mardi 11 septembre 2012

BULLHEAD (Rundskop)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site movies.tvguide.com

de Michael R. Roskam. 2011. Belgique. 2h08. Avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, Barbara Sarafian, Tibo Vandenborre, Frank Lammers, Sam Louwyck, Robin Valvekens, Baudoin Wolwertz.

Sortie salles France: 22 Février 2012. Belgique: 2 Février 2011

Récompenses: Prix du Meilleur premier film à FanTasia, 2011
Prix du Jury et du Public au Festival du film policier de Beaune, 2011
Propeler Motovuna au Festival du film de Motovun, 2011
Meilleur Film aux Prix du film Flamand, 2011
Prix André-Cavens de l'Union de la critique de cinéma (UCC), 2011
Magritte du cinéma du meilleur scénario et du meilleur film flamand en co-production, 2011

FILMOGRAPHIE: Michael R. Roskam (de son vrai nom MichaĂ«l Reynders) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste belge, nĂ© en 1972 Ă  Saint Trond. 
2011: Bullhead


LardĂ© de rĂ©compenses dans son pays d'origine, Bullhead fait presque figure d'oeuvre inclassable dans sa structure narrative affiliĂ© au polar et au drame social, son ambiance cafardeuse, son humour parfois cocasse (les rĂ©parties verbales des 2 garagistes fort en gueule) et sa dimension humaine sur le dĂ©clin. Pour une première rĂ©alisation, Michael R. Roskam frappe fort et nous envoie un uppercut en pleine face dans son acuitĂ© Ă©motionnelle Ă  fleur de peau toujours plus abrupte ! HabitĂ© par l'interprĂ©tation transie de Matthias Schoenaerts, toute l'intrigue admirablement Ă©crite repose sur ses robustes Ă©paules et nous entraĂ®ne dans l'introspection mentale d'un homme profondĂ©ment frustrĂ© car molestĂ© par un trauma infantile.


A Limbourg, Jackie, fils de fermier corrompu, complote depuis toujours un trafic d'hormones auprès de la mafia pour sa viande bovine. Mais le meurtre inopiné d'un flic va contraindre la police à surveiller ses activités ainsi que celles de ses complices dont un ami d'enfance, Diederick. Compromis à un lourd secret lié à leur adolescence, les deux acolytes vont renouer avec le poids de cette réminiscence .


Avec la photo aigre d'un climat blafard, Bullhead empreinte la voie du polar moite pour dĂ©crire avec densitĂ© le drame humain d'une homme introverti car esseulĂ© depuis le drame de son enfance. Parfois Ă©pris d'une violence incontrĂ´lĂ©e par la prise addictive de ces stĂ©roĂŻdes mais aussi victimisĂ© par son refoulement sexuel, Jacky est enfoui dans un mutisme nihiliste. Avec l'arrivĂ©e d'un ami qu'il n'avait pas revu depuis longtemps et d'une police en filature, son passĂ© va refaire surface et lui remĂ©morer une grave agression aux sĂ©quelles irrĂ©versibles. Dès lors, au grĂ© de flash-back habilement insĂ©rĂ©s dans le cheminement hasardeux, une descente aux enfers latente nous ait confrontĂ© Ă  travers le profil d'un homme livrĂ© Ă  lui mĂŞme car trop longtemps abdiquĂ© par son entourage et sa famille. 
Il faut louer la dextĂ©ritĂ© limpide que Michael R. Roskam a su retranscrire Ă  narrer un script en chute libre oĂą les principaux protagonistes recèlent une dimension humaine chargĂ©e de remord ou de dĂ©pit. Avec la maĂ®trise inspirĂ©e d'une mise en scène autonome et une efficience haletante, Bullhead nous isole dans les vestiges d'un homme littĂ©ralement Ă©crasĂ© par la tare de la frustration et la morositĂ© de son environnement animalier. Dans ce rĂ´le torturĂ©, Matthias Schoenaerts fait preuve d'un charisme animal impressionnant dans sa carrure robuste et ces furieux accès de violence extĂ©riorisĂ©s par une conscience martyrisĂ©e. Mais c'est aussi et surtout sa dimension humaine discrĂ©ditĂ©e, sa dĂ©sillusion de ne pouvoir concrĂ©tiser une vie de postĂ©ritĂ© qui interpelle le spectateur avec une empathie sensitive toujours plus inconfortable. ATTENTION SPOILER !!! D'ailleurs, le point d'orgue redoutĂ©, d'une intensitĂ© dramatique quasi insoutenable dans sa romance dĂ©chue nous arrache les larmes de l'amertume et nous Ă©branle viscĂ©ralement jusqu'au marasme, faute d'un nihilisme dĂ©sespĂ©rĂ©. FIN DU SPOILER


Comme un chien enragé
Fascinant par son rĂ©alisme âpre, ombrageux pour son cheminement indĂ©cis, voir parfois mĂŞme dĂ©routant dans ses sautes d'humour intermittentes, cet ovni venu de Wallonne implique le spectateur d'une façon si intime qu'il dĂ©sĂ©quilibre la maĂ®trise de nos sentiments. Sous couvert de polar austère, Bullhead est surtout une chronique dĂ©shumanisĂ©e d'un paysan meurtri, envoĂ»tĂ© par l'interprĂ©tation magistrale de Matthias Schoenaerts . La dĂ©liquescence mentale d'un malfaiteur Ă©perdument amoureux mais incapable de pouvoir transcender son handicap. Le rapport d'un viol irrĂ©parable en dĂ©pit d'un mutisme rural, l'impuissance inĂ©vitable d'un taureau au coeur flagellĂ©. DĂ©chirant jusqu'au malaise surmenĂ©. 

DĂ©dicace Ă  Daniel Aprin et Christophe Cosyns
11.09.12
Bruno Matéï



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