lundi 14 juillet 2025

Birth / Rebirth de Laura Moss. 2023. U.S.A. 1h39.

                                                                 (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Naître, renaître, et ne plus jamais revenir".
Film de science trouble, Birth/Rebirth dissèque sans anesthĂ©sie le mythe de Frankenstein au fĂ©minin, sans fard, sans pathos, sans peur. Laura Moss dĂ©ploie une Ĺ“uvre austère, charnelle, presque clinique, oĂą l’amour maternel devient matière organique, terrain d’expĂ©rimentation, espace de dĂ©raillement.

Les interprĂ©tations Ă©tranges - presque froides, presque antipathiques - de Marin Ireland et Judy Reyes fascinent autant qu’elles dĂ©rangent. Anti-manichĂ©ennes au possible, leurs prĂ©sences nous dĂ©stabilisent, flirtent avec l’inhumanitĂ© sans jamais y sombrer. Deux corps, deux volontĂ©s entĂŞtĂ©es, guidĂ©es par un instinct irrĂ©ductible, qui ne se regardent ni ne s'excusent. Juste s'obstinent, jusqu'Ă  l'obsession.

La mise en scène, sèche, resserrĂ©e, infuse un climat d’inconfort persistant. Images corporelles, sanitaires, sexuelles : tout suinte la matière malade, la chair dissĂ©quĂ©e, la vie trafiquĂ©e, exsangue et pourtant palpitante. Quelque chose de dĂ©rangeant naĂ®t de cette intimitĂ© forcĂ©e avec les fluides, les tissus, les gestes mĂ©dicaux presque rituels - comme une danse entre le soin et la profanation.


La musique, Ă©vanescente, agit comme un poison doux. Nappes tranquilles, faussement rassurantes, qui rampent dans le silence, s’y logent comme un Ă©cho hantĂ©. Elle nous enveloppe pour mieux nous aspirer, hypnotique, spectrale, jamais lĂ  pour soulager.

Le rĂ©cit, inspirĂ© librement du roman de Shelley, ne cherche pas la morale mais bien la faille. L’ambiguĂŻtĂ© est reine. Ce n’est pas un conte d’Ă©pouvante, c’est une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de panser nos blessures maternelles, de combler un vide avec des gestes de sorcières, des actes sans retour. Le film ose aller au-delĂ  du bien et du mal, et c’est lĂ  qu’il dĂ©range. Et qu’il touche.

Je l’ai revu une seconde fois, et c’est lĂ  qu’il s’est imposĂ© davantage. Sans ĂŞtre un grand film, c’est quand mĂŞme bon - parfois mĂŞme très bon. Ça laisse des marques. Ça ronge en silence.
On pourra certes ĂŞtre déçu par une conclusion prĂ©cipitĂ©e, expĂ©diĂ©e presque, mais je l’ai acceptĂ©e - car elle prolonge la logique interne du film : il n’y a pas de rĂ©solution, pas de paix, seulement des apprenties-sorcières, consumĂ©es par leurs excès, vouĂ©es Ă  continuer. Sans rĂ©pit. Sans fin.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

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