vendredi 4 juillet 2025

Blood Feast de Herschell Gordon Lewis. 1963. U.S.A. 1h07.

                                (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site facebook. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Blood Feast : la messe des viscères".
Premier film gore de l'histoire du cinĂ©ma, inspirĂ© du théâtre du Grand-Guignol parisien (actif de 1896 Ă  1963 - annĂ©e mĂŞme de rĂ©alisation du film qui nous intĂ©resse), Blood Feast joue sans complexe la carte du cinĂ©ma d'exploitation Ă  budget misĂ©reux. Ă€ l'image de son casting amateur, oĂą figure Connie Mason, vedette du Playboy de l'Ă©poque. Et force est de constater que, six dĂ©cennies plus tard, les effets sanglants artisanaux qui gangrènent le rĂ©cit conservent leur pouvoir de rĂ©pulsion : vĂ©ritable catalogue de dĂ©membrements, d’Ă©viscĂ©rations, de langues arrachĂ©es, d’organes saisis Ă  pleine main, le tout baignĂ© dans un rouge vif, rutilant, Ă©claboussant. Ces trucages charnels font illusion Ă  travers une certaine intensitĂ© Ă©motionnelle aussi fascinante que rĂ©pugnante. 
 
 
Du Joe D’Amato avant l’heure, en somme, tant ces sĂ©quences dĂ©gueulasses s’Ă©talent avec une complaisance viscĂ©rale - pour notre bonheur de cinĂ©phile gorasse. La splendide photo en eastmancolor sature Ă  merveille ce rouge cerise Ă©clatant, Ă  travers des dĂ©cors parfois exotiques, parfois baroques, mais jamais nĂ©gligeables. Quant Ă  l’intrigue, gĂ©nialement incongrue, elle convoque la figure d’Ishtar : une ancienne dĂ©esse que tente de ressusciter un traiteur Ă©gyptien en perpĂ©trant, pour elle, les crimes les plus sordides - rituel d’organes Ă©tripĂ©s, de membres dĂ©robĂ©s, de cannibalisme sacrĂ©. Joli programme festoyant.

 
On s’amuse aussi du théâtre involontaire des comĂ©diens, s’exprimant avec un sĂ©rieux outrĂ© dans des dĂ©cors exigus filmĂ©s en plans fixes, tandis que la rĂ©alisation demeure aussi malhabile qu’approximative. Et pourtant, malgrĂ© tous ces dĂ©fauts bonnards, cette pĂ©loche d’1h07 dĂ©gage un charme rĂ©tro inattendu, une audace visuelle inĂ©dite, jamais vue auparavant Ă  l’Ă©cran.
 
Qui plus est - et j’insiste lĂ -dessus car une fois n'est pas coutume - la version française s’avère encore plus ludique, grâce Ă  son score musical rĂ©cupĂ©rĂ© de L’Au-delĂ  de Fulci, signĂ© Fabio Frizzi. Ă€ titre d’exemple factuel : la sĂ©quence d’arrachage de langue se gorge d’un climat vĂ©ritablement malsain, alourdi par une sonoritĂ© viciĂ©e, littĂ©ralement brutale, opaque, agressive.
 
 
Authentique film culte, aussi surprenant que dĂ©tonant dans son concentrĂ© d’horreur putassière et d’humour noir goguenard, Blood Feast reste une Ă©trange curiositĂ©, dont l’ambiance horrifique, bien plus bis qu’il n’y paraĂ®t, gagne une intemporalitĂ© Ă©clatante en version française. MĂŞme s'il s'agit effectivement d'une contrefaçon, payante selon moi.
 
Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir.
3èx. vf 

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