Photo empruntée sur Google, appartenant au site imdb.com
de Juan Antonio Bayona. 2007. Espagne. 1h45. Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Montserrat Carulla, Géraldine Chaplin, Mabel Rivera.
Sortie salles France:
5 mars 2008. Espagne:
11 Octobre 2007
FILMOGRAPHIE:
Juan Antonio Bayona est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1975 à Barcelone. 2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007:
l'Orphelinat. 2012: The Impossible.
L'Orphelinat : le deuil comme ultime acte d'amour
Immense succès public et critique en Espagne, ovationné en France au Festival de Gérardmer (Grand Prix, Prix du Jury Sci-Fi), L'Orphelinat est l'archétype du fantastique espagnol le plus noble lorsqu'un scénario charpenté est entièrement mis au service de l'humanisme des personnages, d'un mystère palpable et d'une ambiance éthérée autour d'un cas de hantise littéralement bouleversant. En empruntant les thématiques délicates de l'enfance meurtrie, de l'instinct maternel, de la difficulté à surmonter le deuil et du sens du sacrifice, Juan Antonio Bayona se révèle un conteur avisé en mettant en exergue l'investigation rigoureuse d'une mère de famille obsédée par la disparition de son fils.
Ancienne pensionnaire d'un orphelinat durant sa jeunesse, Laura décide aujourd'hui de rouvrir l'établissement afin d'y accueillir de jeunes enfants handicapés. Mais le comportement de son fils, Simon, devient de plus en plus inquiétant lorsqu'il se distrait avec ses prétendus amis invisibles. Le jour de l'inauguration, ce dernier disparaît sans laisser de traces. Face à l'impuissance de la police, Laura se lance alors à sa recherche, persuadée qu'il est toujours en vie, avant de faire appel à une éminente parapsychologue.

Ainsi, autour de cette épineuse histoire de disparition infantile, Juan Antonio Bayona aborde le sujet de l'injustice de la mort à travers la sensibilité pudique de parents déboussolés en quête de vérité. Plus particulièrement du point de vue de Laura, mère déjà profondément ébranlée par son ancienne adoption au sein de l'orphelinat, contrainte, du jour au lendemain, de se séparer brutalement de ses jeunes compagnons d'infortune. La manière intelligente dont le cinéaste fait intervenir le surnaturel est d'autant plus crédible qu'il ne cède jamais à l'esbroufe, privilégiant avant tout la fragilité psychologique de Laura. Belén Rueda, littéralement habitée, se montre d'ailleurs remarquable de sobriété dans cette épreuve maternelle toujours plus poignante et persuasive. Outre sa force dramatique impartie aux thèmes de l'enfance meurtrie, du deuil inéquitable et de la démission parentale, L'Orphelinat interroge avec pudeur la dimension spirituelle de l'au-delà dans un réalisme plus vrai que nature, jusqu'à dédramatiser l'angoisse du trépas. En second plan, son onirisme candide et son atmosphère feutrée laissent planer un mystère diffus autour de cette bâtisse gothique entachée de mauvais souvenirs et de secrets inavoués. Sans déflorer les ressorts de cette magnifique intrigue riche en rebondissements, le film puise toute son acuité dans le cheminement mystique de Laura, égarée au cœur d'une énigme aussi longue que cruelle, mais finalement salvatrice.

Avec émotion et une sensibilité à fleur de peau nullement démonstrative, Juan Antonio Bayona renouvelle le film de fantômes grâce à l'intelligence d'un script retors, profondément humain. Sans jamais chercher à ébranler le spectateur par des effets faciles, il délaisse la terreur traditionnelle au profit d'un suspense latent, d'une angoisse parfois insécure et de la caractérisation profondément humaniste de personnages meurtris, confrontés à un destin aussi funèbre que rédempteur. Poème d'amour fou et de mort, L'Orphelinat se mue en une bouleversante leçon de décence envers ces enfants martyrs, arrachés à leur cocon maternel. Un chef-d'oeuvre précieux dont on ne sort pas indemne.
— Celui du cœur noir des images 🖤
05.07.26. 3èx
Récompenses: Grand Prix à Gérardmer, 2008
Prix du Jury Sci-Fi à Gérardmer, 2008
Prix Goya des Meilleurs Effets Spéciaux, 2008
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