de Bob Rafelson. 1981. U.S.A. 2h00. Avec Jack Nicholson, Jessica Lange, John Colicos, Michael Lerner, William Traylor, John P. Ryan, Angelica Huston.
Sortie salles U.S: 20 Mars 1981
FILMOGRAPHIE: Bob Rafelson est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 21 Février 1933 à New-York. 1968: Head. 1970: Cinq pièces faciles. 1972: The King of Marvin Gardens. 1976: Stay Hungry. 1981: Le Facteur sonne toujours 2 fois. 1986: La Veuve Noire. 1989: Aux Sources du Nil. 1992: Man Trouble. 1996: Blood and Wine. 1998: Poodle Springes (télé-film). 2002: Sans motif apparent.
Remake du film homonyme de Tay Garnett, adapté du célèbre roman de James M. Cain, le Facteur sonne toujours 2 fois adopte une démarche plus sulfureuse sous la houlette du réalisateur Bob Rafelson pour l'audace d'un érotisme torride (le coït dans la cuisine reste dans toutes les mémoires). Réunissant deux illustres acteurs incarnant avec passion un duo d'amants diaboliques, ce thriller habilement charpenté allie leur romance déchue avec une acuité émotionnelle somme toute élégiaque.
Le pitch: Dans le Middle-West des années 30, deux amants paumés vont tenter de se débarrasser du mari gênant afin d'assouvir leur nouvelle relation. Mais rien ne se déroulera comme prévu...
Auréolé d'une aura de scandale dès sa sortie internationale pour la verdeur érotique de sa séquence pré-citée, le Facteur sonne toujours deux fois continue toujours de surprendre à travers la violence ardente d'ébats passionnels. Si bien que cette charge torride que Jessica Lange et Jack Nicholson retransmettent vigoureusement enveloppe tout le récit par leur complicité faillible et leur désespoir amoureux à tenter de fonder une aubaine conjugale.
Sous ses atours de thriller criminel au suspense sous-jacent et aux rebondissements parfois fortuits - notamment à travers les magouilles édifiantes de la jurisprudence - Bob Rafelson transcende le drame passionnel pour sublimer le portrait subversif d’amants broyés par leur frustration sociale. Par l’élégance formelle de sa mise en scène appliquée - reconstitution soignée de l’après-crise de 1929, baignée d’une photo sépia - Le Facteur sonne toujours deux fois nous ensorcelle dans un climat feutré où deux amants s’enfoncent dans la déveine à mesure que leur entreprise crapuleuse s’accomplit.
En amant meurtrier, Jack Nicholson magnétise l’écran, endossant avec ambiguïté la figure d’un marginal flâneur et infidèle, mais résolument déterminé à conquérir sa dulcinée. Paumée et effrontée, débordante de fragilité amoureuse, Jessica Lange lui donne la réplique avec une complicité vénale empreinte d’idéologie immorale. La beauté suave qu’elle dégage, la charge sensuelle violente qu’elle distille à travers son regard doucement carnassier insufflent un jeu de séduction digne des grandes figures fatales. Corps et âme, les deux interprètes composent un couple fébrile, aussi désespéré que délétère, nourrissant l’envoûtement malsain de leur névrose commune.
Déclinaison charnelle portée par une aura érotique omniprésente, un score mélancolique entêtant et l’alchimie incendiaire du couple Nicholson / Lange, transperçant l’écran par la fusion de leurs corps et de leurs pulsions, Le Facteur sonne toujours deux fois oppose le thriller érotique au drame romanesque avec une intensité émotionnelle profondément bouleversante. Un classique ambitieux et résolument moderniste qui, à mon sens - subjectif et assumé - transcende même son modèle notoire, autrement plus prude et docile. Une fois n’est pas coutume.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
16.09.13. 3èx




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