vendredi 28 novembre 2014

GHOSTS OF MARS

                                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de John Carpenter. 2001. U.S.A. 1h38. Avec Natasha Henstridge, Ice Cube, Jason Statham, Clea DuVall, Pam Grier, Joanna Cassidy, Richard Cetrone.

Sortie salles France: 21 Novembre 2001. U.S: 24 Août 2001

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


Echec commercial d'autant plus discrédité par quelques critiques de l'époque, Ghosts of Mars symbolise l'oeuvre maudite qu'il serait temps de réhabiliter tant cet excellent western futuriste s'avère perpétuellement captivant dans son lot d'action et de rebondissements tout en soulignant en sous-texte social une diatribe contre le colonialisme ricain. En 2076, Mars est exploité par une colonie de mineurs afin de la rendre habitable. Deux femmes flics, Helena Braddock et Mélanie Ballard ont pour mission de récupérer un dangereux criminel responsable de la mort de six travailleurs au sein du Shining Canyon. Sur place, elles découvrent une cité étrangement évacuée d'habitants, à l'exception du criminel Desolation William et de quelques prisonniers erratiques confinés à l'intérieur une cellule. Mais dehors, une menace beaucoup plus vicieuse et délétère est sur le point d'élaborer une offensive !


Si dans un premier temps, on peut reprocher à Carpenter d'emprunter quelques idées et situation de siège vues dans Assaut et The Thing, on ne peut nier l'indéniable efficacité qui émane de cette guérilla homérique aussi barbare que belliqueuse. Empruntant à la dynamique de groupe et aux conflits de discorde avant l'accord d'une cohésion, nos survivants vont finir par collaborer avec des marginaux pour mieux combattre une tribu de guerriers sanguinaires ! C'est également la scénographie rutilante d'un Mars inquiétant permettant au spectateur de se dépayser pour s'immerger dans un environnement aussi hostile que palpable. A l'instar de la menace invisible (une sorte de poudre rouge) s'emparant des corps des êtres humains pour les posséder un à un et ainsi unifier une hiérarchie révolutionnaire. Affublés de peintures tribales et de piercings sur tout le visage, ces fantômes originaires d'une biologie indigène et libérés de leur caveau incarnent une métaphore sur le sort réservé au peuple indien lorsque les américains se sont emparés de leur terre. Et leur vengeance de s'accomplir ici sur Mars afin de repousser à nouveau l'envahisseur ! Outre l'aspect jouissif de certaines séquences d'action rigoureusement chorégraphiées et de certaines idées subversives (l'ingestion de drogue est ici profitable pour le consommateur s'il veut éviter l'emprise de l'entité indigène !), Ghosts of Mars est également privilégié par la prestance burnée de comédiens en roue libre affublés d'un look fétichiste. L'audace de Carpenter étant également d'avoir attribué le rôle principal à un personnage féminin, une jeune mannequin blonde préalablement révélée dans la sympathique série B, La Mutante. Et on peut avouer sans rougir que cette plantureuse beauté s'avère parfaitement crédible dans la peau d'une lieutenant inflexible toute aussi loyale lorsqu'elle décide de coopérer avec un anti-héros difficilement domptable. Secondé par Ice Cube, ce dernier livre sans réserve son meilleur rôle dans la peau d'un délinquant inébranlable fustigé depuis toujours par sa couleur de peau mais épris aujourd'hui d'un héroïsme rédempteur.  


Invaders from Mars
Rythmé par le score électro de Carpenter himself et des percussions hard-rock d'Anhrax, Ghost of Mars caractérise l'excellence d'une série B de samedi soir conduite avec efficacité, maîtrise et subversion. On apprécie d'autant mieux le caractère attachant et bien trempé de nos protagonistes symbolisant l'escorte solidaire assignée au sens de bravoure et du sacrifice, quelque soit leur différence sociale. 

Dédicace à Mathias Chaput
Bruno Matéï
3èx

jeudi 27 novembre 2014

HARLEQUIN. Prix du Jury, Prix de la Critique, Prix du Meilleur Acteur (Robert Powell) au Rex de Paris.

                                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site cineday.orange.fr

de Simon Wincer. 1980. Australie. 1h35. Avec Robert Powell, David Hemmings, Carmen Duncan, Broderick Crawford, Gus Mercurio, Alan Cassell, Mark Spain.

Récompenses: Prix du jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur pour Robert Powell au 10è Festival du film Fantastique de Paris.
Prix du jury de la critique internationale, meilleur scénario et meilleure photographie au Festival du film de Catalogne, 1980

Sortie salles France: 14 Janvier 1981. Australie: 20 Mars 1980

FILMOGRAPHIE: Simon Wincer est un réalisateur, producteur et scénariste australien né en 1943 à Sydney (Australie).
1979: Snapshot. 1980: Harlequin. 1983: Phar Lap. 1985: D.A.R.Y.L. 1987: La Chevauchée de Feu. 1990: Mr Quigley l'Australien. 1991: Harley Davidson et l'Homme aux santiags. 1993: Sauvez Willy. 1994: Jack l'Eclair. 1995: Opération Dumbo. 1996: Le Fantôme du Bengale. 2001: Crocodile Dundee 3. 2003: La Légende de l'Etalon Noir. 2011: The Cup.


Sorti en plein âge d'or du Fantastique australien, Harlequin reçu un accueil enthousiaste de la part du public et du vidéophile l'ayant découvert au début des années 80 dans son vidéo-club du coin. Célébré par trois prix au Festival du Rex de Paris (Prix du juryPrix de la Critique et Prix du Meilleur acteur pour Robert Powell), cette série B impeccablement troussée puise son originalité dans son concept peu commun bâti autour de l'intrusion d'un prestidigitateur chez une famille politique. Surgi de nulle part, Grégory Wolf se résigne à sauver la vie du fils d'un sénateur atteint d'un cancer incurable. Alors que le sous-gouverneur Steele est porté disparu en mer, Rick Rast est sur le point de prendre sa place parmi l'influence de son entourage politique. Mais l'arrivée inquiétante de Wolf multipliant tours de prestige et exploits de guérison vont bouleverser son ambition professionnelle ainsi que sa vie conjugale ! 


Cet étrange scénario dénonçant en sous texte social la corruption, l'influence et la mégalomanie au sein du corps politique use de supercherie et de manipulation parmi le témoignage d'un énigmatique Harlequin. Endossé par Robert Powell, l'acteur réussit à se tailler une stature quasi surnaturelle dans son apparence excentrique, ses tours de passe-passe improvisés et sa spontanéïté de dominer l'illusion. Renforcé d'un regard azur perçant, sa présence magnétique doit beaucoup au caractère fascinant et ambigu de sa personnalité tant il réussit à nous faire douter sur ses intentions louables ou malhonnêtes. Tout l'intérêt réside alors de savoir quel est le motif de son arrivée au sein de la famille Rast, est-il réellement doué de pouvoirs surnaturels et de guérison, et d'ou vient-il ? Alors que d'étranges évènements vont ébranler la tranquillité de certains membres du sénateur et rendre publique une potentielle affaire de viol, Grégory Wolf ne se prive pas de sarcasme pour railler ses adversaires avec une insolence dérangeante. Avec intense efficacité et suspense progressif, Simon Wincer met en appui une intrigue infaillible dans son lot de rebondissements oscillant entre stratégies politiques et simulacre de magie, là où l'apparence s'avère aussi bien trompeuse dans les deux camps. Quand au final haletant imprégné de mysticisme, il laisse planer le doute quand à la nouvelle destinée du fils du sénateur, quand bien même le générique de fin s'attarde sur son portrait imprimé sur le carrelage d'une cuisine !


Avec intelligence, malice et originalité, Harlequin idéalise le divertissement adulte à travers une fantaisie sardonique diablement ficelée fustigeant la manipulation politique. Rehaussé de la performance ensorcelante de Robert Powell, de seconds-rôles attachants et d'un climat d'inquiétude teinté d'onirisme, le film préserve toujours son pouvoir attrayant de fascination ! 

Bruno Matéï
4èx

    mercredi 26 novembre 2014

    PREDESTINATION

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site comingsoon.net

    de Michael Spierig et Peter Spierig. 2014. Australie. 1h37. Avec Ethaw Hawke, Noah Taylor, Sarah Snook, Elise Jansen, Christopher Kirby, Freya Stafford.

    Sortie Dvd France: 1er Décembre 2014. Australie: 28 Août 2014

    FILMOGRAPHIEMichael Spierig et Peter Spierig sont des réalisateurs australiens, nés le 29 Avril 1976 à Buchholz (Allemagne).
    2003: Undead. 2010: Daybreakers. 2014: Predestination


    "Ne faites jamais hier ce qui devrait être fait demain. Si vous réussissez, ne réessayez jamais !"

    Après le médiocre Undead et le sympathique Daybreakers, les frères Spierig se retrouvent pour le coup relégués à la case DTV avec Predestination, une série B d'anticipation inspirée d'un roman de Robert A. Heinlein, "Vous les zombies". Un agent secret a pour mission d'annihiler un dangereux terroriste. Avec l'aide d'un procédé temporel, il parcourt le passé afin d'éviter un prochain attentat de grande envergure. Gravement brûlé au visage lors d'une ultime altercation avec l'assassin, il se résigne une dernière fois à voyager dans le temps afin de l'éradiquer. 


    Si ce bref résumé a de quoi laisser dubitatif l'amateur de récits temporels "singuliers", détrompez vous du leurre, Predestination tirant parti d'un concept follement original autour de l'affrontement psychologique de personnages en quête identitaire. Exit donc les scènes d'action pétaradantes observées dans le dernier Blockbuster ricain pour laisser place ici à un affrontement entre deux individus avides d'une résolution existentielle car compromis dans un concours de circonstances dysfonctionnelles. La première partie nous précise le passé tourmenté d'une jeune femme pugnace, Jane, réduite à la solitude depuis sa naissance dans un orphelinat. Captivant dans sa structure détaillée, son cheminement malchanceux insuffle une réelle empathie pour l'étrange destin de cette femme destituée de sa propre personnalité et en quête de vengeance. Le second acte se focalise ensuite sur la transaction temporelle impartie entre l'agent secret (barman à ses heures perdues) et Jane après que cette dernière lui eut expliqué ses raisons de supprimer son amant, le paternel responsable de sa nouvelle condition et d'un enfant préalablement kidnappé à la naissance. Je n'en dévoilerais pas plus pour la progression des enjeux dramatiques riches d'imprévus et de révélations malsaines, mais outre l'aspect captivant d'une énigme retorse embourbée dans un contexte temporel sans fin, Predestination sous-tend une réflexion sur l'échec de la personnalité, de la psychose et la schyzophrénie (qui suis-je ? d'ou je viens ?) lorsqu'une personne rongée par la solitude et la colère se condamne elle même à briser une vie commune sans issue. L'intensité du conflit émane donc de la généalogie scabreuse d'une relation humaine bâtie sur la fraude, le simulacre et le viol d'identité.  

    Destination finale
    Conçu à la manière d'un puzzle complexe inévitablement confus, Predestination brode un scénario perfide pour nous entraîner dans une inexorable descente aux enfers autour de personnages interlopes noyés par leur solitude et l'échec de la réussite. Il en émane une perle de déviance (encore plus couillue que l'étonnant Looper de Rian Johnson !), un récit de science-fiction lancinant dans ses thématiques abordés où le contexte temporel fait office d'offrande empoisonnée (le serpent qui se mord la queue indéfiniment!), rehaussé en prime d'un score percutant et surtout de la constance tranchée des comédiens (Ethan Hawke et Noah Taylor sont hantés par une désillusion amoureuse).

    Dédicace à Jean Marc Micciche
    Bruno Matéï 

    mardi 25 novembre 2014

    L'ORPHELINAT (El Orfanato). Grand Prix, Gérardmer 2008.

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site allocine.fr

    de Juan Antonio Bayona. 2007. Espagne. 1h45. Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Montserrat Carulla, Géraldine Chaplin, Mabel Rivera.

    Récompenses: Grand Prix à Gérardmer, 2008
    Prix du Jury Sci-Fi à Gérardmer, 2008
    Prix Goya des Meilleurs Effets Spéciaux, 2008

    Sortie salles France: 5 mars 2008. Espagne: 11 Octobre 2007

    FILMOGRAPHIE: Juan Antonio Bayona est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1975 à Barcelone. 2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007: l'Orphelinat. 2012: The Impossible.


    Immense succès dans son pays d'origine, à l'instar de son ovation française reçue au Festival de Gérardmer (Grand Prix, Prix du Jury Sci-fi !), l'Orphelinat incarne l'archétype du Fantastique Espagnol noble lorsqu'un scénario charpenté est entièrement alloué à l'humanisme des personnages, au sens d'un mystère palpable et à l'ambiance éthérée d'un cas de hantise. En empruntant les thématiques délicates de l'enfance meurtrie, de l'instinct maternel, de la difficulté de surmonter le deuil et du sens du sacrifice, Juan Antonio Bayona se porte en conteur avisé pour mettre en exergue l'investigation rigoureuse d'une mère de famille obsédée par la disparition de son fils. Ancienne pensionnaire d'un orphelinat durant sa jeunesse, Laura décide aujourd'hui de rouvrir l'établissement pour accueillir de jeunes enfants handicapés. Mais le comportement de son fils, Simon, s'avère toujours plus inquiétant lorsqu'il se distrait avec ses potentiels amis invisibles. Le jour de l'inauguration, ce dernier disparaît sans laisser de traces. Malgré l'impuissance de la police, Laura se lance alors à sa recherche afin de le retrouver en vie puis finit par faire appel à une éminente parapsychologue. 


    Autour de cette douloureuse histoire de disparition infantile Spoil !!! mais aussi du châtiment macabre intenté à de jeunes orphelins fin du Spoil !, Juan Antonio Bayona aborde le sujet de l'injustice de la mort avec la sensibilité prude de parents déboussolés en quête de vérité. En particulier du point de vue de Laura, une mère déjà ébranlée par son ancienne adoption au sein de l'orphelinat, puisque du jour au lendemain contrainte de se séparer inopinément de ses jeunes amis pensionnaires. La manière intelligente dont le cinéaste fait intervenir le surnaturel s'avère d'autant plus crédible qu'il ne fait appel à aucune esbroufe puisque préconisant la fragilité psychologique de Laura (Belen Rueda s'avérant remarquable de sobriété dans son épreuve maternelle toujours plus significative !) embarquée dans une investigation aussi macabre que fructueuse. Outre sa force dramatique impartie aux thèmes de l'enfance meurtrie, du deuil inéquitable et de la démission parentale, l'Orphelinat joue sur la notion spirituelle de l'existence en l'au-delà avec pudeur afin de dédramatiser l'angoisse du trépas. En second plan, son onirisme candide et son atmosphère feutrée laissent planer un mystère diffus autour de cette bâtisse gothique entachée de mauvais souvenirs et de secrets inavoués. Sans déflorer l'alibi de l'intrigue riche en rebondissements, le film puise donc son acuité dans le cheminement mystique de Laura emmêlée dans une énigme aussi longue et cruelle mais aussi salvatrice. 


    Avec émotion et sensibilité, Juan Antonio Bayona renouvelle le film de fantôme grâce à l'intelligence d'un script retors impeccablement structuré. Sans volonté de brusquer le spectateur, il occulte la terreur traditionnelle pour miser sur le suspense lattent et la caractérisation humaine de ces personnages confrontés à un destin aussi funèbre que rédempteur ! Poème d'amour et de mort, l'Orphelinat se résumant à une bouleversante leçon de décence envers ces enfants martyrs épris de grâce maternelle ! 

    Bruno Matéï
    2èx

    vendredi 21 novembre 2014

    ASSAUT (Assault on Precinct 13)

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

    de John Carpenter. 1976. U.S.A. 1h31. Avec Austin Stoker, Darwin Joston, Martin West, Laurie Zimmer, Nancy Kyes, Tony Burton, Charles Cyphers.

    Sortie salles France: 5 Juillet 1978. U.S: 5 Novembre 1976

    FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


    Après un premier essai de science-fiction fauché (Dark Star), John Carpenter nous établi un coup de maître avec Assaut, variation moderne du western Rio Bravo d'Howard Hawks auquel il voue une admiration sans borne. Mal accueilli par la critique et le public dans son pays d'origine, le film accède pourtant à la notoriété en Europe pour se tailler rapidement une réputation de film culte. Inspiré également de la Nuit des Morts-vivants, John Carpenter réalise avec son petit budget une véritable prouesse technique dans sa maîtrise de narrer singulièrement l'état de siège d'un petit commissariat pris à parti avec une horde de meurtriers impassibles. La raison de leur blocus émane du témoignage d'un homme réfugié dans le central 13 depuis qu'il eut été témoin de l'assassinat de sa fille (une scène-choc d'un réalisme dérangeant !) et après s'être vengé de son tortionnaire, un des leaders du gang. Sévèrement choqué et en état de marasme, il ne peut exprimer aux autorités sa situation de détresse auquel une fillette et un vendeur de glace venaient d'être lâchement exécutés ! Au même moment, un groupe d'individus de diverses ethnies s'organise autour du bâtiment afin de pouvoir l'appréhender ! Avec l'aide de deux dangereux criminels en attente de transfert, le shérif Ethan Bishop, la secrétaire Leigh et la standardiste Julie vont tenter de le protéger et de se défendre contre les tirs des assaillants.


    Modèle d'efficacité aussi intense que spectaculaire, Assaut s'octroie au mode du huis-clos afin de mesurer le courage de divers protagonistes que tout oppose (trois policiers vont négocier leur survie avec le soutien de deux criminels et finalement s'accepter malgré leur divergence morale) contre la menace brutale de gangsters méthodiques. Caractérisés comme des fantômes aussi mutiques qu'étrangement véloces, John Carpenter emprunte au fantastique quasi surnaturel dans leur posture belliqueuse parfaitement planifiée et nous confronte au western moderne dans son action échevelée, dans l'héroïsme viril de ses personnages et dans l'aspect rétro d'un commissariat aménagé de vieilles cellules. Scandé par le score électrique de John Carpenter, l'ambiance crépusculaire qui émane autour du blocus laisse distiller une impression horrifique sous-jacente lorsque l'établissement se retrouve encerclé par des criminels suicidaires voués au martyr ! Notamment la manière silencieuse dont ils s'y prennent pour cibler leurs otages à l'aide de balles tirées au silencieux ! Une séquence d'anthologie aussi jouissive qu'étrangement inquiétante dans son silence imposé ! Outre l'impact spectaculaire et fun de ces foudroyants éclairs de violence, Assaut est également transcendé par son sens du suspense infaillible et la prestance charismatique de comédiens totalement investis dans leur fonction de survie, jusqu'aux moindres seconds rôles. Des personnages burnés redoublant de risques et bravoures afin d'éviter les balles, puis tenter en désespoir de cause de sortir de leur établissement en fouinant une issue de secours. Si tous les acteurs impeccablement dessinés s'avèrent formidablement attachants, on peut mettre en exergue la présence féminine de la troublante Laurie Zimmer endossant avec un flegme imperturbable une secrétaire audacieuse dans ses prises de risque inconsidérées. Son regard doux et magnétique et son comportement loyal envers l'un des prisonniers nous transcendent un des plus beaux portraits de femme forte au point de voler la vedette à tous ces partenaires burinés !


    Sous couvert social d'une montée en puissance de la violence et de la délinquance au sein d'une Amérique gangrenée par la prolifération des armes, Assaut transfigure l'archétype du divertissement violent dans ce western urbain incroyablement photogénique. Sa mise en scène carrée, l'impact envoûtant de sa partition au synthé, la frénésie de son action, l'ambiance étrangement funèbre qui en émane et la dimension héroïque de ces héros en cohésion nous cristallisent un chef-d'oeuvre mythologique ! 

    Bruno Matéï
    5èx

    jeudi 20 novembre 2014

    LE MORT-VIVANT (Dead of Night)

                                                                                Photo scannée appartenant à Bruno Matéï

    de Bob Clark. 1972/74. U.S.A. 1h32. Avec John Marley, Lynn Carlin, Richard Backus, Henderson Forsythe, Anya Ormsby, Jane Daly, Michael Mazes.

    Sortie salles France: 20 Août 1975. U.S: 30 Août 1974  

    Récompenses: Prix du Meilleur Scénario au Festival du film fantastique de Paris.
    Prix du Meilleur Scénario au Festival du film de Catalogne, 1975

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Bob Clark est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 5 Août 1941 à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane (Etats-Unis), décédé le 4 Avril 2007 à Pacific Palisades, en Californie.
    1966: The Emperor's New Clothes. 1967: She-Man. 1972: Children Shouldn't play with dead things. 1974: Le Mort-Vivant. 1974: Black Christmas. 1979: Meurtre par décret. 1980: Un Fils pour l'été. 1982: Porky's. 1983: Porky's 2. 1983: A Christmas Story. 1984: Rhinestone. 1985: Turk 182 ! 1987: From the Hip. 1990: Loose Cannons. 1995: Derby (télé-film). 1999: P'tits génies. 2004: SuperBabies.


    Juste avant Black Christmas, fer de lance du psycho-killer, Bob Clark avait déjà marqué les esprits avec le Mort-Vivant, authentique film culte d'une surprenante originalité dans son thème emprunté au mythe du zombie et dans sa métaphore assignée au trauma vietnamien. Car sous couvert d'une intrigue horrifique au climat sévèrement mortifère, le film traite en filigrane de la difficile réinsertion des vétérans américains livrés à la folie et la solitude dans leur pays en berne. Un officier du ministère vient apprendre à la famille Brooks que leur fils Andy est mort au front vietnamien. Quelques jours plus tard, ce dernier réapparaît vivant à la stupeur des parents ! Mais déboussolé, impassible et mutique, Andy se morfond dans la solitude quand bien même un routier est retrouvé sauvagement assassiné. Une descente aux enfers commence pour la famille et leur nouveau rejeton réduit à l'état de monstre !


    Portrait glaçant d'un soldat infériorisé par sa dégénérescence physique et morale, le Mort-Vivant est un cauchemar américain d'un réalisme acéré. De par la prestance magnétique de l'acteur John Marley pourvu d'une trogne aussi famélique que rigide, et le parti-pris de sa mise en scène proche du documentaire. Privilégiant l'étude de caractère des personnages, le film gagne en crédibilité lorsque le cinéaste s'attarde à souligner la situation de crise d'une cellule familiale tourmentée par le retour de leur fils, car réfugié depuis dans l'isolement. Alors que le père adopte un comportement davantage irascible et suspicieux à son égard, la mère, déjà bien perturbée de sa longue absence, préserve aujourd'hui son instinct maternel afin de le protéger contre toute culpabilité. Quand à la soeur d'Andy, elle mise pour le retrait, une manière docile de ne pas interférer dans la discorde afin d'apaiser les tensions. Emaillé de séquences horrifiques assez malsaines, le Mort-Vivant provoque une terreur sourde pour les agissements meurtriers de ce soldat revenu de l'Enfer ! Les meurtres sauvagement perpétrés s'avérant d'autant plus déconcertants qu'Andy pratique des perfusions intraveineuses pour se nourrir du sang des victimes ! Il en émane une trouble fascination face à son comportement interlope, notamment pour la variation de son look (col roulé et lunettes noires afin de panser ses plaies purulentes !) et de sa dégénérescence physique appuyée par les maquillages du débutant Tom Savini (Andy se putréfiant inexorablement en dépit de ses dernières agressions sanglantes !). Qui plus est, épaulé d'une photo granuleuse et sombre, le climat glauque qui enveloppe le récit distille une atmosphère étouffante que la musique de Carl Zittrer va accentuer dans des tonalités dissonantes. Enfin, le film s'achève de manière bien cruelle lors d'un épilogue dérangeant resté dans les mémoires, de par son caractère poignant proprement tragique Spoil ! (Andy s'inhumant lui même devant sa tombe face au témoignage impuissant de sa mère et de la police). Fin du Spoiler.


    Moi, Zombie, chronique du traumatisme.
    Avec audace, intelligence et originalité, Bob Clark suggère avec le Mort-Vivant un pamphlet contre la barbarie guerrière et le traumatisme des vétérans à leur retour au pays. Grâce à l'interprétation effrayante de John Marley, aux seconds-rôles dépouillés et à la verdeur de son réalisme, le film insuffle une aura putrescente dans cette descente aux enfers d'une intensité cauchemardesque. 
    AVERTISSEMENT ! N'optez pas pour la Version Française, le doublage s'avérant superficiel et sa nouvelle partition musicale usurpée ! 

    Bruno Matéï
    4èx

    mercredi 19 novembre 2014

    ALIENS, LE RETOUR (Aliens)

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine

    de James Cameron. 1986. U.S.A. 2h17 (Version Cinema)/2h34 (Director's Cut). Avec Sigourney Weaver, Michael Biehn, Carrie Henn, Lance Henriksen, Paul Reiser, Bill Paxton.

    Sortie salles France: 8 Octobre 1986. U.S: 18 Juillet 1986

    Récompenses: Oscars du Meilleur Montage Son et des Meilleurs Effets visuels en 1986
    Prix Hugo: Meilleur Film en 1987
    Kinema Junpo Awards: Meilleur Film Etranger
    Saturn Awards: Meilleur Film de Science-Fiction

    FILMOGRAPHIE: James Francis Cameron est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 16 Août 1954 à Kapuskasing (Ontario, Canada)
    1978: Kenogenis (court-métrage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar.


    Si Ridley Scott avait innové en matière de space-opera horrifique avec son modèle matriciel Alien, James Cameron exploite ici son concept sous une facture autrement belliqueuse, Aliens misant autant sur le film de guerre que l'horreur tentaculaire d'une hostilité organique décuplée ici en masse. Epaulé de Ripley, une escouade de marines et un humanoïde charitable ont pour mission de se rendre sur la planète LV-426 depuis qu'un groupe de colons s'est porté disparu. Enrôlés à la rescousse et armés jusqu'aux dents, ils vont devoir livrer une bataille sans merci contre des milliers de Xenomorphes toujours plus vicieux et voraces dans leurs stratégies meurtrières. Film d'action pur et dur mis en scène avec une maestria imperturbable, Aliens, le Retour prend le contre-pied de son modèle préétabli en concentré d'angoisse diffuse et de suggestion pour s'édifier aujourd'hui en blockbuster homérique d'une intensité insatiable. Avec intelligence et efficacité, James Cameron exploitant le potentiel épique de son histoire au service de la situation démunie des personnages, quand bien même un traître à bord va tout mettre en oeuvre pour compromettre la mission afin de pouvoir ramener un spécimen extra-terrestre sur Terre. 


    Sur le mode opératoire du survival ardu, nos combattants brimés par une menace d'abord imperceptible vont redoubler de vigilance afin de débusquer les potentiels Aliens occultés dans les sous-terrains jusqu'aux plafonds des galeries. James Cameron exploitant à merveille l'aspect anxiogène de son refuge industriel, de ses laboratoires et navettes spatiales au coeur d'un espace crépusculaire. La première partie du film mise donc sur l'attente exponentielle d'un danger sous-jacent toujours plus palpable et donc éminemment angoissant. Pour renforcer l'intensité des enjeux humains, la découverte d'une survivante infantile va être adoptée par le commando dont Ripley se portera garante dans une protection maternelle (elle venait d'ailleurs d'apprendre la mort de sa fille après 57 ans d'hyper sommeil !). Le cinéaste va notamment profiter de leur tendre complicité pour les confronter à une série de dangers impromptus aussi alarmistes qu'éprouvants ! Enfin, dans un concours d'incidents techniques, comme cette navette de secours détruite en plein vol ou ce réacteur nucléaire prêt à exploser dans les heures prochaines, nos baroudeurs vont persévérer de stratégies de défense et d'offensive afin de déjouer l'envahisseur. Un occupant extra-terrestre décuplé ici en nombre puisque des centaines d'Aliens vont se résoudre à les exterminer dans une voracité toujours plus véloce ! Cette alternance de suspense intense, d'horreur organique et d'action spectaculaire s'avère adroitement charpentée pour mettre en alerte le spectateur (à l'instar de son point d'orgue paroxystique illustrant le combat au corps à corps de Ripley contre la reine Alien !), tandis que le caractère bien trempé de la plupart des personnages nous impressionne dans leur sens de bravoure, d'honneur et de sacrifice. 


    "Ne la touche pas, sale pute !"
    Modèle de mise en scène d'une maîtrise chirurgicale, Aliens, le Retour allie horreur insidieuse et action guerrière avec le réalisme d'une intensité vertigineuse. Il en émane un grand huit ultra jouissif dominé par la prestance virile d'une Sigourney Weaver aussi humble qu'intrépide dans son portrait maternel et guerrier. Formellement fascinant, de par sa scénographie spatiale humide et rubigineuse et ces effets-spéciaux novateurs encore bluffants, ce chef-d'oeuvre homérique est également transcendé par les percussions échevelées de James Horner

    Bruno Matéï
    4èx

    Le p'tit mot de Laurent !
    "Aliens le retour ! du lourd, du très lourd ! C'est vrai que James Cameron n'est pas du genre à filmer des grille-pain pendant une heure sous tous les angles mais plutôt des usines entières ! Après une décennie de d'hégémonie du space op' type Guerre des Etoiles, Cameron nous rappelait que les hommes n'iraient pas dans l'espace seulement comme des rêveurs idéalistes mais y transporteraient leurs arsenaux (du métal perforant, du nucléaire) leurs idéologies (libéralisme, techno-militarisme) et leurs pathologies(névroses, psychose et autres blessures). A part le film "Outland" je ne connais pas d'autres films du genre aussi politiquement explicites(2001,Solaris, Silent Running datant d'avant 1977, il me semble).
    Mais l'ami James n'est pas un moraliste, ni un donneur de leçons, c'est un véritable artiste qui n'oublie jamais que le cœur reste la plus fascinante des machines.
    Ici, au centre de son immense mécano en voie de détérioration, au milieu des jets de vapeurs et d'acides, au bord du gouffre et de l'autodestruction, quand le cancer gagne, quand la folie guette, il nous bouleverse en faisant de l'attachement (mère/enfant) une condition essentielle de la survie de notre humanité."


    Les critiques des autres opus: 
    Alien, le Huitième Passager: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/04/alien-le-huitieme-passager.html
    Alien 3: http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/alien-3.html
    Alien, la Résurrection: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/alien-la-resurrection.html

    mardi 18 novembre 2014

    LA DERNIERE VAGUE (The Last Wave). Prix Spécial du Jury, Avoriaz 78.

                                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site solium.ru

    de Peter Weir. 1977. Australie. 1h46. Avec Richard Chamberlain, Olivia Hamnett, David Gulpilil, Frederick Parslow, Vivean Gray, Nandjiwarra Amagula, Walter Amagula.

    Récompenses: Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1978
    Meilleure Photographie, Meilleur Son lors des Australian Film Institute Awards, 1978
    Meilleur Acteur, Richard Chamberlain au Festival du film de Catalogne, 1982.

    Sortie salles France: Novembre 1977. Australie: 15 Décembre 1977

    FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australien, né le 21 Août 1944, à Sydney, Australie. 1974: Les Voitures qui ont mangé Paris. 1975: Pique-nique à Hanging Rock. 1977: La Dernière Vague. 1981: Gallipoli. 1982: l'Année de tous les Dangers. 1985: Witness. 1986: Mosquito Coast. 1989: Le Cercle des Poètes Disparus. 1990: Green Card. 1993: Etat Second. 1998: The Truman Show. 2003: Master and Commander. 2011: Les Chemins de la Liberté.

                                             

    Fleuron de l'âge d'or du fantastique australien, la Dernière Vague est aujourd'hui bien souvent réduit au silence par les fans du genre, alors que le jeune public en ignore son existence faute de son invisibilité sur nos écrans. Couronné du Prix Spécial du Jury à Avoriaz et depuis sorti en Dvd chez nous dans un superbe coffret regroupant 4 films fondateurs de Peter Weir, La Dernière Vague symbolise avec subtilité un fantastique éthéré autour de visions d'apocalypse, entre rêve prémonitoires et réalité pessimiste. A Sydney, à la suite du meurtre d'un aborigène, un avocat tente de défendre cinq accusés mis en cause par ce lynchage communautaire. Au fil de son investigation, David Burton va être assujetti à d'étranges rêves témoignant des rites ancestraux d'une tribu aborigène. Pour endosser celui d'un avocat en perdition existentielle, il est étonnant de retrouver ici le bellâtre acteur des Oiseaux se cachent pour mourir dans une oeuvre indépendante aussi métaphysique que déroutante ! De par son rythme apathique réfutant le spectacle d'envergure et l'atmosphère irréelle qui s'émane d'une imagerie onirico-cauchemardesque. 


    Si la première partie du film demande un certain effort pour accepter la monotonie ambiante du héros en perpétuel questionnement sur l'idéologie aborigène, la suite s'avère toujours plus captivante lorsqu'il tente de démystifier le rite tribal d'un meurtre commis en réunion. A travers cette étrange intrigue dénonçant la colonisation de l'homme blanc sur le peuple aborigène, la Dernière Vague fait appel à la tradition de "l'âge d'or", au respect tribal et de leur éthique, là où l'importance du rêve accorde une grande place pour surveiller le climat de notre environnement. Et s'il y a trahison d'un de leur membre, le coupable en est sévèrement châtié par le pouvoir de la sorcellerie ! Cette race d'esprits que l'on prénomme ici "Mulkurul" ont comme devoir de prédire l'avenir à travers les songes et d'imposer leur nouvelle présence lorsque la nature cyclique doit se renouveler ! Traversé de séquences impressionnantes (mais concises !) d'intempéries diluviennes, de tempêtes de grêle et de pluie noire, le film emprunte la voie métaphorique de Dame Nature se rebellant contre l'irrespect de l'homme moderne réfractaire aux anciennes religions et depuis condamnées au silence. Une ambiance d'apocalypse y est alors distillée par la suggestion de prédictions cauchemardesques auquel un homme blanc va interférer parmi la télépathie d'un aborigène pour percer leurs secrets. Tel ce potentiel achèvement de notre monde venu purifier de nos pêchers toutes formes de civilisations ! Par la force d'images sensitives où l'eau symbolise autant la pureté que l'élément déclencheur d'une violence climatique, la Dernière Vague fait appel à la puissance d'évocation, au sens de la suggestion afin d'anticiper une angoisse latente toujours plus prégnante ! 


    Le Nouveau Monde
    Réflexion métaphysique sur une perpétuelle renaissance existentielle et sur le rapport spirituel des rêves, La Dernière Vague fait appel au sens du déchaînement de la nature pour nous rappeler son omnipotence face à notre égocentrisme. Epaulé du score lancinant de Charles Wain, d'une photo naturelle et de l'interprétation magnétique de l'étonnant Richard Chamberlain (sans doute son meilleur rôle !), cette enquête mystique aussi fascinante qu'inquiétante laisse en exergue une vision plutôt crépusculaire de notre avenir. Avant qu'un nouveau monde n'éclot...  

    Bruno Matéï
    3èx

                                        

    lundi 17 novembre 2014

    LA MORTE-VIVANTE

                                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site t411.me

    de Jean Rollin. 1982. France. 1h29. Avec Marina Pierro, Françoise Blanchard, Mike Marshall, Carina Barone, Jean-Pierre Bouyxou.

    FILMOGRAPHIE: Jean Michel Rollin, Roth Le Gentil est un réalisateur, producteur et scénariste français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (France), décédé le 15 Décembre 2010.
    1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'Itinéraire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les Démoniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquées, 1981 : Fugues mineures (Les Paumées du petit matin), 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : À la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La Fiancée de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la Méduse.


    Dans la mouvance du gore transalpin qui avait éclaboussé nos écrans au début des années 80, Jean Rollin profite du filon commercial pour mettre en scène la Morte-Vivante. Une série Z franchouillarde bourrée de maladresses et d'incohérences mais néanmoins récupérée par une thématique intéressante déjà exploitée par le magnifique Moi, zombie, chronique de la douleur et le Jour des Morts-vivant, la résurgence du regain de conscience du point de vue d'un Zombie ! Après avoir déposé des fûts toxiques dans la crypte d'un château, trois hommes réveillent l'âme de la défunte Catherine Valmont. Livrée à sa nouvelle déchéance, elle tue de sang froid les intrus dans un instinct sanguinaire. Seule dans le château, Catherine se remémore ses souvenirs d'enfance avec Hélène, sa meilleure amie avec qui elle partageait une grande complicité. 


    Produit commercial surfant sur la vague des Zombie Movies invoqués par Fulci, Lenzi, Bianchi et consorts, la Mort-Vivante exploite avant tout le caractère explicite des situations gores émanant du comportement erratique de notre héroïne avide de sadisme et de sang frais. A l'aide de trucages en latex très élémentaires mais néanmoins efficaces, Jean Rollin ne lésinant pas sur le racolage pour filmer en gros plan moult plaies entaillées et chairs déchiquetées. Endossé par des comédiens inexpressifs et pourvu d'une réalisation approximative, le film prête à sourire par son aspect aussi ridicule que fauché. Pourtant, avec la personnalité sensible de son auteur, on se prend néanmoins d'intérêt à suivre le cheminement indécis d'une morte-vivante victime de sa condition meurtrière et de son isolement. Autour de son errance nocturne et parmi la tendre relation qu'elle renoue avec son amie d'enfance, les thèmes de l'amour, de la réminiscence, de l'amitié, du sacrifice et des sentiments nous sont abordés parmi l'intimité fragile de deux femmes compromises à une dérive sanguinaire. Et les rôles de s'inverser lorsque Catherine, éprise de conscience et de sensibilité, va finalement se raviser de ses exactions morbides, quand bien même Hélène va au contraire persévérer dans l'avilissement afin de combler le vide existentiel de sa compagne.


    Liens d'amour et de sang
    En dépit de son amateurisme et de ses inévitables maladresses parfois risibles, La Morte-Vivante réussit à divertir et attendrir dans une notion de romantisme imparti à une zombie livide vêtue de blanc. Si sa dimension psychologique s'avère bien mal exploitée et que les comédiens ternes lui portent préjudice, on se prend quand même d'affection à suivre la destinée singulière de Catherine, fantôme abdiqué par Dieu et la mort. A réserver aux inconditionnels de Rollin

    Bruno Matéï
    2èx

    vendredi 14 novembre 2014

    SPECTRE (The Boogeyman)

                                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

    de Ulli Lommel. 1980. U.S.A. 1h22. Avec Suzana Love, Ron James, John Carradine, Nicholas Love, Raymond Boyden, Felicite Morgan.

    Sortie salles France: 15 Juillet 1981. U.S: 11 Juillet 1980

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ulli Lommel est un réalisateur, acteur et scénariste allemand, né le 21 Décembre 1944 à Sulecin (Pologne).
    1973: La Tendresse des Loups. 1979: Cocaïne Cowboys. 1980: Spectre. 1980: Blank Generation. 1983: The Devonsville Terror. 1983: Mad Night. 1983: Boogeyman 2. 1985: A la poursuite de la pierre sacrée. 1986: Overkill. 1989: Top Gun Sacrifice. 1994: Marilyn my love. 1997: Alien X Factor. 1998: Bloodsuckers. 2005: Zodiac Killer. 2005: B.T.K Killer. 2006: The Raven. 2007: Borderline Cult. 2007: Curse of the Zodiac. 2007: The Tomb. 2008: Son of Sam. 2008: Dungeon Girl.


    Série B bisseuse des années 80 totalement oubliée de nos jours, Spectre avait rencontré le succès lors de sa sortie en salles US et durant son exploitation vidéo dans l'hexagone. Réalisé par Uli Lommel, cinéaste prolifique comptabilisant une cinquantaine de films à son curriculum, le film surfe sur le succès en vogue du psycho-killer initié par Halloween ainsi que le film sataniste inspiré de l'Exorciste et d'Amityville (la demeure familiale de nos héros ressemble d'ailleurs étrangement à celle des Lutz !). Ce curieux mélange des genres aurait pu sombrer dans la gaudriole s'il n'avait bénéficié d'une idée aussi originale que retorse, alors que son ambiance inquiétante nous plonge avec délice dans un univers susceptible ! Car sous l'entremise d'un miroir brisé, le fantôme d'un tortionnaire d'enfants revient ici d'entre les morts pour se venger d'eux et de leurs proches.


    L'intrigue débute donc avec un prologue particulièrement sordide lorsqu'un frère et une soeur, Lacey et Willy, vont à nouveau être les souffres douleurs d'un beau-père pervers sous le témoignage complice de leur mère. En particulier Willy retrouvé enchaîné sur son lit pendant que les bourreaux copulent dans la pièce d'à côté. Finalement libéré par sa soeur cadet, il va se précipiter dans leur chambre pour poignarder sauvagement son beau-père à plusieurs reprises. 20 ans plus tard, nous retrouvons Lacey et Willy hébergés chez leurs grands-parents mais profondément déstabilisés par cette sanglante tragédie. Alors que Lacey trouve le soutien auprès de son mari Kevin, Willy se terre dans le mutisme depuis son exaction criminelle. Afin d'exorciser leurs démons, Lacey décide tout de même de retourner dans la maison de leur enfance mais va se retrouver confronter au fantôme du beau-père dans le reflet d'un miroir. Depuis, d'étranges phénomènes surnaturels vont apparaître sous la forme de particules de verre et importuner la tranquillité de la famille. Ce pitch à la limite du grotesque réussit miraculeusement à éviter le ridicule grâce à la persuasion du sentiment de danger et l'efficacité de sa réalisation oscillant entre l'expectative du suspense et les altercations morbides. Que ce soit dans l'accomplissement des meurtres aussi inventifs que sanglants, dans l'ambiance glauque agréablement diffuse ou dans la conduite soutenue du récit, Spectre réussit à captiver par le biais d'une hostilité invisible particulièrement sournoise. Pour renforcer et avertir la sensation de danger, un souffle lourd nous est imposé durant ses déplacements en caméra subjective, quand bien même le score envoûtant de Tim Krog va amplifier ce trouble sentiment de présence irréelle ! Si le manque de cohérence de certains personnages se fait parfois sentir dans leur apathie de stupeur et que l'approximation des dialogues aurait gagné à être argumenté, la bonne volonté des comédiens réussit tout de même à insuffler une vraie sympathie dans leur fonction de victimes éprouvées et leur bravoure de dernier ressort (le final délirant s'avérant explosif dans leur combat opposé aux forces du Mal !).


    Grâce à son ambiance ombrageuse plutôt palpable, sa photo soignée, son score lancinant et l'originalité d'un pitch détonnant, Spectre réussit à provoquer charme et sympathie dans un esprit naïf de bisserie délicieusement rétro. A préconiser aux nostalgiques de l'époque, le film s'avérant aujourd'hui encore plus attachant dans sa sincérité maladroite. Enfin, notons également l'apparition clin d'oeil de David Carradine dans un rôle avenant de psychiatre sclérosé.

    Dédicace à Adrien Pennequin et remerciement à Uncut Movieshttp://www.uncutmovies.fr/
    Bruno Matéï
    3èx

      jeudi 13 novembre 2014

      L'ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS

                                                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Bruno Forzani et Hélène Cattet. 2014. France/belgique/Luxembourg. 1h41. Avec Klaus Tange, Jean-Michel Vovk, Sylvia Camarda, Sam Louwyck, Anna D'Annunzio.

      Sortie salles France: 12 Mars 2014

      FILMOGRAPHIE: Bruno Forzani et Hélène Cattet sont un couple de cinéastes français résidant à Bruxelles.
      2010: Amer. 2013: L'Etrange couleur des Larmes de ton corps.


      Après leur premier coup d'essai Amer qui avait tant divisé son public, le duo Forzani/Cattet réexplore l'univers du giallo auteurisant à coup de stylisme alambiqué et d'expérimentation sensorielle. Un téléphoniste rentre dans son appartement et découvre que sa femme a disparu. Perdu dans sa solitude, il tente de la retrouver dans son immeuble parmi la compagnie de voisins interlopes et parmi l'étrangeté de sons stridents. 


      Autant prévenir de suite, tous les spectateurs qui avaient été frustrés par l'hermétisme de l'intrigue en triptyque d'Amer risquent à nouveau de faire grise mine avec l'Etrange couleur des larmes de ton corps ! Notre couple de cinéastes continuant de verser dans l'expérimental et de pousser au paroxysme une imagerie sensuello-morbide imbriquée dans une trame aussi vertigineuse que nonsensique. C'est du moins mon ressenti personnel en tant que témoin d'un premier visionnage auquel il sera ici impossible de disserter de manière objective ! Le film se révélant à nouveau une expérience sensitive encore plus aboutie d'un point de vue stylisé et plus organique dans la manière vénéneuse dont les auteurs exploitent un dédale d'obsessions du corps féminin et du regard oculaire avant les coups de lames acérées. Formellement sublime dans sa maîtrise picturale (les cadrages tarabiscotés accumulent avec frénésie les prouesses techniques !) magnifiant la présence suspicieuse des protagonistes comme celle de sa scénographie art-déco, l'Etrange couleur des larmes de ton corps fait appel au sens olfactif, au tactile et à l'ouïe (la BO vintage honore des tubes transalpins quand bien même les bruitages stridents ne cessent de nous agresser !). De cette fantasmagorie baroque et sexuelle émane une confusion (volontaire) d'écriture pour mieux nous égarer dans un labyrinthe de paranoïa où inceste, sadomasochisme et fétichisme sont étroitement liés.


      Fascinant et agaçant à la fois, de par l'incompréhension de l'intrigue, la multiplicité des plans rapides et l'attitude équivoque des protagonistes surgis parfois de nulle part, l'Etrange couleur des larmes de ton corps s'avère une expérience fulgurante dans son maelstrom de séquences hallucinées faisant office d'anthologie atypique. Inévitablement, cette expérience avec l'art du cinéma déchaînera une fois de plus les passions comme celle des déceptions. Mais aussi abstrait et nébuleux, ce giallo néo-surréaliste pourrait à nouveau séduire et éclaircir l'interrogation du spectateur au fil d'autres visionnages. Et quitte à insister, l'hypnose impartie au florilège de séquences oniriques n'a jamais été contemplé de manière aussi symétrique sur la toile !

      Bruno Matéï

      mercredi 12 novembre 2014

      LES GARDIENS DE LA GALAXIE (Guardians of the Galaxy)

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site dailymars.net

      de James Gunn. 2014. U.S.A. 2h01. Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, David Bautista, Vin Diesel, Bradley Cooper, Lee Pace, Michael Rooker, Karen Gillan, Djimon Hounson, John C. Reilly, Glenn Close, Benicio Del Toro.

      Sortie salles France: 13 Août 2014. U.S: 1er Août 2014

      FILMOGRAPHIEJames Gunn est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur et directeur de photo, né le 5 Août 1970 à Saint Louis, dans le Missouri (Etats-Unis).
      2006: Horribilis. 2010: Super. 2013: My Movie Project (Segment: Beezel). 2014. Les Gardiens de la Galaxie.


      Dixième film consacré à Marvel, les Gardiens de la Galaxie est l'adaptation du Comic éponyme créé en 1969. James Gunn nous narrant ici les exploits du terrien Peter Jason, enlevé par des extra-terrestres dès son plus jeune âge, et devenu depuis un marginal parmi une équipe de mercenaires. Après avoir découvert l'Orbe sur la planète Morag, un objet convoité par le dictateur Ronan et Thanos le Titan, Peter va devoir faire équipe avec quatre chasseurs de prime et se livrer à une guerre sans merci pour sauver de l'apocalypse la planète Xandar. Car depuis un concours de circonstances périlleuses, telle leur détention houleuse en interne d'un pénitencier, l'Orbe va revenir entre les mains de Ronan et déclencher l'inévitable offensive. 


      Blockbuster estival estampillé tous publics, les Gardiens de la Galaxie joue la carte du divertissement homérique à travers ses batailles spatiales héritées de Star Wars et ses combats martiaux furtifs influencés par le jeu-vidéo. Bourré de séquences spectaculaires et de gadgets inventifs dans un univers flamboyant des plus dépaysants, l'intrigue cousue de fil blanc se condense à une lutte entre le Bien et le Mal, un enjeu belliqueux pour la sauvegarde de l'humanité. En dépit de cette histoire éculée à la forte impression de déjà vu, le film réussit à provoquer l'amusement par son esprit décomplexé d'humour décalé émanant de situations farfelues et par l'extravagance de personnages indécis. Prioritairement le raton laveur génétiquement modifié, Rocket, au caractère entêté, et son adjoint, Groot, un arbre humanoïde toujours à l'affût du moindre danger pour le protéger. Outre la solidarité de ses compères unis par la confiance, il y a également Gamora, ancienne partisane de Ronan, reconvertie aujourd'hui en gardienne afin de détruire l'Orbe, puis enfin, Drax, un colosse avide de vengeance depuis la mort de sa femme et de sa fille. Ses quatre mercenaires vont finalement prêter main forte au terrien Peter après avoir essuyé plusieurs conflits d'autorité et de divergence vis à vis de l'Orbe, objet sphérique pourvu d'un pouvoir destructeur. Grâce à la loyauté de leur leader, ils vont apprendre à transgresser leur peur et leur faiblesse dans une cohésion fraternelle. Emaillés de séquences poétiques (la situation précaire de Gamora éjectée dans l'espace, le final fulgurant !) ou de moments d'émotion prude (la séquence d'ouverture dévoilant la condition cancéreuse de la mère de Peter, le cadeau d'adieu de ce dernier dévoilé en épilogue), Les Gardiens de la Galaxie n'oublie pas la dimension humaine de ces justiciers prônant les valeurs familiales, de camaraderie, du courage, du pardon, d'amour et du sens du sacrifice.


      Malgré l'aspect rebattu de son scénario prémâché et le manque de souffle épique dans ses batailles rangées, Les Gardiens de la Galaxie réussit à émouvoir et divertir par l'entremise d'un récit initiatique moins anodin qu'il n'y parait, à l'instar de sa plaidoirie contre la dictature des guerres et de l'injustice. Haut en couleurs, rafraîchissant, plein d'humour et de vitalité, il s'en détache un capital sympathie infaillible, notamment dans son ode musicale à l'évasion. 

      Dédicace à Stéphane Passoni
      Bruno Matéï

      mardi 11 novembre 2014

      PATRICK

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

      de Richard Franklin. 1978. Australie. 1h47. Avec Robert Thompson, Susan Penhaligon, Robert Helpmann, Rod Mullinar, Bruce Barry, Julia Blake, Helen Hemingway

      Récompense: Grand Prix à Avoriaz en 1979

      Sortie salles France: 9 Mai 1979. Australie: 1er Octobre 1978

      FILMOGRAPHIE: Richard Franklin est réalisateur et producteur australien, né le 15 Juillet 1948 à Melbourne (Australie), décédé le 11 Juillet 2007.
      1972: Belinda. 1973: Loveland. 1975: The True Story of Eskimi Nell. 1976: Fantasm. 1978: Patrick. 1981: Déviation Mortelle. 1983: Psychose 2. 1984: Cloak and dagger. 1986: Link. 1991: FX 2, effets très spéciaux. 1994: Un Agent très spécial (télé-film). 1995: Hotel Sorrento. 1996: Brillliant Lies. 1997: One way Ticket (Télé-film). 1999: Le monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle: la découverte (télé-film). 2003: Visitors.


      Quel étrange ovni que ce Patrick, production australienne récompensée du Grand Prix à Avoriaz en 1979, alors que ses compères Halloween et Phantasm écopent successivement du Prix de la Critique et du Prix Spécial du Jury. Un préjudice porté au classique onirique de David Schmoeller, Tourist Trap, puisque passée dans l'indifférence des membres du Jury présidés par Roger Corman ! Prochainement responsable du sympathique Déviation Mortelle et des excellents Psychose 2 et Link (son meilleur film !), Richard Franklin aborde le thème de la psychokinésie à travers le châtiment d'un patient de 24 ans plongé dans un coma à la suite du meurtre de sa mère et de son amant


      Soigné dans l'institut privé du Dr Roget, un praticien cruel délibéré à le maintenir en vie afin de démystifier les secrets de la mort, Patrick est chaudement accueilli par l'infirmière néophyte, Katy Jacquart. Epris d'affection dans leur complicité de confiance, ils vont entretenir une curieuse relation amicale en communicant avec une machine à écrire. Mais des phénomènes paranormaux toujours plus violents vont ébranler la sérénité de l'infirmière et de son entourage, Patrick étant maladivement jaloux de ses relations extraconjugales. Alliant le surnaturel et la romance entre l'infirmière empathique et le tueur doué de pouvoirs télékinésiques, Patrick est une étrange curiosité pourvue d'une intrigue intéressante (l'impuissance d'un criminel alité transcendée par ses pouvoirs paranormaux et provoquant le malheur des autres à distance !) mais desservie d'une mise en scène académique. D'ailleurs, la même année, Jack Gold exploitera avec beaucoup plus d'habileté et de maîtrise le même concept avec le spectaculaire la Grande Menace. Si l'intrigue insolite se laisse efficacement suivre, la mollesse de son rythme nous empêche de nous passionner pour les enjeux dramatiques au point de démotiver une partie des spectateurs par son absence d'action (si élude 2/3 scènes chocs assez réussies). En prime, le charisme austère de l'interprétation perfectible manque de crédit dans leur démarche de survie ou d'héroïsme. Seules, les prestances de Susan Pehhaligon, en infirmière bienveillante et affirmée, et de Robert Thompson, en tueur mutique exprimé d'un regard impassible, parviennent à instaurer un climat d'inquiétude dans leurs sentiments ambigus d'amour et de rancoeur. 


      Défavorisé par une réalisation brouillonne et des seconds-rôles plutôt ternes, Patrick réussit néanmoins à éveiller l'intérêt par son propos original et l'étrangeté de son ambiance surnaturelle. Une curiosité sympathique mais inévitablement obsolète que seuls les nostalgiques indulgents auront encore plaisir à suivre. 

      Bruno Matéï
      11/11/14. 3èx
      21/04/02