mardi 15 décembre 2015

20 000 LIEUES SOUS LES MERS

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr  

"20 000 Leagues Under the Sea" de Richard Flescheir. 1954. U.S.A. 2h06. Avec Kirk Douglas, James Mason, Paul Lukas, Peter Lorre, Robert J. Wilke, Carleton Young, Ted de Corsia.

Sortie salles France: 7 octobre 1955. États-Unis: 23 décembre 1954

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Première production Disney tournĂ©e en scope et en prise de vue rĂ©elle, 20 000 lieues sous les mers dĂ©poussière le cinĂ©ma d'aventures sous la scĂ©nographie Ă©purĂ©e d'un univers marin. D'après un cĂ©lèbre roman de Jules Verne, ce grand classique familial possède les solides atouts de tirer parti d'une interprĂ©tation pleine de vigueur et d'une mise en scène professionnelle d'un maĂ®tre du cinĂ©ma de genre, Richard Fleischer. L'action se situe en 1868... Alors que plusieurs bateaux sont victimes d'attaques perpĂ©trĂ©es par un Ă©ventuel animal marin, le professeur Aronnax, le harponneur Ned Land et le domestique Conseil embarquent Ă  bord d'une frĂ©gate pour le traquer. A leur tour pris pour cible par la menace, nos trois comparses se retrouvent Ă©vincer de leur embarcation avant d'ĂŞtre repĂŞcher par les sbires du Capitaine Nemo Ă  bord d'un submersible. Aventure haute en couleurs dĂ©diĂ©e Ă  l'amour de la mer et de sa faune environnante, 20 000 lieues sous les mers se porte en tĂ©moignage poignant pour retracer l'utopie meurtrière d'un capitaine avide de rancoeur contre l'humanitĂ©. Celle de fustiger la cupiditĂ© de l'homme tirant profit des moindres richesses aux quatre coins du monde et exploitant les plus faibles pour tenir lieu d'esclavagisme.


Par le biais de ce frondeur ingrat habitĂ© par le venin de la vendetta, Richard Fleischer dresse le portrait mĂ©lancolique d'un amoureux de la mer, dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  l'idĂ©e de retrouver un jour la prospĂ©ritĂ© d'une terre inscrite dans le respect et la bontĂ©. Sur ce point, le vĂ©tĂ©ran James Mason s'avère remarquable de sobriĂ©tĂ© dans la peau d'un capitaine Ă©mĂ©rite mais dĂ©savouĂ© par sa dĂ©tresse suicidaire. Quant aux seconds-rĂ´les hĂ©roĂŻques qui lui prĂŞtent la rĂ©plique, on peut principalement prĂ´ner l'interprĂ©tation galvanisante de Kirk Douglas dans celui d'un marin aussi pĂ©tulant que caractĂ©riel Ă  daigner s'extirper de sa condition d'otage. Paul Lukas et Peter Lorre endossant les carrures nobles d'hommes avisĂ©s Ă  tenter de dissuader la folie du capitaine Nemo. A travers les aspirations criminelles de ce dernier, Richard Fleischer en exploite un spectacle familial d'une beautĂ© formelle Ă©purĂ©e, Ă  l'instar de l'antre baroque du submersible (en compagnie théâtrale et musicale d'un orgue !) et des sĂ©quences sous-marines dĂ©voilant la richesse insoupçonnĂ©e d'une faune coexistant en harmonie. JalonnĂ© de pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques parmi une communautĂ© de cannibales et de belligĂ©rants enrĂ´lĂ©s en mission, 20 000 lieues sous les mers alterne l'action mais aussi l'humour sous l'impulsion d'un Kirk Douglas rivalisant d'insolence et d'espièglerie, Ă  l'instar de son amitiĂ© partagĂ©e avec un phoque (sa beuverie improvisĂ©e avec ce dernier distille une fervente cocasserie !). Pour parachever, ajoutez Ă©galement en point d'orgue le caractère Ă©pique d'une confrontation dantesque avec un poulpe gĂ©ant. Alors que plus d'un demi-siècle après sa confection artisanale (la crĂ©ature est un mĂ©lange d'hydraulique, d'air comprimĂ©, de tuyaux et de caoutchouc !), on reste impressionnĂ© par le rĂ©alisme de cette bravoure rehaussĂ©e de la vigueur d'un climat nocturne tempĂ©tueux !


Grand classique du film d'aventures dĂ©livrant un message Ă©colo pour la protection de l'environnement marin (espace de rigueur et de libertĂ©) et une diatribe contre l'Ă©goĂŻsme de l'homme, 20 000 lieues sous les mers prĂ©serve son pouvoir de fascination grâce au brio de sa mise en scène et Ă  la chaleureuse complicitĂ© d'un quatuor de comĂ©diens au charisme indĂ©fectible.  

Bruno Matéï
3èx

Récompenses: Oscar des meilleurs effets visuels 1955
Oscar de la meilleure direction artistique 1955

lundi 14 décembre 2015

Le Chat Noir


"Il Gatto nero" de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h32. Avec Patrick Magee, Mimsy Farmer, David Warbeck, Al Cliver, Bruno Corazzari.

Sortie salles France: 9 Mars 1983.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981: La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..


Film mineur au sein de la carrière de Fulci alors que la mĂŞme annĂ©e la Maison près du cimetière et l'Au-delĂ  traumatisèrent toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes, Le Chat Noir connut nĂ©anmoins un certain succès mĂ©ritĂ© auprès des vidĂ©os-clubs des annĂ©es 80 sous l'Ă©gide de Scherzo
Synopsis: Une photographe et un inspecteur de police vont chacun de leur cĂ´tĂ© tenter de dĂ©mystifier les dĂ©couvertes de cadavres sauvagement agressĂ©s. Leurs investigations les amènent Ă  frĂ©quenter un mĂ©dium solitaire alors qu'un chat noir semble ĂŞtre Ă  l'origine de cette vague de meurtres. 


Faute d'un scĂ©nario mal exploitĂ© il est vrai, le Chat Noir compte surtout sur l'alignement de scènes chocs morbides perpĂ©trĂ©es autour d'une ambiance d'Ă©trangetĂ© frĂ©quemment envoĂ»tante pour instaurer une efficacitĂ© payante. D'autre part, le concept original d'incriminer un chat Ă  l'origine de sanglants mĂ©faits ne manque pas d'attiser notre curiositĂ© quand bien mĂŞme l'Ă©trange medium communiquant avec l'au-delĂ  semble y tirer les ficelles. Un chat noir d'un charisme inquiĂ©tant que Lucio Fulci parvient Ă  rendre oppressant dès ses apparitions en plan serrĂ©s, qui plus est renforcĂ© d'un bourdonnement dĂ©rangeant Ă  travers la dissonance de bruits sourds et rĂ©guliers. Pour ce rĂ´le interlope, on retrouve avec plaisir l'inoubliable acteur d'Orange MĂ©canique et d'Histoires d'Outre-tombe, Patrick Magee, campant ici un personnage antipathique aussi fourbe qu'Ă©goĂŻste auprès de son mobile vindicatif. Dans celle de la photographe fureteuse, l'illustre Mimsy Farmer lui partage la vedette en posture fragile d'investigatrice gagnĂ©e par la rĂ©vĂ©lation d'indices macabres. Enfin, David Warbeck endosse avec plus de discrĂ©tion la carrure d'un inspecteur de police assez malhabile, Ă  l'instar de son impuissance Ă  se prĂ©munir contre l'agression meurtrière du chat.


En dĂ©pit d'une intrigue superficielle nĂ©anmoins insolite, de son montage dĂ©structurĂ© et de certaines maladresses de mise en scène (notamment la rĂ©gularitĂ© de zooms intentĂ©s sur les regards suspicieux de protagonistes), le Chat Noir rĂ©ussit Ă  diluer charme et sympathie de par sa facture latine dĂ©licieusement macabre. Tant auprès de la composition attachante de nos seconds couteaux pris dans la tourmente d'une Ă©nigme occulte, du climat d'Ă©trangetĂ© rehaussĂ© parfois d'esthĂ©tisme gothique (principalement les intĂ©rieurs archaĂŻques de la demeure de Robert miles), de l'accompagnement musical Ă©nergiquement orchestrĂ© par Pino Donnago et enfin de l'impact graphique confĂ©rĂ© aux meurtres les plus complaisants (le sort du couple finissant par succomber Ă  un horrible asphyxie, l'agression de l'inspecteur dans la citĂ© nocturne et le châtiment par le feu imparti Ă  une quinquagĂ©naire dans la quiĂ©tude de son foyer). A revoir donc pour les amateurs de sĂ©rie B horrifique rĂ©volue Ă  l'ambiance rĂ©solument prĂ©gnante. 

*Bruno
5èx

vendredi 11 décembre 2015

HISTOIRES DE FANTOMES CHINOIS. Prix spécial du jury, Avoriaz 1988.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Sien nui yau wan/A Chinese Ghost Story" de Ching Siu-tung. 1987. Hong-Kong. 1h38. Avec Leslie Cheung, Joey Wong, Wu Ma, Lam Wai, Lau Siu-ming, Xue Zhilun, Wong Jing

Sortie salles France: 28 décembre 1988. Hong Kong: 18 juillet 1987

FILMOGRAPHIE: Ching Siu-tung est un réalisateur et un chorégraphe hong-kongais né en 1953.
1982 : Duel to the Death. 1985 : Witch from Nepal. 1987: Histoire de fantĂ´mes chinois. 1990 : Swordsman. 1990 : Terracotta Warrior. 1990 : Histoire de fantĂ´mes chinois 2. 1991 : The Raid. 1991 : Histoire de fantĂ´mes chinois 3. 1992 : Swordsman 2. 1993 : Swordsman 3. 1993 : Mad Monk: 1994 : Wonder Seven. 1996 : Dr. Wai. 1997 : The Longest Day. 2000 : Conman in Tokyo. 2002 : Naked Weapon. 2003 : Un aller pour l'enfer. 2008 : Kingdom of War. 2011 : Le Sorcier et le Serpent blanc (The Sorcerer and the White Snake)


Film culte des années 80 auréolé du Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1988, Histoires de fantômes chinois aura marqué toute une génération de spectateurs et de vidéophiles (le film fit un carton en Vhs !). De par l'imagerie flamboyante impartie à son romantisme féerique où le fantastique s'entrechoque sous l'impériosité de fantômes maléfiques. Concentré d'humour pittoresque (le héros maladroit multiplie les bévues au fil de ses déambulations avec des rencontres occultes), d'action bondissante (les corps - affublés de soie - volent dans les airs pour se combattre avec une fluidité épurée !) et de tendresse lyrique (la relation désespérée du couple extériorise des plages de poésie prude), Histoires de Fantômes chinois est un enchantement permanent ! Avec une virtuosité étourdissante et l'ambition formelle de nous immerger dans un univers atypique, l'intrigue se focalise sur les vicissitudes du jeune Ning égaré en pleine forêt à proximité du temple Lan Jou. Sur place, il y établi la rencontre d'une charmante inconnue, Hsiao-Tsing, quand bien même un taoiste, Yen, pourchasse les fantômes qui errent à travers bois. Alors qu'une relation amoureuse s'improvise entre le couple, Hsiao-Tsing lui révèle sa véritable identité et lui avoue qu'elle est contrainte de se marier avec un arbre démon d'ici trois jours. Afin de la sauver des griffes du mal et de pouvoir la réincarner, Ning doit exhumer les cendres de sa compagne pour les déposer dans une sainte campagne.


Ensorcelant et exaltant, Histoires de fantĂ´mes chinois se porte en Ă©tendard romantique sous couvert d'un rĂ©cit fantastique aussi homĂ©rique que vertigineux. Par le biais d'un montage ultra rapide et d'effets spĂ©ciaux bluffant de rĂ©alisme, Ching Siu-tung parvient Ă  transfigurer moult pĂ©ripĂ©ties virevoltantes sous l'impulsion hĂ©roĂŻque du couple scandĂ© par la passion des sentiments. VĂ©ritable hymne Ă  la candeur de l'amour, l'intrigue met en exergue leur ressort romanesque avec une poĂ©sie proprement capiteuse ! Aux regards mĂ©lancoliques mĂŞlĂ©s de tendresse et de dĂ©sir de libertĂ©, Ning et Hsiao-Tsing oscillent les sentiments contradictoires de fragilitĂ© amoureuse, entre espoir et dĂ©sespoir d'une condition infortunĂ©e. Le cinĂ©aste renouvelant les codes du mĂ©lodrame sous argument fantastique d'une thĂ©matique empruntĂ©e aux fantĂ´mes. Ultra inventif dans les pĂ©ripĂ©ties fulgurantes accordĂ©es aux combats aĂ©riens et au dĂ©chaĂ®nement de l'enfer (point d'orgue borderline Ă  couper le souffle !), Histoires de fantĂ´mes chinois transcende un univers chimĂ©rique au sein du pays mandarin. DĂ©paysĂ© et dĂ©boussolĂ©, le spectateur français basculant dans une dimension surnaturelle auquel une langue gĂ©ante alpague ses proies pour soumettre les âmes humaines en Enfer !


Terriblement attachant et cocasse pour la complicitĂ© romanesque que se partage timidement le couple de hĂ©ros, voir Ă©galement Ă©mouvant pour le dĂ©nouement de leur destin, Histoires de fantĂ´mes chinois transcende le mĂ©lodrame par le biais d'un conte fantastique oĂą le spectacle pyrotechnique ne cède jamais Ă  une vaine outrance. Inscrit dans un romantisme lyrique Ă  l'Ă©rotisme chĂ©tif, il en Ă©mane un chef-d'oeuvre de fantaisie touchĂ©e par la grâce des comĂ©diens Leslie Cheung/Joey Wong.

Bruno Matéï
4èx

Récompense: Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1988.

jeudi 10 décembre 2015

ROCKY 3, L'OEIL DU TIGRE

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site latavernedutroll.wordpress.com

"Rocky 3" de Sylvester Stallone. 1982. U.S.A. 1h39. Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Tony Burton, Mister T., Hulk Hogan, Ian Fried.

Sortie salles France: 12 janvier 1983. U.S: 28 Mai 1982

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York. 1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Fort d'un succès planĂ©taire avec les deux premiers opus, Sylvester Stallone rempile devant et derrière la camĂ©ra pour offrir un 3è volet Ă  sa saga lĂ©gendaire sous l'impulsion d'un "mĂ©chant" au charisme impressionnant, Mr T ! L'acteur noir insufflant une fureur animale inĂ©dite par son autoritĂ© et sa vigueur physique Ă  vouloir mettre Ă  terre son adversaire aujourd'hui rĂ©putĂ© comme champion du monde de poids-lourd. Cette fois-ci, la chronique sociale s'efface beaucoup au profit du show d'exhibition (le match de charitĂ© nĂ©gociĂ© avec le catcheur Hulk Hogan laisse libre court Ă  un dĂ©lirant pugilat destituĂ© de règles !) et du spectacle de combats de boxe outrancièrement dantesques que Sylvester Stallone chorĂ©graphie avec une maĂ®trise estomaquante. Toujours Ă©paulĂ© du score Ă©pique de Bill Conti parmi l'appui du cĂ©lèbre thème Eye of the Tiger de Survivor immiscĂ© durant les phases d'entrainement, les coups portĂ©s sur chacun des adversaires n'auront jamais Ă©tĂ© perçus aussi homĂ©riques pour Ă©branler le spectateur. Au point tel qu'avec son homologue Rocky 4, on peut sans conteste avouer qu'il s'agit de l'opus le plus jouissif de la saga, de par l'impact terriblement spectaculaire confĂ©rĂ© aux affrontements physiques sous l'impulsion viscĂ©rale d'un antagoniste aussi indisciplinĂ© qu'impavide !


Si le film perd en réalisme dans la caricature allouée au sport de lutte (les boxeurs ressemblant à s'y m'éprendre à de véritables gladiateurs des temps modernes), l'efficacité du récit émane du caractère ultra jouissif de l'action des combats et des états d'âme de notre héros en pleine remise en question. A travers les thèmes de la célébrité et de la peur d'affronter l'adversaire, Rocky 3,l'oeil du tigre oppose les doutes du champion de boxe affaibli par son embourgeoisement depuis sa glorieuse victoire avec Apollo Creed. A nouveau défié avec la venue de Clubber Lang, un boxeur noir issu des quartiers de Chicago, Rocky tente d'influencer Mickey à renouer l'entrainement pour l'ultime match de leur carrière. Mais juste avant de monter sur le ring pour venir l'affronter, Rocky est témoin du malaise cardiaque de son mentor. C'est bouleversé et contrarié qu'il combat ensuite son ennemi pour rapidement perdre le match par KO au 2è round. Plongé dans la détresse depuis la mort de Mickey, Rocky tente néanmoins de s'offrir une seconde chance à combattre son ennemi sous l'appui amical d'un nouveau manager, Appolo Creed. A travers cette mécanique narrative bien huilée alternant l'action, le drame et la romance pour les plages d'intimité entre Rocky et Adrian, l'intrigue met en appui la rédemption de l'amour sous l'appui maternel de son épouse. Une nouvelle femme plus affirmée car motivée à inculquer son initiation au courage, à l'endurance et à la confiance en soi afin de convaincre Rocky de retrouver l'oeil du tigre. A savoir, extérioriser une nouvelle rage de vaincre et continuer de puiser dans l'endurance afin de tenir la distance. Surprenante de naturel et d'élégance suave dans son nouveau rôle de femme forte, Talia Shire offre là son plus beau rôle de toute la saga !


Excellent divertissement avant tout conçu sur l'efficacitĂ© virtuose d'une action survoltĂ©e sans toutefois dĂ©nigrer l'Ă©motion et la tendresse dans les ressorts de romance (Rocky/adrian), de drame (Rocky/ Mickey) et d'amitiĂ© (Rocky/Apollo), Rocky 3, l'Oeil du Tigre fait Ă©galement preuve de cocasserie sous les rĂ©parties arrogantes du personnage bourru de Paulie. 

Rocky: http://brunomatei.blogspot.fr/…/rocky-oscar-du-meilleur-fil…
Rocky 2: http://brunomatei.blogspot.fr/20…/…/rocky-2-la-revanche.html

Bruno Matéï
5èx

mercredi 9 décembre 2015

ROCKY 2, LA REVANCHE

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Rocky 2" de Sylvester Stallone. 1979. U.S.A. 1h59. Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Tony Burton, Joe Spinell, Sylvia Meals, Frank McRae

Sortie salles France : 29 février 1980. U.S: 15 juin 1979

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York.
1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Trois ans après le succès surprise de Rocky façonnĂ© par le duo gagnant John G. Alvidsen / Sylvester Stallone, une suite est mise en chantier par l'acteur himself. Alors que Rocky entreprend de prendre sa retraite après son combat Ă©pique contre Apollo Creed, ce dernier lui propose une revanche afin de taire les mauvaises langues pour son Ă©ventuelle dĂ©faite. Mais dĂ©libĂ©rĂ© Ă  construire une vie de famille avec Adrian, Rocky dĂ©cide de raccrocher les gants et postuler vers un emploi de prolĂ©taire. EvincĂ© par une agence de pub et limogĂ© par son patron d'usine, il part rejoindre son entraĂ®neur pour le supplier en dernier ressort de l'entraĂ®ner au match de la revanche. Second opus d'une saga lĂ©gendaire Ă©rigĂ©e sur le milieu de la boxe, Rocky 2, la Revanche continue de surfer avec efficacitĂ© sur les ingrĂ©dients payants de son modèle. A savoir l'action vigoureuse d'un ultime combat de boxe beaucoup plus Ă©pique qu'au prĂ©alable, et les bons sentiments d'une succès story irrĂ©sistiblement lyrique.


Une vibrante chronique sociale, une initiation Ă  la maĂ®trise des sentiments (que ce soit du point de vue chagrinĂ© de Rocky ou celui vindicatif d'Appolo) oĂą chaque personnage transmettent avec une sincĂ©ritĂ© souvent poignante les valeurs d'amour, d'amitiĂ© et de tendresse dans leur esprit de cohĂ©sion Ă  asseoir la rĂ©putation de l'Ă©talon sur piĂ©destal. Incarnation du rĂŞve amĂ©ricain, Rocky est cette fois-ci confrontĂ© Ă  un choix cornĂ©lien depuis l'opposition de sa femme Ă  affronter une seconde fois un champion discrĂ©ditĂ© de sa notoriĂ©tĂ©. RidiculisĂ© par le merchandising de la pub et rĂ©duit au chĂ´mage, Rocky n'a comme unique Ă©chappatoire que de remonter sur le ring (et ce, en dĂ©pit du strabisme de son oeil gauche) afin de survivre et prouver aux fans que le premier combat n'Ă©tait pas un accident. Mais par malchance, son Ă©pouse sombre dans le coma Ă  la suite de la naissance prĂ©maturĂ©e de leur enfant. Jouant sur la corde sensible, Stallone, rĂ©alisateur, ne s'apitoie par sur le pathos Ă  dramatiser la situation anxiogène. Avec efficacitĂ©, il compte sur l'intĂ©gritĂ© des comĂ©diens pleins d'humanitĂ© dans leur stature amiable et la sobriĂ©tĂ© de Stallone, acteur, insufflant une fragilitĂ© Ă©motive tout Ă  fait digne pour honorer la fidĂ©litĂ© de l'amour. Autour de ce compromis conjugal sur le fil du rasoir, Stallone cultive en second acte un goĂ»t prononcĂ© du spectacle rĂ©dempteur. Que ce soit les phases d'entraĂ®nement intenses perpĂ©trĂ©es Ă  l'ancienne sous l'impĂ©riositĂ© de Mickey, l'anthologique course d'endurance que Rocky parcourt en centre urbain sous l'appui d'une escorte d'enfants, et le combat de la revanche chorĂ©graphiĂ© Ă  l'instar d'un tournoi de gladiateurs. Jouissif, pour ne pas dire jubilatoire, cet affrontement violent est ici dĂ©cuplĂ© par sa tension exponentielle, notamment par le biais du public observant avec effarouchement l'adversitĂ© hargneuse des boxeurs ! Il en Ă©mane un oppressant combat de tous les dangers rendu d'autant plus trĂ©pidant sous la partition Ă©pique de Bill Conti.


Emotif et poignant pour ses pĂ©ripĂ©ties humaines oĂą l'intelligence du propos oppose le sens du devoir et la passion des sentiments autour d'un enjeu sportif, Rocky 2 instaure Ă©galement avec efficacitĂ© une rĂ©flexion sur la vengeance et l'acceptation de la dĂ©faite du point de vue frustrĂ© d'un champion notoire transi d'orgueil.  

Rocky 1: http://brunomatei.blogspot.fr/…/rocky-oscar-du-meilleur-fil…
Rocky 3: http://brunomatei.blogspot.fr/…/12/rocky-3-loeil-du-tigre.h…
Bruno Matéï
5èx

Récompenses:
1980 : Prix Marquee du meilleur film, remis par l'American Movie Awards2
1980 : People's Choice Awards du film favori du public

mardi 8 décembre 2015

JOURNEE NOIRE POUR UN BELIER

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site michaelbruce.fr

"Giornata nera per l'ariete /Jour Maléfique" de Luigi Bazzoni. 1971. Italie. 1h32. Avec Franco Nero, Silvia Monti, Wolfgang Preiss, Ira Fürstenberg, Edmund Purdom, Rossella Falk, Renato Romano

Sortie salles Italie: 28 Août 1971

FILMOGRAPHIELuigi Bazzoni, né en 25 juin 1929 à Salsomaggiore Terme dans la région de l'Émilie-Romagne en Italie et mort le 1er mars 2012 dans la même ville, est un réalisateur et un scénariste italien.
1963 : Un delitto (court-métrage). 1963 : Di domenica (court-métrage). 1965 : La donna del lago. 1968 : L'Homme, l'Orgueil et la Vengeance. 1971 : Journée noire pour un bélier. 1973 : Blu Gang e vissero per sempre felici e ammazzati. 1975 : Le orme. 1994 : Roma imago urbis.


InĂ©dit en salles en France et relativement occultĂ© par les critiques avant de se voir exhumer de sa torpeur grâce au Dvd promulguĂ© par le Chat qui Fume, JournĂ©e noire pour le BĂ©lier emprunte la voie du Giallo avec une originalitĂ© atypique. Un journaliste enquĂŞte sur une succession de meurtres dont leur particularitĂ© est d'avoir Ă©tĂ© commis un mardi. Au fil de son investigation personnelle, la police commence Ă  le suspecter depuis son absence d'alibis et ses frĂ©quentations lubriques avec de jeunes femmes volages retrouvĂ©es assassinĂ©es. Une intrigue conventionnelle de prime abord, voir confuse par sa structure narrative en dents de scie oĂą la plupart des personnages masculins sont prĂ©sentĂ©s comme des individus interlopes en qui nous ne pouvons accorder un quelconque bĂ©nĂ©fice ou une moindre empathie. MĂŞme notre hĂ©ros, Andrea Bilde, journaliste qu'endosse avec aplomb renfrognĂ© Franco Nero, affiche une posture hĂ©tĂ©rodoxe dans la peau d'un amant machiste, alcoolique et infidèle en proie Ă  de violentes crises de jalousie.


Un personnage ombrageux Ă  contre-emploi donc du hĂ©ros redresseur de tort que le comĂ©dien parvient aisĂ©ment Ă  retranscrire de manière antipathique. Quant aux maĂ®tresses qui empiètent l'intrigue pour se rĂ©conforter dans ses bras, c'est toujours avec rĂ©el plaisir de retrouver un dĂ©filĂ© d'actrices italiennes toutes plus plantureuses ou tĂ©nues les unes que les autres, quand bien mĂŞme un tueur s'efforce d'y appliquer son rituel morbide en tentant de les assassiner. Ce jeu vĂ©nĂ©neux de sĂ©duction s'avère d'autant plus dĂ©routant que le cinĂ©aste tire parti de ses scènes-chocs dans sa manière subjective (et agressive) d'implanter le crime au sein de dĂ©cors souvent blafards et d'un climat claustrophobe que les victimes Ă©prouvent (Ă  l'instar de l'angoissante sĂ©quence de claustration oĂą un bambin esseulĂ© se retrouve pourchassĂ© par l'assassin au sein de son foyer privĂ© de lumière !). Et si l'intrigue d'apparence canonique a de quoi laisser parfois perplexe, son cheminement indĂ©cis finit par insuffler un suspense grandissant jusqu'au dĂ©nouement homĂ©rique des plus surprenants. On peut Ă©galement souligner l'attention accordĂ©e Ă  sa bande-son (la brise d'un vent) et surtout la maĂ®trise de son esthĂ©tisme formel, Luigi Bazzoni dĂ©roulant les Ă©vènements autour d'une iconographie gĂ©omĂ©trique (les lieux industriels et les pavillons d'ameublement sont magnifiquement exploitĂ©s pour suggĂ©rer un contraste, une corrĂ©lation avec les psychĂ©s torturĂ©s des protagonistes).


Si au premier abord, JournĂ©e noire pour un BĂ©lier peine Ă  apprivoiser le spectateur dĂ©munis de ses repères, l'atmosphère d'Ă©trangetĂ© et son climat anxiogène aussi baroque qu'envoĂ»tant parviennent rapidement Ă  transcender son intrigue nĂ©buleuse aux mobiles audacieux. Soutenu par la discrĂ©tion d'une partition Ă©thĂ©rĂ©e de MorriconeJournĂ©e noire pour un BĂ©lier aborde les thèmes de la jalousie, de l'Ă©mancipation sexuelle, de la vengeance meurtrière et de l'adultère avec une ambition iconoclaste 

Bruno Matéï


vendredi 4 décembre 2015

VICTORIA. Grand Prix Beaune 2015, Festival du film policier

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site traileraddict.com

de Sebastian Schipper. 2015. Allemagne. 2h18. Avec Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski,
Burak Yigit, Max Mauff , André Hennicke, Eike Frederik Schulz, Hans-Ulrich Laux

Sortie salles France: 1er Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Sebastian Schipper est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste allemand, né le 8 Mai 1968 à Hannover.
1999: Absolute Giganten. 2006: Ein Freund von mir. 2009: Vers la fin de l'été. 2015: Victoria


                                       "Ce film renversera le monde". Darren Aronofsky

Uniquement tournĂ© en temps rĂ©el d'un plan-sĂ©quence de 2h18, Victoria est une expĂ©rience cinĂ©matographique unique en son genre. Une vĂ©ritable Ă©preuve de force, un uppercut Ă©motionnel comme on en voit peu dans le paysage du polar auquel le drame social l'emporte avec une rigueur Ă  couper le souffle. Car par le biais d'un tour de force technique ahurissant de maĂ®trise et prĂ©cision, Victoria privilĂ©gie les Ă©motions Ă  la fois fortes et fragiles de par le portrait scrupuleux d'une jeunesse insouciante contrainte d'exĂ©cuter une dangereuse transaction contre leur grĂ©. Le rĂ©cit dĂ©crivant avec ultra rĂ©alisme la rencontre impromptue d'une jeune espagnole, Victoria, avec trois dĂ©linquants allemands ivres de fureur de vivre. S'attardant durant 45 minutes sur leur virĂ©e nocturne avec une attention emprunt de lyrisme, Victoria nous immerge Ă  travers leur sympathique amitiĂ© parmi le tĂ©moignage innocent de la jeune fille en quĂŞte de sensations nouvelles. Ainsi, en dĂ©pit de l'aspect irresponsable de cette jeune clique d'adultes peu frĂ©quentables, Sebastian Schipper parvient inĂ©vitablement Ă  nous provoquer de l'empathie pour leur esprit de cohĂ©sion inscrite dans l'amitiĂ© et leur dĂ©sir insouciant d'une libertĂ© sans règles sous euphorie d'alcool et de joints. Ce sentiment tendre de camaraderie sera notamment renforcĂ© du regain d'affection que Sonne et Victoria vont apprivoiser durant leur cheminement pĂ©rilleux.


La grande force du film rĂ©sidant dans le portrait imparti Ă  leur caractĂ©risation humaine oĂą dĂ©sespoir et fragilitĂ© vont s'embraser un peu plus, ces derniers conscients d'un danger trop ardu Ă©tant toutefois contraints d'y cĂ©der sous le chantage d'un mafieux impĂ©rieux. PassĂ©s les prĂ©paratifs et le passage Ă  l'acte du hold-up retranscrit avec suggestion et vigueur anxiogène Spoiler ! (notamment celle de l'attente interminable du chauffeur et de la panne du vĂ©hicule qui s'ensuit), Fin du Spoiler le cinĂ©aste nous dĂ©peindra avec toujours cette mĂŞme rigueur d'ultra rĂ©alisme (l'action est filmĂ©e en temps rĂ©el) les consĂ©quences tragiques de leur exploit de courte durĂ©e. Or, ce sentiment d'urgence d'Ă©viter Ă  tous prix la riposte des policiers, l'affolement et le marasme qui Ă©manent de leur fuite Ă  bout de souffle ainsi que la peur de trĂ©passer, Sebastian Schipper les transcendent Ă  l'instar d'un reportage pris sur le vif si bien que le langage cinĂ©matographique s'Ă©vapore au profit d'une expĂ©rience immersive avec l'engrenage de la dĂ©linquance. Cette densitĂ© Ă©motionnelle allouĂ©e Ă  l'injustice de leur dĂ©faite, cette angoisse exponentielle perçue Ă  travers leur dĂ©tresse Ă©tant exacerbĂ©s par les prĂ©sences Ă©corchĂ©es vives de comĂ©diens plus vrais que nature au point d'en omettre leur "jeu d'interprĂ©tation". Et sur ce point probant, nous ne sommes pas prĂŞts d'oublier la prestance bouleversante de Laia Costa se livrant corps et âme dans la peau de Victoria avec fraĂ®cheur, innocence et insolence dĂ©pouillĂ©es. Curieuse et fascinĂ©e par le danger de l'interdit, elle alterne sentiments d'angoisse et de panique, courage et dĂ©termination, tristesse et dĂ©sespoir durant son parcours initiatique Ă  couteaux tirĂ©s.


Les Enfants du Silence
ExpĂ©rience cinĂ©gĂ©nique dĂ©passant le simple stade du divertissement policier, Victoria transfigure plutĂ´t le drame social et psychologique sous couvert de mal-ĂŞtre d'une gĂ©nĂ©ration terriblement fragile et dĂ©boussolĂ©e. D'un ultra rĂ©alisme Ă  faire rougir l'illustre John Cassavetes, Victoria est prioritairement sublimĂ© par la prestance viscĂ©rale de gueules juvĂ©niles criantes de vĂ©ritĂ© humaine. Soyez Ă©galement avertis d'une mĂ©chante gueule de bois vers l'ultime acte du baroud d'honneur pour la verdeur de son acuitĂ© dramatique inconsolable. Car au-delĂ  de son tour de force technique Ă  couper au rasoir, cette oeuvre incandescente extĂ©riorise la douleur inĂ©quitable, le dĂ©sespoir d'une innocence galvaudĂ©e. Une tragĂ©die humaine inoubliable en somme. 

* Bruno
P.S: A dĂ©couvrir obligatoirement en VOst. 

Récompenses: Ours d'Argent, Prix du Public, Prix des cinémas au Festival de Berlin, 2015.
Grand Prix du festival du film Policier Ă  Beaune, 2015.

La critique de Nelly Rufeet: 
Un film tout simplement incroyable, je n'ai jamais vu un film comme ça ! Une expérience viscérale hors du commun, on est en apnée tout le film, et ce dès le début alors que les 45 minutes sont assez "joyeuses". Mais le réalisateur réussit à nous faire rester sur nos gardes et ce dès le début ! La musique discordante contribue largement au malaise, alors que les plans où l'on voit la bande de jeunes de dos dans les rues de Berlin, très réussis, nous mettent très vite mal à l'aise. Cette bande de jeunes est en quête de sens et veut tout simplement vivre et prend sa liberté à travers de petits larcins en toute insouciance. Mais l'insouciance va vite virer au drame... On attend une catastrophe, on est en état d'ébullition tout du long, un des acmés étant le moment où Sonne met du temps pour demander à Victoria de les accompagner dans un truc qui paraît tout de suite très louche...
 Aucun jugement n'est portĂ© sur ces jeunes, l'insouciance de ces derniers est bien rendue, notamment lors de la scène en boĂ®te de nuit, qui fait Ă©cho Ă  celle du tout dĂ©but du film. Les plans rapprochĂ©s sont très très rĂ©ussis, ils donnent le vertiges et nous sommes immergĂ©s dans la psychologie des personnages et mĂŞme au-delĂ : ce film nous renvoie Ă  nos propres dĂ©mons, Ă  nos propres angoisses, c'est une vraie expĂ©rience qui pose de grandes questions sur l'ĂŞtre, son aspiration Ă  la libertĂ© et l'insouciance dans une sociĂ©tĂ© cadenassĂ©e par la censure oĂą les trafics font loi. C'est aussi un questionnement sur les passions (la scène au piano est juste incroyable, la camĂ©ra Ă©pouse le visage de Victoria et les mouvements habitĂ©s de ses mains au piano, on comprend qu'elle souffre encore de ne pas avoir pu faire une carrière de pianiste et on souffre avec elle !).
Mention spĂ©ciale Ă  Laia Costa qui joue merveilleusement bien. Ses regards incendiaires sont habitĂ©s d’une passion horrifique pour cette bande de potes, inconnus il y a quelques heures mais qui deviennent très vite SA bande, pour laquelle elle est prĂŞte Ă  tout... Frederick Lau est Ă©galement très touchant, on voit vite que ce “chef” de bande est en rĂ©alitĂ© très amène et doux, et qu’il ne ferait pas de mal Ă  une mouche. La rue et l’aventure dans laquelle ils sont embarquĂ©s le transforme malgrĂ© lui...

Le rythme du film est incroyablement bien orchestrĂ©, cette scène au piano Ă©tant une parenthèse "tendre" avant le coup d'Ă©clat de violence incontrĂ´lĂ©e qui va suivre...Cette bande de jeunes est prise au piège d'une dette qu'a un des jeunes envers une personne qui l'a aidĂ©e quand elle Ă©tait en prison et cette dette va transformer leur vie en cauchemar.. On est bientĂ´t très loin de la scène sur le toit et on part dans une escalade de violence hallucinante qui nous hantera longtemps.... et qui hantera longtemps Victoria, embarquĂ©e presque malgrĂ© elle dans cette aventure mortuaire... Le monde de la nuit nous est magnifiquement dĂ©crit de façon poĂ©tique (les gros plans sur Victoria Ă  l'hĂ´tel face Ă  Sonne, c'est de la poĂ©sie !), anxiogène, alors que le tout dernier plan sonne le glas du drame en un acte auquel nous avons assiste, enfin + qu'assistĂ©... Que nous avons VECU avec eux ! Un chef-d'oeuvre comme on n'en fait plus, d’autant plus qu’il a Ă©tĂ© tournĂ© en un seul plan-sĂ©quence dans plus de 22 lieux diffĂ©rents, une prouesse !

La critique de Mathias Chaput:
« Victoria » est un vĂ©ritable tour de force cinĂ©matographique puisque, Ă  l’instar du film de Hitchcock « La corde », il a Ă©tĂ© tournĂ© en un seul et unique plan de deux heures vingt minutes dans vingt- deux lieux diffĂ©rents, outre cette gageure technique incroyable et sidĂ©rante se rajoute des acteurs incroyables, tous très justes et qui tiennent la cadence sans fatiguer ; la prouesse dont fait preuve Sebastian Schipper est d’autant plus monumental qu’on se croit mĂŞme carrĂ©ment en train d’assister Ă  un rĂŞve Ă©veillĂ©, les dĂ©cors s’imbriquent pile poil dans l’histoire du film, tout est millimĂ©trĂ© et pourtant c’est du cinĂ©ma freestyle, très tonique avec comme levier scĂ©naristique le casse qui doit avoir lieu et Victoria qui se retrouve embringuĂ©e dans cet imbroglio (formidable Laia Costa, fille nature et attendrissante)…
Dès lors, dès que le spectateur a l’information qu’un casse va avoir lieu, cela rajoute une tension de folie mais lĂ  oĂą « Victoria » est un mĂ©trage incroyable, c’est que Sebastian Schipper choisit justement de ne PAS montrer le casse, du moins de l’intĂ©rieur de la banque !
A la diffĂ©rence de « Killing Zoe » auquel on aurait pu penser et se rĂ©fĂ©rer, il n’y a aucune violence brute mais plus une empathie pour les personnages…
Le spectateur est baladĂ© dans un voyage filmique hors des conventions et rien n’est laissĂ© au hasard, « Victoria » est une virĂ©e nocturne oĂą le spectateur, calĂ© confortablement dans son fauteuil, va suivre l’itinĂ©raire de ces jeunes gens, avec une issue de fous (que je ne vous dĂ©voilerai bien sĂ»r pas)…
Schipper a signĂ© avec « Victoria » une Ĺ“uvre essentielle pour le cinĂ©ma europĂ©en des annĂ©es deux mille dix/deux mille quinze, c’est un tourbillon absolu dont on sort en larmes et totalement collapsĂ©, cette maitrise totale de la technique boostĂ©e par le jeu des comĂ©diens amène Ă  se demander comment les comĂ©diens ont pu tenir tout le long du film sans faire de malaise (ils sont restĂ©s sans uriner alors qu’ils se sont enquiller des dizaines de verres !), « Victoria » est un film monumental, une claque et mĂŞme on peut se demander s’il n’a pas Ă©tĂ© tournĂ© avec une micro camĂ©ra, les scènes de voitures ou la camĂ©ra qui sort par la vitre avant de la voiture pour rejoindre les protagonistes sur le trottoir, je ne vois pas comment cela a Ă©tĂ© fait, un homme camĂ©raman en aurait Ă©tĂ© techniquement incapable, c’est vraiment un travail exceptionnel !
Le film est sorti au dĂ©but de l’Ă©tĂ© 2015 en France mais n’a pas laissĂ© de traces Ă©normes, il est donc Ă  rĂ©habiliter impĂ©rativement, c’est un OVNI total qui rĂ©volutionne le monde du cinĂ©ma…
Les cinĂ©philes apprĂ©cieront « Victoria » comme il se doit et savoureront un mĂ©lange de drame, d’action et de film d’auteur qui restera longtemps gravĂ© dans les mĂ©moires !
Les dix dernières minutes sont Ă  couper le souffle, mais chuttt…. Je vous laisse voir et explorer ce film monumental….
Une gifle !
Note : 10/10

jeudi 3 décembre 2015

Les Vampires / I Vampiri

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site videowatchdog.com

de Riccardo Freda et Mario bava. 1956. Italie. 1h22. Avec Gianna Maria Canale, Carlo D'Angelo, Dario Michaelis, Wandisa Guida, Angelo Galassi, Antoine Balpêtré.

Sortie salles France: 27 Novembre 1957

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (né le 24 février 1909 à Alexandrie, Égypte - mort le 20 décembre 1999 à Rome) est un réalisateur, scénariste et acteur italien. 1942 : Don César de Bazan
1945 : Toute la ville chante. 1946 : L'Aigle noir. 1948 : Les Misérables ou L'Évadé du bagne. 1948 : Le Cavalier mystérieux. 1949 : Le Fils de d'Artagnan. 1951 : La Vengeance de l'aigle noir. 1951 : Trahison. 1953 : Spartacus. 1953 : Les Mosaïques de Ravenne. 1954 : Théodora, impératrice de Byzance. 1956: Le Chateau des amants maudits. 1956 : Les Vampires. 1959 : Caltiki, le monstre immortel. 1960 : Le Géant de Thessalie. 1961 : Les Mongols (coréalisateur). 1961 : Le Géant à la cour de Kublai Khan. 1962 : Sept épées pour le roi. 1962 : Maciste en enfer. 1962 : L'Effroyable secret du docteur Hichcock. 1963 : Le Spectre du professeur Hichcock. 1964 : Les Deux Orphelines. 1964 : Roméo et Juliette. 1965 : L'Aigle de Florence. 1965 : Coplan FX 18 casse tout. 1966 : Roger la Honte. 1967 : Coplan ouvre le feu à Mexico.

Premier film d'horreur italien de l’après-guerre, Les Vampires rĂ©unit deux talents: Riccardo Freda, responsable de la première moitiĂ© du tournage menĂ©e en quinze jours, et Mario Bava, directeur de la photo et des effets spĂ©ciaux, qui prit en charge la seconde en seulement deux jours et demi après le dĂ©part prĂ©cipitĂ© de son comparse. La faute, dit-on, Ă  l’irascibilitĂ© de Freda selon Jean-Pierre Dionnet, qui l’avait personnellement frĂ©quentĂ© (voir interview du DVD français Ă©ditĂ© chez Carlotta). Après le succès de la Hammer, les Italiens exploitent Ă  leur tour le filon vampirique, mais en s’inspirant davantage de la sĂ©rie française Les Vampires de Louis Feuillade et du théâtre du Grand-Guignol ; un croisement Ă©trange entre nĂ©o-rĂ©alisme et classicisme gothique. Exit donc le vampire aristocrate, Van Helsing, la cape noire, l’ail et les canines : Freda a l’idĂ©e judicieuse de transposer l’action dans le Paris contemporain des annĂ©es 50.

Synopsis. 1956. Des cadavres de jeunes femmes sont repĂŞchĂ©s dans la Seine. On parle bientĂ´t d’un serial-killer surnommĂ© le Vampire. Puis c’est l’enlèvement d’une comĂ©dienne, Lorette Robert, qui embrase les journaux. Tandis que la police piĂ©tine, un journaliste s’obstine Ă  Ă©claircir l’affaire - au moment mĂŞme oĂą il se retrouve courtisĂ© par Giselle, nièce de la cĂ©lèbre duchesse du Grand.


Ce rĂ©cit inquiĂ©tant, alternant disparitions en sĂ©rie, expĂ©rimentations scientifiques et investigation journalistico-policière, distille un suspense habile grâce Ă  la rĂ©alisation soignĂ©e de Freda et Bava. Ensemble, ils transfigurent une scĂ©nographie gothique - château, crypte souterraine, chapelle, magnifiĂ©s par des plans stylisĂ©s d’un onirisme macabre - au cĹ“ur d’un contexte urbain moderne (le Paris des annĂ©es 50, bien que reconstituĂ© en Italie). Cette hybridation convoque par ailleurs l’Ă©pouvante Universal Ă  travers un duo de mĂ©decins proches du mythe du savant fou dĂ©vorĂ© par ses expĂ©rimentations occultes. En mĂŞlant vampirisme et quĂŞte de jeunesse Ă©ternelle, les auteurs renouvellent les codes sous l’impulsion d’un antagoniste fĂ©minin redoutablement sournois. Gianna Maria Canale (Ă©pouse Ă  la ville de Freda !) incarne, avec un charme glaçant et une arrogance souveraine, une hĂ©ritière avide d’Ă©lĂ©gance et de prospĂ©ritĂ©, prĂŞte Ă  tout pour conserver son Ă©ternelle jeunesse. Outre la violence latente de son tempĂ©rament lâche et cruel, ses apparitions vĂ©nĂ©neuses sont sublimĂ©es par les maquillages de Bava : sa transformation en temps rĂ©el dĂ©voile un visage dĂ©cati, atrocement repoussant - un effet spĂ©cial artisanal, d’une ingĂ©niositĂ© rare, inspirĂ© du Dr Jekyll and Mr Hyde de Rouben Mamoulian. Les meilleurs instants du film se cristallisent autour de sa perfidie, de ces confrontations morales oĂą elle dĂ©joue l’intrusion de ses ennemis dans l’ombre du manoir.

Efficace et captivant, portĂ© par une structure narrative originale oĂą enquĂŞte policière, expĂ©rimentations mĂ©dicales et vampirisme moderne se superposent dans un cadre nĂ©o-rĂ©aliste, Les Vampires demeure un divertissement d’une grande tenue - que Mario Bava transcende dans sa seconde partie par un esthĂ©tisme gothique d’une poĂ©sie sinistre et gracile.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

21.11.25. 3èx. Vostf

mercredi 2 décembre 2015

L'Enfant Miroir / The Reflecting Skin

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site paperblog.fr

de Philip Ridley. 1990. U.S.A. 1h36. Avec Viggo Mortensen, Lindsay Duncan, Jeremy Cooper, Sheila Moore, Duncan Fraser, David Longworth, Robert Koons.

Sortie salles France: 28 Novembre 1990

FILMOGRAPHIE: Philip Ridley est un réalisateur et scénariste anglais né le 29 Décembre 1964 à Londres. 1990: L'enfant miroir. 1995: Darkly Noon. 2009: Heartless.


RĂ©alisateur aussi discret que mĂ©connu, Philip Ridley signe en 1990 un coup de maĂ®tre avec L’Enfant Miroir. Un premier long-mĂ©trage bougrement ambitieux, rĂ©tif Ă  l’orthodoxie, tendu vers un formalisme rare pour dĂ©peindre un univers atypique, Ă  mi-chemin entre le conte de fĂ©es et le drame horrifique. Empruntant les thèmes de la vieillesse, de la mort, de la cruautĂ©, du sexe et de la perversitĂ©, L’Enfant Miroir est une odyssĂ©e sĂ©pulcrale, mĂ©lancolique, vue Ă  hauteur d’un bambin moralement perturbĂ©, livrĂ© Ă  lui-mĂŞme depuis la dĂ©mission parentale : un père soupçonnĂ© de crimes pĂ©dophiles, une mère rĂ©gnant par une autoritĂ© castratrice, tyrannique jusque dans ses châtiments expĂ©ditifs.

Synopsis: Au cĹ“ur de l'immensitĂ© des champs de blĂ©, d’un jaune incandescent, l’action s’ancre dans une bourgade rurale de l’AmĂ©rique des annĂ©es 50. En attendant le retour salvateur de son frère aĂ®nĂ©, parti au front, Seth fuit l’ennui dans des jeux sordides avec ses camarades — comme ce supplice infligĂ© Ă  un crapaud. TĂ©moin de cet acte gratuit, une voisine Ă©trange, Blue Dolphin, se prend d’intĂ©rĂŞt pour l’enfant. InvitĂ©e dans sa demeure, après un Ă©change autour de jeux morbides, Seth se persuade que, derrière la pâleur spectrale de cette veuve solitaire, se cache un vampire.


Ce pitch tortueux, dĂ©nuĂ© de raison, Ridley l’aborde Ă  la manière d’un conte macabre, rĂŞvĂ©, fantasmĂ© par un enfant fragile et esseulĂ©. FascinĂ© par la mort, hantĂ© par l’idĂ©e que son frère soit kidnappĂ© par « la femme », Seth dĂ©forme son monde malingre, alors que des cadavres d’enfants sont mystĂ©rieusement dĂ©couverts. Dans une mise en scène Ă©purĂ©e, baignĂ©e d’onirisme — tantĂ´t fĂ©erique, tantĂ´t morbide —, Philip Ridley rĂ©invente le langage cinĂ©matographique pour nous mener, main dans la main, vers une expĂ©rience mĂ©taphysique de la mort.

Abordant la peur de vieillir et du trĂ©pas Ă  travers le prisme de l’innocence, L’Enfant Miroir dĂ©route par l’Ă©motion fragile qu’il distille, Ă  travers l’enfant et le couple en Ă©treinte, Blue/Cameron. EnvoĂ»tant par son Ă©trangetĂ© solaire, baroque, pour le comportement pĂ©tulant d’adultes autoritaires envers l’enfant, Ridley construit une succession de scènes singulières autour du tĂ©moignage Ă©quivoque de Seth — bambin impĂ©nĂ©trable, impassible lorsqu’il Ă©coute les adultes.

Criant de naturel trouble dans son petit corps d’enfant, Jeremy Cooper incarne son personnage avec une intensitĂ© rare : un regard noir traversĂ© d’une innocence galvaudĂ©e. LittĂ©ralement transi d’Ă©moi et de fascination dans ce cheminement initiatique, il insuffle un humanisme teintĂ© de dĂ©sespoir dans sa ballade tortueuse avec les anges et la mort.


Jeux Interdits
Étrange, baroque, dĂ©rangeant, mais d’une beautĂ© capiteuse, gracile, flamboyante — L’Enfant Miroir est une expĂ©rience unique, tiraillĂ©e entre macabre et fĂ©erie. Un joyau noir, beau Ă  en pleurer (ces images crĂ©pusculaires et incandescentes qui dĂ©filent au rythme d’une partition Ă©lĂ©giaque !), une Ĺ“uvre sublime et dĂ©senchantĂ©e sur la quĂŞte insoluble de l’amour, seule promesse d’une jeunesse Ă©ternelle pour l’Ă©lu.

Bruno
10.05.25. 3èx. Vost

mardi 1 décembre 2015

CHUTE LIBRE. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario.

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

"Falling Down" de Joel Schumacher. 1993. U.S.A. 1h52. Avec Michael Douglas, Robert Duvall, Barbara Hershey, Tuesday Weld, Rachel Ticotin, Frederic Forrest, Lois Smith.

Sortie salles France: 26 mai 1993. U.S: 26 février 1993

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1939 Ă  New York. 1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St. Elmo's Fire. 1987: GĂ©nĂ©ration perdue. 1989: Cousins. 1990: L'ExpĂ©rience interdite. 1991: Le Choix d'aimer. 1993: Chute libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de tuer ? 1997: Batman & Robin. 1999: 8 millimètres. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000 : Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction.


Réalisateur capable du pire comme du meilleur en de brèves occasions (selon mon avis personnel), Joel Schumacher réalise sans doute un de ses films les plus percutants avec Chute Libre. Une charge virulente contre l'hypocrisie du consumérisme du point de vue erratique d'un ingénieur de la défense tributaire de ses pulsions de revanche sur la société matérialiste. Alors qu'il tente de rejoindre son ex femme au foyer afin de souhaiter dignement l'anniversaire de sa fille, William Foster est en proie au pétage de plomb moral depuis sa condition d'exclu. Que ce soit auprès de son licenciement économique ou de son mariage raté, il décide aujourd'hui de prendre sa revanche sur son existence sinistrée, quand bien même la faune urbaine de citadins marginaux, arrogants ou nantis va déclencher chez lui une explosion de violence en perdition.


Film choc s'il en est pour la violence incontrĂ´lĂ©e du sujet nĂ©vrosĂ© et les thèmes brĂ»lants confĂ©rĂ©s au racisme et Ă  la cupiditĂ© que Joel Schumacher dĂ©peint au travers de seconds-rĂ´les, Chute Libre cultive un jeu de provocations aussi caustiques que jouissives chez le spectateur. S'identifiant pleinement au marasme social et Ă  la fragilitĂ© nĂ©vralgique de cet ex-ingĂ©nieur en voie de rĂ©bellion, nous parcourons son itinĂ©raire routard avec l'adrĂ©naline au ventre pour ses pulsions destructrices de revanche contre l'autoritĂ©. Outre l'intensitĂ© des sĂ©quences les plus spectaculaires (la prise d'otage dans le Fast-food, l'affrontement sanglant avec le gang des Chicanos) oĂą la dramaturgie des situations se conjugue Ă  l'absurditĂ© d'un comportement irresponsable, Chute Libre est transcendĂ© par la prĂ©sence symbolique de Michael Douglas. Portant littĂ©ralement le film sur ses Ă©paules, l'acteur se taille une carrure schizo aussi fascinante que malsaine dans ses sentiments d'aversion sociale mĂŞlĂ©s de dĂ©pit amoureux. Ses interventions inopinĂ©es et homĂ©riques provoquant chez nous une empathie gĂŞnĂ©e pour sa dĂ©cision de prĂ©cipiter l'acte de riposte auprès d'individus matĂ©rialistes, voir fĂ©tichistes pour le cas le plus pathologique. Sa rencontre exubĂ©rante avec un vendeur xĂ©nophobe et homophobe s'avĂ©rant l'un des moments les plus dĂ©rangeants quand on songe au degrĂ© de haine que peuvent vĂ©hiculer librement des individus primaires dans leur idĂ©ologie fasciste.


Avec une ironie caustique pas toujours du meilleur goĂ»t (en de brèves occasions) et au-delĂ  de l'inutilitĂ© de quelques sĂ©quences triviales (la fĂŞte d'anniversaire de l'inspecteur Prendergast au sein du commissariat, le portrait caricatural imparti Ă  son Ă©pouse dĂ©pressive), Joel Schumacher dresse avec Chute Libre l'aigre constat d'une sociĂ©tĂ© mercantile engluĂ©e dans l'affabulation et l'hypocrisie, quand bien mĂŞme les plus dĂ©munis tentent d'en tirer profit avec une insolence capricieuse (la sollicitation du Sdf gay, ou Ă  moindre Ă©chelle, la baignade du gardien et de sa famille chez son riche propriĂ©taire). Il en Ă©mane un divertissement aussi efficace qu'inquiĂ©tant dans le portrait imparti Ă  l'affable ingĂ©nieur, machine de guerre frondeuse engendrĂ©e par la suprĂ©matie de nos sociĂ©tĂ©s modernes. 

Dédicace à Franck Gossard
Bruno Matéï

lundi 30 novembre 2015

The Harvest

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de John Mc Naughton. 2013. U.S.A. 1h48. Avec Michael Shannon, Samantha Morton, Natasha Calis, Charlie Tahan, Peter Fonda, Leslie Lyles.

Sortie salles: INEDIT

FILMOGRAPHIE: John Mc Naughton est un réalisateur américain, né le 13 Janvier 1950 à Chicago.
1984: Dealers in Death. 1986: Henry, portrait d'un serial killer. 1991: Sex, drugs, Rock and Roll. 1991: The Borrower. 1993: Mad Dog and Glory. 1996: Normal Life. 1998: Sexcrimes. 2000: Condo Painting. 2001: Speaking of sex. 2004: Redliners. 2009: Backstabbers. 2013: The Harvest.


Révélé par Henry, portrait d'un serial-killer, John Mc Naughton renoue de manière plus édulcorée avec le genre horrifique avec The Harvest. Plus précisément un thriller à suspense où s'y télescope efficacement le drame psychologique lorsqu'une famille dysfonctionnelle s'efforce de préserver la santé de leur jeune fils paraplégique. Mais l'arrivée fortuite d'une jeune voisine soucieuse du sort de l'adolescent va semer le désordre au sein de leur cellule. Un pitch facilement séduisant dans la manière leste dont John Mc Naughton juxtapose le thriller et le drame avec un sens du suspense modestement convaincant.


La condition estropiée d'Andy, l'humanisme fragile des parents et la suspicion de leurs comportements permettant au spectateur de s'y identifier avec une compassion interrogative. Eprouvant une inévitable empathie pour le sort d'Andy atteint de grave paralysie, le cinéaste nous confronte à son désarroi moral et physique (il est un fan de baseball) parmi le témoignage d'une jeune voisine, élément perturbateur car témoin-clef de circonstances aussi malchanceuses que profitables quant à la condition précaire d'Andy. En dépit de la fluidité de son intrigue soigneusement charpentée dosant avec juste mesure rebondissements et revirements, The Harvest tire-parti de son intensité dans la présence dépouillée des comédiens. Outre le plaisir de retrouver Michael Shannon (Take Shelter) dans celui du paternel lunatique, Samantha Morton en mère castratrice ou encore l'apparition annexe de Peter Fonda en grand-père avenant, la prestance de la néophyte Natasha Calis (découverte dans Possédée) leur vole la vedette tant elle apporte beaucoup de tension et de naturel à la progression de l'énigme en porte à faux. Endossant de manière étonnamment expressive (pour un si jeune âge) une investigatrice juvénile aussi craintive que burnée, la comédienne oscille sentiments d'amitié, d'anxiété et de courage avec une sobre vigueur pour le sort de son compagnon d'infortune.


Efficace thriller Ă  suspense soutenu de l'implication enjouĂ©e des comĂ©diens, The Harvest aborde les thĂ©matiques de l'amour maternel, de la maltraitance infantile et de la perte de l'ĂŞtre cher avec une dimension humaine Ă  la fois poignante et erratique. Un bon divertissement plutĂ´t agrĂ©ablement menĂ© mĂŞme si perfectible et assez gentillet dans sa globalitĂ©, surtout issu d'un auteur aussi rĂ©putĂ© que John Mc Naughton.

*Bruno.
29.01.25. Vost


vendredi 27 novembre 2015

Rocky. Oscar du Meilleur Film, 1977.

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John G. Alvidsen. 1976. U.S.A. 2h00. Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Thayer David, Joe Spinell

Sortie salles France: 25 Mars 1977. U.S: 3 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: John Guilbert Avildsen est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 21 dĂ©cembre 1935 Ă  Oak Park, en banlieue de Chicago dans l'Illinois. 1969 : Turn on to Love (en). 1970 : Guess What We Learned in School Today? 1970 : Joe, c'est aussi l'AmĂ©rique. 1971 : Cry Uncle! 1972 : Okay Bill. 1972 : Sauvez le tigre. 1975 : W.W. and the Dixie Dancekings. 1976 : Rocky. 1978 : Slow Dancing in the Big City. 1980 : La Formule. 1981 : Les Voisins. 1984 : KaratĂ© Kid. 1986 : KaratĂ© Kid : Le Moment de vĂ©ritĂ© 2. 1987: Happy New Year. 1988 : Et si on le gardait ? 1989 : KaratĂ© Kid 3 (The Karate Kid, Part III). 1989 : Lean on Me. 1990 : Rocky 5. 1992 : La Puissance de l'ange. 1994 : 8 secondes. 1999 : Inferno.


Oscars du Meilleur Film, Meilleur RĂ©alisateur et Meilleur Montage, Rocky reçut un succès planĂ©taire Ă  travers le monde (mĂŞme si en France le nombre d'entrĂ©es fut timorĂ©) pour marquer Ă  jamais plusieurs gĂ©nĂ©rations de spectateurs Ă©blouis par le rĂ©cit initiatique d'un boxeur de seconde zone hantĂ© par l'esprit de revanche. Un symbole du "rĂŞve amĂ©ricain" dans sa dĂ©termination, sa philosophie, sa labeur et son courage Ă  prouver aux yeux du monde qu'il n'est point un loser comme le sous-entend son passĂ© perfectible. Par le biais de ce personnage marginal inscrit dans la fragilitĂ© humaine et la volontĂ© de transcender son train de vie prĂ©caire, Rocky rĂ©vĂ©la aux yeux du public la future Ă©gĂ©rie du cinĂ©ma d'action moderne, Sylvester Stallone. L'acteur, littĂ©ralement habitĂ© par son statut symbolique, laissant libre court Ă  ses sentiments contradictoires de constance, d'endurance et d'angoisse de l'Ă©chec avec un humanisme romantique. A l'instar de l'idylle entamĂ©e avec Adrian que John G. Alvidsen dĂ©peint avec beaucoup d'humilitĂ©. TournĂ© en seulement 28 jours avec un budget de 1 075 000 dollars, le film en rapporta 225 000 000 $ aux quatre coins du monde alors que son thème, Gonna Fly Now, composĂ© par Bill Conti accèdera Ă  la première place du Billboard Hot 100 du 2 au 8 Juillet 1977. D'après un scĂ©nario entièrement Ă©crit par Sylvester Stallone, le film suit donc le parcours initiatique d'un boxer ayant l'opportunitĂ© de prouver ses atouts en affrontant un champion du monde de poids lourds le jour du bicentenaire.


Ainsi, avec une Ă©motion emplie de tendresse pour ces personnages, John G. Alvidsen brosse les portraits intimes de prolĂ©taires conscients de leur statut besogneux car hantĂ©s par la peur de l'Ă©chec, la dĂ©sillusion et l'hĂ©sitation d'affronter leur propre vie. Je songe surtout Ă  Paulie Pennino, l'ami de Rocky, boucher bourru dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  l'idĂ©e de perdurer sa profession, quand bien mĂŞme sa soeur introvertie Adrian, occupe une place de vendeuse en animalerie avec une discrĂ©tion timorĂ©e. Par le biais de ce duo atone, Rocky va tenter d'y apporter une touche d'optimisme et de s'y faire une place empathique en courtisant de prime abord Adrian (ce qui nous vaut des scènes romantiques d'une pudeur Ă©motionnelle souvent poignante). Ces personnages de dĂ©soeuvrĂ©s truffĂ©s de fragilitĂ© dans leur condition d'exclu, John G. Alvidsen les filment avec une sobre dignitĂ©. Quand bien mĂŞme le personnage secondaire de Mickey, manager grincheux subitement Ă©pris d'empathie pour l'ambition de Rocky, intervient pour contrer l'angoisse de l'Ă©chec. Par consĂ©quent, Ă  travers les contradictions du manque de confiance et du dĂ©passement de soi, le parcours personnel de Rocky n'est pas de remporter la victoire pour le trophĂ©e d'une ceinture mais de rĂ©sister au combat, tenir la distance, marquer la cadence de l'endurance afin de tenir tĂŞte Ă  son adversaire jusqu'au dernier round. Ce qui donne lieu Ă  un combat final d'une intensitĂ© Ă©motionnelle ardue de par l'appĂ©tence morale de notre boxeur dĂ©libĂ©rĂ© Ă  parvenir jusqu'au bout de son dessein avec une fulgurante rĂ©signation.


A travers les plages intimistes d'une romance inscrite dans la candeur des sentiments, et par l'initiation morale d'un boxeur avide de revanche sur sa condition lambda, Rocky nous offre une leçon de vie et d'obstination avec une vibrante acuitĂ© Ă©motionnelle. Outre le caractère attachant de ces laissĂ©s pour compte que les comĂ©diens endossent avec une spontanĂ©itĂ© somme toute fragile, Rocky enivre les coeurs sous l'impulsion hĂ©roĂŻque d'une lĂ©gende de cinĂ©ma: Sylvester Stallone. Un grand moment de cinĂ©ma, une odyssĂ©e de l'espoir et du courage par le travail de l'endurance, et ce doublĂ© d'un noble hommage Ă  la pratique controversĂ©e de la boxe. 

DĂ©dicace Ă  StĂ©phane Passoni.
*Bruno