vendredi 24 août 2018

La Maison du Diable / The Haunting

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreur-web.forumactif.com

"The Haunting" de Robert Wise. 1963. Angleterre. 1h51. Avec Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson, Russ Tamblyn, Fay Compton, Rosalie Crutchley, Lois Maxwell, Valentine Dyall, Diane Clare, Ronald Adam.

Sortie en salles en France le 4 Mars 1964. U.S: 18 Septembre 1963.

FILMOGRAPHIERobert Wise est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, monteur nĂ© le 10 Septembre 1914, dĂ©cĂ©dĂ© le 14 Septembre 2005 Ă  Winchester (Indiana). 1944: La MalĂ©diction des Hommes Chats, 1945: Le RĂ©cupĂ©rateur de cadavres, 1948: Ciel Rouge. NĂ© pour Tuer. 1949: Nous avons gagnĂ© ce soir. 1952: La Ville Captive. 1952: Le Jour oĂą la terre s'arrĂŞta. 1954: Les Rats du DĂ©sert. 1957: MarquĂ© par la Haine. 1958: l'OdyssĂ©e du sous-marin Nerka. 1962: West Side Story. 1963: La Maison du Diable. 1966: La MĂ©lodie du Bonheur. 1967: La Canonnière du Yang-TsĂ©. 1972: Le Mystère Andromède. 1975: L'OdyssĂ©e du Hindenburg. 1977: Audrey Rose. 1980: Star Trek. 1989: Les Toits. 2000: Une TempĂŞte en Ă©tĂ© (tĂ©lĂ©-film)

 
"Les Murmures de Hill House".
RĂ©alisateur prolifique, virtuose de la diversitĂ© des genres, Robert Wise s’inspire en 1963 d’un roman de Shirley Jackson pour tenter d’authentifier le cas d’une demeure hantĂ©e dans La Maison du Diable. Passionnante psychanalyse des angoisses les plus ravageuses, ce chef-d’Ĺ“uvre inĂ©galĂ© laisse planer un doute constant sur l’intrusion du surnaturel, nous entraĂ®nant dans le vertige d’une interrogation irrĂ©solue.

Le pitch : un professeur en parapsychologie rĂ©unit trois auxiliaires autour d’un cas de maison hantĂ©e dans la cĂ©lèbre Hill House. Eleanor, la plus fragile, semble Ă  la fois attirĂ©e et terrifiĂ©e par la prĂ©sence diffuse qui hante la demeure. Peu Ă  peu, sa vie bascule dans la paranoĂŻa et la nĂ©vrose, submergĂ©e par le deuil rĂ©cent de sa mère et par cette bâtisse aux charmes tĂ©nĂ©breux qui exerce sur elle une emprise occulte.

Modèle de suggestion d’une richesse vertigineuse, La Maison du Diable est une expĂ©rience ultime de la peur subtile, insidieuse, celle du dĂ©sagrĂ©ment. Robert Wise y trace avec une Ă©motion feutrĂ©e le portrait introspectif d’une femme esseulĂ©e, accablĂ©e par une existence marquĂ©e du sceau de la dĂ©rĂ©liction. Incapable de supporter sa cohabitation avec une sĹ“ur autoritaire, Eleanor vit rongĂ©e par la culpabilitĂ© du dĂ©cès de sa mère impotente. Un soir, alors que celle-ci l’implorait de lui apporter ses mĂ©dicaments, Eleanor, Ă©puisĂ©e ou distraite, omet de rĂ©pondre Ă  l’appel. 

En conteur circonspect, Wise ausculte les tourments mentaux d’une cĂ©libataire aguerrie, hypersensible aux mesquineries d’une compagne de chambre qui la provoque, miroir cruel de sa paranoĂŻa naissante. Dans cet environnement trop vaste, baroque et menaçant (l’immense escalier en colimaçon, le jardin de statues figĂ©es), Eleanor perçoit une aura malĂ©fique qui la consume. Les premiers phĂ©nomènes inexpliquĂ©s — un tambourinement assourdissant derrière une porte, des voix enfantines ou caverneuses, des bruits de pas, une porte respirante — viennent aggraver la terreur. Est-ce la maison qui agit ? Ou l’esprit d’Eleanor qui implose ? La mise en scène nerveuse, les cadrages alambiquĂ©s, l’hystĂ©rie contenue des tĂ©moins : tout nous plonge dans une angoisse troublante, oĂą la psychose devient soupçon, et l’architecture mĂŞme du lieu une incarnation de la peur intĂ©rieure.

La force du film Ă©merge du psychisme vulnĂ©rable d’Eleanor, tĂ©moin d’Ă©vènements peut-ĂŞtre paranormaux, ou simple victime de son propre effondrement. La maison pourrait n’ĂŞtre que le catalyseur fantasmatique des angoisses rĂ©primĂ©es par les esprits les plus introvertis, les plus brisĂ©s. Quand l’autonomie Ă©choue, que l’ego se dissout, que le passĂ© revient hanter — la peur du noir, de la mort, de l’inconnu — il ne reste qu’un gouffre bĂ©ant. Celui d’une culpabilitĂ© inguĂ©rissable, nĂ©e d’une mère mourante que l’on n’a pas su sauver.


"Le Vertige du doute".
Sommet d’angoisse latente, de tension diffuse et de mystère insondable, La Maison du Diable s’impose comme la clef de voĂ»te du gothique psychologique. Ă€ travers la hantise d’un manoir sublimement Ă©clairĂ© de contrastes monochromes, Robert Wise transcende la psychanalyse d’une patiente dĂ©chue, emportĂ©e — malgrĂ© elle ou avec un consentement trouble — par une dĂ©livrance morbide pour Ă©chapper Ă  une solitude invivable. Le doute plane, toujours : hallucination ou rĂ©alitĂ© ? La maison respire-t-elle ? Ou est-ce Eleanor qui se dĂ©sintègre ? Le film joue avec brio sur cette ambiguĂŻtĂ©, distille une suggestion vĂ©nĂ©neuse, jusqu’Ă  devenir une Ă©nigme impĂ©nĂ©trable, hantĂ©e par une entitĂ© peut-ĂŞtre fictive, peut-ĂŞtre malveillante. Pour parachever l’expĂ©rience, la force expressive du quatuor d’interprètes (Ă  graver dans le marbre) porte le rĂ©cit Ă  incandescence. Depuis, aucun cinĂ©aste n’a su dĂ©passer ce chef-d’Ĺ“uvre incorruptible — et c’est un euphĂ©misme.

* Bruno
24.08.18. 5èx
27.09.11. 337 vues

3 commentaires:

  1. 7 commentaires:

    lirandel28 septembre 2011 Ă  00:00
    Très bonne critique du film , encore que le besoin de Freud ne sois pas nécessaire pour appréhender cette histoire.
    la seule histoire d' Eleanore est suffisante Ă  elle mĂŞme
    et le réalisateur nous fait la démonstration hypnotique
    d'un parcours en accentuant des contours très inconscients il est vrai.
    Il est possible de voir ce film sans faire allégeance à Sigmund. il faut se rassurer de temps en temps.

    Merci de mettre Robert Wise au gout du jour mon cher Bruno.
    j'ai vu beaucoup de ces films , mais dont j'attends la plupart d'entre eux en raie bleue..

    Ce film est une perle d'élaboration cinématographique
    non seulement dans les plans , mais dans la direction d'acteurs…
    la scène de l'escalier en colimaçon est tout juste extraordinaire.
    Ce type connaissais le montage et cela ce voit d'entrée
    dans sa conception initiale.
    Inutile de nier plus loin l'influence exercĂ©e par ce film pour l'Ă©laboration d'Amytiville ….un monument.

    J'ai l'odyssée du sous marin Nerka sous les yeux , dont il me tarde de regarder.

    Un incontournable dont tu as cité l'essence justement .
    " Ces séquences percutantes sont admirablement rendues par un montage nerveux plutipliant les angles de vue alambiqué et s'accaparant d'un climat oppressant scandé par le témoignage terrifié de nos protagonistes déconcertés."

    avec dr jekyll et Mr Hyde 1941 avec Spencer Tracy , il s'agit là d'un film d'épouvante au premier degré dont il est très rare de trouver des acteurs
    si investis...

    Très étrange , et dont on aimerai écouter des bonus qui n'existe pas .

    MOTEURRRRRR......

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    Bruno Matéï (Dussart)28 septembre 2011 à 08:38
    Merci Lirandel. J'ai oblitéré le terme freudien.

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    Anonyme28 septembre 2011 Ă  15:25
    Wise est un immense cinéaste. Il avait cette qualité rare de faire des grands films avec des scripts qui, entre deux yeux moins experts, n'auraient pas donné le même résultat. La force du montage qui fut la première arme de Wise (Cirizen Kane, The Magnificent Ambersons) se mesure dans chaque séquence. "The Haunting" est une véritable réussite du genre sur tous les plans. Le mélange des acteurs très cadrés dans leurs personnalités respectives fonctionne admirablement et la photo de Boulton sait susciter le doute et l'angoisse.

    Le futur "La Maison des Damnés" de John Hough d'après un scénario et un roman de Matheson doit beaucoup à ce film, je pense. Il faut oublier le titre français qui est totalement idiot. Tout est dit avec "The Haunting".

    Tout les stylistes aiment Robert Wise (Scorsese, De Palma, Spielberg). Son nom lui allait plutôt bien ! Il fut un maître discret. La suite de "Cat People", The Body Snatcher, The Day the Earth Stood Still, Odds Against Tomorrow, Somebody up there likes me, West Side Story, sans oublier son chef-d'oeuvre : The Set-Up. Peut-être le plus grand des films noirs. ... Du coup, on lui pardonne "The Sound of Music" et quelques autres productions ! Tant de films importants et si peu de reconnaissance pour ce cinéaste first class. Merci Bruno pour cet hommage bien mérité.

    En 99, Jan De Bont réalisa un remake "Hantise", flingué par la critique. Très inférieur à l'original, il est pourtant plaisant et peut se regarder à la suite du film de Wise, ne serait-ce que pour s'amuser au jeu des analogies.

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