Le pitch : grâce à un remède expérimental, un chirurgien réussit à sauver la vie d'un fœtus canin en accélérant sa croissance. Il décide ensuite de tenter l'expérience sur un embryon humain, donnant naissance à une jeune femme prématurément développée. Mais au fil de son apprentissage existentiel, et afin d'assurer sa propre survie, elle se déleste progressivement de toute moralité pour parvenir à ses fins.
Sur un argument scientifique visionnaire — la technologie du dĂ©veloppement fĹ“tal extra-utĂ©rin — accouplĂ© au fameux mythe de Frankenstein (crĂ©er la vie Ă partir d'un embryon humain), Ralph Nelson joue habilement la carte de la science-fiction et de l'horreur clinique. La première partie, particulièrement prenante tant elle se rĂ©vèle passionnante, traite de la pĂ©dagogie Ă©volutive de ce cobaye fĂ©minin, Ă la fois fureteur, Ă©rudit et sagace, observant sa condition, dĂ©veloppant progressivement ses facultĂ©s cĂ©rĂ©brales et cognitives tout en se familiarisant avec son entourage, notamment ce fidèle chien cerbère qui l'accompagne dans chacun de ses dĂ©placements.
Avec une certaine ironie (la partie d'échecs improvisée entre Victoria et le champion irascible) et une légèreté inattendue (sa relation de plus en plus romanesque avec le Dr Holliston), le réalisateur parvient à nous faire partager la bonhomie de ces amants prisonniers d'un secret inavouable. Mais surtout, il réussit à nous attacher à cette femme lascive, animée d'une curiosité insatiable et d'une véritable soif de découverte envers tout ce que représente la vie.
Incarnée par Barbara Carrera, l'ancienne mannequin livre probablement ici la plus belle performance de sa carrière. Elle insuffle à son personnage autant d'attachement et d'empathie, grâce à son innocence presque infantile, que d'effroi à travers sa détermination désespérée à survivre, incapable de faire preuve du moindre discernement. En jouant autant sur le charme de sa silhouette charnelle que sur l'étrange impassibilité de son visage, la comédienne dégage un magnétisme profondément troublant. Lors de la seconde partie, elle parvient même à instaurer un malaise diffus par la perversité progressive de ses actes, volant presque la vedette à l'excellent Rock Hudson, remarquable dans ce rôle de Frankenstein moderne rongé par les remords.
Si, jusque-lĂ , hormis la prĂ©sence inquiĂ©tante du chien cerbère fidèle Ă sa maĂ®tresse, l'atmosphère demeurait relativement rassurante grâce Ă la dĂ©fĂ©rence de Victoria, le rĂ©cit opère un vĂ©ritable virage Ă 180° lorsque celle-ci commence Ă accumuler les malaises physiques. Soutenu par une partition musicale dissonante, le climat devient alors de plus en plus oppressant au rythme de sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale et corporelle.
Avec une audace particulièrement glauque, Ralph Nelson enfonce définitivement le clou lors d'un dernier acte d'une noirceur éprouvante. Le spectateur, tour à tour incommodé, empathique et profondément mal à l'aise, assiste alors à la lente déchéance d'une femme condamnée à s'abandonner à ses instincts les plus primaires.
Jalon d'horreur déviante transplanté dans le cadre d'une science-fiction alarmiste, Embryo joue la carte d'une ambiance faussement rassurante progressivement gangrenée par les pulsions meurtrières d'une mutante en proie à une poignante déliquescence morale. Anxiogène, opaque et profondément déstabilisant, Embryo doit l'essentiel de sa force à l'intelligence de son propos, à la sobriété de son remarquable casting et à la solidité d'une mise en scène instillant un climat d'inquiétude aussi insidieux que durable.
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
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