jeudi 3 septembre 2015

CANNIBAL FEROX


d'Umberto Lenzi. 1981. Italie. 1h36. Avec Giovanni Lombardo Radice, Lorraine De Selle, Robert Kerman, Danilo Mattei, Zora Kerova, Walter Lucchini.

Sortie salles France: 16 Juin 1982. Italie: 24 Avril 1981. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie en salles.

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie).
1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


Pur produit d'exploitation typiquement transalpin, Cannibal Ferox surfe sur le succès du scandaleux Cannibal Holocaust un an après que le classique de Deodato eut Ă©claboussĂ© les Ă©crans dans des versions tronquĂ©es. RĂ©alisĂ© par Umberto Lenzi qui fut l'initiateur du genre en 1972 avec Au pays de l'Exorcisme, Cannibal Ferox fut interdit dès sa sortie dans 31 pays en raison de son extrĂŞme violence et de ces sĂ©quences snufs animalières (honteusement) familières au sous-genre. Si la plupart des films de cannibales avait dĂ©jĂ  provoquĂ© un tollĂ© de rĂ©probation de la part du public et des dĂ©fenseurs de la cause animale, Cannibal Ferox continue de se complaire dans la mise Ă  mort rĂ©elle d'animaux avec une gratuitĂ© triviale. En dehors du dĂ©goĂ»t viscĂ©ral que provoque inĂ©vitablement ses châtiments cruels pris sur le vif, le film parvient tout de mĂŞme Ă  nous "distraire" dans son format de sĂ©rie B/Z exploitant avec une certaine efficacitĂ© l'aventures et l'horreur crapoteuse par le biais d'une intrigue fertile en pĂ©ripĂ©ties. 


En gros, une Ă©quipe d'Ă©tudiants en anthropologie prĂ©parant une thèse sur la cannibalisme dĂ©cident de se rendre en Amazonie afin de prouver que cette pratique indigène n'Ă©tait qu'une lĂ©gende. Durant leur pĂ©riple, ils font la rencontre de deux trafiquants de drogue dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver des Ă©meraudes au fin de fond de la jungle. Parmi ce duo suspicieux, le leader cocaĂŻnomane s'avère un psychopathe sans vergogne multipliant les intimidations meurtrières auprès d'une tribu autochtone. Si cette intrigue conventionnelle n'accorde aucune surprise quant au cheminement de survie des protagonistes fatalement pourchassĂ©s par des indigènes revanchards depuis leurs sauvages exactions, Cannibal Ferox puise son intĂ©rĂŞt dans le dĂ©paysement de sa scĂ©nographie vĂ©gĂ©tative au rythme de scènes de poursuites et de fugue que nos protagonistes doivent encourir afin de rester en vie. On peut aussi relever l'ironie finale du rĂ©alisateur Ă  mettre en appui l'hypocrisie de l'anthropologie lorsque l'unique survivante primĂ©e d'un diplĂ´me de docteur Ă  l'universitĂ© de New-York est contrainte de feindre Ă  ses professeurs que le cannibalisme n'Ă©tait qu'un mythe ! Mais le clou du spectacle, si escomptĂ©, se rĂ©vèle bien entendu les moments gores de mises Ă  mort cruelles intentĂ©es sur les ĂŞtres humains. Les multiples sĂ©vices infligĂ©s sur les indigènes et (anti)hĂ©ros s'avĂ©rant assez impressionnants de rĂ©alisme grâce Ă  l'habiletĂ© du montage et des maquillages Ă©laborĂ©s par Giuseppe Ferranti. A l'instar des seins d'une jeune femme suspendus par des crochets, de l'Ă©masculation suivie d'un scalp (en gros plan) d'un prisonnier et de l'Ă©nuclĂ©ation d'un indigène sans dĂ©fense ! Si la plupart des acteurs cabotins offre le minimum syndical pour leur prestance superficielle d'expĂ©diteurs apeurĂ©s, Giovanni Lombardo Radice parvient Ă  s'extraire du lot pour son rĂ´le erratique de tortionnaire pervers (Ă  la moindre occasion il n'hĂ©site pas Ă  parfaire ses dĂ©lires morbides tout en influençant l'une de ses proches !) prĂŞt Ă  trahir les siens afin de s'extraire de l'enfer vert ! 


DĂ©nuĂ© de suspense et d'intensitĂ© pour les enjeux de survie et la fonction alimentaire des personnages, notamment faute d'un scĂ©nario Ă©culĂ© inspirĂ© de Cannibal Holocaust, Cannibal Ferox fait aujourd'hui office de curiositĂ© Bis par son aspect attachant de film d'aventures horrifiques menĂ© sur un rythme soutenu. Du Grindhouse transalpin de (bon) mauvais goĂ»t sauvĂ© par l'audace de son ambiance malsaine oĂą des marginaux peu recommandable vont finalement servir de dĂ®ner anthropophage parmi des sĂ©quences mĂ©morables de châtiment rustre.    

La Chronique de Cannibal Holocaust: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/07/cannibal-holocaust.html

Bruno Matéï
3èx 


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