de Terence Fisher. 1964. Angleterre. 1h20. Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Richard Pasco, Barbara Shelley, Michael Goodliffe, Patrick Troughton, Jack Watson.

Sortie salles Angleterre: 18 Octobre 1964

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein, 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll, 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All. 1964 : La Gorgone. 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974: Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Après avoir revisitĂ© auprès de la Hammer diverses icĂ´nes du cinĂ©ma d'horreur classique (le loup-garou, le monstre de Frankenstein, Dracula et Dr Jekyll), Terence Fisher aborde la mythologie grecque avec La Gorgone. Peu exploitĂ© au cinĂ©ma, surtout dans le domaine de l'Ă©pouvante, le rĂ©alisateur perdure son talent de conteur Ă  travers le portrait fulgurant d'une antagoniste fĂ©minine ayant la facultĂ© de pĂ©trifier ses proies Ă  la vue de son simple regard. Avec maĂ®trise formelle et brio technique, Terence Fisher cultive des sĂ©quences d'angoisse et de terreur remarquablement efficaces quant aux apparitions furtives de la Gorgone souvent inscrits dans la suggestion. A l'instar du reflet de son visage aperçu dans l'eau qu'un des protagonistes observe contre son grĂ© !


Le Pitch: A la suite de la mort de son père et de son frère, Paul Heitz se rend au domicile familial afin de tenter de percer le mystère qui entourent leurs dĂ©cès. RetrouvĂ© pĂ©trifiĂ© Ă  son domicile un soir de pleine lune, son paternel est prĂ©alablement parvenu Ă  lui Ă©crire une lettre pour l'avertir du danger. SĂ©duit par l'assistante du docteur Namaroff, Paul s'attire la jalousie de ce dernier au point que Carla Hoffman est contrainte de feindre leur relation sentimentale. Avec l'aide du professeur Karl Meister, Paul tente de dĂ©masquer l'identitĂ© de la gorgone surnommĂ©e "la mĂ©gère" quand bien mĂŞme des soupçons se portent sur Carla. Alliant horreur et romance avec l'efficacitĂ© d'une intrigue Ă  suspense davantage oppressante, la Gorgone nourrit son intensitĂ© dramatique dans la caractĂ©risation contrariĂ©e de ces personnages. Paul Heitz (Richard Pasco, Ă©patant de tĂ©nacitĂ© caractĂ©rielle !) se disputant les contradictions avec son acolyte Karl Meister (Christopher Lee dans un ton impĂ©rieux !) et l'Ă©nigmatique Dr Namaroff (Peter Cushing dans un jeu suspicieux de la rĂ©serve !) afin de prĂ©server l'innocence de sa nouvelle maĂ®tresse. Quant Ă  la victime soumise Ă  la malĂ©diction antique, Terence Fisher prend soin de la dĂ©peindre avec fragilitĂ© de par ses sentiments d'aigreur de repousser contre son grĂ© l'amour de Paul. Car craignant de manière intuitive d'ĂŞtre Ă  l'origine de ses homicides depuis ses rĂ©currentes amnĂ©sies, elle tente en dĂ©sespoir de cause de protĂ©ger son entourage en s'exilant vers une lointaine contrĂ©e. Dans ce rĂ´le ambivalent, la sublime Barbara Shelley excelle Ă  se fondre dans la peau d'une victime anxieuse avec une Ă©lĂ©gance Ă©tonnamment rassurante.


Baignant dans un climat onirique ensorcelant par le biais d'une nature crĂ©pusculaire Ă  la lisière de la fĂ©erie (le jardin d'Eden du pavillon de Heitz), La Gorgone insuffle un suspense horrifique lattent sous l'impulsion d'investigateurs pugnaces s'efforçant de dĂ©mystifier la plus sournoise des menaces. Si la crĂ©ature fĂ©minine s'avère aussi magnĂ©tique que repoussante Ă  chacune de ses terrifiantes apparitions, Terence Fisher aura pris soin d'y transfigurer son apparence machiavĂ©lique avec l'appui d'un sens retors du cadrage (tant auprès du plan serrĂ© ou large). Un splendide poème gothico-macabre au pouvoir vĂ©nĂ©neux de sĂ©duction d'oĂą s'y prĂ©cise une tragĂ©die sentimentale. 

B-M. 3èx

mardi 4 octobre 2016

FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vostfr.club

"Frankenstein and the Monster from Hell" de Terence Fisher. 1974. Angleterre. 1h34. Avec Peter Cushing, David Prowse, Shane Briant, Madeline Smith, John Stratton, Michael Ward, Elsie Wagstaff

Sortie salles France: Avril 1974. Angleterre: 2 Mai 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville.
1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein, 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll, 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974: Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Dernier chapitre de la saga des Frankenstein estampillĂ© HammerFrankenstein et le Monstre de l'Enfer constitue le dernier chef-d'oeuvre de la firme sous l'Ă©gide du maĂ®tre du genre, Terence Fisher. A partir d'un pitch que l'on connait par coeur, le rĂ©alisateur rĂ©ussit l'exploit de transcender ses conventions sous l'impulsion d'une mise en scène inspirĂ©e et la prestance spontanĂ©e des comĂ©diens pleinement investis dans leur fonction dĂ©miurge. Ces deux qualitĂ©s essentielles permettant Ă  l'intrigue de se rĂ©inventer avec une puissance visuelle prĂ©gnante ! Directeur d'un asile psychiatrique sous une fausse identitĂ©, Victor Frankenstein perdure ses exploits de ressusciter un mort avec l'aide d'un mĂ©decin marginal rĂ©cemment inculpĂ© pour sorcellerie. Victor n'ayant plus la facultĂ© d'utiliser ses mains, c'est Ă  Simon qu'incombe donc la tâche de redorer la vie du monstre avec l'appui d'une pensionnaire mutique. Baignant dans une atmosphère malsaine mĂ©phitique au sein d'un Ă©tablissement psychiatrique peuplĂ© d'aliĂ©nĂ©s et d'employĂ©s charlatans, Frankenstein et le monstre de l'Enfer captive incessamment par son sujet mystique auquel deux praticiens se concertent Ă  nouveau afin de concurrencer Dieu !


InquiĂ©tant par son climat d'insĂ©curitĂ© aussi anxiogène qu'Ă©touffant, le film imprime une dimension cauchemardesque en la prĂ©sence renfrognĂ©e d'une crĂ©ature insolite chez la saga car conforme Ă  un homme-singe. Franchement impressionnant par sa musculature corpulente et la noirceur de son vaste regard chargĂ© de haine et de mĂ©lancolie, David Prowse se fond dans le corps martyr avec une vigueur aussi terrifiante que poignante. Outre le rĂ©alisme imparti Ă  sa caractĂ©risation hybride de cobaye en apprentissage (comme le veut la tradition), les rapports tendus qu'entretiennent Simon et Victor font preuve d'un passionnant jeu d'autoritĂ© depuis l'orgueil immoral de ce dernier ne songeant qu'Ă  son ego. Peter Cushing explosant une fois de plus l'Ă©cran de sa prĂ©sence Ă©maciĂ©e avec une autoritĂ© perfide dĂ©loyale. En assistant Ă©rudit beaucoup plus indulgent que son mentor, Shane Briant lui partage la vedette avec sobriĂ©tĂ© dans sa remise en question moraliste. Dans un second-rĂ´le beaucoup plus modeste, Madeline Smith se prĂŞte au jeu introverti sous l'apparence timorĂ©e d'une servante traumatisĂ©e par un passĂ© familial. Terence Fisher prenant soin avec habiletĂ© de dĂ©velopper la part sombre de cette dernière en nous dĂ©voilant les motifs de sa pathologie mentale ainsi que l'identitĂ© du responsable. Tous ces protagonistes magnifiquement Ă©clairĂ©s sous une lumière sĂ©pia servant l'intrigue avec une rigueur dramatique en crescendo. On peut d'ailleurs souligner le caractère barbare du dernier acte d'une rare violence auquel son climat de folie contagieuse semble avoir dĂ©teint sur la psychologie du baron !


A l'aube d'une fin de carrière dĂ©clinante, l'illustre firme Hammer compte une ultime fois sur leur architecte Terence Fisher pour imprimer sur pellicule un chef-d'oeuvre d'Ă©pouvante gothique inopinĂ©ment fĂ©tide et nĂ©vrotique (l'atmosphère dĂ©pressive suintant des corridors de l'Ă©tablissement), sardonique et sans illusion quant Ă  l'avenir infructueuse du baron Frankenstein.  

B-M. 3èx