mercredi 9 avril 2014

Hitcher / The Hitcher. Grand Prix du Jury, Cognac 86.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Robert Harmon. 1986. U.S.A. 1h37. Avec C. Thomas Howell, Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh, Jeffrey DeMunn, John M. Jackson.

Sortie salles France: 25 Juin 1986. Sortie salles U.S: 21 Février 1986

FILMOGRAPHIE: Robert Harmon est un rĂ©alisateur amĂ©ricain. 1986: Hitcher. 1993: Cavale sans issue. 1996: Gotti (tĂ©lĂ©-film). 2000: The Grossing. 2002: Astronauts (tĂ©lĂ©-film). 2002: Le Peuple des TĂ©nèbres. 2004: Highwaymen. 2004: Ike: opĂ©ration overlord (tĂ©lĂ©-film). 2005: Stone Cold (tĂ©lĂ©-film). 2006: Jesse Stone: Night Passage (tĂ©lĂ©-film). 2006: Jesse STone: Death in paradise (tĂ©lĂ©-film). 2007: Jesse Stone: Sea Change (tĂ©lĂ©-film). 2009: Jesse Stone: Thin Ice (tĂ©lĂ©-film). 2010: Jesse Stone: sans remords (tĂ©lĂ©-film). 2010: Une lueur d'espoir (tĂ©lĂ©-film). 2012: Jesse Stone: Benefit of the Doubt (tĂ©lĂ©-film).

Échec commercial Ă  sa sortie, comparĂ© Ă  l’Ă©poque Ă  un vulgaire plagiat de Duel, Hitcher parvient nĂ©anmoins Ă  sĂ©duire les membres du jury de Cognac, qui lui dĂ©cernent trois rĂ©compenses. C’est surtout au fil des dĂ©cennies que cette sĂ©rie B, nerveusement emballĂ©e, s’est taillĂ©e une rĂ©putation de film culte auprès d’une frange de cinĂ©philes. Le redĂ©couvrir aujourd’hui prouve combien l’Ĺ“uvre modeste de Robert Harmon conserve toute son efficacitĂ©, dans cet alliage fĂ©brile de thriller anxiogène, de suspense et d’action, sur fond d’atmosphère irrĂ©elle. Car par l’attrait Ă©sotĂ©rique de son postulat, et grâce au jeu nuancĂ© de l’inquiĂ©tant Rutger Hauer, Hitcher effleure les cimes du fantastique, distillant Ă  merveille un climat doucement hantĂ©.

Des routes dĂ©sertes du sud californien, baignĂ©es de lumière crĂ©pusculaire, aux notes lancinantes du score mĂ©lancolique de Mark Isham, tout dans ce film respire l’Ă©trangetĂ© capiteuse. Si la filiation avec Duel est inĂ©vitable, Hitcher affirme pourtant sa propre personnalitĂ© – marginale, trouble – en rĂ©vĂ©lant frontalement la nature Ă©quivoque du lien entre le tueur et sa proie. Après avoir embarquĂ© un auto-stoppeur sur son trajet de convoyage, un Ă©tudiant s’enlise dans un piège : ce passager, silhouette Ă©nigmatique, semble rĂ©solu Ă  le harceler jusqu’Ă  la mort. Si Jim Halsey parvient d’abord Ă  le jeter hors de sa voiture, le cauchemar ne fait que commencer : l’Ă©tranger revient, toujours, traquant son ombre comme un prĂ©dateur joue avec sa proie.

LĂ  oĂą le rĂ©cit prend de l’ampleur, c’est dans l’acharnement avec lequel Jim tente de prouver son innocence Ă  une police aveugle. Non content de fuir un tueur retors, il doit aussi Ă©chapper aux forces de l’ordre qui le prennent pour cible ! Ce double enjeu offre Ă  Harmon l’occasion de dĂ©ployer de superbes cascades automobiles, filmĂ©es avec un sens aigu de la chorĂ©graphie et du tempo que n'aurait reniĂ© Peckinpah. Le rythme soutenu du rĂ©cit, fertile en rebondissements et en visions macabres (hormis un Ă©cart un peu abrupt, lorsque la serveuse dĂ©cide d’aider le fugitif), trouve aussi sa force dans la prĂ©sence insidieuse de ses interprètes.

Rutger Hauer incarne un tueur Ă©trangement placide, habitĂ© d’un cynisme glacial et de silences dĂ©rangeants. Son regard, mĂ©prisant et narquois, exerce un pouvoir d’attraction troublant. On ne saura ce qui motive vĂ©ritablement sa traque hormis d'y dĂ©voyer son partenaire en herbe: c’est lĂ  tout le vertige du film, ce sentiment d’un mal contagieux, d'un hĂ©ritage, d’une menace aussi impalpable qu'inĂ©luctable. C. Thomas Howell partage sobrement l’affiche avec une intensitĂ© douloureuse, mĂŞlant dĂ©sespoir et combativitĂ©. TourmentĂ©, il tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de briser la logique absurde de cette traque. L’acteur impose une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, traduisant l’amertume et la colère vengeresse avec une force contenue, poignante, mais aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Enfin, en tenancière compatissante, la lumineuse Jennifer Jason Leigh vient apaiser, par instants, la tension brute du rĂ©cit, offrant au jeune hĂ©ros un rare Ă©clat de tendresse – jusqu’Ă  en payer le prix.


"Le passager sans visage".
Intense, terriblement envoĂ»tant et captivant, baignĂ© d’une langueur funèbre, Hitcher dĂ©ploie avec brio ses oripeaux de sĂ©rie B sur fond de dĂ©sert urbain et d’errance mentale. Et si sa confrontation entre proie et chasseur rĂ©serve son lot de violence, elle recèle aussi d’Ă©tranges moments d’intimitĂ© suspendue, de silence face Ă  l’inconcevable. Un classique au charme noir qui ensorcelle, au goĂ»t de sable et de sang sĂ©chĂ©.

*Bruno 
6èx. 28.08.25
11.02.21

Récompenses: Grand prix du jury, Prix de la critique et Prix TF1 au Festival du film policier de Cognac, 1986.

5 commentaires:

  1. Encore un monument de B-movie exhumĂ© dans ta crypte a ma grande joie. Si après le requin de Spielberg mes baignades en mer ne furent plus les mĂŞmes, j’ai rĂ©alisĂ© lors de mon road treap sur les interstates de l’ouest des USA combien Hitcher avait pris sa place dans mon inconscient. Rouler sur ces routes dĂ©sertiques m'avait provoquĂ© depuis ce film une vĂ©ritable hitcherophobie. Ce qui m’a le plus marquĂ©, au-delĂ  des scènes que tu soulignes, c’est la confusion qui s’installe après l’endormissement au volant du garçon (Ă©mancipĂ© de sa teenager attitude de E.T.) suivi de la soudaine apparition sous une pluie torrentielle de John Ryder (Rutger Hauer) Ă  la silhouette iconisĂ©e par un cache-poussière westernien, prenant du coup une allure spectrale suffisamment troublante pour nous empĂŞcher de faire le distinguo entre rĂ©alitĂ© et cauchemar.
    Quel jeu Ă©poustouflant de Rutger Hauer qui nous ressort son stature de RĂ©plicant pour endosser celle d’un psychopathe, doublĂ©e d’un cruel pervers narcissique, le tout dans une attitude très Terminator-ienne (curieuse filiation confirmĂ©e d’ailleurs par le massacre du commissariat, mais sans le « I’ll be back » !) .
    Comme toi j’adore ce jeu du chat et de la souris sous l’atour d’un thriller psychotique terriblement anxiogène et d’un nihilisme glaçant. Une des derniers grands films d’exploitation tournĂ© « a l’ancienne » avec cascades, sans effets numĂ©riques et en dĂ©cor naturel, ce qui lui permet de traverser les dĂ©cennies en conservant toute sa force grace Ă©galement a une mise en scĂ©ne immersive et un scĂ©nario diabolique.
    Merci a toi, oncle Bruno de le remettre sous les feux des projecteurs !

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  2. Savoureux ton discours idoine cher Peter, on sent bien que tu y éprouves autant de plaisir que d'affection. Je me souviens qu'à l'époque, pas mal de critiques le comparaient à tort à Duel en le vulgarisant pâle épigone, tout en oubliant le jeu parfaitement nuancé du regretté Rutger. Vu au ciné à l'époque et ce fut évidemment une claque. Qui plus est, renouvelé à chaque visionnage.
    A quand un blu-ray immaculé ! ?

    Bien le bonjour Peter, et qui sait, on se reverra peut-ĂŞtre un jour...

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    1. Je me souviens de cette comparaison entre le « tĂ©lĂ©film » de Spielberg et Hitcher, mais a l’Ă©poque tout ce qui Ă©tait du B-movie n’Ă©tait pas vraiment pris au sĂ©rieux par le gotha (un truck dans le sud des states, forcĂ©ment c’est Duel tout comme un tueur avec un couteau c’est du Psychose : facile…). C’Ă©tait surtout très IN de trouver des tares a ce qui a la base n’est que du pur divertissement. Alors que certaines Ĺ“uvres soporifiques (dites « d’auteur ») Ă©taient canonisĂ©es… il fallait alors se tourner exclusivement vers une presse très spĂ©cialisĂ©e (Mad, Starfix, L’Ă©cran..) pour lire de vraies analyses dĂ©cortiquĂ©es, et pertinentes . Ce qui « m’amuse » c’est de me souvenir comment des films comme Texas chainsaw massacre, Evil dead, Zombie par exemple, ont pu ĂŞtre descendu par une majoritĂ© de la presse, quand ils n’Ă©taient pas boudĂ©s par une autre frange, et qui trente ans après deviennent soudain des « Chefs d’Ĺ“uvre du Genre ». Le passage de Tobe Hooper Ă  Cannes lors de la ressortie 4K est le plus bel exemple de cette vaste fumisterie.

      Tu sais quoi Bruno ? Au final c’est nous, les spectateurs de la première heure, qui sommes les plus sincères car nous sommes justes des enfants de la VHS et personne ne nous retirera notre âme d’adolescent. Et Les guerriers de la nuit, Mad Max, La colline Ă  des yeux, Maniac…continueront de faire briller cette flamme. Ceux qui ont fait ces parallèles n’ont aujourd’hui jamais Ă©tĂ© aussi nombreux, on les retrouve autant dans les kiosques que sur les rĂ©seaux, lieu de profanation de la culture, et oĂą les sabreurs de Tarantino ou de Villeneuve, de Scott, de Zombie… deviendront peut ĂŞtre un jour a leur tour des transmetteurs de bonne parole. Mais ils ne seront jamais des Bruno et Peter, ces enfants de la dernière sĂ©ance, du Betamax, du Grindhouse, qui s’Ă©merveillent de ces petites productions avec un ratio dollars/plaisir inversement proportionnel a celui du tout venant actuel. OĂą quand le public et la presse jalousent ce qu’ils n’ont pas connus.
      Que la face B-is soit (encore et toujours) avec nous !
      Et oui, nous nous reverrons un jour, c'est écrit. j'en parlai avec Seb il y a quelques heures...

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  3. Que répondre à ton discours, c'est tellement "réaliste" et si "lucide" ! Evidemment que je suis de ton avis, le genre horrifique a toujours été occulté parce qu'il est trop rentre dedans, trop franc-tireur, trop provocateur, trop marginal, trop différent, et surtout trop hétérodoxe. ça m'a fait autant sourire la reconnaissance de Hopper à Cannes pour Massacres... juste avant qu'il y rejoigne l'Au-delà. D'ailleurs, pour évoquer ouvertement Fulci, lui aussi était considéré comme un vulgaire tâcheron par ces critiques bien pensantes à l'orée des années 80, l'âge d'or du gore italien mâtiné de D'Amato Ketchup. Je suis très nostalgique de cette époque, justement parce que je suis resté un bambin. Et donc, comme tu t'en ais rendu compte, je ne peux m'empêcher de revoir chaque semaine nos classiques fétiches qui ont bercé notre adolescence. Et le bénéfice que j'en tire aujourd'hui, c'est que j'y suis beaucoup plus sensible, les films me terrifient beaucoup plus qu'à cette époque charnière de l'horreur contemporaine. Juste avant que le gore cartoonesque n'y prenne la relève avec les perles que l'on connait sous le bout des ongles.
    Le ciné Bis, c'est un endroit féerique où l'on s'adonne au rêve et au cauchemar avec des bouts de ficelle artisanales inégalables. Et ça aujourd'hui, ça me manque beaucoup. Raison pour laquelle je me replonge fréquemment dans mes souvenirs cinéphiles , à l'instar d'un voyage temporel, puisque j'y éprouve des émotions autrement fructueuses avec un état d'esprit plus mature. Maniac ne m'a jamais fait peur à l'époque, alors qu'aujourd'hui je le considère comme un film monstre délicieusement dérangeant, malsain et effrayant. Putain d'ambiance ! Mon crédo favori !

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    1. Concernant cette plongĂ©e vertigineuse dans les arcanes de la psychĂ© tourmentĂ©e d’un tueur en sĂ©rie, il est et restera pour la claque reçu lors de sa sortie, et son visionnage avec mon alter ego aujourd’hui disparu (…), le sommet absolu du Genre (mĂŞme si j’ai une grande affection pour le Henry portrait of a serial killer, mais que j’ai appris a aimer sur le tard), et donc un immense souvenir. Pour l’anecdote, j’ai gagnĂ© un petit concours au moment d’Halloween sur Allo cinĂ© il y a quelques annĂ©es et oĂą il fallait dĂ©crire en quelques lignes un passage flippant d’un film d’horreur. Je dois sĂ»rement cette place honorifique au titre de mon mini texte « comment je suis devenu mĂ©trophobe » ! Le cotĂ© croustillant c’est que si la scène nous avait rĂ©ellement choquĂ©, il n’y a pas vraiment de mĂ©tro a Sète (ou j’habitai alors).
      Bref, nos Ă©changes sont la preuve si besoin Ă©tait, de notre passion commune que l’on va trouver un moyen de poser sur une table (je vais en parler avec Seb). Histoire de se faire un savoureux…back to the future !

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