jeudi 19 septembre 2013

Hostel, Chapitre 2 (Hostel: Part 2)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Eli Roth. 2007. U.S.A. 1h35. Avec Lauren German, Bijou Philips, Heather Matarazzo, Jay Hernandez, Roger Bart, Vera Jordanova.

Sortie salles France: 11 Juillet 2007. U.S: 8 Juin 2007

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Rares sont les suites qui parviennent Ă  supplanter leur modèle. Jubilatoire et fascinant autant qu'inquiĂ©tant et profondĂ©ment dĂ©rangeant par son ultra perversitĂ© hallucinĂ©e.
Durant le phĂ©nomène du torture porn initiĂ© par Saw, Eli Roth nous offrit Ă©galement sa copie avec un pur film d'exploitation moins roublard mais tout aussi hardcore, Hostel. Un an plus tard, il dĂ©cide de  remettre le couvert avec ce second chapitre toujours produit par son compère Quentin Tarantino. Hostel 2 reprend donc le mĂŞme concept linĂ©aire auquel de traditionnels touristes Ă©garĂ©s en Slovaquie deviendront les futurs cobayes de rupins assoiffĂ©s de sang et de perversitĂ©. Sauf qu'en l'occurrence, les victimes ne sont plus de jeunes dragueurs machistes mais trois fĂŞtardes un peu trop influençables (tout du moins chez 2 d'entre elles). Avec sa photo saturĂ©e et l'aspect flamboyant de dĂ©cors stylisĂ©s (la fĂŞte Ă©sotĂ©rique au sein du village, la pièce des trophĂ©es oĂą sont Ă©tagĂ©es les tĂŞtes dĂ©capitĂ©es, l'antichambre des tortures gĂ©rĂ©e Ă  l'instar d'une forteresse), Eli Roth nous plonge dans un nouveau bain de sang oĂą l'art du supplice est nĂ©gociĂ©e aux enchères par la tĂ©lĂ©phonie mobile de riches notables. De par l'efficacitĂ© d'un suspense expectatif, Hostel 2 joue autant la carte de l'humour noir violemment sardonique que de la perversitĂ© innommable sous l'entremise de deux bourgeois en quĂŞte de plaisir morbide. En apprĂ©ciant la mĂ©chancetĂ© de son intensitĂ© dramatique en crescendo dĂ©nuĂ©e de concession. 


Alors que l'un s'excite Ă  l'idĂ©e de commettre ses horribles mĂ©faits sur une jolie Ă©tudiante, l'autre semble beaucoup plus distant et timorĂ© Ă  oser braver l'interdit. C'est dans la caractĂ©risation de ces antagonistes maladifs, deux pères de familles aisĂ©s qu'Eli Roth prend soin de nous dĂ©velopper leur divergence morale. Roger Bart (dĂ©couvert dans la sĂ©rie Desperate Housewives) insufflant une complexitĂ© psychologique dans son esprit introverti et refoulĂ©, faute d'une mĂ©gère asexuelle, mais nĂ©anmoins rattrapĂ© par ses pulsions misogynes. En père de famille contrairement serein et plein d'aplomb, Richard Burgi (Ă©galement issu de la mĂŞme sĂ©rie TV !) lui partage la vedette avec un cynisme pervers autrement assumĂ©. La densitĂ© nĂ©vrotique qu'ils vĂ©hiculent spontanĂ©ment s'avère donc l'atout capital pour l'entreprise de ce second chapitre. Quand aux trois jeunes Ă©tudiantes, consĂ©cutivement endossĂ©es par Lauren German, Bijou Phillips et Heather Matarazzo, elles rĂ©ussissent Ă  nous retransmettre leur douleur morale et leur affres de la mort avec une fragilitĂ© fĂ©minine beaucoup plus empathique que nos machistes lubriques du prĂ©cĂ©dant opus. En manipulatrice aguicheuse oh combien insidieuse, la sublime et longiligne Vera Jordanova impose l'antinomie d'une prĂ©datrice vĂ©nale sous son regard noisette de louve mesquine.


EmaillĂ© de sĂ©quences chocs douloureuses et radicales (le supplice du bain de sang inspirĂ© par la comtesse Elisabeth Bathory est une scène d'anthologie Ă  marquer d'une pierre blanche), non exempt d'humour potache vers son dernier quart d'heure festif (le dĂ®ner anthropophage que Ruggero Deodato pratique en autodĂ©rision, la partie de foot des orphelins avec une tĂŞte dĂ©capitĂ©e, l'Ă©masculation risible), Hostel 2 bĂ©nĂ©ficie d'un savoir-faire infaillible auprès de son efficacitĂ© mĂ©tronome culminant Ă  l'horreur hardcore aussi incisive que dĂ©rangeante. Son constat social sur la cupiditĂ© dĂ©montrant aussi avec ironie mordante Ă  quel point l'argent, la richesse, le pouvoir peuvent conditionner les bas instincts des fortunĂ©s les plus dĂ©pravĂ©s. Une sĂ©quelle supĂ©rieure Ă  son modèle donc, techniquement mieux maĂ®trisĂ©e, formellement rutilante (avec un sens du dĂ©tail constamment stylisĂ© !), si bien que l'effet de surprise est (miraculeusement) renouvelĂ© de par la densitĂ© psychologique des antagonistes et des victimes soumises s'efforçant de s'extirper de l'atrocitĂ© avec une force d'expression Ă  la fois dĂ©munie et hystĂ©risĂ©e. A ne pas rater, en le priorisant toutefois Ă  un public aguerri (il est d'ailleurs interdit aux - de 16 ans). 

La Chronique de Hostel: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/01/hostel.html

*Bruno Matéï
19.09.13. 
23.04.22. 3èx

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