samedi 2 septembre 2017

KARATE KID, LE MOMENT DE VERITE 2

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Karate Kid, Part II" de John G. Alvidsen. 1986. U.S.A. 1h53. Avec Ralph Macchio, Pat Morita, Danny Kamekona, Tamlyn Tomita, Nobu McCarthy, Yuji Okumoto.

Sortie salles France: 6 Août 1986. U.S: 20 Juillet 1986

FILMOGRAPHIE: John Guilbert Avildsen est un réalisateur américain né le 21 décembre 1935 à Oak Park, en banlieue de Chicago dans l'Illinois. 1969 : Turn on to Love (en). 1970 : Guess What We Learned in School Today? 1970 : Joe, c'est aussi l'Amérique. 1971 : Cry Uncle! 1972 : Okay Bill. 1972 : Sauvez le tigre. 1975 : W.W. and the Dixie Dancekings. 1976 : Rocky. 1978 : Slow Dancing in the Big City. 1980 : La Formule. 1981 : Les Voisins. 1984 : Karaté Kid. 1986 : Karaté Kid : Le Moment de vérité 2. 1987: Happy New Year. 1988 : Et si on le gardait ? 1989 : Karaté Kid 3 (The Karate Kid, Part III). 1989 : Lean on Me. 1990 : Rocky 5. 1992 : La Puissance de l'ange. 1994 : 8 secondes. 1999 : Inferno.


Deux ans après l'immense succès de son modèle, John G. Alvidsen entreprend une sĂ©quelle pour tenter de rameuter Ă  nouveau les fans sans pour autant cĂ©der Ă  la redite. Car si KaratĂ© Kid 2 s'avère beaucoup moins Ă©motif et passionnant que son modèle, le cinĂ©aste parvient Ă  se dĂ©marquer de la routine grâce Ă  l'intelligence d'un scĂ©nario traitant principalement du sens de l'honneur sous l'impulsion une vendetta de longue haleine que maĂ®tre Miyagi doit aujourd'hui affronter au coeur de son pays d'origine. DĂ©localisation l'action au Japon, plus prĂ©cisĂ©ment sur l'Ă®le d'Okinawa, KaratĂ© Kid 2 affiche une scĂ©nographie exotique exaltante si bien que le cinĂ©aste nous propose en filigrane une visite touristique en s'attardant sur les us et coutumes de la culture nippone. Se focalisant ensuite sur la loyautĂ© infaillible de Miyagi constamment menacĂ© par son ancien meilleur ami Sato (faute d'une adultère durant leur jeunesse), le rĂ©cit traite des thèmes de la vengeance et de l'honneur avec autant d'efficacitĂ© que le premier volet.


A savoir que John Alvidsen dresse scrupuleusement (et non sans cabotinage volontaire !) les portraits dĂ©risoires de deux mauvais perdants (Sato et son jeune neveu Chozen) avides de rancoeur, de fiel et d'orgueil depuis leur complexe d'infĂ©rioritĂ©. Miyagi s'efforçant pour autant Ă  pacifier les remontrances de Sato quand bien mĂŞme Daniel doit endurer les rĂ©currentes intimidations de Chozen pĂ©tri d'arrogance et de lâchetĂ©. On notera au moment propice d'une confrontation martiale la tournure subtile d'un Ă©vènement dramatique (une catastrophe naturelle) permettant in extremis d'y apaiser les tensions que s'Ă©changeaient vulgairement Sato et Miyagi. Et ce grâce aux bravoures que ce dernier et Daniel vont indĂ©pendamment amorcer dans leur instinct aussi bien solidaire que preux. Ce qui entraĂ®nera une jolie rĂ©flexion sur le pardon lorsque la victime confrontĂ©e Ă  la peur du trĂ©pas finit par cĂ©der Ă  une main charitable. Au-delĂ  de ses confrontations machistes outrancières, l'intrigue lĂ©nifie en alternance les tensions auprès des romances que se partagent Miyagi et son ancienne maĂ®tresse Yukie, ainsi que Daniel avec la fille de celle-ci, Kumiko. Et ce sans pour autant cĂ©der Ă  une mièvrerie programmĂ©e. Les sentiments de nos protagonistes faisant preuve d'humilitĂ©, de maturitĂ© et de pudeur afin de mettre en valeur la mansuĂ©tude de l'amour dans sa forme la plus Ă©purĂ©e.


Toujours aussi attachant auprès du duo gagnant Macchio/Morita rattachĂ© aux valeurs humaines parmi lesquelles l'amour, le pardon, l'amitiĂ© et les traditions, KaratĂ© Kid 2 affiche une sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible pour sĂ©duire Ă  nouveau le spectateur sous le pilier d'une solide narration entièrement dĂ©diĂ©e Ă  l'Ă©volution de ces personnages. Et d'y parachever encore dans le spectacle Ă©motif avec un clou final chorĂ©graphique aussi intense qu'homĂ©rique ! 

La chronique du 1er opus: http://brunomatei.blogspot.com/…/karate-kid-le-moment-de-ve…

DĂ©dicace Ă  Jean-Marc Micciche et Patrice Rozet 
Bruno Matéï
2èx

vendredi 1 septembre 2017

KARATE KID, LE MOMENT DE VERITE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Karate Kid" de John G. Alvidsen. 1984. U.S.A. 2h07. Avec Ralph Macchio, Pat Morita, Elisabeth Shue, Martin Kove, Randee Heller, William Zabka, Ron Thomas.

Sortie salles France: 26 septembre 1984. U.S: 22 Juin 1984.

FILMOGRAPHIE: John Guilbert Avildsen est un réalisateur américain né le 21 décembre 1935 à Oak Park, en banlieue de Chicago dans l'Illinois. 1969 : Turn on to Love (en). 1970 : Guess What We Learned in School Today? 1970 : Joe, c'est aussi l'Amérique. 1971 : Cry Uncle! 1972 : Okay Bill. 1972 : Sauvez le tigre. 1975 : W.W. and the Dixie Dancekings. 1976 : Rocky. 1978 : Slow Dancing in the Big City. 1980 : La Formule. 1981 : Les Voisins. 1984 : Karaté Kid. 1986 : Karaté Kid : Le Moment de vérité 2. 1987: Happy New Year. 1988 : Et si on le gardait ? 1989 : Karaté Kid 3 (The Karate Kid, Part III). 1989 : Lean on Me. 1990 : Rocky 5. 1992 : La Puissance de l'ange. 1994 : 8 secondes. 1999 : Inferno.


Il lui enseignait que le secret de la puissance est dans l'esprit et le coeur. Non dans les mains.
Immense succès commercial Ă  sa sortie, au mĂŞme titre que son congĂ©nère Rocky, KaratĂ© kid est le divertissement sportif par excellence si bien que John Alvidsen s'y emploie avec la mĂŞme habiletĂ© infaillible pour chavirer le spectateur dans un tourbillon d'Ă©motions aussi immaculĂ©es que candides. Film culte auprès de la gĂ©nĂ©ration 80 ayant rĂ©vĂ©lĂ© le nĂ©ophyte Ralph Macchio (il crève l'Ă©cran avec un naturel et une innocence dĂ©sarmants de par ses Ă©motions Ă  fleur de peau !) ainsi que la craquante et sĂ©millante Elisabeth Shue (sa toute première apparition Ă  l'Ă©cran !), KaratĂ© Kid n'a rien perdu de son pouvoir attractif pour son institution Ă  l'amitiĂ© et l'amour, la tolĂ©rance, l'Ă©quilibre et la sagesse. A peine emmĂ©nagĂ© avec sa mère dans un quartier Californien, le jeune Daniel Larusso est victime des provocations de dĂ©linquants experts en karatĂ© au point d'en devenir leur souffre douleur. ExtĂ©nuĂ© des brimades quotidiennes, Daniel se rĂ©signe Ă  apprendre le karatĂ© avec l'appui de son voisin japonais, Miyagi. Au fil d'un entraĂ®nement ardu peu commun, Daniel se lie peu Ă  peu d'amitiĂ© avec ce dernier avant d'oser participer au fameux championnat de karatĂ©. 


ComĂ©die familiale vibrante d'Ă©motions humaines et de leçons de savoir-vivre autour d'un duo irrĂ©sistible de complicitĂ© amicale, KaratĂ© Kid prĂ´ne avec une sensibilitĂ© fragile les valeurs du respect d'autrui et de l'Ă©quilibre mental Ă  travers l'art martial conçu ici pour s'y dĂ©fendre (et non pour attaquer comme on en voit souvent dans les sĂ©ries B ludiques !). A contre courant des films d'action de Bruce Lee spĂ©cialement Ă©difiĂ©s autour de prouesses chorĂ©graphiques, KaratĂ© Kid distille une aura flegmatique sereine quant Ă  l'apprentissage existentiel d'un ado rebelle. De prime abord colĂ©rique et jaloux, puis finalement pleutre et couard de par son manque de confiance et son inexpĂ©rience du combat, Daniel va peu Ă  peu Ă©veiller des dons insoupçonnĂ©s en usant d'efforts cĂ©rĂ©braux et corporels puis s'affirmer auprès de son puriste enseignant adepte du travail et de la patience. EmaillĂ© de sĂ©quences pittoresques lorsque Daniel se voit contraint d'exĂ©cuter des corvĂ©es domestiques quotidiennes, l'intrigue dĂ©voile peu Ă  peu ses intentions payantes par la motricitĂ© du corps en instance d'agilitĂ©. Outre l'aspect singulier et amusant de cette pĂ©dagogie ancestrale inscrite dans la tradition, l'intrigue renforce toujours un peu plus les rapports amicaux que Daniel et Miyagi entretiennent grâce au bilan de l'effort, l'entraide et les confidences personnelles d'un passĂ© parfois douloureux (le sort tragique de l'Ă©pouse et du fils du professeur, l'absence d'un père pour Daniel). A travers leur complĂ©mentaritĂ© d'une fragile Ă©motion Ă©mane notamment un rapport parental que Miyagi construit au final auprès de son Ă©lève sans s'y prĂ©disposer et avec une humilitĂ© poignante.


Spectacle familial d'une acuitĂ© Ă©motionnelle et d'une intelligence rares sous l'impulsion de comĂ©diens criants de naturel et de vĂ©ritĂ© (Pat Morita transmet sa sagesse avec force d'âme et modestie), KaratĂ© Kid fait aujourd'hui office de grand classique comme le prouve notamment son point d'orgue anthologique aussi homĂ©rique et frĂ©missant que le dernier round de Rocky. Un prĂ©cepte magnifique et bouleversant inscrit dans la puretĂ© des sentiments

La chronique de KaratĂ© Kid 2: http://brunomatei.blogspot.com/…/karate-kid-le-moment-de-ve…

Bruno Matéï
4èx
01.09.17
09.08.10

jeudi 31 août 2017

IT COMES AT NIGHT

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site uae.voxcinemas.com

de Trey Edward Shults. 2017. U.S.A. 1h38. Avec Joel Edgerton, Christopher Abbott, Carmen Ejogo, Kelvin Harrison Jr., Riley Keough

Sortie salles France: 21 Juin 2017. U.S: 9 Juin 2017

FILMOGRAPHIETrey Edward Shults est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© en 1988 Ă  Houston, aux États-Unis. 2016 : Krisha. 2017 : It Comes at Night.


Vendu comme un film d'horreur alors qu'il s'agit Ă  mon sens d'un authentique drame psychologique, It coms at night divisera assurĂ©ment le public. Car outre l'aspect plutĂ´t fallacieux de son marketting, cette oeuvre modeste pâtie d'un rythme latent il faut avouer, d'un climat austère pesant et de personnages (volontairement) peu attachants dans leur dĂ©marche solitaire aussi bien parano qu'Ă©quivoque. Au fin fond d'une forĂŞt, un couple est leur fils sont retranchĂ©s dans leur cabane afin de se prĂ©server d'une grave pandĂ©mie. Une nuit, un inconnu tente de forcer leur entrĂ©e car suspectant la maison vide d'habitants. Après un compromis et en guise de confiance, Paul dĂ©cide de prĂŞter main forte Ă  celui-ci en allant chercher sa femme et son fils Ă  quelques kilomètres de lĂ . De retour au bercail, les deux couples tentent de survivre Ă  l'intĂ©rieur du foyer sous certaines conditions drastiques. Principalement celle de ne jamais sortir la nuit... DĂ©routant et monotone, It comes at night sollicite un effort considĂ©rable auprès du spectateur impliquĂ© dans une situation de survie chargĂ©e de non-dits au sein d'une banalitĂ© quotidienne Ă  la fois anxiogène et dĂ©primante.


Peu ludique donc quant à son cheminement routinier dénué de surprise (ou alors si peu si je me réfère à la fugue du chien), It comes at night insuffle une étrange atmosphère de silence ouaté et d'angoisse sous-jacente au coeur d'une forêt mutique. Quand bien même la nuit est l'objet de toutes les contrariétés chez nos occupants lorsque le moindre bruit y résonne de l'extérieur de la porte de sortie (la seule issue de secours pour s'échapper de la bâtisse !). On se demande dès lors où Trey Shults souhaite nous mener à travers son huis-clos principalement centré sur les thèmes de la dynamique de groupe, de l'épidémie virale et de la mysophobie (crainte exagérée de la contamination) ! Louablement, et par le biais d'un rebondissement aussi retors qu'inopiné, la dernière partie, cruelle et intensément tragique crève l'abcès afin de dénoncer les conséquences de la panique chez l'homme confronté à une situation de crise sanitaire au sein de la cellule familiale. Le réalisateur prenant soin d'y dénoncer par le biais de cet évènement notre égoïsme et notre lâcheté face à la crainte viscérale du virus mortel. Dur et sans concession de par sa grande violence aussi bien gratuite que dérisoire, ce point d'orgue morbide nous suscite un amère sentiment d'amertume d'autant plus poignant lorsque l'homme de prime abord solidaire et empathique auprès de son prochain finit par succomber à ses pulsions d'auto-défense lors d'une situation parano découlant sur la méfiance ! Seul compte alors l'esprit d'individualité avec comme conséquence désastreuse un déchaînement de haine et de violence !


Déconcertant à plus d'un titre par son atmosphère hermétique de déréliction et son suspense sous-jacent retardant au possible son dénouement renversant, It comes at night risque de perdre en route une partie du public quand bien même d'autres plus réceptifs et patients ne resteront pas insensibles à son intensité dramatique finalement démoralisante au travers d'une réflexion sur l'instinct de survie que l'homme amorce individuellement. Difficile de sortir indemne d'une telle déroute...

Bruno Dussart

mercredi 30 août 2017

LA MARQUE

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

"Quatermass 2" de Val Guest. 1957. U.S.A. 1h22. Avec Brian Donlevy, John Longdon, Sydney James, Bryan Forbes, William Franklyn, Vera Day.

Sortie salles Angleterre: 17 Juin 1957. U.S: Septembre 1957.

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Val Guest de son vrai nom Valmond Guest est un scénariste, réalisateur et producteur britannique né le 11 décembre 1911 à Londres (Royaume-Uni) et décédé le 10 mai 2006 à Palm Springs (Californie). 1954 : La Revanche de Robin des Bois. 1955 : Le Démon de la danse. 1955 : Le Monstre. 1956 : It's A Wonderful World. 1957 : Scotland Yard appelle FBI. 1957 : La Marque. 1957 : Le Redoutable Homme des neiges. 1960 : Expresso Bongo. 1961 : Traitement de choc. 1961 : Le Jour où la Terre prit feu. 1967 : Casino Royale. 1970 : Toomorrow. 1970 : Quand les dinosaures dominaient le monde. 1982 : The Boys in Blue (en). 1984 : Mark of the Devil (en) (TV). 1984 : In Possession (TV). 1985 : Child's Play (TV).


Second volet de la trilogie Quatermass toujours rĂ©alisĂ© par Val Guest, La Marque transcende son modèle grâce en prioritĂ© Ă  l'ossature d'un suspense exponentiel ne laissant que peu de rĂ©pit aux protagonistes jouant les investigateurs de la dernière chance afin d'enrayer une autre menace extra-terrestre. Fort original, mĂŞme si sans doute influencĂ© par l'Invasion des profanateurs de sĂ©pultures sorti un an plus tĂ´t, l'intrigue se focalise sur la quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de Quatermass et ses deux complices (un policier et un journaliste) redoublants de risques et vigilance pour dĂ©jouer un complot de grande envergure, puis d'en avertir la population locale du danger lĂ©tal de mĂ©tĂ©roĂŻtes provenant probablement d'une usine d'expĂ©rimentation. Ces pierres bourrĂ©es de gaz d'ammoniac Ă©tant capables d'infecter leurs victimes d'une marque sur le visage après que ces derniers l'eurent approchĂ©s. ClassĂ©e top secret, l'industrie contrĂ´lĂ©e par des militaires armĂ©s, affublĂ©s de masque Ă  gaz, serait selon son entrepreneur une fabrique de nourriture synthĂ©tique. Beaucoup plus captivant et intense que le Monstre (mais pour autant moins effrayant), La Marque fascine incessamment sous l'impulsion fĂ©brile de protagonistes Ă  bout de souffle tentant d'enrayer une menace Ă  la fois dĂ©lĂ©tère et sournoise. Celle d'une marque en forme de V que les victimes lobotomisĂ©es subissent après explosion d'un gaz, quand bien mĂŞme ce combustible dĂ©coulait d'une crĂ©ature disproportionnĂ©e confinĂ©e sous un dĂ´me car en attente de parfaire son dessein meurtrier.


Baignant dans un climat parano et de mystère palpables (les indices nous sont dĂ©voilĂ©s au compte goutte !), La Marque s'Ă©rige autour d'une enquĂŞte policière d'autant plus subtile car relativement chiche en surenchère horrifique. Val Guest, s'efforçant de crĂ©dibiliser son contexte alarmiste par le biais d'une mise en scène aussi avisĂ©e que celle du Monstre et par le truchement d'idĂ©es singulières jamais grand-guignolesques ! (mĂŞme les apparitions finales des crĂ©atures impressionnent et rĂ©vulsent Ă  la fois par leur aspect organique comparables Ă  un gĂ©ant conteneur de dĂ©chets toxiques !). Pour autant, les quelques scènes chocs qui empiètent le rĂ©cit font preuve d'audace pour l'Ă©poque si bien qu'elles continuent encore aujourd'hui de nous impressionner. A l'instar d'une victime moribonde recouverte d'une sorte de goudron toxique sur le corps et finissant par agonir sous notre tĂ©moignage impuissant ! Impeccablement menĂ© donc et truffĂ© de rebondissements toujours plus homĂ©riques (la dernière partie cumule les confrontations musclĂ©es entre militaires et rebelles alors que quelques incidents meurtriers s'avèrent d'une cruelle radicalitĂ© !), la Marque tĂ©moigne d'une solide distribution (Brian Donlevy s'avère encore plus impliquĂ© et martial que dans le prĂ©cĂ©dent volet !) et ce jusqu'aux moindres seconds rĂ´les (le charismatique John Longden en policier difficilement domptable et Sydney James en journaliste avinĂ© inconsciemment suicidaire !).


Passionnant, intense et fascinant au rythme d'une partition haletante de James Bernard (un abonnĂ© de l'Ă©curie Hammer !), La Marque met les bouchĂ©es doubles pour transcender son modèle parmi le brio de Val Guest pĂ©tri d'ambition Ă  parfaire (sans fard) une invasion extra-terrestre nouvellement singulière. Marquant de son empreinte ce second chef-d'oeuvre crĂ©pusculaire (photo picturale Ă  l'appui !), on pourra ensuite compter sur le talent de Roy Ward Barker Ă  boucler un ultime volet (colorisĂ©) encore plus perfectionniste (et spĂ©culatif) que ses congĂ©nères !

Eric Binford
3èx

mardi 29 août 2017

BUSHWICK

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemamontreal.com

de Jonathan Milott et Cary Murnion. 2017. U.S.A. 1h34. Avec Dave Bautista, Brittany Snow, Angelic Zambrana, Jeff Lima, Paco Lozano, Christian Navarro.

Sortie France uniquement en VOD. U.S: 25 août 2017 (sortie limitée en salles et VOD)

FILMOGRAPHIE: Jonathan Milott est un réalisateur américain. 2014: Cooties. 2017: Bushwick
Cary Murnion est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2008: Jay vs Life (TV Movie). 2014: Cooties. 2017: Bushwick.


Dtv distribué par Netflix, Bushwick est la seconde réalisation du duo Jonathan Milott / Cary Murnion préalablement responsable d'une comédie horrifique, Cooties. Film d'action belliciste sur fond de crise politico-sociale, Bushwick (quartier de Brooklyn) relate le parcours de survie de Lucy prise à parti avec des tirs militaires et civils au sein de sa cité réduite à feu et à sang. Durant sa fuite, et après avoir échappée au viol par deux délinquants, elle est secourue par un mastard, Stupe, ancien infirmier ayant servi plus tôt dans la marine en Irak. Ensemble, ils tentent de regagner le foyer de la grand-mère de Lucy tout en essayant de saisir les tenants et aboutissants de l'insurrection urbaine livrée à l'auto-justice. Et ce en dépit de la potentielle loi martial soudainement décrétée pour un motif que l'on ne connaîtra qu'à mi-parcours de l'action. Filmé en temps réel sous le principe souvent subjectif, Bushwick joue la carte du divertissement belliqueux avec le parti-pris de privilégier/respecter le spectateur adulte au détriment de l'ado féru d'actionner bourrin. Dans une ambiance cauchemardesque particulièrement réaliste, les auteurs parviennent à nous immerger dans l'intensité de l'action sans jamais céder à une vaine esbroufe si bien que les divers déplacements de nos héros (faits de "chair et de sang", j'insiste !) nous paraissent crédibles quant à leurs efforts de survie à se dépêtrer des balles ennemies avec un humanisme poignant.


Nanti d'un score Ă©lectro incisif et d'une mise en scène Ă©tonnamment maĂ®trisĂ©e (notamment au travers de plans sĂ©quences vertigineux ou lors de saisissants panoramas faisant office de fresque d'apocalypse !), Bushwick possède un style formel pas très Ă©loignĂ© du cinĂ©ma de John Carpenter (format scope en sus !). Notamment si je me rĂ©fère au charisme sans fard de vraies gueules d'acteurs qu'on ne retrouve plus (ou alors si peu) dans le cinĂ©ma d'action mainstream si lisse car trop conventionnel. Dave Bautista (très impressionnant de carrure trapue !) et Brittany Snow se partageant mutuellement la vedette avec autant de fragilitĂ© dĂ©munie (notamment cette superbe sĂ©quence finale oĂą Stupe se confie sans complexe Ă  elle sur son passĂ© tragique) que de pugnacitĂ© couillue (l'un et l'autre vont apprendre Ă  s'Ă©pauler durant leur traque et isolement et ainsi canaliser leur peur lors d'un hĂ©roĂŻsme abrupte au risque de cĂ©der Ă  des pulsions meurtrières punitives). Car il faut les voir accourir, faire profil bas dans les rues de Brooklyn pour tenter d'esquiver les balles provenant autant du haut des toitures que du bitume engorgĂ© de carcasses de voitures incendiĂ©es ! De surcroĂ®t, le sentiment d'insĂ©curitĂ© permanent et de danger lĂ©tal Ă©manent notamment de l'incapacitĂ© pour nos hĂ©ros Ă  pouvoir distinguer quel ennemi ils doivent combattre lorsque civils et militaires s'entretuent sans aucune morale avant d'y connaĂ®tre l'instigateur ! (une rĂ©vĂ©lation d'ordre politique faisant froid dans le dos !).


Solidement rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© sous le pilier d'une intrigue ombrageuse Ă©voquant le spectre de la guerre civile par le biais d'une dissidence politique, Bushwick parvient Ă  faire naĂ®tre l'apprĂ©hension en nous immergeant tĂŞte baissĂ©e dans un contexte rĂ©aliste de sĂ©dition plausiblement prĂ©monitoire. En prime de l'efficacitĂ© des pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques et embĂ»ches insidieuses par le biais de rencontres impromptues, Bushwick oppose de poignantes intimitĂ©s psychologiques avant de se clore (et donc pour mieux nous Ă©branler de sa dĂ©liquescence sociale !) sur le pessimisme d'une conclusion aussi radicale qu'effrayante ! Une bonne surprise d'une brĂ»lante actualitĂ© mĂ©taphorique. 

Dédicace à Jean-Marc Micciche
Bruno Matéï

lundi 28 août 2017

Vampires vous avez dits vampires 2 / Fright Night 2

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Fright Night Part 2" de Tommy Lee Wallace. 1988. 1h44. Avec William Ragsdale, Roddy McDowall, Traci Lind, Julie Carmen, Jon Gries, Russell Clark, Brian Thompson.

Sortie salles France: 11 Janvier 1989. U.S: 19 Mai 1989

FILMOGRAPHIE: Tommy Lee Wallace (né le 06/09/1949) est un réalisateur, producteur, chef accessoiriste, monteur, chef décorateur et scénariste américain. 1982 : Halloween 3 : Le Sang du sorcier. 1988 : Aloha Summer. 1988 : Vampire, vous avez dit vampire 2 ? 1990 : Ça (It) (TV). 1991 : And the Sea Will Tell (TV). 1992 : The Comrades of Summer (TV). 1992 : Danger Island (en) (TV)
1994 : Witness to the Execution (TV). 1994 : Green Dolphin Beat (TV). 1996 : Born Free: A New Adventure (TV). 1996 : Alliance interdite (TV). 1997 : Steel Chariots (TV). 1998 : Une voleuse de charme (TV). 1998 : L'Ultime Verdict (TV). 2002 : Vampires 2 : Adieu vampires. 2010 : Helliversity

 
"La suite qu’on n’attendait pas… mais qu’on prend avec plaisir."

Trois ans après un premier volet devenu culte chez la gĂ©nĂ©ration 80, c’est Ă  Tommy Lee Wallace - cinĂ©aste du gĂ©nial Halloween III et du tĂ©lĂ©film Ça !, sympathique madeleine de l’angoisse tĂ©lĂ©visĂ©e - qu’Ă©choit la tâche dĂ©licate de donner une suite aux aventures nocturnes de Charlie Brewster. Sous l’Ă©gide des deux illustres revenants William Ragsdale (toujours aussi investi dans son combat contre les tĂ©nèbres) et Roddy McDowall, plus exubĂ©rant que jamais dans son rĂ´le de Peter Vincent, le chasseur de vampires cabotin et touchant, Vampires, vous avez dit vampires 2 tente de raviver la flamme.

Synopsis: Quelques annĂ©es après les Ă©vĂ©nements surnaturels du premier film, Charlie suit une thĂ©rapie : il ne croit plus aux vampires. Mais l’arrivĂ©e de nouveaux voisins, au charme discret et inquiĂ©tant, va bousculer ses certitudes et le pousser Ă  recontacter Peter Vincent. Reprenant Ă  peu de choses près le schĂ©ma narratif du film original, cette suite conjugue horreur et comĂ©die avec un peu moins de pĂ©tulance, mais parvient nĂ©anmoins Ă  impliquer le spectateur grâce Ă  un trio de hĂ©ros toujours aussi attachants. Et c’est bien dans leur humanitĂ© que rĂ©side la clef de notre adhĂ©sion, encore une fois.

Si la nouvelle petite amie de Charlie - incarnĂ©e par la charmante Traci Lind - peut d’abord sembler un peu potiche, son Ă©volution morale, Ă  mesure qu’elle prend conscience de la rĂ©alitĂ© vampirique, lui redonne du corps. Son audace pour sauver Peter Vincent de la camisole, ses Ă©lans hĂ©roĂŻques face aux vampires, tout comme la candeur douce-amère de sa romance avec Charlie, la rendent finalement touchante. Et mĂŞme si l’impression de dĂ©jĂ -vu peut rebuter de prime abord, la mise en scène soignĂ©e de Tommy Lee Wallace et quelques idĂ©es originales - Charlie en mutation vampirique, Peter internĂ© en psychiatrie, la filiation entre RĂ©gine et Jerry Dandrige (le vampire du premier opus) - suffisent Ă  relancer l’intĂ©rĂŞt.

Ajoutons Ă  cela un parfum sensuel inĂ©dit : cette fois, le mal a le visage d’une femme. Julie Carmen incarne RĂ©gine avec un magnĂ©tisme vĂ©nĂ©neux, fĂ©lin, ensorcelant. Une antagoniste rare, qui fait varier le climat du film vers quelque chose de plus lascif, presque hypnotique. Et si la seconde moitiĂ© s’essouffle quelque peu, on suit malgrĂ© tout avec plaisir les nouvelles stratĂ©gies de nos hĂ©ros affrontant des vampires aux allures de hipsters dĂ©cadents, sur fond d’action horrifique inventive. Les effets spĂ©ciaux, encore une fois, Ă©tonnent par leur qualitĂ© technique et formelle.

"Retour à la crypte des années 80".
Efficace, fun, distrayant - et parfois même envoûtant (ah, la scène de danse entre Régine et Charlie sur la somptueuse mélodie de Brad Fiedel !) - Vampires, vous avez dit vampires 2 reste une suite tout à fait fréquentable, pétrie de charme et de savoir-faire.
Comme l’avait dĂ©jĂ  prouvĂ© Tommy Lee Wallace avec le percutant Halloween III, sa plus belle rĂ©ussite Ă  ce jour. Mais… ceci est une autre histoire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 

La Chronique de son modèle: http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/vampires-vous-avez-dit-vampire-fright.html

vendredi 25 août 2017

MARCHE A L'OMBRE

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kaxecommons.org

de Michel Blanc. 1984. France. 1h22. Avec Gérard Lanvin, Michel Blanc, Didier Agostini, Sophie Duez, Mimi Félixine, Béatrice Camurat, Prosper Niang, Katrine Boorman.

Sortie salles France: 17 Octobre 1984

FILMOGRAPHIEMichel Blanc est un acteur et réalisateur français, né le 16 avril 1952 à Courbevoie (Hauts-de-Seine). 1984 : Marche à l'ombre. 1994 : Grosse fatigue. 1999 : Mauvaise passe. 2002 : Embrassez qui vous voudrez.


Premiers débuts de Michel Blanc derrière la caméra, Marche à l'ombre totalisa 6,1 millions d'entrées
au box-office français alors que son thème d'actualitĂ© traitĂ© avec lĂ©gèretĂ© et dĂ©rision (l'exclusion sociale des sans-logis) aurait pu fuir le grand public. Devenu depuis un classique du "buddy movie" auprès de la gĂ©nĂ©ration 80, Marche Ă  l'ombre doit largement sa renommĂ©e envers la complĂ©mentaritĂ© du duo GĂ©rard Lanvin / Michel Blanc crevant l'Ă©cran dans leur esprit de camaraderie indĂ©fectible ainsi que leurs caractères distincts bien trempĂ©s. Michel Blanc endossant un faire-valoir râleur, pleutre, empotĂ© et infortunĂ© avec un naturel bonnard, quand bien mĂŞme son acolyte GĂ©rard Lanvin lui partage la rĂ©plique dans celui d'un dĂ©brouillard spartiate constamment rattrapĂ© par son instinct dĂ©bonnaire. Le tandem Ă©minemment contradictoire dans leurs rĂ©flexions professionnelles et sociales cumulant les gaffes et p'tites querelles avec une verve impayable. A ce titre, Michel Blanc, rĂ©alisateur, nous a scrupuleusement travaillĂ© ses dialogues avec un sens de l'inventivitĂ© Ă  couper au rasoir si bien que rien qu'au niveau des joutes verbales, Marche Ă  l'ombre demeure un rĂ©gal auditif !


D'une grande simplicité, l'intrigue cinétique nous relate les tribulations de deux itinérants inséparables sillonnant les banlieues parisiennes en quête d'un toit et de p'tits boulots. Complètement à la dèche, ils s'efforcent en désespoir de cause de faire la manche dans les métros avant de sombrer dans le recel et la vente d'objets volés. Durant leur parcours semé de trafalgars, péripéties, rencontres amicales, hostiles et romantiques, ils vont se raccrocher au fil de leur amitié afin de résister à la sinistrose. Ces derniers ne cessant de bifurquer d'un foyer précaire à un autre sans pouvoir s'implanter durablement. Drôle et pittoresque au sein du cadre de la comédie sociale et de l'aventure urbaine si j'ose dire, Marche à l'ombre constitue une petite merveille d'émotions optimistes en dépit de la gravité du sujet (plus qu'actuel !). Michel Blanc se réservant tout pathos et misérabilisme afin de respecter le genre dans lequel il appartient. Pour autant, et par le biais de l'humour, de la légèreté et de la fantaisie, Marche à l'ombre conjugue harmonieusement chaleur humaine, tendresse et générosité auprès d'une galerie de marginaux inscrits dans la solidarité (car désargentés et donc renouant avec la simplicité de leur existence sans la corruption cupide du matérialisme !).


Un hymne Ă  l'amitiĂ© et Ă  la dĂ©brouille en pleine crise du chĂ´mage. 
TrĂ©pidant, tendre et constamment cocasse au travers de rĂ©pliques anthologiques et de bĂ©vues rocambolesques, Marche Ă  l'ombre transcende la comĂ©die populaire avec une juste Ă©motion si bien que cet humble tĂ©moignage imputĂ© aux laissĂ©s pour compte ne cède jamais au pessimisme plombant pour nous chĂ©rir. Un dernier mot subsidiaire ! En p'tite amante chĂ©tive, la juvĂ©nile Sophie Duez ne manque pas d'Ă©lĂ©gance dans une candeur aussi suave que sensuelle ! 

Bruno Dussart
3èx

jeudi 24 août 2017

LE MONSTRE

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

"The Quatermass Xperiment" de Val Guest. 1955. Angleterre. 1h21. Avec Brian Donlevy, Jack Warner, Margia Dean, Thora Hird, Gordon Jackson.

Sortie salles U.S: Juin 1956. Angleterre: 20 Novembre 1955

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Val Guest de son vrai nom Valmond Guest est un scénariste, réalisateur et producteur britannique né le 11 décembre 1911 à Londres (Royaume-Uni) et décédé le 10 mai 2006 à Palm Springs (Californie). 1954 : La Revanche de Robin des Bois. 1955 : Le Démon de la danse. 1955 : Le Monstre. 1956 : It's A Wonderful World. 1957 : Scotland Yard appelle FBI. 1957 : La Marque. 1957 : Le Redoutable Homme des neiges. 1960 : Expresso Bongo. 1961 : Traitement de choc. 1961 : Le Jour où la Terre prit feu. 1967 : Casino Royale. 1970 : Toomorrow. 1970 : Quand les dinosaures dominaient le monde. 1982 : The Boys in Blue (en). 1984 : Mark of the Devil (en) (TV). 1984 : In Possession (TV). 1985 : Child's Play (TV).


Premier volet de la trilogie Quatermass inspirĂ© de la sĂ©rie TV créée par Nigel Kneale, et première production de la Hammer, Le Monstre se solda par un gros succès public Ă  sa sortie anglaise si bien qu'une suite fut rapidement mise en chantier 2 ans plus tard par Val Guest himself. Quant au troisième opus rĂ©alisĂ© tardivement en 1968, Roy Ward Barker prendra le relais pour parfaire un chef-d'oeuvre encore plus retors et abouti que ces congĂ©nères, les Monstres de l'Espace. InfluencĂ© par la Chose d'un autre monde sortie 4 ans plus tĂ´t, Val Guest nous relate (Ă©galement) avec souci documentĂ© l'atterrissage en catastrophe d'une fusĂ©e commanditĂ© par le physicien Quatermass. A bord, seul Victor Carroon parvient Ă  s'y extraire avec l'aide des pompiers alors que ses 2 Ă©quipiers ont mystĂ©rieusement disparu. EmmenĂ© d'urgence Ă  l'hĂ´pital, celui-ci en catatonie semble possĂ©dĂ© par une entitĂ© invisible (peut-ĂŞtre un spĂ©cimen vĂ©gĂ©tale) ayant pour mission de contaminer la terre. Quatermass et la police vont tenter par tous les moyens d'enrayer la chose en constante mĂ©tamorphose. En conjuguant avec homogĂ©nĂ©itĂ© science-fiction, Ă©pouvante et une pincĂ©e de catastrophe, Val Guest parvient Ă  distiller angoisse, suspense, terreur autour du thème d'une invasion extra-terrestre aussi sournoise que La Chose d'un autre monde. D'autre part, et au vu du potentiel de son traitement aussi dĂ©bridĂ© que singulier, Le Monstre sera une source d'inspiration auprès des gĂ©nĂ©rations Ă  venir comme le dĂ©montreront les annĂ©es 80 avec Contamination, MutantLifeforce, le Monstre qui vient de l'Espace et consorts.


Formidablement intense et Ă©quivoque durant sa première partie jouant la carte de l'expectative parmi l'effet de suggestion et en se focalisant sur la vision de dĂ©tails inquiĂ©tants (le mĂ©tabolisme inexpliquĂ© de Victor face Ă  la perplexitĂ© des mĂ©decins et de son Ă©pouse), Le Monstre insuffle l'apprĂ©hension Ă  travers la mutabilitĂ© d'une victime souffreteuse franchement patibulaire. L'acteur Richard Wordsworth provoquant un vrai malaise dans son dĂ©sarroi aussi bien physique que moral, et quelques instants de frayeurs (la sĂ©quence scrupuleuse de son Ă©vasion puis sa planque dans la voiture parmi la complicitĂ© de son Ă©pouse), notamment grâce Ă  la dĂ©liquescence de son apparence rachitique dĂ©shĂ©ritĂ©e d'un regard hagard ! Quant Ă  la dĂ©couverte des victimes liquĂ©fiĂ©es ou surtout momifiĂ©es que Tobe Hooper reprendra dans le très attachant Lifeforce, on peut Ă©galement vanter la qualitĂ© artisanale des effets-spĂ©ciaux, et ce jusqu'Ă  l'apparence tentaculaire (et non caoutchouteuse) de la chose rĂ©duite Ă  un amas d'organes lors d'un final en mode "Catastrophe". Si cette seconde partie autrement suggĂ©rĂ©e, moins terrifiante et immersive, se focalise sur les dĂ©ambulations urbaines du monstre un peu plus discret Ă  l'Ă©cran, Val Guest parvient pour autant Ă  gĂ©rer le suspense grâce Ă  son adroite mise en scène et une narration planifiĂ©e parvenant encore Ă  surprendre quant Ă  l'apparence disproportionnĂ©e du monstre polymorphe. Et ce jusqu'Ă  son Ă©pilogue pour autant pessimiste Ă©voquant une rĂ©flexion sur les dangers du progrès technologique Ă  des fins scientifiques, Quatermass nous annonçant l'envoi d'une nouvelle fusĂ©e dans l'espace en guise d'orgueil.


Premier grand classique de la Hammer qui permettra Ă  la firme de percer dans l'horreur de manière encore plus couillue et flamboyante (sexe et gore en sus en version technicolor !), le Monstre n'a rien perdu de son impact visuel Ă  crĂ©dibiliser un rĂ©cit de science-fiction oĂą l'horreur des situations s'avère encore aujourd'hui effrayante et malsaine. Et dans ce domaine, on peut largement applaudir le jeu subtilement viscĂ©ral de l'acteur mutique Richard Wordsworth littĂ©ralement transi de mal-ĂŞtre en zombie vĂ©gĂ©tale. 

Eric Binford
3èx

mardi 22 août 2017

...ET LE VENT APPORTA LA VIOLENCE...

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

"E Dio disse a Caino..." de Antonio Margheriti. 1970. Italie/Allemagne de l'Ouest. 1h34. Avec Klaus Kinski, Peter Carsten, Marcella Michelangeli |

Sortie salles France: 30 Décembre 1970. Italie: 5 février 1970

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Western mythique s'il en est, de par son atmosphère crĂ©pusculaire aux confins de l'horreur gothique et de la prĂ©sence magnĂ©tique de Klaus Kinski d'un flegme imperturbable, Et le vent apporta la violence Ă©lève le film d'ambiance Ă  son firmament. Après 10 ans de bagne, Gary Hamilton retrouve enfin sa libertĂ© après avoir Ă©tĂ© graciĂ© par la justice. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  se venger auprès des responsables de son injuste condamnation, il retourne dans son village pour abattre tous les sbires son ancien ami, Acombar, aujourd'hui ennemi jurĂ© d'une ignoble trahison. Baignant dans une dĂ©licieuse atmosphère d'Ă©trangetĂ© sous l'impulsion d'une tempĂŞte d'outre-tombe, second rĂ´le Ă©thĂ©rĂ© de l'histoire, Et le vent apporta la violence nous immerge de plein fouet dans une ambiance d'isolation au sein d'un village maudit. De par la complicitĂ© vĂ©nale de tous les responsables de la rĂ©clusion d'Hamilton et de l'intrusion soudaine de ce dernier dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les exterminer un Ă  un. Abordant le thème de la vengeance dans sa reprĂ©sentation la plus vĂ©reuse si bien que dès le dĂ©part Hamilton autrefois innocent nous exprime ouvertement sa damnation depuis sa motivation punitive, Antonio Margheriti fignole le cadre sĂ©pulcrale de sa tragĂ©die macabre.


En brossant également les profils des seconds-rôles couards davantage gagnés par la peur du trépas (notamment l'ancienne maîtresse d'Hamilton incapable de canaliser ses affres au moment des retrouvailles !), voir même le remord ostensiblement avoué chez l'un d'eux ou autrement tacite du point de vue d'Acombar hanté de culpabilité. Mais au préalable, Margheriti développe lestement le cas docile du fils de celui-ci s'efforçant de découvrir la vérité sur l'étranger depuis sa longue absence au village. Le seul personnage véritablement candide de l'histoire mais pour autant contraint de céder in extremis à la trahison et à la corruption afin de préserver l'honneur de sa famille. Cette intensité dramatique qui émane du désarroi d'antagonistes impliqués dans un redoutable enjeu de survie permet à l'intrigue de redoubler d'efficacité sous le pilier de leur psychologie fébrile. Quand aux somptueux décors domestiques d'un gothisme inopinément flamboyant, on se croirait dans une oeuvre baroque de Roger Corman durant sa période florissante des adaptations de Poe, quand bien même Kinski perdure à traîner sa dégaine rigide à l'instar d'un fantôme errant sous l'acuité du regard impassible ! (notamment ses jeux de miroir invoqués sur sa présence ubique lors d'une ultime confrontation à la lisière du surnaturel !)


Modeste sĂ©rie B transfigurĂ©e par la permĂ©abilitĂ© de son esthĂ©tisme mortifère et l'intensitĂ© d'une intrigue vĂ©nĂ©neuse auquel personne ne pourra accoster la rĂ©demption, Et le vent apporta la violence confine au chef-d'oeuvre du western crĂ©pusculaire, poème tragique sur l'engrenage de la vengeance habitĂ© par un Kinski aussi bien hypnotique qu'Ă©trangement ambigu. 

Bruno Dussart
3èx

...Et le vent apporta la violence...
...Et Dieu dit Ă  CaĂŻn:
par ton crime tu as crĂ©e le mal 
et le sang versé retombera sur toi
et sur ta descendance qui ira 
errante et vagabonde sur la terre. 

lundi 21 août 2017

LE CLAN DE LA CAVERNE DES OURS

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Clan of the Cave Bear" de Michael Chapman. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Daryl Hannah, Emme Floria, Pamela Reed, James Remar, Thomas G. Waites, John Doolittle, Curtis Armstrong.

Sortie salles France: 6 Août 1986. U.S: 17 Janvier 1986

FILMOGRAPHIE: Michael Chapman est un directeur de la photographie américain, né le 21 novembre 1935 (81 ans) à Wellesley, Massachusetts. Il est aussi acteur, opérateur caméra, réalisateur.1983 : L'Esprit d'équipe. 1986 : Le Clan de la caverne des ours. 1986 : Annihilator, le destructeur. 1995 : The Viking Sagas.


Echec public lors de sa sortie en salles et sombrĂ© dans l'oubli depuis son exploitation Vhs locative, Le Clan de la Caverne des ours s'inspire du chef-d'oeuvre de Jean Jacques Annaud pour mettre en exergue un rĂ©cit d'aventures prĂ©historiques truffĂ© d'Ă©motions, et ce mĂŞme s'il cède parfois Ă  la naĂŻvetĂ© des bons sentiments. En toute simplicitĂ©, le rĂ©cit retrace le pĂ©riple ardu de Ayla, petite orpheline chaudement recueillie par le clan de la caverne des ours après la mort accidentelle de sa mère. Parvenant Ă  se faire une place au sein du groupe, elle est toutefois discrĂ©ditĂ©e par le fils du chef, Broud, n'hĂ©sitant pas Ă  moult reprises Ă  la violer. ArmĂ©e de courage et de dĂ©sir d'Ă©mancipation, elle va tenter d'imposer sa dignitĂ© et ses valeurs durant sa quĂŞte identitaire. Sous le moule de la sĂ©rie B ludique dĂ©nuĂ©e de prĂ©tentions, Michael chapman n'a pas pour ambition de singer le modèle d'Annaud en dĂ©pit de quelques thèmes similaires dĂ©noncĂ©s (la condition de la femme au sein d'un peuple machiste ultra conservateur et les viols qu'ils perpĂ©tuent dans l'impunitĂ©) si bien qu'il s'intĂ©resse ici Ă  nous dĂ©crire la vie moderne des hommes de cro-magnon durant la pĂ©riode du PalĂ©olithique moyen.


Bien conscient de ses moyens prĂ©caires Ă  authentifier sa scĂ©nographie prĂ©historique mais pour autant rehaussĂ© des magnifiques dĂ©cors naturels du Canada (photo saturĂ©e Ă  l'appui), le rĂ©alisateur lĂ©sine sur l'esbroufe (en dĂ©pit d'une Ă©tonnante scène de combat avec un ours !) pour se concentrer avec attention et chaleur humaine sur les conditions de vie primitives d'un clan en apprentissage existentiel. Et ce sous l'impulsion d'une hĂ©roĂŻne en herbe peu Ă  peu farouche et maternelle. Car curieuse, pĂ©dagogue et avide de libertĂ©, Ayla va y transgresser quelques règles, ce qui aura comme consĂ©quence une nouvelle prise de conscience (plus tolĂ©rante) de la part du clan après avoir Ă©tĂ© sujette au châtiment et Ă  l'exclusion. Par le biais de cette icone subversive, Michael Chapman nous dresse un joli portrait de femme rebelle que la charmante Darryl Hannah insuffle avec une belle dignitĂ©. Les autres seconds-rĂ´les particulièrement attachants dans leur dynamique de groupe se prĂŞtant au jeu du mimĂ©tisme et du langage inaudible (les paroles sont sous-titrĂ©es en français dans la VO) avec un brin de naĂŻvetĂ© non dĂ©nuĂ© de charme et parfois mĂŞme d'intensitĂ©.


EpaulĂ© du score lyrique et Ă©motif d'Alan Silvestri sous le pilier d'une honnĂŞte distribution, Le clan de la caverne des ours parvient Ă  sĂ©duire Ă  travers un joli rĂ©cit d'aventures militant pour la sagesse, l'enseignement et la tolĂ©rance du point de vue d'une affranchie en initiation de maturitĂ©. Sans prĂ©tention aucune car retranscrit avec autant de simplicitĂ© que de sincĂ©ritĂ© (d'oĂą son charme innocent qui y dĂ©coule !), il s'avère Ă  mon sens le meilleur succĂ©danĂ© de (l'inĂ©galĂ©) la Guerre du Feu. 

P.S: Le dvd édité chez TF1 ne comportant pas de VOSTFR, il faut donc se rabattre sur sa VF absconse car non sous-titrée.

Bruno Matéï
2èx

vendredi 18 août 2017

HIGHT SPIRITS

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Neil Jordan. 1988. Angleterre/U.S.A. 1h39 Avec Steve Guttenberg, Daryl Hannah, Peter O'Toole, Beverly D'Angelo, Liam Neeson, Martin Ferrero, Jennifer Tilly.

Sortie salles France: 18 Janvier 1989. U.S.A: 18 Novembre 1988

FILMOGRAPHIE: Neil Jordan est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain irlandais, nĂ© le 25 FĂ©vrier 1950 Ă  Sligo. 1982: Angel. 1984: La Compagnie des Loups. 1986: Mona Lisa. 1988: High Spirits. 1989: Nous ne sommes pas des Anges. 1991: L'Etrangère. 1992: The Crying Game. 1994: Entretien avec un Vampire. 1996: Michael Collins. 1997: The Butcher Boy. 1999: PrĂ©monitions. 1999: La Fin d'une Liaison. 2002: L'Homme de la Riviera. 2005: Breakfast on Pluto. 2007: A vif. 2009: Ondine. 2012: Byzantium. 


Echec public lors de sa discrète sortie en salles alors qu'il s'agissait de l'unique incursion de Neil Jordan dans la comĂ©die, High Spirits conjugue avec une bonne humeur souvent expansive cocasserie et fantastique Ă  travers le thème des esprits (farceurs). OubliĂ© Ă  tort depuis sa confection et peu diffusĂ© Ă  la TV, High Spirits empreinte le schĂ©ma de la sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e au travers d'une intrigue sommaire riche en quiproquos, incidents surnaturels et Ă©treintes amoureuses. Neil Jordan s'appliquant avec intĂ©gritĂ© Ă  nous relater les vicissitudes d'une poignĂ©e de touristes dĂ©barquĂ©s au sein d'un manoir sclĂ©rosĂ©. Le propriĂ©taire des lieux alcoolo et au bord du suicide (que le cabotin Peter O'Toole campe avec une irrĂ©sistible dĂ©rision !) s'Ă©vertuant Ă  sĂ©duire sa frĂŞle clientèle par l'entremise de fantĂ´mes risibles que lui et ses comparses ont mis au point Ă  l'aide de trucages vieux comme le monde. 


Seulement, après avoir cernĂ© la supercherie, les hĂ´tes vont soudainement se confronter Ă  de vĂ©ritables fantĂ´mes; quand bien mĂŞme Jack Crawford va profiter de son idylle naissante avec une revenante afin de fuir son Ă©pouse acariâtre ! A travers cette intrigue simpliste plutĂ´t redondante il faut l'avouer dans ses jeux de drague que s'Ă©changent un couple de fantĂ´mes avec un couple d'humains, High Spirits amuse pour autant la galerie sous l'impulsion de gags pittoresques qu'une foule d'acteurs enchaĂ®nent avec exubĂ©rance contagieuse. Si la première demi-heure, la plus rĂ©ussie dans sa dĂ©marche autoparodique, privilĂ©gie les situations comiques avec inventivitĂ© et vigueur effrĂ©nĂ©es, la suite s'oriente plus du cĂ´tĂ© de la romance Ă  travers les charmants duos que forment Steve Guttenberg Daryl Hannah et Beverly D'Angelo / Liam Neeson (Ă  ses touts dĂ©buts dans une prestance subalterne) s'efforçant mutuellement d'adhĂ©rer Ă  l'amour surnaturel. Bien que Neil Jordan abuse de temps Ă  autre d'une esbroufe parfois gratuite par le biais d'effets-spĂ©ciaux nĂ©anmoins rĂ©ussis, on lui pardonne ses facilitĂ©s tant l'insolence des Ă©vènements surnaturels nous amusent constamment avec un esprit vintage (notamment ses dĂ©cors marins de carton pâte se matĂ©rialisant soudainement sous nos yeux !). 


En dĂ©pit d'un rythme parfois dĂ©faillant saupoudrĂ© de quelques longueurs et d'un scĂ©nario Ă  la fois linĂ©aire et sans surprise (on devine aisĂ©ment l'issue finale pour les 2 couples en ascension amoureuse), High Spirits parvient Ă  distraire avec une simplicitĂ© aussi charmante qu'attendrissante. Sa modeste rĂ©ussite rĂ©sidant surtout dans la complicitĂ© festive des comĂ©diens d'une spontanĂ©itĂ© et d'une fraĂ®cheur galvanisantes (jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les pĂ©tillants de naĂŻvetĂ© - Meg Tilly en tĂŞte ! -). Enfin, tout en s'attachant peu Ă  peu Ă  l'onirisme candide d'une romance improbable, on se laisse aussi enivrer par l'esthĂ©tisme gothique du vaste manoir confinĂ© Ă  proximitĂ© d'une nature crĂ©pusculaire. 

Bruno Dussart
3èx

jeudi 17 août 2017

ELLE S'APPELAIT SCORPION

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bĂ´ / Female Convict Scorpion Jailhouse 41" de Shunya Ito. 1972. Japon. 1h28. Meiko Kaji, Fumio Watanabe, Kayoko Shiraishi, Yukie Kagawa.

Sortie salles Japon: 30 Décembre 1972. France: 22 April 2011 (Lyon Festival Hallucinations Collectives)

FILMOGRAPHIEShun’ya ItĹŤ (伊藤 俊也, ItĹŤ Shun’ya?) est un rĂ©alisateur japonais nĂ© le 17 FĂ©vrier 1937. 1972 : La femme scorpion. 1972 : Elle s'appelait scorpion. 1973 : La tanière de la bĂŞte. 1982 : Piège pour un Kidnapper. 1985 : Gray Sunset. 1988 : Labyrinth of Flower Garden. 1995 : Adieu, Nostradamus ! 1998 : Pride: The Fateful Moment.


Second volet d'une saga légendaire de 6 films et considéré comme le plus réussi, Elle s'appelait Scorpion empreinte le schéma du WIP ("women in prison") avant de bifurquer fissa vers le rape and revenge et le survival lorsqu'une poignée de prisonnières parviennent à s'échapper de leur geôle grâce à la complicité de l'indomptable Matsu. Une détenue tête de turc passée maître dans l'art de l'évasion mais pour autant molestée par ses propres rivales jouant l'indépendance à travers leur haine, leur jalousie, leur rancoeur et leur vengeance. Durant un houleux périple, elles n'auront de cesse de s'opposer à la police et aux gardiens lancés à leur trousse quand bien même les touristes d'un car vont leur servir d'otages afin de déjouer un barrage.


Sous le moule d'une sĂ©rie B d'exploitation alternant Ă  rythme mĂ©tronomique, sĂ©vices corporels, viols, humiliations et règlements de compte sanglants entre dĂ©tenues et gynophobes (le terme est on ne peut mieux appropriĂ© !), Elle s'appelait Scorpion aurait pu sombrer dans le produit lambda si la mise en scène hyper stylisĂ©e n'avait su faire preuve d'autant de fulgurances visuelles, Ă  mi-chemin de la bande dessinĂ©e, du western et du conte moderne. VĂ©ritable trip expĂ©rimental baignant dans un onirisme baroque, notamment de par ses dĂ©cors gĂ©omĂ©triques, Elle s'appelait Scorpion se vit Ă  l'instar d'un rĂŞve Ă©veillĂ© sous la mainmise d'une anti-hĂ©roĂŻne mutique (elle prononce Ă  peine 3 phrases durant tout le mĂ©trage !) que campe avec pudeur la troublante Meiko Kaji. Sa prĂ©sence spectrale inscrite dans le non-dit et l'intensitĂ© de son regard impassible restant une Ă©nigme chez le spectateur incapable d'en dĂ©fricher sa vĂ©ritable identitĂ©. Cruel, cynique et ultra violent, le rĂ©cit suggère la mĂ©taphore sur l'Ă©mancipation fĂ©minine lorsque ces dernières sont traitĂ©es comme du bĂ©tail par des machistes sans vergogne. A cet Ă©gard, la ligue fĂ©ministe devrait s'en rĂ©jouir puisque tous les protagonistes mâles qu'on nous prĂ©sentent outrancièrement s'avèrent des ordures libidineuses n'hĂ©sitant pas d'autre part Ă  bafouer leur dĂ©ontologie pour mieux parvenir Ă  leurs fins. Tandis que les fugitives, assoiffĂ©es de haine et de libertĂ©, n'hĂ©siteront pas Ă  recourir Ă  la vendetta expĂ©ditive durant leur traque de survie.  


Prenant Ă  contre pied la norme du divertissement jouissif, Elle s'appelait Scorpion opte pour les ruptures de ton, l'expressionnisme baroque (photo contrastĂ©e Ă  l'appui) et les expĂ©rimentations alambiquĂ©es afin de perdre sens et repères du spectateur embarquĂ© dans une sĂ©rie B hybride quasi surnaturelle. A la lisière de la fĂ©erie macabre mais plutĂ´t difficile d'accès, cette perle culte au pouvoir de fascination subtilement trouble et capiteux porte la signature du talent personnel de Shun’ya ItĹŤ.

Bruno Dussart
2èx

mercredi 16 août 2017

UNE MESSE POUR DRACULA

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com


"Taste the Blood of Dracula" de Peter Sasdy. 1970. Angleterre. 1h31. Avec Christopher Lee, Geoffrey Keen, Gwen Watford, Linda Hayden, Peter Sallis, Anthony Corlan, Isla Blair.

Sortie salles France: 7 Octobre 1970. U.S: 7 Juin 1970

FILMOGRAPHIEPeter Sasdy est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 27 mai 1935 Ă  Budapest. 1970 : Une messe pour Dracula. 1971 : La Fille de Jack l'Éventreur. 1971 : Comtesse Dracula. 1972 : Doomwatch. 1973 : Nothing But the Night. 1975 : Evil Baby. 1983 : The Lonely Lady.


Suite directe de Dracula et les femmes, Une messe pour Dracula est le 5è volet consacrĂ© au prince des tĂ©nèbres que Peter Sasdy dirige pour la première fois sous l'Ă©gide de la Hammer. A partir d'un scĂ©nario assez faiblard mais non exempt d'originalitĂ©, Ă  l'instar de cette sĂ©ance envoĂ»tĂ©e de messe noire plutĂ´t malsaine et Ă  la rĂ©surrection qui s'ensuit, Une Messe pour Dracula est transcendĂ© par l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation scrupuleuse oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, par sa fulgurance gothique traversĂ©e d'images picturales Ă  damner un saint, et d'un jeu d'acteurs parfaitement impliquĂ©s dans leur pĂ©riple de survie oĂą le dĂ©sarroi gagne du terrain. En gros, trois notables plutĂ´t dĂ©vergondĂ©s (on les rencontre de prime abord dans un bordel de catins aux poitrines ouvertement opulentes) se laissent influencer par un Lord adepte d'une messe noire bien spĂ©cifique. Car au sein d'une Ă©glise dĂ©catie, ce dernier a pour ambition de rĂ©animer le prince des tĂ©nèbres parmi leur frĂŞle complicitĂ©. Mais la sĂ©ance tourne au fiasco lorsque les hĂ´tes terrorisĂ©s Ă  l'idĂ©e de boire le sang de Dracula cèdent Ă  la panique quand bien mĂŞme le lord s'empresse d'ingurgiter lui mĂŞme la potion avant d'ĂŞtre pris de convulsions.


C'est alors que ces derniers se ruent sur lui pour le battre Ă  mort. Quelques jours après le drame, et alors que chacun des coupables se confinent dans le mutisme (voir l'alcoolisme pour l'un d'entre eux) au sein de leur foyer, Dracula parvient toutefois Ă  renaĂ®tre de ses cendres en prenant possession du corps du Lord Courtley. Uniquement bâti sur la vengeance de Dracula dĂ©libĂ©rĂ© Ă  venger la mort de son serviteur auprès des responsables, Une messe pour Dracula parvient pour autant Ă  captiver grâce Ă  la corruption de ces trois criminels rongĂ©s par le remord et l'angoisse de passer sous les verrous quand bien mĂŞme les seconds-rĂ´les fĂ©minins assujettis au prince font preuve d'un charme vĂ©nĂ©neux dans leur posture pernicieuse. Bien Ă©videmment, chacun des trois coupables pĂ©rira de manière aussi cruelle que perfide si bien que Dracula utilise Ă  chaque fois la complicitĂ© de ses maĂ®tresses sous l'impulsion de l'hypnose. Une fois de plus, dans sa stature tĂ©nĂ©breuse et longiligne, Christopher Lee crève l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions spectrales. Peter Sasdy cadrant l'acteur affublĂ© d'une longue cape noire de manière stylisĂ©e afin de rehausser l'aspect surnaturel de sa prĂ©sence sĂ©pulcrale.


SĂ©rie B d'exploitation transfigurĂ©e par un esthĂ©tisme flamboyant (plusieurs images picturales sont franchement sublimes sous la lumière d'une photo sĂ©pia), une rĂ©alisation efficace et le talent spontanĂ© de comĂ©diens dandy, Une Messe pour Dracula fascine irrĂ©mĂ©diablement au sein d'une narration classique tantĂ´t audacieuse par son climat malsain (la longue sĂ©ance de messe noire s'avère le moment le plus intense et inquiĂ©tant, notamment auprès de sa poĂ©sie macabre !), son onirisme expĂ©rimental loin d'ĂŞtre banal (la mort vertigineuse de Dracula !) et enfin son Ă©rotisme dĂ©monstratif (la sĂ©quence du bordel) qui lui vaudra Ă  l'Ă©poque quelques vĂ©tilles avec dame censure. 

Bruno Dussart
2èx