mercredi 9 octobre 2024

Le Chat Noir / The Black Cat

                                             
                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Edgar G. Ulmer. 1934. U.S.A. 1h05. Avec Karloff Boris, Lugosi Bela, Manners David, Bishop Julie, Brecher Egon.

Sortie salles France: 13 Mars 1936. U.S: 7 mai 1934

FILMO: Edgar Georg Ulmer est un réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie américain d'origine autrichienne (1904-1972) responsable de 49 longs-métrages !


Hormis son titre inappropriĂ©, Le chat Noir dĂ©peint la confrontation au sommet de deux personnages ambitieux: un architecte et un psychiatre notoire entachĂ©s d'un lourd passĂ© conflictuelle. Or, le Dr. Vitus Werdegast (Bela Lugosi) est aujourd'hui dĂ©cidĂ© Ă  se venger de son bourreau après avoir vĂ©cu 15 annĂ©es de bagne. Pour cause, durant la guerre, l'architecte Hjalmar Poelzig (Boris Karloff) profita de sa longue absence pour se mĂ©prendre de son Ă©pouse ainsi que sa fille. Mais Vitus, rescapĂ© de l'enfer d'une forteresse Russe a retrouvĂ© ses traces depuis l'exil de son rival aux 4 coins du monde. Quand bien mĂŞme un jeune couple Ă©garĂ© incidemment dans la demeure de Hjalmar se retrouve mĂŞlĂ© Ă  leur discorde. 

Ainsi donc, Ă  travers l'affrontement cĂ©rĂ©bral entre nos stars de l'Ă©pouvante, Edgar Georg Ulmer nous livre un de ces glorieux classiques des annĂ©es 30 Ă  travers un rĂ©cit implacablement structurĂ© qui plus est renforcĂ© d'une ambiance tantĂ´t macabre, tantĂ´t inquiĂ©tante, tantĂ´t baroque. Car pour l'emploi de ce climat surrĂ©aliste fort particulier, nous sommes interpellĂ©s par la beautĂ© et la modernitĂ© des dĂ©cors architecturaux de la demeure exacerbĂ©s d'un Ă©clairage expressionniste pour y parfaire des figures gĂ©omĂ©triques ainsi qu'un jeu d'ombres sournoises auprès de nos protagonistes obscurs qui entourent le couple Ă©garĂ©.

Quant aux couacs, au delĂ  d'une unique scène humoristique entre deux policiers venus rendre visite dans la demeure et d'un dĂ©tail narratif irrĂ©solu (de quelle manière Hjalmar conserve inctact le corps de ses victimes embrigadĂ©es dans les cages de verre ?), Le Chat Noir est un passionnant jeu de pouvoir entre deux ennemis dĂ©terminĂ©s Ă  ne point lâcher prise dans leur combat moral quelqu'en sera l'issue rĂ©servĂ©e. Et ce au nom de la fiertĂ© de l'arrivisme pour l'un et de la haine rancunière pour l'autre (au confins de la dĂ©mence) quant au final horrifique particulièrement sadique.


Boris Karloff est impressionnant dans son personnage patibulaire imbus, lestement indocile, voir aussi dĂ©daigneux envers sa clientèle livrĂ©e Ă  sa merci Ă  l'aune de ses troubles expĂ©riences. Haute stature imposante, regard lourd, sombre prĂ©sence physique dans un accoutrement vestimentaire mortifère, Boris Karloff s'approprie du cadre avec une discrĂ©tion expressive hypnotique ! Bela Lugosi, lui, est futilement hautain lors de ses rĂ©ponses emphatiques, Ă©pris de mĂ©lancolie aussi et de gravitĂ©. Car atteint d'une profonde douleur dans l'âme et le coeur, l'acteur laisse transparaitre avec un naturel rigoureusement inquiĂ©tant (voir parfois mĂŞme malaisant) sa dĂ©tresse, son chagrin insurmontable quant Ă  sa tragique dĂ©couverte filiale. 

D'autre part, en ce qui concerne son imagerie à la fois baroque et macabre (on reste pantois de trouble admiration pour la perversité invoquée aux cages de verres féminines !), on reste fasciné par son final haletant se clôturant sur une séance singulière de diabolique liturgie où le spectateur sera encore interloqué auprès de l'arrière plan d'un étrange décor gothique à l'art abstrait.

Passionnant dans ses caractĂ©risations fĂ©briles et Ă©trangement magnĂ©tique pour la vigueur son noir et blanc Ă©vocateur, Le Chat Noir est surtout l'occasion de voir rĂ©unir Ă  l'Ă©cran deux stars de l'Ă©pouvante rigoureusement impliquĂ©s, inspirĂ©s, habitĂ©s par leur personnage occulte afin de nous susciter l'apprĂ©hension pour leur singulier règlement de compte aussi tortueux que tragique. Un classique effectivement immortel pour reprendre la tagline de son Dvd Ă©ditĂ© chez nous en version originale. 


CĂ´te Ă©motive (sur 5): ☆☆☆☆☆ 
P.S: les étoiles évaluent le plaisir ressenti, rien à voir avec une quelconque note objective.

*Bruno
09.10.24. 2èx. Vost
16.08.10

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