mardi 12 septembre 2023

La Main / Talk to me

                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site forum.plan-sequence.com

de Danny Philippou et Michael Philippou. 2022. Australie. 1h34. Avec Sophie Wilde, Alexandra Jensen, Joe Bird, Otis Dhanji, Miranda Otto

Sortie salles France: 26 Juillet 2023 (Int - 16 ans). États-Unis, Canada : 28 juillet 2023

FILMOGRAPHIE: Danny Philippou et Michael Philippou sont des réalisateurs australiens. 
2022: La Main.  


Peter Jackson a adoré La Main : "C'est le meilleur film d'horreur que j'ai pu voir depuis des années"

Et il a bien raison si bien que selon ma sensibilité de cinéphile acharné c'est un des films les plus flippants que j'ai pu voir sans soupçon d'hésitation. De par ces effets de peur que l'on redoute comme la peste, à l'instar d'une Regan impuissante possédée par le diable dans l'Exorciste, La Main entretient ce même sentiment d'inconfort tangible tout le long d'une intrigue à suspense aussi latent que diffus. C'est dire si cette oeuvre soigneusement emballée (avec des effets de caméra étourdissants d'inventivité - la scène du lit sans doute inspirée des Griffes de la Nuit -) m'a totalement envahi d'immersion afin de me faire pénétrer dès le prologue dans son cauchemar cérébral avec une puissance visuelle aussi ensorcelante que malaisante (comptez notamment 20/30 mns de spiritisme à marquer d'une pierre blanche comme le fut Le Cercle Infernal ou encore l'Enfant du Diable). Mais outre l'idée retorse de son concept 1000 fois vus ailleurs, La Main parvient donc à redorer le genre dans sa capacité innée à cultiver (ou plutôt sustenter) trouille et malaise de par la caractérisation psychologique d'une bande d'ados dénués de stéréotype avec leur physique standard anti tape à l'oeil. Mais surtout ils parviennent à être naturellement attachants par leur fragilité démunie, leur contrariété commune, leur fébrilité névrotique eu égard de leur expérience politiquement incorrecte avec les voix de l'au-delà les plus fétides et licencieuses. Nous sommes donc ici face à une horreur adulte (ultra) premier degré sous l'impulsion de personnages juvéniles jamais décervelés ou irritables dans leur esprit de provocation, de perte de repère, de quête d'amour et de rédemption. Et de les voir souffrir de cette manière aussi inlassable qu'inéquitable et fataliste, cela fait mal, psychologiquement très très mal. 


L'oeuvre d'une intensité rigoureuse sombre et désespérée se déclinant autant en filigrane en émouvant drame psychologique sur l'incapacité à assumer le deuil maternel du point de vue de la fille tiraillée par ses démons internes, en interrogation spirituelle, identitaire et de culpabilité. A savoir si sa mère s'est sciemment donnée la mort pour des motifs obscurs. Mais revenons à nouveau au côté fictionnel de son histoire occulte au point d'omettre que nous ne sommes après tout qu'au cinéma. Le réalisme de leur quotidien ombrageux demeurant si étrangement expressif, plus vrai que nature si j'ose dire qu'on oublie fissa que tout ceci n'est qu'un habile divertissement factice pour provoquer l'émoi en continu. Les Frères Danny Philippou et Michael Philippou, youtubeurs à leurs heures perdues (on croit rêver quand même !), nous concoctant avec un art consommé de la peur diffuse une référence de l'horreur contemporaine sous couvert d'une génération Z asservie par leur smartphone, le narcissisme et les réseaux sociaux. Redoutablement efficace par son savoir-faire, sa maîtrise technique et le jeu dépouillé des comédiens habités par l'anxiété, la peur, le désarroi, la Main s'érige en cauchemar en porte-à-faux lorsque Mia tente de s'extraire des griffes du Mal au gré d'hallucinations morbides terriblement épeurantes au point de ne plus pouvoir distinguer la réalité de ses visions surnaturelles. Sans compter cette cruauté graphique mais aussi morale dénuée de concession, certaines séquences d'ultra violence gorasse demeurant éprouvantes pour le public sensible immergé dans cette hantise démoniale d'un nouveau genre où la possession des corps aura un impact foudroyant pour leur âme faute de la suprématie d'un Mal nécrosé. 


Il y a les films d'horreur, et il y a les films qui font peur en dépoussiérant le genre de leur cendre.
Epreuve de force à la fois terrifiante, bouleversante et malaisante sans jamais pouvoir cligner de l'oeil tant le métrage possède une aura magnétique échappant à notre contrôle de cinéphile aguerri, la Main est l'un des rares films de flippe (la vraie donc) à susciter la frousse avec autant de brio (c'est une 1ère oeuvre !), d'intelligence (son intensité dramatique radicale en est même parfois poignante, émouvante) que d'alchimie roublarde au point de vivre une expérience horrifique prise sur le vif. Quant à ceux (spectateurs, initiés compris) qui hélas n'auront pas adhéré au concept, je les plains car ils ne sauront jamais ce qu'ils ont perdu. La motivation majeure du cinéma d'horreur étant avant tout de tenter de nous effrayer avec le plus de réalisme possible, la gageure incroyablement réussie pour les néophytes Danny Philippou et Michael Philippou dont j'attends de pied ferme leur prochain délire sépulcral. 

*Bruno

Ci-joint la critique de Jean-Marc Micciche:

Séance découverte avec le gros choc La main...Bien parti aux cotés de Demeter pour être le meilleur film fantastique de l'année. Partant de la mode d'un I Concept (on organise des soirées à se faire peur à travers l'utilisation d'une main pour entrer en contact avec le royaume des morts), le film déploie tout son potentiel horrifique en créant une ambiance où le chaos peut surgir à chaque instant...rarement la frontière qui sépare le monde des morts et celui des vivants n'as été aussi palpable. Mais là où les auteurs font encore plus fort, c'est que les auteurs réussissent à dévier l'horror movie pour ados super efficace pour travailler d'autres vertiges de l'angoisse, plus douloureux, plus intime, plus macabre. La main fait partie de ses rares films où le spectateur est confronté à l'inéluctable. A l'instart du Simetière de Mary Lambert, les personnages agissent pour se faire du bien car la douleur d'une perte est trop lourde à porté et c'est cette obsession qui confine à la folie qui conduit les perso à leurs pertes...De ce fait, de la simple série b horrifique et commercial, le film devient un drame poétique et macabre qui indéniablement marque le spectateur pas forcement préparé à une telle expérience dans l’indicible horreur...Une futur classique à ne pas douter !!! 10/10

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