vendredi 11 septembre 2015

MONSTER BOY: HWAYI

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Jang Joon-Hwan. 2013. Corée du Sud. 2h06. Avec Yeo Jin-goo, Kim Yoon-seok, Cho Jin-Woong, Jang Hyun-sung, Kim Sung-Kyun, Park Hae-Joon.

Sortie salles Corée du Sud: 9 Octobre 2013. Sortie Dvd France: 29 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Jan Joon-Hwan est un réalisateur et scénariste coréen.
2003: Jigureul jikyeora ! 2010: Kamelia (segment "Love for Sale"). 2013: Monster Boy


ConcentrĂ© d'action et d'ultra violence aussi sardonique que cruelle, Monster Boy fait office de descente aux enfers du point de vue d'un adolescent embrigadĂ© dès son enfance par des braqueurs pour tenir lieu de rançon. Après avoir Ă©tĂ© confinĂ© au fond d'une cave durant son enfance puis ayant parvenu Ă  canaliser ses visions hallucinatoires d'un monstre tapi dans l'ombre, Hwayi est aujourd'hui enrĂ´lĂ© pour devenir un tueur mĂ©thodique sous son apprentissage parental. Mais au moment de sa première effraction chez un particulier, une rĂ©vĂ©lation inopinĂ©e va totalement bouleverser la donne et le substituer en ange exterminateur. Polar aussi tranchant qu'une lame de rasoir pour son parti-pris insolent d'illustrer les exactions meurtrières d'une famille dysfonctionnelle au passĂ© galvaudĂ©, Monster Boy aborde les thĂ©matique de la dĂ©mission parentale, l'enfance maltraitĂ©e, la perte de l'innocence et la vengeance par le conditionnement d'un adolescent en voie de mutation. Ou comment parvenir Ă  se fondre dans la peau d'un tueur sans vergogne après avoir rĂ©ussi Ă  dompter le monstre qui sommeille en nous ! L'Ă©veil et l'Ă©quilibre de la maturitĂ© Ă©tant ici compromis par une Ă©thique nihiliste de perpĂ©trer le Mal sans justification. 


EmaillĂ© de sĂ©quences surrĂ©alistes pour la caractĂ©risation graphique d'une crĂ©ature haineuse, Monster Boy bouscule nos habitudes par le biais d'une ambiance aussi survoltĂ©e que rĂ©aliste, notamment avec l'appui d'une violence sournoise et la personnalitĂ© dĂ©calĂ©e d'antagonistes victimes Spoil ! de leur condition orpheline fin du Spoil. Poignant Ă  plus d'un titre, notamment pour l'intensitĂ© dramatique de sa dernière partie, l'intrigue oscille efficacement les règlements de compte sanglants, courses-poursuites et bastonnades autour des agissements punitifs d'un adolescent en crise identitaire. La vigueur brutale qui Ă©mane de sa rancune et la vĂ©locitĂ© de la camĂ©ra nous entraĂ®nant dans une vertigineuse spirale de violence toujours plus pernicieuse pour ceux qui s'y morfondent ! Outre sa facture homĂ©rique d'exploiter des scènes d'actions Ă  la chorĂ©graphie virtuose, Monster Boy privilĂ©gie autant la rĂ©flexion sur l'engrenage et l'endoctrinement de la violence (vaincre la peur pour prendre ici la place du monstre que l'on combattait !) tout en fustigeant la responsabilitĂ© parentale destituĂ©e de pĂ©dagogie et de nobles valeurs. La caractĂ©risation psychologique de Hwayi en requĂŞte identitaire s'avĂ©rant toujours plus bouleversante sous l'impulsion nĂ©vralgique de l'Ă©tonnant Yeo Jin-Goo. On peut Ă©galement saluer la prestance habitĂ©e de Kim Yoon-seok (dĂ©jĂ  fulgurant en meurtrier crapuleux dans Sea Fog !) endossant avec flegme viscĂ©ral et ambiguĂŻtĂ© morale une figure paternelle aussi traumatisĂ©e d'un passĂ© martyr. 


Emotionnellement foudroyant pour ses Ă©clairs d'ultra-violence dĂ©complexĂ©e, son action Ă©pique et sa dramaturgie en chute libre, Monster Boy dresse, non sans une certaine dĂ©rision vitriolĂ©e, le portrait aliĂ©nant d'une famille dysfonctionnelle noyĂ©e par leur dĂ©chĂ©ance immorale depuis leur condition de dĂ©rĂ©liction. Cri d'alarme contre les consĂ©quences de la dĂ©mission parentale engendrant la haine de leur progĂ©niture, Monster Boy dĂ©gage un humanisme dĂ©sespĂ©rĂ© sous l'appui symbolique de l'Ange du Mal. 

Dédicace à Jean Marc Micciche
Bruno Matéï

jeudi 10 septembre 2015

HYENA. Prix du Jury au Festival de Beaune, 2015.

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dailymars.net

de Gérard Johnson. 2014. Angleterre. 1h52. Avec Peter Ferdinando, Stephen Graham, MyAnna Buring, Elisa Lasowski, Neil Maskell, Richard Dormer, Tony Pitts, Mehmet Ferda.

Sortie salles France: 6 Mai 2015. Interdit aux - de 16 ans.

FILMOGRAPHIE: Gerard Johnson est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le
2009: Tony. 2014: Hyena.


Polar choc venu d'Angleterre alors qu'il s'agit de la seconde rĂ©alisation de Gerard Johnson, Hyena enthousiasma tant les festivaliers de Beaune qu'il repartit avec le Prix du Jury, sans compter ses rĂ©compenses attribuĂ©es Ă  Sitges pour celui du Meilleur Film et au Festival europĂ©en des Arcs pour celui du Meilleur Acteur que Peter Ferdinando endosse avec une vĂ©ritĂ© sinistrĂ©e ! Uppercut Ă©motionnel d'une grande intensitĂ© pour le cheminement de perdition qu'une poignĂ©e de flics corrompus s'adonne alors que leur leader tentera en dĂ©sespoir de cause une quĂŞte de rĂ©demption, Hyena fait l'effet d'un mauvais trip pour la verdeur de son rĂ©alisme poisseux. Glauque et viscĂ©ralement malsain, l'ambiance tĂ©nĂ©breuse que Gerard Johnson parvient Ă  rĂ©gir autour de ses tĂ©moins galeux nous ensorcelle parmi la scĂ©nographie d'une citĂ© urbaine en dĂ©crĂ©pitude.


SurveillĂ© par l'autoritĂ© de ses supĂ©rieurs sur le point de le coffrer pour corruption et meurtre, et menacĂ© de mort par deux tueurs albanais qu'il tente maladroitement de coffrer, (des frères impliquĂ©s dans le trafic de came et traite des blanches), l'officier Michael Logan magnĂ©tise l'Ă©cran de sa prĂ©sence anxiogène oĂą l'ombre de la dĂ©route semble planer sur ses Ă©paules. Accro Ă  la coke, portant peu d'affection Ă  sa compagne et toujours plus nĂ©crosĂ© par ses trafics en tous genres, ce dernier s'efforce dans un regain de conscience Ă  daigner porter secours auprès d'une albanaise rĂ©duite Ă  l'esclavage. Avec souci de rĂ©alisme d'une mise en scène personnelle tantĂ´t expĂ©rimentale, tantĂ´t stylisĂ©e, le rĂ©alisateur nous plonge dans cet univers de crime, d'extorsion et de corruption sous l'impulsion du flic ripou en instance de survie. Si le scĂ©nario dĂ©jĂ  vu n'apporte pas vraiment de nouveautĂ© pour les règlements de compte, trahisons et filatures que se disputent police et pègre, la manière scrupuleuse dont le cinĂ©aste dresse le portrait aride de ces marginaux burnĂ©s et l'introspection accordĂ©e aux Ă©tats d'âme de l'officier nous fascine de façon contemplative. Notamment en accordant le bĂ©nĂ©fice de l'empathie pour les consĂ©quences dramatiques de sa dĂ©chĂ©ance morale et de son soutien hĂ©roĂŻque auprès de l'albanaise. Si les âpres Ă©clairs de violence qui traversent l'intrigue impressionnent durablement la mĂ©moire, la manière retorse dont Gerard Johnson l'exploite Ă©lude tout effet de sensationnalisme, notamment avec le parti-pris d'un rĂ©alisme baroque parfois stylisĂ© d'effets de ralenti ! 


ExpĂ©rience sordide de polar dĂ©pressif oĂą flics ripoux et mafieux albanais se bafouent l'autoritĂ© sans aucune vergogne, Hyena est une plongĂ©e vertigineuse au coeur de la bassesse humaine. Avec sa rĂ©alisation auteurisante et ces trognes burinĂ©es d'une interprĂ©tation hors pair, Gerard Johnson parvient miraculeusement Ă  rĂ©inventer le classicisme de sa narration parmi la photogĂ©nie crĂ©pusculaire d'une citĂ© urbaine mĂ©phitique. Avec l'appui de son esprit nihiliste et iconoclaste, une grosse majoritĂ© de spectateurs sortiront nĂ©anmoins frustrĂ©s d'un Ă©pilogue aussi elliptique ! PrĂ©parez vous donc Ă  la douche froide ! 

Bruno Matéï

Récompenses: Prix du jury au Festival du film policier de Beaune en 2015
Meilleur film Ă  FantĂ stic Orbita de Sitges Film Festival 2014 
Meilleur Acteur (Peter Ferdinando) au Festival EuropĂ©en des Arcs 

mercredi 9 septembre 2015

SEA FOG

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Haemoo" de Shim Sung-bo. 2014. Corée du Sud. 1h56. Avec Kim Yoon-seok, Park Yoo-chun, Han Ye-ri.

Sortie salles France: 1er Avril 2015. Corée du Sud: 13 Août 2014

FILMOGRAPHIE:  Shim Sung-bo est un scĂ©nariste (Memories of Murder, 2003) et rĂ©alisateur sud-corĂ©en. 2014: Sea Fog.


Première rĂ©alisation de Shim Sung-ho, scĂ©nariste de Memories or murder, Sea Fog aborde le thème (on ne peut plus actuel !) de la situation des migrants Ă  travers un pĂ©riple maritime en perdition. Le film, sans concession par son climat aussi malsain qu'Ă©touffant, provoque d'autant plus le malaise qu'il s'inspire d'une histoire vraie ! Parce qu'il est sur le point de perdre son emploi, un capitaine propose Ă  son Ă©quipage d'accepter d'embarquer des migrants chinois en toute illĂ©galitĂ©. Par la cause d'une dĂ©faillance technique, leur transaction converge Ă  une impitoyable descente aux enfers. 


Introspection au coeur de la turpitude humaine, épreuve de force morale pour la survie, jeu de massacre entre un équipage cupide corrompu par leurs bas instincts de dernier ressort, Sea Fog est un drame horrifique d'une intensité éprouvante. De par le réalisme sordide alloué à la déchéance d'une équipe de prolétaires contraints d'enfreindre la loi afin de préserver leur précarité professionnelle, Shim Sung-ho insuffle un malaise toujours plus tangible au fil de leur dérive meurtrière en chute libre. Ce dernier prenant soin de structurer une intrigue machiavélique autour de leurs exactions où chacun des membres de l'équipage ne comptera finalement que sur leur libre arbitre afin de rester en vie et fuir leur responsabilité. Outre le portrait méprisable alloué à la nature humaine, la force de l'intrigue résidant également dans la tension d'une progression de suspense quant à la situation alarmiste octroyée à une clandestine planquée sous la salle des machines. En filigrane, et avec une pudeur sensible aussi lyrique que bouleversante, le cinéaste prenant soin de nous attacher à la survie de cette candide rescapée éprise d'affection pour un jeune matelot. Autour de leur faible enjeu de survie où l'injustice des règlements de compte s'avère toujours plus abrupt, l'intrigue converge vers une tournure dramatique au dénouement indécis. A savoir si la rédemption amoureuse pourrait vaincre la mort et parvenir à leur faire oublier l'expérience traumatique.


Drame horrifique jusqu'au-boutiste sur fond de romance Ă  l'humanisme affligĂ©, Sea Fog empreinte le canevas de l'oeuvre choc sans misĂ©rabilisme ni complaisance. Shim Sung-ho illustrant âprement un constat aussi Ă©difiant que pessimiste sur la nature humaine lorsque l'homme est contraint de transgresser la loi pour l'unique enjeu de sa survie. A travers ce pĂ©riple morbide oĂą la fonction des immigrants n'est qu'un bĂ©nĂ©fice de gain, le cinĂ©aste pointe du doigt l'irresponsabilitĂ© des passeurs Ă  oser braver risques et prĂ©judice. Une Ă©preuve d'autant plus bouleversante pour la rĂ©alitĂ© sociale de son thème d'actualitĂ© que Shim Sung-ho dĂ©peint scrupuleusement avec une sensibilitĂ© sans Ă©chappatoire. 

Dédicace à Cid Orlandu et Jean Marc Micciche.
Bruno Matéï

mardi 8 septembre 2015

DRACULA CONTRE FRANKENSTEIN

                                                                           Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

"Los Monstruos Del Terror" de Hugo Fregonese et Tulio Demicheli. 1970. Espagne/Allemagne. 1h27. Avec Paul Naschy, Patty Shepard, Craig Hill, Michael Rennie, Karin Dor.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Tulio Demicheli est un réalisateur, scénariste et producteur espagnol, né le 15 Août 1914 en Argentine, décédé le 25 Mai 1992 à Madrid, Espagne.
1966: Deux garces pour un tueur. 1970: Dracula contre Frankenstein. 1972: Les 2 visages de la peur.
Hugo Fregonese est un réalisateur, acteur et scénariste espagnol né le 8 Avril 1908 en Argentine, décédé le 17 Janvier 1987. 1973 La mala vida. 1970: Dracula contre Frankenstein (non crédité). 1966: La pampa sauvage. 1964: Les cavaliers rouges. 1964: Les rayons de la mort du Dr. Mabuse. 1962/I: Marco Polo (US version). 1958: Harry Black et le tigre. 1957: Les sept tonnerres. 1957: La spada imbattibile. 1956: I girovaghi. 1950: L'impasse Maudite.


Production hispano-germanique dĂ©butĂ©e par le cinĂ©aste Hugo Fregonese puis finalisĂ© par Tulio Demicheli, faute de moyens financiers en berne, Dracula contre Frankenstein s'inspire Ă©minemment de la zĂ©derie de Ed Wood, Plan nine from outer space considĂ©rĂ© comme l'ofni le plus nul de tous les temps ! Des extra-terrestres prenant notre apparence humaine dĂ©barquent sur terre et s'installent dans un château afin de parfaire leur odieux stratagème. C'est Ă  dire exhumer de leur tombe les monstres les plus cĂ©lèbres de nos superstitions (Frankenstein, Dracula, le Loup-garou et la Momie) pour envahir notre monde. Mais un inspecteur enquĂŞtant sur la disparition de jeunes filles va tenter de dĂ©jouer leur improbable complot ! Titre français fallacieux s'il en est, puisque Ă  aucun moment de l'histoire nos deux monstres notoires viennent improviser un quelconque pugilat, Dracula contre Frankenstein est une aberration filmique aujourd'hui exhumĂ©e de l'oubli chez nos Ă©diteurs d'Artus Films. Les mauvaises langues pourraient d'ailleurs gentiment s'en railler en prĂ©tendant le contraire, Ă  savoir qu'il aurait mieux valu qu'il reste inhumĂ© dans les limbes du silence !


Nanti d'un faible budget, eu Ă©gard des dĂ©cors minimalistes du sombre manoir terni d'une photo dĂ©colorĂ©e, cette sĂ©rie Z s'efforce de ressusciter les monstres de notre enfance sous l'impulsion d'une poignĂ©e d'acteurs inexpressifs mais convaincus de leur stature horrifiante ! TraitĂ© avec un sĂ©rieux contractĂ© comme le prĂ©tendent ces derniers, l'intrigue saugrenue de cette mascarade provoque successivement consternation et sourire amusĂ© face Ă  un contexte aussi ubuesque oĂą les monstres sĂ©culaires de nos mythologies reviennent Ă  la vie sous l'obĂ©dience d'une dictature extra-terrestre ! DĂ©ambulant dans le château en guise d'ennui et avec dĂ©sir innĂ© de vivre leur indĂ©pendance, nos crĂ©atures sont nĂ©anmoins contraintes de tester leur compĂ©tence physique sur des cobayes (tout en se provoquant mutuellement) sous l'autoritĂ© du savant extra-terrestre. Mais parmi ces crĂ©atures malfaisantes, Waldemar Daninsky (campĂ© avec sobriĂ©tĂ© par l'inĂ©narrable Paul Naschy !), Ă©pris d'aigreur et d'insurrection pour sa condition esclave de lycanthrope et fĂ©ru d'amour pour une secrĂ©taire, songe au suicide après avoir tenter de s'Ă©vader depuis les cruelles expĂ©riences de son maĂ®tre. Pendant ce temps, un inspecteur sur le qui-vive se rapproche un peu plus du repère du Docteur Warnoff (maĂ®tre d'oeuvre de cette rĂ©surrection folklorique !) depuis le kidnapping de sa propre dulcinĂ©e. Nanti d'un rythme assez sporadique pour la conduite dĂ©sordonnĂ©e du rĂ©cit multipliant incohĂ©rences et situations horrifiques sans ressort dramatique, Dracula contre Frankenstein se suit modestement comme un dĂ©lire d'inepties en roue libre avant que le loup-garou ne se porte garant d'une rĂ©demption hĂ©roĂŻque !


Le loup-garou contre la Momie, Frankenstein et Dracula
SĂ©rie Z ombrageuse sauvĂ©e par l'hĂ©rĂ©sie d'une intrigue saugrenue constamment impromptue et par la fantaisie archaĂŻque des monstres au faciès "Paella", Dracula contre Frankenstein Ă©veille un intĂ©rĂŞt gentiment ludique pour les inconditionnels de bisserie atypique (Ă  l'instar de cette opĂ©ration du coeur pratiquĂ©e sur Waldemar afin de l'exhumer de sa torpeur !).   

Bruno Matéï

lundi 7 septembre 2015

BIG RACKET

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineforum-clasico.org

"Il grande racket". de Enzo G. Castellari. 1976. Italie. 1h44. Avec Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Orso Maria Guerrini, Glauco Onorato, Marcella Michelangeli, Romano Puppo, Antonio Marsina, Salvatore Borghese.

Sortie salles France: 2 Août 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Enzo G. Castellari est un réalisateur, scénariste, acteur, monteur et producteur italien, né le 29 Juillet 1938 à Rome (Italie).
1967: Je vais, je tire et je reviens. 1968: Django porte sa croix. 1968: 7 Winchester pour un massacre. 1968: Tuez les tous... et revenez seul ! 1973: Le Témoin à abattre. 1976: Keoma. 1976: Big Racket. 1977: Une Poignée de salopards. 1977: Action Immédiate. 1979: La Diablesse. 1979: Les Chasseurs de Monstres. 1981: La Mort au Large. 1982: Les Nouveaux Barbares. 1982: Les Guerriers du Bronx. 1983: Les Guerriers du Bronx 2. 1987: Striker. 1987: Hammerhead. 1997: Le Désert de Feu.


Pur film d'exploitation surfant sur la vague des Vigilante Movies initiĂ©s par l'Inspecteur Harry et Un Justicier dans la ville, Big Racket tire parti de son attraction grâce Ă  l'efficacitĂ© de sa mise en scène exploitant nerveusement les sĂ©quences de gunfights sur un rythme mĂ©tronomique, notamment avec l'appui du montage calibrĂ©. 


Enzo G. Castellari s'avĂ©rant particulièrement inspirĂ© Ă  chorĂ©graphier ces règlements de compte par le biais d'une violence spectaculaire n'hĂ©sitant pas parfois Ă  la vulgariser. De par la posture rĂ©actionnaire (et suicidaire) de justiciers aveuglĂ©s par leur dĂ©chĂ©ance meurtrière (l'un d'eux n'hĂ©sitera pas Ă  blesser son rival de plusieurs balles avant de froidement l'assassiner !) et la dĂ©rive perverse d'un quatuor de malfrats adeptes du viol en rĂ©union (une des deux sĂ©quences d'agression sexuelle s'avère assez dure pour le rĂ©alisme imparti aux clameurs d'une innocente mineure, mĂŞme si le hors-champs dĂ©samorce graphiquement l'horreur des sĂ©vices). Si l'intrigue canonique (pour dĂ©clarer la guerre Ă  la mafia, un flic dĂ©chu de ses fonctions dĂ©cide de fonder une milice avec le soutien de parents de dĂ©funts) fait preuve d'idĂ©ologie irresponsable et ne sert que de prĂ©texte Ă  surenchĂ©rir l'action, le savoir-faire de son auteur de nous tenir constamment en haleine parvient Ă  transcender ses facilitĂ©s en jouant la carte dĂ©complexĂ©e du western urbain. Outre le caractère ludique de ses affrontements belliqueux que s'imposent insatiablement flics et pègre, Big Racket est Ă©galement servi par un casting de seconde zone des plus attachants. Des trognes burinĂ©es d'acteurs italiens complètement impliquĂ©s dans leur fonction criminelle (et)ou justicière, quand bien mĂŞme les rĂ©parties cocasses de Vincent Gardenia viennent un peu dĂ©tendre l'atmosphère dans son statut affable d'indic en semi-retraite. Des seconds rĂ´les insufflant un bel entrain Ă  leur cohĂ©sion rebelle quand bien mĂŞme Fabio Testi mène sa hiĂ©rarchie officieuse avec le flegme autoritaire d'un flic en insurrection.    


NaĂŻf et rĂ©actionnaire pour l'idĂ©ologie primaire d'une justice expĂ©ditive, Big Racket est transcendĂ© par la dĂ©rision d'un faiseur de Bis adepte d'une sĂ©rie B d'exploitation ludique sous l'impulsion d'une poignĂ©e d'acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les expressions bellicistes. Si sa violence parait aujourd'hui un brin dĂ©suète (son interdiction au moins de 18 ans peut aujourd'hui ĂŞtre levĂ©e), la vigueur spectaculaire qui Ă©mane des canardages n'a rien perdu de son ressort jouissif au point de concurrencer la modernitĂ© de nos films d'action numĂ©risĂ©s. 

Remerciement Ă  Artus Film.
Bruno Matéï

jeudi 3 septembre 2015

CANNIBAL FEROX


d'Umberto Lenzi. 1981. Italie. 1h36. Avec Giovanni Lombardo Radice, Lorraine De Selle, Robert Kerman, Danilo Mattei, Zora Kerova, Walter Lucchini.

Sortie salles France: 16 Juin 1982. Italie: 24 Avril 1981. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie en salles.

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie).
1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


Pur produit d'exploitation typiquement transalpin, Cannibal Ferox surfe sur le succès du scandaleux Cannibal Holocaust un an après que le classique de Deodato eut Ă©claboussĂ© les Ă©crans dans des versions tronquĂ©es. RĂ©alisĂ© par Umberto Lenzi qui fut l'initiateur du genre en 1972 avec Au pays de l'Exorcisme, Cannibal Ferox fut interdit dès sa sortie dans 31 pays en raison de son extrĂŞme violence et de ces sĂ©quences snufs animalières (honteusement) familières au sous-genre. Si la plupart des films de cannibales avait dĂ©jĂ  provoquĂ© un tollĂ© de rĂ©probation de la part du public et des dĂ©fenseurs de la cause animale, Cannibal Ferox continue de se complaire dans la mise Ă  mort rĂ©elle d'animaux avec une gratuitĂ© triviale. En dehors du dĂ©goĂ»t viscĂ©ral que provoque inĂ©vitablement ses châtiments cruels pris sur le vif, le film parvient tout de mĂŞme Ă  nous "distraire" dans son format de sĂ©rie B/Z exploitant avec une certaine efficacitĂ© l'aventures et l'horreur crapoteuse par le biais d'une intrigue fertile en pĂ©ripĂ©ties. 


En gros, une Ă©quipe d'Ă©tudiants en anthropologie prĂ©parant une thèse sur la cannibalisme dĂ©cident de se rendre en Amazonie afin de prouver que cette pratique indigène n'Ă©tait qu'une lĂ©gende. Durant leur pĂ©riple, ils font la rencontre de deux trafiquants de drogue dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver des Ă©meraudes au fin de fond de la jungle. Parmi ce duo suspicieux, le leader cocaĂŻnomane s'avère un psychopathe sans vergogne multipliant les intimidations meurtrières auprès d'une tribu autochtone. Si cette intrigue conventionnelle n'accorde aucune surprise quant au cheminement de survie des protagonistes fatalement pourchassĂ©s par des indigènes revanchards depuis leurs sauvages exactions, Cannibal Ferox puise son intĂ©rĂŞt dans le dĂ©paysement de sa scĂ©nographie vĂ©gĂ©tative au rythme de scènes de poursuites et de fugue que nos protagonistes doivent encourir afin de rester en vie. On peut aussi relever l'ironie finale du rĂ©alisateur Ă  mettre en appui l'hypocrisie de l'anthropologie lorsque l'unique survivante primĂ©e d'un diplĂ´me de docteur Ă  l'universitĂ© de New-York est contrainte de feindre Ă  ses professeurs que le cannibalisme n'Ă©tait qu'un mythe ! Mais le clou du spectacle, si escomptĂ©, se rĂ©vèle bien entendu les moments gores de mises Ă  mort cruelles intentĂ©es sur les ĂŞtres humains. Les multiples sĂ©vices infligĂ©s sur les indigènes et (anti)hĂ©ros s'avĂ©rant assez impressionnants de rĂ©alisme grâce Ă  l'habiletĂ© du montage et des maquillages Ă©laborĂ©s par Giuseppe Ferranti. A l'instar des seins d'une jeune femme suspendus par des crochets, de l'Ă©masculation suivie d'un scalp (en gros plan) d'un prisonnier et de l'Ă©nuclĂ©ation d'un indigène sans dĂ©fense ! Si la plupart des acteurs cabotins offre le minimum syndical pour leur prestance superficielle d'expĂ©diteurs apeurĂ©s, Giovanni Lombardo Radice parvient Ă  s'extraire du lot pour son rĂ´le erratique de tortionnaire pervers (Ă  la moindre occasion il n'hĂ©site pas Ă  parfaire ses dĂ©lires morbides tout en influençant l'une de ses proches !) prĂŞt Ă  trahir les siens afin de s'extraire de l'enfer vert ! 


DĂ©nuĂ© de suspense et d'intensitĂ© pour les enjeux de survie et la fonction alimentaire des personnages, notamment faute d'un scĂ©nario Ă©culĂ© inspirĂ© de Cannibal Holocaust, Cannibal Ferox fait aujourd'hui office de curiositĂ© Bis par son aspect attachant de film d'aventures horrifiques menĂ© sur un rythme soutenu. Du Grindhouse transalpin de (bon) mauvais goĂ»t sauvĂ© par l'audace de son ambiance malsaine oĂą des marginaux peu recommandable vont finalement servir de dĂ®ner anthropophage parmi des sĂ©quences mĂ©morables de châtiment rustre.    

La Chronique de Cannibal Holocaust: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/07/cannibal-holocaust.html

Bruno Matéï
3èx 


mercredi 2 septembre 2015

THE AGE OF ADALINE

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lajupettedejeannette.com

de Lee Toland Krieger. 2015. U.S.A. 1h55. Avec Blake Lively, Michiel Huisman, Kathy Baker, Harrison Ford, Ellen Burstyn, Amanda Crew, Richard Harmon, Mark Ghanimé.

Sortie salles France: 22 Mai 2015 en video. U.S: 24 Avril 2015

FILMOGRAPHIE: Lee Toland Krieger est un scénariste et réalisateur américain.
2006: December Ends. 2009: The Vicious Kind. 2012: Celeste and Jesse Forever. 2015: Adaline.


Honteusement banni de nos salles pour être directement passé par la case DTV, The Age of Adeline empreinte les thématiques universelles de l'amour, la solitude et la vieillesse avec une pudeur inattendue pour le genre romantique. L'intrigue érigée en conte de fée illustrant le cheminement existentiel d'une jeune fille de 29 ans incapable de vieillir corporellement depuis un grave accident de voiture. Alors qu'elle se jure de renoncer à l'amour une seconde fois, Adaline se laisse finalement séduire par un affable inconnu, Spoil ! au moment même où ressurgit l'obscur passé de sa première idylle Fin du Spoil.


Romance prude oĂą se conjugue subtilement la science-fiction (stellaire) et sa poĂ©sie qui en Ă©mane, The Age of Adeline s'entreprend de narrer avec souci de maturitĂ© et vibrante Ă©motion une magnifique histoire d'amour oĂą chaque personnage insuffle une belle densitĂ© psychologique dans leur tourment sentimental. Faute de la condition maudite de notre hĂ©roĂŻne destinĂ©e Ă  se morfondre dans la solitude depuis le fardeau de sa jeunesse Ă©ternelle, Adaline est condamnĂ©e Ă  se reclure afin d'Ă©pargner la souffrance de l'ĂŞtre aimĂ© destinĂ© Ă  vieillir naturellement. PrivilĂ©giant la sobriĂ©tĂ© d'une Ă©motion contenue et l'art de conter sa romance Ă©purĂ©e, Lee Toland Krieger nous livre une fable sur la candeur de la vieillesse lorsque deux ĂŞtres sont destinĂ©s Ă  la longĂ©vitĂ© amoureuse. Notamment cet Ă©quilibre moral d'ĂŞtre parvenu Ă  combler l'ĂŞtre aimĂ© dans le respect des sentiments et de la sincĂ©ritĂ©. En Ă©pargnant intelligemment le pathos et la mièvrerie dans lequel le rĂ©cit aurait facilement basculĂ©, le cinĂ©aste compte autant sur la spontanĂ©itĂ© de comĂ©diens renversants de naturel pour nous Ă©mouvoir avec une intensitĂ© imprĂ©visible ! Blake Lively (Savages, Green Lantern) livrant avec justesse une composition fragile de cĂ©libataire aguerrie, compromise entre ses Ă©motions contradictoires Ă  se laisser gagner par l'amour ou Ă  le fuir afin d'Ă©pargner au conjoint sa malĂ©diction improbable. Si Michiel Huisman lui partage la vedette avec une belle retenue en philanthrope inscrit dans la sincĂ©ritĂ© des sentiments, le vĂ©tĂ©ran Harrison Ford lui dĂ©robe la vedette dans sa posture confuse d'Ă©poux septuagĂ©naire Spoil ! subitement Ă©branlĂ© par une rencontre alĂ©atoire ! Fin du Spoil. Enfin, c'est avec une Ă©motion Ă©lĂ©giaque que l'on retrouve l'illustre Ellen Burstyn (l'Exorciste, Requiem for a Dream) pour son apparition secondaire de maman octogĂ©naire fĂ©rue de vitalitĂ© empathique pour sa progĂ©niture !


Hymne Ă  l'amour passionnel et Ă  la dignitĂ© de la vieillesse, mĂ©taphore sur la peur de l'engagement et la crainte d'aimer, fable sur la symĂ©trie naturelle du temps, The Age of Adaline parvient Ă  sĂ©duire et bouleverser sans jamais prĂ©mĂ©diter une structure Ă©motive convenue. Outre la poĂ©sie candide de ses images mystiques renforcĂ©es d'une photo Ă©purĂ©e, le magnĂ©tisme naturel des comĂ©diens est autant Ă  prĂ´ner, comme le souligne la prĂ©sence bouleversante d'Harrison Ford et la personnalitĂ© torturĂ©e de Blake Lively parvenant aussi Ă  nous tirer les larmes par le biais d'une simple tige de cheveu ! 

Remerciements Ă  Pascal Frezzato et Olivier le Docteur.
Bruno Matéï

La critique de Gilles Rolland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-adaline

mardi 1 septembre 2015

LA RAGE AU VENTRE

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site joblo.com

"Southpaw" de Antoine Fuqua. 2015. U.S.A. 2h03. Avec Jake Gyllenhaal, Rachel McAdams, Forest Whitaker, Oona Laurence, Curtis "50 Cent" Jackson, Skylan Brooks, Naomie Harris, Victor Ortiz, Beau Knapp.

Sortie salles France: 22 Juillet 2015. U.S: 24 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Antoine Fuqua est un réalisateur américain, né le 19 Janvier 1966 à Pittsburgh (Etats-Unis).
1998: Un Tueur pour Cible. 2000: Piégé. 2001: Training Day. 2003: Les Larmes du Soleil. 2004: Le Roi Arthur. 2007: Shooter, tireur d'élite. 2010: L'Elite de Brooklyn. 2013: La Chute de la Maison Blanche. 2014: Equalizer. 2015: La Rage au Ventre.


CinĂ©aste Ă©clectique dans sa diversitĂ© des genres ayant su alterner avec plus ou moins de savoir-faire l'aventure, le polar, la guerre et l'actionner bourrin, Antoine Fuqua renoue avec la qualitĂ© d'une de ses oeuvres les plus abouties (l'Elite de Brooklyn) afin de parfaire une nouvelle "success-story" initiĂ©e par la cĂ©lèbre saga RockyLa Rage au Ventre cultivant avec pathos le cheminement de constance d'un ancien champion du monde dĂ©libĂ©rĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer son prestigieux titre après avoir essuyer une sĂ©rieuse dĂ©route. Ce pitch Ă©culĂ© du dĂ©passement de soi que l'on connait par coeur, Antoine Fuqua le rĂ©exploite parmi l'efficacitĂ© d'une intensitĂ© dramatique (au plus près de la corde sensible) et la prĂ©caritĂ© humaine d'un ancien hĂ©ros en quĂŞte de rĂ©demption tendant Ă  nous questionner sur le sens de l'injustice. Et le miracle de se (re)produire ! Car aussi prĂ©visible que soit son initiation Ă  la sagesse et Ă  la volontĂ© de vaincre, La Rage au Ventre parvient Ă  nouveau avec l'alibi des bons sentiments Ă  nous immerger dans la dĂ©tresse de ce boxer subitement Ă©branlĂ© par la perte de l'ĂŞtre cher.


VĂ©ritable descente aux enfers pour sa dĂ©liquescence humaine et le concours de circonstances aggravantes entraĂ®nant notamment la dĂ©mission de sa fille, l'intrigue s'Ă©rige en tragĂ©die de la dĂ©veine avant de renouer avec l'optimisme victorieux (ou tout du moins tenter de remonter sur le ring pour affronter l'ancien rival responsable de sa tragĂ©die familiale). Pour l'amour et l'honneur familial, et justifier un sens Ă  l'iniquitĂ© de sa cruelle destinĂ©e, Billy Hope va rĂ©apprendre Ă  vivre afin de rĂ©cupĂ©rer sa dignitĂ© par l'entremise d'un coach chevronnĂ©, et en escomptant rĂ©cupĂ©rer la garde de sa fille. Par le biais de ce propos dramatique multipliant les situations lacrymales autour d'une discorde familiale (celle d'un père fustigĂ© par sa propre fille), Antoine Fuqua met en appui les consĂ©quences juridiques du deuil accidentel lorsqu'un paternel n'est plus apte Ă  gĂ©rer son devoir pĂ©dagogique. Le poids incommensurable de cette affliction humaine, Antoine Fuqua l'illustre avec autant de pudeur et d'intensitĂ© que de rĂ©alisme pour les sĂ©quences intimes les plus bouleversantes, et ce en dĂ©pit d'une certaine complaisance Ă  manipuler notre corde sensible. MalgrĂ© ce part-pris trivial impliquĂ© dans la facilitĂ©, nous nous immergeons de plein fouet dans le dĂ©sarroi de cette famille en berne parmi la stature charismatique d'une poignĂ©e de comĂ©diens avenants. Que ce soit la prĂ©sence viscĂ©rale de Jake Gyllenhaal (doublĂ©e d'une transformation physique saillante !) en boxeur noyĂ© de chagrin, la composition acquise du vĂ©tĂ©ran Forrest Whitaker en mentor avisĂ©, la fonction maternelle de Rachel McAdams en Ă©pouse consultante, et la sobriĂ©tĂ© infantile de Oona Laurence en fillette insurgĂ©e, La Rage au Ventre compte sur leur vigueur autoritaire pour nous entraĂ®ner dans un dĂ©luge d'Ă©motions aussi fortes (les combats de boxe très rĂ©alistes et violents gĂ©nèrent tension exponentielle autour d'une mĂ©canique de suspense Ă©prouvant !) que fragiles (toutes les sĂ©quences prĂ©citĂ©es avant les retrouvailles du pardon et l'issue de la rĂ©demption).


Le Champion
Spectacle ardu d'Ă©motions fortes Ă©rigĂ©es autour de la compĂ©tition symbolique de la boxe, La Rage au Ventre parvient avec l'efficacitĂ© de sa mise en scène Ă  renouveler sa narration prĂ©visible par le biais d'un contexte tragique rigoureux (prĂ©parez impĂ©rativement les mouchoirs pour son intensitĂ© dramatique en roue libre !) et le talent sentencieux de comĂ©diens jouant autant sur les ressorts de pudeur que de rĂ©volte pour dĂ©crocher la sĂ©rĂ©nitĂ©. Si je compte sur l'instant euphorique de mon ressenti Ă  chaud, je peux prĂ©tendre sans complexe le "Coup de Coeur" ! 

P.S: A dĂ©conseiller la vision de son Trailer avant la projo puisque dĂ©voilant sans complexe le clou dramatique de l'intrigue !  

Bruno Matéï

    lundi 31 août 2015

    TULPA - PERDIZIONI MORTALI

                                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreur.net  

    de Federico Zampaglione. 2012. 1h32. Italie. Avec Claudia Gerini, Michela Cescon, Ivan Franek, Nuot Arquint, Laurence Belgrave, Yohann Chopin.

    Sortie salles Italie: 20 Juin 2013

    FILMOGRAPHIE: Federico Zampaglione est un réalisateur et scénariste italien, né le 29 Juin 1968 à Rome. 2007: Nero bifamiliare. 2009: Shadow. 2012: Tulpa - Perdizioni Mortali.


    Inédit en salles chez nous, Tulpa - Perdizioni Mortali relate les vicissitudes d'une femme d'affaires ébranlée par un mystérieux tueur s'en prenant à son entourage, uniquement la clientèle de la Tulpa, boite d'échangisme aux pratiques occultes que Lisa s'adonne chaque soir. Alors que les meurtres s'accélèrent, elle tente d'avertir son nouveau compagnon sexuel, Stéphano.


    Giallo typiquement reprĂ©sentatif de la tradition du genre, Ă  contre-emploi donc des expĂ©riences auteurisantes (voires gonflantes pour les rĂ©fractaires !) d'Amer et de L'Etrange couleur des larmes de ton corps, Tulpa empreinte le moule de sa sĂ©rie B sous la houlette d'un rĂ©alisateur respectueux de ces illustres ancĂŞtres. Comme souvent chez le genre codifiĂ©, le scĂ©nario ne brille ni par son originalitĂ© (la forme de conscience et la volontĂ© psychique de la "Tulpa" sont Ă  peine survolĂ©es !) ni par ses rebondissements avares en suspense (la rĂ©vĂ©lation du meurtrier s'avĂ©rant assez insignifiante), l'intrigue n'Ă©tant qu'un prĂ©texte Ă  Ă©mailler habilement des sĂ©quences de meurtres directement inspirĂ©s de Dario Argento. Sur ce point, difficile de dĂ©cevoir les amateurs face au stylisme de sa violence graphique aussi cruelle que cradingue. On apprĂ©ciera d'ailleurs le clin d'oeil du prologue faisant Ă©cho Ă  un cĂ©lèbre assassinat vu dans Opera ! En ce qui concerne la forme, Tulpa s'avère donc une rĂ©ussite, notamment pour le soin esthĂ©tique imparti Ă  ses dĂ©cors baroques (bien que minimalistes) rĂ©gis autour des nuances de rouge et de noir profond. Et en dĂ©pit du classicisme de son cheminement narratif et du manque de profondeur des personnages, on se prend d'intĂ©rĂŞt Ă  suivre les pĂ©ripĂ©ties nocturnes de notre hĂ©roĂŻne malmenĂ©e par un assassin revanchard. D'autant plus que l'Ă©lĂ©gante Claudia Gerini se fond dans le corps (lubrique) d'une entrepreneuse parmi l'autoritĂ© d'une personnalitĂ© respectĂ©e du cadre professionnel. On apprĂ©ciera aussi le magnĂ©tisme ensorcelant qu'invoque implicitement son regard concupiscent !


    Sympathique sĂ©rie B Ă  la rĂ©alisation perfectible mais rĂ©cupĂ©rĂ©e par une ambition formelle, Tulpa rĂ©exploite les codes du giallo avec assez de sincĂ©ritĂ© pour façonner un divertissement sanglant menĂ© tambour battant. En dĂ©pit du caractère Ă©culĂ© des situations et de la rĂ©vĂ©lation aseptique du tueur, on gardera surtout en mĂ©moire une ambiance ombrageuse assez palpable, des sĂ©quences horrifiques de meurtres très crus et le jeu suave de la charmante Claudia Gerini parfois contemplĂ©e dans des Ă©treintes sexuelles mystiques ! 

    Dédicace à Céline Trinci et Cid Orlandu.
    Bruno Matéï

    Qu’est-ce qu’un/une Tulpa ?

    Tulpa(e): LittĂ©ralement “Forme de pensĂ©e” en Sanscrit. Le concept Ă©mergea il y a longtemps en Asie, et s’inscrivait naturellement dans les longues sessions de mĂ©ditation des moines tibĂ©tains.

    Pour complĂ©ter la dĂ©finition donnĂ©e plus haut, on peut dire qu’une tulpa est une forme de conscience autonome et indĂ©pendante, modelĂ©e Ă  partir de la simple volontĂ© psychique. Elle possède les mĂŞmes capacitĂ©s intellectuelles que son hĂ´te (crĂ©ateur) ainsi que les mĂŞmes possibilitĂ©s Ă  penser, raisonner, croire, espĂ©rer et percevoir le monde... que lui.


    vendredi 28 août 2015

    OTAGE

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dougrichardson.com

    de Florent Emilio Siri. 2005. U.S.A. 1h53. Avec Bruce Willis, Ben Foster, Jonathan Tucker, Marshall Allman, Kim Coates, Robert Knepper, Tina Lifford, Kevin Pollak.

    Sortie salles France: 27 Avril 2005. U.S: 11 Mars 2005

    FILMOGRAPHIE: Florent Emilio Siri est un réalisateur et scénariste français, né le 2 Mars 1965 à Saint-Avold en Lorraine.
    1998: Une Minute de Silence. 2001: Nid de Guêpes. 2005: Otage. 2007: L'Ennemi Intime. 2012: Cloclo. 2015: Pension Complète.


    Quatre ans après nous avoir agrĂ©ablement surpris avec le très efficace Nid de GuĂŞpes, digne hommage Ă  AssautFlorent Emilio Siri empreinte la voie du thriller Ă  suspense avec Otage. Un huis-clos aussi intense qu'implacable comme le souligne son prologue abrupt lorsqu'un nĂ©gociateur se retrouve en porte-Ă -faux face au comportement dĂ©saxĂ© d'un père de famille dĂ©terminĂ© Ă  abattre froidement sa femme et son fils. Cette sĂ©quence choc d'une rare violence dans le châtiment imparti aux victimes, notamment cette mort impardonnable perpĂ©trĂ© sur l'enfant, nous Ă©prouve Ă©motionnellement par son rĂ©alisme rigoureux, mĂŞme si le hors-champs nous Ă©pargne intelligemment l'impact graphique du carnage annoncĂ©. Par l'intensitĂ© de la prestation de Bruce Willis endossant avec humanisme fĂ©brile le nĂ©gociateur, nous nous Ă©prenons d'empathie pour l'accablement de son affliction allouĂ©e Ă  la responsabilitĂ© de sa dĂ©route. Un an plus tard, toujours marquĂ© par cette tragĂ©die, Jeff Taller se retrouve Ă  nouveau confrontĂ© Ă  une situation de prise d'otage lorsque trois jeunes marginaux ont dĂ©cidĂ© de s'en prendre Ă  la famille d'un riche comptable.


    Convenue mais efficace, l'intrigue aurait pu s'en tenir lĂ  pour laisser diluer le traditionnel suspense haletant autour des stratĂ©gies du nĂ©gociateur jouant une ultime fois le hĂ©ros en guise de rĂ©demption. Mais afin de corser l'affaire, Florent Emilio Siri relance rapidement les enjeux avec le stratagème imposĂ© d'une autre bande de malfaiteurs dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  faire chanter Jeff Taller afin de le forcer Ă  rĂ©cupĂ©rer un Dvd chez le domicile du comptable. Sa femme et sa fille Ă©tant kidnappĂ©s vers un endroit tenu secret, le nĂ©gociateur n'a d'autre choix que de s'efforcer de convaincre les trois marginaux Ă  libĂ©rer les otages et tenter de pĂ©nĂ©trer en interne de la bâtisse pour pouvoir avoir accès au disque contenant des informations capitales. En dĂ©cuplant les situations de pĂ©ril face au contexte inĂ©dit de deux prises d'otages, Florent Emilio Siri insuffle un suspense d'une tension tangible dans son lot de rebondissements et revirements souvent imprĂ©visibles. Exploitant Ă  merveille les compartiments intimes de la riche demeure (barricadĂ©e de l'extĂ©rieur par une alarme dernier cri !), notamment les combles derrière les murs que le fils cadet parvient Ă  emprunter pour pouvoir s'y rĂ©fugier et correspondre avec la police, Otage multiplie les situations de stress parmi ce personnage secondaire aussi audacieux que retors. Par le tempĂ©rament erratique des trois ravisseurs, l'intrigue suscite Ă©galement une angoisse diffuse par la rigueur de son rĂ©alisme traversĂ©e d'Ă©clairs de violence Ă  la dramaturgie tantĂ´t Ă©prouvante, tantĂ´t dĂ©rangeante. Dans celui du hĂ©ros hantĂ© par le passĂ© de son Ă©chec professionnel, Bruce Willis agence les actions de bravoures de dernier ressort et nĂ©gociations perfides dans une prise de conscience hĂ©sitante afin d'acheminer deux situations alertes vers le succès. Un dilemme draconien que l'acteur parvient Ă  rendre crĂ©dible face Ă  sa fonction dĂ©sespĂ©rĂ©e de hĂ©ros faillible nĂ©anmoins motivĂ© par la volontĂ© de vaincre sa peur afin d'Ă©pargner victimes et sa propre famille.


    Fort d'un scĂ©nario astucieux fertile en rebondissements impondĂ©rables et pĂ©ripĂ©ties explosives, Otage parvient surtout Ă  faire naĂ®tre l'angoisse et la tension parmi l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation maĂ®trisĂ©e exploitant sans fioritures le cadre d'un huis-clos de tous les dangers. Un thriller percutant donc largement au dessus du tout venant commercial, notamment dans la vigueur vertigineuse de ses sĂ©quences d'action Ă©prouvantes. 

    Bruno Matéï
    2èx

    jeudi 27 août 2015

    ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    "Interview with the vampire" de Neil Jordan. 1994. U.S.A. 2h02. Avec Tom Cruise, Brad Pitt, Kirsten Dunst, Antonio Banderas, Stephen Rea, Christian Slater, Thandie Newton, Domiziana Giordano.

    Sortie salles France: 21 Décembre 1994. U.S: 11 Novembre 1994

    FILMOGRAPHIE: Neil Jordan est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain irlandais, nĂ© le 25 FĂ©vrier 1950 Ă  Sligo. 1982: Angel. 1984: La Compagnie des Loups. 1986: Mona Lisa. 1988: High Spirits. 1989: Nous ne sommes pas des Anges. 1991: L'Etrangère. 1992: The Crying Game. 1994: Entretien avec un Vampire. 1996: Michael Collins. 1997: The Butcher Boy. 1999: PrĂ©monitions. 1999: La Fin d'une Liaison. 2002: L'Homme de la Riviera. 2005: Breakfast on Pluto. 2007: A vif. 2009: Ondine. 2012: Byzantium.


    Quelle gageure que d'avoir osĂ© transposer Ă  l'Ă©cran le cĂ©lèbre roman d'Anne Rice ovationnĂ© aux quatre coins du monde par le lectorat ! Un dĂ©fi que le cĂ©lèbre rĂ©alisateur irlandais Neil Jordan relève haut la main grâce Ă  son ambition formelle flamboyante (notamment une reconstitution historique inscrite dans le lyrisme et soucieuse du dĂ©tail !) et le parti-pris aussi judicieux que couillu d'opposer Ă  l'Ă©cran deux stars bankables, Tom Cruise et Brad Pitt ! Les acteurs incarnant respectivement avec une vĂ©ritĂ© troublante un duo de vampires (aux tendances homosexuelles) incapables de s'apprivoiser dans leur Ă©thique contradictoire. Lestat, le vampire par qui Louis fut malencontreusement mordu, n'Ă©tant qu'un ingrat sans vergogne totalement tributaire de son aviditĂ© meurtrière mais aujourd'hui dĂ©libĂ©rĂ© Ă  s'Ă©pauler d'un fidèle compagnon pour tenir lieu d'ennui. Alors que l'on pouvait craindre le pire de la part du bellâtre Tom Cruise, ce dernier parvient pourtant dans une fonction Ă  contre-emploi Ă  transcender son rĂ´le de vampire Ă©gocentrique avec cynisme souvent dĂ©testable !


    Du point de vue de Louis que Brad Pitt endosse avec une aigreur chétive, ce dernier se morfond dans la peau d'un vampire mélancolique, faute de l'empathie qu'il réussit encore à éprouver pour ses victimes, quand bien même sa condition damnée l'entraîne un peu plus vers une désillusion sans échappatoire. Autour de ce duo dissonant, une fillette orpheline viendra violemment s'interposer entre eux dans sa nouvelle condition d'immortelle infantile que Lestat a égoïstement sacrifié afin que Louis se résigne à rester à ses côtés ! Et du haut de ses 12 ans, la néophyte Kirsten Dunst exprime déjà un intense tempérament pour l'autorité de son caractère impertinent, rehaussé d'un regard mature ambivalent ! Grande fresque illustrant le cheminement existentiel de Louis, vampire dépressif interrogé par un journaliste au sein d'une chambre d'hôtel, Entretien avec un Vampire s'édifie au fil de ses vicissitudes comme un album d'images fulgurantes que Neil Jordan illustre au service d'une narration pessimiste. De par la condition existentielle de Louis, on peut notamment y voir un discours sur le fardeau de la solitude et le désintérêt de l'existence, qu'elle soit mortelle ou immortelle lorsque l'amour est en berne face à l'orgueil du Mal ! Outre le sens esthétique imparti à son imagerie gothico-baroque (notamment cette représentation théâtrale sardonique, avant-coureur du snuf-movie !) multipliant traquenards sanglants, règlements de compte punitifs et rebondissements aussi cruels qu'inventifs, cette oeuvre désenchantée parvient avec un réalisme stupéfiant à traiter du thème du vampire par l'entremise d'une vérité historique. Dans le sens où le vampirisme ne tient ici plus lieu de légende séculaire conforme aux clichés désuets (le pieu dans le coeur, les longues canines, la peur de l'ail et du crucifix) mais d'une réalité diachronique par la chimère du cinéma. Autant dire que Neil Jordan croit fermement à ses suceurs de sang, nouveaux aristocrates du 18è siècle, le cinéaste étant parvenu à leur donner chair par le soutien d'un trio de comédiens magnifiquement taillés pour leur discorde en roue libre.


    Une splendide fresque sur la désillusion d'une errance immortelle.
    EpaulĂ© de maquillages et d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques très convaincants que Neil Jordan exploite par moments avec une cruautĂ© graphique sans concession, Entretien avec un Vampire rĂ©ussit Ă  parfaire Ă  l'Ă©cran l'un des plus beaux romans jamais Ă©crits sur le mythe. Avec sa reconstitution flamboyante, son climat gothique ensorcelant et surtout la caractĂ©risation nihiliste allouĂ©e aux antagonistes immortels (que les comĂ©diens transcendent sans grandiloquence !), le vampire archaĂŻque renaĂ®t ici de ses cendres avec autant de rĂ©alisme que de lyrisme blafard ! 

    Bruno Matéï
    4èx


    mercredi 26 août 2015

    Les Autres / The Others

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    d'Alejandro Amenabar. 2001. France/Amérique/Espagne. 1h44. Avec Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Christopher Eccleston, Alakina Mann, James Bentley, Eric Sykes, Elaine Cassidy, Renée Asherson.

    Sortie salles France: 26 Décembre 2001. U.S: 10 Août 2001

    FILMOGRAPHIE: Alejandro Amenabar est un réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur de nationalité hispano chilienne, né le 31 Mars 1972 à Santiago.
    1996: Tesis. 1997: Ouvre les Yeux. 2001: Les Autres. 2004: Mar Adentro. 2009: Agora. 2015: Régression.


    "La Maison des absents".
    Poème gothique sur la solitude de la mort et l’incapacitĂ© d’affronter le deuil, Les Autres explore le cheminement psychotique d’une mère de famille confrontĂ©e Ă  de possibles revenants. Alejandro Amenábar renoue ici avec le classicisme des suspenses psychanalytiques, dans la lignĂ©e des chefs-d’Ĺ“uvre que sont Les Innocents ou La Maison du Diable. PortĂ© par un scĂ©nario retors et remarquablement charpentĂ©, le cinĂ©aste consacre son rĂ©cit Ă  la fragilitĂ© vacillante de ses personnages : une mère et ses deux enfants en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de vĂ©ritĂ©, en terrain mouvant.

    Le pitch : 1945. Alors que son mari n’est toujours pas rentrĂ© de la guerre, Grace accueille trois nouveaux domestiques dans son manoir isolĂ©. Très vite, d’Ă©tranges bruits se font entendre dans l’Ă©paisseur de la bâtisse. Soupçonnant d’abord sa fille — espiègle, impertinente, cruelle avec son frère qu’elle tourmente d’histoires de fantĂ´mes — Grace glisse peu Ă  peu dans un dĂ©lire de persĂ©cution, tandis que les domestiques adoptent un comportement de plus en plus Ă©quivoque.

    InspirĂ© du Tour d’Ă©crou d’Henry James, Amenábar transcende Ă  l’Ă©cran une sombre histoire de hantise, l’ancrant dans les profondeurs du deuil et de l’accablement. L’ambition formelle est saisissante : l’architecture gothique y rayonne Ă  travers une photographie incandescente, et la demeure victorienne, perdue dans la brume, devient elle-mĂŞme un personnage, repliĂ© sur son silence et ses non-dits. Les Autres cultive un goĂ»t certain pour l’angoisse latente, en jouant sur les attentes du spectateur pour mieux les pervertir.

    Les rĂ´les, d’abord attribuĂ©s selon des archĂ©types classiques, se trouvent alors lentement inversĂ©s, jusqu’Ă  une rĂ©vĂ©lation stupĂ©fiante oĂą les vivants et les morts Ă©changent leur place — les identitĂ©s s’effritent, les certitudes vacillent. En se centrant sur le dĂ©sarroi nĂ©vrotique de Grace — mère catholique dĂ©sarmĂ©e, dĂ©vorĂ©e par le chagrin, prisonnière d’un isolement nocturne imposĂ© par la maladie de ses enfants photosensibles — Amenábar dresse le portrait bouleversant d’une femme Ă©garĂ©e, incapable d’affronter l’irrĂ©parable. En filigrane, l’innocence troublĂ©e de ses enfants ajoute au malaise : leur curiositĂ©, leur luciditĂ© Ă©trange, leur rapport au surnaturel tracent les contours d’un monde oĂą les vivants ne se savent plus morts, et oĂą les fantĂ´mes s’ignorent.

    Avec une rigueur implacable, le suspense s’installe, se distille, se resserre — la suggestion prenant toujours le pas sur l’effet, l’Ă©pure sur l’excès. Les trois domestiques, silhouettes Ă©nigmatiques, instillent une tension sourde dès leur apparition. Et si le film fascine autant, c’est aussi par la puissance humaine de son interprĂ©tation. Nicole Kidman, gracile, Ă©lectrique, incarne une Ă©pouse sur le fil, figĂ©e dans une posture de refus et de crispation. Alakina Mann, en sĹ“ur aĂ®nĂ©e arrogante et glaciale, distille un parfum de perversitĂ© enfantine. Tandis que James Bentley, en petit frère transi d’effroi, Ă©meut par sa douceur et sa terreur. Tous trois incarnent une famille en dĂ©composition, hantĂ©e par son propre refoulement, prĂ©cipitĂ©e vers l’effondrement.


    "Ce que la brume ensevelit".
    Poème Ă©lĂ©giaque sur le consentement du deuil, Les Autres est aussi une mĂ©taphore sur les traumatismes de la guerre, une rĂ©flexion spirituelle sur la foi, sur l’illusion du rĂ©el — « la vie n’est qu’un long rĂŞve dont la mort nous rĂ©veille ». Ă€ travers le prisme bouleversĂ© de fantĂ´mes errants, le film affronte la peur de l’inconnu avec une tendresse inconsolable. Le point d’orgue, d’une beautĂ© cruelle, m’a autant effondrĂ© que perturbĂ©, tant il aborde avec pudeur l’acceptation de l’invisible.

    Car tout, ici, converge vers cette rĂ©vĂ©lation — un basculement aussi doux qu’effrayant, qui rĂ©sonne comme un soupir. Un souffle d’Ă©ternitĂ©. Les Autres nous rappelle, dans sa dernière image, que certaines maisons ne veulent pas qu’on parte… et que certains morts ignorent qu’ils sont dĂ©jĂ  chez eux.

    Bruno 
    03.11.24. 5èx. Vostfr

    Récompenses:
    Festival international du film de Flandres 2001.
    Prix du meilleur film d'horreur, meilleure actrice pour Nicole Kidman, meilleur second rôle féminin pour Fionnula Flanagan, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.
    Prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photographie, lors des Cinema Writers Circle Awards 2002.
    Prix Goya du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original, de la meilleure photographie, du meilleur montage, des meilleurs décors et du meilleur son (Ricardo Steinberg, Tim Cavagin, Alfonso Raposo, Daniel Goldstein) en 2002.
    Actrice de l'année pour Nicole Kidman, lors des London Critics Circle Film Awards 2002.
    Saturn Award pour Nicole Kidman.